Le rhum dévala sa gorge, laissant sa marque brûlante et continua son chemin dans la trachée. Bokuto décolla le verre de ses lèvres et le posa sur la table à côté de laquelle il se tenait fièrement, dos à la porte. Il regardait droit devant lui, ignorant le nouveau venu qui venait d'ouvrir la porte de sa cabine. La capitaine reconnut le grincement caractéristique de cette dernière quand elle se refermait. Bokuto ne se retourna cependant pas, ne doutant pas de l'identité de nouvel arrivant.
« Qu'est-ce que tu veux ? » Demanda-t-il froidement. « Kuroo. »
Le noiraud soupira alors bruyamment et s'avança de quelques pas.
« Bo, tu sais très bien que je m'inquiète. Ne joue pas à l'enfant. »
Bokuto se retourna en un mouvement et fusilla son second des yeux.
« Jouer à l'enfant ? Mais tu t'es vu avec tes petites crises de chef ! » Murmura froidement le commandant.
« Moi, j'assume mes actes. »
« Moi aussi mais je sais aussi assumer mes préférences. »
Un lourd silence tomba alors entre eux suite à la réplique lourde de conséquences.
« C'est un homme. »
« J'ai cru remarqué. » Répondit Bokuto en lui laçant un regard désabusé.
« Et tu vas faire quoi ? Le sauter comme n'importe quel pervers qui cherche un cul pour se vider en pleine mer ? » Cracha violemment Kuroo.
« C'est pas moi ça ! » Répliqua Bokuto avec un air lourd de reproches.
Un silence pesant se réinstalla entre eux et Kuroo baissa les yeux, se perdant à admirer les planques du pont. Il releva ensuite les yeux en entendant Bokuto commencer à parler.
« Je sais que tu t'inquiètes, que tu t'en veux aussi mais, mais tout ça c'était moi et juste moi. »
« J'aurai dû te retenir ! » s'écria Kuroo.
« J'aurai dû t'écouter ! »
Les deux hommes se fixèrent alors dans le blanc des yeux, silencieux. Un ange passa. Bokuto reprit alors son verre de rhum et se resservit. Il plaça à nouveau le verre à ses lèvres et la première gorgée dévala sa trachée. La boisson alcoolisée laissa à nouveau un sillage brûlant jusqu'à l'œsophage de Bokuto.
Kuroo s'avança alors vers son ami et l'attira dans une poigne pleine de virilité. Bokuto se laissa serrer dans ces bras rassurants et souffla un bon coup.
« Je n'aurai jamais dû aller la voir à notre retour. »
« Tu ne pouvais pas le savoir. » Murmura le noiraud pour le rassurer.
« J'aurai dû être moins pressé…. » Chuchota Bokuto.
« Écoute ceux qui veulent t'aider. » Murmura Kuroo.
Kuroo tapa le dos de son ami et les deux s'échangèrent une accolade pleine d'amour. Le noiraud préféra cependant garder le calme devant la déclaration de son meilleur ami. Ils se séparèrent ensuite et un silence s'installa à nouveau. Ce n'était cependant pas un silence lourd mais plutôt de ces silences agréables et reposants. Kuroo reprit alors la parole en observant la cabine.
« Hé ben ! c'est bien rangé pour une fois ! »
« Akaashi vient diner. » Marmonna discrètement Bokuto. Le commandant se dirigea alors vers la table et rangea les quelques cartes encore abandonnées.
Cependant, ce léger marmonnement n'échappa pas au noiraud qui écarquilla les yeux suite à la déclaration du commandant. Il serra les poings et ses lèvres ne formèrent plus qu'un trait fin. Kuroo se détourna rapidement de Bokuto et fixa l'océan à travers la baie vitrée. Son corps entier se crispa et il ferma les yeux, cherchant à nouveau son calme. Il inspira doucement de l'air. Pourquoi son meilleur ami, le plus grand des idiots sur ces mers devait ne jamais apprendre de ses erreurs ? Pourquoi s'amouracher du premier venu ? Il expira un long instant et rouvrit les yeux. Il observera la situation et surveillera cet Akaashi. Ce jeunot ne lui inspirait pas confiance. Dire que c'était lui qui l'avait recruté, quelle ironie du sort ! Le destin se moquait bien de lui. Il se dirigea d'un pas rageur vers la sortie. Il devait vraiment en discuter avec quelqu'un pour avoir du soutien.
Akaashi souffla, essayant de s'influer un peu de courage. Il scruta de ses yeux gris l'océan qui s'étalait à perte de vue devant lui. Le soleil s'était déjà couché, laissant sa place à son adversaire blanc. La lune projetait d'apaisant reflets sur l'eau qui dansaient au gré des vagues. Le noiraud se détourna alors de ce spectacle de la nature, se dirigeant vers les escaliers menant au pont sous ses pieds. Pas après pas, il sentait sa boule au ventre le meurtrir davantage. Il descendit prudemment les escaliers, veillant à se concentrer pour ne louper aucune marche. S'il se présentait le visage ensanglanté, pas une once de doute qu'il ferait moins son effet. Akaashi s'auto flagella. Comment pouvait penser de telle chose ! Il allait juste voir Bokuto ! Son commandant qui allait lui faire des remontrances pour son comportement ! Arrivé en bas, il se dirigea alors vers le quartier de son supérieur. Il s'avança jusqu'à la porte et fixa à long moment la porte. Avait-il bien fait de se laver sommairement ? Ou le commandant verrait ça pour une tentative d'amadouement ? Akaashi passa nerveusement sa main dans ses cheveux indisciplinés, ne sachant plus quoi faire. Devait-il frapper et s'annoncer ? Comment devait-il se comporter ? Et que se passerai-t-il s'il rougissait devant Bokuto ? Son supérieur le placera d'emblée chez les faibles.
Akaashi avança sa main pour frapper le bois mais la porte s'ouvrit brusquement, ratant son visage de peu.
Sous l'effet de surprise, Akaashi recula d'un pas et releva ensuite les yeux vers celui qui avait ouvert la porte avec une telle force.
Devant lui se tenait Kuroo. Le second semblait particulièrement remonté au vu du regard noir qu'il lui adressa. Il claqua la porte derrière lui et fixa quelques instants le plus jeune. Aucun des deux hommes n'esquiva un geste. Akaashi voulut alors lui demander si sa présence était encore souhaitée mais avant même d'avoir pu ouvrir la bouche, le second passa à côté de lui en ne lui adressant aucun regard.
Akaashi fixa alors bêtement la porte. Devait-il encore venir ? Il se décida néanmoins à frapper. Si sa présence n'était plus demandée, il était certain que le commandant lui ferait comprendre.
Le noiraud frappa alors trois rapides coups sur le bois de la porte et retira ensuite immédiatement sa main, tel un enfant pris en flagrant délit.
Quelques instants plus tard, la porte s'ouvrit à nouveau mais cette fois sur Bokuto. Dès que ce dernier reconnut Akaashi, un des sourires si caractéristiques du plus grand se dessina sur ses lèvres.
« Akaashi ! Entre ! »
Le noiraud ne se fit pas prier et s'avança dans les quartiers de son supérieur. Il se tourna alors vers lui et demanda.
« Vous vouliez me voir ? »
Bokuto referma la porte et le fixa d'un air gêné en se grattant la nuque.
« Tu sais, tu peux me tutoyer. Je ne suis pas plus vieux que toi ! »
Akaashi observa alors son supérieur. Bokuto passait nerveusement sa main sur sa nuque découverte. Ses cheveux se dressaient sur sa tête, indisciplinés comme à leur habitude et des petites rougeurs se dessinaient sur ses joues. Akaashi se tourna alors en rougissant à son tour et scruta d'un œil curieux l'appartement de son supérieur.
La cabine était plutôt vaste. Au fond s'élevait une grande baie vitrée où les remous de l'océan se dessinait. Juste devant celle-ci se trouvait un grand canapé avec plusieurs coussins échoués dessus. Derrière se tenait une longue table en bois massif où des couverts avaient été disposés devant deux chaises. Dans les assiettes, le noiraud reconnu la nourriture habituelle que lui servait Nishinoya.
Akaashi sursauta quand il sentit le souffle de Bokuto caresser sa nuque. Son corps entier se crispa et ses entrailles se tordirent. Cette sensation n'avait cependant rien à voir avec celles des combats et il se sentit rougir.
Bokuto murmura alors à son oreille.
« Je suis un capitaine qui respecte son équipage, je mange le même plat. »
Akaashi esquissa un sourire.
« Plat ? Je ne définirai pas cela comme tel. »
Bokuto rigola suite à la réplique d'Akaashi et le dépassa en se dirigeant vers l'une des places préparées pour le diner. Akashi le suivit et les deux hommes s'installèrent en souriant. Akaashi observa la table et son plat. Le pauvre bol de bois était encadré de beaux couverts argentés. Le noiraud s'empara de la fourchette et la fit tourner entre ses longs doigts. L'argenterie était décorée de fines gravures représentant des plantes qui s'enroulaient jusqu'à l'extrémité de la fourchette.
« Ça change de nos cuillères en bois. »
« Hahaha, mais je préfère quand même manger avec vous. » Répondit joyeusement Bokuto. « C'est triste de diner ici alors qu'il y a toujours de l'ambiance à côté ! »
Les deux hommes commencèrent alors à manger en discutant tranquillement, apprenant plus l'un sur l'autre. Akaashi questionna alors Bokuto sur son poste de capitaine.
« Etre capitaine, ou pour mon cas commandant est un rôle où l'on endosse beaucoup de responsabilités. Je suis commandant et non capitaine car sur les petits navires de commerce, le plus haut gradé est appelé « commandant ».
« Et durant le voyage, qu'est-ce que tu fais ? »
« C'est vrai que tu ne me vois jamais astiquer le pont » Rigola Bokuto. « Je m'occupe plutôt durant la journée du bon fonctionnement du navire. Je vérifie que tout le monde vaque à ses tâches, que le navire suit le bon cap et des trucs comme ça. »
« Et comment étais-tu devenu commandant ? »
« Oh ! C'est une très longue histoire. » Ricana le commandant.
« J'ai tout mon temps. » Répliqua le noiraud, un sourire plaqué aux lèvres.
Bokuto inspira et commença alors son récit avec un ton théâtral, le tout accompagné de grands gestes, et des petits éclats de rires d'Akaashi.
« Il était une fois, un beau jeune homme, parfait, grand et fort. Il s'appelait Bokuto et était issu d'une bonne famille. Son grand-père avait fait fortune grâce au commerce maritime et son père avait forgé la gloire de la famille grâce à ses exploits dans la marine anglaise. Le jeune fils avait les mêmes rêves que son père et celui-ci l'envoya à l'âge de quinze ans sur le premier navire de guerre après lui avoir donné une éducation parfaite. »
« Bon, tu as fini avec tes éloges ? » Ricana Akaashi.
La remarque du noiraud ne fit qu'agrandir le sourire du plus grand qui continua son récit.
« Le jeune homme rêvait d'aventures et d'océans. Il parvint à se retrouver sur un grand navire de l'armée. Cependant, il fit une merveilleuse rencontre sur ce navire. Rencontre qui devint son meilleur ami qui n'est autre que Kuroo. Je me souviens très bien encore comment on s'est rencontré. » Expliqua Bokuto en souriant. « J'étais arrivé sur un « Ship Of The Line », plus précisément un de quatrième rang. C'est un navire qui emmène jusqu'à quatre cents vingt hommes avec de quarante-huit à soixante canons. J'étais, sans mentir, totalement perdu ! Tout le monde courrait partout et chacun savait ce qu'il devait faire. Moi, je venais d'être affecté sur ce navire et je n'étais jamais monté sur un si grand bateau. J'étais resté comme un bleu au milieu du pont en admirant les hommes qui montaient aux mâts. Pour mieux voir, je m'étais reculé de quelques pas et j'ai marché sur le pied d'un maitre d'équipage. »
Akaashi fronça les sourcils et demanda.
« Un maitre d'équipage ? »
« Le maitre d'équipage est celui qui est chargé de l'exécution des punitions, celui qui distribue les coups de fouets ou les mises à fonds de cale. »
Un sourire étira les lèvres du noiraud.
« Celui qu'il faut pas énerver, c'est ça ? »
« C'est ça, tu as tout compris ! » Rigola Bokuto.
« Et ? » Le questionna Akaashi.
« Bah, il s'est vachement énervé car moi, je lui ai juste dit pardon ! » S'exclama le commandant avec de grands yeux. « Je ne savais pas que c'était quelqu'un de haut gradé, moi ! Il était habillé comme tous les autres ! Comment voulais-tu que je le sache ! »
Akaashi rigola et continua à écouter le récit de Bokuto.
« Je lui ai dit pardon et il m'a regardé comme si un troisième bras m'avait poussé. Il y a eu un grand silence sur le pont. Je te promets ! Tout le monde me fixait car ils savaient tous que le gars en question sur lequel j'avais marché sur le pied était vraiment un connard. Du coup, le gars s'est énervé, prévisible car il a interprété mes paroles comme de l'insolence. Il a commencé à m'engueuler et moi, je ne comprenais pas, ce qui l'énervait encore plus ! » Rigola le commandant. « Il m'a tout à coup sorti de nulle part vingt coups de fouets ! Et là, je me suis aussi énervé ! Je lui ai dit qu'il était con, qu'il s'emportait pour rien ! »
Bokuto marqua alors une pause et but le fond de son verre, un air songeur plaqué sur le visage.
« Là, je crois que je me suis dit que j'avais un peu forcé. Ouais, carrément. »
Akaashi se pencha sur ses coudes et demanda d'une voix curieuse.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Il t'a balancé par-dessus bord ? Rigola le noiraud.
« Oui. »
Un silence s'installa jusqu'à qu'Akaashi explosa de rire bientôt suivi de Bokuto. Le noiraud avait les larmes aux yeux et se tordait de rire.
« Attends quoi ? J'ai dit ça pour plaisanter ! »
« Bah ça s'est vraiment passé comme ça ! » Rigola le plus grand. « Le maitre d'équipage m'a pris par le cou et m'a juste balancé par-dessus le bastingage ! J'ai d'ailleurs eu super mal ! Imagine tomber de dix mètres en étant absolument pas près, je suis tombé tête la première dans la flotte. »
Bokuto se leva alors et invita Akaashi à le suivre. Les deux hommes se placèrent alors devant la baie vitrée où l'océan dansait devant eux.
« Ah ouais, ça a du faire mal. Vous étiez en mer ? »
« Oui, on venait de quitter le quai et on était sorti du port. J'étais dans l'eau et le navire ne s'est pas arrêté. On ne peut pas arrêter une bête comme celle-ci quand elle a les voiles déployées. Je venais de sortir la tête de l'eau et j'essayais de m'orienter. Et là, tout ce que je vis, c'est le bois de la coque du navire filer à toute vitesse. Je me suis alors rendu compte qu'un homme sur quatre cents, cela n'avait aucune valeur. » Déclara Bokuto d'une voix éteinte. « J'ai cru que ma vie allait se finir d'une manière si nulle, entrainé par des vêtements trop lourds et des vagues. Mais un ange gardien est apparu ! » Annonça-t-il alors d'une voix bien plus joyeuse, ses yeux brillaient à nouveau comme un enfant. « Une corde est tombée un peu plus loin, collé à la coque. Alors, avec l'espoir qui anime un fou, j'ai nagé du mieux que je pouvais vers cette sortie. Je crois que j'ai rarement eu tellement de mal à tenir une corde. Elle était dure car imprégnée de sel et moi, mes mains étaient glissantes. Mais j'étais plus fort, plus fort que les éléments. Je me suis agrippé et je suis remonté à la corde à la force de mes bras. »
Bokuto reproduit alors toute l'action sous le regard amusé d'Akaashi qui rigolait.
« Et c'est là que j'ai rencontré pour la première fois Kuroo. C'était lui qui m'avait lancé la corde. Il m'aida à remonter sur le pont et me fila des vêtements secs. Lui avait navigué depuis l'âge de onze ans, il connaissait tout le monde et m'a rapidement pris sous son aile. » Raconta-t-il avec fierté. « Il m'a expliqué toutes les astuces à connaitre sur la vie du navire. Il m'a aussi permis de rencontrer le capitaine du navire. Je me rappelle, on faisait bêtises sur bêtises mais on ne se faisaient jamais attrapé. Bon, j'avoue une fois, on s'est fait prendre la main dans le sac et ça a fait très mal. » Rigola-t-il bruyamment.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Vous avez été punis ? » Demanda le noiraud.
« Oh oui ! » Ricana Bokuto. « On avait volé du rhum en cachette et on s'est fait pincer totalement allumés. On a reçu chacun vingt-cinq coups de fouets et j'avais gardé les marques super longtemps ! J'en ai une qui a mal cicatrisée et on la voit toujours encore aujourd'hui, elle est sur l'épaule gauche. »
Akaashi grimaça en imaginant le dos de son ainé.
« Mais bon, tout marin y passe, les coups font partis de la vie sur un navire ! » Sourit le commandant.
Un sourire figé se dessina sur les fines lèvres d'Akaashi.
« En tant que capitaine ou commandant, tu as déjà dû distribuer des coups ? »
Bokuto secoua vivement la tête.
« Je préfère croire qu'on peut mieux contrôler un équipage sur de bonnes bases que grâce à des violences physiques ! »
« Ah, je partage ta doctrine, l'autre ne serait pas à mon avantage. » Ricana le noiraud.
« Tu verras, si tu changes de navire et que tu es assigné sur un grand navire de guerre, tu auras des capitaines plus, comment dire ?
« Expéditif ? » Compléta Akashi.
« C'est ça ! Mais avec beaucoup d'expériences et d'observations, on s'améliore et on s'habitue, on apprend à ne pas faire de vagues. Je suis resté sur ce vaisseau de guerre treize mois. J'y ai rencontré aussi Hanamaki, Matsukawa, Ushijima et Tendou. Quand on est rentré à Portsmouth, j'ai parlé à mon père sur ma vie au sein du navire. Je lui ai demandé s'il était possible que je puisse aller sur un plus petit navire. Il s'est servi de sa réputation pour me muter sur une frégate. Kuroo, Hanamaki, Matsukawa, Ushijima et Tendou ont réussi à rester avec moi et on s'est fait encore d'autres compagnons. Il y avait alors avec nous Daishou, Terushima, Aone, Daichi, Sugawara et Nishinoya. On a fait pas mal de missions ensemble jusqu'à qu'une tourne un peu mal et notre capitaine meurt. On a alors voté pour un nouveau capitaine et s'est moi qui a été choisi. »
Akaashi vit alors comment le regard pétillant du commandant s'éteignit et ce dernier baissa la tête. La gorge du noiraud se serra. Il plaça instinctivement sa main sur le bras de Bokuto. Bokuto releva vivement le visage, surpris par l'initiative du plus jeune. Les deux hommes se figèrent. Leurs visages n'étaient que séparés par quelques centimètres.
Le temps se figea.
Leurs souffles se mélangeaient et chacun sentait l'odeur de l'autre. Une bulle semblait les couper du monde, leur offrant une intimité propre à eux. Akaashi planta ses yeux dans ceux de Bokuto. Le noiraud se perdait dans les deux orbes dorés qui le dévoraient. Ses entrailles se tordaient violemment et tout l'air de ses poumons semblait bloqué à jamais.
Akaashi le vit mais ne réagit pas. Son corps n'esquiva pas un mouvement. Peut-être que le cerveau ne l'aurait jamais voulu mais Akaashi le laissa faire.
Bokuto dépassa les centimètres qui les séparaient et posa ses lèvres sur celle d'Akaashi. Le baiser était doux, une douceur perdue dans ce monde lui-même perdu dans les océans. Leurs lèvres se caressèrent délicatement mais rapidement, la langue de Bokuto chercha sa jumelle et l'échange s'intensifia. Les deux hommes finirent par se séparer par manque d'air, les joues en feu.
Ils se fixèrent alors dans le blanc des yeux, aucun ne savait quoi faire.
Bokuto finit par bégayer.
« Je suis désolé… Je… J'aurai pas dû faire ça. »
Akaashi fixa le plus âgé avec de grands yeux et resta figé. Il vit dans les yeux de Bokuto tous les sentiments qui le traversèrent. Il lui semblait discerner de l'excitation mélangée à des remords, étrange cocktail faisant briller ses yeux. Bokuto s'éloigna alors et se dirigea à nouveau vers la table où il se resservit à boire. Akaashi ne le lâcha pas des yeux. Le noiraud était perdu dans ses propres pensées. Se comporter normalement ou vouloir savoir. Il se rappela alors d'un proverbe que sa sœur chérissait particulièrement « Il faut laisser couler certaines choses que l'on ne saisit pas complètement et laisser le destin agir. »Il se décida alors, les joues écarlates, de s'avancer jusqu'au commandant. Il se plaça à sa gauche et lui sourit.
