C'était imperceptible. Presque. Mais la pierre froide contre sa joue vibrait. Pour Araniel des Dunedains, cela ne voulait rien dire. Mais pour Strider la ranger du Nord, une simple vibration signifiait pas mal de choses.
- Leur allure a augmenté, murmura-t-elle, les yeux fermés, allongée sur le sol. Ils doivent avoir senti notre présence.
Elle se releva vivement.
- Dépêchez-vous! cria-t-elle à Legolas et Gimli. L'Elfe gravit rapidement la pente rocailleuse.
- Venez, Gimli.

Tu ne peux plus te passer du Nain, on dirait.

Le Nain en question haletait comme un soufflet de forge.
- Trois jour et trois nuits de poursuite. Pas de nourriture, pas de repos, pas de signe de ce que nous cherchons autres que ce que des rochers peuvent nous dire.

Moi aussi, je suis fatiguée, Gimli. Ce Nain ne cessera-t-il jamais de se plaindre?
Voyons le bon côté des choses. Il a cessé d'insulter Legolas.

Elle ne sentait plus ses pieds et la faim lui creusait le ventre. Mais y penser augmentait d'autant plus la souffrance et elle préfèrait en faire abstraction.
Araniel mit sa main en visière pour observer les alentours. Quelque chose brillait sur le sol non loin. Elle s'agenouilla et ramassa l'objet en question. Son coeur fit un bond dans sa poitrine. Elle connaissait ça.
Une broche en forme de feuille d'arbre, incrusté de terre et de poussière.
- Les feuilles de la Lorien ne tombent jamais en vain, observa-t-elle.
L'espoir renaissait.
Legolas observa l'objet.
- Ils étaient encore en vie jusqu'ici.

Une seule broche. Un seul Hobbit.
Oui, mais lequel?

Araniel se releva.
- Ils ont moins d'un jour d'avance sur nous. Venez.
Et ils reprirent leur course épuisante.

Gimli trébucha et descendit la colline en roulant. Araniel leva les yeux au ciel sans cesser de courir.

C'est bien le moment de faire l'imbécile.

Legolas se retourna.
- Venez, Gimli! cria-t-il. Nous les rattrapons!
Le Nain se remit péniblement sur ses pieds.
- Je ne suis pas fait pour la course de longue durée, maugréa-t-il. Nous les Nains sommes rapides. Très efficace sur de courtes distances.

Comme par hasard.

Ils sortirent enfin des rochers escarpés pour atteindre une large plaine s'étendant à perte de vue entre les montagnes.
- Le Rohan, commenta Araniel. Terre des Seigneurs des Chevaux. Quelque chose d'étrange est à l'oeuvre ici.
Elle renifla. Le vent sentait l'Orc. Et quelque chose d'autre qu'elle n'arrivait pas à identifier.
- Un mal secret donne de la vitesse à ces créatures. Sa volonté est contre nous.
Elle ne précisa pas. Le nom de Saruman flottait dans un coin de sa tête comme dans celle du Nain et de l'Elfe.

Ils tracèrent leur chemin entre les rocs. L'obscurité tombait.
- Legolas! lança Araniel par dessus son épaule. Que voient vos yeux d'Elfe?

Rendez-vous utile pour une fois.

L'Elfe plissa les yeux.
- Les Uruks ont changé de direction vers le Nord-Est. Ils emmènent les Hobbits en Isengard.

Merci pour la précision, Legolas Greenleaf. Je n'aurais jamais deviné sans toi.

Ils coururent toute la nuit. Et Araniel eut l'impression que l'aube n'arriverait jamais. Parce que la nuit réveillait en elle une culpabilité dont elle ne pouvait faire abstraction.
Parce que la nuit était sombre et pleine de terreur. Parce que la nuit était le domaine des monstres. Et que, quelque part près de la rivière Anduin, Boromir était seul. Dans le noir et le froid. Incapable de se déplacer. Incapable de se défendre. Si cela n'avait tenu qu'à elle, elle aurait déjà fait demi-tour.
Mais la mission passait avant tout.

...

N'est-ce pas?

Elle savait qu'elle avait fait ce qu'il fallait en prenant la décision d'abandonner le gondorien.
Et pourtant...
Pourtant, en écoutant le Nain se plaindre et l'Elfe faire ces commentaires tellement pertinents dont il avait le secret et dont il ne semblait jamais à court, Araniel avait l'impression qu'il manquait quelque chose à la comversation. Il manquait les remarques sarcastiques que le gondorien avait l'art de glisser au bon moment.
Il manquait Boromir, tout simplement.

La compagnie est un tout qui se complète parfaitement.
Amputée de ses membres, elle n'a plus de raison d'être.

Lorsque l'aube vint, ce fut comme si la terre avait été éclaboussée de sang.
- Un soleil rouge se lève. Beaucoup de sang a été répandu cette nuit, commenta Legolas.
Araniel sentit soudain le sol vibrer sous ses pieds. Des chevaux. Elle entraîna ses compagnons derrière un rocher, juste à temps pour voir passer un régiment de cavaliers. Elle se détendit. Des Rohirrims. Ç'aurait pu être des Orcs.
- Cavaliers du Rohan, cria-t-elle. Quelles nouvelles de la Marche?
Avec une synchronisation parfaite, les cavaliers tournèrent bride et les encerclèrent.
Un jeune homme blond s'avança sur son cheval. Son visage rappelait vaguement quelque chose à Araniel, mais elle ne savait pas quoi.
- Que font un Elfe, une Femme et un Nain dans le Riddermark? Parlez vite!

Charmant.

Avant qu'Araniel n'ait pu ouvrir la bouche, Gimli leva sa hache.
- Donnez moi votre nom, monteur de cheval, et je vous donnerais le mien, cracha-t-il.

Le légendaire sens de la diplomatie des Nains. J'avais oublié.

Le jeune Rohirrim descendit de cheval.

Et merde.

- Je vous couperais bien la tête, Nain, siffla-t-il en toisant Gimli, si elle dépassait un peu plus du sol.
Le cavalier se retrouva avec une flèche pointée sur le nez.
- Vous seriez mort avant, dit Legolas d'une voix glaciale.
L'Elfe prends la défense du Nain maintenant. Décidémment, j'aurais tout vu.
Legolas se retrouva avec toutes les lances des cavaliers pointées sur lui. Et ça faisait beaucoup. Araniel posa une main sur son bras et l'abaissa prudemment.
- Je suis Araniel, fille d'Arathorn, et voici Gimli fils de Gloïn, et Legolas du royaume sylvestre. Nous sommes des amis du Rohan, et de votre roi Theoden.
Ce qui était en partie vrai, du moins pour Araniel. Mais Theoden n'était qu'un petit garçon à l'époque où elle combattait pour le Rohan, et elle aurait été très étonnée qu'il s'en souvienne.
- Theoden ne reconnait plus ses amis de ses ennemis.
Le jeune Rohirrim retira son casque. Son regard noisette était sombre.
- Pas même les membres de sa propre famille.
Les lances se relevèrent lentement.
- Saruman a empoisonné l'esprit du roi et réclamé la suzeraineté de ces terres. Mes Hommes sont loyaux au Rohan, et pour cela nous sommes bannis.

Des fugitifs. Comme nous.

- Le Magicien Blanc se promène un peu partout sous la forme d'un vieillard courbé vêtu d'un manteau à capuchon.
Le jeune Homme fit une pause et leur lança un regard mauvais.
- Ses espions sont partout.

Non mais dis donc, petit con arrogant...

- Nous ne sommes pas des espions, dit calmement Araniel. Nous traquons une bande d'Uruk-hai traversant la plaine par l'Est. Ils ont emmené deux de nos amis captifs.
- Les Uruks sont détruits, nous les avons massacrés pendant la nuit.
Araniel sentit un espoir fou l'étreindre.
- Mais il y avait deux Hobbits, s'exclama le Nain. Avez vous vu deux Hobbits?
Le terme n'évoquait visiblement rien pour le Rohirrim.
- Ils sont petits. Des enfants à vos yeux.
Le cavalier secoua la tête.
- Nous n'avons pas laissé de survivants.

Non...

- Nous avons empilé les carcasses et le avons brûlées.
- Morts? murmura le Nain. Legolas posa sa main sur son épaule.

Merry. Pippin. Morts.

- Je suis désolé.
Le Rohirrim semblait sincère. Il siffla.
- Hasufel, Arod.
Deux chevaux s'avancèrent. Leurs selles étaient vides.
- Puissent ces chevaux vous profiter mieux qu'à leurs anciens propriétaires. Adieu.
Araniel ne demanda pas de précision sur ce qu'il était advenu desdits propriétaires.
- Cherchez vos amis, mais n'ayez pas trop d'espoir. C'est peine perdue dans cet endroit.
Il talonna sa monture.
- Nous chevauchons vers le Nord, ordonna-t-il.

Araniel regarda les cavaliers disparaître au loin. Une douleur sourde prenait lentement place dans son ventre. Elle caressa doucement le cou d'Arod. C'était un bel étalon brun, avec une étoile blanche sur le front. Un cadeau de prix si on considérait la valeur qu'accordaient les Rohirrims à leurs chevaux. Mais un cheval valait-il la vie de deux Hobbits?
Elle l'enfourcha, et attendit que Legolas ait hissé Gimli sur le blanc Hasufel pour s'élancer au galop vers la colonne de fumée qu'elle voyait s'élever au loin.
Il fallait qu'elle sache. Mais la vérité lui faisait peur.

C'était court et il ne se passe pas grand-chose. Mais Gandalf revient dans le prochain chapitre XD!