L'Histoire commence à Poudlard
Et dès qu'y'avait un pépin,
Arthur faisait mander Merlin,
D'un coup de son magique bâton,
Tout se r'mettait à tourner rond !
(Le bon roi Arthur, Chanson populaire du XVe s)
Ch 8 : La première histoire
Personne ne dormit cette nuit-là si ce n'est Rodrigue. Salazar, bien que couché face au mur et affectant de dormir, passa la nuit à ruminer. Godric n'avait pas quitté son poste à l'entrée du mégalithe, épée dégainée. Helga resta penchée sur son chaudron, mesurant et dosant habilement les plantes pour fabriquer entre autre des potions de soins, des restaurateurs d'énergie et un semblant de soupe. Rowena, après quelques brèves périodes de sommeil trop riches en cauchemars préféra rejoindre Helga.
L'arrivée de l'aube fut un soulagement pour tous. La lueur rougeoyante du soleil (lol, beaucoup de sang a du coulé cette nuit ! ;-) leur redonna courage et ils préparèrent leur départ avec moins de désespoir. Les petits cousins féeriques d'Helga n'avaient pu ramener qu'un seul cheval, qu'ils guidaient tant bien que mal avec une longe faite d'herbes tressées. Tous les autres avaient péri ou disparu. Ils amenaient également un couple de lapins qu'Helga fut contente d'adjoindre à sa tambouille.
Après un petit déjeuner dans un silence de mort, ils empaquetèrent ce qui pouvait l'être et sortirent de leur abri. Tous convinrent que le cheval échoirait à Salazar qui bien qu'ayant avalé toutes les potions qu'avaient préparé Helga et Rowena, était toujours aussi faible. Godric dut pratiquement le porter jusqu'à sa monture.
- Godric, est-ce encore une hallucination ? Tes yeux ? demanda Salazar tandis qu'il tentait de s'asseoir correctement sur sa selle.
- Mes yeux ?
Helga, en pleine conversation avec un petit faune, s'approcha des deux hommes.
- Mais c'est vrai Dric ! Tes yeux, ils sont jaunes !
- Jaune ?
-Effectivement. C'est sans doute une séquelle de tes expériences Godric, conclut Rowena. Ça t'apprendra à jouer avec la métamorphose humaine mon cher. Tu es quand même le spécialiste non ?
- C'est pas grave Wena, ça lui donne un charme fou ! fit Helga, tout en se hissant sur la pointe des pieds pour ébouriffer les cheveux du blond.
Les rires n'étaient encore pas très chaleureux, mais des petits sourires réapparurent sur les visages des quatre professeurs.
- Je ne voudrais pas vous presser, mais ne croyez-vous pas que nous ferions mieux d'y aller ? demanda Rodrigue. Je pense que les recherches scientifiques pourront attendre.
Rowena lui envoya un regard noir.
- Vous êtes mal placé pour penser, mon cher époux. Je vous rappelle que sans vos pensées de petit noble douillet, nous n'en serions pas là actuellement !
Salazar émit un sifflement admiratif.
- Toi l'infirme tu la fermes ! beugla Rodrigue. Et toi Rowena, tu vas m'écouter ! Si nous avons pris une escorte et si tu avais mieux organisé notre voyage, il n'y aurait eu aucun problème !
Son épouse, d'un calme olympien, contint avec peine sa colère. Elle serra les points et se détourna. Salazar, dans un état assez similaire, voulut se jeter sur Rodrigue. Mais il était encore très faible et s'étala face contre terre. Helga se précipita pour l'aider à se relever, puis se dirigea vers le mari de Rowena et le gifla de toutes ses forces.
- Comment osez-vous me frapper ! s'exclama-t-il. Je vous ferai regretter votre geste madame !
Godric produisit un grand bruit avec sa baguette. Tous se tournèrent vers lui.
- Vous croyez vraiment qu'il est temps de battre ? Nous ne pouvons rien à ce qui nous est arrivé. Nous n'avons pas été attentifs. Nous aurions du faire attention. Et qui nous dit que ces vampires ne nous auraient pas attaqué avant ? Je doute qu'un feu de camp les ait dissuadé.
- Tu as raison Godric, dit Rowena. Nous battre ne changera pas ce qui s'est passé.
Les trois autres acquiescèrent, et tous se mirent en route.
Ils sortirent de la forêt et s'arrêtèrent dans un village voisin pour acheter quelques provisions. Tandis que ses compagnons marchaient en silence, Salazar remplaça son mutisme total par un bavardage incessant. Comme fou, il racontait tout ce qu'il passait lui passait par la tête, sans réelle cohérence, passant de la description de se dernières conquêtes à une recette de potion insecticide, du temps qu'il faisait à des fragments de l'Iliade et de l'Odyssée qu'il avait appris par cœur dans son enfance.
- Salazar, fit au bout de quelques heures une Rowena au bord de la crise de nerfs, voudrais-tu, s'il te plait, continuer tes divagations dans ta tête.
- Alors parlez-moi ! Arrêtez de me regarder comme un animal de foire ! Je ne veux pas de votre pitié ! Vous, vous allez bien, alors arrêtez vos têtes d'enterrement. Je ne veux pas voir des gens en deuil autour de moi. Après tout je suis encore en vie, même si…
Sa voix se brisa, sous les regards médusés de ses compagnons qui s'étaient arrêtés de marcher. Salazar qui ouvre son cœur, Salazar sincère, Salazar sans sarcasme, ce Salazar là, ils ne le connaissaient pas. Helga s'approcha de lui et prit sa main dans la sienne.
- Zazar… J'admire la façon dont tu prends tout ça. Sache que je ferais tout ce que je peux pour t'aider à retrouver à ta magie. Et en attendant, de quoi veux-tu parler ?
Salazar sourit et contempla leurs deux mains.
- Merci Helga. Je sais bien que je peux compter sur toi (il jeta un regard à Rowena et Godric) et sur vous deux. Rowena, puisque tu ne supportes pas ma voix, consentirai-t à nous raconter une histoire ? Comme ça je me tais, on me parle et on apprend quelque chose. Tout le monde y gagne !
- Très bien Salazar. Qu'est-ce qui te ferait plaisir ?
- Merlin l'enchanteur ! (On aurait dit un enfant impatient) Tu ne nous as pas tout raconté !
- Bonne idée Zazar, ça nous occupera jusqu'à Poudlard !
Ils se remirent en marche tandis que Rowena commençait à raconter.
L'histoire que nous reportons a été considérablement raccourcie et ne rendra pas justice à celle de Rowena Serdaigle, mais sa version personnelle n'a malheureusement été conservée dans son intégralité. J'espère que les lecteurs nous pardonnerons.
« Personne ne sait d'où venait exactement Merlin. Certains le disent de père romain et de mère bretonne. D'autres disent qu'il est arrivé d'Irlande, ou qu'il était fils d'un elfe et d'une humaine, à moins que ce ne soit le contraire. Il est apparu un beau jour dans l'Ile, et ses connaissances en magie étaient déjà et restent encore inégalées. Nul ne sait d'où il les tenait, et quand quelqu'un lui demandait, il disait qu'il suffisait de partager ses connaissances avec tous les sorciers qu'on rencontrerait en chemin pour en savoir autant. Le seul caractère physique qu'on lui connaît sont ses cheveux, qu'il avait blanc comme la neige.
(-Ou comme ceux de Salazar. – Certes. Mais on ne mentionne nulle part des yeux rouges. – Tant pis. – Tu croyais vraiment pouvoir prétendre à un lien de parenté avec Merlin, Zazar ?)
A l'époque, les sorciers n'existaient pas à proprement parler. Les druides, principalement, et les bardes, dans une moindre mesure, pratiquaient la magie, essentiellement la divination, et dans une moindre mesure, réalisaient des rituels complexes dans des hauts lieux de pouvoir, capables d'influer sur le temps. A ceux-ci, se trouvaient associer quelques enchanteurs venu de Grèce et d'Orient.
Merlin est donc arrivé dans l'île de Bretagne, et a commencé à se mêler de politique. Il souhaitait arriver à unifier sorciers et moldus. Or à cette époque, l'empire romain se disloquait peu à peu et un roi tentait d'asseoir son pouvoir sur l'île, Uther Pendragon. Seulement ce roi était amoureux d'une sorcière qui avait reçu son enseignement d'un grand mage d'Orient, Ygerne (qui l'aimait également), qui était mariée au duc Gorlois. Ils avaient une fille nommée Morgane, dotée de grands pouvoirs magiques, et qu'on reverra par la suite.
Gorlois, fier sorcier, refusa l'autorité d'un roi moldu et lui déclara une guerre ouverte. Les combats durèrent quelques semaines, et un soir le duc Gorlois rentra au château. Son épouse vint l'accueillir et découvrit qu'il s'agissait en fait d'Uther.
En effet, Merlin avait réfléchi à son projet et avait tiré la conclusion suivante : pour que moldus et sorciers vivent ensemble sans discriminations, il valait mieux qu'un moldu les dirige, car un sorcier aurait tendance à considérer les moldus comme des inférieurs. Il soutint donc Uther, et l'aida à défaire Gorlois. Pour s'assurer que le château serait pris sans effusion de sang, il donna à Uther l'apparence du défunt duc. Seule Ygerne, unique sorcière du château pourrait voir au-delà de cette apparence trompeuse.
Uther arriva au château et fut accueilli comme le duc. Il est inutile, je pense d'ajouter des précisions sur ce qui se passa ensuite entre lui et Ygerne.
(- Et que s'est-il passé petite Rowena ? – Voyons Salazar, tu le sais aussi bien que moi ! – Non, je ne crois pas. D'ailleurs je n'explique pas cette soudaine rougeur sur tes joues… – Salazar Serpentard !)
Le lendemain, le château tomba aux mains des soldats du roi. La Grande Bretagne était enfin unifiée, et on célébra le mariage de Uther et Ygerne quelques jours plus tard. De leur union naquit un fils, Arthur, qui contrairement à Morgane ne disposait d'aucun pouvoir magique, un cracmol. Merlin le sépara très tôt de sa parenté et entreprit de faire son éducation. Car Merlin, grâce à son don de voyance, avait vu en lui un grand roi.
Uther mourut alors qu'Arthur avait à peine quinze ans. L'Angleterre était sur le point de se déchirer entre chrétiens voulant brûler les sorciers et sorciers voulant éliminer les chrétiens, le tout sous le regard de Merlin qui ne savait plus vraiment où donner de la tête.
Pour établir Arthur sur son trône, il réalisa une mise en scène avec une de ses amies, Viviane, une femme à moitié humaine et à moitié être de l'eau.
(- C'est possible ça ? – Salazar, si tu n'arrêtes pas de l'interrompre, comme veux-tu qu'elle finisse son histoire ? – Je cherche juste à comprendre. – Et bien admets que c'est possible. – Si tu veux Rowena. Tu peux me passer le sel ?)
Ils forgèrent ensemble une épée dotée de pouvoirs magiques, et la figèrent dans un roc de telle sorte que seul un cracmol puisse la récupérer. Ils déclarèrent que l'homme qui réussirait à l'en ôter deviendrait roi, et que cet homme serait capable de comprendre le monde sorcier et le monde moldu.
Arthur ôta l'épée, que l'on appela Excalibur, de la pierre, et devint roi. Il épousa une moldu, Guenièvre, et entreprit d'unifier son royaume et d'en chasser les envahisseurs. De son coté, sa demi-sœur, Morgane, convaincue que seuls les êtres maîtrisant la magie devaient régner sur l'île construisit machination sur machination pour le déstabiliser. Merlin servit de conseiller à Arthur dans toutes ses campagnes contre les envahisseurs menaçant la Grande Bretagne, et contre les seigneurs félons. Au bout de vingt-cinq ans, le pays était pratiquement unifié.
Merlin se consacra aussi durant cette période à un second projet : unifier les sorciers, leurs connaissances, et veiller à leur transmission à tous ceux susceptibles de maîtriser la magie. Il parcouru toute l'Ile de Bretagne, réunissant druides, enchanteurs, mages et bardes, et réussit à les unir en un seul groupe homogène, les sorciers, avec des talents divers mais une identité commune.
Mais même aidé de Viviane, Merlin ne put sans cesse contrer les méfaits de Morgane, surveiller Arthur et s'assurer de la bonne entente entre moldus et sorciers tout en tentant d'unir ceux-ci, si bien qu'elle réussit à semer assez la zizanie et, fortement aidée par la magie partagea le lit d'Arthur et donna naissance à un fils, Mordred, qu'elle destina à monter sur le trône à la suite du roi.
Une fois l'île unifiée, Merlin aida Arthur à créer l'ordre des chevaliers de la Table Ronde, élite magique et moldu de l'armée du roi. Armée soit dit en passant, où combattaient cote à cote les sorciers et les non-sorciers. Puis, satisfait de son œuvre, il voyagea à la fois dans toute la Bretagne pour continuer à repérer des sorciers, mais aussi sur le continent, cherchant de nouvelles connaissances ou bien enseignant aux autres.
Morgane, profitant que son ennemi ai baissé sa garde, susurra à l'oreille de seigneurs orgueilleux de beaux discours, et retourna si habilement leur loyauté qu'Arthur ne s'en rendit compte que lorsqu'ils arrivèrent, plus de la moitié des nobles du pays, à Londres avec leur propre roi, à savoir Mordred.
La bataille qui suivie fut rude, et Arthur était très désavantagé par rapport à Mordred qui lui était sorcier. Heureusement Excalibur avait été enchantée pour le protéger. Il finit grâce à cet avantage, par se débarrasser de son fils neveu. Morgane, en colère, réussit à passer outre la protection et à le blesser grièvement et s'apprêtant à lui donner le coup de grâce quand surgirent Merlin et Viviane. Merlin attaqua Morgane et la tua, bien qu'il détesta donner la mort à qui que ce soit, tandis que Viviane emmenait Arthur dans sa demeure pour soigner ses blessures, dans une île au milieu des brumes, Avalon, d'où il ne revint pas, ce qu'il laisse à supposer que ses blessures étaient trop graves pour être jamais soignées et qu'il y mourut. Nul ne le sait.
Merlin, dégoûté par sa naïveté, par la stupidité des hommes, et par son échec, comprit que faire vivre moldus et sorciers ensemble était une tache impossible et fit en sorte que les sorciers s'isolent peu à peu du monde moldu, à la fois pour se protéger et prévenir ce genre de querelles. Il rédigea le premier code de loi sorcier à cette fin puis se retira du monde et partit vivre à Avalon rejoindre Viviane, contemplant de loin l'évolution du monde magique et moldu dans un miroir magique. Il y est encore aujourd'hui, dit-on. »
Et par un curieux hasard, Rowena prononça ces mots à l'instant exact où ils arrivèrent devant le château d'Anaël.
- Alors il n'est pas mort ? demanda Salazar.
- Personne ne le sait, répondit Rowena. On ne sait rien de l'emplacement d'Avalon, et il aurait près de cinq cents ans s'il vivait encore aujourd'hui. C'est fort improbable.
- Alors pourquoi l'histoire finit-elle ainsi ?
- L'espoir, Godric, sans aucun doute l'espoir. Et comme toujours, l'histoire est devenue une légende et cette légende un mythe. Il est quasiment impossible de démêler le vrai du faux. Vu la puissance de Merlin, ce n'est pas improbable qu'il ait acquis l'immortalité. Et puis c'est quand même plus joli non ?
- Il y a des jours, commenta Salazar, je ne te comprends vraiment pas. Toi qui ne jure que par la vérité et préfèrerait mourir plutôt que d'énoncer une hypothèse non vérifiée, toi, tu laisse volontairement une fin floue à ton histoire ? Jusque parce que c'est plus « joli » !
- Et oui Zazar, fit Helga, il n'y a pas qu les potions qui soit un art. La parole et l'écriture en sont aussi.
- Vous n'avez pas honte de vous liguer contre moi ? Ah, les femmes !
- Ah, les hommes, soupirèrent-elles en retour.
Leur école déjà bien avancée lors de leur départ, était presque terminée. Les ouvriers étaient actuellement en train d'y installer des meubles à grand renfort de sortilèges de lévitation. Une cohorte de chaises passait la porte en se dandinant sur une musique invisible, sous la conduite de quelques enfants bien décider à démontrer leur habileté.
- Et bien, nous voilà de retour, dit Godric, sur un ton nostalgique. Je pense qu'il vaut mieux garder sous silence le problème de Salazar.
Tous acquiescèrent, même Rodrigue, qui fut considérablement aidé par le regard très persuasif (merci Rouge ;-) et pas franchement gentil de Salazar, et les baguettes des trois autres professeurs bien en évidence dans leurs mains.
- Il me parait quand même nécessaire d'en avertir Anaël, suggéra Rowena.
- Parce que tu crois que je garderai mon poste de professeur après ça ? répliqua Salazar d'un ton hargneux.
- Salazar, Rowena ne faisait qu'une suggestion, fit remarquer sèchement Godric.
- Et tu crois vraiment que le duc te renverra ? ajouta Helga. D'autant plus que tu n'utilises pas ta baguette pour faire des potions, et que tu es le meilleur maître des potions qu'il a sous la main ?
- Je… tu dois avoir raison. Désolé Rowena, je n'aurai pas du m'énerver.
- Pas de quoi, nous aurions tous réagit pareil je pense.
- Oui mais…
- Tu ne supportes pas cette idée et tu ne peux pas l'accepter, coupa Rowena. Ton état est normal Salazar. Tu as besoin de temps et de tranquillité pour t'adapter, ce que tu n'as pas encore eu jusqu'à maintenant. Nous allons rentrer tranquillement à Poudlard, tu vas te reposer quelques jours et faire le point. Nous serons là si tu as besoin de nous.
- Je … merci Rowena
- Tu sais Zazar, lui rappela avec malice Helga, je crois que tu as oublié un détail. Je ne crois que tu aies perdu ta langue acérée avec ta magie, alors ne fais pas comme si.
Salazar lui fit un sourire carnassier.
- Tu as raison ma petite Helga. Bon, on y va ? Sans quoi ils risquent de se demander ce que nous fabriquons, plantés là à contempler le château.
