Un court épilogue pour terminer cette fiction. Bonne lecture.


EPILOGUE


PDV Bella

13 Septembre 1974

Le téléphone sonna dès sept heures du matin, je sortis de mon lit en peinant un peu. Il faisait encore chaud à Londres, je m'étais entortillée toute la nuit dans les draps.

« Allô ? »

« Bon anniversaire, maman. »

« E.J, je me doutais que tu appellerai tôt. Quelle heure est-il à Dallas ? »

Je m'assis dans le fauteuil près de la fenêtre. Nous n'avions jamais déménagé de la maison des Cullen.

« Je ne suis plus au Texas. Je suis à Chicago. » m'apprit-il.

« Ton enquête te fait voyager, dis donc. » répliquai-je en tentant de masquer mon trouble.

« Je l'ai terminée il y a plusieurs jours. Je devais… Je voulais vérifier, aller sur place. »

« De quoi parles-tu ? »

« Le vrai nom de papa, c'est Masen ? » me questionna-t-il alors qu' il savait apparemment déjà la réponse.

« E.J, je ne vois pas ce que- »

« Maman, ne me mens pas. Je ne suis plus un petit garçon apeuré par les bombardements. Edward Masen, un mafieux… Maman, comment est-ce possible ? »

« Pourquoi ? »

« Pourquoi j'ose enfin poser des questions ? Parce que j'ai enfin découvert la vérité, mais tout seul. Toi et papa nous avez menti toute notre vie. » m'accusa-t-il.

Je passai une main lasse sur mon visage. Ma plus grande crainte se réalisait et je ne savais pas comment y faire face. Pourrait-il comprendre ?

« Pour vous protéger, E.J, je te le jure. C'était pour vous protéger, affirmai-je. Comment l'as-tu découvert ? »

« J'ai toujours su que vous mentiez sur votre passé, tous. Parfois, rien n'avait de sens. Et Carlisle… »

E.J avait longtemps hésité à suivre les traces de Carlisle, il lui vouait une réelle admiration et avait pour lui un grand respect. Il avait pourtant choisi d'être policier, puis était devenu inspecteur à Scotland Yard. Si quelqu'un était capable de tout découvrir, c'était mon fils, je ne devais pas être si surprise.

Elizabeth et Charlie étaient aussi très proches de Carlisle et Esmé, tous les trois les considéraient davantage comme des grands-parents. Ma fille était devenue infirmière et Charlie avait succédé à son père à la tête de l'entreprise CMCW.

« Vous nous avez fait croire que Carlisle était une sorte d'oncle, le cousin de papa. J'étais assez grand déjà pour comprendre qu'il y avait autre chose. Que malgré la guerre, vous aviez peur d'autre chose. » continua mon fils.

« C'est vrai. Carlisle était médecin à Chicago, il a soigné ton père qui avait contracté la grippe. Ses parents étaient déjà morts de la maladie. Sans lui, ton père n'aurait pas survécu. Il a choisi le nom de Cullen, en son honneur, nous sommes tous venus sous une fausse identité, sauf Jasper. »

D'instinct, je tendis la main vers ma table de nuit à la recherche d'un paquet de cigarettes, me souvenant ensuite que j'avais arrêté de fumer deux mois plus tôt.

« Je sais. J'ai retrouvé le registre d'embarquement. Toi et papa, oncle Emmett et mes tantes. C'est grâce à Kathy que j'ai pu remonter la piste, elle est née sur ce bateau. Il y a eu un article dans un journal de New York. Oncle Jasper n'a jamais caché qu'il était Américain. »

« Tu as bien fouillé. » compris-je.

« C'est mon métier. »

« E.J, peux-tu n'en parler à personne ? »

« Toi et papa, vous étiez des malfrats. » murmura-t-il, sa voix teintée de reproches.

« Non, pas moi. Mais je comprends que tu le penses. »

A plus de six mille de kilomètres de lui, je confiai brièvement à mon fils, mon histoire, celle de son père et de notre famille. Il ne me posa pas de questions, ne m'interrompit pas une seule fois. A la fin, il soupira.

« C'est comme si je ne te connaissais pas. Tu n'es même pas italienne. » plaisanta-t-il avec amertume.

« Non. Mon père était shérif, il a été assassiné avec ma mère, par un homme sans scrupules. J'ai voulu venger leur mort en aidant la police à arrêter ton père. Mais le véritable coupable, je… je l'ai tué à Londres. Pendant la guerre. »

« Tu avais cette arme sur toi en permanence. » se souvint-il.

« Je suis aussi une meurtrière, E.J. Même s'il ne peut plus rien arriver à ton père, je- »

« Tu penses que je vais te dénoncer ? »

« J'ai tué une femme aussi, avouai-je rapidement. Elle faisait du chantage à ton père, c'est à cause d'elle qu'il est parti six mois en France pendant la guerre. Elle m'a fait croire qu'ils avaient une liaison. »

« Maman… Comment as-tu … Ca n'est pas possible… »

« J'aurais voulu te cacher cela toute ma vie, à tous d'ailleurs. S'il te plait. »

« Papa était le chef d'une des mafias les plus puissantes des Etats-Unis. La date de sa mort correspond au jour où vous êtes montés sur le bateau pour venir en Angleterre. Et il était marié, résuma-t-il. Je me sens tellement… confus et rassuré. »

« Pourquoi ? »

« J'ai enfin compris, maman. Tu n'imagines pas tout ce temps passé à essayer de comprendre pourquoi nous ne pouvions jamais parler de votre enfance, de vos parents. Papa et toi aviez parfois des discussions avec nos oncles et tantes qui étaient parsemées de non-dits, de sous-entendus, de codes. »

« Ton père allait être tué à Chicago, je l'ai prévenu et nous avons fui. » nous justifiai-je.

« Comment as-tu pu seulement l'aider ? Pourquoi tu t'es mariée avec un homme aussi- »

« Ne finis pas ta phrase, c'est tout de même de ton père dont tu parles ! Et il a changé grâce à moi, grâce à toi, Elizabeth et Charlie. Il a vécu honnêtement après. »

« Et cet argent soi-disant hérité de ses parents ? C'est de l'argent sale ! »

« Je sais, et je lui en ai voulu aussi. Mais nous en avons eu besoin quand la maison a été détruite au début de la guerre, quand il a fallu nous réfugier à Llangurig. Sans cet argent, nous aurions crevé de faim. Cet argent a pu nous assurer une vie confortable et nous n'avons pas tout gardé. » lui rappelai-je.

« Oui, je me souviens des galas de charité d'après-guerre. Mais ça reste de l'argent de la mafia. Quant à mon héritage, je n'en veux plus et je te rembourserai chaque penny que vous m'avez donné pour acheter ma maison. Je ne veux pas de cet argent. »

« Ne sois pas ingrat. Il est trop tard, E.J. Cet argent nous a servi, même s'il a été gagné malhonnêtement. Laisse tout ça dans le passé. » le suppliai-je.

« Je ne pense pas en être seulement capable. »

« Je n'ai jamais voulu vous blesser, j'ai menti pour tous vous protéger. »

« Tu as menti, et tu as tué deux personnes- »

« Qui représentaient une réelle menace pour notre famille. » terminai-je, énervée contre lui.

Je l'entendis tourner plusieurs pages.

« Jacob Black, c'est lui qui a tué tes parents ? »

« Oui, il a ensuite voulu tuer ton père et s'approprier l'argent. Il a débarqué à Londres en 1942. Je n'ai pas eu le choix. »

Il ne me crut pas, il eut la décence de ne pas le dire. A ses yeux, on avait toujours le choix de respecter ou non la loi, peu importaient les circonstances.

« Quand rentres-tu ? Maggie te réclame tous les jours. » lui dis-je en pensant à ma petite-fille de onze ans.

« Demain. J'en ai fini ici. »

« Brûle tout. » lui ordonnai-je.

« J'aurais voulu le confronter aussi, tu sais ? »

« Je m'en doute. »

« Je suis désolé, je ne voulais pas te faire de la peine, maman, mais je devais savoir. S'il avait été encore en vie, je ne t'aurais sûrement rien dit. »

« C'est peut-être mieux ainsi. Ton père a toujours regretté son passé, il a beaucoup fait pour se racheter, même si c'était déjà trop tard une fois que nous étions partis de Chicago. C'était quelqu'un de bien. Il aurait été blessé que tu apprennes qui il avait été avant ta naissance. »

« Tu l'aimais vraiment, alors ? »

« Tu en doutes ? »

« Après la guerre, vous étiez différents. »

« Mais ça n'a pas duré. Nous avons été mariés durant quarante-trois ans, tous les couples ont des hauts et des bas. Ne laisse pas notre passé te hanter. Continue ta vie, mon fils. »

« Au revoir, maman. Encore bon anniversaire, embrasse tout le monde pour moi, d'accord ? »

« D'accord, E.J. »

FIN


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