A la base, ce chapitre devait faire le double et englobé les événements suivants du jeu, pour ceux qui ont joués, je parle de la fameuse mission au château Saint-Ange qui restera à jamais l'une des meilleures missions tout AC confondues. Mais j'ai réalisé que le chapitre serait très long, et qu'il serait divisé en deux parties si distinctes et différentes que je ferais mieux de le couper en deux. Ce que j'ai fait :)

Ce chapitre 10 donc est un chapitre de transition. Avec beaucoup de pensées, d'explication, de résumé, car oui j'essaie de résumée ici un an de leur vie, car je n'avais pas réalisé en jouant qu'entre la première mission où ils apparaissent dans le jeu, c'est à dire dans l'attaque de Monteriggioni et leur seconde apparition, à Rome, une année entière s'écoulait. J'ai avisée, réfléchie et j'ai décidée de ne pas trop m'attarder sur cette période et plutôt de la survoler en racontant quelques passages de cette époque, simplement car je pense que des chapitres étalés aurait été ennuyeux et sans réelle avancée sur l'histoire.

Il ne se passe donc pas grand chose en terme d'actions dans ce chapitre mais il fait tout de même avancée l'histoire, et les relations, et soulève des questions, il est aussi également beaucoup plus question de la psychologie de Lucrezia, où plutôt de son côté lunatique (voir bipolaire ?) assez élevée, sujet que je continuerai de développer par la suite.

J'espère que ce chapitre de transition vous plaira, il y a assez peu de dialogues du coup et j'en suis désolée, mais le prochain rattrapera largement sur ça ! Il n'y à donc dans ce chapitre aucune scène du jeu, j'ai tout écrit moi-même.

Bisous et bonne lecture ! :D

Roza-Maria.


Février 1501.

Un an plus tard.

Lucrezia grimaça quand le carrosse heurta brusquement les pavés et que leur course se mit à devenir chaotique. Néanmoins, elle ne put s'empêcher se pencher et de tirer les rideaux pour pouvoir regarder ce qu'elle savait déjà qu'elle allait trouver. Les pavés de l'ancienne Rome ne mentaient pas.

Elle sourit. Les voilà enfin rentrer à la maison. Rome.

Elle poussa un profond soupir de joie et s'enfonça dans le velours moelleux de l'intérieur du carrosse et ferma les yeux quelques instants. Un an loin de sa maison. Elle n'avait pas prévu que les choses dureraient aussi longtemps quand elle était parti avec Cesare. Mais chaque retour lui rappelait à quel point elle adorait revenir dans cette ville. A chaque fois qu'elle l'a retrouvait, le sentiment était le même. Elle se sentait presque à nouveau entière. Il ne manquait qu'une seule chose pour qu'elle le soit totalement.

Et si Dieu le voulait – non… si il le voulait –, cette chose serait bientôt présente aussi à Rome. Enfin. Tout serait bientôt parfait.

Les choses ne s'étaient pas réellement déroulées comme Cesare l'avait prévu, il y a un an, quand ils avaient conquis Monteriggioni. C'était le moins qu'on puisse dire. Comme elle l'avait pressentie et comme Cesare l'avait affirmé, ils n'avaient absolument pas retrouvé le corps de Ezio Auditore dans les ruines de la cité le lendemain. Lucrezia se rappelait parfaitement le froid qui l'avait envahi à cette constatation, même si cela ne l'avait pas surprise, mais Cesare n'avait pas eu l'air inquiet plus que cela. Au contraire, même, il avait ricané et ordonner à ce qu'on poursuive les fouilles dans la ville. L'idée que Ezio Auditore avait survécue à l'attaque semblait même lui faire plaisir.

Ce qui n'avait pas surpris Lucrezia non plus. Elle avait compris que pour Cesare, cette victoire sur les Assassins lui avait paru trop facile et pas réellement satisfaisante, malgré les morts nombreuses dans leurs rangs. Plus elle observait son frère quand il parlait d'Ezio Auditore, plus elle commençait à sentir un étrange sentiment qu'elle n'aurait jamais cru voir chez lui pour personne. Et pourtant, elle était quasiment certaine de ne pas se tromper… Cesare ressentait un certain respect pour Ezio Auditore. Où tout du moins, il en venait à le considérer comme son égal sur plusieurs points. Comme un adversaire à sa hauteur. C'était probablement le seul homme au monde auquel Cesare accordait autant de valeur et de crédit. Parce que Cesare ne considérait personne comme son égal. Et encore moins quelqu'un comme digne de l'affronter.

Sans doute pour cela, il se réjouissait de voir que la victoire n'était pas totalement acquise sur les Assassins, et que d'autres batailles allait forcément avoir lieu, même si ils venait de leur infliger un coup colossal qui allait les paralyser pendant un long moment. Cela satisfait pleinement Cesare, qui avait passé les semaines suivantes à récolter les trésors de Monteriggioni pour les ramener à Rome. Car il s'était avéré que la ville contenait nettement plus de merveilles qu'ils ne l'avaient cru, ce qui avait poussé Cesare à modifier ses plans et à retarder leur départ de plusieurs semaines, ce qui n'avait guère plu au baron de Valois et à leur cousin Juan, mais ni l'un ni l'autre n'avait osés dire quoi que ce soit, et les troupes était trop contentes de se reposer un peu.

Lucrezia, elle, s'inquiétait. Elle s'inquiétait plus qu'elle n'aurait du, et avec le temps, cette inquiétude s'était transformé en exaspération. Son frère ne voyait pas certains dangers qui lui semblaient évident. Il était persuadé de toujours triompher de tout. Elle aussi le pensait. Mais était-ce une raison pour se mettre inutilement dans des situations périlleuses et dangereuses ? Elle en doutait sincèrement. Mais il n'y avait pas grand-chose qu'elle pouvait faire à ce sujet, à part essayer de rester près de lui autant qu'elle pouvait, car il finissait toujours par lui échapper pour aller conquérir Dieu seul savait quoi exactement. Car il ne s'agissait jamais réellement de territoires. Cela allait toujours au-delà de cela et cela n'avait pas vraiment de nom ni d'explication.

Elle devait cependant admettre avoir appréciée les trois semaines passés à Monteriggioni. Au début du moins. La ville, et plus particulièrement la villa Auditore, ancienne bâtisse de la famille d'Ezio désormais presque entièrement détruite, étaient remplies de joyaux très intéressants et plaisants. Cesare avait trouvé une collection d'armes rarissimes qui avait fait son bonheur, des armes plus puissantes les unes que les autres qui avait de toute évidence appartenu à Ezio Auditore en personne. Cesare semblait prendre un malin plaisir à utiliser les armes de son ennemi, même si il gardait une affection particulière pour son épée personnelle dont il ne se séparait jamais.

Lucrezia, quand à elle, avait eu le plaisir de découvrir une collection de tableaux richissimes de beautés et de rareté, des originaux qui valait beaucoup d'argent. Elle adorait l'art. C'était une passion que Cesare appréciait d'un coup d'œil rapide sans réellement la partager avec elle. Pour lui, l'art prenait des formes différentes. Elle n'avait jamais réellement cherché à parler tableaux avec lui, même si il en connaissait beaucoup sur le sujet. Ce petit plaisir, elle le partageait autrefois avec Alfonso.

Même si le temps avait passé et même si son cœur ne saignait plus comme avant, il se serrait toujours douloureusement à la pensée de son pauvre Alfonso. Son sourire et sa joie continuaient de lui manquer profondément. Elle était quelque part heureuse du temps qu'elle pouvait désormais passé au côté du seul homme qui avait jamais vraiment eu son cœur. Mais elle ne pourrait jamais oublier Alfonso. Il ne méritait pas d'être oublié.

Cesare lui avait donné le champ libre pour qu'elle prenne tout ce qu'elle désirait dans la ville. C'était leur trésor de guerre, leur butin et elle pouvait se servir comme elle l'entendait. Les tableaux étaient ce qu'elle avait pris en premier, sans la moindre hésitation. Il y avait des merveilles qui valaient une fortune. Pallas et le centaure, La Naissance de Vénus et Le Printemps de Botticelli, La Cité Idéale de Francesco di Giorgo Martini et Piero della Francesca et tellement d'autres ! Elle en frémissait de bonheur rien qu'à l'idée de les voir accroché au château Saint-Ange.

Elle eut également la surprise ironique de voir une bonne collection de tableaux de ce cher Leonardo Da Vinci. L'annonciation, Saint Jean-Baptiste, Portrait de musicien, La Dame à l'Hermine, Portrait d'une dame, Léda et le Cygne, Saint-Jérôme ou L'adoration des Mages. Comparée aux autres, les tableaux de Da Vinci ne valaient pas grand-chose mais elle leur trouvait une beauté exquise. Elle avait réclamé la présence de Da Vinci lorsqu'elle les ferait retirer du mur. Lucrezia devait admettre que c'était un peu cruel, mais elle tenait à voir la réaction de cet homme face à ses œuvres.

Le pauvre homme avait traversé la cité d'un air plus malheureux et désespéré que jamais. Cet homme lui faisait pitié, si elle était honnête. Elle pouvait imaginer ce qu'il ressentait. Savoir qu'on avait aidé l'ennemi à détruire la villa de son ami et à tuer son peuple… certes, Cesare et ses hommes avait remarqué que Ezio avait pu évacuer la quasi-totalité des habitants de la cité, qui devait être tous en fuite dans la campagne, désormais. Cependant, il n'avait pu sauver tout le monde et de nombreux cadavres déchiquetés était dispersés dans la ville. Lucrezia évitait de s'y balader. Elle n'était plus particulièrement sensible aux morts, mais voir des enfants démembrés par les coups de canons restait difficilement supportable pour elle. Elle ne cessait de voir les visages de ses petits Giovanni et Girolamo à la place des enfants en question, et s'efforçait d'oublier qu'ils étaient responsables de ce carnage tout en se rassurant de savoir que ses deux petits étaient en sécurité à Rome, loin de tout cela.

Mais pour Leonardo, cela devait être nettement moins facile à oublier. Elle se rappelait parfaitement son visage tourmenté et égaré alors qu'il était entré dans la grande salle de marbre blanc de la villa Auditore où les tableaux étaient exposés. Des gardes étaient en train de tous les descendre des murs alors que Lucrezia déambulait entre eux, se sentant étrangement mal et nauséeuse et surtout d'une humeur massacrante. Elle tournait en rond, un bras croisé autour d'elle et le second triturant une mèche de ses cheveux quand elle avait entendu les pas de Leonardo. Elle avait tout d'abord tourné la tête et l'avait observé silencieusement pendant quelques minutes, la tête penchée. Il avait observé ses tableaux être enlevés du murs lentement mais elle eut clairement l'impression qu'il n'était pas réellement présent avec elle. Son esprit était ailleurs, ses yeux fixant quelque chose qu'elle était incapable de voir, des souvenirs qu'elle ne pouvait discerner.

- Il est votre ami, n'est-ce pas ? Avait-elle fini par lancée froidement en décroisant les bras et en s'approchant un peu de lui.

Leonardo sembla quitter à contrecoeur son esprit pour revenir à la cruelle réalité et il fixa Lucrezia quelques secondes sans répondre, et au bout d'un moment de silence, elle fronça les sourcils, prête à le rappeler à l'ordre quand il ouvrit finalement la bouche, ayant parfaitement compris de qui elle parlait :

- Si je réponds oui, j'imagine que vous allez demander à votre frère de faire tomber ma tête.

- Pourquoi diable ferais-je ça ? Rétorqua Lucrezia en haussant les sourcils, sceptique. Il sait déjà d'où vous venez, qui vous êtes et qui sont vos proches et c'est justement pour cela qu'il vous a choisi. Vous le savez très bien.

Leonardo eut un petit rire nerveux mais ne répondit pas, se contentant de lui jeter un rapide coup d'œil avant de reporter son attention sur ses tableaux qui s'empilait sur le sol. Lucrezia suivit son regard, et elle ressentit l'espace d'un instant un sérieux agacement de ne pas savoir ce qui se passait réellement dans la tête de cet homme. Elle détestait quand elle ne parvenait pas à déchiffrer quelqu'un, et ces personnes là étaient rares. Cesare était bien pour elle l'énigme la plus complexe qui soit. Quelques fois, elle avait la certitude absolue de le connaître mieux que personne dans ce bas monde et au quotidien, elle savait que c'était effectivement le cas. Mais il y avait tellement de brides de lui-même qu'elle ne parvenait jamais à saisir, et les rares fois où elle sentait qu'elle s'en rapprochait un peu, de nouvelles zones de mystères apparaissait, épaississants les premières.

Cependant, Leonardo Da Vinci était également une énigme, mais d'un genre différent. Cesare était tellement obscurci de parts d'ombres qu'il devenait difficile de discerner tout ce qu'il était. Leonardo, lui, lui paraissait davantage semblable à un immense flou chaotique dont on pouvait clairement voir les milliers de pièces de lui-même, mais dont on serait totalement incapable de trouver la logique suffisante pour résoudre le puzzle qu'il était. Elle avait l'étrange impression que même lui n'en serait pas capable. On ne pouvait pas se mentir : c'était un homme intéressant et étrange. Elle commençait à en avoir un peu trop, de ces types d'hommes, autour d'elle. Les hommes simples lui manquaient, quelques fois. Perotto était simple. Alfonso était simple.

- Ce ne sont que des gribouillis, finit par marmonner Leonardo avec un geste de la tête vers les tableaux. Des œuvres ratés. Je suis plus doué dans l'art de la guerre et dans les inventions que dans l'art de la peinture. Vous ne risquez pas d'en tirer grand-chose.

- Comme si j'avais besoin de vendre vos tableaux pour avoir de l'argent ! Ricana Lucrezia, sarcastique. Et je ne suis pas d'accord avec vous. Ce sont des beautés. Peut-être auriez-vous mieux fait de continuer à peindre des tableaux plutôt que de vous intéresser à la guerre et aux inventions fantasques. Cela aurait évité d'attirer l'attention de Cesare sur vous. Je pense que vous vous en seriez mieux porté, non ?

Leonardo leva alors pour la première fois sur elle, délaissant le vide flou dans lequel il semblait préféré s'échapper pour la fixer droit dans les yeux, surpris, et ce regard dérangea un peu Lucrezia. Trop honnête. Trop clair, tout à coup, comme si une lumière s'était allumé au sein de ses prunelles flous marrons, ce flou devenant d'un coup bien plus net. Quelle étrange créature était cet homme. Et à moins qu'elle ne soit aveugle, elle jura voir l'ombre d'un petit sourire triste apparaître sur les lèvres de Da Vinci. Pour disparaître aussitôt alors qu'il murmura.

- Vous avez sans doute raison. Mais nous ne choisissons pas plus nos passions que les personnes que nous aimons, n'est-ce pas ? Sinon, peut-être que vous porteriez mieux aussi, à l'heure actuelle.

Ce fut au tour de Lucrezia d'être surprise. Et il vit nettement cette surprise en elle, ce qui fit réapparaître brièvement le sourire sur ses lèvres tandis que pendant l'espace d'un instant, elle ne sut quoi répondre. Car la véracité de ses propos l'atteignirent plus qu'elle ne voulait l'admettre et cela l'a mise presque en colère, pendant quelques minutes. Elle avait choisi d'aimer Cesare, quand elle était plus jeune. Elle avait choisi d'aimer cet homme, d'aimer son frère, peu importe combien elle savait que c'était dangereux parce qu'elle ressentait quelque chose qu'elle ne pourrait décrire avec des mots humains. Elle l'avait choisi.

Pourtant, cette certitude absolue qu'elle avait toujours eue vacilla face aux mots de Leonardo. Et il s'en était rendu compte, et le pire était qu'il ne semblait même pas en tirer une victoire personnelle. Juste une vague satisfaction d'être tombée juste. L'espace d'un instant, il sembla même désolé pour elle. Mais avant que sa colère ne l'emporte sur elle, il demanda si il pouvait quitter la pièce, son frère lui ayant demandé de fabriquer plus de plans pour ces maudites armes à feu. Elle resta silencieuse quelques secondes, hésitant à le mettre dans une situation dangereuse face à son frère, ne serait-ce que pour le punir.

Mais au final, Lucrezia avait soupiré et l'avait chassé d'un geste de la main agacé. Elle avait la migraine, et l'affreuse envie de vomir qu'elle n'expliquait pas, et les mots que Leonardo lui avait dit la troublait trop et l'embrouillait trop pour qu'elle ait envie de compliquer encore plus la situation. Et dans l'immédiat, elle avait eu son trop plein de morts.

Les jours avait défilés rapidement, et les trésors furent récoltés assez vite, et au bout d'une bonne quinzaine de jours, Lucrezia commença à s'ennuyer à Monteriggioni, et ses nausées ne firent qu'empirer sans qu'elle n'en sache la raison, son frère ne lui laissant pas une seule minute pour vraiment y penser, tantôt exalté et enivré de cette victoire et de ce que cela promettait pour l'avenir, tantôt sombre et insaisissable et silencieux, ce qui était encore plus perturbant et épuisant.

Cependant, Lucrezia finit par comprendre ce qu'elle avait à se sentir aussi malade un matin où elle se réveilla trop tôt pour vomir, alors qu'il ne faisait pas encore tout à fait jour, et qu'elle se dit dans une pensée distraite si cela pouvait être l'une de ses réactions désagréables que la coulée de sang entre ses jambes récurrentes occasionnait. Et elle se rendit alors compte qu'elle ne parvenait pas à se rappeler de la dernière fois qu'elle avait saigné.

Au début, quand ce constat fit ce chemin dans sa tête, elle était resté paralysé l'espace de quelques minutes au-dessus du pot de chambre sur lequel elle était penché et qui était imbibé de bile, désormais. Dans les premières minutes, elle ne parvint pas à penser ce que cela pourrait signifier. Elle s'était juste raidie sur le sol, sa robe de chambre traînant par terre dans une des chambres vides qui avait du appartenir à la mère où à la soeur d'Ezio Auditore et qui avait plus où moins survécu à l'attaque. Chambre dans laquelle elle dormait seule, n'ayant plus de mari et ne prenant pas le risque de recevoir Cesare dans son lit dans un endroit où ils étaient si exposés aux regards. Même si pour être honnête, elle s'en moquait de plus en plus, des regards.

Mais finalement, au bout d'un long moment, la simple vérité lui était apparue à l'esprit et elle posa d'instinct sa main sur son ventre où rien ne laissait encore présager. Et elle éclata en sanglots.

Elle se couvrit le visage de ses mains alors qu'elle sentit une panique inexpliquée et un chagrin terrible la frappa. A cet instant, sa première pensée fut de se lever pour se diriger vers son lit où elle voulut chercher d'instinct les bras de Cesare, en se rappelant qu'il n'était pas là, qu'il ne pouvait pas dormir avec elle ici et que de toute manière, il l'aurait probablement repoussé à la voir pleurer ainsi, lui rappelant qu'une Borgia ne pleurait pas. Alors elle pensa à son Alfonso qui lui, l'aurait prise dans ses bras, la berçant tendrement en lui murmurant que tout irait bien, comme les soirs où elle pleurait l'absence de son frère dans leur lit conjugale en faisant passer cela pour une fatigue du à sa charge de Régente du Vatican. Toujours tendre. Toujours attentionné. Et jamais suffisant.

Et à ce moment précis, avec Cesare dans une autre pièce à l'autre bout de la villa, probablement déjà réveillé, si comptait qu'il s'était couché, à préparer ses futurs plans de batailles et de conquêtes militaires, ressassant une lutte intérieur avec le fantôme que représentait Ezio Auditore et dont elle ne saisissait pas la moitié du sens, avec Alfonso mort de la main de son frère, enterré et dans un autre monde, et désormais avec un enfant en elle, Lucrezia se sentit plus seule que jamais. En vérité, elle eut même l'impression de n'avoir jamais connu autant la solitude qu'à ce moment précis, seule au milieu de cette chambre à demi détruite qui n'était pas la sienne, avec un enfant en elle dont elle ignorait qui était le père, et sans aucun amis à qui se confier où vers qui rechercher de l'affection.

Elle passa ses bras autour d'elle, ayant tout à coup froid et elle se demanda pourquoi elle réagissait ainsi, alors que ses pieds nus sentaient le bois rêche sous eux et qu'elle fixait son lit défait, sa vue rendue floue par ses larmes. Un enfant était une chose merveilleuse. Elle avait tellement désiré un enfant de son frère ! En désespérant que cela ne se produise jamais. Et ici, elle avait une chance cette fois que ce bébé soit bel et bien de lui, leur premier enfant Borgia, vraiment Borgia.

Sauf qu'il y avait aussi une chance que le père de ce petit était Alfonso. Cela aurait du être une bonne chose, quelque chose qui aurait du tout autant la réjouir. Il lui resterait au moins quelque chose de cet homme merveilleux, une dernière trace de lui à aimer.

Et pourtant, ces deux possibilités ne firent que lui donner envie de pleurer davantage et ne firent que raffermir son sentiment de solitude, et au bout de quelques minutes, elle eut l'impression d'étouffer. Comme si les murs de la chambre se resserraient d'un coup, et que tout était trop sombre autour d'elle. Comme si l'obscurité allait la dévorer entièrement, elle et son enfant. Elle eut l'impression que tout devenait difforme. Monstrueux. Et son premier instinct fut de murmurer « Cesare », doucement, mais elle savait qu'elle aurait beau appelée, il ne viendrait pas. Pas à cet instant. Elle était seule. Entièrement seule, et elle manquait d'air. Elle avait besoin de respirer, de sortir d'ici. Vite.

L'instinct prit le dessus et elle ouvrit brutalement la porte de sa chambre et s'engouffra dans le couloir désert de la villa, toujours en robe de chambre et toujours pieds nus et elle se mit alors à courir en direction de l'escalier principal qui la mènerait au rez-de-chaussée afin de trouver l'une des rares sorties encore intact qui menait à l'arrière de la villa. Ses pieds nus avaient faisait un drôle de son sur le marbre blanc et froid, et elle évita comme elle pouvait les débris empilés dans des coins de la villa brisée en descendant à toute vitesse les escaliers. C'était comme si elle avait le diable derrière elle, et pendant quelques secondes, elle eut réellement cette impression et la peur lui noua l'estomac alors qu'elle courut aussi vite qu'elle put, essayant d'échapper à quelque chose dont elle ne parvenait même pas à définir le nom. Elle voulait juste s'échapper.

Rapidement, la villa étant nettement moins grande que le château Saint-Ange bien que de taille imposante, elle se retrouva dehors, dans la cour totalement ouverte et large qui entourait tout le domaine et qui était totalement libre d'accès à qui voulait bien l'emprunter de l'autre côté. Lucrezia courut jusqu'à sentir l'herbe sous ses pieds, et jusqu'à arriver aux remparts qui bordait la villa, car cette demeure était situé tout en hauteur de la cité, sur une colline, et collé aux remparts de la ville d'où on pouvait voir les décors luxuriant des champs vers de la Toscane qui s'étalait à l'horizon.

Et à cet instant, alors que le soleil se levait doucement, c'était un spectacle magnifique. Merveilleux. Lucrezia s'arrêta en s'appuyant sur le rempart de pierre et fixa l'horizon devant elle. Elle sentit un vent glacial la traverser et elle frissonna de froid, mais ne bougea, fixant la lueur rosâtre éclairer l'herbe des champs où elle pouvait presque distinguer les petites fermes s'étalant au loin, appartenant à des fermiers paisibles qui ignorait sans doute tout des tourments qu'elle pouvait vivre. Ignorant tout, si ce n'est les connaissances d'une simple vie de fermier. Elle les envia, pendant un instant. Elle les envia férocement.

Mais l'air glacée la calma, et ce spectacle sublime l'apaisa, calmant ses larmes et sa panique dont elle ne parvenait pas à expliquer, maintenant. Pourquoi diable avait-elle réagit ainsi ? Un enfant était une heureuse chose, une bénédiction dont elle pensait ne plus être honoré. Mais même là, alors que le doux spectacle de la beauté de la nature l'apaisait, elle ne parvenait pas à trouver de bonheur dans cette nouvelle. Elle se sentait tout à coup extrêmement fatiguée et lasse. Et la seule chose qu'elle désira à cet instant, c'était rentré à Rome. Rentrer chez elle, et retrouver sa chambre au château, et reprendre ses allers retours dans celle de son frère, se permettant ses instants de douceurs quand il était endormi et qu'il ne pouvait voir les caresses qu'elle lui faisait, effleurant son visage du bout des doigts, où pressant son oreille contre son cœur. C'était ses moments les plus doux, les plus apaisants, et cela lui manquait cruellement. Dans leur ville.

Maudit soit cette cité qu'était Monteriggioni, maudit soit les Assassins qui les avait poussés ici. Elle voulait rentrer chez elle.

- Que diable fais-tu dehors dans cette tenue ?

Lucrezia tourna lentement à la tête à cette voix qui grognait et qu'elle reconnut, ses cheveux blonds volant follement autour de son visage, et elle vit l'ombre noir de Micheletto apparaître, la fixant d'un air sombre. Maudit soit-il lui aussi. Toujours présent, à la surveiller. Par ordre de son frère où juste motivé par cette obsession qu'il avait d'elle ? Elle n'en savait rien. Elle était fatiguée. Juste fatiguée de tout.

Elle baissa les yeux sur sa tenue et se rappela ainsi qu'elle était effectivement en robe de chambre. Ce qui n'était non seulement pas vraiment convenable, mais surtout terriblement stupide avec l'hiver mordant qui n'épargnait pas la Toscane. Elle allait encore attraper la crève, ce qui risquait de retarder leur retard, ce qui allait horriblement la déprimer, et énerver Cesare. Elle soupira mais n'eut pas la force de faire le moindre geste pour retourner vers l'intérieur de la villa. Elle ne supporterait pas de retourner dans la petite pièce atroce qu'était sa chambre. Enfin, la chambre qu'elle habitait, car elle ne lui appartenait pas. Elle se contenta donc de détourner le regard et de fixer à nouveau l'horizon. Cela l'apaisait.

Elle put entendre Micheletto marmonner quelques malédictions et sans entendre ses pas, car cet homme était aussi silencieux qu'un fantôme, elle sentit tout à coup sa présence bien trop près d'elle, ce qui la poussa à lever la tête mais la seule chose qu'il fit fut de déposer sa cape sur ses épaules, et la chaleur de celle-ci fut si agréable sur elle alors qu'elle venait d'être portée par un homme et donc de posséder une chaleur humaine que Lucrezia ne résista pas à l'envie de se blottir dedans et d'en savourer la chaleur.

Elle leva alors les yeux vers Micheletto qui recula et pendant quelques secondes, elle ne ressentit plus cet éternel sentiment d'écoeurement et d'exaspération qu'il faisait naître en elle. L'espace d'un instant, elle ressentit juste de la reconnaissance. Elle ne savait pas si cela était pour le geste, où simplement pour sa présence, qu'elle trouva étrangement réconfortante alors qu'il la fixait silencieusement, ne témoignant aucune émotion si ce n'est de l'agacement de la voir ici.

- Je porte un enfant, déclara-t-elle tout à coup sans réfléchir.

Le visage de Micheletto ne trahit aucune émotion à cette annonce, si ce n'est un sourcil haussé. Elle ne savait même pas pourquoi elle lui avait confié cela. Qui était-il pour savoir avant tout le monde ce fait ? Personne. Il n'était qu'un affreux parasite qui ne cessait de l'enquiquiner. Mais cela était venu tout seul. Et pour être honnête, à cet instant, elle avait beau essayé de se forcer à ressentir sa haine habituelle contre lui, elle n'y parvenait pas. Pourtant, elle savait son sentiment inchangé au plus profond d'elle-même. Mais elle avait l'impression que le monde s'était mis à tournée à l'envers, ce matin.

- Eh bien, je suppose qu'il en sera heureux. Il à toujours voulu un enfant… entièrement Borgia. Même si il ne le dit pas.

Lucrezia fronça légèrement les sourcils à ce commentaire indifférent au sujet de Cesare et elle vint à se demander comment il pouvait être si sûr de ça. Elle avait déjà vu par le passé que Cesare ne semblait pas déranger à l'idée d'avoir un enfant d'elle, quand elle avait porté Giovanni, mais elle n'avait pas eu l'impression qu'il le désirait particulièrement. Pour être honnête, elle n'avait pas eu l'impression jusque ici que Cesare accordait beaucoup d'intérêt aux enfants. Au meilleur de ses humeurs, il ignorait Giovanni et Girolamo, et au pire de ses humeurs, il les chassait. Et il n'avait jamais accordé le moindre intérêt à sa fille Louisa qu'il avait en France.

Si Giovanni était encore trop jeune pour réellement comprendre, elle avait remarqué à quel point le comportement de Cesare faisait souffrir Girolamo. Elle avait essayé quelques fois de suggérer à Cesare de manière subtil de passer plus de temps avec son fils. Mais il écoutait à peine dans ces moments-là et s'agaçait rapidement. Elle n'aimait pas voir le petit Girolamo souffrir du rejet de son père. Elle voyait ce jeune garçon déchiré entre la peur des réactions que pourrait avoir Cesare tout en espérant désespérément de trouver un moyen d'attirer son attention. Elle détestait voir cela, mais elle avait fini par accepter à contrecoeur que Cesare ne serait jamais un père attentionné.

Mais maintenant, elle se demandait si cette indifférence vis-à-vis de son fils et de son neveu ne venait pas du fait qu'il entretenait un désir d'avoir ce qu'il estimait être… un véritable héritier Borgia, dont le sang ne serait pas mélangé à celui d'une autre famille, comme l'était celui de Giovanni et Girolamo, où de Louisa. L'espace d'un instant, elle fut prise d'un espoir fou que cet enfant qu'elle porterait, si par bonheur il était de Cesare… connaîtrait peut-être un sort différent de celui de ses frères et sœurs. Que Cesare pourrait peut-être l'aimer. Comme il l'aimait elle.

Puis elle se rappela du fait qu'il n'y avait qu'une seule chance que cet enfant soit bel et bien de Cesare. Car Alfonso était mort i peine trois mois. Et il était fort possible donc qu'il soit le véritable père de cet enfant. Lucrezia ferma les yeux à cette possibilité. Elle ne parvenait tout simplement pas à se rappeler de la dernière fois dont elle avait saigné. Elle en était incapable. Il s'était passé trop de choses. Si elle s'était assuré que son sang avait coulé en décembre, elle pourrait affirmé que l'enfant n'était pas d'Alfonso. Mais elle ne pouvait en être certaine. Et si le bébé était d'Alfonso… il serait un enfant de plus qui vivrait au sein de leur famille mais qui ressentirait le rejet de Cesare. Et même si il ne serait que son oncle, elle savait que ce serait douloureux. Tout le monde souffrait de ne pas être aimé par lui.

Mais d'un autre côté… elle aurait quelque chose d'Alfonso. Un souvenir de lui, bien à elle, le fruit de leur brève et agréable amour. Cette idée avait aussi quelque chose de réconfortant.

Elle rouvrit les yeux et se retourna vers Micheletto, penchant la tête d'un côté, examinant l'homme de main de son frère. Puis une question lui traversa l'esprit et elle l'a formula à haute voix :

- Comment cela se fait que tu ne sois pas écoeuré de cela ? De savoir que je couche avec mon frère ? Le monde entier serait révolté à ta place.

Un ricanement moqueur traversa Micheletto et il secoua la tête d'un air sincèrement amusé, ce qu'elle avait rarement pu voir chez lui. Bien qu'elle pensait bien être l'une des rares personnes au monde à avoir tout de même pu assister à cela plusieurs fois.

- Tu crois réellement que c'est la pire perversion auquel j'ai assisté dans ma vie ? Il existe toujours pire ailleurs. J'ai fait pire.

- Je ne veux pas imaginer ce que tu as pu faire dans ta vie, grimaça-t-elle en se détournant de lui à nouveau.

- Il ne vaut mieux pas, non.

Alors, il se mit à avancer de quelques pas vers elle et elle plissa les yeux, le mettant en gardes de faire attention à ce qu'il puisse faire où pourrait se permettre. Ce n'était pas parce qu'elle lui avait parlé un peu qu'il devait se croire dans la permission de réaliser quelques fantasmes pervers qu'il entretenait à son sujet. Mais il ne s'arrêta pas de s'avancer, alors elle se retourna face à lui pour lui faire face, le dos droit, le défiant du regard. Il observa son visage silencieusement, faisant deux têtes des plus qu'elle, comme si il cherchait à comprendre quelque chose en elle qui lui échappait. Cependant, il avait cessé d'avancer quand elle avait bougé. Mais il était déjà bien trop près d'elle à son goût. Suffisamment près pour qu'elle sente son odeur. Une étrange odeur de fumée et de sang, celle qui accompagnait la ville depuis leur arrivé et qui empoisonnait son nez tout les jours, accompagné de quelque chose qui ressemblait à l'odeur des sapins frais qu'elle avait rarement pu sentir. Plus agréable.

Au bout de quelques minutes de silence à la regarder un peu trop intensément, il finit par ricaner une fois de plus et il leva la main pour lui pincer le menton, et elle détourna brutalement le visage, le fusillant du regard, son dégoût et sa colère à nouveau présents en elle, et plus forts que jamais. Elle serra les poings et s'apprêta à lui rappeler où était sa place quand il l'a pris d'avance en murmurant d'une voix sombre :

- Sache cependant que toutes les pires horreurs que j'ai pu faire dans ma vie, je les ais faites sur ordre de ton frère. Pour ta famille. Et même pour toi. Tu ferais mieux de retourner te coucher avant qu'on ne te trouve ici en tenue si légère.

Il tourna les talons avant qu'elle ne puisse rétorquer et il ne se retourna pas, disparaissant rapidement derrière les murs de la villa et elle réalisa qu'il lui avait laissé sa cape, cape qu'elle rejeta brutalement et laissa tomber par terre en la repoussant du pied. A cet instant, elle préférait avoir froid plutôt que de garder quelque chose de cet homme sur elle et elle se sermonna mentalement d'avoir pu autant baisser sa garde face à cette chose. On ne pouvait pas lui faire confiance. Jamais.

Cependant, ce qu'il avait dit avait fait son chemin dans son esprit et elle devait admettre ne ressentir aucune surprise au fait de le croire sur parole. Elle savait qu'elle ignorait bien des actes commis par Cesare, et que certains devaient être inhumains. Mais même elle devait bien admettre qu'elle avait commis des horreurs. N'avait-elle pas, après tout, tuée la mère de ce petit Girolamo, et ce juste par simple rancune envers Cesare ? Avec l'aide de Micheletto ?

Ils était tous les mêmes. Tous des Borgia. Tous maudits, peut-être.

Après cela, Lucrezia s'était sentie capable de retourner dans sa chambre, sa terreur nocturne dissipé, remplacé par une lassitude et une forme de tristesse qu'elle comprit à peine et dont elle ne chercha pas à analyser. Le lendemain, elle annonça sa grossesse à son frère, ce qui ne le détourna de son esprit de guerre que quelques minutes.

Elle avait pensée qu'il voudrait qu'elle retourne à Rome. C'était du moins ce qu'elle désirait, rentrer chez elle pour avoir son enfant. Mais Cesare ne l'avait pas entendu ainsi. Il ne pourrait pas revenir à Rome avant un long moment, et il tenait à ce qu'elle ne soit pas trop de loin pendant sa campagne militaire. A l'abri, mais près. Elle avait froncé les sourcils et avait catégoriquement refusé de rester à Monteriggioni. Ce n'était plus qu'une ville fantôme, remplie d'horreurs et de morceaux de pierres brisées qu'elle voulait absolument oublié. Elle était certaine de perdre son enfant par désespoir ici, et elle le lui avait dit.

Et elle avait pu remarquer cette étrange lueur d'intérêt dans ses yeux, une lueur avide et sombre qu'elle n'avait pas perçu depuis longtemps alors qu'il avait lorgné son corps de cette étrange manière et pour une fois, rarissime, il avait hoché la tête en signe d'acceptation. Micheletto pouvait-il avoir réellement raison au sujet de son frère ? Désirait-il à ce point un héritier Borgia, un enfant d'eux ? Autant qu'elle le désirait ?

Cette possibilité, cet espoir, avait inondé son cœur d'un rappel fougueux de l'amour qu'elle ressentait pour lui, en dépit de tous les tourments qu'il lui infligeait. Il avait murmuré qu'il allait trouver un compromis acceptable pour eux deux mais elle se moquait bien de ce qu'il aurait pu dire, à cet instant. Elle était venue tard dans sa chambre, et elle avait pris son visage entre ses mains afin de l'embrasser avec force, voulant le sentir contre elle, en elle. Cela faisait des mois qu'ils n'avaient pas pu le faire, depuis leur départ de Rome, à cause de leurs mouvements, et même ici ils n'avaient pas osés, la villa étant bien petite par rapport au château Saint-Ange et où cela pourrait si facilement se remarquer. Mais cela faisait trop longtemps. Beaucoup trop longtemps, et elle se moquait de qui pourrait apprendre la vérité sur eux. Micheletto le tuerait, au pire des cas.

Ils n'était pas à un crime près, n'est-ce pas ?

Cesare ne l'avait pas repoussé non plus, semblant aussi avide d'elle qu'elle l'était de lui et pour la première fois depuis son arrivé à Monteriggioni, elle avait passé une très agréable nuit, lovée entre ses bras durs alors qu'il ne faisait preuve que de peu de tendresse à son égard, quoique que ses mains pouvait parfois s'égarer dans des caresses douces quand il était perdu dans les rivages les plus lointains de son plaisir, mais il finissait toujours par redevenir ce qu'il était, et ses mains redevenait durs, voulant le contrôle absolu, contrôle qu'elle lui cédait avec joie, tout en le griffant pour lui rappeler qu'elle était à lui, mais pas en dessous de lui.

Quelques jours plus tard, Cesare vint à elle, une bulle papale à la main, en lui annonçant qu'elle partait pour Spolète. Spolète était une petite ville des états pontificaux située pile entre Rome et Monteriggioni, à plus d'une centaine de kilomètres chacune. Cesare comptait continuer ses conquêtes militaires en Toscane et en Romagne, mais il ne serait ainsi jamais très loin de Spolète et au pire des cas, elle ne serait pas loin de Rome non plus et pourrait rentrer facilement chez eux. Elle n'avait jamais été à Spolète, mais elle avait entendu dire que c'était une petite ville festive et agréable à vivre, et une bonne source de revenus pour le pape.

De plus, pour ne pas qu'elle s'ennuie trop là-bas le temps que Cesare conquérait la Romagne, il avait fait en sorte que leur père leur fournisse cette bulle papale qu'il tenait entre les mains afin qu'elle soit nommé en tant que nouveau gouverneur de Spolète. Ainsi, elle pourrait se distraire et faire ce qu'on bon lui semblait le temps que sa grossesse et que les conquêtes de Cesare se termine, et qu'ils puissent tout les deux rentrés à Rome.

Lucrezia avait eu un sourire ravi et elle avait montré sa joie à Cesare pour ce cadeau inattendue. Elle devait admettre que le pouvoir de la régence du Vatican lui avait bien manqué, plus qu'elle ne pouvait le dire. Gouverner une ville comme Spolète serait certainement moins palpitant que de diriger Rome et la Sainte Eglise, mais ce serait tout de même très divertissant et une nouvelle expérience intéressante.

Cependant, son plaisir fut légèrement gâché par l'annonce de Cesare qu'il comptait garder Caterina comme prisonnière personnel jusqu'à leur retour à Rome. Elle n'aimait pas du tout cette idée. A vraie dire, elle l'a détestait même et elle sentit la suspicion l'envahir immédiatement. Pourquoi diable la voulait-il comme prisonnière personnelle ? Elle lui avait demandé tard le soir et il s'était contenté de lui offrir un sourire carnassier en répondant qu'il prendrait ainsi plaisir à la faire parler sur les Assassins. Elle n'était pas satisfaite de cette réponse, vraiment pas, mais Cesare lui avait aussi fait comprendre que sa patience avait ses limites et qu'il ne tolérait pas un interrogatoire.

Elle s'y était donc résignée. Peut-être se serait-elle montré moins coopérative en temps normal. Mais son enfant influençait déjà son moral et ses humeurs. Mais l'idée que Cesare restait seul avec Caterina n'avait jamais quitté son esprit durant cette longue année qu'elle avait vécue à Spolète. Pas une fois.

Une année entière passé dans cette ville. Si elle avait accepté le compromis de Cesare avec joie au départ parce qu'elle était excitée d'exercer à nouveau le pouvoir, elle s'était très rapidement lassé de ce jeu et avait découvert que gouverner une ville prospère était quelque chose de plutôt ennuyeux et Rome lui avait cruellement manqué. Pourtant, elle n'avait jamais demandé à rentrer chez elle. Déjà parce qu'elle savait que cela se solderait par un non catégorique, mais surtout parce que elle-même n'avait pas envie de s'éloigner de Cesare. Car, étant ainsi jamais si éloignée de lui, il lui arrivait souvent de s'arrêter à Spolète avec ses hommes pour se ravitailler en vivres et en nuits dans ses bras.

Spolète s'était révélé une ville fort charmante. Paisible, ouverte à un soleil radieux, bien au creux d'une montagne parsemé de champs fleuries qu'on pouvait admirer en montant sur les tours du petit château de la ville et sur les remparts. La ville avait beau être d'une taille très modeste, elle restait néanmoins plus grande que Monteriggioni où Pesaro, décidément les deux villes qu'elle détestait le plus en Italie. Et elle avait trouvé ces mois passés là-bas assez agréable. Même si elle s'ennuyait de Rome, et que le pouvoir était lassant, constituant seulement à signer quotidiennement quelques exécutions mineures et à répondre aux requêtes ridicules des citoyens. Elle avait fini par reléguer ce travail à plusieurs des hommes qui la secondait tellement elle avait trouvé cela lassant. Heureusement, les petites fêtes et carnavals pimentait la ville et ravivait sa joie.

Elle avait aussi pu recevoir la visite quotidienne de ses garçons. Peu souvent, car Girolamo poursuivait ses leçons à Rome, mais il était tout de même venu à Spolète la voir à plusieurs reprises, accompagnée de Giovanni. Et c'était un plaisir immense de voir à quels points ils grandissaient tout deux si vite. Giovanni avait presque trois ans maintenant, et il ressemblait tellement à son Pedro qu'elle en ressentait un vague pincement de cœur à chaque fois qu'elle le regardait. Tout était si espagnol chez Giovanni ! Il serait fort et costaud, malgré l'étrange mystère qui planait toujours au sujet de la malformation qu'il avait à sa naissance. Lucrezia avait cessé de se tourmenter avec ça. Elle avait fini par se dire qu'elle avait du tout simplement délirer. Tout cela remontait à une époque qui lui semblait bien lointaine désormais !

Girolamo, quand à lui, ressemblait de plus en plus à Cesare, au point que Lucrezia trouvait tout simplement fascinant de regarder ce jeune garçon. Désormais âgé de neuf ans, il était déjà très doué avec une épée, mais encore plus aux échecs et aux jeux de stratégie auquel elle l'invitait à jouer avec elle. Un soir, alors qu'elle se déplaçait difficilement avec son ventre arrondie, elle avait trituré quelques poisons qu'elle concoctait toujours par habitude et Girolamo avait regardé ses curiosités dans sa main et lui avait demandé de quoi il s'agissait.

Lucrezia avait observé son fi… son neveu, quelques instants en silence, puis avait regardé les poisons et avait fini par lui demander si il aimerait apprendre quelque chose de dangereux. Quelque chose dont il ne devrait se servir que contre ses pires ennemis, contre ceux qui lui feraient du mal. Elle aurait cru que l'enfant allait réagir en ouvrant de grands yeux arrondis, mais non. Il se contenta de pencher la tête avec intérêt avant d'acquiescer doucement. Il avait quelques fois un calme effrayant qui lui rappelait dangereusement son père. Mais elle n'avait encore jamais vu chez lui les colères destructrices qui pouvaient contrôler Cesare. Non. Girolamo était toujours très calme et très silencieux. Toujours à l'écoute.

Elle avait donc pris le garçon avec elle et avait commencé à lui enseigner l'art des poisons, comme son père le lui avait enseigné autrefois. Et elle se demanda à chacun de ses cours si elle n'était pas en train de commettre une terrible erreur de mettre déjà cette arme entre les mains d'un enfant si jeune. Entre les mains du fils de Cesare. Mais elle se rappela alors que son père lui avait enseigné cela afin de l'utiliser, elle, comme une arme. Mais ce n'était pas son intention envers Girolamo. Elle voulait juste qu'il sache comment se défendre d'une manière différente que par l'épée.

Et peut-être simplement qu'il ait quelque chose d'elle.

Ses deux garçons ne restaient jamais très longtemps, et elle finit cependant par souffrir un peu de solitude. Cesare venait souvent, mais pas assez pour elle, trop occupé par ses autres conquêtes… et l'idée qu'il puisse avoir d'autres femmes ne cessait de la tourmenter. Elle voyait le visage de Caterina Sforza à sa place entre les bras de Cesare et cela la rendait folle. Elle ne savait pas pourquoi, mais cette idée l'obsédait. Et elle n'en haïssait que davantage cette horrible femme.

Mais les mois s'écoulèrent plus vite qu'elle ne l'aurait cru, et rapidement, elle fut délivrée de son enfant. Son deuxième accouchement ne fut pas le même tourment digne de l'enfer que fut le premier, même si ce fut loin d'être agréable non plus. Mais cette fois, elle resta éveiller pour prendre son bébé dans ses bras une fois qu'il fut venu au monde. Un autre garçon. Magnifique. Plein de santé et rayonnant. Cette seconde expérience n'avait décidément rien à voir avec la première, où elle ne se rappelait que le tourment et le chaos. Et l'horreur, même si cela avait fini sur la beauté qu'était son Giovanni.

Elle dut admettre ne pas savoir quel prénom donner à son troisième garçon, au départ. Elle aurait voulu l'appeler Cesare, comme l'était peut-être son père, mais la possibilité qu'Alfonso puisse être le véritable père de ce petit la hantait, et elle songea à l'appeler Alfonso, en souvenir de son époux si doux. Mais le fait était qu'il ne pourrait ne pas être son père non plus, et cela ne lui convenait pas. Au final, elle fut lasse de tergiverser et trancha en appelant son fils Rodrigo, comme son père. Non pas qu'elle portait quelque réelle affection envers son père, mais il pourrait peut-être ainsi redorer le prénom de son grand-père. Et c'était un fier classique espagnol. Et peu importe qui de Cesare où d'Alfonso serait son père, son petit Rodrigo aurait un féroce sang espagnol, comme eux tous.

L'avantage de la possibilité qu'Alfonso soit le père de son fils était que aux yeux du monde, cela ne faisait aucun doute, c'était bel et bien le fils d'Alfonso d'Aragon, et cette fois, Lucrezia n'aurait pas à cacher aux yeux du monde qu'elle était sa mère. Elle pourrait le proclamer fièrement. Officiellement donc, il portait le nom de Rodrigo Borgia d'Aragon, et elle reçu une lettre à demi réticente de la main du père d'Alfonso signalant que le jeune Rodrigo pourrait posséder le domaine de son père, étant son seul fils légitime, c'est-à-dire le royaume de Bisceglie et la ville de Calabria. Elle comprenait que la lettre soit réticente. Les Aragon n'avait pas oubliés qu'ils étaient en guerre contre les Borgia suite à la trahison de Cesare, et suite à la mort mystérieuse de leur fils bâtard, mais elle leur était reconnaissante d'avoir la décence de mettre cette guerre de côté pour leur héritier commun. Même si il y avait une chance que Rodrigo ne soit en rien un Aragon.

A sa surprise, Cesare débarqua quelques temps après la naissance de son garçon. Et l'intérêt qu'il porta à l'enfant la surprise plus encore, et ne fit que confirmer ce que Micheletto lui avait dit. Ce en quoi elle commençait sincèrement à croire et lorsque Cesare lui prit l'enfant des bras, presque délicatement à sa surprise, elle pria le Seigneur de toute ses forces pour que son fils soit bel et bien de son frère, et non pas d'Alfonso. Elle serait prête à aller se fouetter tout les jours devant la croix pour que cela se confirme, car lorsqu'elle vit Cesare lui parler de ses dernières conquêtes – et lui annoncer fièrement que la ville de Pesaro désormais sous son contrôle et que son ancien mari Giovanni avait fuit à Ferrare, ce à quoi elle lui répondit de mettre le feu à cette maudite ville, ce qui le fit rire – en portant le petit Rodrigo dans ses bras, le berçant de manière inconsciente alors qu'il parlait des hommes qu'il avait exécuté et des tortures qu'il avait ordonnés comme si il parlait du soleil et de la pluie, elle eut envie de foudre en larmes à ce spectacle.

Jamais il n'avait fait preuve d'une telle douceur – si on pouvait considérer qu'énumérer une liste de massacre en portant un bébé était une forme de douceur – avec Giovanni et Girolamo. Pour Giovanni, elle pouvait le comprendre, même si elle avait espéré qu'il aimerait ce petit puisqu'il était son fils à elle, mais il ne montrait même pas d'affection pour ses propres enfants. Pour les enfants qu'il avait eu d'autres femmes. Hors, à cet instant, alors qu'il savait qu'il avait la possibilité entre les bras d'avoir un enfant d'elle, il se déplaçait en personne pour voir le bébé en question. Pour voir son fils Borgia.

Peu importe ce que disait Micheletto. Elle s'en moquait. Ce n'était pas un héritier Borgia qu'il désirait, avec leur sang pur. Non, c'était juste un enfant d'elle. Parce qu'il l'aimait. Lucrezia en était persuadée. Autant qu'elle. Cela faisait des années qu'elle priait pour un enfant de son frère. Des années qu'elle jalousait férocement ses femmes qui avait pu lui donner des enfants, et pas elle. Mais cette fois, il y avait une bonne chance que si. Que Rodrigo soit leur fils à eux deux. Raison de plus pour qu'il porte un nom classique de leur famille. Cesare haussa un sourcil sceptique lorsqu'elle lui avait dit qu'elle lui avait donné le nom de leur père, mais il finit par acquiescer quand elle dit qu'elle espérait ainsi qu'il redorerait ce prénom au sein de leur famille.

Lorsqu'elle était allée dire au revoir à Cesare ce jour-là, elle avait senti le regard lourd de Micheletto sur elle alors qu'il s'était retourné, levant les yeux vers les hauteurs des remparts de la ville où elle se tenait pour regarder son frère et ses troupes disparaître sur la route, portant le petit Rodrigo qui agitait les bras sur elle en fixant un peu partout autour de lui avec cet air égaré et innocent qu'avait tout les bébés. Lucrezia se contenta de jeter un regard noir à cet homme avant de se détourner, serrant la peau chaude de son fils contre elle.

A partir de là, elle resta encore six mois à Spolète. Six mois où elle vit son troisième fils grandir doucement, souvent accompagné des visites des deux plus âgés, et elle sentit cet amour qu'elle avait ressenti pour Giovanni et Girolamo en elle devenir de plus en plus fort pour Rodrigo à son tour, chaque jour. Il y avait des jours où elle se demandait si il existait un amour plus fort que celui d'une mère pour ses enfants. A chaque fois, le visage de Cesare s'imposait à son esprit et dans ces moments-là, elle le chassait pour se concentrer sur ses garçons.

Si en ce qui concernait Giovanni, elle avait été très rapidement fixée sur le fait que Cesare n'était pas son père, car il avait très rapidement eu les bouclettes brunes et les yeux marrons chocolats de Pedro, il en fut beaucoup plus difficile de juger pour le petit Rodrigo, car rapidement, l'enfant eut des cheveux blonds et des yeux bleus vifs. Les mêmes yeux de Cesare, mais aussi les siens, ce qui ne prouvait rien. Elle fut surprise de voir une telle ressemblance entre elle et son garçon. Elle ne parvenait pas à voir si Rodrigo avait quelque chose de Cesare lorsqu'il l'a regardait. Elle ne voyait que son propre reflet en lui, ce qui était étrangement déstabilisent et quelque peu plaisant. Il sera un très beau garçon, plus tard, ne pouvait-elle s'empêcher de penser avec fierté en jouant avec les mèches dorés de son bébé.

Son garçon atténua sa solitude. Mais pas seulement lui, pour être honnête. Un drôle de personnage avait fait son apparition dans le décor de Spolète. Elle invitait de nombreux comédiens et divers artistes pour la distraire lors des dîners où de quelques soirées, et l'un d'entre eux s'était mis à revenir régulièrement. Tout les soirs, pour être honnête, et elle avait rapidement remarquer ses regards langoureux sur elle. C'était plutôt amusant et toujours flatteur. Dieu sait qu'il n'était pas le seul homme à Spolète dont elle attirait le regard, mais il était plutôt déterminé, celui-là.

Il se prénommait Pietro Rossi. Petit acteur de Ferrare âgé d'une bonne dizaine d'années de plus qu'elle, c'était un fidèle membre de la troupe du cardinal Raffaele Riario, un vieil homme aigri qu'elle connaissait bien du Vatican, c'était l'un des plus antipathiques envers sa famille, sans doute car Caterina Sforza et ses enfants était de sa famille par alliance. Il venait de rejoindre cette troupe d'acteurs romains assez récemment mais continuait à jouer plusieurs pièces aux alentours de Rome, ce qui l'avait amené à Spolète. Et de toute évidence, il avait trouvé plaisant de rester pour admirer le nouveau gouverneur de cette petite cité.

C'était un homme plutôt charmant. Avec peu de contrôle sur sa libido de toute évidence, mais elle devait admettre qu'il l'a faisait rire à toujours lui faire des petits tours de magies pour la distraire, à lui amener fleurs sur fleurs, et autres divers présents, et à plaisanter autour d'elle lors des soirées, voulant s'accaparer totalement son attention. Elle avait fini par rentrer dans son jeu. Non pas qu'elle désirait vraiment le prendre pour amant, elle n'était pas encore remise de son accouchement et ne pensait guère à cela, et surtout, elle n'en avait pas envie. Cela faisait un moment qu'elle ne désirait plus aucun homme que Cesare.

Quoiqu'elle fut par moments tenter. Surtout lors des soirs où elle imagina Cesare au loin, dans ses batailles, Caterina Sforza étant toujours sa prisonnière personnelle. Elle ne comprenait pas toujours pas la réelle motivation de son frère pour vouloir garder cette catin avec lui, mais elle pouvait facilement l'imaginer. Cesare était un conquérant dans tout les sens du terme. Nul doute qu'il voudrait définitivement vaincre la Tigresse de Forli par tous les moyens existants. Lui prendre sa ville et la brutaliser ne lui suffirait certainement pas. Il allait vouloir dominer son corps. Lui montrer qu'elle n'avait plus le moindre pouvoir, pas même sur elle-même. Elle imaginait cela et elle pouvait passer des heures à se torturer mentalement en les imaginant dans le même lit, que cette garce soit consentante où pas, cela ne changeait rien à ses yeux, il l'a touchait quand même. Elle voyait les scènes aussi clairement que si elle en était la spectatrice et elle triturait toujours douloureusement une de ses mèches de cheveux dans ces moments-là, fixant le vide alors que les danses et la musique tournoyait autour d'elle dans la petite salle de bal de son château à Spolète, elle trônant sur le siège principal de la grande table qui dominait la pièce, ses gardes, artistes et autres accompagnateurs autour d'elle. Mais elle ne voyait personne. Juste Cesare et Caterina. C'était une femme séduisante malgré son âge, après tout. Pourquoi se priverait-il d'un tel plaisir alors que c'était si facilement à sa portée ?

Certainement pas pour elle.

C'est pour ça qu'un soir, alors qu'elle eut envie de prendre l'air sur les remparts du château, qu'elle accepta que le tonitruant Pietro l'accompagna, ce dont il se réjouit dans une petite danse exagérément joyeuse. C'est pour cela qu'à l'ombre des torches et de la lune qui éclairait la pierre des hauteurs du château, elle prit les devants et embrassa Pietro. Ce n'était pas désagréable. Il avait un goût d'alcool et d'épice assez prononcé, et si il avait l'air un peu plus expérimenté que son dernier pathétique amant, ce jeune garde que Cesare avait exécuter et dont elle ne parvenait même pas à se rappeler le nom, il restait encore suffisamment fébrile pour qu'elle sente qu'elle pourrait entièrement le dominer. Et c'était une sensation très agréable.

Mais elle ne lui donna rien de plus qu'un baiser, cette nuit-là. Elle n'était toujours pas décidée à savoir si elle comptait lui donner plus. Pour le moment, tout ce qu'elle voulait, c'était punir Cesare. Le punir parce qu'elle savait qu'il était ailleurs dans d'autres lits, avec leur ennemie, et qu'il le faisait sans la moindre culpabilité, prenant juste son plaisir de conquérir et vaincre définitivement Caterina Sforza. Et cela lui faisait mal. Cela lui faisait tellement mal d'imaginer ça. Elle voulait que Cesare puisse imaginer la même chose. Mais il ne le ferait sans doute pas, trop accaparé par ses autres conquêtes. Il n'empêche qu'il lui plaisait d'imaginer que si. Qu'il la visualiserait ainsi, embrassant un autre homme. Tout aussi insignifiant qu'était cet homme par rapport a lui. Et cela la réconfortait.

Mais pour être honnête, Pietro Rossi ne faisait naître en elle aucun sentiment particulier si ce n'est vaguement de l'amusement par ses blagues stupides. Il avait quelque chose de séduisant avec ses cheveux d'une étrange couleur brune rappelant les feuilles de l'automne, et avec sa barbe fournie et ses yeux noisettes, mais même si elle voyait qu'il serait sans doute près à tout pour entrer dans son lit, et que rien ne l'empêchait de céder, elle n'en ressentait pas l'envie. Pas pour l'instant, en tout cas.

L'homme qu'elle voulait dans son lit était son frère. Toutes les nuits, et pas seulement celles où il lui accordait de son temps entre deux batailles et deux putains.

Mais elle savait que rien ne le détournerait de la guerre qu'il menait en ce moment. Conquérir la Romagne, soumettre Naples, ramener l'ordre dans les Etats Pontificaux, unifier l'Italie sous son règne. Elle aurait aimée que tout cela se termine vite et facilement, pour pouvoir être à ses côtés à nouveau au quotidien.

Lorsqu'une année s'écoula, Cesare finit par annoncer enfin son retour à Rome, et donc sa soeur et son fils devait rentrer aussi. Quand elle avait reçu sa lettre, elle avait presque fondue en larmes de bonheur. Enfin, elle allait rentrer à Rome. Enfin, elle allait le retrouver, après tout ce temps ! Même si il était venu occasionnellement, ses visites s'était de plus en plus espacés après la naissance de Rodrigo, à cause des batailles de plus en plus lointaines et compliquées qu'il devait gérer.

Mais même si il ne parlait guère de ses conquêtes dans sa lettre, elle savait qu'il l'avait emporté. Du moins une bonne partie, car il semblait satisfait. Et si il n'avait pas réussi ses plans, Dieu sait qu'il serait bouillonnant de colère, pas apaisé et serein comme il semblait l'être dans ses mots. Elle fit rapidement ses bagages, et elle savait déjà qu'une fois partie de Spolète, elle n'y retournerait sans doute pas et qu'elle allait perdre à la même occasion son pouvoir de gouverneur pour redevenir une simple femme.

Etrangement, elle n'en ressentit pas de chagrin. Le pouvoir n'était en vérité guère amusant lorsqu'il n'y avait pas de conflits. Si elle avait apprécié être au pouvoir, cela ne l'avait pas autant divertie qu'avoir été à la tête du Vatican. Elle n'avait donc guère de chagrin à laisser Spolète derrière elle, quand bien même elle gardait une petite affection certaine pour cette ville qui avait vu naître son deuxième fils.

Quand elle annonça son départ à la foule, Pietro Rossi s'empressa de dire qu'il prenait les devants pour l'attendre à Rome et qu'il l'a reverrait là-bas, mais elle lui prêta à peine attention, donnant vaguement son assentiment à son départ et acceptant sans trop le remarquer le baiser qu'il déposa sur sa joue avant qu'il ne détale. Elle ne pensait déjà plus à lui quand il avait quitté la pièce, trop occuper à se dépêcher de préparer ses affaires pour quitter la ville.

Il ne ferait pas le voyage avec eux. Il ne pourrait venir que quelques semaines plus tard après elle, mais il tenait à ce qu'elle soit à Rome pour son retour, car il avait également un service à lui demander. Même si il ne le formula pas exactement comme ça, mais c'est ainsi qu'elle l'interprétait.

« Ma chère soeur,

Les travaux que nécessite mon règne sont presque achevés. Il est grand temps pour toi comme pour moi que nous rentrions à Rome. J'ai besoin de réaffirmer mon pouvoir sur notre père et sur la ville. Il semble que nous ayons passé trop de temps loin de la cité et qu'il commence à se réveiller de sa torpeur.

Il va également falloir que tu m'aides en ce qui concerne notre père. Les guerres sont dispendieuses, et il à beau m'avoir donné les pouvoirs sur l'armée pontificale, il ne m'a pas laissé le contrôle des coffres de l'Eglise. Hors, notre cher cousin qui est aussi mon banquier aura besoin de sommes considérables si nous voulons poursuivre cette conquête. Et il est impératif que ce soit fait.

Parle-lui. Examine son état d'esprit, jauge-le. Je sais que tu seras suffisamment maligne pour l'évaluer. Il est impératif que je reçoive cet argent, Lucrezia. Notre avenir en dépend. Commence à tâter le terrain et à mettre ce sujet de manière subtil sur le tapis. Une fois à Rome, j'appuierais tes dires et tu me diras ce qu'il en est.

Sache également que Ezio Auditore a été repéré à Rome il y a plusieurs mois de cela. Il semble avoir repris rapidement la forme. Personne n'a encore pu le retrouver, mais on sait qu'il est dans la cité. Cela promet d'être intéressant.

Je suis impatient de voir comment notre fils a grandi.

Cesare. »

Après la première lecture de la lettre, Lucrezia avait jeté un regard nerveux à son petit Rodrigo, désormais âgé de huit mois, qui commençait à marcher à quatre pattes à travers sa chambre. Bien sur, la lettre était codée de manière à ce qu'elle soit la seule à pouvoir la déchiffrer, sinon il n'aurait jamais désigné Rodrigo comme étant leur fils. La chose était qu'elle était toujours incapable de savoir si il était bien le fils de son frère où pas. Elle espérait voir quelque chose de Cesare où d'Alfonso en lui à mesure qu'il grandissait. Mais rien du tout. Le nourrisson s'entêtait à être son portrait à elle. Elle espérait qu'avec l'âge, elle verrait des sourires, des expressions où des formes du visage se former en lui qui l'aiderait à savoir qui de Cesare où d'Alfonso était son père. Mais pour l'instant, peut-être devrait-elle faire comme Cesare et ignorer la possibilité qu'il puisse ne pas être de lui. Car Cesare n'était pas suffisamment stupide pour ne pas savoir qu'il y avait une possibilité qu'il n'en soit pas le père. Elle ignorait cependant pourquoi il avait choisi de l'ignorer, cette possibilité, cette fois, alors qu'il avait lourdement pesé là-dessus avec Giovanni.

Sans doute parce qu'il voulait autant qu'elle que Rodrigo soit le fruit de leurs ébats. Elle attendait ça depuis si longtemps ! Et elle comprenait maintenant que lui aussi.

Mais l'autre demande risquait d'être plus compliqué. Réclamé de l'argent à leur père ? La dernière fois qu'elle avait vu le pape, il était toujours dans cet état d'auto apitoiement misérable dans lequel Ezio Auditore l'avait laissé. Mais apparemment, le taureau avait repris du poil de la bête et grognait à nouveau. Elle ne se rappelait pas un jour avoir eu de l'influence sur son père. Mais beaucoup de choses avaient changés depuis le temps. Elle essaierait ce que Cesare lui disait. Tâter le terrain, insinuer le projet dans l'esprit de leur père. Cela ne devrait pas être trop compliqué. Cela serait un défi intéressant, en vérité.

L'autre nouvelle comme quoi Ezio Auditore était à Rome était beaucoup moins plaisante, en revanche. Cesare était toujours dans cet optique de duel entre eux, mais elle, ce fait l'inquiétait bien plus que lui. Elle ne doutait pas de la victoire de Cesare face à cet homme. Mais elle détestait l'idée de le savoir dans leur ville. Il n'était pas là par hasard, pas alors que Cesare avait tué son oncle, réduit sa cité en cendres et forcé à fuir. Elle savait qu'il préparait sa vengeance. Et que tôt où tard, leurs chemins se croiserait.

C'était une rencontre qu'elle ne souhaitait pas particulièrement. Même si elle devait admettre ressentir une certaine curiosité. Après tout, cela faisait des années qu'elle entendait parler de lui, et elle ne l'avait aperçu qu'une fois, et trop vaguement pour discerner son image. Il était étrange comme un homme qui n'était rien de plus qu'un fantôme pour elle puisse représenter une telle menace. Parce qu'elle le percevait comme une menace.

Mais peu importe. Du moins pour l'instant. Car, à cet instant, après tout ces mois, elle était enfin à Rome. Elle savourait le parcours chaotique de son carrosse sur la chaussé de la ville, appuyant sa tête contre le bois pour observer les ruelles défilées par la fenêtre, l'air déjà chaud en ce mois de février lui effleurant le visage. Et elle sourit. Rodrigo dormait dans le creux de ses bras, et dans quelques instants, elle retrouverait le château Saint-Ange qu'elle n'avait pas revu depuis plus d'une année. Elle retrouverait ses deux autres petits qui l'attendaient.

Et dans quelques semaines, elle retrouverait Cesare. A cet instant, rien ne semblait aussi parfait à Lucrezia que ce moment et elle ferma les yeux, souriant en se laissant bercé par le brouhaha de Rome.

Elle était à la maison.