... Et, pour équilibrer un peu mes écrits en cours, un chapitre par ici (où il ne se passe pas grand-chose, je vous l'accorde - mais j'aime assez cette sensation d'attente que l'on partage avec l'équipage ; la suite va être légèrement plus mouvementée, traduction : le hurt/comfort arrive...). OldGirl, je ne te remercierai jamais assez pour tes relectures qui sont bien plus que des relectures. Et merci à Clem pour ta review postée en guest.


Chapitre 10 : Un risque nécessaire

Tous les officiers de la passerelle étaient sur des charbons ardents, attendant anxieusement de savoir si quelque chose d'horrible allait ou non se produire. Le cœur battant, les mains moites, les yeux rivés sur l'écran, ils s'interrogeaient. Leur premier officier allait-il être assassiné sans crier gare ? Allaient-ils tous partager le même sort ? Les panneaux de contrôle allaient-ils soudain s'enflammer, et l'Enterprise connaître une fin horrible, à l'insu de Starfleet ?

Ils finirent par se rendre compte qu'ils n'étaient assis que depuis vingt minutes, alors que chaque seconde leur avait paru durer une heure. Dix minutes supplémentaires s'écoulèrent, puis quarante, sans que rien ne vienne perturber leur course à travers l'espace. McCoy en eut bientôt assez de fixer Spock et de scruter la moindre de ses expressions dans la crainte d'un éventuel signe de détresse. Son inquiétude diminua, et il admit que le danger de la mort imminente du Vulcain n'était plus à redouter. La question était à présent de savoir si ce danger avait totalement disparu, ou avait simplement été repoussé à plus tard.

Kirk se détourna des étoiles pour regarder son premier officier, assis à son poste. Spock n'était plus capable de se tenir debout, mais, autant pour dissimuler sa faiblesse que parce qu'il s'agissait de la vérité, il avait expliqué au capitaine qu'il trouvait intéressant d'étudier la poussière cosmique qu'ils traversaient actuellement. Leurs yeux se rencontrèrent, et Spock répondit à la question informulée par un léger signe de tête : rien. Kirk acquiesça et reporta mollement son attention vers l'écran. Il sentait ses paupières s'alourdir et l'adrénaline céder la place à l'épuisement. Il n'avait pas dormi depuis la veille de leur rencontre avec les aliens, c'est-à-dire depuis presque quarante-six heures. Ces montagnes russes émotionnelles avaient totalement épuisé son énergie. Les trois heures qui s'écoulèrent ensuite demeurèrent floues dans son esprit, chaque instant se confondant avec le précédent. Le temps ne semblait absolument pas relatif, alors que la seule pensée de Kirk était de partir loin, très loin, et de ne plus jamais entendre le bruit du corps de son ami heurtant le pont.

McCoy finit par faire un tour sur la passerelle, pointant son scanner vers la tête des officiers qu'il croisait et les fixant de façon un peu trop insistante pour évaluer leur état de santé. Plus ou moins satisfait des résultats, il revint vers Kirk, qu'il n'avait pas cessé d'observer du coin de l'œil.

- Vous avez besoin de manger et de dormir, Jim, dit-il en se penchant vers lui, appuyé sur le fauteuil, juste assez fort pour que Kirk seul l'entende.

- Moi ? Pourquoi ne dites-vous pas plutôt cela au Vulcain qui se trouve derrière moi ? murmura-t-il en réponse.

- Il est réveillé depuis seulement neuf heures… et vous, depuis bien plus longtemps. Et j'ai besoin qu'il soit conscient et éveillé, pour pouvoir l'observer plus précisément.

- Je vais y aller. J'attends juste qu'on ait mis un peu plus de distance entre nous et cette pouponnière d'étoiles.

- Ca fait déjà plusieurs heures qu'on est partis, Jim. On a mis de la distance entre eux et nous. Si quelque chose avait dû se produire, ça serait déjà fait. Ce n'est peut-être pas fini, mais pour l'instant, tout va bien. Et vous devez être d'attaque au cas où il se passe quelque chose plus tard. Allez-y.

Il fit un signe de la tête vers l'ascenseur. Kirk se passa la main sur le visage avant de regarder Spock de nouveau. Le Vulcain, qui entendait malgré lui la conversation sans en rien laisser paraître, sentit les yeux du capitaine posés sur lui. Il lui rendit son regard.

- Vous… ne ressentez rien ?

- Non.

Cette réponse n'avait rien de surprenant, puisque Spock s'était lui-même convaincu que leurs spéculations étaient parfaitement logiques. Il ne ressentait rien, car, logiquement, il n'était plus une cible. Peut-être aurait-il pu éprouver un certain soulagement, mais cela aurait impliqué qu'il eût anticipé l'opposé de ce qui se passait.

- Vous pouvez lui laisser les commandes, Jim, déclara McCoy doucement. Venez.

- D'accord, d'accord.

Il se leva, et McCoy le suivit dans l'ascenseur, doutant quelque peu de la capacité de Kirk à suivre ses recommandations médicales. Parfois, il se demandait même si l'esprit de Kirk était totalement humain, dans la mesure où il possédait l'inexplicable pouvoir de réfréner ses émotions les plus violentes tout en engrangeant de nouvelles forces – mais son corps, lui, était bel et bien humain.

- Je vais vous donner un sédatif léger, pour vous aider à dormir, décréta McCoy sitôt la porte refermée.

- Non, c'est bon. Je suis vraiment fatigué, je n'en aurai pas besoin.

- Bien sûr que si. L'esprit a tendance à explorer de dangereux endroits lorsqu'il aspire au calme. Et je vais aussi vous forcer à manger un sandwich et un fruit – et non, ce n'est pas la peine de protester, ajouta-t-il en levant un doigt menaçant.

Kirk soupira profondément.

- Vous devriez rester là-haut, Bones, et garder un œil sur lui. Je n'ai pas besoin d'une escorte.

McCoy s'appuya sur la rambarde alors que l'ascenseur arrivait à destination et vacilla légèrement tandis qu'il s'immobilisait.

- J'en ai bien l'intention, mais il peut bien se passer de moi pendant quelques minutes. Il n'est pas tout seul là-haut, après tout : ce n'est pas parce que nous l'avons laissé tous les deux qu'il se retrouve sans surveillance.

Kirk reçut l'ordre de se rendre directement dans ses quartiers pendant que McCoy allait chercher un hypospray et de quoi manger, non sans prendre un deuxième sandwich pour lui-même. Il inspecta le pain et son contenu et sentit son estomac protester à sa seule vue. Serrant les lèvres en signe de dégoût, il le prit quand même. Il n'avait pas beaucoup mangé, et étant donné sa nouvelle mission de babysitting vulcain, il savait qu'il aurait besoin de toutes ses forces. Après tout, Spock était passé maître dans l'art de tester ses limites.

McCoy avait l'intention de discuter avec son ami en mangeant, pour essayer de le calmer. Ils s'assirent tous deux à la petite table dans les quartiers du capitaine. Le médecin savait que ce dernier était submergé de problèmes, et l'injustice de la situation le révoltait. Mais il ne trouva absolument rien d'intéressant à dire et ils mangèrent donc en silence.

- Bon, déclara-t-il lorsqu'ils eurent fini, à moins que j'aie besoin de vous pour une raison ou une autre, vous allez dormir six heures d'affilée.

Les sourcils de Kirk se relevèrent en signe de protestation, mais le médecin ne fut pas long à l'arrêter.

- Vous auriez besoin de douze heures de sommeil, Jim, mais vous ne pouvez pas vous permettre plus de six en ce moment. Donc, six heures, conclut-il dans un mélange d'autorité et de gentillesse.

Il tira son hypospray de sa poche et le vida dans l'épaule de Kirk. Un léger chuintement se fit entendre alors que la substance se répandait dans son sang.

- Vous me promettez de m'appeler s'il arrive quoi que ce soit, hein ? le supplia Jim, tout en s'allongeant.

- Bien sûr, répondit McCoy, qui n'avait pas l'intention de lui cacher quoi que ce soit. Le marchand de sable va bientôt passer.

Le sédatif commençait à faire effet, ralentissant l'esprit de Kirk.

- Il n'y a pas de sable dans l'espace, Bones, marmonna-t-il alors que le sommeil commençait à l'envelopper.

McCoy eut un petit sourire.

- Ouais, j'imagine que c'est un des rares avantages de cet endroit, murmura-t-il, tout en sachant que son ami ne l'entendrait pas.

Il ordonna doucement à l'ordinateur de plonger la pièce dans le noir, et Kirk sombra dans le tourbillon de l'inconscience sans une protestation.

La porte se referma derrière McCoy, qui s'appuya contre le mur dans le corridor vide. La part la plus primaire de son être était simplement jalouse du sommeil que Kirk pouvait se permettre, et ne voulait rien d'autre que s'allonger et faire taire son esprit. Il avait fait une petite sieste, juste avant que cet ordinateur sur pattes se réveille, mais cette courte pause n'avait apparemment pas suffi à chasser sa fatigue. Il prit une profonde inspiration et s'arracha du mur avec un grognement. Il ne pouvait pas s'offrir davantage qu'une brève halte dans un couloir vide – il avait un demi-Vulcain à surveiller.

Il retourna donc se poster, sans grande motivation, près de Spock, bras croisés sur la poitrine. Vu de l'extérieur, il ressemblait à un garde du corps qui prend son boulot très à cœur. Et, d'une certaine façon, c'était exactement ce qu'il était. Et oui, bon sang, il prenait vraiment son boulot très à cœur.

Une nouvelle heure solaire s'écoula, durant laquelle Spock reprogramma l'emploi du temps de sommeil pour la passerelle et renvoya ceux qui en avaient le plus besoin. Uhura passa à côté de lui pour rejoindre ses quartiers, mais elle s'arrêta et posa une main légère sur son épaule avec un sourire soulagé. Spock lui répondit par un bref hochement de tête. Il devait admettre que l'attention soutenue que lui portaient tous les officiers le mettait légèrement mal à l'aise, et cependant il ne parvenait pas à faire comme si de rien n'était lorsqu'ils lui offraient leur soutien.

Les minutes continuèrent à s'égrener, et McCoy continua à passer son scanner au-dessus de Spock. Le Vulcain commençait à trouver légèrement ennuyeux ce harcèlement médical continu. La migraine avec laquelle il s'était réveillé avait fait son retour, amplifiée par la voix de McCoy et son propre épuisement. Il attribuait la douleur, non sans mépris, à l'acharnement ininterrompu du médecin.

Peu de temps après, une sensation d'écœurement prit naissance dans ses entrailles et se répandit dans tout son corps comme un liquide. Spock savait qu'il avait besoin de nutriments sous une forme solide, mais il n'éprouvait pas le désir de manger. C'était totalement illogique, puisque la chose la plus intelligente à faire aurait été de maintenir ses forces – pour Kirk, pour le vaisseau. Cependant, il présumait qu'il vomirait s'il avalait quoi que ce fût, et décida donc de ne pas se forcer. Un peu d'eau, en revanche, serait peut-être moins problématique. Il se leva du fauteuil avec l'idée qu'une courte marche pour aller en chercher le sortirait de sa léthargie.

A l'instant où il se leva, la nausée transperça son estomac et il sentit la tête lui tourner. La pièce devint noire pendant un millième de seconde et il dut s'accrocher à la chaise du capitaine pour ne pas tomber. Mais, aussi brutalement qu'il s'était manifesté, le malaise s'estompa. La pièce était de nouveau stable, la couleur était revenue, et le vertige s'était évaporé. Spock se ressaisit et jeta un rapide coup d'œil méfiant autour de lui. Personne n'avait rien vu, ce pour quoi il se sentait reconnaissant. Il se dirigea vers l'ascenseur, éprouvant encore davantage le besoin de boire.

Sans qu'il l'ait anticipé (ce qui était rare), il sentit une main solide apparaître de nulle part et l'attraper par le bras. C'était celle de McCoy, dont le regard inquiet avait été posé sur lui sans arrêt. La peur se lisait dans ses yeux.

- Je vais bien, docteur, dit Spock doucement.

Connaissant les besoins du Vulcain en matière d'intimité, McCoy le suivit dans l'ascenseur et referma la porte avant de parler.

- Vous allez bien, mon œil ! siffla-t-il en scannant le premier officier du regard. Vous avez failli tomber dans les pommes !

- J'imagine que c'est l'impression que j'ai pu donner, mais je ne trouve pas la chose préoccupante. Vous savez aussi bien que moi que, étant donné les événements indésirables qui se sont produits hier, je n'ai rien mangé depuis. Je ne crois pas que mon malaise soit une preuve de la menace de ces aliens, mais plutôt une réaction naturelle suite à cette… épreuve.

McCoy souffla bruyamment et fit un pas en arrière. Rien ne s'était passé pendant des heures, puis le Vulcain avait soudainement vacillé …

Les yeux du médecin avaient fixé le dos du premier officier dès qu'il avait remarqué que ce dernier se levait, et la curiosité qu'il avait éprouvée avait vite été remplacée par de l'horreur. Le Vulcain devait avoir oublié que McCoy se trouvait derrière le fauteuil, puisqu'il l'avait vu hésiter, puis continuer son mouvement comme si aucun médecin n'avait été présent. Ce manque de concentration était en lui-même perturbant.

- Peut-être, Spock, mais peut-être que non. Vous devez absolument vous nourrir et dormir, et NON ! Pas question de protester, espèce de vieux sac de haricots ! Pourquoi tout le monde tient-il absolument à me désobéir ? DORMIR, j'ai dit. Et après on verra comment vous allez.

Un léger « bip » émana du panneau de contrôle de l'ascenseur pour rappeler à ses occupants qu'ils devaient choisir un étage. Ennuyé, Spock y jeta un bref coup d'œil et modifia sa position, tout en se demandant s'il valait vraiment la peine de se disputer avec le praticien.

- C'est vous qui avez exprimé au capitaine votre souhait de me voir rester éveillé « pour observation ». Comme il s'avère qu'il dort, je ne peux quitter la passerelle qu'il m'a confiée sans me faire remplacer.

- Ouais, c'est ce que les humains appellent « mentir », Spock. C'est exactement ce que j'ai fait avec Jim pour qu'il s'occupe un peu de lui-même. Que vous soyez conscient, ou ou mis K.O. par une quintuple injection, ça ne change absolument rien pour moi, je vous examinerai toujours aussi bien ! Le capitaine va se réveiller dans moins de deux heures. Je crois que Sulu peut s'en sortir. Il a déjà commandé le vaisseau en pleine alerte rouge, il en est parfaitement capable.

Le Vulcain pouvait déverser toute la logique qu'il voulait sur McCoy, ce dernier ne changerait pas d'avis cette fois. Spock ouvrit la bouche pour protester, mais le médecin le regarda dangereusement.

- Si vous ajoutez un mot, je vous coupe la langue, dit-il froidement, de façon tout à fait crédible.

Spock referma la bouche et regarda le plafond, ennuyé. Les yeux fixés sur le panneau au-dessus de sa tête, il détacha son communicateur de sa ceinture.

- Spock à Sulu.

- Je vous écoute.

- Je vous laisse les commandes pour un certain temps.

- … Bien, monsieur.

Il referma l'appareil et regarda McCoy, s'attendant à le voir satisfait. Le médecin en chef se contenta d'un bref signe de tête et ordonna immédiatement à l'ascenseur de les emmener à l'infirmerie.

- Docteur McCoy, je croyais que nous étions convenus que je devais manger et dormir, objecta Spock, la voix tranchante.

- Oh, oui, ne vous en faites pas, c'est ce que vous allez faire. Mais vous m'avez promis un check-up que je n'ai toujours pas eu, une fois que Jim vous a sorti de l'infirmerie. Et donc, nous allons commencer par là, conclut-il avec un grand sourire.

Spock secoua la tête et détourna le regard, sachant qu'il était inutile de résister. L'ascenseur arriva à destination et ils sortirent. Spock commençait à éprouver une pointe d'irritation – une émotion qu'il n'aimait pas reconnaître en lui.

Pendant ce temps, McCoy scrutait discrètement le Vulcain, qui semblait marcher parfaitement droit, le visage aussi expressif qu'un mur de pierre.

- Votre silence me rend nerveux, finit-il par avouer. La plupart du temps, j'ai du mal à vous empêcher de me transpercer les tympans.

Il continua à fixer le premier officier, mais ce dernier ne lui accorda pas un regard.

- Je suis fatigué, docteur, répondit Spock avec sincérité. Je ne souhaite pas gaspiller mon énergie à échanger des mots avec vous.

McCoy ricana et sourit, reportant son attention devant lui. Quelques jours auparavant, une phrase comme celle-là aurait mis le médecin dans tous ses états, mais aujourd'hui, elle lui sembla inexplicablement bienvenue.

- Je comprends, répondit-il.

Spock commençait à considérer l'infirmerie comme son enfer personnel. Il avait eu sa dose de ces murs blancs et autres injections médicales aggravantes. Il réprima un soupir en s'allongeant sur le lit. Le moniteur s'alluma.

- Le niveau K3* est normal, constata McCoy en élevant son tricordeur. Le K1*… doit être amélioré. Ça ira mieux quand vous aurez mangé. Et votre migraine ?

Il regarda Spock, curieux de savoir si ce dernier serait honnête avec lui cette fois. Le Vulcain serra les lèvres.

- Toujours présente, répondit-il brièvement.

McCoy passa le scanner près de ses tempes et le bourdonnement léger amplifia la douleur sourde qu'il ressentait.

- Oui, en effet… marmonna McCoy tout en se mordant l'intérieur de la joue.

Il n'était pas ravi de la persistance de ce mal de tête. Après tout, ce genre de choses arrivait très rarement aux Vulcains, qu'ils fussent à moitié humains ou non.

- Je peux vous donner quelque chose contre la douleur, proposa-t-il en laissant le scanner de côté.

- Non, répondit Spock abruptement.

- Ça pourra vous aider, Spock.

- Non, docteur, cela va seulement me rendre malade. Je suis déjà affaibli et vos seringues magiques ne me seront d'aucune utilité en cette circonstance.

Il s'assit, puis se leva, refoulant un léger malaise.

- En fait, en ce moment, je préférerais me reposer. C'est l'unique chose qui pourrait m'aider efficacement.

- Entendu, accorda McCoy en regardant de nouveau le moniteur.

Rien d'inquiétant n'apparaissait sur l'écran. Epuisement, faim, fatigue. L'indication d'une nausée. Rien d'inattendu.

- Mais vous devez dormir, Spock. Dormir. Pas méditer.

- Telle est mon intention, docteur.

Le médecin hocha la tête. Son regard se dirigea vers la pièce que Spock avait occupée plusieurs heures auparavant, puis revinrent se poser sur le Vulcain. Ce dernier le regardait fixement.

- Je n'ai aucune envie de dormir ici, McCoy.

- Dans ce cas, comment suis-je censé vous surveiller ?

- Je ne pense pas que cette surveillance soit nécessaire pour l'instant.

- Oh, Spock, mon Dieu, murmura McCoy en se passant la main sur le visage, les yeux clos. Vous êtes vraiment le pire patient que j'aie jamais traité.

Sa voix était tendue et fatiguée. Spock pencha la tête pour observer le praticien. Apparemment, il n'était pas le seul à avoir besoin de repos.

- Si vous tenez vraiment à dormir dans vos quartiers, au moins, prenez un micro-moniteur avec vous, dit McCoy sans ouvrir les yeux.

Il laissa ses mains retomber à son côté et regarda Spock.

- Je veux juste garder un œil sur votre rythme cardiaque, alors prenez-en un.

Il fit un geste vers le Vulcain pour qu'il sorte, tout en se massant la tempe avec l'autre main. Spock continua à le fixer pendant un instant, puis quitta la pièce sans se faire prier, non sans s'emparer d'un moniteur posé sur une étagère.

C'était un petit appareil, conçu pour que le personnel médical puisse continuer à surveiller les constantes de patients qui n'étaient pas à proximité. Il contenait de petites bandes fines que le patient pouvait attacher autour de deux doigts, permettant à l'appareil de détecter le rythme cardiaque et la pression artérielle, et de le relayer à l'équipe médicale. McCoy était réticent à l'idée de laisser Spock faire tout ce qu'il voulait pendant sa convalescence il serait moins inquiet en sachant qu'il avait pris un moniteur avec lui.

Le premier officier emprunta le couloir, les jambes lourdes. Le sommeil venait frapper aux portes de son esprit. Comment pouvait-il être à ce point épuisé, alors qu'il s'était réveillé moins d'une demi-journée auparavant ? En tant que Vulcain, il pouvait se passer de sommeil pendant très longtemps, si nécessaire. A présent, son besoin de dormir devenait si impérieux qu'il menaçait de noyer toutes ses sensations. Il eut à peine conscience du chemin qu'il parcourait, et ne s'en rendit compte qu'une fois arrivé à la porte de ses quartiers.

Il enfila la veste noire qu'il mettait lorsqu'il n'était pas de service, alors que ses pensées s'atténuaient, devenaient un simple bourdonnement sourd. Son esprit avait été vif, actif, depuis qu'il s'était éveillé au son des questions de l'infirmière Chapel. Il avait focalisé son attention sur le moindre point, le moindre événement qui, durant cette journée, les avait touchés, lui ou le vaisseau. A présent, son cerveau était en train de tourner à vide, de se débarrasser de toutes ces distractions. Son esprit dérivait vers ce qu'il était forcé de considérer, à présent qu'il n'était plus trop occupé pour se focaliser dessus. La lumière clignotante, perturbante, sur la passerelle. Des cordes malfaisantes qui enserraient ses jambes avec une force incroyable, la douleur qu'il n'avait jamais éprouvée auparavant. La clarté qui émanait de cette pression, cette souffrance, cette suffocation déclinait avec sa conscience.

Il cligna des yeux et hocha la tête, repoussant les souvenirs. Ce n'était pas quelque chose qu'il pouvait supporter de se rappeler avec son détachement habituel. Il ne remarqua pas que sa main gauche tremblait.

Il inspira longuement, puis expira en fermant les yeux. Plus rien ne restait de tout cela, à l'exception de la migraine. Il était illogique de s'attarder sur ce qui n'existait plus.

Il s'installa avec un soulagement indicible sur son lit, tous ses muscles le suppliant de lui accorder du repos. Il regarda le plafond, partagé entre le désir de dormir et celui de ne plus jamais fermer les yeux. Mais le sommeil s'imposa bientôt de façon inévitable, et il accepta sans protester la facilité avec laquelle il s'y laissa tomber. Il était à peine conscient des bandelettes enroulées autour de ses doigts, et sa tête roula sur l'oreiller alors que les ténèbres l'envahissaient.

Il est illogique de s'attarder sur ce qui n'existe plus.


* Pour explication, le niveau K3, dans Star Trek, correspond au niveau de douleur éprouvée par le patient et visible sur le moniteur. Je ne sais pas à quoi correspond exactement le niveau K1 (Memory alpha ne m'a pas donné cette information...), mais le moniteur enregistre la respiration, la température, le rythme et pression cardiaques. Je penche pour la pression artérielle, parce qu'il est logique que celle de Spock ait baissée parce qu'il n'a rien mangé depuis un certain temps.