HULLO FRIENDS AND LOVED ONES! J'espère que vous allez bien. A ceux qui lisent ceci et qui sont inscrits sur Pottermore, est-ce trop osé de vous demander la Maison dans laquelle vous avez été répartis ? Je trouve que c'est toujours intéressant, et puis au bout de 10 chapitres, nous ne sommes plus des étrangers ! ;)
Merci énormément pour vos lectures attentives et vos reviews drôles, fines, intéressantes et motivantes.
Passez une excellente semaine et à Dimanche prochain !
Poly
Le repos des braves
J'ouvre les yeux dans ma tour de Poudlard, ma propre chambre, rassurante et calme. L'odeur qui monte de la cuisine est celle des grands jours. Des gaufres ! Je rejette mes couvertures et me lève rapidement, ce qui me brouille la vue et les pensées pendant quelques secondes. Je me saisis d'une robe de chambre et tresse mes cheveux en observant mon miroir qui ne fait que me refléter normalement. Je n'ai rien de bien extraordinaire à attendre d'aujourd'hui.
Je descends jusqu'à la cuisine où je trouve Maman en train de discuter avec les garçons.
« Bonjour ma couleuvre, dit-elle avec un sourire qui m'avait un peu manqué. Assieds-toi vite. »
Je m'installe entre Scorpius et elle, et comme la table est ronde, je me retrouve face à Albus Potter.
Même si nous sommes dans la même école, c'est la première fois que je vois Albus habillé normalement. Enfin, normalement… Il porte des habits comme ont les moldus dans les magazines de Lily. Et il a l'air beaucoup plus petit sans chapeau ni uniforme.
Nous échangeons un sourire. Maman a autorisé Scorpius à avoir un ami pour les vacances. Albus ne restera que quelques jours, pas plus. Moi je n'ai jamais eu le droit d'inviter qui que ce soit pour plusieurs jours.
C'est peut-être pour que Scorpius arrête d'être aussi insupportable. Il veut que tout le monde sache à quel point être le fiancé de Tiffany Goyle est horrible. Je ne le comprends pas. Tiffany sait beaucoup de choses, et elle est à Serdaigle avec lui !
Mon frère remarque que je suis en train de l'observer.
« Tu ne manges pas, Waldimmonde ? »
Maman ne relève même pas l'insulte. Je me saisis du plat de gaufres en ignorant mon troll de frère.
« Ne mange pas trop ni trop vite, Waldie » me conseille aussitôt Maman.
J'hoche la tête alors qu'elle se lève lentement, étire ses chevilles et sort de la pièce.
Albus expire bruyamment. Je l'aurais cru plus discret, surtout devant une jeune fille de l'âge de sa propre sœur.
Il se penche vers Scorpius et murmure, un peu rouge :
« Ta mère cuisine tellement bien… »
Il fait une grimace et son regard roule vers le plafond. Scopius fait le rire discret des élèves en classe quand ils ne veulent pas être pris par le professeur. Un rire à la Poufsouffle, ridicule.
« Allez, tais-toi et mange. »
Il prend le plat de haricots et commence à le verser dans l'assiette de son ami. Mais il est stupide ! Pourquoi est-ce qu'il ne prend pas de cuiller ? Il met de la sauce partout ! Albus éclate de rire en repoussant le bol, qui continue de se vider, mais dans la corbeille de fruits cette fois.
Je l'arrache des mains de mon frère et le pose en lieu sûr, me retenant de lui faire la morale.
« Tu ferais mieux de tout nettoyer, je lâche en me rasseyant.
— KERRI ! » hurle Scorpius, et l'elfe apparaît.
Albus pousse un cri et nos trois regards convergent vers lui.
« Un commentaire, Monsieur Potter ? » demande mon frère, qui se croit sans doute très malin.
Albus fixe Kerri comme s'il s'agissait d'un monstre de la pire espèce, c'est-à-dire d'un Scorpius.
« Vous avez un elfe… de maison ? »
Scorpius fait un petit bruit qui veut dire « oui ».
« Pas toi ? » demande-t-il.
Albus secoue la tête.
« Tu as vraiment besoin de sortir, mon pauvre » déclare-t-il à mon frère en se redressant.
Il salue Kerri d'un signe de la main et celui-ci lui répond, indifférent. Il remet la cuisine en ordre silencieusement.
Albus n'est pas le premier à être surpris. Sabrina m'a expliqué que beaucoup de sorciers ne voyaient plus l'intérêt d'apprivoiser une créature magique pour s'occuper de leur maison, puisqu'en général ils vivaient au beau milieu d'une ville et donc avec pleins de moldus. Elle m'a conseillé de m'habituer à me passer de domestique, mais on voit bien qu'elle ne sait pas de quoi elle parle. Et si Poudlard garde ses elfes, les Malefoy aussi.
oOo
Aujourd'hui, Lucy Ringleton et moi allons faire de l'équitation. Maman a insisté pour que j'emmène mon frère et son ami, qui n'a jamais chevauché, dit-il.
Je ne parle pas souvent à Lucy lorsque nous sommes à Poudlard, même si je fais de mon mieux pour déjeuner à sa table de temps en temps. Elle habite dans une sorte de village, qui ressemble beaucoup à la campagne, mais se trouve à quelques kilomètres seulement de Chelsea. Lorsque nous descendons de voiture, Mrs. Ringleton est déjà là pour nous accueillir. Lucy a la chance de posséder une dizaine de chevaux puisque son père est un grand passionné.
« Bonjour Mademoiselle ! s'exclame Lucy en Allemand (c'est tout ce qu'elle sait dire, mais elle trouve ça du meilleur effet). Vite, le thé va refroidir ! »
Elle m'attrape par la main et nous nous mettons à courir jusqu'à la maison, soulevant de la poussière derrière nous à cause du chemin de terre. Les garçons nous suivent mains dans les poches, et les Mamans discutent en se dirigeant vers la pelouse.
« Mr. Giggles était impatient de vous revoir. Il a passé la matinée dans mes jambes, à vérifier que tout était parfait. »
Lucy et moi entrons dans sa chambre et je fais la révérence à un hibou en peluche.
« Quel plaisir de vous retrouver, mon très, très cher ami ! » je m'exclame en riant.
Nous installons Mr. Giggles à table (Lucy a le droit de manger dans sa chambre quand il y a des invités), ainsi que Mademoiselle Irène, la poupée étrangère, et la vieille tante Toctoc qui trouve toujours le thé trop froid et le service passé de mode.
Je ne me lasserai jamais de nos discussions.
« Alors, Lucy, dis-moi tout… Quelle est cette bague que je vois à ton doigt ? »
Lucy fait mine d'être gênée et me tend sa main en agitant l'annulaire. Evidemment, elle ne porte pas vraiment de bague. A son âge, quelle sottise ce serait.
Même Tiffany Goyle n'a pas encore la sienne.
« Mais quelle splendeur ! je m'écrie.
— N'est-ce pas ? Soixante-douze coraux et autant de saphirs. Aussi bleus que ses yeux.
— N'en dis pas trop, on nous surveille ! » je lui glisse en désignant discrètement la tante Toctoc.
Lucy hausse les épaules en me servant de thé.
« La pauvre femme est sourde, penses-tu. »
Nous rions doucement en regardant Toctoc du coin de l'œil.
« Dans ce cas, parle-moi du futur Mr. Ringleton. »
Lucy garde son sourire et lève les yeux au plafond pour se concentrer.
« Il est brun… Il est gentil… Il aime les livres et le Quidditch… Il tient à moi, et je tiens à lui.
— Qu'est-ce qu'on a raté ? interrompt mon frère, qui a finalement trouvé la chambre et se tient dans l'encadrement de la porte.
— Rien » je réponds, mais le bruit de ma voix est masqué par le vacarme que fait la théière en s'écrasant par terre.
Lucy se lève aussitôt et Scorpius avance d'un pas.
« Vous m'avez surprise ! Elle m'a glissé des mains ! » s'excuse mon amie.
Nous contemplons le thé qui commence à se répandre sur le parquet jusqu'à ce que Lucy se reprenne pour appeler son elfe de maison.
Scorpius se tourne vers Albus quand le domestique apparaît.
« Tu vois, nous ne sommes pas les seuls à avoir des elfes.
— Barbares » murmure Albus dans un sourire.
Il se penche ensuite pour éponger avec l'elfe. Lucy fait un petit bruit surpris, puis essaye de l'aider en lui tendant une serviette.
Scorpius et moi échangeons un regard. Potter est très aimable et très intelligent, mais je dois dire qu'il manque de politesse et connaît mal sa place.
Il est le fils de Potter après tout.
Quand il a fini de se donner en spectacle, il se redresse et je retrouve le Albus de tous les jours. Il sourit aimablement et s'incline devant Lucy.
« Je m'appelle Albus.
— Je sais qui tu es ! s'exclame mon amie avec une voix de souris. Je suis Lucy. Désolée pour le désordre. »
Je m'installe de nouveau et nous invitons les garçons à prendre le thé avec nous, mais seulement parce que nous sommes obligées. Albus accepte aussitôt et c'est même lui qui beurre nos tartines.
oOo
Il avait raison quand il disait qu'il ne savait pas chevaucher.
Scorpius a presque dû le porter lui-même pour le mettre sur son cheval. Sur sa monture, je veux dire.
Lucy, elle, est incroyablement brillante. C'est comme si elle et sa monture ne faisaient qu'un ! On voit qu'elle est une amie des bêtes.
Je pense que Scorpius et moi ne nous débrouillons pas trop mal. Ma jument est un peu revêche, comme l'a dit Maman, mais j'ai réussi à la contrôler. C'est vraiment dommage que Poudlard ne propose pas à ses élèves de monter à cheval, parce que c'est un sport noble capable de nous rendre plus responsables et ouverts à la nature.
Nous sommes allées nous promener dans les bois, Lucy et moi. Mon frère est resté avec Albus. Je crois que s'il tombe encore un fois Scorpius va mourir de rire.
« Alors, Wendy, comment c'est d'être à Serpentard ? »
Lucy me pose cette question à chaque fois que l'on se voit. Je crois qu'elle est déçue d'être à Poufsouffle, même si elle n'a aucune honte à avoir.
Je ne sais jamais vraiment quoi répondre, alors je lui parle de mes amies – enfin, surtout de Sabrina.
« Et vous n'avez pas trop peur des Berserker ? »
Je me redresse sur ma jument. Je secoue la tête doucement parce que je ne peux pas vraiment parler. Je déteste que l'on me parle des Berserker comme si c'était un sujet de conversation banal.
Ils ont pris mon père. Ils m'ont pris mon papa.
« C'est une horreur, continue Lucy, je suis vraiment désolée. »
L'AME a gagné un nouveau membre, juste avant les vacances. Les examens des Sixième années ont été repoussés exprès.
Le problème, c'est que l'élève dont le père a été tué, Terence Boot, est à Gryffondor, donc beaucoup de gens disent que ça ne pouvait pas être les Berserker. Je pense qu'il a tout de même sa place avec nous, puisque c'est aussi un magicien endeuillé.
Lucy me montre un écureuil qui se faufile entre les branches pour nous suivre.
Les élèves qui n'ont pas directement été touchés par les Berserker n'ont vraiment aucune idée de ce que c'est. La secte maléfique est devenue un sujet de discussion pour combler les silences entre deux conversations plus intéressantes.
Une cloche retentit au loin et Lucy m'apprend qu'il faut rentrer.
« Mes parents n'aiment pas que nous trainions dans les bois sans surveillance.
— C'est normal, par les temps qui courent. »
Nous faisons demi-tour quand Lucy, qui chevauche devant moi, me fait signe de m'arrêter. Elle pose un doigt sur ses lèvres et regarde autour de nous. Je retiens ma respiration et souris.
La forêt est pleine de bruits, on se croirait dans un conte de barde. Les ailes des oiseaux, les pattes des écureuils, le bruissement des arbres et les ondulations de la lumière.
Et puis soudain, un bruit sourd. En une seconde, Lucy glisse de sa monture et elle agite la main pour que je la rejoigne.
Un nouveau bruit retentit. C'est sans doute parce que je ne suis plus en hauteur, ou parce que maintenant je fais plus attention, mais il me paraît plus proche.
On dirait le bruit que fait mon livre de botanique quand il tombe dans la terre. Poum.
Lucy lève les yeux et je l'imite. Sous le couvert des arbres, on ne peut pas voir le ciel. Le cheval de mon amie se met à avancer doucement, mais celle-ci ne fait rien pour le retenir.
Un bourdonnement s'élève dans l'air. Je recommence tout doucement à respirer. Mes joues brûlent mais j'ai froid.
« Lucy, rentrons. »
Lucy sursaute, et j'aurais sursauté aussi en entendant une voix aussi grave si ça n'avait pas été la mienne. Je n'aime pas avoir peur. Je prends la main de Lucy et la tire vers la maison, que je sais quelque part derrière ces arbres trop hauts.
Le cheval est assez loin pour que je ne l'entende plus poser ses sabots dans la terre humide. Le vent s'est levé.
Le bourdonnement est plus fort maintenant, et quand un nouveau poum retentit, proche et implacable dans le silence soudain des bois, Lucy et moi nous mettons à courir.
Je ne suis pas sûre que nous empruntions le bon chemin. En fait, plus nous avançons et plus le bruit est proche. Lucy a lâché ma main et elle me crie de m'arrêter, mais je reconnais un arbre avec une croix bleue dessus. Nous sommes passées devant tout à l'heure.
Les druides avaient l'habitude de marquer leurs lieux de rendez-vous dans les forêts enchantées. Ce que je prends pour une croix est sans doute une rune. J'ai un peu de mal à respirer, mais les bruits se font de plus en plus rapprochés. Ils ressemblent maintenant à des explosions, comme quand Lucy fait une erreur en cours de potion.
Je continue donc de courir, parce que même si Lucy n'a pas l'air de le savoir, la maison est forcément de ce côté.
Je saute par-dessus une racine et débarque à l'entrée d'une clairière. Mais pourquoi y a-t-il une clairière en plein milieu de la forêt ? Il n'y a pas de clairière, là, normalement. Je m'arrête à l'orée des arbres. Les yeux en l'air, incapable de bouger. Le ciel.
Le ciel est rempli de fumée.
Je cherche la Marque des yeux. La Marque historique, ou un quelconque signe que la guerre que Potter a remportée n'est pas finie. Je fouille chaque recoin, chaque volute de fumée, le souffle court.
Mais rien. Le vrombissement me rend sourde, et le vent balaie mes cheveux comme s'il voulait m'épuiser. Il n'y a rien d'autre qu'une fumée grisâtre dans le ciel.
J'ai envie de crier pour vérifier que je peux encore faire ou entendre quelque chose. Pour voir si je suis toujours là. Et si j'étais tombée de cheval et que j'étais morte à mon tour ?
Une main saisit mon bras et je me retourne pour me trouver face à Lucy.
Elle a l'air d'avoir peur. Est-ce que moi, j'ai l'air d'avoir peur ? Papa n'avait pas l'air effrayé le jour où il est mort.
Lucy tire mon bras vers l'arrière.
« Ne restons pas là, » souffle-t-elle.
Je commence à la suivre silencieusement, mais jette un dernier regard par-dessus mon épaule, vers les nuages.
« Lucy. »
A travers la fumée se forme une ombre de plus en plus nette. Mon amie gémit et tire mon bras. Nous tournons les talons et nous enfonçons dans les bois, nous efforçant de mettre le plus de distance entre la cause de toute cette agitation et nous-mêmes.
« Je suis sûre que ce n'est rien, » murmure Lucy.
Elle est plus blanche que les cheveux du père de Papa.
« Il faut juste prévenir Papa, » continue-t-elle.
Sa main se crispe sur mon bras et je me dégage. Une grosse boule s'est formée dans ma gorge et je tente de l'ignorer pour respirer. Nous avons déjà atteint un chemin, et cette fois-ci, je suis sûre de le reconnaître. Lucy me devance et je fais de mon mieux pour ne pas regarder dans mon dos.
Nous avons à peine fait quelques pas que Maman apparaît, suivie de Mrs. Ringleton. Elles ont l'air soulagées de nous trouver.
« Lucy ! » s'écrie Mrs. Ringleton.
Elles se tombent dans les bras l'une de l'autre et je serre Maman contre moi.
Elles nous racontent ce qu'elles ont entendu, et nous ce que nous avons vu. Maman me pousse presque vers la maison tout en parlant. Maintenant, il n'y a plus aucun bruit venant de la forêt. Mais peut-être que c'est ça qui leur fait peur.
On s'enferme dans la maison et je remarque que les rideaux sont tirés. J'ignore où est Mr. Ringleton, sans doute avec les garçons.
Mais non, les garçons sont dans le salon, assis côte à côte. Ils se lèvent dès que nous entrons dans la pièce et Albus vient me tapoter le dos. Je sens sa baguette dans sa manche. Scorpius, lui, fait comme s'il se fichait complètement des Berserker. Il se contente de nous demander ce qu'il se passe, dehors.
« On aurait dit un éléphant enrhumé, » commente Albus.
Maman nous fait asseoir et Mrs. Ringleton et elle écartent un rideau pour regarder au-dehors. Scorpius s'installe à côté de moi et je sens sa main contre la mienne.
Nous restons tous les quatre assis dans le canapé, en regardant nos mères dans la semi-pénombre. Nous respirons en quartet, calmement et sagement.
Et nous attendons que l'on nous autorise à bouger de nouveau.
C'est Maman qui s'écarte soudain de la fenêtre, assez précipitamment pour nous faire sursauter.
Puis quelqu'un sonne à la porte d'entrée.
oOo
Il y a un moment où personne ne dit rien. Ensuite l'elfe des Ringleton apparaît et se dirige vers sa maîtresse, attendant des ordres. Mr. Ringleton fait enfin son entrée dans la pièce. C'est la première fois que je le vois. Il est grand et barbu, mais a l'air distingué.
« Restez ici, » nous conseille-t-il de sa voix grave.
Lucy pousse un petit gémissement.
Je crois vraiment qu'il n'y a pas de soucis à se faire. Maman nous sourit, à Scorpius et à moi. Elle me tend la main pour que je la prenne. Elle veut sans doute transplaner, même si ça serait un peu malpoli.
« Monsieur ? » entend-on le père de Lucy prononcer.
Une autre voix s'élève, beaucoup plus faible, puis retentit à nouveau celle de Mr. Ringleton :
« Lavande ! »
Mrs. Ringleton quitte la pièce aussitôt, suivie par Maman qui me tient toujours par la main et m'entraîne.
Un homme se tient dans le hall d'entrée. Son front, ses tempes et ses joues ruissellent de sang. Je ferme fort les yeux. Maman a lâché ma main et me repousse vers le salon.
Je tourne les talons et rejoins mon frère.
« Peut-être que c'est un Moldu ? » se demande Albus.
Mes oreilles bourdonnent. Les autres ont l'air inquiet.
« Il est blessé ? Comment est-ce qu'on soigne les Moldus ? s'interroge aussitôt Lucy.
— Un bon sort d'amnésie, » intervient mon frère.
Je me demande comment un Moldu nous a trouvé. On aurait pu croire que les Ringleton camouflaient leur maison.
Maman entre dans la pièce, sa baguette encore bien en évidence dans sa main droite. Elle sourit en nous voyant. Ses joues sont d'un blanc porcelaine.
« C'est un Moldu. Il a perdu le contrôle de son avion à quelques kilomètres d'ici. Il a réussi à atterrir en catastrophe au beau milieu de la forêt. Il est profondément choqué. »
Voilà qui montre encore une fois à quel point les Moldus sont fous. Voler sans balai. Voyager sans portoloin. Vivre sans magie. Complètement siphonnés de la théière.
Maman effectue un mouvement de poignet en direction de la harpe dans un coin, et les cordes de l'instrument se mettent aussitôt à vibrer en harmonie. Elle range ensuite sa baguette sans autre commentaire.
Mr Wisem m'a toujours dit qu'il ne fallait jamais laisser traîner sa baguette aux yeux des Moldus. J'espère en tout cas que Maman a bien fait attention.
Scorpius se lève, bras croisés et sourcils froncés.
« Je ne suis pas sûr d'avoir compris, dit-il d'une voix couvrant amplement le bruit de la harpe. Alors ça, le vacarme, la fumée dans le ciel, l'éléphant enrhumé, c'était un Moldu aviateur ? »
Maman le regarde un instant, droit dans les yeux, puis lui répond d'un simple hochement de tête, un peu sèchement. Elle sourit à nouveau. Les joues porcelaine.
Albus ouvre la bouche mais la harpe se met à jouer plus fort.
C'est un joli morceau. A mon avis, si Maman a choisi cette mélodie plutôt qu'une autre, c'est parce qu'elle est connue même chez les Moldus et qu'elle devrait un peu rassurer l'aviateur.
Mr. et Mrs. Ringleton sont sans doute en train d'installer le blessé dans une chambre à l'étage, et la harpe joue si fort qu'ils doivent quand même l'entendre de là-haut.
« Il commence à se faire tard, dit Maman alors que ce n'est pas exactement vrai. Nous ferions mieux d'y aller. »
Lucy et moi échangeons un regard attristé. Maman s'en rend sans doute compte, puisqu'elle propose à mon amie de venir chez nous pour la nuit. Ses parents sont déjà d'accord, paraît-il ! Nous pouvons partir sur-le-champ !
Je suis tellement contente que je saute presque dans la cheminée. La musique de la harpe est la dernière chose que j'entends avant que les flammes vertes ne viennent lécher mes vêtements.
C'est ma première soirée-pyjama !
Quand je raconterai aux filles ce que j'ai fait pendant les vacances, elles ne voudront pas me croire !
