Bonjour à tous !
Pour la première fois depuis longtemps, j'ai réussi à publier mon chapitre dans les délais que je m'étais fixés ! .o/
Comme vous l'aurez probablement remarqué, le rating vient de monter d'un cran, donc je conseille aux âmes sensibles faire attention (mais pas de s'abstenir complètement de lire ce chapitre, parce que mine de rien la première partie est normale et il est important pour la suite).
Alaudy, si tu me lis encore, voici donc le fameux chapitre 9 qui m'a tant posé problème !
Parce que oui, j'ai galéré à mort à le relire tellement il me foutait mal à l'aise…mais apparemment, je suis la seule, et je crois que c'était plus une question de style que d'action…
Quoi qu'il en soit, je tiens à présenter mes plus plates excuses à Mathieu. Et à partir de là, je crois que j'ai pas fini de m'excuser, même si les raisons varient -"
Bref, je vais arrêter de vous dégoûter. Bonne lecture !
Note : pour écrire la première partie, j'ai écouté l'OST de Goldeneye 64. Donc si vous voulez bien vous mettre dans l'ambiance, je vous conseille de faire de même.
Chapitre 9 : Attaque, surprise et interrogatoire ou La princesse est dans un autre château
Il leur avait fallu un peu plus d'une semaine supplémentaire pour recréer suffisamment de munitions et pouvoir enfin lancer cette fameuse attaque sur la base du Louvre. Finalement, la situation s'était avérée moins grave que prévu et leur retard avait été moindre par rapport à leurs prévisions.
Les armes avaient été réparties dans quatre sacs, chacun ayant le sien. Nos héros étaient donc en train d'errer dans les salles du musée en début de journée, attendant le moment propice pour s'éclipser et s'aventurer dans les salles les plus reculées, là où se terraient les Plastiques restants. Ils finirent par repérer un passage et s'y engouffrèrent rapidement.
Ils passèrent plusieurs minutes à parcourir les dédales de couloirs, suivant avec application les indications du Geek, qui était resté à l'appartement et supervisait l'opération de loin, notamment grâce à une carte détaillée du bâtiment et les capteurs sur leurs montres. Enfin, alors qu'ils traversaient un corridor qui ressemblait parfaitement à tous les autres, ce dernier leur demanda soudain de s'arrêter. Ils ne comprirent pas immédiatement pourquoi, et ne réalisèrent quelque chose d'anormal que lorsqu'il leur expliqua :
« Concentrez-vous sur le mur à votre gauche. Leur repère est sûrement protégé par un SEP field.
– Tu peux pas dire un CLEP comme tout le monde ?
– Mais je…
– Laisse tomber, il te trolle, intervint Alexis.
– Roooh, vous auriez pu le laisser mariner un peu » râla Mathieu.
Après quelques instants de recherche, ils finirent par remarquer la grande porte métallique protégée par un système biométrique. N'ayant aucun moyen de l'ouvrir, ils pestèrent un instant devant cette difficulté imprévue avant d'entendre un petit BIP qui leur apprit qu'un Plastique était en approche sur leur droite.
Ils partirent donc se réfugier à l'angle du couloir, et se cachèrent derrière un mur. Nyo dessina à toute vitesse un petit lézard qui vint attirer l'attention du Plastique, leur laissant le temps de l'attaquer par derrière et de l'assommer pour plaquer sa main contre le système de reconnaissance digitale. Elle fut rapidement scannée et la porte s'ouvrit dans un chuintement discret.
Voyant que la voie était libre, le petit groupe renvoya le Plastique d'un coup de gant warp et s'avança avec moult précautions dans le couloir vide. Mathieu avait au préalable pris soin de placer sur la serrure biométrique un petit dispositif inventé par le Prof, et avait annoncé au Geek via sa montre :
« C'est bon, le parasite est en place. Je te laisse t'occuper de leur système de sécurité.
– Pas de souci. Ça devrait pas prendre longtemps.
– J'espère, parce qu'on n'a pas toute la journée.
– C'est bon pour la caméra de l'entrée.
– Quoi ? Mais elle a déjà dû nous repérer !
– Je plaisante, il y en a pas. Ce qui est un peu stupide de leur part d'ailleurs…
– Toi, quand je rentre, siffla son créateur…
– En tout cas vous pouvez continuer à avancer, la voie est libre. » s'empressa d'ajouter l'ex-troll, qui regrettait presque d'avoir voulu renouer avec ses origines.
Après quelques minutes d'errance, le groupe avait fini par entrer dans une petite pièce où une demi-douzaine de Plastiques discutaient autour d'une table, et les éliminèrent d'un coup de grenade warp. Alors qu'ils s'éloignaient un peu du vortex produit par cette dernière pour mettre leurs munitions à l'abri, ces dernières dégageant elles-aussi du paro, le Geek les prévint de l'approche imminente d'un autre ennemi qu'Alexis parvint à éliminer d'un coup de pisto-warp. Il avait beaucoup progressé depuis sa première tentative ratée, et ne put s'empêcher de souffler sur la ventoline cassée avec un petit sourire satisfait, faisant abstraction de l'absence totale de fumée. À vrai dire, s'il n'avait pas eu de brosse à dents entre les mains, il aurait presque eu la classe.
Au fil de leur exploration, ils parvinrent à éliminer une dizaine de Plastiques sans alerter les autres. Cette infiltration leur faisait vraiment penser à un FPS, et ils auraient presque fredonné la musique s'ils n'avaient pas craint de réduire leur discrétion à néant. Néanmoins, cette situation n'était bien sûr pas faite pour durer. En effet, si le Geek avait pris le contrôle du système d'alarme, personne ne pouvait empêcher leurs ennemis de crier, et c'est malheureusement ce qui arriva.
Évidemment, cette technique a ses limites et les Parfaits arrivèrent en petits groupes, ce qui leur permit de les éliminer sans trop de difficulté. Toutefois, alors qu'ils s'éloignaient rapidement du lieu où l'alerte avait été donnée, Alexis ne put s'empêcher de remarquer une chose :
« Vous ne trouvez pas que cet endroit est un peu vide pour une base secrète, et à fortiori pour un QG ?
– C'est vrai que ça me trotte dans la tête depuis un moment, constata Nyo. Ça devrait grouiller de Plastiques et pourtant on n'en a pas croisé plus d'une vingtaine. Et puis…il n'y a rien qui semble important.
– En fait, on dirait presque qu'ils ont déménagé récemment, ajouta Mathieu en indiquant les grandes zones vides dans les pièces.
– On se croirait presque dans Excalibur 2555 » ne put s'empêcher de souligner Antoine.
Finalement, sur les directives du Geek, ils se dirigèrent vers ce qui semblait être la salle centrale, et y trouvèrent une dizaine d'ennemis qui se jetèrent sur eux. Si la pièce était relativement grande, l'utilisation d'une grenade restait malgré tout exclue, leurs cibles étant beaucoup trop proches.
Les premiers furent abattus d'un coup de pisto-warp, mais ils n'eurent pas le temps de recharger leur arme avant de se lancer dans le cœur de l'action.
Spécialiste de l'arme de jet puisqu'il était obligé de rester à l'arrière, Alexis parvint à en abattre deux autres à distance, dont un qui semblait disposer du même type d'armement que lui. Ça commençait à devenir sérieux, cette histoire.
Nyo n'ayant malheureusement pas eu le temps de dessiner quoi que ce soit, il fut vite mis en difficulté et ne fut sauvé que grâce à la précision de son ami. Il parvint toutefois à se ressaisir à temps pour warper un Plastique, attrapant fermement son poignet tout en esquivant un coup de couteau. C'est qu'ils devenaient de plus en plus dangereux, mine de rien. Il eut le temps de voir un second coup arriver, une autre lame scintillant dans le poing libre de son adversaire…qui disparut juste avant de l'atteindre.
Nyo poussa un immense soupir de soulagement, sentant son cœur battre à tout rompre alors qu'il réalisait qu'il avait bien failli se faire avoir, cette fois. Heureusement que c'était la dernière. « Faites que ça soit la dernière… » ne put-il s'empêcher de supplier mentalement tandis qu'il attirait l'attention d'un Plastique qui fut promptement warpé par Antoine.
Au terme d'un combat acharné, mais beaucoup moins dantesque que prévu, ils parvinrent à mettre leurs adversaires hors d'état de nuire. Toutefois, Mathieu les arrêta lorsqu'ils voulurent s'occuper du dernier.
« Si c'est vraiment la dernière salle, ça veut dire que leur base n'est pas ici. Donc il va falloir interroger ce jeune homme, expliqua-t-il.
– Mais ça, c'est à la Brigade de s'en charger, contra Alexis.
– On ne perd rien à avoir nos propres informations. Et de toute façon, on leur a envoyé largement assez de spécimens à interroger.
– Je ne suis pas certain que ça va vraiment nous avancer, même si on aura les informations à l'avance. Mais très bien, fais comme tu veux. Si les autres sont d'accord, bien sûr. »
Les deux autres acquiescèrent, sous réserve bien sûr de rester humains avec leur prisonnier. Les informations qu'ils pourraient en tirer ne valaient pas qu'ils se transforment en sauvages, surtout si la Brigade pouvait s'en charger pour eux. Ils avaient certes besoin de se dépêcher pour empêcher leurs ennemis de contre-attaquer, mais un petit retard serait un moindre mal.
Avant toute chose, ils décidèrent d'effectuer un bref tour des environs qui leur apprit que la base était bel et bien vide de tout Plastique, et accessoirement de toute information ou matériel intéressant. Antoine et Nyo, qui étaient partis en reconnaissance, en informèrent donc les deux autres restés avec leur prisonnier, qu'ils avaient pris soin d'attacher avec un rouleau de scotch qui se trouvait là par miracle (les pauvres, s'ils savaient…).
Le Plastique se tenait droit, et son visage lisse et sans défaut ne trahissait aucune émotion. Il se contentait de les fixer de ses yeux d'un bleu angélique, aussi glacés que de l'azote liquide.
« Vous pensez vraiment pouvoir me faire parler ? » demanda-t-il d'une voix doucereuse et monocorde qui n'était pourtant pas dénuée de charme.
« Vous êtes tellement stupides, poursuivit-il. Après vous être faits avoir deux fois, vous pensez réellement être en mesure de vous attaquer à nous ?
– Il va bien falloir, répliqua Mathieu. Maintenant parle. Si votre base n'est plus ici, où est-elle ?
– Pourquoi ne le demanderais-tu pas plutôt à ton ami ? » demanda-t-il en se tournant lentement vers Alexis. « Il doit déjà le savoir, non ?
– Pas encore, répliqua ce dernier d'un air gêné. Mais je ne doute pas que tes camarades le révéleront bien assez tôt. Et toi aussi.
– Oh, je vois. Vous allez donc interroger le vilain Parfait. Et dites-moi, comment vous comptez vous y prendre ? En me torturant ?
– On vaut mieux que ça, répondit le vétéran d'un ton acide.
– Alors qu'avez-vous prévu de faire ? Me poser gentiment la question jusqu'à ce que je décide de vous répondre ? Autant vous le dire tout de suite, ça ne marchera pas. »
Il n'avait pas tort, songèrent-ils. Et lorsqu'ils plongeaient leur regard dans ces superbes yeux clairs comme deux lacs de haute montagne, à peine ombragés par quelques boucles folles, ils ne pouvaient s'empêcher de se dire qu'un être pareil ne pouvait pas mentir. Toutefois, même s'ils avaient conscience de n'avoir aucune idée concernant la marche à suivre, ils étaient certains d'une chose : ils n'allaient pas l'écouter. Le charme du Plastique résidait uniquement dans son apparence, et ils devaient voir au-delà et ne pas se laisser envoûter.
« Et pourquoi pas des chatouilles ? » proposa Antoine, qui venait de revenir avec Nyo.
Si ce dernier ne sembla pas choqué, les autres se tournèrent vers lui d'un air surpris.
« T'es pas sérieux là ? C'est ridicule, réagit Mathieu.
– Je trouve pas, le défendit Nyo. Les chatouilles, au bout d'un moment, ça peut devenir une vraie torture.
– Vous êtes vraiment pitoyables, remarqua le Plastique…
– Bon, les chatouilles si vous voulez, mais qui s'y colle, demanda Alexis ?
– Antoine, vu que c'est lui qui l'a proposé.
– Quoi ? Mais je sais pas les faire moi !
– Mais moi non plus, répondit Nyo.
– C'est quand même pas bien compliqué de chatouiller quelqu'un, déclara Mathieu.
– Très bien, nous avons donc un volontaire, annonça Antoine d'un ton théâtrale.
– Quoi ? Mais non ! Vous voulez quand même pas que je le chatouille ! C'est complètement absurde !
– Roooh, allez ! C'est pas la mort quand même !
– Ouais enfin entre ça et les chansons pour l'Hermite… Je trouve que je me tape pas mal de tâches ridicules par rapport à vous… »
Le débat dura encore quelques instants, et c'est avec un soupir de lassitude qu'Alexis décida de prendre les devants…sans succès. Ils se succédèrent donc en utilisant différentes techniques et en attaquant par différents angles, mais ils durent se rendre à l'évidence :
« On est tombé sur un spécimen pas chatouilleux. Génial… » râla Antoine.
Ils étaient donc en train de débattre sur leur plan B, lorsque surgit une voix bien connue dans la tête de Mathieu :
« Vous vous y prenez n'importe comment ! Laissez-moi dix minutes avec lui et vous allez voir que je vais le faire parler, le gamin ! »
Le jeune homme hésita un instant, mais finit par déclarer :
« Le Patron a une idée. On lui laisse tenter sa chance ?
– Le problème étant…c'est quoi son plan ? Parce que si ça implique de le torturer ou de le violer…voilà quoi » répondit Alexis.
« Mais non ! Qu'est-ce que vous allez imaginer, là ? Avec un animal pareil, il vaut mieux utiliser la méthode douce… »
« Qui consiste en quoi ? »
« Laisse-moi faire et tu verras. Je te promets que t'as rien à craindre. »
« Ouais enfin…on sait tous ce que valent tes promesses… »
« Rappelle-moi quand je t'ai menti ? »
Mathieu réfléchit un instant, et ne trouva rien. En effet, le Patron était bourré de vices, mais il n'avait encore jamais menti. Il n'en avait pas besoin.
Avec un soupir, il laissa sa personnalité sortir et expliqua la situation aux autres.
« Je…pense qu'il vaut mieux que vous sortiez, voir si d'autres ne rappliquent pas ou quelque chose du genre. Je reste ici pour surveiller qu'il ne fasse pas trop de bêtises.
– Votre manque de foi me consterne… » soupira le Patron.
Personne ne fit attention à ce commentaire, qui justement s'en passait très bien. Antoine demanda toutefois :
« T'es sûr que ça ira ?
– Ouais, t'inquiète. À vrai dire, je sais pas trop ce qu'il a prévu et…disons que j'ai pas forcément très envie que vous assistiez à ça en fait. Donc je préférerais le surveiller tout seul, si ça vous ennuie pas.
– Je vois. On te laisse alors. Appelle si t'as besoin de quelque chose.
– Pas de souci. » conclut Mathieu avec un sourire reconnaissant.
Les trois autres quittèrent donc la pièce pendant que le vétéran restait un peu en retrait et laissait le Patron tourner autour de leur prisonnier en se léchant littéralement les babines, tel un prédateur face à une proie particulièrement appétissante.
Mathieu attrapa une chaise derrière-lui et s'affala dessus, les bras croisés, bien décidé à ne pas manquer une miette du spectacle qui allait s'offrir à lui, aussi gênant soit-il. Il était prêt à intervenir au moindre problème, mais il était certain que tout un spectre d'actions étranges, dérangeantes et franchement limite s'étalait à la frontière entre ce qui était acceptable et ce qui ne l'était pas. Et bien sûr, il ne doutait pas que pour mettre en œuvre toutes ces choses qu'il n'osait même pas imaginer, le Patron était l'homme de la situation.
Il soupira. Ça risquait d'être long. Très long…
Pendant que le jeune homme râlait mentalement dans son coin, le Parfait suivait du regardson double en noir qui l'observait sous toutes les coutures d'un air malsain. La ressemblance entre les deux était indéniable, mais le contraste entre ce qui se dégageait des deux était impossible à ignorer. Peut-être cela avait-il un rapport avec ces lunettes insondables, et ce rictus malsain qui lui donnait froid dans le dos. Si physiquement les deux imparfaits se ressemblaient à la perfection, le Parfait se demandait ce que ces verres d'une noirceur d'encre avaient à cacher. Perdrait-il en crédibilité en dévoilant son regard, ou révélerait-il quelque chose d'encore plus terrifiant ? Ces lunettes servaient-elles à intimider, ou au contraire à rassurer ses victimes pour mieux les trahir par la suite ? L'espace d'un instant, il se prit à imaginer un regard aussi noir que les écrans qui le cachaient. Ou peut-être les yeux fendus d'un quelconque prédateur nocturne. Oh…ils lui iraient si bien, songea-t-il avec dégoût.
Il n'avait pas peur. Il n'était pas très à l'aise non plus, bien sûr, mais il était certain qu'il ne céderait pas, quoi qu'il arrive. Peu importe la douleur ou les menaces, peu importe les horreurs qu'il lisait déjà sur le visage de l'autre, jamais il ne vendrait ses alliés. Le monde devait être plastifié. Le reste de l'Humanité devait devenir parfait. Lorsque tous les imparfaits auraient disparu, il n'y aurait plus jamais de problème. Tout le monde serait tellement plus heureux… Mais il n'y avait pas moyen de le leur faire comprendre. Ils devraient donc mener le genre humain vers son âge d'or par la force et…
Le Parfait fut tiré de ses nobles réflexions par…venait-on vraiment de lui mordiller l'oreille ?! Il se tourna vers son tortionnaire et le fixa d'un air indigné qui ne manquait jamais de faire plier les êtres imparfaits, qui s'agenouillaient devant lui et imploraient son pardon. L'autre se contenta de sourire encore plus, dévoilant une dentition acérée. Si son expression précédente était malsaine, alors il était tempsd'inventer un autre mot pour décrire celle qu'il arborait actuellement.
« Je vois que tu résistes encore, gamin… C'est bien, j'avais peur que tu aies perdu de ton répondant. Ça aurait été dommage… » souffla-t-il.
Il sentit sa langue passer le long de son oreille et alors qu'il aurait dû être dégoûté par le contact d'un imparfait, il sentit des frissons bien différents lui parcourir tout le corps. Il tenta encore de lui envoyer un regard méprisant, mais le cœur n'y était déjà plus, surtout lorsque les dents furent de la partie et qu'une main fantôme vint l'effleurer à travers ses vêtements.
« Alors, dis-moi gamin, entendit-il encore l'autre gronder doucement à son oreille. Combien vous avez de bases ? »
Il retint de justesse un gémissement lorsqu'on effleura son entrejambe, mais le contact fut aussi bref qu'une décharge électrique, et la main responsable remonta doucement le long de son torse pour défaire un à un les boutons de sa chemise d'un blanc immaculé. Ces derniers furent plus souvent arrachés que défaits, mais le résultat était le même : son torse, d'une pâleur aussi pure que le tissu qui le recouvrait, fut mis à jour, permettant à l'homme en noir de l'explorer plus à loisir, mais toujours avec ces caresses semblables à des courants d'air, qui le laissaient frissonnant et désespérément en quête d'un contact plus direct. Cependant, il savait se contrôler. Jamais il ne s'abaisserait à quémander le contact d'un imparfait lubrique. Ou du moins…c'est ce qu'il pensait. Son corps ne fut pas du même avis, et il réalisa trop tard qu'il était en train de tirer sur ses liens pour approfondir le contact.
Le Patron sourit, content de son petit effet. L'être qu'il avait en face de lui ressemblait en tout point à l'idée qu'on se ferait d'un ange, et il sentait qu'il était de son devoir de le faire tomber de son piédestal. Il était tellement beau, tellement pur, tellement noble…tout ce que lui-même n'était pas et surtout, tout ce qu'il prenait un malin plaisir à souiller. Ou plutôt…tout ce qu'il aimait entraîner avec lui dans son monde de débauche et de stupre.
Sentant l'autre sur le point de céder, il réitéra sa question, tout en gardant le ton grave et ronronnant d'un félin en chasse. Lentement, en détachant bien chaque mot, il demanda :
« Combien de bases ? »
Il s'attendait à un mouvement de résistance de la part de sa victime, mais celle-ci se contenta de souffler d'un ton presque suppliant :
« Deux. »
Le Patron sourit d'un air triomphant. Se pourrait-il qu'il ait déjà gagné ? Certain de son avantage, il décida de pousser un peu plus loin, et le gratifia d'une caresse un peu plus poussée tout en poursuivant :
« En comptant celle-là ?
– Oui…non… Toujours deux. »
Le Parfait sentait déjà ses idées s'embrouiller dans sa tête, trop absorbé par les longs frissons de plaisir frustré que lui envoyait tout son corps. C'était une sensation terriblement agréable, mais si les caresses de l'autre homme lui faisaient entrevoir monts et merveilles, il avait conscience qu'il ne serait satisfait que lorsqu'il irait plus loin. Juste un peu plus loin…
Toutefois, si le contact s'était fait un peu plus présent, il sentait déjà sa frustration monter de nouveau. Il comprit que c'était une forme de récompense, et se promit de ne pas être assez stupide pour tomber dans le panneau et donner à l'homme en noir ce qu'il voulait. Pour qui le prenait-il ? Et que voulait-il d'ailleurs ? Il ne lui avait rien demandé d'autre. Et s'il voulait des précisions, il pouvait toujours…
Quoique, se ravisa-t-il soudain. Il pourrait peut-être lui donner quelques informations supplémentaires. Rien de bien important bien sûr. Juste quelques détails insignifiants… Il ne risquait pas grand-chose à développer un peu… Et s'il s'en sortait bien, l'autre allait peut-être descendre sa main… Juste un peu plus bas…
Sans même attendre de nouvelle question, il ajouta :
« Il en faut toujours une de secours. Si les choses tournent mal. Pour déplacer le matériel rapidement… »
Sa phrase s'acheva dans un glapissement de surprise et de plaisir, alors que l'autre le récompensait de sa coopération en venant s'attaquer à son cou, sa main remontant au lieu de descendre pour s'aventurer vers un point bien particulier.
Il pinça légèrement un téton avant de le caresser avec douceur, apaisant la peau malmenée. Puis, après ce léger aperçu, il revint en orbite autour du mamelon, s'approchant de la zone sensible sans jamais s'y aventurer. Le Patron réalisa toutefois rapidement que ce n'était pas aussi efficace que le reste. Sans s'en formaliser, il décida de redescendre au niveau de son bas ventre, en restant bien sûr juste au-dessus de la zone intéressante, la caressant du bout des doigts avec une lenteur calculée. Le Plastique grogna, ce qui fit rire le pervers. Il remonta doucement le long de son cou en le léchant sensuellement au passage, et obtint des résultats bien plus concluants. Arrivé au niveau de son oreille, il demanda dans un grondement :
« Très bien, gamin. Et ces deux bases, elles sont où ?
– Si tu crois que je vais te le dire, imparfhmmm… »
Sa réplique méprisante fut coupée par un cri de plaisir, lorsque le Patron aventura résolument sa main le long de son entrejambe. Fin des préliminaires, il était temps de passer aux choses sérieuses. Il était heureux de constater que l'autre avait repris un peu de hargne, il commençait justement à craindre de s'ennuyer.
D'un mouvement assuré, il libéra le membre déjà complètement dressé de sa victime et le saisit d'une main experte, aguerrie dans les arts de la chair et habituée à faire se tordre de plaisir tout être vivant sur lequel elles auraient jeté leur dévolu. Il se tourna vers Mathieu pour l'empêcher d'intervenir d'un signe autoritaire, et reporta ensuite toute son attention sur sa proie du moment, savourant avec une délectation non dissimulée les sons qui lui échappaient et l'expression de son visage, qu'il tentait de garder noble et fière sans pouvoir cacher le plaisir honteux qui l'envahissait. Il aimait tellement ces moments-là, lorsqu'il savait qu'il avait gagné et que l'autre n'était plus qu'une boule de luxure gémissante et tremblante sous ses doigts experts…
Mais le bouquet final attendrait, il avait encore quelques informations importantes à tirer. Alors que sa bouche s'attardait vers une zone sensible du cou du Plastique, il pouvait sentir son membre pulser sous ses doigt, trahissant combien il était proche de la jouissance. Il continua pendant un ou deux coups, s'abreuvant des réactions de l'autre comme d'autres dégustent un bon vin, et sentant venir le point de non-retour, il s'arrêta brusquement en pressant un point à la base du pénis. Il aurait presque eu envie de rire en voyant son expression lorsqu'il revint subitement sur terre, rouvrant les yeux pour le fixer d'un air courroucé. Il ne fit pas plus attention à sa tentative de rébellion qu'avant et se contenta de demander :
« Où ?
– Je ne te le dirai pas » articula-t-il avec difficulté, le souffle encore court et les idées complètement en désordre.
Le Patron fut plutôt impressionné par cette résistance, mais il savait pertinemment qu'elle était vaine. Il n'était pas le premier qu'il avait fait parler de cette manière, et il avait déjà eu affaire à des cas plus endurcis que lui. Il lui fallait juste un peu de patience, et peut-être un tout petit coup de pouce dans la bonne direction.
Sa proie lui lança un regard implorant auquel il ne répondit que par la même question.
« Où ? »
Il vit le Plastique se mordre la lèvre d'un air désespéré, et comprit que le petit coup de pouce ne serait même pas nécessaire, ce qui tombait bien puisqu'il était un peu risqué. Il n'avait plus qu'à attendre que l'autre rassemble suffisamment ses idées pour lui dire tout ce qu'il voulait entendre.
« Les catacombes… » souffla-t-il.
Pas mal…mais pas encore assez. Il attendit encore un peu. Après tout, il n'était pas pressé. L'autre en revanche…
« Le petit réseau…sous le dix-huitième arrondissement. »
Mais il pouvait encore être grand, ce réseau… Il parvint toutefois à lui soutirer le lieu exact et le gratifia d'un :
« Bah tu vois gamin ! C'était pas si difficile. Par contre, pour la deuxième… »
Le regard de crainte que lui lança le Plastique à ces mots le surprit légèrement.
« Je ne sais pas.
– Comment ça tu sais pas ?
– …pas encore…décidé…
– Te fous pas de moi, gamin !
– C'est vrai ! Je sais pas…je… »
Il avait l'air complètement perdu et à bout, ce qui suffit à convaincre son tortionnaire qu'il disait la vérité. À cet instant, il le savait, l'autre était prêt à avouer tout ce qu'il voulait. En fait, on aurait presque dit qu'il était sur le point de pleurer. Fini, le beau petit Parfait fier et méprisant. Et tout cela grâce à lui. Le Patron ressentit une bouffée de fierté face à son œuvre et faillit mettre fin à son supplice avant de se raviser et de demander à Mathieu, qui semblait vraiment mal à l'aise sur sa petite chaise inconfortable :
« Hey, gamin ! T'as encore des trucs à lui demander ? Dépêche-toi, je sais pas combien de temps il va tenir.
– Ah euh…comment ils ont su qu'on allait attaquer ?
– C'était évident, cria presque leur prisonnier. Les attaques étaient presque toutes autour de notre base. C'était plus sûr de déménager tout de suite.
– Vous savez qui on est ?
– On a pas encore réussi à…avoir un aperçu suffisant de votre visage. Mais ça ne va pas tarder ! Et alors… »
Sa voix se brisa avant qu'il ait pu finir sa phrase, et ne voyant pas quoi demander d'autre dans l'immédiat, ne tenant plus face à la gêne et l'empathie qu'il pouvait ressentir en voyant la malheureuse victime du Patron, Mathieu lui demanda d'en finir rapidement.
Toutefois, une nouvelle question lui traversa l'esprit et il s'apprêta à arrêter de nouveau sa personnalité, non sans ressentir une certaine culpabilité. Cette dernière le devança cependant et demanda :
« Une dernière chose, gamin. Combien ?
– Q-quoi ?
– En tout, vous êtes combien ?
– Je…je sais pas. En arrivant…plusieurs centaines. Moins de cinq cent. J'en sais pas plus, je le jure !
– En arrivant quand ?
– Il y a un peu plus d'un an.
– Trèèèèès bien, gamin. Je suis fier de toi » le félicita-t-il d'un ton moqueur.
Il le laissa jouir en quelques coups de main habiles, et Mathieu se dépêcha de le renvoyer chez-lui sans pouvoir le regarder dans les yeux. Sans pouvoir le regarder tout court, en fait.
« Bah bravo gamin, t'aurais au moins pu le nettoyer un coup…et après c'est moi le monstre. »
En réalisant dans quel état le Plastique allait arriver dans les locaux de la Brigade, à moitié déshabillé et couvert de… Oh, non…
Si Mathieu était déjà légèrement rouge de gêne face à ce qu'il venait de voir, son visage devint cramoisi de honte en réalisant ce qu'il venait de faire. C'était une erreur. Et il était trop tard pour la rattraper maintenant. Certes, il voulait oublier ce à quoi il venait d'assister au plus vite, mais tout de même…
Ne restait plus qu'à espérer que l'information ne se diffuserait pas trop. Mais au fond, et c'était presque le plus inquiétant, Mathieu savait que la Brigade ne leur en tiendrait pas rigueur tant que le travail était fait.
Il lui fallut un instant pour reprendre ses esprits. Voir sa personnalité, donc une version différente de lui, faire…ça au Plastique avait été franchement perturbant, et il se réjouissait d'avoir empêché ses amis d'assister à ça. Déjà qu'il avait l'impression qu'on avait violé son âme, alors si en plus ça avait été fait en public… Il avait voulu détourner le regard à un moment, mais il s'était promis de ne pas le faire alors…disons qu'il n'avait fermé les yeux que la moitié du temps. Ce qui était déjà pas mal. La fin, surtout, avait été particulièrement éprouvante et il ne souhaitait à personne ce que le Patron avait fait à leur prisonnier. D'une certaine manière, une torture en bonne et due forme aurait presque été plus humaine et malgré la réussite entière de l'interrogatoire, il s'en voulait un peu de ne pas être intervenu.
Il avait été prêt interrompre le Patron plusieurs fois, mais le Plastique ne semblait pas…enfin, disons que… Il n'avait pas tenté de se débattre, il n'avait pas l'air paralysé par la peur non plus et globalement…il n'avait franchement pas eu l'air contre. Enfin…sauf à la fin. La fin était vraiment glauque. Mais de toute façon il était trop tard pour reculer. Malgré tout, il était certain d'une chose : plus jamais il ne laisserait le Patron faire ça. Plus jamais ! Rien que d'y repenser, il en avait la nausée.
Il le sentait, cette scène allait le poursuivre longtemps…
Avec un soupir résigné, presque avec appréhension, Mathieu rappela sa personnalité la plus sombre, qu'il n'avait guère réussi à contrôler, et appela ses amis pour leur faire part des informations qu'ils avaient récoltées. Les souvenirs du Patron vinrent s'ajouter aux siens, rendant le tout encore plus traumatisant, et tandis qu'il sentait des vagues de satisfaction émaner de l'homme en noir comme des ronronnements, il se promit de faire des progrès en chatouilles à l'avenir.
Voilà, c'était donc le chapitre de l'horreur ! Enfin…pour moi. J'ai toujours eu l'habitude d'écrire ce genre de scènes, voire bien pire, mais c'est la première fois que j'ai peur de relire un chapitre. Ou qu'un de mes écrits me donne la nausée.
Du coup, je suis terriblement curieuse de savoir si je suis vraiment la seule à qui il fait cet effet-là, ou si mon relecteur est le seul à qui il ne le fait pas !
Vraiment. J'ai BESOIN de savoir !
À la prochaine !
