Relecture Brynamon.

Nous en sommes à la moitié de la fic. Un chapitre très masculin. Dorian a le chic pour captiver en quelques mots.

Merci de nous suivre et bonne lecture.


10

Des vagabonds sont arrivés ce matin
Où sont-ils allés
Gracieux dans la lumière du matin.
Jusqu'à une juste bannière
Pour vous suivre doucement
Dans l'air froid de la montagne.


Lentement mais sûrement, avec l'aide de charrettes et de chevaux, nous avons couvert les cinq autres villages qui se trouvaient entre le château et la sombre forêt. Chaque fois je fus automatiquement tracassée une fois au centre de la place, devant prouver ma bonne foi à ces âmes timides et suspicieuses, et à chaque fois je me sentis comme si j'avais tout juste réussi à les convaincre que je n'étais pas une autre Ravenna. Ils ne se souciaient probablement pas de ça tant qu'ils étaient nourris.

Mon Chasseur n'était pas le seul chasseur dans le château, apparemment. La quantité de gibier frais qui a été distribuée m'a surprise : elle était lourde, riche et satisfaisante par rapport aux pains rugueux et au bouillon de légumes.

À la fin de chaque distribution cérémonieuse, je me rappelai d'annoncer ma future disponibilité pour les demandes des villageois, même si cette pensée était paralysante.

« Je vous ai nourris. » Me suis-je retrouvée maintes et maintes fois à balbutier : «Bientôt, je vais vous aider à vous nourrir. Bientôt, vous serez propres et vêtus chaudement. Une fois les besoins de base du royaume remplis, venez à moi, et je vous écouterai et je vous protégerai. »

Ils répondaient toujours par des murmures de réactions mitigées. Certains se moquaient, certains semblaient impressionnés. D'autres restaient patiemment neutres. Quelles que soient leurs pensées, j'étais déterminée à chacun de ces moments à leur prouver ma bonne foi. Pas pour moi, mais pour que je puisse voir ces visages blêmes se remplir, et entendre leurs voix s'imprégner de joie et de soulagement, finalement.

Malgré le peu de respect qu'ils me témoignaient, mes mains me démangeaient de les réconforter. Mes yeux me piquaient quand je vis la preuve de leur réelle, brutale pauvreté - la façon dont ils avalaient leur nourriture comme si elle leur serait arrachée de leurs doigts à chaque seconde, leurs paupières se refermant sur la sensation rapide de pure satiété et de délectation. Même moi, je n'avais jamais connu la faim comme ça. Ravenna avait été beaucoup plus douce avec moi, son ennemie, qu'avec ses sujets.

Le retour au château dans l'obscurité fut long et éreintant. Je voulais chevaucher mais je sentais mes os devenir aussi lourds que de la pierre. Une bonne nuit de sommeil n'avait pas suffi à atténuer la fatigue pure que les deux dernières semaines avaient nourrie en moi. J'étais pratiquement en train de tomber de mes étriers, essayant de ne pas m'effondrer sur le cou de mon cheval, tentant de ne pas m'endormir devant tout le monde.

William fut le premier à se précipiter à mon secours. Nous étions à peine à un kilomètre du dernier village, il arrêta toute la troupe, bondit de sa jument toujours patiente, et il attrapa ma taille avant que je ne glisse latéralement.

« La Princesse a besoin de repos. »

Je me suis penchée lourdement sur son épaule, toujours assise sur le côté de mon pauvre cheval. Tout tournait - ou plutôt, ma tête ne pouvait s'arrêter de tourner, ne pouvait avoir une emprise. Mes yeux filaient de gauche à droite sans que je ne puisse les contrôler.

Il me soutint avec son côté le plus fort, en essayant de m'encourager à balancer ma jambe par-dessus afin qu'il puisse m'aider à descendre. Sa respiration était serrée et contrôlée, comme s'il trouvait mon poids difficile.

« Tout va bien, Perce-neige ? » Rit-il doucement: «Avez-vous oublié comment démonter ? »

J'étais prête à laisser mes yeux se fermer pour aller dormir sur lui immédiatement, mais le son brutal de deux pieds frappant le sol pierreux m'alerta que le Chasseur avait rejoint William sur le terrain, non loin. La simple pensée de lui venant à grandes enjambées vers moi, l'attente de ses mains sur moi, réussit à susciter un peu de vie à mon corps.

Je fis un effort, et je soulevai ma jambe par-dessus la selle de sorte que je puisse glisser sans aucune grâce au sol. William me saisit fermement, ce qui réduisit l'impact sur la chaussée, mais mes genoux cédèrent comme mes talons glissaient au contact de la saleté.

Tout de suite, ils furent là tous les deux, j'étais entre les mains du Chasseur me saisissant sous mes bras pour porter la plupart de mon poids mort, William toujours fermement autour de ma taille.

« Elle va bien. » Grogna mon ami d'enfance entre ses dents: «Elle a juste besoin de repos. »

«Oui, au château. » Fut la réplique du Chasseur.

Je me redressai, trouvant mes pieds, et les regardai tous les deux tour à tour avec lassitude. Je devais ressembler à une imbécile ensommeillée, peinant à paraitre le chef royal. Et l'ensemble du groupe – le Duc Hammond, les soldats, tout le monde – regardèrent vers moi, calée contre ces deux hommes comme un enfant boudeur.

Je m'enfonçais, cependant. Même à ce moment tendu que je mémorisai à peine. Cédant, je fermai les yeux et laissai ma tête dodeliner. Elle se posa sur l'épaule blindée de William.

«Je peux l'emmener. Elle ira devant moi sur mon cheval » Déclara-t-il.

« Tout va bien? »

L'appel de Hammond retentit à quelque distance.

«Je dois la porter à ma monture, elle ne peut pas se permettre de tomber. » Gronda mon lion d'une voix qui égalisa celle de William.

Je parlais du Chasseur comme d'un lion. Je devais vraiment être à moitié endormie. Plus que la moitié même.

«Elle ne tombera pas. » Siffla William. Un véritable venin bouillonnait dans ses mots : « Pas si elle est avec moi. »

Un faible gloussement vibra contre mon corps, l'insultant tranquillement.

« Il vaut mieux être prudent que désolé. »
« Qu'est-ce que vous voulez dire exactement ? »

« Je dis que ma ... stature est plus commode pour l'assister. »

Il y eut une pause pendant laquelle je pus entendre les respirations colériques qui passaient sur mon visage et faisaient voler mes cheveux.

« Votre stature est hors de propos. Vous êtes hors de propos. Ecartez-vous et laissez-moi prendre soin d'elle. »

Le Chasseur s'hérissa, et je commençais à me réveiller assez pour avoir peur. Parce que s'il y avait bien quelque chose dont je devais avoir peur, c'était d'une épreuve de force entre les deux hommes pour lesquels j'étais déchirée, et c'était bien réel, peu importait combien j'avais évité ou refusé d'y penser tous les jours.

« Les gens nous observe » L'avertit le Chasseur : «Je vous suggère de cesser vos agitations dans la mesure où je peux l'aider. »
« Je suis censé l'aider! »
« Est-ce qu'elle l'a dit ? »
« Elle ne dit rien, elle est inconsciente ! »

« Eh bien, alors. » Je fus soulevée hors des bras de William et bercée contre la large et forte poitrine de mon ami : « Quel droit avez-vous de l'emmener ? »

Son adversaire ne renonçait pas, mais son ton était toujours d'un calme mortel.

« Je ne suis le plus capable. C'est tout. »
« Pas du tout. »
« Déposez-la et laissez-la partir avec moi. C'est l'endroit où elle doit être. »

Je tendis une main lourde comme du plomb pour pousser le Chasseur, pour le mettre en garde de ne pas faire quelque chose qui pourrait me mettre en colère quand je me réveillerai plus tard. La couverture douce et chaude de son étreinte me réchauffait et il fut difficile de faire autre chose que de dériver, et d'oublier.

« Il y a eu assez d'une scène ici. » Entendis-je sa voix, lointaine maintenant, et je sentis les mains de William tenter de m'extirper d'un coup sec.

Il y eut une montée rythmique et graduelle de la tension du Chasseur qu'il tentait de contrôler.

« Nous sommes pratiquement fiancés, Chasseur. »

Mon ami se figea, ses bras se resserrant autour de moi. Ce seul geste m'apporta clairement la preuve de ce qu'il ressentait à l'écoute de cette seule phrase, ce que cela signifiait vraiment pour lui que je puisse appartenir à quelqu'un d'autre. Il en était blessé.

Et cela ne pouvait pas être permis. Non, cela ne le pouvait pas.

« Non » Murmurai-je assez fort pour que le Chasseur entende le mot. Ma main, appuyée contre son torse, pinçant vaguement ses vêtements dans une tentative d'affection fatiguée, courageuse et très dangereuse.

« Non ? » Murmura-t-il en retour, avec conspiration. Comme s'il hésitait à se permettre de croire que ma protestation tenait le sens qu'il voulait.

«Partons». Insistai-je, ou plutôt soupirai-je, attendant juste qu'il me mette sur son cheval et s'élance avant que William ne puisse causer plus d'ennuis.

« Quoi ? »

«Allons-y. » Parvins-je à articuler.

Enfin, sans se détourner du regard de William, mon Chasseur reprit son rythme tranquille, et je fus levée aussi facilement qu'un enfant sur une nouvelle monture. Il me maintint stable comme il montait à son tour, et puis ses bras incontournables tirent les rênes autour de moi. Me protégeant et m'enveloppant. Me libérant de la lutte. De l'homme jaloux qui devait maintenant être en train de monter sur son cheval, bouillonnant.

« Si vous êtes vraiment fiancée à lui, il aura affaire à moi, un jour bientôt. »

Le grognement du lion n'était plus qu'un filet de mots sans réelle signification qui traversaient ma tête.

Je ne pouvais plus penser. Un vide noir me prit par la main et me conduisit vers les tréfonds dans une bienheureuse ignorance, me volant au monde.

Jusqu'à demain, où les défis plus difficiles et menaçants que ceux d'aujourd'hui planeront à l'horizon sur la ligne rouge vif de l'aube.

Je ne pouvais qu'espérer qu'il serait là pour me protéger du pire.