Hello !
Nous voilà de retour... après deux ans d'absence ! Oui, je sais, c'est intolérable un tel retard, mais l'inspiration fuyait, le temps aussi, et les occasions de se croiser avaient quasiment disparu... merci à tous pour vos reviews, c'est leur relecture qui nous a remotivés !

Comme ça fait très longtemps que Deranir et Nimloth ne sont pas revenus, j'ajoute un petit résumé des derniers événements... comme pour les séries télés parce que ça a la classe.

Donc.

Previously in L'attrait de l'Ombre : Deranir et Nimloth, amis d'enfance, vivent à Dol Amroth. Quand l'un est le prince et héritier des lieux, l'autre est fille de nourrice... Mais un jour, alors qu'ils sont aveugles quand à l'amour qui les lie tous les deux, Galador les fiance en les prenant par surprise. Le lendemain, des Elfes arrivent à Dol Amroth. En vérité ce ne sont pas des Elfes mais Sauron, qui donne à Galador un des Neuf Anneaux des Hommes...


Chapitre 10

Les jours sombres,

Ou comment l'Ombre s'insinue dans les cœurs


Cela faisait maintenant des mois que la vie suivait son cours, depuis que Deranir avait surpris son père en possession d'un Anneau. Rien ne semblait changer, sinon les saisons. Pourtant, Deranir sentait qu'un mauvais présage, porteur d'ombres, se tapissait dans chaque recoin du château. Parfois, il lui arrivait de se retourner brusquement en espérant surprendre une présence étrangère qui le troublait. Parfois, une voix spectrale, semblable au sifflement du vent, semblait venir le provoquer, l'interpellant avant de disparaître une fois encore. Deranir en avait parlé à Nimloth, mais celle-ci attribuait son angoisse à un labeur trop important. Du moins, si elle s'en souciât, elle ne le montra guère.

Galador, depuis peu, avait pris plusieurs habitudes qui ne figuraient pas parmi les nombreuses manies que Deranir avait pu lui déceler. Quand venait le soir, il s'enfermait dans ses appartements et ordonnait à deux gardes de veiller à ce que personne ne vienne interrompre ce qu'il appelait « ses nouvelles obligations ». Fait étrange, il ne participait presque plus aux repas de la cour, et demandait à ce qu'on lui envoie de la nourriture avant qu'il ne se barricade hors de portée du monde extérieur. Deranir s'était promis de mettre tout cela au clair, mais les nouvelles du reste du monde l'inquiétaient plus encore, et le Prince de Dol Amroth ne pouvait s'occuper à la fois d'un sénile et du sort du monde.

En effet, les informations glanées par les espions du royaume n'avaient rien de réconfortant. L'on entendait à présent toutes sortes de rumeurs qui circulaient bon train depuis la Comté jusqu'au Gondor, colportée par les marchands itinérants sur la Grande Route de l'Est. Des créatures maléfiques arpentaient la Terre, des coupe-jarrets sous la botte de sorciers commettaient des exactions, des trolls osaient revenir sur la terre des Hommes… Tout cela était arrivé depuis la venue de cet Anneau. Deranir aurait tout donné pour connaître son origine, et le nom de celui qui l'avait offert à son père…

Quand l'hiver revint à nouveau, le temps ne permit pas à Deranir de sortir énormément, et le Prince put s'interroger sur cette si petite chose que son père semblait tenir en si haute estime. Installé dans un fauteuil près d'une cheminée, Deranir observait, solitaire, le brasier encore vif. Que pouvait réaliser un Anneau pour que Galador le préfère à un bon repas en bonne compagnie ? Deranir songea subrepticement aux histoires dont il avait entendu parler étant petit, où les héros dotés d'un artefact détruisaient tous les obstacles sur leur passage, aidés par une puissance qui parfois dépassait leur entendement. Deranir murmura pour lui-même :

- Qui sait ce que ce trésor, entre de bonnes mains, pourrait accomplir…

Il se vit alors triomphant de légions d'Orques, avec devant lui la crainte et l'admiration de ses hommes, tandis que l'Anneau brillait à son doigt d'une lueur nouvelle… Tout ennemi osant se placer entre lui et la victoire était brisé. L'aube qui suivit la bataille était rouge, et Deranir savourait une victoire qui viendrait encore alimenter sa légende… La chaleur étouffante de son armure le maintenait à l'abri du froid, à moins que cela ne soit dû à son inestimable trésor qui, reconnaissant en lui son maître, avait décidé de le maintenir en vie… Et quel homme pouvait se targuer de posséder pareil don, sinon un homme hors du commun ? Oui, il n'était autre qu'un homme au destin sans pareil. Puis un éclair. Changement de songe. Une longue épée au tranchant irrégulier.


Deranir se réveilla alors en sueur. Lançant un regard effrayé vers la cheminée, il vit que le brasier n'était plus que flammèches disparates sur le point de s'éteindre. La salle était plongée dans l'ombre, glaciale, et le Prince aurait pu croire que le cauchemar se poursuivait s'il ne s'était pas rendu compte qu'il ne portait aucun anneau, qu'il fût magique ou pas.

Autre chose tira également le Prince de sa torpeur. Il entendit retentir des cris dans le château. Il se leva tant bien que mal, puis pensa également à Nimloth qui devait s'inquiéter de ne pas le voir venir se coucher. Il se sentit coupable et entreprit d'aller voir rapidement l'origine du tumulte avant de la rejoindre. Le cri se répéta. Deranir accéléra le pas, très inquiet ; cela provenait des appartements de son père, il en était presque certain. Grande fut sa surprise quand il tomba nez-à-nez avec Nimloth au détour d'un couloir !

- Deranir ! Je te cherchais partout, tu…

- Ecoute-moi ! Tu n'as pas entendu un hurlement ? s'écria-t-il.

Il remarqua alors que Nimloth s'efforçait de paraître impassible tandis que ses lèvres tremblaient, détentrices d'une terrible nouvelle. Sans un mot, le Prince se précipita vers les appartements de son père. Par égard pour Deranir, les gardes voulurent l'empêcher d'entrer, mais rien ne put l'arrêter ; forçant un passage parmi la foule qui s'était agglutinée devant la porte de Galador, ce qu'il découvrit alors lui perça le cœur. Le corps de son père était étendu sur le sol, un poignard fiché dans le cœur, les yeux écarquillés par la folie et la peur. Deranir hurla. Il tomba à genoux près de Galador et cria tout son saoul. La foule, jusqu'ici bavarde et alerte, se fit silencieuse et immobile. Seuls les sanglots du Prince restaient audibles. Puis, un long silence pesant s'installa. Nimloth vint se pencher doucement pour le câliner, après avoir renvoyé les derniers badauds. Deranir, qui jusque-là ruminait, explosa :

- Maudit soit le traître qui a orchestré cette infamie ! Je jure que tant qu'il restera dans mon corps un tant soit peu de vie, le meurtrier ne sera pas certain de conserver la sienne ! Dussé-je le poursuivre à travers tout le pays et les âges de ce monde, ce monstre finira transpercé par ma lame. Peu importe qu'il chasse avec d'autres loups ! Tous périront dans le feu de ma colère. S'il fuit, j'anéantirai sa meute. Maudit soit-il ! Maudit soit cet assassin ! Maudit soit l'Anneau, sans lequel tout cela ne serait pas arrivé ! L'Anneau…

Deranir fouilla fébrilement les poches de son père, à la recherche de son dû. Son père ne s'en serait séparé sous aucun prétexte, il devait se trouver sur lui… Nulle trace du bijou doré. Le Prince se retint d'éclater à nouveau. On l'avait volé. On avait volé ce qui lui appartenait de droit. Il n'aurait aucune pitié pour un voleur et un assassin. Il fallait retrouver cet héritage précieux...


Voilà pour ce soir... un chapitre un peu court, certes, mais il fallait faire avancer l'action. En espérant vous retrouver dans des reviews, à la prochaine !