Bonsoir chers lecteurs et chères lectrices, qui avez beaucoup de courage pour encore suivre cette fanfiction. Je pense que Georges RR Martin et moi avons un grand point commun : notre lenteur d'écriture ! 😉
Je vous livre pour m'excuser, un très long chapitre, en espérant vous rassasier jusqu'au prochain !
N'hésitez pas à me laisser des reviews, ça fait toujours plaisir de savoir que son travail est apprécié (ou pas !)
Bonne lecture.
Fandom:
Game of thrones.
Résumé:
"Ce dont je suis sûr, c'est qu'elle fût la seule chose que j'aie jamais réellement désiré. On me l'enleva, et même les Sept Couronnes ne purent remplir le vide qu'elle avait laissé." Ils étaient le feu et la glace. A cause d'eux, tout Westeros entra en guerre.
Disclaimers:
L'univers de GoT appartient à son génial auteur G RR M
Chapitre 9: Le sens du devoir.
EDDARD
Le Prince Dragon arborait une mine épouvantable lorsqu'il rejoignit la tablée afin de prendre son matinel. Personne n'osa lui faire la moindre réflexion mais Eddard savait que tous l'avaient remarquée. Sa peau diaphane affichait des cernes violacés et ses cheveux argentés brillaient moins qu'à l'accoutumée. Le jeune homme blond se força à sourire, remercia avec une exquise cordialité Père pour son hospitalité et lui fit compliment sur la literie, le confort et sur la décoration de ses appartements.
-"Et pourtant, vous semblez avoir passé la pire nuit de votre vie, Messire." Lança la voix claire de Lyanna.
La seule fille de la fratrie Stark pénétra dans la pièce et s'assit à côté de son frère. Avec négligence, elle se servit un bol de lait chaud au miel et en proposa à Eddard. Ce dernier refusa poliment et continua à mastiquer son œuf mollet. Rhaegar ne se laissa pas démonter :
"- Les coutumes du Nord sont parfois déroutantes pour un homme du Sud tel que moi. Je pense que j'ai dû abuser du délicieux vin que vous nous servîmes Lord Rickard. Nous n'en avons pas l'habitude à Port Réal. Il m'empêcha de trouver le sommeil de longues heures durant."
Les paroles de Rhaegar étaient toujours courtoises mais Ned perçu le double sens. Sa sœur avait frémi au début de la prise de parole du prince. Son geste élégant était demeuré en suspens. Sans doute avait-il vu quelque chose qui l'avait dévasté… Et ce quelque chose, Ned pouvait en jurer, avait à voir avec Lyanna…
Robert parut enfin, encore pataud de sommeil. Il s'ébroua, passa une main dans ses cheveux encore hirsutes et embrassa tendrement sur la joue sa promise. Personne ne s'offusquait plus de ces attentions car les deux fiancés seraient très bientôt mariés. Lyanna échangea un sourire de connivence avec son promis et tous deux murmurèrent quelques messe-basses. Ned remarqua que sa sœur jetait à intervalles réguliers des regards intrigués et inquiets vers le prince.
-« Que s'est-il passé cette nuit, Lyanna ? » Murmura le jeune homme.
« -Rien qui ne te concerne. »
Cette réponse ne lui convenait pas mais il ne pouvait pas insister sans paraître suspect. Il choisit donc de changer de stratégie :
« - Votre Grâce, êtes-vous toujours d'attaque pour votre première chasse nordienne ? »
Rhaegar lui offrit un grand sourire :
« -Je pourrai être mourant que je ne renoncerai pas. Dans toutes les Sept Couronnes on loue vos chasses.
-Le gibier est abondant à Winterfell. » Affirma Robert. « J'ai pu le vérifier à de nombreuses reprises.
-Je veux bien vous croire Lord Baratheon. Il faudra cependant vous montrer magnanime avec moi : je suis un piètre chasseur.
-Vous êtes trop modeste, je vous ai vu tirer un pigeon à une folle distance ! » Commenta Lord Rickard.
« -Si vous me donnez un arc et des flèches, je suis votre homme. » Avoua le Prince Dragon.
Au milieu de la matinée les cors de chasse retentirent dans la cour du château. Les limiers vagissaient, impatients de flairer quelque piste. Les équipages se tenaient proches des traineaux. Rhaegar observait cette agitation avec un mélange de crainte et d'admiration. Eddard s'approcha de lui et expliqua :
« -Le traineau à chiens est bien plus rapide sur la neige que les chevaux. C'est le moyen préféré des dames pour suivre les battues.
-Cela fait un formidable tintamarre. » Commenta le jeune homme.
« -Je crois que c'est une question d'habitude Vôtre Grâce. » Conclut le jeune nordien en se mettant en selle. Le Prince Dragon hocha la tête et imita son cadet.
« -Alors, pas trop impressionné ? » Demanda Robert.
Le colosse semblait complètement dans son élément. Il riait des traits d'esprits des piquiers, les jappements des chiens l'excitait, les ruades de son cheval le faisait piaffer d'impatience. Cet homme avait été façonné pour les combats et les excès de violence. Tout ce que le jeune Targaryen avait en horreur.
« -Je dois avouer que je suis plutôt impatient. » Répondit le Prince.
Il aperçut au loin Lyanna dans une robe d'une blancheur immaculée. Elle caressait les chiens-loups de son traineau, les flattait et bavardait avec quelques amies.
Rhaegar alla à sa hauteur et demanda :
« -Voulez-vous que l'un de mes chevaliers vous serve de cocher, Lady Lyanna. »
La jeune fille leva vers lui des yeux éberlués.
« -Plait-il ?
-Pour la chasse…
-Apprenez, Vôtre Grâce, que cet équipage m'obéit au doigt et à l'œil depuis que j'ai dix ans. Je peux me débrouiller sans vous et vos chevaliers. »
Les cors retentirent et toute la chevauchée s'ébroua. Rhaegar rejoignit ses compagnons, Ser Arthur et Ser Barristan et ils commencèrent à converser chaleureusement.
Lord Rickard, Lord Robert et Eddard ouvraient la voie, à l'affut du moindre aboiement des chiens. Ils discutaient aussi des jours à venir.
« -Quand Brandon reviendra t'il ?
-Il ne sera pas présent pour votre mariage : quelques échauffourées se sont produites avec le pupille d'Hoster Tully, un certain Baelish. Visiblement, le fripon s'était mis en tête qu'il épouserait Catelyn…
-Un fou dont personne ne se souviendra plus… » Commenta Robert avant de repartir :
« - La chasse m'a toujours permis de me détendre. Je suis vraiment navré que cet empoté de blondinet se soit joint à nous. Il gâche tout le plaisir…
-Robert… C'est mesquin. » Protesta Eddard.
« -Cet homme est un faible.
-Il est notre prince. Je me dois de me ranger aux côtés de mon fils, Lord Robert. Rhaegar est mon invité, mon seigneur lige et je lui ai juré ma foi. Je ne tolèrerai pas qu'on le calomnie ou qu'on l'insulte sous mon toit, me suis-je fais bien comprendre ?
-Mais… Allons, Lord Rickard, pas à moi… Vous n'avez pas pu réellement lui pardonner pour Harrenhall ?
-Lyanna l'a fait. C'est tout ce qui m'importe.
-Mais….
-Vous êtes encore jeune, Robert. Un jour pourtant, vous connaitrez de grands malheurs. Alors, souvenez-vous de ce que je vais vous apprendre : il y a pire qu'un scandale. Il faut pardonner, sinon le cœur pourrit et l'homme s'avilit.
-Je ne…
-Robert, je pense que mon père a été assez clair. » Trancha Eddard, glacial.
Les chiens hâtaient le pas et commencèrent à aboyer furieusement.
« -Ils ont une piste ! » S'exclama Robert tel un dément.
Il lança son cheval au triple galop et les Stark lui emboitèrent le pas.
OOoOoOoOoOo
Un hurlement arrêta Eddard net dans sa course. Il tendit l'oreille et chercha l'origine de l'appel de détresse. Une nouvelle fois, le cri retentit. Le jeune nordien élança sa monture. Son cœur tambourinait dans sa poitrine. Il n'était pas rare lors des chasses que quelqu'un se blesse. Il déboula dans une vaste plaine. Il connaissait le terrain par cœur. Au centre, un lac glacé. Les cris venaient de cette direction. Ned s'aperçut bien vite d'un mouvement de panique sur l'horizon. Un homme était passé à travers la glace et ne parvenait pas à rejoindre le bord. On pouvait deviner la silhouette d'une femme qui tentait en vain de lui venir en aide. Eddard piqua de ses éperons son destrier et augmenta son allure. Plus il s'approchait plus il se rendait compte de l'état critique de la situation. Là, proche de la noyade, se trouvait le Prince Dragon. A ses côtés, Lyanna, qui cherchait désespérément à l'aider. Sa sœur s'époumonait, elle semblait folle d'inquiétude. Le jeune nordien mis pied à terre et hurla :
« -Pousse toi ! »
Lyanna obéit, calmée par la présence de son frère.
« -Raconte-moi ce qu'il s'est passé.
-Son cheval a pris peur lorsque mes chiens l'ont frôlé. Il a rué et le Prince a perdu tout contrôle. J'ai vu vers où il se dirigeait… je te jure, j'ai essayé d'empêcher tout ça mais…
-Mais il est arrivé sur le lac et voilà…
-Oui… Voilà. »
Rhaegar avait les lèvres bleues et cherchait encore à se débattre. Il s'épuisait peu à peu.
« -Vôtre Grâce, cessez de gesticuler ! » Ordonna Eddard d'un ton calme et assuré.
« -J'ai…. Tellement… froid. » Se justifia le prince.
« -Je sais, Vôtre Grâce, mais écoutez-moi… Vous êtes entrain de vous fatiguer. Cherchez juste à rester à la surface de l'eau… »
Le jeune homme opina du chef et commença à obéir.
« -Je sais que cela peut paraitre inquiétant. Je sais que vous avez peur. Mais croyez-moi quand je vous dis que rien de mal ne vous arrivera. » Insista Ned.
Il étudia la situation et glissa à sa sœur :
« -Il y a une corde attachée à ma selle. Je vais t'attacher les pieds et tu ramperas sur la glace pour le chercher. Tu es la plus légère, cela devrait tenir. Puis, je vous tracterai sur la berge.
-Tu es sûr que ce plan va marcher ? » S'inquiéta Lyanna.
« -Il le faut bien… si nous échouons, il mourra. » Conclut le jeune homme.
Sa sœur se montra docile tandis qu'il mettait son plan à exécution.
« -Parle lui. Distrait-le…
-Euh… Vôtre Grâce, avez-vous déjà songé à un prénom pour votre enfant ? »
Eddard jeta un regard interloqué à Lyanna. Cette dernière souffla :
« -J'improvise. »
Rhaegar claquait des dents et semblait de moins en moins alerte. Il réussit cependant à balbutier :
« -J'aime assez Aegon… et Jaehaerys… Je… Je me suis… toujours… dit… que je saurai…. En le… voyant….
-Et si c'est une fille ?
-Nyméria… » Grelotta le jeune homme.
Lyanna sentit les mains de son frère ceindre une corde rêche mais solide autour de sa taille. Puis elle s'allongea sur la glace et commença à ramper, avec mille précautions, vers le prince héritier.
« -Votre Grace, essayez d'atteindre les mains de Lyanna. » Ordonna Eddard.
La jolie nordienne s'étendit encore un peu plus sur la glace, entravée par la corde. Elle rampa au plus proche du trou. A plusieurs reprises, le Prince la manqua. Enfin, elle sentit ses mains, gelées, sur les siennes. Elle hurla :
« -Je l'ai. Tire, Ned. Tire ! »
Eddard fit de son mieux mais ses forces étaient limitées. Il ne pouvait pas s'aider de son cheval, il risquait d'écarteler Lyanna. Rhaegar avait le teint bleu, caractéristique de l'hypothermie.
« -Je… je ne pensais pas… mourir… ainsi… » Souffla t'il douloureusement.
« -Je vous interdit de mourir. » Aboya Lyanna.
« -Besoin d'un coup de main ? » Demanda Arthur Dayne.
Sous la surprise, Eddard faillit lâcher prise. Heureusement, le Blanc Manteau vint lui prêter main forte, aidé de son acolyte, Ser Barristan. Tous trois parvinrent à hisser le prince hors de l'eau gelée. Il claquait lamentablement des dents et commenta :
« -Ce… ce n'est… pas très… royal… »
Eddard ne put s'empêcher d'éclater de rire tandis qu'il couvrait l'héritier du trône d'une large fourrure.
« -Je vais prévenir Père et…
-Je vais les raccompagner. » Le coupa Lyanna. « S'il reste dehors, avec ce vent, il risque d'attraper la mort.
-J'aimerai, autant que faire se peut, qu'elle reste le plus loin de ma personne. » Se moqua piteusement Rhaegar.
« -Nous nous retrouverons à Winterfell. » Conclut Eddard avant de partir à la recherche du reste de la chasse.
Lyanna rejoignit son traineau et proposa au prince de s'installer à l'avant. Ce dernier ne se fit pas prier et s'y vautra, pelotonné dans ses fourrures.
« -Je vous remercie, Lady Lyanna, de vous être portée à mon secours.
-C'est à se demander à quoi servent ces deux grands dadets qui sont sensés vous protéger » Répliqua la jeune fille, mordante.
Les deux blancs manteaux piquèrent du nez et rougirent. Ce fut Barristan Selmy qui répondit, peunaud :
« -Nous étions trop heureux de pouvoir aller au galop et profiter des merveilleux paysages du Nord…
-Vous comprenez, Lady Lyanna, cela fait des semaines que nous sommes obligés de rester au pas, à cause de l'escorte… Cela nous démangeait de nous ébrouer et… »
La jolie nordienne leur offrit un sourire solaire et répartit, amusée:
« -Vous n'êtes que des jouvenceaux… »
Les chevaliers s'esclaffèrent et mirent leur chevaux à sa hauteur.
«-Garderez-vous le secret de notre faiblesse ? » La questionna Ser Arthur, sur le ton de la connivence.
Lyanna le dévisagea, pleine de défit et de taquinerie.
« -Il faudra me soudoyer fortement pour que mes lèvres soient scellées.
-Vôtre prix sera le mien ! » Répliqua le jeune dornien, jovial et badin.
«-Vous ne savez pas à quoi cela vous engage ! » S'exclama Lyanna avant de filer sur son traineau, dans un éclat de rire.
oOoOoOoOoOo
La chasse revint au crépuscule. Lyanna les attendait sagement dans la Grande Salle et brodait en compagnie de sa Septa. Robert s'était moqué tout le restant de la journée de la maladresse du Prince, ce qui avait mis les nerfs du suzerain de Winterfell et de son fils à vifs. Lord Rickard demanda à sa fille :
« -Comment va-t-il ?
-Il vous le dira lui-même. » Commenta Lyanna en désignant d'un signe de tête le siège face à l'âtre. Le prince bavardait avec ses deux blancs manteaux, buvant de l'hydromel et riant avec eux. Visiblement, la mésaventure de la matinée était oubliée et ne semblait pas l'avoir plongé dans la mélancolie. Cela rassura le Lord de Winterfell grandement.
« -Comment s'est déroulée la journée ?
-Nous sommes rentrés, nous nous sommes changés et réchauffés, nous nous sommes restaurés et nous avons joué à quelques jeux. Le Prince a aussi chanté pour tout le château. Ce fut très agréable. » Énonça Lyanna avec un doux sourire. La septa à ses côtés elle aussi semblait conquise et cela termina de rassurer Lord Rickard.
Alors que Père s'apprêtait à le rejoindre, un corbeau vola dans la pièce. Il coassa violemment, tourna autour des têtes et se posa juste à la hauteur de Rhaegar. Le jeune homme observa l'animal avec intérêt et blêmit. Par curiosité, tous les témoins de la scène tendaient leur cou pour observer le sceau de l'émetteur de la missive. Eddard pût alors apercevoir le dragon tricéphale de la maison Targaryen. Il ne parvint pas à retenir un frisson : que voulait encore Aerys le Fol ?
Robert lui aussi semblait inquiet de ce corbeau. Dans le Conflans et dans le Val d'Arryn, on avait l'habitude de murmurer : « noires ailes, noires nouvelles » dès qu'il s'agissait d'un corbeau en provenance de Port Réal. Essayant de dédramatiser la chose, il frappa l'épaule du prince héritier et lança :
« -Si ça se trouve, Sa Grâce cherche à savoir si vous êtes toujours en vie ! »
Rhaegar leva ses yeux limpides vers le jeune hercule et lui offrit un pâle sourire :
« - Ca serait bien son genre…. »
Il décrocha la lettre et s'excusa :
« - Permettez-moi, Lord Rickard
-Faites, Vôtre Grâce. Je suis vôtre obligé. » Répondit doucement le maître du Septentrion.
Sans demander son reste, le jeune prince quitta la pièce, laissant ses hôtes pantois et inquiets. Lyanna décida de rompre le silence :
« -Que veut le Vieux Dragon ?
-Peut-être espérait-il vraiment que nous tuions son fils pour nous déclarer la guerre… » frémit le Seigneur du Nord.
« -Où sinon Pyke se serait rebellé de nouveau… » Hasarda Robert avec entrain.
« -Votre passion pour le champ de bataille, le sang et la mort est glaçante ! » Frissonna Lyanna, une moue dégoutée aux lèvres.
« -Ce n'est sans doute rien… » Modéra Eddard.
Le vieux seigneur du Nord murmura :
« -Aerys n'est pas toujours aussi fou qu'on le croit. La présence du prince en nos murs et un stratagème de sa part. Je ne sais pas si Rhaegar s'en rend compte, mais il est l'instrument de son père… Le roi attend quelque chose de lui. Et je crois que ce pli est ce qui doit provoquer la catastrophe qu'il espère.
-Le prince est un homme faible, arrogant et stupide. Ca ne serait pas étonnant qu'il soit un vulgaire pion pour Aerys ! » Darda le maitre des terres de l'orage avec mépris.
Lyanna jeta un regard glacé à son fiancé.
« -J'ai eu des différents avec le Prince Dragon, vous m'en êtes témoin Père. Cependant, la déloyauté n'est pas le défaut qui me vient à l'esprit lorsque je pense à Rhaegar Targaryen. Il ne précipiterait jamais Westeros dans les affres de la guerre. » Affirma Eddard.
« -Pas de son plein gré en tout cas. » Modéra Rickard avant de reprendre.
« -Vous m'avez mal compris, Lord Baratheon. Rhaegar est incapable de faire le moindre mal, je le connais assez pour le jurer. Mais son Père pourrait le manipuler pour qu'il fasse ce qu'il attend de lui. Aerys le Fol n'aspire qu'à une chose : la guerre.
-Il ne mettait cependant jamais en danger la vie de son fils ainé pour ça. » Murmura Lyanna, décontenancée.
« -Et pourtant il a forcé son héritier à venir dans le Nord. Nous aurions été en droit de le tuer pour l'affront qu'il nous fit, ma fille. Aerys le Fol ne souhaite pas que Rhaegar accède au trône, crois-moi. »
La jeune nordienne frissonna. Robert souffla :
« -Pensez-vous qu'il…
-Il a un autre garçon. Viserys. Qui, selon les rumeurs, ressemble trait pour trait à son père… » compléta le patriarche sur le ton de la confidence.
« -Sous-entendez-vous qu'il serait aussi atteint de folie ? » S'inquiéta Eddard
« -Notre bon roi le qualifie plutôt de « génie »… »
Il y eut un lourd silence dans la pièce. Personne n'aspirait à faire la guerre. On sortait d'un long hiver et la vie devait reprendre ses droits. De plus le Prince-Dragon tenait bien trop au bonheur de la multitude pour commettre quelque acte déraisonnable. Ce fut à Lyanna de soupirer :
« -De toute façon, nous saurons bien assez tôt ce que nous veut ce fou. »
Elle quitta alors la pièce, entraînant avec elle Robert et nombre de leurs familiers.
Ned restait seul avec Lord Rickard. Ce dernier semblait de plus en plus anxieux. Il tentait de cacher tant bien que mal son inquiétude.
« -Parlez-moi, Père. Je ne suis peut-être pas destiné à régner sur Winterfell, mais je puis vous conseiller et me battre pour notre terre. »
Le seigneur du Nord regarda son garçon avec beaucoup de tendresse :
« -Je sais que tu donnerais ta vie pour notre Maison, Eddard.
-Alors quelle menace vous angoisse ?
-Aerys est un dément. Il attend le moindre sursaut pour anéantir tous ceux qu'il croit être ses ennemis…
-Depuis Sombreval, il n'est plus lui-même…
-Une telle trahison rendrait n'importe qui paranoïaque…» Modéra Lord Rickard.
« -Les bannerets parjures sont malheureusement légions. » Soupira Eddard.
« -Le roi a définitivement sombré dans la folie, je le crains. Seul un fou enverrait son fils ainé dans une famille qu'il a déshonoré.
-Pourtant vous l'avez accueilli avec faste et éclat… » Pointa Ned.
Le seigneur de Winterfell dévisagea son cadet, étonné de la pointe de déception perceptible dans sa voix.
« -Aurais-tu agis autrement ? Quel est ton reproche, mon fils ?
-Je ne sais comment j'aurais réagi à votre place Père. Mais je reste convaincu que cette invitation est mauvaise.
-J'ai pris cette décision pour nous sauver. Pour le bien de la famille. Pour que notre Maison perdure. » S'empourpra le vieux loup.
Face à l'emportement de son père le jeune chevalier frissonna. Cependant, il continua de toiser son aîné avec un regard plein de colère et de chagrin. Lui, Eddard de la maison Stark vivait comme un camouflet la présence du Prince Dragon en ces murs.
-« Ned, que ce serait-il passé si j'avais vengé notre honneur et assassinant Rhaegar Targaryen ?
-Aerys nous aurait déclaré la guerre.
-Penses- tu que Winterfell est prêt pour gagner cette guerre ?
-Avec Brandon qui épouse le Conflans et Lyanna qui s'unit aux Terres de l'Orage, je pense que oui. » Affirma Ned, bourru.
« -Et c'est là que tu te trompes, mon garçon. Nous, Stark, avons pour devise, « L'hiver vient ». Sais-tu pourquoi nous l'arborons fièrement ?
-Parce que nous sommes du Nord et qu'on y trouve les hivers les plus rudes et les plus meurtriers. » Récita mécaniquement le jeune homme.
« -Ne rabâche pas bêtement ce que tes septons du Val t'ont enseigné, Ned ! Réfléchis ! » S'agaça Rickard.
Son fils ne parvint qu'à se taire.
« Avec l'hiver, nous devons nous unir, nous montrer les plus habiles et les plus avisés. Le loup solitaire meurt, mais la meute survit. Souviens t'en toujours. Aerys attendait de nous un faux-pas pour nous écraser et nous anéantir. En laissant en paix son fils, nous nous assurons de notre propre tranquillité. Après tout, il n'a offert que des fleurs à ta sœur… » Tempéra-il.
« -Des fleurs… peut être. Mais aussi un fabuleux scandale. » Rappela le jeune loup.
« -Toutes les générations ont leur lot de scandales. De mon temps, le vieux Frey avait essayé d'anoblir une servante pour s'en faire une épouse. Et je ne sais plus où, à Dorne peut-être, on parlait d'autoriser la polygamie… Les scandales sont comme la marée Ned. Ils vont et viennent.
-Cela aurait pu ruiner l'union de Lyanna et de Robert.
-C'eut été regrettable mais ta sœur est sans doute le meilleur parti des Sept Couronnes avec Cersei Lannister. J'aurais toujours pu la marier. » Argua le Seigneur du Nord.
« -Alors vous n'êtes pas amer…
-J'en veux a Aerys d'avoir obligé son fils à assister aux noces de Lyanna. Je regrette que le prince Rhaegar ait affiché ouvertement sa préférence. Mais non, je ne lui en veux pas. Ou plutôt, je ne lui en veut plus. Il est un jeune homme courageux, droit et juste, je l'estime pour ces qualités. Un jour il sera notre roi et son gouvernement apportera, j'en suis certain, une période de prospérité. Ce garçon a épousé une jeune princesse qu'on lui a ordonné d'aimer. On l'a obligé à lui faire des enfants pour perpétuer sa lignée. Il ne s'est jamais vraiment appartenu. A Harrenhall, je crois qu'il a agi pour la première fois librement et sans penser aux conséquences. Elles furent désastreuses mais je ne pense pas qu'il cherchait à nous nuire… » Argumenta Lord Rickard en détaillant la réaction de son fils.
« -Pourtant vous étiez furieux après le couronnement de Lyanna. Vous… Je ne vous avais jamais vu ainsi… » Souffla le jeune homme
« -Oui mon garçon, j'étais en colère. Ce soir-là, si je n'avais été qu'un jouvenceau, je serais allé pourfendre Rhaegar Targaryen. Mais la sagesse des années nous permet de remettre à demain nos querelles puis d'agir après réflexion. Un jour, quand je ne serai plus, tu aideras ton frère à diriger le Nord. Brandon est un homme de guerre et d'action. Mais il n'est pas un diplomate. C'est toi qui devra assurer la stabilité de Winterfell et ses relations avec les autres royaumes. Apprends mon garçon qu'il faut toujours, avant toute action, déterminer si cela vaut la peine. Lyanna a été couronnée « reine d'amour » et cela a quelque peu terni sa réputation. Avions-nous plus à gagner ou à perdre de répondre à ce camouflet par la violence ?
-Plus à perdre.
-Alors il ne faut rien faire… Le Nord se souvient toujours de tout, Eddard. Mais il attend son heure. Comme le loup, il donne la chasse lorsqu'il est certain de gagner. Comprends-tu ? »
A peine Lord Rickard est-il terminé sa phrase qu'on annonça le prince. D'un haussement de tête, le vassal accepta la présence de son suzerain. Ned se rassena lorsqu'il vit la mine triomphale de Rhaegar :
« -Un fils ! Par les Sept ! J'ai un fils ! » S'écria le jeune homme, les larmes aux yeux.
Il se laissa choir sur une chaise, épuisé par cette folle journée. Une immense lassitude se lisait sur ses traits.
Rickard laissa échapper un glapissement et s'empressa de féliciter le nouveau père.
« -Vous devez être au comble de l'enchantement…
-Un nouvel héritier de la maison Targaryen ». Commenta Ned, ravi de cet heureux dénouement.
Finalement, ils s'étaient tous fait du souci pour rien. Ce vieux fou commençait à rendre ses seigneurs aussi paranoïaques que lui. Un garçon. Un nouvel héritier au Trône de Fer. C'était une excellente nouvelle. Avec cette naissance, la guerre s'éloignait encore un peu et une période de prospérité de dessinait de plus en plus.
« -Comment se portent la mère et l'enfant ? » S'enquit Lord Rickard.
« -Visiblement le garçon est plein de vie et braillard. C'est en tout cas ce qu'affirme ma mère. » Annonça le prince avec un sourire en coin. Puis il prit une mine plus grave et sévère :
« -L'état de santé de ma tendre Elia est cependant bien préoccupant. Déjà, les mestres nous avaient mis en garde… Une seconde grossesse pouvait lui coûter la vie…
-Est-elle au plus mal ?
-Ses couches l'ont épuisée. Sa vie semble ne tenir qu'à un fil…
-Je prierai les Anciens Dieux pour son rétablissement. » Promis Rickard, touché par l'inquiétude du jeune père.
« -Je sais que cela n'est pas très conventionnel, Lord Stark, mais je me dois de vous demander mon congé. Je ne puis demeurer ici sachant que la mère de mes enfants risque sa vie…
-Evidemment, évidemment… Cependant, après votre aventure d'aujourd'hui, je vous encourage à demeurer cette nuit.
-Je me plierai à vos conseils, Lord Eddard. Ils sont toujours sages et avisés. » Alors qu'il allait se retirer, il ajouta :
« -J'espère que votre fille et votre futur gendre de m'en tiendront pas rigueur…
-Ils comprendront. Préparez votre suite et courrez retrouver votre épouse, Prince Rhaegar.
-Je vais ordonner au maréchal ferrant de s'occuper de votre cheval » Proposa Ned.
« -Je vous remercie, tous les deux. Je serai parti avant demain midi.»
Rhaegar de nouveau quitta la pièce, soucieux.
« - Que les Dieux le tiennent en leur sainte garde. » murmura Lord Stark.
Bientôt tout ne fut que cris, tintamarre et crissement. Les gens des maitres de Winterfell s'affairaient pour préparer l'escorte royale. Eddard n'était pas en reste. Il décida de s'occuper personnellement de l'attelage et du soin de l'étalon du Prince Dragon. La bête avait fière allure, haute au garrot, fuselée et rapide. Le jeune nordien l'amena au maréchal ferrant du château car il remarqua qu'un des sabots de l'animal menaçait de choir. C'est alors qu'il croisa Ser Barristan Selmy.
« -Ser…
-Quand je pense que j'ai chevauché un mois pour ne rester que trois petites journées ici… » Maugréa le chevalier.
Ned s'esclaffa et le manteau blanc lui adressa un sourire malicieux.
« -Ah, je m'en souviendrai du Nord !
-Il faudra revenir pour goûter à notre hospitalité, Ser.
-Ne proposez jamais ce genre de choses, Eddard Stark. Vous risqueriez d'avoir toujours des invités sous votre toit !
-S'ils sont tous comme vous, je ne me lasserai jamais. » Sourit le jeune homme en donnant l'accolade à son compagnon.
Barristan et lui avaient à peu près le même âge et ils avaient combattus ensemble lors de joutes. Il reconnaissait au chevalier une grande dextérité (qu'il lui enviait) et une réelle grandeur d'âme. Il l'estimait beaucoup. Selmy s'aperçut alors qu'Eddard tenait par la longe l'étalon du prince.
« -Je vais m'occuper de cette tête de pioche. Vous avez sans doute bien d'autres choses à faire que d'aller ferrer un cheval, fut-ce celui d'un prince. » Affirma le chevalier.
Ned le remercia d'un mouvement de tête et se pressa de rejoindre ses appartements. En passant dans la haute cour, il aperçut dans la pénombre la silhouette de Lyanna suivie de près par celle de Rhaegar. Elle semblait songeuse et ne pas se rendre compte que le prince suivait ses pas. Tous deux se dirigeaient vers le bois sacré et le calme olympien de ce lieu de prière. Le crépuscule colorait le ciel de reflets dorés et changeants qui se reflétaient dans la crinière brune de la jeune nordienne. Elle tenait à la main un flambeau, indiquant qu'elle comptait s'écarter du tumulte du château pour de nombreuses heures.
Lyanna n'avait jamais vraiment été dévote, mais, depuis la mort de Mère, elle s'abîmait de longues heures dans la contemplation du bois sacré. Le vent, les bruissements des feuilles et le clapotis de l'eau semblaient la consoler. Eddard, lui, évitait cet endroit car il avait honte des tumultes de sa vie et ne souhaitait pas affronter l'œil avisé des Dieux. Pourtant, il les suivit, prenant soin de se masquer à leur vue.
Sa sœur s'assit avec grâce au pied de l'arbre-cœur, releva son châle sur ses cheveux, tourna ses paumes vers le ciel, ferma les yeux et commença a murmurer des incantations. Le flambeau crépitait doucement et troublait à peine la sérénité des lieux. Rhaegar trébucha sur une pierre ce qui fit sourire la jeune femme.
« -La troisième marche est un peu plus haute que les autres. Prenez garde à ne pas choir. Cela créerait un nouveau scandale et ma réputation ne peut se le permettre. Ni la vôtre d'ailleurs.
-Tant de sollicitude vous honore, Lady Lyanna. » Ironisa Rhaegar.
« -Vous saviez que je vous suivais ?
-Je supposais que vous ne voudriez pas quitter le château sans me signaler votre congé. » Confirma la jeune femme.
« -Le bois sacré est le seul endroit où je suis certaine que Robert ne vous trucidera pas en nous voyant seuls. A moins que vous vous sentiez d'humeur suicidaire ?
-J'aime assez être en vie, je dois l'avouer…
-Je m'en doutais. » Conclut la jeune fille avec un brin d'arrogance.
Ned s'agenouilla dans les hautes herbes et attendit. Lyanna n'avait pas bougé d'un pouce et se mirait désormais dans le lac au pied du barral. Rhaegar semblait pataud et gauche, incapable de prononcer un seul mot. Après une longue hésitation il bredouilla :
« -Je… Lady Lyanna… je ne sais que vous dire. »
Le prince semblait bouleversé. Il s'accroupit et prit les mains de Lyanna dans les siennes. Longtemps il les contempla et les caressa. Le temps semblait comme suspendu. Seuls les souffles des trois jeunes gens rompaient le silence. Ned s'aperçut que sa sœur semblait visiblement touchée par le geste. Les épaules de Rhaegar tremblaient et un sanglot raisonna dans le bois sacré.
« -Ne vous mettez pas dans des états pareils… Je suis certaine qu'Elia s'en sortira, Vôtre Grâce.
-Tout ceci est de ma faute… Je ne pourrai jamais me le pardonner… » Hoqueta péniblement le prince héritier.
Eddard devait convenir qu'à cet instant, Rhaegar ne ressemblait plus du tout au Prince Dragon. Lyanna l'observait pleurer et caressa doucement les cheveux d'or et d'argent, comme une mère console son enfant.
« - Vous dites des sottises… » Murmura t'elle tendrement.
« -Non. Elia est une femme bonne, honnête, douce… Et je lui ai brisé le cœur.
-Taratata…
-Depuis Harrenhall… Depuis que je me suis perdu dans votre regard Lyanna…
-Je n'ai rien dit, je ne vous ai jamais rien promis. » Rappela doucement la jolie brune.
Lyanna respirait doucement et pendant quelques instants seules les pierreries de sa robe émirent un son cristallin.
« - Ne m'en voulez pas de vous désirer…» supplia le jeune prince Targaryen.
Lyanna coula sur lui un regard doux et indulgent :
« - Pourquoi persistez-vous ? »
Elle prit le visage du jeune homme entre ses doigts et le força à la dévisager.
« -Regardez-vous, ne voyez-vous pas que c'est commettre une folie ?
-Lyanna, ne me dites pas que vous aimer n'est pas permis… » Supplia le jeune homme.
La jolie nordienne se tût mais le repoussa tendrement. Le prince conclut avec une pointe d'amertume.
« - Je vous ai vu avec Robert. Je sais que je n'ai aucune raison d'espérer... »
Lyanna toisait désormais de toute sa hauteur son prétendant. Ses yeux lançaient des éclairs et sa réponse cingla :
« -Robert est mon fiancé, cela ne semble pas indécent qu'il soit aussi mon amant. »
Eddard sursauta. Ainsi, Robert avait défloré sa sœur avant leurs noces ? Il eut un mouvement de répulsion à cette idée. Son ami pouvait déshonorer qui il voulait mais il n'aurait jamais dû toucher à un cheveu de sa petite sœur avant le mariage. Pour le jeune homme, Robert l'avait en quelque sorte trahi.
« - Mais… je serai aussi bien curieuse de savoir comment vous en êtes arrivé à cette conclusion Vôtre Grâce… » Assena Lyanna, furieuse.
« -Ce n'est peut-être pas très noble de ma part de vous avoir découverte sous les ruade de cet imbécile, mais je dois vous avouer que ce n'était pas prémédité. Je fuyais des cauchemars… » Avoua le prince héritier, confus.
De nouveau, il y eut un long silence entre eux. Rhaegar ne parvint pas à soutenir le regard de la jolie brune et balbutia :
« -Je sais que vous ne serez jamais mienne mais je devais vous le dire. Vous deviez l'entendre. Je vous désire Lyanna. Comme jamais personne auparavant.
-Si Robert vous entendait, il vous tuerait sur le champ. » Frissonna la jeune fille, cherchant à dérober ses mains. Mais le prince y raffermit sa prise.
Rhaegar planta son regard dans celui de la jeune Stark.
«- Je n'ai pas peur de mourir si tel est mon destin. Non, ce que je crains c'est de me réveiller sur la route royale et me rendre compte que jamais plus je ne vous reverrai.
-Vous vous devez à vos royaumes, au Trône de Fer et à vos sujets, Vôtre Grâce. Je ne suis qu'une jeune noble parmi tant d'autres. Vous m'oublierez vite dès qu'un nouveau minois paraitra à la cour. » Répondit doucement Lyanna, une pointe de regret dans la voix.
La jeune fille remit de l'ordre dans ses jupes avec nervosité. Rhaegar lui aussi s'était relevé et s'apprêtait à la quitter. Désemparé et meurtrit, il adjura:
« - Si c'est ce que vous pensez de moi, alors vous ne me connaissez mal, Lady Lyanna.
- Vôtre Grâce, vous étiez épris de votre femme lorsque je vous ai rencontré… Aujourd'hui c'est moi que vous courtisez… Votre cœur est inconstant. »
Elle n'avait pas tort mais cela piqua le jeune homme au vif.
« -Avant que nous ne nous quittions, je dois vous dire quelque chose… Vous avez besoin de l'entendre… Et j'ai besoin de vous le confier…
-Vôtre Grâce je…
- Je ne savais pas ce qu'était l'amour. Je le chantais sans le connaitre. Je n'avais jamais éprouvé le désir et la passion. Vous me l'avez appris.
-Il n'est pas convenable… » Frissonna la jeune nordienne. Rhaegar l'empoigna par les bras, fiévreux.
« - J'en ai besoin… Je vais vous dire des mots… Comme ils me viendront. Je vais vous les jeter, en touffe, sans les mettre en bouquet… Je vous aime. J'étouffe. Lyanna, je t'aime, je suis fou. Je n'en peux plus. Votre nom est dans mon cœur, comme dans un grelot. Il tourne, il sonne et il tinte sans que je ne puisse l'oublier.
-Il faut… » Tenta t'elle.
« - Avant de vous rencontrer, ma vie était telle une nuit sans lune. Noire et pleine de terreurs. Et puis vous m'êtes apparue à ce bal. Vous êtes une lumière, Lady Lyanna, un météore qui a embrasé ma vie. Et ça, vous deviez le savoir avant que je ne disparaisse à jamais de la vôtre. »
L'héritière Stark recula d'un pas, désarçonnée sans doute par les dernières paroles de son prince. Ce dernier l'empêcha de fuir et posa ses paumes en coupe sur les joues de la jeune fille.
Le Prince Dragon caressa doucement le visage de Lyanna, remis une boucle rebelle derrière l'oreille délicate et effleura de ses lèvres le front de la jeune fille. Il ferma les yeux un instant, huma son odeur, contracta sa mâchoire. Eddard pouvait voir tous les efforts du jeune homme pour se contenir. Leurs respirations erratiques alourdissaient encore plus la quiétude qui régnait autour d'eaux.
« -Vous m'avez réellement troublée, Vôtre Grâce… A Harrenhall. » Confessa la jolie brune, des larmes brillantes dans les yeux. « Dès que vous m'avez tendu la main, j'ai su que mon destin venait de basculer. » Après un long silence, elle poursuivit :
« -A mon retour à Winterfell, Mère est morte. J'ai failli être emportée par la caquesangue… Cette passion… Ce je ne sais quoi qui nous a uni… Ce chemin ne mène qu'à la mort. »
Ainsi, elle condamnait à jamais tout rapprochement avec le prince..
« - Une partie de moi aimerait pouvoir oublier… Oublier que je vous ai rencontré, que je vous ai couronnée. Je ne veux pas éprouver ces sentiments pour vous Lyanna. Mais ils sont plus forts que moi..» Avoua le jeune homme, désespéré.
-« Je suppose que c'est votre façon de me faire vous adieux. » Souffla douloureusement Lyanna, les larmes inondant désormais ses joues.
Dans un mélange d'effroi et de soulagement, l'héritière de la maison Stark vit le prince héritier s'éloigner. Après quelques pas, il se ravisa posa sur elle un regard brûlant. Elle le soutint, de longues secondes, pleine d'interrogation. La respiration de Lyanna se fit plus erratique. Elle le défiait ouvertement et sensuellement. Rhaegar ne bougeait plus, comme statufié. Dans son regard brûlait cependant un feu qu'elle n'avait jamais vu. Sans demander son reste, il se précipita sur Lyanna. Ses mains se refermèrent autour des joues de la jeune fille et les serrèrent comme un étau. Il la força à relever la tête et à le dévisager. Dans les prunelles de sa sœur, Eddard pu lire toutes les suppliques d'une amoureuse. Elle rendait les armes sous le joug de son amant. Le Prince Dragon posa son front contre celui de Lyanna et il crut que son cœur allait exploser dans sa poitrine. Leurs bouches s'effleurèrent dans une intense volupté. Leurs peaux de frôlèrent, leurs souffles se mêlèrent. Une insupportable distance les éloignait encore l'un de l'autre. L'honneur les empêchaient d'assouvir leur désir commun.
« -Si vous le voulez, il n'est pas trop tard… » Haleta le prince.
« - Malheureusement, si… » Chuchota Lyanna, des sanglots dans la voix.
Alors, n'y tenant plus, les lèvres du prince trouvèrent celles de la jeune Stark. Il arracha à la jeune fille un hoquet de stupeur. Avide, il s'accrocha à elle tel un dément. Lyanna lui répondit avec désespoir, s'agrippant à la crinière blonde du prince. Elle perçut de la colère et de la fièvre lorsque la bouche de Rhaegar se heurta à la sienne. Une de ses paumes se posa sur la nuque de la jeune fille, agrippant de toutes ses forces la racine de ses cheveux, tandis que l'autre, sur son omoplate, la rapprochait insidieusement de lui. Ses lèvres, incroyablement douces et chaudes cherchaient à lui arracher une réaction. Lyanna s'abandonna dans cette ultime étreinte. La main de Rhaegar glissa en direction de sa hanche dès qu'il comprit qu'elle ne le rejetterait plus et la serra avec une force inouïe contre lui. Il entrouvrit la bouche et gouta avec gourmandise celle de sa compagne. Un frisson délicieux le parcourut. C'était encore plus merveilleux que dans ses rêves les plus fous. Trop vite, leurs lèvres se séparèrent et ils plongèrent leurs regards dans celui de l'autre.
« -Depuis l'instant où je vous ai rencontré, je suis morte peu à peu.» Murmura la jeune fille en caressant tendrement la joue du prince des Sept Couronnes. Des larmes roulèrent sur les pommettes de Lyanna.
« -Ne l'épousez pas… » Supplia Rhaegar.
« -Je vous en prie… ne soyez pas ridicule. » Gémit la nordienne.
« -Il n'est pas fait pour vous. » Affirma le prince, embrasé. Lyanna lui adressa un sourire désabusé et triste.
« -Rhaegar… vous en savez si peu sur moi. Et vous ignorez qui il est.
-Il ne vous rendra pas heureuse.
-Vous non plus. Vous ne m'offrez que le déshonneur. » Murmura la jolie brune. Elle regardait Rhaegar avec un sourire tendre, apaisé. D'un geste délicat, elle caressa la joue de son tendre ami, cherchant à le réconforter.
« -Vous ne l'aimez pas…
-Si. Je l'aime. A ma façon. » Répondit Lyanna, sûre d'elle. La réponse désarçonna le prince et elle précisa :
« -J'ai appris à le connaitre. C'est un homme profondément bon, honnête, valeureux. Il est l'amour raisonnable, sérieux, sincère.
-Il s'est passé quelque chose entre nous. A Harrenhall. Aujourd'hui encore. » Renchérit le jeune homme. La jeune Stark opina du chef avant de répondre
« -Je ne le nie pas. Ce qui nous lie… C'est un feu, brutal et violent. C'est un brasier qui détruit tout ce qui nous entoure, qui nous consume. C'est la passion. La déraison.
-C'est de l'amour…
-Non, Vôtre Grâce. La passion comme le feu, s'éteint avec le temps. L'amour se construit, l'amour pardonne.
-Lyanna…
-Nous ne nous appartenons pas. Nous devons accomplir notre devoir, Vôtre Grâce. Vous devez vous préparer à régner auprès d'Elia Martell et je dois me satisfaire de mon union avec Robert Baratheon.
-Et cela pourrait encore vous contenter ? » S'emporta le Prince Dragon.
« -Que voulez-vous que je vous dise ? » S'exclama Lyanna, désemparée.
« - Que…. Que même si vous devenez sa femme, vous ne m'oublierez pas. » Assena abruptement Rhaegar.
« Je me refuse à vous répondre, Vôtre Grâce.
- Vous venez de vous offrir à moi ! » S'offusqua le jeune homme.
« -Je ne suis pas un vulgaire objet que l'on prend et que l'on donne. Je choisis. Je vous ai choisi. Ici. Dans le bois sacré, à l'abri des regards. Vous devrez vous en contenter.» Balaya Lyanna
« -Dites-moi Lyanna que vous serez à moi…. »
Lyanna se garda bien de répondre. Rhaegar la fixa ouvertement. Il n'était pas dupe. Il la dévisageait avec une folle intensité. Eddard frissonna et dut détourner le regard. Cette intimité entre sa sœur et son prince brûlait tous ceux qui s'approchaient d'eux. Lyanna frémit d'excitation lorsque le jeune prince se pencha de nouveau sur elle. Ses lèvres suivirent les contours de sa mâchoire puis le creux de son cou. Enfin il agaça le lobe de la jeune fille qui ne put s'empêcher de frémir…
« -Peut-être… » lâcha Lyanna.
La sentant s'alanguir dans ses bras, Rhaegar, haletant de désir, ramena doucement ses lèvres sur celles de Lyanna. Sa fougue cloua au pilori toutes les bonnes résolutions de la jeune Stark. Son abandon absolu, son ivresse joyeuse lui firent perdre toute raison. Elle lui rendit son baiser avec une ardeur toute nouvelle…
« - Stop ! Je… je ne peux pas… » S'écria Lyanna, apeurée. Elle repoussa violemment Rhaegar, complètement perdue. Ce dernier caressa le visage qu'il adorait et lui demanda avec une extrême douceur :
« -Pourquoi m'arrêtez-vous ? ? »
Les prunelles de la jeune nordienne fouillèrent l'horizon. Lyanna semblait perdue dans ses pensées et dans ses sentiments. Ecrasée par la culpabilité, elle avoua :
« -Parce que je vous désire... »
Le prince plongea sur elle avec une ardeur décuplée. Il embrassait ses joues, ses mains, ses lèvres, son front. Il semblait ne pas parvenir à se satisfaire d'elle. Il voulait toujours plus. Les doigts de Lyanna raffermirent leur prise sur les longs cheveux d'or de Rhaegar, l'attirant toujours plus à elle. Elle ne voulait pas que cet instant volé, ce moment d'abandon total et de bonheur, ne s'enfuie à jamais. Lyanna cherchait à le prolonger le plus possible. Pour la première fois de son existence, elle se sentit en vie. Avide de ce tourbillon de sensations, elle souhaitait que Rhaegar explore toujours plus sa bouche, qu'il s'enhardisse, qu'il la fasse sienne. Il était partout, il l'enveloppait toute entière. Derrière les paupières closes du prince héritier, Lyanna devinait le bonheur qu'il éprouvait car elle se sentait stupidement mais pleinement heureuse elle-même. Ses mains s'agrippaient aux épaules de Rhaegar et appréciaient que ces dernières soient carrées et puissantes. Elle aimait que ces paumes la serrent toujours plus fort, mais pourtant pas assez pour la rassasier de lui. Malheureusement, elle le sentit s'échapper de sa bouche. Rhaegar s'écarta de Lyanna et caressa son visage, un sourire béat aux lèvres.
« -J'ai l'impression que toute ma vie n'a servi qu'à m'amener à cet instant avec vous. » Murmura le jeune homme.
Il se pencha pour embrasser la jolie nordienne, une dernière fois. Ses mains se firent douces sur la nuque de la jeune fille, ses lèvres tendres. Ce fut très bref, mais atrocement voluptueux.
Rhaegar s'agenouilla devant elle, tel un chevalier servant. Il baisa les mains de celle qui lui avait volé son âme et murmura :
« - Adieu, Ma Dame. Je vous attendrai Lady Lyanna. Toujours. Toute ma vie s'il le faut.»
La jeune nordienne étouffa quelque larmes avant de lui donner son congé :
« -Que les Dieux vous protègent, Vôtre Grâce. »
Sans échanger un regard, les deux jeunes gens se quittèrent. Ned se recroquevilla derrière le barral et attendit.
Lyanna semblait incapable de bouger. De respirer même. Elle demeura pantelante pendant quelques secondes, les yeux dans le vide. Elle fixait désespérément l'horizon d'où Rhaegar avait disparu. Puis, elle éclata en sanglots. Ils secouaient son corps comme la mer déferle sur la plage. Fauchée de désarroi, elle s'effondra sur le sol du bois sacré.. Voyant sa sœur si malheureuse et perdue, Ned sortit de sa cachette et alla la rejoindre. Il n'eut pas à s'expliquer, elle avait déjà compris ce qu'il s'était tramé dans l'ombre. Le jeune loup s'en voulut d'avoir traité si durement sa sœur. Il lui ouvrit ses bras et elle se laissa bercer jusqu'à ce que les larmes se tarissent.
« -Je sais que je ne dois pas l'aimer… Je sais…
-Tu n'as rien à te reprocher Lyanna. Parfois le destin est cruel. » Compatit Eddard.
« -Je suis une Stark… J'ai promis ma foi à Robert. Je lui ai même donné ma vertu… » S'affola-t-elle. Elle rougit violemment et cacha son beau visage dans ses mains.
« -Je suis réellement désolé Lyanna. J'aurai tellement voulu que tu sois heureuse.. Tu mérites d'être traitée comme une reine…
-C'est plus fort que moi Ned… Ne m'en veux pas… Ne me déteste pas… J'aime Robert, je te le jure…
- Mais ça ne suffit pas, pas vrai ?
- J'aurai aimé que cela suffise. » Confirma Lyanna avant de succomber à de nouveaux sanglots.
Eddard la berça doucement contre son torse. Il aurait dû être en fureur. Rhaegar avait courtisé sa sœur. Lyanna avait perdu son honneur. Et Robert, cet imbécile de Robert, n'avait pas réussi à la combler. Pourtant, tout ce qu'il parvenait à ressentir c'était une infinie tristesse. Cette histoire était un vaste gâchis. Rhaegar et Lyanna s'aimaient et jamais ils ne pourraient s'unir…
Lorsque les larmes de sa sœur se tarirent enfin, il la saisit délicatement et la guida jusque dans la cour de Winterfell. Là, quelques jongleurs et ménestrels épataient la galerie. La nuit était tombée et le froid, mordant, fit grelotter la jeune fille.
Eddard l'emmena dans le logis seigneurial où l'on était en train de servir une collation à l'équipée royale. Robert braillait tout en se servant de la bière. Il ripaillait joyeusement avec ses amis, tandis qu'à une table voisine, le prince terminait son dîner, aux côtés de Père. Lyanna s'enveloppa dans ses fourrures et courageusement se composa un visage jovial et serein. Elle embrassa la joue d'Eddard et le quitta sans un mot. Il observa la silhouette de sa sœur disparaitre parmi les jeune filles nobles du Nord. Assez loin pour panser sa peine. Assez près pour qu'il puisse lui porter secours. Le cœur gros, Eddard décida d'aller rejoindre Robert. Il riait fort, criait et pour la première fois, il sembla rustre à Ned. Il s'assit à ces côtés et se servit en volaille.
« -Que fêtes-tu ?
-Mais le départ du Prince, quoi d'autre ? » S'amusa le colosse.
« -Sa présence te dérangeait tant que ça ?
-Je n'ai jamais aimé partager ce qui m'est cher Ned. Et ta sœur m'est très chère. » Précisa Robert à son oreille.
« -Oui, je sais. Je suis au courant pour vos petits entretiens. » Lâcha le jeune Stark, mécontent.
Le ton tranchant de son ami doucha le Seigneur des Terres de l'Orage.
« -Ce n'est ni le lieu ni le moment.
-Tu as raison. De toute façon je n'avais même pas l'intention de t'en parler. » Soupira Eddard, lasse. Robert le toisa, suspicieux :
« -Pourtant c'est ce que tu viens de faire…
-Je pourrai aller encore plus avant mais tu es en compagnie…
-Et bien je vais faire en sorte que nous soyons seuls. » Gronda le colosse. D'un geste furieux il chassa ses familiers. Lorsqu'ils furent en privé, le Seigneur de l'Orage reprit.
-« Qu'as-tu à me dire, Ned ? »
Les deux hommes se dévisagèrent, mécontents de la tournure de l'entretient. Ned se fit même menaçant :
« - Robert… je veux que tu saches que si jamais tu lui fais du mal, si jamais j'apprends qu'elle n'est pas heureuse avec toi, alors tu deviendras mon ennemi. Je t'aime comme un frère mais si jamais tu manques de respect à ma sœur, si jamais tu la trompes ou que sais-je, je me battrai pour son honneur. » Prévint le cadet de la fratrie.
Robert serra son meilleur ami dans ses bras et lui jura :
« -J'aime Lyanna. Plus que ma propre vie. Je te fais le serment de la chérir jusqu'à ma mort.
-Je préfèrerai aussi que tu ne la retrouves plus à la nuit tombée avant vos noces. Il en va de l'honneur de ma famille. » Assura Eddard, buté.
« -Allons, Ned, je ne comprends pas…
-C'est important pour moi. J'ai déjà du mal à accepter que tu aies défloré ma sœur avant votre union… je ne peux supporter que tu continues à forniquer sous le toit de mon père.
-Je… bien… si c'est si sérieux pour toi… je te promets.
-Vous serez mariés d'ici la fin de la semaine… Tu n'auras pas longtemps à brimer tes instincts. » Souffla le jeune homme.
« -Mais c'est dans une éternité. Je ne suis pas un Septon ! » Se plaignit outrageusement Robert ce qui fit sourire Eddard. Les deux amis furent interrompus :
-« Ah, vous voilà enfin ! » Piailla la voix joyeuse de Benjen.
« -Tu es rentré ! » S'esclaffa Eddard, heureux de retrouver le benjamin de leur fratrie.
« - Oui ! Enfin ! Si tu savais à quel point Winterfell m'a manqué ! » Répliqua Benjen.
-C'est plutôt les bêtises que tu peux faire avec Brandon !» Le taquina Eddard avant de reprendre :
« -Viens avec moi, je suis certain que Lyanna sera heureuse de te revoir. »
Il prit son cadet par le bras et ils rejoignirent la tablée des dames. Lorsqu'elle l'aperçut, Lyanna poussa un bref cri et se précipita vers son petit frère. Les deux jeunes Stark se prirent dans les bras en éclatant de rire. Leur complicité était belle à voir.
« -Oh ! Comment te sens tu ? J'ai appris par Père et… » S'inquiéta Benjen.
« -Tu sais, je… » Commença Lyanna.
« -Ne t'inquiète pas, elle est tout à fait remise. Elle est aussi insupportable qu'avant ! » Se moqua Eddard.
« -Ned ! » S'offusqua la jeune fille.
« -Hey, je te faisais une fleur là ! Benjen, en fait, Lyanna a peur de sa nuit de noce.
-Mais… Il n'y a pas à avoir peur. Avant tu dormais dans un lit toute seule et maintenant tu as le droit de dormir à deux. C'est la seule chose qui change ! » Affirma le jeune garçon avec une naïveté qui fit sourire ses deux ainés.
« -C'est ce que je lui disais. Mais que veux-tu… Les filles, tout ça… » Se moqua Eddard.
« -Au lieu de dire des bêtises, Benjen, raconte-nous ton voyage » Demanda Lyanna.
« - Ce n'était pas si extraordinaire vous savez. Vous, vous avez sans doute connu des aventures plus palpitantes….
-Assieds- toi et ne te fais pas désirer ! Raconte, c'est un ordre ! » Le menaça gentiment sa sœur. Les trois Stark s'assirent ensemble sur une table un peu isolée du reste des convives. Un instant Eddard se demanda s'il ne devait pas inviter Robert à les rejoindre puis il se ravisa. Les instants entre Stark ne seraient plus très nombreux à vivre, autant en profiter. Benjen narra le voyage au Mur, décrivit Chateaunoir avec force détails, relatant des petits exploits quotidiens. Lyanna semblait réellement intéressée :
« -Comment c'était là-bas ?
-C'était… bizarre. Le Mur est très haut, très froid. Tout en glace. Mais c'est très beau quand on est tout là-haut. Et puis les chevaliers de la Garde de Nuit ils sont un peu… étranges.
-J'ai entendu dire que ceux qui prennent le Noir, de nos jours, ont tous eu le choix entre la mort où le Mur… » Glissa Robert.
Eddard se retint de soupirer. Son ami n'avait-il pas compris qu'il n'était pas le bienvenue dans cette conversation privée ? Cet acharnement à se faire accepter lui déplaisait fortement.
« -Je ne sais pas Lord Baratheon. Moi, j'ai surtout passé du temps avec Mestre Aemon. C'est un Targaryen vous savez. Le frère de l'Œuf ! Il me prêtait des livres. Et puis aussi je regardais les patrouilleurs s'entrainer.
-Et que faisaient-ils ?
-Oh, et bien, tout pareil que Bran et toi, Ned. Moi, si un jour je dois aller au Mur, je serai un patrouilleur. » Affirma Benjen, buté.
Lyanna frissonna. Elle espérait de tout son cœur que son petit frère ne serait jamais obligé d'aller affronter les puissantes forces du Nord et les sauvageons. Elle décida de changer de conversation :
« -Quels livres de Mestre Aemon as-tu préféré ?
-Oh, il y en a un sur une guerre, dans une ville de l'autre côté du détroit. Un marchand qui voulait épouser une fille.
-Tu aimes les histoires d'amour ? » Se moqua gentiment Eddard.
« -Tu comprends rien… » Le moucha Benjen. « Ce qui est bien, dans ce livre, c'est qu'on se rend compte que les dieux nous ont tracé une destinée et qu'on doit se plier à leur volonté. Or, les deux personnages s'opposent à ce choix. Ils épousent des personnes qu'ils n'aiment pas et ils meurent tous les deux très malheureux. Mestre Aemon dit que cette histoire nous enseigne à craindre et à prier les Sept.
-Sauf qu'ici ce sont les Anciens Dieux qui règnent. » Appuya Ned.
« -Enfin, moi je crois que quand on aime une personne on se marie avec elle. Comme Père avec Mère. Ou Lyanna et Robert ! » Affirma Benjen, buté.
Le colosse brun sourit mais Eddard et Lyanna échangèrent un regard triste.
Il y eut une vague d'agitation de l'autre côté de la Grande Salle. Des murmures et des bruissements. Lord Rickard n'avait pas quitté sa cathèdre, indiquant que le prince n'était pas encore sur le départ. Eddard chercha donc la cause de ce mouvement de foule. Il s'aperçut alors que Rhaegar s'était saisi d'une longue harpe et que ses doigts agiles faisaient retentir une ode cristalline dans la pièce. Lyanna frissonna et il serra fort sa main dans la sienne. Des larmes vinrent aux yeux de sa sœur et son pouls s'accéléra. Il le sentait battre contre sa peau. La voix suave du prince s'éleva :
« Veux-tu, veux-tu,
Au grand arbre me trouver,
Là où ils ont lynché leur fameux meurtrier,
Des choses étranges s'y sont vues
Moi j'aurai aimé,
A minuit, te voir, à l'arbre du pendu. »
Quelques discrets gloussements parvinrent aux oreilles de Ned. Il s'aperçut que plusieurs filles de vassaux de son père étaient devenues écarlates. Lyanna, elle, avait perdu toute couleur. Le message du prince était on ne peut plus clair. Sous l'apparence innocente d'une chanson populaire il chantait son amour pour elle.
« Veux-tu, veux-tu,
Au grand arbre me trouver
Là où le mort a hurlé à sa belle de filer,
Des choses étranges s'y sont vues
Moi j'aurai aimé,
A minuit, te voir, à l'arbre du pendu. »
Le regard de Rhaegar papillonnait d'une femme à l'autre, cherchant dans la foule à accrocher celui de Lyanna. Mais dès qu'il posa les yeux sur elle, il se troubla si fortement qu'il faillit louper une note. Cet instant demeura inconnu aux convives, mais Eddard n'en fut pas dupe. Il avait senti Lyanna se tendre sous ses doigts.
« -Veux-tu, veux-tu,
Au grand arbre me trouver,
Pour qu'on puisse partir libre,
Comme je te l'ai demandé ?
Des choses étranges s'y sont vues,
Moi j'aurai aimé,
A minuit, te voir, à l'arbre du pendu…. »
Robert les avait rejoint et Ned ne put s'empêcher de frissonner lorsqu'il s'approcha de Lyanna. Il jeta a son ami un regard noir qu'il prit pour un rappel du pacte qu'ils venaient de conclure. En réalité, Eddard ne cherchait qu'à protéger sa petite sœur d'un sursaut. Elle était sur le point de défaillir et un simple contact pourrait la faire s'effondrer. Là n'était ni le lieu ni l'instant pour se donner en spectacle. Surtout avec ce genre de chanson. Un ménestrel prit le relais du prince et peu à peu, toute la grande salle entama le dernier couplet :
« Veux-tu, veux-tu,
Au grand arbre me trouver ?
Le collier de l'espoir,
Porte le à mes côtés.
Des choses étranges se sont vues,
Mais moi j'aurai aimé,
A minuit, te voir, à l'arbre du pendu. »
Les dernières notes s'envolèrent des doigts du princes, puis ce fût un formidable tintamarre, fait de hourras et d'applaudissements. Rhaegar avait vraiment un don pour le chant et les contes, c'était indéniable. Eddard frappa fort dans ses mains, admiratif. Même s'il haïssait le Targaryen pour tout le mal qu'il avait fait à sa Maison, pour le désarroi de Lyanna, il devait se montrer juste : c'était un artiste merveilleux. Sa sœur aussi battait des paumes, souriante. Elle retrouvait peu à peu ses esprits et elle enlaça son ainé tendrement.
« -Merci Eddard. Je sais que tu ne comprends pas tout ceci mais… merci d'être là avec moi. »
Puis se furent le temps des adieux officiels, dans la cour du château. Lord Rickard posa sur les épaules de son hôte une lourde fourrure de loup et lui souhaita bon voyage. A ses côtés s'étaient postés ses enfants. Eddard serra la main du prince, puis ce fut le tour de Benjen. Lyanna s'abîma dans une profonde révérence. Rhaegar la prit par la main pour l'aider à se relever :
« -Je vous souhaite une belle et longue vie, Lady Lyanna. Que vôtre union vous comble de bonheur. »
Elle lui adressa un pâle sourire et l'héritier du trône salua Robert d'un signe de tête. Il sauta sur la croupe de son cheval, siffla un grand coup et toute la troupe s'ébroua. Il tourna la tête pour embrasser une dernière fois du regard Winterfell et ses habitants et constata que Robert enlaçait tendrement celle qui avait volé son âme.
L'aurore rosissait le ciel. Un silence presque pesant régnait dans la cour. Lyanna se contenta de dire :
« -Il est parti.
-Enfin ! » S'exclama Robert, sans percevoir la pointe de désarroi dans la voix de sa promise.
« - Oui… Enfin. » Soupira t'elle avant de rejoindre ses appartements.
Ned la rejoignit et la trouva allongée dans ses fourrures, extatique. Un petit bout de parchemin avait glissé au sol. On pouvait y lire quelques mots :
« Vous êtes libre Lyanna. Vous le serez toujours. Même fiancée, même mariée… Je vous attendrai, même par delà la mort. »
Eddard s'assit aux côtés de sa sœur et murmura :
« -Tu devrai brûler ce pli. Il vous accuse.
-Je sais. Mais c'est la seule chose qu'il me reste de lui.
-Tu garderas vos souvenirs Lyanna. Je suis certain que tu ne les oublieras pas. »
La jolie nordienne tourna son visage et détailla son frère. Ses yeux étaient rougis par les larmes.
«- Je voudrai mourir, Ned. Pourquoi est-ce que les Dieux ne m'ont pas prise ? Pourquoi persistent-ils à me faire souffrir ?
-Arrête de dire des bêtises. » La réprimanda Eddard.
« -C'est un chagrin d'amour. Tu crois que ton cœur s'est brisé, mais tu verras. Il se reconstitueras. Tu seras encore heureuse Lyanna. Je te le jure. »
Sa petite sœur recommença à pleurer. Il s'allongea contre elle, la berça et ils s'endormirent dans les bras l'un de l'autre.
Peu après midi, un énorme fracas les éveilla en sursaut. Le pauvre Eddard tomba au pied du lit, dans un mouvement bouffon, tandis que Lyanna émis un petit cri et rapporta sur elle ses fourrures. Une armada de suivantes et de couturières envahirent la pièce et commencèrent à bourdonner. Le jeune homme affichait une mine hébétée et incrédule :
« -Ma robe de mariée… » Commença Lyanna.
A peine eut-elle prononcé ces mots que son frère se mit sur pieds :
« -Je te laisse, je vais aller faire un tour en cuisine. Je te ferai monter une collation. »
Il se précipita dans les couloirs sombres du château et s'étonna de voir Bianca qui descendait de la roukerie.
« -J'envoyais un message à mes parents, dans le Sud. » Se justifia t'elle.
Le jeune homme haussa les épaules et s'enfonça dans les quartiers des marmitons. Plusieurs animaux rôtissaient dans d'immenses cheminées en prévision du banquet du soir, des cuistots s'agitaient et criaient des ordres qu'il ne comprenait pas. Eddard chaparda un morceau de lard, quelques œufs, des herbes, des champignons et chercha une bonne âme pour lui cuisiner une omelette. Tous semblaient très occupés, mais vieille Nan, qui passait par là, lui prépara son frugal repas.
« - Tu en garderas un bout pour ta sœur, petit chenapan. » Lui ordonna t'elle, maternellement. Vieille Nan avait été la nourrice de tous les enfants Stark, et elle leur parlait à tous avec une familiarité assez désarçonnante. Elle se montrait moins présente depuis que Wylis, son arrière-petit-fils, avait perdu la raison. Il ne répondait plus qu'au surnom de « Hodor », pour une raison inconnue. Eddard se saisit de son écuelle fumante et décida de rejoindre Lyanna. Il la découvrit dans sa robe de mariée. Elle se mirait dans une grande glace tandis que les couturières effectuaient les ultimes retouches.
« -Tu es splendide. »
Elle se retourna et lui adressa un sourire triste.
« -Je trouve aussi. Ce sont mes couleurs. »
Le majestueux loup des Stark hurlait sur le manteau brodé d'hermine. La robe argent et ivoire rehaussée de perles et de diamants brillait de mille feux.
« -Celles des Baratheon sont bien plus mornes. C'est dommage… » Murmura t'elle en désignant son autre cape, celle que Robert lui revêtirait.
Le jaune criard des Terres de l'Orage, agrémenté d'un cerf cabré, ne semblait pas la satisfaire. Malgré les broderies, l'or et les pierreries, elle faisait bien pâle figure face aux couleurs des Stark.
« -Bah… Tu trouveras toujours une occasion pour arborer le loup, j'en suis certain. »
Lyanna demeura songeuse.
« -Tu seras une magnifique épousée. Tu te marieras dans le Bois Sacré, au début du Printemps. Il n'y a pas de meilleur présage pour une noce Lyanna. Tu le sais.
-Tu as raison. » Soupira la jeune fille en décrochant sa cape.
oOoOoOoOoOo
A l'aube des noces, Ned frappa à la porte de Lyanna. Il était d'usage dans le Nord qu'au matin de l'union, l'ainé aille réveiller la fiancée pour lui prodiguer de précieux conseils quant à la nuit à venir. En l'absence de Bran, c'était donc sur lui que tout reposait.
Aucune réponse ne filtra. Connaissant le sommeil lourd de sa sœur depuis que la caquesangue avait failli la tuer, Eddard poussa le battant et pénétra dans la pièce. C'est alors que tout bascula. Le lit, défait, indiquait que sa sœur avait quitté les lieux. Il effleura les draps du bout des doigts et dû convenir qu'ils étaient glacés. Lyanna était partie depuis longtemps.
Il ouvrit la garde-robe de sa sœur : il manquait son manteau de fourrure et sa bourse. Le sang du jeune homme se glaça. Peu à peu, il se rendait à l'évidence. Lyanna s'était enfuie. Lyanna avait quitté le château. Il fouilla la pièce du regard : sur un portant, on pouvait trouver la splendide robe de mariée, blanche et grise, brodée de perles, d'opales et de diamants. A côté, le manteau de mariée des Stark, fourré d'hermine sur lequel un loup hurlait. Il s'approcha de la coiffeuse de sa sœur et trouva ce qu'il cherchait. Une lettre cachetée. L'écriture souple et ronde de Lyanna indiquait qu'elle lui était destinée.
Mon très cher Ned,
Lorsque tu trouveras cette lettre, je serai déjà loin.
Je te supplie de ne pas me détester. Je sais que tu seras déçu et je te prie de ne pas me tenir rigueur de tout ça. Je vais te causer de nombreux soucis. Ned, fais-le pour moi, en souvenir de toutes ces bêtises que j'ai couvertes lorsque nous n'étions que des enfants… Je t'en conjure, toi qui es mon alter-ego, mon meilleur ami, ne te détourne pas de moi…
Je t'implore de raisonner Robert et d'aider Père à comprendre ma décision. Je sais qu'elle lui paraitra absurde. Mais, toi qui sais, toi qui a toujours su, toi qui a vu, tu parviendras à trouver les mots pour les réconforter. C'est de la pure folie, mais je sais que si je ne me lance pas à corps perdu dans cette aventure, je deviendrai folle. Je passerai le restant de ma vie à me demander « et si je l'avais suivi » ? Je ne veux pas devenir ce genre de vieille femme qui passe son temps à ressasser ses erreurs passées.
J'ai aimé le prince Rhaegar dès le premier instant. Il ignorait qui j'étais et je venais de vomir sur ses chausses. Mais lorsque j'ai entendu sa voix, lorsque sa paume a effleuré la mienne, j'ai su que mon destin avait basculé pour toujours. J'ai lutté de toutes mes forces pour enfouir les sentiments que je nourrissais pour lui. J'ai cherché à me convaincre que je le détestais. L'épisode des « roses d'hiver » demeure un souvenir ambigu pour moi. J'étais partagée entre la joie et l'angoisse. J'exultais car il m'avait désignée « belle des belles » et que je n'aspirais qu'à lui plaire. Mais je m'inquiétais de notre réputation et vos réprimandes m'ont glacée. J'ai essayé de le détester, réellement. J'aime Rhaegar et rien que de lui parler, je trompeRobert. A ses côtés je me sens vivante, entière. Nous avons joué avec le feu.
Tu dois te demander ce qui me pousse à céder… Longtemps, j'ai tourné dans mes draps avant d'arrêter ma décision. Mais je ne peux me résoudre à vivre ma vie auprès d'un homme que je n'aime pas sincèrement. Je trouve ça injuste que ce soit pour lui où pour moi. Robert est charmant, drôle, charismatique. Il retrouvera bien vite une promise. Il est le genre d'homme que toute femme rêve d'épouser. Mais pas moi. Me marier avec lui le condamnerait à une vie sans passion. Or, il ne se nourrit que d'excès. J'agis pour son bonheur en courant après le mien. Je sais qu'il ne me comprendra pas, qu'il hurlera, qu'il me maudira… Et pourtant, toi, mon frère, tu sais que j'ai raison.
Après la mort de Mère, après la caquesangue, je ne savais plus vraiment comment vivre. Je n'en avais plus réellement envie. C'est Robert qui m'a redonné l'envie de me battre. Et j'ai cru que c'était de l'amour. Enfin je suppose que j'ai essayé de me convaincre que ça l'était et que je pourrais me contenter de ça. Mais c'est faux. Je veux tout. Je veux les larmes et les élans passionnés. Je veux les drames et les éclats de rire. Je veux la vie, avec tout ce qu'elle a à offrir, le bon ou le mauvais. C'est ce que j'ai lorsque je suis auprès de Rhaegar. Quand je suis avec lui, ça me consume. Je sais que je ne peux pas aimer deux personnes. Que c'est mal. Je sais que si j'en choisis un, je perds l'autre. Mais, ce que j'ai réalisé cette nuit, c'est que si je perdais Rhaegar, je me perdais aussi.
Si tu savais quel combat se joue en moi… Et pourtant, je n'ai jamais été si apaisée et si sereine. Je sais que j'ai fait le meilleur choix. Celui qui me permettra d'accéder au bonheur. J'ai tellement essayé d'oublier que je l'avais rencontré. Je n'ai jamais souhaité avoir ces sentiments. Mais désormais, je dois m'y résoudre et les accepter.
Que les Anciens Dieux te protègent.
Je t'embrasse
Adieu.
Lyanna.
Le pas lourd de Lord Rickard se fit entendre. Eddard cacha la missive dans son long manteau. Père détailla la pièce et poussa un profond soupir. Désemparé et accablé il demanda à son fils :
« -Est-elle partie ?
-Oui, Père. » Répondit le jeune homme, n'osant pas mentir à son père.
-Rejoindre le prince Rhaegar ?
-Oui.
-L'aime-t-elle ? » Interrogea le seigneur de Winterfell, les larmes aux yeux.
« -Depuis le premier jour. Depuis Harrenhall. » Avoua, honteux, Eddard avant de reprendre
« Il faut avertir Robert. »
Lord Rickard demeurait étrangement muet et pensif. Il devait prendre une décision, rapidement. Il se souvenait que Lord Robert n'était pas un homme magnanime et conciliant. Ce camouflet public en ferait un ennemi dangereux de Winterfell. Beaucoup plus dangereux que ce vieux fou d'Aerys. L'occasion était trop belle de le destituer. Alors, Lord Rickard prit une décision funeste :
« -Eddard, il n'y a pas si longtemps, je t'ai dit qu'un bon seigneur protégeait toujours sa Maison et ses intérêts.
-Oui, Père.
-Alors, dans les intérêts de notre famille, je pense qu'il est préférable de cacher la relation entre ta soeur et le prince Rhaegar.
-Lyana a disparu, à la veille de ses noces !
-Il faut que le monde entier ignore ce qui s'est réellement produit.
-Robert partira à sa recherche. Il dira à qui veut l'entendre que le prince l'a enlevée, ou pire encore. Et nous devrons nous ranger à ses côtés
-Je le sais.
-Cela déclenchera une guerre, Père.
-Oui.
-Nous pourrions tout perdre. » Prévint Eddard
« -Où tout gagner. » Conclut Lord Rickard
Ainsi, les Sept Couronnes entrèrent en guerre.
Enfin, nous basculons dans la Rébellion de Robert. J'espère que ce chapitre vous a plus, n'hésitez pas à me faire part de vos impressions dans les reviews.
xoxo
Eléa
