Rating : T
Genre : Hurt/Comfort
Disclaimer : L'univers et les personnages de One Piece appartiennent à Eiichiro Oda.
Résumé : Tu ériges autour de toi une bulle de silence contre la violence des mots que les spectateurs te jettent à la figure (Rebecca).
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Note : Ce texte a été écrit à l'occasion des 24h du Fof, marathon d'écriture d'une journée, sur le thème "Je voulais prendre des fleurs mais je n'en ai pas trouvé" donné par A Smiling Cat. Temps d'écriture estimé : deux heures et demi.
Et merci à Grise de m'avoir inspiré le titre.
La Fleur de Pandore
Les cris et les insultes volent comme des armes de jet. La haine tirée comme une flèche, qui fuse à travers le Colisée en effervescence et vient rebondir contre tes fragiles défenses. Comme à chaque fois que tu entres dans l'arène, tu blindes ton cœur d'une armure invisible, la seule qui te soit vraiment utile dans ce jeu de dupes. Tu ériges autour de toi un mur d'indifférence, une bulle de silence contre la violence des mots que les spectateurs te jettent à la figure.
Crève, Rebecca ! Va pourrir en Enfer !
La rage lancée comme un poignard heurte ton bouclier mental, et une première fissure apparaît. Les imprécations se frayent un chemin jusqu'à ton âme et tu recules d'un pas, déséquilibrée par le choc. Ta prise sur la garde de ton épée rouillée se resserre et tu grinces les dents, rebouchant à la va-vite la crevasse. Tu penses à la légende du Gladiateur Invaincu, à cette histoire folle qui pourtant t'inspire et te rassure quand le désespoir empoisonne tes rêves. Tu penses au Soldat-Jouet, et aux jours heureux que tu espères retrouver un jour en sa compagnie. Tu penses à tes camarades gladiateurs, qui se sont forgés en famille à travers les barreaux du Colisée. Alors tu respires un peu mieux, et tu redresses la tête, laissant les torrents de fiel couler sur toi comme de l'eau et tu ne te laisses pas atteindre.
Tu ne vaux pas mieux que ton monstre de grand-père ! Pyromane ! Abomination ! Montre-nous ton sang !
Tu reprends ta marche vers le centre de l'arène, ignorant les invectives furieuses qui pleuvent sur ta frêle silhouette. Le regard des autres combattants te suit à chaque pas. La plupart te fixent avec hargne, se léchant les babines à l'idée d'offrir au public déchaîné le sang si ardemment demandé, ton sang. D'autres t'observent avec dédain, persuadés qu'une fillette n'a d'autre place au Colisée que celle de proie à pourchasser et à saigner. Certains dévisagent avec lubricité ton corps si honteusement dénudé et tu sens gonfler dans tes veines la haine et le dégoût, qui te brûlent de l'intérieur. Plus rares sont ceux qui t'accordent un regard de compassion mais nul ne va jusqu'à t'offrir un geste de soutien.
Et le poids des imprécations publiques écorche tes épaules. Ces inconnus dans les gradins, qui appellent à ta mort sans rien savoir d'autre de toi que ton nom et ton ascendance, font couler de ton âme un sang aussi noir que les mots qu'ils t'adressent. Tu luttes contre la pression de cette foule anonyme qui plane sur toi comme une ombre menaçante. La haine gratuite menace de t'engloutir toute entière alors que ton si précieux bouclier se craquelle de toutes parts.
Ta détermination se voile de doutes, ta volonté s'écaille sous la rage populaire et tu ne parviens plus à rassembler les pensées chaleureuses. Le Gladiateur Invaincu se fige sur les traits de sa statue. Le Soldat-Jouet court à sa perte en luttant chaque jour contre un ennemi plus fort que lui. Tes camarades gladiateurs se meurent à petit feu dans la prison qu'est le Colisée.
Crève, salope ! Fille de putain ! Enfant du démon !
Ton cœur se serre et les larmes te montent aux yeux alors que l'image de ta mère surgit soudain devant tes yeux. Tu peux supporter d'être insultée. Même si cela fait mal, tu es habituée. Même si cela te blesse, tu sais que tu y survivras, que tu surmonteras cette nouvelle épreuve. Mais ta mère, partie depuis si longtemps, ne peut plus se défendre face aux mots injustes et mensongers de cette foule ignorante. Et tu voues une colère vengeresse à ces hommes et ces femmes, qui se cachent dans l'anonymat de la multitude, tous complices indolents du jeu de Doflamingo.
Ils n'ont pas le droit.
Pas le droit de traîner ainsi le nom de ta mère dans la boue insalubre du Colisée. Pas le droit de salir son souvenir écorché de ta mémoire. Pas le droit de l'impliquer dans les horreurs rouges de cette arène de cauchemar.
Scarlett se doit de reposer parmi les pétales aux milles couleurs du Champ de Fleurs, là où les senteurs florales effacent l'odeur du sang, là où la brise d'été souffle les armes et les boucliers, là où le chant des oiseaux étouffe les mots de haine. Et tu voudrais tant retrouver ces temps à demi-oubliés, ce bonheur au goût de simplicité, mais tu as beau chercher autour de toi, dans les obscures cellules ou sur l'aveuglante arène, tu ne trouves pas l'ombre d'une fleur, nulle part. Ces terres ensanglantées ne laissent rien pousser, pas même le plus petit brin d'herbe.
Pas même le plus petit brin d'espoir.
- Ça suffit !
La voix résonne à travers le Colisée, semant des questions incrédules sur son passage.
- Comment osez-vous l'insulter, vous qui ne courrez pas le moindre danger ?! Si vous tenez tant que ça à ce qu'elle meure, prenez donc les armes et descendez dans l'arène !
Alors, surgit de la gueule obscure du corridor le Pirate Noble sur son grand cheval blanc. Cavendish s'élance jusqu'au cœur de l'arène, centre de tous les regards, une rose rouge épinglée sur sa chemise. Un silence pesant s'empare de la foule alors que les mots justiciers résonnent encore dans le Colisée.
Puis les cris de joie explosent dans les gradins : partout on acclame le célèbre pirate, on loue sa beauté, on admire son adresse à l'épée et sa dextérité à cheval. C'est un concert d'acclamations qui s'élève de la foule, qui semble déjà avoir oublié les imprécations rageuses qu'elle t'adressait un instant plus tôt. Le public est resté sourd à la plaidoirie de Cavendish mais au moins les insultes ont-elles cessé, et tu parviens à nouveau à respirer, libérée d'un poids qui a bien failli, aujourd'hui, te mettre à terre.
Et même si le Pirate Noble s'émerveille de l'attention qui lui est accordée, sans plus se soucier de la vacuité de sa demande, tu ne peux t'empêcher de lui être reconnaissante.
Pour cette fleur d'espoir qu'il t'a apporté dans le déluge des maux humains.
