CHAPITRE 10 – Règlement de comptes– LILY


CARADOC OBSERVA LE SILENCE pendant si longtemps après le discours de Lily que cette dernière crut tout d'abord qu'il s'était endormi. Ils étaient tous les deux allongés sur son lit, Lily sur le flanc, la tête reposant sur le bras tendu de Doc, qui lui était couché sur le dos, parfaitement immobile, d'une inertie presque cadavérique. Mais l'absence de ronflements en disait autrement. Dans l'obscurité de la chambre, qui gagnait en luminosité à mesure que le soleil se levait et que ses premiers rayons traversaient les jalousies aux volets ouverts, elle ne pouvait discerner l'expression de profonde confusion peinte sur le visage du jeune homme, qui reprit finalement la parole d'une voix hésitante.

– Pourquoi as-tu embrassé James ? Tu as des sentiments pour lui ? Je croyais que tu le détestais…

Lily le croyait aussi, mais une nuit de réflexion lui avait fait comprendre que non, elle ne le détestait pas, tout au fond d'elle. Trop de temps s'était écoulé, peut-être, et l'aide exceptionnelle que Potter avait apporté à Marlène quand Lily avait tout simplement été impuissante avait probablement contribué à adoucir la rancune de la jeune femme.

– Je ne le déteste pas, dit-elle lentement. Et je ne pense pas non plus avoir des sentiments pour lui. J'ai… réfléchi toute la nuit, je me suis honnêtement posé la question. Parce que quand on s'est embrassés, c'était vraiment…

Elle se tut, et une vague de chaleur l'envahit en repensant à la sensualité de son échange avec Potter. Elle n'avait pas vraiment réfléchi en l'embrassant, avait juste apprécié le confort, savouré les lèvres, s'était délectée de la technique du jeune homme. À jeun et avec le recul, cependant, elle revoyait la scène comme une spectatrice extérieure et se rendait seulement compte de l'érotisme de la scène. Ses mains dans ses cheveux, ses lèvres sur les siennes, sa langue contre sa langue. Elle rougit. Jamais on ne l'avait embrassée comme ça, jamais elle n'avait embrassé quelqu'un comme cela, désiré et été désirée comme cela…

Mais malgré tout…

– Je ne pense sincèrement pas être amoureuse de lui, reprit-elle après un silence. Je pense que si c'est arrivé, c'est parce que j'étais secouée par ce qui s'est passé au Bal, et surtout par le départ de Marlène. Tout a été si… rapide.

Caradoc lui baisa fraternellement le front avant de poursuivre avec douceur.

– Que comptes-tu faire, justement, à propos de Nathan ?

Lily sentit ses yeux s'humidifier.

– Je ne sais pas, dit-elle d'une voix chevrotante. Je… Doc, il est vraiment gentil avec moi et il prend vraiment soin de moi et… je n'ai jamais été aussi bien traitée de toute ma vie. Et il est très beau, et tout le monde l'aime bien mais…

Elle inspira profondément.

– Je ne veux pas me marier avec lui.

– Bien sûr, je comprends, et tu n'es obligée de rien, ma petite fleur, assura précipitamment Doc. C'est vrai que votre relation est très récente. Il a mis la charrue avant les bœufs, et aurait dû s'assurer que vous avanciez au même rythme. Mais ne remets pas toute votre relation en question pour une simple erreur de sa part. N'oublie pas tous vos moments de bonheur. Avec le temps, tu verras que…

– Non, tu ne comprends pas, coupa Lily. Doc… je ne l'aime pas.

– Que veux-tu dire ? s'étonna le jeune homme, visiblement confus.

Elle poussa un soupir las.

– Je ne sors pas avec Nathan pour de bonnes raisons. Je… pour être honnête, je crois que je sors avec lui simplement parce que je me sens seule et parce que je veux être importante pour quelqu'un, pas parce que je l'aime.

Elle marqua une pause, avant d'ajouter.

– Je ne l'aime pas.

– Tu ne l'aimes pas ? répéta un Doc stupéfait.

– Je n'ai pas de sentiments pour lui.

Elle se tut de nouveau, puis un flot de bribes de phrases lui échappa comme contre son gré :

– Je ne suis pas heureuse avec lui. Tout ce qu'il fait m'énerve, toutes ses petites manies, ses petites habitudes de Sang-Pur… J'ai du mal à le supporter, à vrai dire. Et puis il est tellement niais ! La première fois qu'on a diné ensemble et que j'ai cuisiné, il a pleuré d'émotion et je te jure, je l'ai consolé mais j'avais juste tellement, mais tellement envie de le secouer… Et puis il veut toujours qu'on fasse pleins de trucs romantiques et idiots comme s'endormir dans les bras l'un de l'autre – alors que je lui ai dit mille fois que je dormais mieux allongée sur le flanc –, ou croiser nos bras quand on boit un verre de champagne, ou accorder nos couleurs de vêtements… Et puis il m'offre tout le temps des bouquets de lys comme si elles devraient être mes fleurs préférées simplement parce que je m'appelle Lily… Et puis il m'achète trop de choses, j'ai l'impression qu'il achète mon affection, il veut toujours payer pour tout, et quand je proteste, il me fait une scène… Et il m'engueule tout le temps pour la façon dont je dépense mon argent: il dit que je suis dépensière et que c'est pour ça que je suis tout le temps dans le rouge… Et il boude quand je le contredis, ou que je ne réponds pas assez vite à ses hiboux, ou quand je lui dis que je sors avec toi… Et d'ailleurs, il ne supporte pas que je ne serait-ce que demande l'heure à un homme… Et il me parle tout le temps de sa première copine avec qui il est resté un an sans la moindre dispute, et des quarante mille autres qui ont suivi et qui n'ont pas été à sa hauteur… Et… Et il me touche tout le temps le cul, même en public, et quand je me dérobe ça fini en dispute parce que soi-disant je le frustre, et qu'il a des besoins… Et puis, mon Dieu ! Mais j'ai l'impression d'être un burrito quand il m'embrasse, j'en peux plus, on dirait un Détraqueur qui tente d'aspirer mon âme… Et puis il est littéralement accro aux magazines pornos j'en ai trouvé peut-être une centaine chez lui, et il m'a avoué qu'il…

– OK, trop d'informations, coupa précipitamment Caradoc. Tu viens officiellement de pulvériser l'image que j'avais de Nathan, et je n'ai pas envie d'en apprendre plus.

Sa voix, légèrement plus aiguë que d'habitude, trahissait son choc.

– Je suis désolée, dit Lily en rugissant. Je suppose que ça avait besoin de sortir…

– Je croyais que tout allait bien entre vous, dit-il d'un ton presque scandalisé. Je croyais que tu étais heureuse. Dorcas m'a mis un doute une ou deux fois en me disant que Nathan n'était pas fait pour toi, mais à chaque fois que je te posais des questions, tu me répondais que tout allait bien. Pourquoi est-ce que tu n'es jamais venue me parler de tout ça ?

Lily se pinça les lèvres.

– Je ne voulais pas te décevoir.

Le front de Doc se rida.

– Pourquoi est-ce que tu me décevrais ?

Il paraissait sincèrement confus.

– Parce que j'étais une épave toute l'année dernière.

– Tu étais triste.

– Justement. Trop triste. Et je sais que ce n'était pas facile pour vous non plus.

Lily soupira à nouveau.

– Je sais que je vous ai beaucoup déçue par la façon dont je me comportais quand j'étais avec l'Autre, et je sais que vous aimez tous beaucoup Nathan. Il correspondait à tout ce que vous avez toujours souhaité pour moi, et j'ai cru qu'avec le temps… Il n'est pas méchant, et il me traite bien, alors je me suis dit que je finirai par… enfin… Je suis vraiment une horrible personne.

– Lily, espèce d'idiote, gronda Doc d'un air inhabituellement sévère. Je me fiche de Nathan, je veux juste que tu sois heureuse, avec ou sans lui. C'est vraiment tout ce qui m'importe. Je ne veux pas que tu me caches quoi que ce soit qui t'angoisse… je suis là pour ça. On est amis, non ?

Elle acquiesça.

– Je suis là pour toi, ma puce. Toujours.

Lily sourit faiblement, et se laissa prendre dans les bras de son ami. Il se trouvait sous la couette, et elle couchée par-dessus, si bien que même si leur étreinte était étroite, le large duvet les empêchait de sentir les détails du corps de l'autre.

– Si seulement j'étais tombée amoureuse de toi dès le début, soupira-t-elle. J'aurais dû te séduire avant que tu me catalogues définitivement comme amie. Et là, on serait mariés et aurait déjà huit enfants.

Il eut un petit rire.

– C'est toi qui es trop difficile, répliqua-t-il d'un ton amusé. T'as quand même deux prétendants qui te courent après et qui ne rêvent que de t'épouser et te faire huit enfants, d'après ce que j'ai compris.

– Un prétendant et demie, corrigea Lily. Potter est simplement intéressé par la deuxième partie – faire des enfants. Et encore, il est plus intéressé par la technique que par le produit.

– Il a dit qu'il avait des sentiments pour toi, donc ne le compte pas à moitié.

– Il avait bu. Et d'après Marlène, il tient ridiculement mal l'alcool.

– Mais il a quand même dit qu'il avait des sentiments pour toi.

– Il n'a pas dit qu'il avait des sentiments pour moi, s'irrita Lily. Juste qu'il pourrait en avoir. C'est moi qui l'ai dit et, avec le recul, je crois que je me suis trompée.

Potter ne pouvait pas avoir de sentiments pour elle. Elle n'était… juste pas son genre de femme. C'était ridicule que de penser qu'une femme comme elle pourrait un jour l'intéresser.

– Oui, mais ça reste possible qu'il ait des sentiments pour toi, insista Doc après un silence.

Lily leva les yeux au ciel.

– Crois-moi, vu le « Oh merde » qu'il a sorti et le nombre de fois qu'il a répété que je ne suis pas son type de femme, il n'est pas plus intéressé par moi aujourd'hui qu'il ne l'était par moi à Poudlard.

– Mais tu as changé, depuis.

– Pas lui. Il reste un gros pervers, et il ferait un petit ami déplorable.

Le sourire de Lily mourut sur ses lèvres. Doc la berçait toujours, mais elle avait tout de même envie de pleurer.

– J'ai tellement envie de ne plus me sentir triste, chuchota-t-elle après un moment, mais je ne sais pas quoi faire pour que ma vie aille mieux, pour me sentir mieux. Pour que tout sonne bien, comme avant. J'ai envie de remonter le temps à l'époque où mes parents et ma sœur étaient encore là, où Dorcas et Marlène n'avaient pas rencontré Andréa et Finn, où j'avais encore plein d'espoir sur beaucoup de chose. À l'époque où j'étais heureuse.

– Les choses ne seront jamais comme avant, fit doucement remarquer Doc. Tout ce que tu peux faire, c'est faire que les choses que tu as maintenant sonnent bien. Tu peux être heureuse avec les choses que tu as.

– J'ai pas l'impression d'avoir grand-chose, admit Lily. Je ne veux pas être comme ces gens qui se plaignent et disent que leur vie est nulle, mais… je ne suis pas heureuse, et je ne sais pas par où commencer pour le redevenir.


EN QUITTANT CHEZ CARADOC peu avant huit heures du matin, Lily se sentait le cœur léger, soulagée d'avoir enfin parlé librement de ses tourments à son ami. Un sourire béat sur le visage, elle faillit rentrer dans Katie, la petite amie de Caradoc, qui elle-même marchait comme à son habitude sans regarder autour d'elle, en bas des escaliers qui menaient directement au second étage de l'auberge tenue par les Dearborn.

Après s'être excusées mutuellement pour le choc, Katie prit soudain conscience de quelque chose.

– Lily… tu… viens de chez Doc, dit-elle lentement en fronçant les sourcils.

– Hein ? Ah, non, je suis juste passée il y a quelques heures car j'avais besoin de lui parler de… Marlène. Il s'est passé pas mal de choses, cette nuit, je suppose qu'il te racontera.

– Je vois…

Son regard se rembrunit, et elle se pinça les lèvres, visiblement contrariée.

– Kate, tout va bien ? s'inquiéta Lily.

– Oui…

Elle tenta de sourire. Et échoua.

– Non.

Katie replaça une mèche blonde derrière son oreille.

– Est-ce que je peux être franche avec toi ?

– Bien sûr, assura Lily.

– Écoutes, je sais parfaitement que Doc et toi êtes simplement amis et qu'il ne se passera jamais rien, et je te connais, et je lui fais confiance, mais… s'il te plait… je ne suis pas à l'aise avec l'idée que tu te pointes chez mon petit-ami en pleine nuit.

Lily devint écarlate.

– Bien sûr, je comprends, bafouilla-t-elle avec gêne.

Katie lui prit les mains.

– Je t'adore, Lily, et j'aime l'amitié entre Doc et toi, je te jure. Et je ne veux pas m'immiscer dans votre relation. C'est juste que…

– S'il te plait, Katie, coupa Lily. Je comprends. Je… je n'aurais jamais dû faire ça. C'est moi qui suis désolée.

– Merci pour ta compréhension.

Katie la prit dans ses bras avant de prendre congé. Lily sourit vaillamment, jusqu'à ce que la jeune femme soit hors de sa vue. Puis les larmes se mirent à couler le long de ses joues. Elle les effaça cependant rapidement, gênée par sa propre faiblesse.

Elle était fatiguée, mais n'avait aucune envie de retrouver un appartement vide.

Elle passa la journée à se promener dans le Londres moldu, visiter les plus grands lieux touristiques, le marché de Camden, et les magasins ouverts en ce dimanche. Au milieu de la journée, elle se réfugia au cinéma et fit une sieste qui dura deux séances. Ce ne fut que lorsque tous les commerces se mirent à fermer que Lily se décida à regagner son appartement.

Passer la journée seule, et sans magie, lui avait fait du bien, et était un luxe qu'elle ne s'était pas accordé depuis longtemps. Elle aimait faire des choses à la Moldue de temps à autre, retourner à ses origines. Cela lui permettait de se ressourcer. Elle était de bien meilleure humeur que le matin même, et seule la perspective de ne pas retrouver Marlène en rentrant vint ternir sa quiétude.

Cependant, en arrivant sur le palier du sixième étage, elle réalisa qu'elle s'était inquiétée pour rien et qu'elle ne serait pas seule.

Nathaniel l'attendait devant sa porte, installé sur la moquette qui recouvrait le sol et occupé à lire un livre. Il se leva en l'apercevant, et Lily réalisa aussitôt qu'il était consumé par la fureur. Son visage était renfrogné, et il semblait se contenir de laisse éclater sa colère.

– Salut, tenta-t-elle en insérant sa clef dans la porte.

– T'étais où ? aboya-t-il en fronçant les sourcils.

Lily soupira, puis ouvrit la porte de son appartement avant de répondre :

– Entre. Je n'ai pas envie que tous mes voisins nous entendent.

Ils s'installèrent dans le salon. Après avoir déposé ses emplettes dans sa chambre, Lily prit place en face de Nathaniel. En apparence, elle était très calme, mais son cœur battait vite.

– Eh bien, dit-il finalement car le silence s'éternisait. Tu n'as rien de spécial à me dire ?

Son ton était inhabituellement glacial, son regard froid. Lily avait l'impression que le Bal s'était passé il y avait plusieurs jours, quand à peine vingt-quatre heures s'étaient écoulés depuis le moment où elle avait fait son entrée remarquée, saucissonnée dans la robe rose.

– Je ne peux que te répéter ce que je t'ai déjà dit dans le courrier d'excuses que je t'ai envoyé, dit Lily. Je suis vraiment désolée pour le désagrément que mon départ a créé. Je…

– Tu as mis ma mère dans une position gênante, coupa Nathan, de plus en plus furieux. Elle était morte de honte, tu l'as humiliée devant des centaines de personnes.

– Ce n'est pas ce que j'ai voulu, se défendit Lily. C'est juste que… je ne pouvais vraiment pas rester, Nathan. Je ne pouvais vraiment pas.

– Je m'en fiche que tu te sentais pas bien, tempêta-t-il. Tu aurais dû attendre au moins jusque l'ouverture du bal. Tu aurais dû me dire que tu étais malade. À cause de toi, nous sommes passés pour des imbéciles ! Les gens se moquaient ouvertement de notre mésaventure ! Et tout ça, c'est de ta faute ! Ta faute à toi!

– Mais bon sang… Cette putain de fête s'appelait le Bal de l'Équinoxe, pas le Bal de Lily ! s'écria cette dernière, excédée. Ce n'était pas ma fête ! Je ne vois vraiment pas en quoi mon départ aurait pu causer tant de dégâts ! Je n'étais qu'une invitée !

– Tu n'étais pas qu'une invitée, tu étais mon invitée ! hurla Nathan en se désignant du doigt. Tu étais ma cavalière ! Tu devais me faire honneur !

– Donc ce bal était en ton honneur maintenant ? Et j'étais un peu comme une décoration pour que ton apparence soit parfaite ? Merci de me l'apprendre seulement maintenant.

Nathan émit un grognement avant de corriger ses propos :

– Ce Bal était en notre honneur à tous les deux ! Tu sais très bien ce que je voulais dire. Ma mère l'a organisé en pensant à nous ! Pour nous !

– Mais qu'est-ce que tu…Ta mère l'organise chaque année depuis des lustres ! Cette année, elle l'avait organisé bien avant que l'on commence à sortir ensemble ! Je n'étais pas supposée être le centre de l'attention ! La réussite ou non ne devait pas dépendre de ma présence !

– Oui, mais elle l'a modifié pour que l'on soit la cerise sur le gâteau !

Lily rejeta ses cheveux derrière les épaules, et plaça ses mains sur les hanches en signe de défi. Elle savait pertinemment ce qu'il allait dire, mais demanda quand même. Elle avait besoin qu'il confirme les dires d'Alexandra.

– Ah oui ? Et pourquoi donc ?

Nathan inspira, avant de dire plus calmement.

– Je… J'avais l'intention de te demander en mariage hier.

Il avait espéré que l'annonce adoucirait Lily et la ferait fondre, mais la jeune femme paraissait au contraire proprement furieuse. Elle serra rageusement les poings.

– Devant tout le monde ? s'indigna-t-elle en plissant les yeux.

La surprise passée, Nathan se montra de nouveau irrité.

– Oui, devant tout le monde ! Je voulais que ce soit romantique ! Quoi, tu vas me dire qu'il y a un problème avec ça aussi ? s'indigna-t-il en voyant son air courroucé.

– Sans me demander mon avis en privé d'abord ?

– C'est le principe d'une surprise, Lily, maugréa-t-il avec hauteur.

Lily paraissait à présent si en colère, si hors d'elle, que Nathan s'attendait à voir de la fumée s'échapper de ses oreilles à tout moment.

– Tu le sais, Nathaniel, tu sais que je déteste ce genre de choses ! Tu sais que je déteste les surprises !

– Oh, mais tu ne vas pas recommencer avec tes conneries !

Elle cligna des yeux, avant de s'approcher de lui d'un pas menaçant.

Mes conneries ? Mes conneries ?

– Lily...

– Tu sais que je hais que toute l'attention soit tournée vers moi ! hurla-t-elle. Je te l'ai dit mille fois ! Tu le sais parfaitement ! Comme tu sais que je n'aurais jamais dit non pour ne pas t'embarrasser devant tout le monde ! Et si Alexandra ne m'avait pas prévenue, tu aurais réussi ton coup !

Il fronça les sourcils, confus.

– Qu'est-ce qu'Alex a…

– C'est elle qui m'a prévenue que tu comptais me piéger ! coupa Lily.

Nathan plissa les yeux.

– Te piéger ? J'allais te demander en mariage ! J'allais te demander d'être ma femme, de porter mes enfants, et de m'aimer toute ta vie ! J'allais te promettre de te chérir et de prendre soin de toi jusqu'à ce que la mort nous sépare ! Pourquoi tu réagis comme si c'était une mauvaise chose ?

– Parce que tu allais me demander par surprise devant des centaines de personnes et des dizaines de journalistes ! s'exaspéra la jeune femme.

– Pourquoi est-ce que tu ne te concentres que sur la manière dont j'allais le faire ?

– Pourquoi tu ne prendre jamais en compte ce que je dis ? Tu aimes les surprises, je les déteste, je les hais, je les ai en horreur, et je te l'ai dit trop de fois à mon goût ! Pourquoi ce sont toujours tes préférences qui priment dans cette relation ?

– Qu'y a-t-il de mal dans ce genre de surprise ?

Lily poussa un cri de frustration et tapa du pied.

– Putain, mais tu n'écoutes pas un mot de ce que je raconte, c'est hallucinant !

– C'est ta réaction qui est hallucinante ! Tu es toujours en train de me blâmer, de m'accuser et de me culpabiliser alors que tout ce que j'essaie de faire est de t'aimer du mieux que je peux !

– Eh bien, peut-être que tu ne m'aimes pas de la bonne manière si je suis si malheureuse avec toi !

Il cligna les yeux, visiblement outré par cette dernière réplique.

– Tu devrais vraiment te remettre en question ! murmura-t-il finalement. N'importe quelle femme…

– JE NE SUIS PAS N'IMPORTE QUELLE FEMME ! vociféra Lily. Je suis MOI et JE déteste les surprises ! Je déteste qu'on ne prenne pas en compte ce que je ressens, et ce que je veux ! Et je ne veux pas me marier après seulement six semaines de relation !

Voyant qu'il n'aurait jamais le dessus sur le chapitre des surprises, Nathan décida de changer l'angle d'attaque.

– Je t'aime ! s'exclama-t-il. Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans ça ? Qu'y a-t-il de si terrible dans le fait que je t'aime ?

– Tu ne m'aimes pas de la manière dont je veux être aimée, Nathan. Tu ne me connais pas! Tu ne sais toujours pas ce que j'aime et ce que je déteste ! Et, vu la manière dont tu te comportes depuis hier, je ne te connais pas non plus !

– Je suis furieux, Lily, et c'est normal ! Qu'y a-t-il de si surprenant à ce que je sois blessé parce que la femme que j'aime et admire me fasses une scène simplement parce que je lui ai fait une surprise ?

Il recommençait encore. À la flatter afin de l'amadouer et de la calmer. Mais la colère de Lily était bien trop grande, et elle savait que si elle perdait cette bataille contre Nathan, elle perdrait définitivement la main dans leur relation.

– Ce qu'il y a de surprenant dans toute cette histoire, Nathan, c'est qu'avant qu'on se mette ensemble, je n'aurais jamais cru que tu tenterais de me contrôler et de me faire rentrer dans un moule ! Je ne me sens pas moi-même depuis qu'on est ensemble ! Tu ne m'acceptes pas comme je suis, mais tu veux que je change, de caractère, de style vestimentaire, de manière de m'exprimer, de goût ! À se demander ce qui te plait chez moi, vu que tu essaie de me remodeler !

– Je n'essaie pas de te remodeler ou de te contrôler ! J'aime tout ce qu'il y avait chez la Lily avec qui j'ai commencé à sortir ! Mais tu as changé ! Je te vois sous une autre lumière depuis hier, je ne te savais pas aussi caractérielle, aussi indépendante ! Je te croyais bien plus…

Il hésita.

– Docile ? compléta Lily.

Il y eut un silence.

– Oui, docile, admit Nathan.

Lily ferma les yeux et inspira profondément plusieurs fois pour regagner son calme.

– Je crois que tu devrais t'en aller, Nathan, dit-elle soudain en rouvrant les paupières.

– Oui, il y en a eu assez pour ce soir.

Lily secoua la tête.

– Pas seulement pour ce soir. Nathan...Je crois qu'on devrait faire une pause.

Le jeune homme resta interdit, les yeux écarquillés.

– Une... pause ? répéta-t-il après une minute de réflexion.

– Pendant laquelle j'espère que tu réfléchiras à ce que je viens de dire. Et pendant laquelle je te promets aussi de me remettre en question.

Il secoua la tête.

– Je ne veux pas faire de pause.

– Je ne peux pas continuer comme ça.

– Lily, on ne va pas se séparer au moindre désaccord, à la moindre dispute.

– Celle-là est significative et mérite réflexion.

Nathan se pinça les lèvres.

– Je ne veux pas faire de pause, répéta-t-il d'une voix plus ferme.

Lily croisa les bras.

– Tu n'as pas vraiment le choix.

– Si je m'en vais, Lily, je ne reviendrais plus.

De nouveau, il y eut un silence. Lily sentit presque ses jambes se dérober sous elle, tandis qu'une grande angoisse la submergeait. La phrase semblait résonner dans sa tête. Je ne reviendrai plus, je ne reviendrai plus… Des larmes apparurent presque aussitôt dans son regard terrifié, mais Nathan décida d'ignorer sa détresse évidente, et au contraire de lui exposer clairement les enjeux de son départ.

– Je n'arrive pas, éructa-t-il en la regardant avec colère, à croire que tu sois restée deux ans avec un mec qui te traitait comme de la merde, et qu'avec moi, qui te donne tout ce qu'une femme pourrait vouloir, tu n'as même pas tenu deux mois. Mais crois-moi, tu ne trouveras jamais quelqu'un comme moi.

Il prit sa veste, et se dirigea vers la terrasse pour transplaner. Mais, au moment où il s'apprêtait à poser le second pied à l'extérieur, la voix de Lily le rappela :

– Nathan, murmura-t-elle.

Il s'immobilisa, mais ne se retourna pas.

– S'il te plait… reste.

Elle avait perdu.


QUELQUES HEURES PLUS TARD, Lily était allongée sur le dos et fixait le plafond de sa chambre. Elle comptait et recomptait inlassablement les traits des poutres qui soutenaient le toit.

Des larmes silencieuses coulaient le long de ses joues. Ce n'était pas la première fois qu'elle pleurait après avoir fait l'amour avec Nathan en réalité, elle pleurait quasiment à chaque fois dès que les premiers ronflements de son petit-ami retentissaient. La première fois avec Nathan avait été la fois la plus terrible, et elle avait pleuré toute la nuit. Il ne lui avait pas fait de mal, mais elle avait cruellement ressenti qu'elle avait fait une erreur, le fait qu'elle n'était pas prête, le fait qu'elle n'avait cédé à ses avances que parce qu'elle avait désespérément besoin d'être réconfortée suite à sa dispute avec Marlène.

Nathan était endormi sur le ventre à côté d'elle, et l'un de ses bras était posé sur celui de la jeune femme. Ainsi, Lily avait courbé l'échine pour avoir un bras posé sur le ventre, un homme ronflant à ses côtés, des fleurs dans un vase, et des poèmes boiteux entassés sur un coin de son bureau. Et elle en avait honte. Et elle se maudissait d'être aussi faible. Et elle se maudissait d'avoir permis à Nathan de voir l'étendue de sa solitude et de son désespoir, et de le laisser s'en servir.

Son histoire avec l'Autre l'avait rendue encore plus fragile et vulnérable qu'elle ne l'aurait imaginé. Lily se rendait compte de l'étendue des dommages en réalisant qu'elle avait tellement peur que Nathan la quitte qu'elle capitulait à toutes ses exigences pour s'assurer sa présence. Elle ne se sentait pas capable de se retrouver de nouveau seule, de n'avoir personne qui penserait à elle et lui écrirait, personne pour lui prendre la main ou lui montrer de l'affection, personne pour la rassurer en lui disant de belles choses. Elle ne se sentait pas capable de se retrouver célibataire. Elle ne voulait pas que quelqu'un prenne soin d'elle, elle en avait besoin.

Elle en avait honte, mais ne se sentait pas capable de faire quoi que ce soit. Elle se sentait comme une demoiselle en détresse sauvée par le mauvais prince charmant, et donnerait toute sa possession pour retourner se terrer dans sa haute tour gardée par un dragon.

Avec l'Autre, cela s'était passé comme cela devrait toujours se passer : ils étaient tombés amoureux et avaient fait l'amour pour aucune autre raison. Avec Nathan, elle avait sauté une étape et avait espéré que la première phase se réaliserait par la suite. Mais elle n'était pas amoureuse de Nathan. Ne l'avait jamais été. Elle n'avait jamais ressenti le moindre frétillement en sa compagnie, et cet ultime acte charnel lui confirma le fait que son cœur ne s'emballerait probablement jamais pour lui. Elle avait déjà connu l'amour, et cela n'avait strictement rien à voir avec sa relation avec Nathan, bien que cela en ait les apparences.

Elle essayait de ne pas comparer la situation à la relation qu'elle avait eue avec l'Autre, mais il fallait avouer qu'il y avait un fossé entre les deux. Quand elle avait été si passionnée, si fervente avec l'un, elle avait eu l'impression avec l'autre d'être sortie de son corps et d'avoir regardé la scène en spectatrice extérieure, de ne pas être cette jeune femme qui feignait d'atteindre l'extase pour ne pas vexer son petit ami qu'elle savait très susceptible et pour abréger au plus vite leur union.

Les larmes de Lily se firent plus denses à cette simple pensée. Elle était si faible que c'en était pitoyable… si faible… quand est-ce qu'elle reprendrait sa vie en main ? Et si cela n'arrivait jamais ? Si elle restait à jamais dans le confort que lui offrait Nathan ?

Peut-être qu'il avait raison. Il ne la traitait pas mal, bien au contraire. Si elle acceptait ses règles, elle ne manquerait jamais de rien. Il prendrait soin d'elle. Il la choierait. Elle ne serait jamais seule… et quant aux sentiments…

Les sentiments...

Le flot de larmes s'accentua de nouveau.


LILY AVAIT INSISTÉ pour qu'aucune de ses collègues, à La Bonne Fée, ne soit mis au courant du tournant qu'avait pris sa relation avec Nathan.

Au vu de l'éclat menaçant de ses yeux émeraude, ce dernier avait rapidement compris que cette disposition était en réalité une condition sine qua none pour qu'ils se mettent ensemble. C'est donc de mauvaise grâce qu'il avait accepté de ne pas l'embrasser fougueusement à chaque fois qu'il croisait le regard de la jeune femme entre les murs de l'agence, et dans un périmètre de trois kilomètres autour.

Les journalistes présents au Bal de l'Équinoxe avaient cependant pris tant de photos du jeune couple que leur relation n'était plus un secret lorsqu'ils retournèrent travailler le lendemain. Les trois autres collègues de Lily, Évangeline, Jane et Shashi, se montrèrent particulièrement froides avec la jeune femme. Elles qui, d'ordinaire, l'invitaient pendant leurs temps de pause ou après le travail à boire un café ou un verre, se mirent à l'éviter soigneusement, comme si elle avait la peste et le choléra en même temps.

Lily continuait à gérer les affaires de Mrs Casino après le déjeuner, et à seconder Nathan dans la planification des rares événements qui leur était confiés dans une ambiance glaciale. Le succès des noces d'argent des Brown avait rapporté deux ou trois contrats qui, gérés convenablement, auraient pu redresser les catastrophiques finances de l'agence si l'amateurisme de soixante pourcent des employés n'avait pas refroidi les clients aventureux. À présent, ils se contentaient de nouveau de préparer d'insignifiants anniversaires et autres négligeables événements, et le déficit de l'entreprise se creusait.

Il fallut deux jours de plus pour que la tension entre Nathan et Lily s'apaise, et ils redevinrent pendant quelques jours le couple routinier et aimable qu'ils avaient toujours été. Nathan faisait des efforts pour que Lily retrouve le sourire, et la jeune femme pour qu'aucune dispute n'éclate de nouveau entre eux.

Un matin où Lily s'arrachait les cheveux à tenter de planifier une cérémonie de fiançailles avec un budget ridiculement restreint, elle ne put s'empêcher de remarquer entre deux soupirs que Nathaniel était inhabituellement silencieux. Plusieurs fois, elle lui jeta un regard inquisiteur, mais il garda les lèvres closes jusqu'au moment où elle annonça aller déjeuner avec Caradoc.

– Quelqu'un m'a dit t'avoir vu quitter le bal en compagnie de Potter, lança-t-il pendant qu'elle rangeait ses affaires.

Lily se figea, et se tourna lentement vers lui, visiblement mal à l'aise.

– Qui t'a raconté ça ?

– Alex.

La salope, pensa amèrement Lily. La connasse, l'abrutie, la chieuse.

Elle garda cependant une expression impassible.

– C'est vrai ? insista son petit-ami en croisant les bras.

Lily soupira. Les relations entre elle et Nathan étaient encore tendues, et tendaient à finir en éclat au premier prétexte.

– Nathan, on est au travail, tout le monde pourrait nous entendre, tenta-t-elle de raisonner.

– Réponds, intima-t-il en ignorant sa remarque.

– On ne pourrait pas en parler une autre fois ? Ou même ce soir ?

– Je t'ai demandé de me répondre, Lily.

Ils se défièrent du regard, avant que la jeune femme ne capitule de mauvaise grâce.

– Oui, Potter m'a raccompagné chez moi, dit-elle avec agacement. Il a vu que je ne me sentais pas bien et a proposé de me raccompagner. Il n'avait aucune arrière-pensée.

Nathan paraissait incrédule.

– Et tu l'as cru ?

– C'est ce qui s'est passé. Il allait quitter la fête de toute manière, et avait besoin de voir Marlène.

Nathan lui jeta un regard suspicieux, et garda le silence. Lily se replongea avec soulagement dans son dossier. Les joues rougissantes, elle pensait au baiser échangé avec Potter.

– Il s'est déjà passé quelque chose entre Potter et toi ? demanda-t-il finalement.

Le fait que Lily d'une part refusât catégoriquement de lui expliquer l'origine de son aversion pour Potter, et d'autre part se montre aussi irritable et susceptible avec le jeune homme, avait conduit Nathan à cette conclusion.

Lily resta interdite et le regarda bouche bée.

– Pardon ?

– Vous êtes déjà sortis ensemble, c'est ça ? insista Nathan. C'est pour ça qu'il se permet de se mêler de ta vie privée, et qu'il ne me supporte pas, n'est-ce pas ? Il est jaloux parce qu'il est ton ex ?

– Je… mais… n'importe quoi ! se défendit Lily d'un air dégoûté. Moi et Potter ? Je préfère encore me taper Dumbledore et Hagrid en même temps !

Et c'était vrai. Même si leur baiser avait été un véritable délice, Lily ne ressentait pas la moindre chose pour Potter, et était persuadée que ce qui s'était passé dans la nuit de samedi à dimanche ne serait jamais arrivé si elle n'avait pas trop bu et si le départ de Marlène ne l'avait pas autant bouleversée.

– Je ne sais pas, dit Nathan d'un air peu convaincu. Je trouve que tu parles beaucoup de lui, quand même.

– C'est parce qu'il me rend folle ! s'exaspéra Lily. Ce type est insupportable et je le croise bien trop souvent à mon goût.

– Ma théorie tient la route, s'obstina son petit ami. Et de toute manière, même si c'est le cas, ça devait être il y a très longtemps. J'aimerai le savoir, même si je sais bien que je n'ai aucune raison de m'inquiéter où d'être jaloux. D'ailleurs, je ne le suis pas.

Et pourtant, tout, depuis ses poings serrés à son visage fermé, en passant par la veine qui battait rageusement à sa tempe, témoignait du contraire.

Lily posa une main rassurante sur le bras et le regarda droit dans les yeux, comme pour lui prouver sa sincérité.

– Nathan, je ne suis jamais sortie avec James Potter de toute ma vie, et je n'en ai aucune intention. Ce type me dégoute !

Un flash de la semaine dernière s'éternisa cependant dans son esprit, comme une lumière fixée trop longtemps s'imprimant sur la rétine. Elle se revoyait embrasser Potter avec ferveur, elle sentait presque de nouveau la main de Potter perdue dans sa chevelure tandis qu'il lui dévorait sensuellement la bouche. Tout le long de la semaine, Lily s'était surprise à repenser aux heures les plus inattendues à ce moment de folie, où l'un de ses rêves de petite fille s'était réalisé.

Nathan se détendit avant même qu'elle n'eut fini sa phrase. Ainsi, ses craintes étaient sans fondements. Lily – sa Lily – n'avait jamais été souillée par Potter.

– Je te crois... désolé, ma puce, je me suis fait des films.

– Je n'aime pas quand tu te montres jaloux, dit Lily.

– C'est une preuve d'amour, non ? tenta-t-il avec un sourire doucereux.

La jeune femme croisa les bras.

– C'est une preuve de manque de confiance. Je n'aime pas ça.

– Si je ne tenais pas à toi, je ne serais pas jaloux.

– Certes, mais si tu me faisais réellement confiance, tu ne serais pas jaloux non plus.

– C'est… pas faux, admit finalement Nathan à contre cœur.

– J'aimerai vraiment que tu fasses un effort là-dessus, dit Lily. J'ai déjà dû subir ça pendant très longtemps avec…

– Ne me parle pas de lui! coupa sèchement Nathan.

Il y eut un silence gêné.

– S'il te plait, ajouta Nathan. Je déteste quand tu parles de tes ex. Surtout de celui-là.

– Tu le fais tout le temps, fit froidement remarquer Lily. Tu passes ton temps à me parler de ta première copine et d'à quel point elle était parfaite, et comme c'était agréable que vous ne vous disputiez jamais ! Et quand tu ne parles pas d'elle, tu parles des cinquante qui ont suivi.

– Ce n'est pas pareil…

– C'est pire ! s'indigna Lily. Tu es sorti avec dix fois plus de personnes que moi.

– Et je n'en suis pas fier.

Il soupira, et lui prit les mains.

– Lily… je suis désolé, tu as parfaitement raison. Je ferai attention à partir de maintenant. Je sais que ça a été dur entre nous dernièrement, mais je ne veux plus qu'on se dispute. Je t'aime.

Il la prit dans ses bras, et Lily s'entendit mentir à demi-mot.


LILY EUT UNE IDÉE PLUS CLAIRE des projets de Nathan pour qu'ils ne se disputent plus le samedi suivant. Elle venait à peine d'envoyer une missive à Potter dans l'espoir d'obtenir des nouvelles de Marlène, lorsque la sonnette de sa porte retentit. Elle se précipita sur la porte, espérant y trouver le maraudeur pour une raison qui lui échappait, mais son visiteur impromptu n'était autre que...

– Nathan ? s'étonna-t-elle.

– Coucou, ma chérie, dit-il en l'embrassant sur la joue.

– Qu'est-ce que tu fais là ? demanda Lily d'une voix confuse. Je ne t'attendais pas…

– Tu me manquais, et j'ai donc décidé de passer te voir.

Lily eut du mal à faire émerger un sourire accueillant, ce qui n'échappa pas à Nathan.

– Tu ne laisses pas entrer ton chéri ? demanda-t-il d'une voix faussement neutre.

Il semblait maintenir son sourire avec peine.

– Si, bien sûr… entre.

Elle s'effaça et il pénétra dans l'appartement, un bouquet de fleurs de lys géant dans les mains.

– C'est pour toi, dit-il en les lui tendant.

– Merci, répondit Lily.

Elle le laissa seul quelques secondes, le temps de plonger le bouquet dans de l'eau en attendant de trouver un vase. L'attention était louable, mais Lily était de plus en plus irritée par les actions de Nathan les plus simples. Deux mois qu'ils se fréquentaient et il n'avait toujours pas compris que ses fleurs préférées étaient les orchidées, quand l'appartement en était rempli. De plus, il s'était une nouvelle fois invité chez elle, quand elle lui avait spécifié de nombreuses fois détester les visites à l'improviste.

Lily décida cependant qu'elle s'était assez prise le bec avec son petit-ami pour le siècle, et se composa un visage plaisant avant de retourner le rejoindre dans le salon.

– Tu veux boire quelque chose ? proposa-t-elle gentiment.

– Non, merci. Dis, tu veux bien venir t'asseoir à côté de moi ?

Curieuse, Lily accepta et prit place à ses côtés sur le canapé.

Nathan s'éclaircit la gorge, et lui prit les mains.

– Écoute, Lily, j'ai bien réfléchi à notre situation, à toutes ces disputes, à tout ce que tu m'as dit, et à notre couple. Et j'en suis arrivé à une conclusion.

Lily déglutit nerveusement. Était-ce la fin de leur relation ? Elle ne savait pas si elle se sentait plus terrifiée ou soulagée... Non, définitivement soulagée...

– Je crois qu'on devrait vivre ensemble, lança solennellement Nathan.

Lily cligna des yeux.

– ...Pardon ?

– On se dispute beaucoup moins quand on se voit, expliqua le jeune homme. Et puis, depuis que Marlène est partie, tu es toute seule ici, à payer un loyer exorbitant, quand tu pourrais vivre avec moi dans ma grande maison.

– Nathan…

Il plaça ses doigts sur les lèvres de Lily.

– Non, attends ! Je veux que tu prennes au moins une minute pour réfléchir et peser le pour et le contre.

Lily resta immobile jusqu'à ce qu'il cesse de sceller ses lèvres. Une minute ou un an de réflexion n'aurait rien changé à sa décision.

– Nathan, reprit-elle avec douceur. Ma réponse est non.

– Pourquoi ? demanda-t-il lentement après une court pause.

Son ton était calme, mais il serrait les poings.

– Tout d'abord parce que j'aime vivre ici. J'aime vivre dans cet appartement.

– Allons, tenta de raisonner Nathan. Quand tu as pris cet appartement, tu devis bien te douter que tu allais un jour quitter le nid pour vivre avec l'homme de ta vie ?

– Même cet homme-là ne pourrait me faire changer d'avis, dit Lily.

Elle se rendit compte avec horreur de ce qu'elle avait dit trop tard.

– Je vois, dit Nathan après un silence.

– Ce n'est pas ce que je voulais dire, dit précipitamment Lily.

Elle passa la main sur le visage.

– J'aime vivre ici, c'est le premier endroit où je me suis sentie chez moi depuis le… départ de mes parents, et je ne suis pas prête à partir autre part.

– Dans ce cas, laisse-moi venir vivre ici avec toi, dit-il précipitamment. Au moins jusqu'à ce que Marlène ne revienne. On a vraiment besoin de consolider notre couple, et pour ça, il faut que l'on passe plus de temps ensemble.

Lily pensa intérieurement qu'ils passaient déjà trop de temps ensemble, et secoua la tête.

– Tu sais bien que c'est impossible, c'est chez Marlène ici, je ne peux pas inviter à y vivre n'importe qui sans son autorisation.

– Je ne suis pas n'importe qui, je suis ton petit-ami, râla Nathan.

– S'il te plait… tu vois ce que je veux dire.

– Alors viens vivre avec moi, mon cœur. Je continuerai à payer le loyer pour que tu ne perdes pas l'appartement avant son retour, et tu pourras revenir ici quand tu auras besoin de tranquillité.

– Je… désolée, mais c'est non.

Il y eut un silence.

– C'est quoi, la vraie raison ? demanda-t-il brusquement.

Lily hésita, puis décida de dire la vérité.

– Je n'en ai pas envie.

L'inévitable se produit alors. Nathan tenta de l'amadouer, perdit patience devant sa persistance, et bientôt l'appartement fut rempli de cris.

– Je ne veux pas qu'on vive ensemble ! répéta-t-elle pour la énième fois.

– Mais putain, Lily, t'es la seule qui ait jamais réagi comme ça. La seule !

– Je ne suis pas toutes les autres filles, je suis moi ! Arrête d'essayer de gommer ma personnalité !

– Je n'essaie rien du tout, ce n'est pas de ma faute si tu n'es pas normale !

– Ce n'est pas parce que je suis supposée aimer quelque chose en tant que fille que je suis obligée d'aimer ! se défendit Lily, blessée comme à chaque fois qu'il insinuait de telles choses.

– Non mais… tu réagis de façon disproportionnée ! Qu'y a-t-il de mauvais dans ce que je te propose ?

– Ce n'est pas la question !

– Si, réponds !

– Non, bordel de merde, il est question de ce que je veux ! Si tu m'offrais Buckingham Palace, je n'en voudrais pas, pourtant c'est super ! J'ai l'impression que tu ne me connais pas, et j'en ai assez que tu m'imposes des choses !

Le bruit de la sonnette les interrompit. Lily jeta un dernier regard venimeux à Nathan avant d'aller ouvrir la porte.

Potter se tenait sur le palier, l'air tranquille. Lily se dit que vingt minutes plus tôt, elle aurait aimé le trouver sur le paillasson à la place de Nathan, mais à cet instant précis, elle voulait qu'il disparaisse car il l'avait interrompue en pleine bataille.

Quoi ? aboya-t-elle, le souffle court.

– Je peux te parler une minute ?


PLUS TARD, Lily se dit qu'elle aurait dû se douter que Potter n'était pas du genre à répondre simplement à une lettre lorsqu'il en recevait une. Et puis, son absence pendant une semaine entière l'avait étonnée. Elle ne fut donc que vaguement surprise de le voir sur le pas de sa porte.

Mais comment aurait-elle pu soupçonner qu'il renouvellerait l'expression de ses sentiments. Et il paraissait si sincère, si décidé, si motivé… si amoureux. Avait-il réellement des sentiments pour elle ? Elle n'avait vraiment pas besoin de ça. Son discours transpirait l'assurance, il ne semblait pas douter un instant de sa capacité à la séduire, à parvenir à la faire tomber pour lui.

Et la façon dont il la regardait, dont il souriait… il était mignon, en toute objectivité. Elle remarqua des éclats bleus dans ses yeux, elle remarqua la forme parfaite de ses lèvres. Elle repensa au moment où il l'avait embrassé… où elle l'avait embrassée.

Elle ne savait pas si c'était parce qu'elle se trouvait exactement dans le même état d'esprit que la semaine dernière (c'est-à-dire très remontée contre Nathan) qu'elle avait envie de l'embrasser de nouveau, ou alors si c'était tout simplement parce qu'il était difficile de nier à quel point James Potter était irrésistible lorsqu'on se trouvait si près de lui et qu'il faisait preuve de son assurance sans faille.

Lily avait toujours trouvé les hommes sûrs d'eux très sexy.

Elle se rendit compte qu'il lui tenait toujours la main, et la récupéra doucement.

– Tu devrais t'en aller, dit-elle à voix basse, sans le quitter des yeux.

Elle était écarlate, et décida plus prudent de terminer leur conversation.

– Je reviendrai, dit-il.

– Je t'interdis de revenir ici. Je t'interdis de t'approcher de moi de nouveau.

Il sourit.

– Je ferai en sorte que ce soit toi, qui sois obligée de t'approcher de moi.

Ils échangèrent un regard, et Lily sentit sa gorge s'assécher.

La porte s'ouvrit brusquement derrière Lily, qui sursauta. Elle avait complètement oublié que Potter l'avait interrompue dans une dispute avec son petit-ami.

– Qu'est ce qui te prend si long… Potter ? s'étrangla Nathan. Qu'est-ce que tu fais là ?

Potter fixa quelques secondes Lily, qui lui jetait un regard implorant, avant de répondre d'une voix lente :

– Je suis juste passé dire bonjour à Evans, et lui apporter des nouvelles de McKinnon.

Lily se retint de soupirer de soulagement.

– Il était sur le point de partir, précisa-t-elle en lui faisant un signe discret.

Potter la regarda de nouveau. Il paraissait irrité par l'empressement de la jeune femme à se débarrasser de lui.

– J'étais sur le point de partir, sans aucun doute, marmonna-t-il avec humeur.

Puis il se tourna vers Nathan :

– Vous êtes en train de rompre ? demanda-t-il sans aucune gêne.

– Ça ne te regarde pas, siffla rageusement Nathan.

Il s'avança d'un air menaçant vers Potter, qui ne recula pas d'un pouce, nullement impressionné par la tentative d'intimidation. Lily retint son petit ami par le bras.

– Nathan… retournons à l'intérieur. On avait fini de discuter, Potter et moi.

Elle se tourna vers James et le foudroya du regard.

– Potter, merci d'être passé.

Potter sembla sur le point de rétorquer quelque chose de cinglant, mais se ravisa et afficha soudain un sourire affable qui sonnait faux.

– Mais de rien, Lily, petite fleur, dit-il avec douceur. Ce fut un plaisir. A bientôt.

Il tourna les talons pour s'éloigner. Lily soupira de soulagement, et rouvrit la porte de l'appartement, mais Nathan ne bougea pas d'un pouce, et semblait plus tendu que jamais.

– Depuis quand tu l'appelles Lily, toi ? aboya-t-il à l'adresse de Potter.

Ce dernier se retourna, et lui jeta un regard hautain.

– Oh, ça…

Il afficha un sourire machiavélique. Lily lui jeta des avertissements par le biais de regards noirs, que Potter ignora ostensiblement. Elle savait, sentait, redoutait ce qu'il allait dire avant même qu'il ne prononce le moindre son, mais était impuissante, et ne put rien pour éviter la catastrophe qui suivit.

– Depuis qu'on s'est embrassés, dit-il.

Devant l'air ahuri de Nathan, il ne put visiblement s'empêcher d'ajouter :

– Et c'est arrivé trois fois.

S'ensuivit inévitablement un furieux combat au cours duquel des cris de douleur de rage fusèrent régulièrement. Nathan avait visiblement le dessus, même si Potter ne se défendait pas mal et lui infligeait des coups bien placés. Ils se jetaient contre la rampe qui bordait le palier, et contre le mur, parvenant miraculeusement à ne pas tomber à l'étage inférieur où des voisins intrigués par le raffut se rassemblaient pour assister au spectacle.

Lily poussa quelques cris étranglés et tenta de les faire revenir à la raison, mais elle ne parvint qu'à se prendre un coup de botte dans les nez qui l'assomma quelques secondes. Finalement, ce furent le Colonel Fitz et ses petits-enfants qui parvinrent à séparer les deux hommes, en récoltant au passage leur part de coups de pied, de tête, et de poings.

Le nez ensanglanté, Lily se releva péniblement et parvint à tirer Nathan hors de lui à l'intérieur, avec l'aide de son voisin âgé, pendant que les petits du Colonel tentaient de calmer Potter.

– LÂCHEZ-MOI ! hurlait Nathan, les yeux exorbités. LÂCHEZ-MOI, JE VAIS LE TUER !

Il paraissait proche de la démence, sourds aux supplications de sa petite-amie, qu'il repoussa violemment. Lily retomba contre le mur et se cogna la tête contre le rebord du bar. Ce fut l'action de trop pour le Colonel, dont l'esprit chevaleresque ne pouvait admettre qu'une jeune damoiselle se fasse maltraiter de la sorte : il lâcha Nathaniel et lui décrocha un coup de coude digne des Forces Spéciales qui fit saigner du nez le jeune homme.

– Pas de ça, jeune homme, grogna-t-il d'un ton menaçant.

Sonné le coup, Nathan mit quelques temps à se remettre, mais finit par se redresser en s'appuyant contre le mur. Il jeta un regard venimeux au vieil homme mais n'osa pas riposter, et ses yeux remplis de haine se tournèrent vers une proie moins familière avec les arts martiaux.

– Toi, cracha-t-il avec colère, faisant sursauter. T'es qu'une sale menteuse, une sale profiteuse, une petite ingrate, et je vais te faire regretter de m'avoir humilié de la sorte.

– Hé, protesta le Colonel en s'avançant vers Nathan.

– Lâchez-moi, hurla ce dernier ! Lâchez-moi ! Vous ne savez pas qui je suis ! Mon grand-père est membre du Magenmaggot, et je vais vous faire regretter de m'avoir touché !

Sans un autre mot, il disparut par la porte d'entrée, sous le regard médusé du Colonel Fitz.

– Ce gamin est perturbé, conclut-il en secouant la tête. Ah, les jeunes d'aujourd'hui.

Le Colonel aida Lily à s'installer sur le canapé, et lui tendit un mouchoir pour stopper le saignement de sa lèvre et de son nez. Il proposa de lui administrer les premiers soins, mais Lily refusa net : elle n'attendait que le départ du moldu pour se rafistoler d'un coup de baguette.

– Hé bien, ma petite poulette, dit le Colonel après avoir capitulé, vous en avez du succès, vous en faîtes tourner, des têtes. Trois hommes en mal de votre amour qui se battent pour vos beaux yeux en moins de dix minutes…

– Trois chommes ? s'étonna Lily, qui avait un morceau de glace pressé contre la joue pour calmer la douleur. Qu'est-che que…

Le Colonel leva les sourcils d'un air suggestif, un sourire qui se voulait séducteur plaqué sur ses lèvres aux coins très marqués par les rides, et Lily ne put retenir un haut le cœur.


NATHANIEL TINT SA PROMESSE, et, dès le lundi suivant, Lily eut un aperçut de la force de sa rancune. À peine arriva-t-elle dans l'agence que Mrs Casino la convoqua dans son bureau et l'humilia de sa voix forte pendant une longue et douloureuse demi-heure. Apparemment, Nathan était exceptionnellement arrivé en avance et s'était plaint à sa tante du manque d'efficacité de son ex petite-amie. Il était allé jusqu'à lui imputer la responsabilité des échecs des précédents contrats, soulignant sa prétendue fainéantise et l'amateurisme de ses sortilèges.

Mrs Casino lui retira toutes les responsabilités qu'elle lui avait accordé, et Lily retomba à la case départ, au rang de simple secrétaire-archiviste-préparatrice-de-café.

Lily comprit rapidement que Nathan avait également fait courir des rumeurs sur la vraie raison de leur rupture auprès des autres filles de l'agence, dont l'hostilité se fit plus active. Ainsi, Lily retrouva régulièrement des punaises sur son fauteuil, des Doxys dans ses tiroirs, et du jus de citrouille sur ses rouleaux de parchemins. Mrs Casino ne s'adonnait pas à des bassesses aussi puériles, mais traitait à présent la jeune femme comme une incapable dont il fallait se débarrasser au plus vite.

Malgré sa promesse, Lily ne parvenait pas à parler de ses problèmes avec Doc, avec qui elle déjeunait pourtant tous les midis. La demande de Katie, qu'elle estimait pourtant évidente, l'avait profondément touchée, et elle ne put s'empêcher de se renfermer de nouveau sur elle-même. Elle parla cependant de sa rupture amoureuse avec Dorcas, en omettant cependant de l'informer sur le harcèlement qu'elle subissait. Elle ressentait une honte quant à la situation dans laquelle elle se trouvait, et n'osait pas dire à sa meilleure amie qu'elle se faisait de nouveau chahuter, de peur de paraitre comme faible, une fois de plus. Lily était déterminée à s'en sortir par elle-même.

De Potter, elle n'eut aucune nouvelle, si bien qu'elle commença à se demander s'il avait décidé de lui donner des signes de vie et de chambouler celle de Lily de façon régulière tous et uniquement les samedis. Elle redoutait d'ailleurs celui qui approchait à mesure que l'horrible semaine se déroulait.

Lily n'eut pas plus de nouvelles de Marlène, qui, d'après Dorcas, en voulait terriblement à Doc et Lily d'avoir laissé Potter l'exiler « en Sibérie profonde » sans s'interposer et refusait de répondre à leurs nombreuses lettres. Lily ressentait un pincement au cœur chaque matin, lorsque le seul courrier qu'elle recevait était la livraison quotidienne de la Gazette du Sorcier. L'appartement ne lui en paraissait que plus vide encore.

Le bizutage au travail ne fit que gagner en intensité de jour en jour, et s'interrompit aussi brusquement qu'il avait commencé le jeudi suivant. Mrs Casino reçut un courrier qui la fit sautiller d'excitations une bonne minute. Lorsqu'elle eut retrouvé son calme, elle hurla :

– Lily Evans, dans mon bureau, tout de suite !

Lily soupira intérieurement et se traina de l'autre côté de la paroi en verre qui séparait son espace personnel du bureau de son employeur.

– Annulez tous mes rendez-vous de cet après-midi, lança-t-elle dès que la rousse fut en vue. Nettoyez mon bureau et rendez-le accueillant. Achetez des chocolats et autres sucreries, sur le compte de la société. Tout doit être prêt avant quatorze heures aujourd'hui, nous recevons un invité de marque qui pourrait bien relancer l'entreprise.

– Qu'est-ce que… ?

– Tout doit être parfait, coupa Casino. Je sors, je vais me refaire une beauté. Quatorze heures au plus tard, vous m'avez comprise ?

Lily regarda la grosse dame saisir son sac et se précipiter vers la sortie. Elle pensa intérieurement que Mrs Casino faisait effectivement bien de partir se faire coiffer et maquiller quatre heures avant son rendez-vous, car il faudrait de toute évidence au moins ce laps de temps pour la rendre plus regardable.

Elle prit place dans le grand fauteuil de la vieille femme, et, curieuse, ne put s'empêcher de parcourir le courrier de prise de rendez-vous qui avait mis Mrs Casino dans tous ses états.

Lily perdit de ses couleurs, et faillit s'étrangler en lisant la signature.

James Je-Perds-Rien-Pour-Attendre Potter.

James Je-Vais-Mourir-Dans-D'Atroces-Souffrances Potter.

Elle n'envoya pas moins de quinze courriers plus menaçantes les unes que les autres et exigeants que Potter annule l'entretien, mais ses missives restèrent lettre morte. À chaque fois, le hibou de La Bonne Fée revenait les pattes vides.

A quatorze heures, Lily se planta devant la boutique, bien décidée à l'intercepter avant le fatidique rendez-vous.

A quatorze heures une, Potter apparut avec un élégant 'pop' et vêtu d'une robe de sorcière pas moins élégante. Il ne parut pas le moins du monde surpris de tomber sur elle dès son arrivée, et se laissa entrainer de bonne grâce dans une ruelle déserte en face de la boutique

– Potter, siffla-t-elle avec colère, qu'est-ce que tu fais là, bordel de merde ?

Elle était visiblement furieuse, mais Potter se contenta de lui jeter un regard hautain.

– J'ai un rendez-vous avec ton patron, dit-il d'un ton guindé.

– Je sais, s'impatienta Lily en tapant du pied. Elle m'a dit d'annuler toutes ses réunions de l'après-midi. Qu'est-ce que tu projettes de faire ?

Potter lui jeta un regard sincèrement surpris.

– Je te l'ai déjà dit, pourtant. Te séduire, précisa-t-elle devant l'air confus de Lily.

Si cette dernière rougit légèrement, Potter n'eut pas l'air gêné pour un sou.

– Tu ne peux pas faire ça ici, s'écria-t-elle avec colère. Je travaille ici ! Et tu m'as déjà attiré pas mal de problèmes ! À cause de ce que tu as fait samedi dernier, Nathan est allé dire à sa tante que je suis incompétente et elle m'a retiré tous les projets qu'elle m'avait confiés. Je ne suis de nouveau qu'une assistante, merci beaucoup !

– C'est un travail tout à fait respectable, dit Potter d'un ton indifférent.

Lily le saisit par le col de sa robe et le tira vers elle, jusqu'à ce que leurs visages ne se trouvent plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre.

– Je suis surqualifiée pour ce travail, et c'était ma seule chance de m'en sortir ! éructa-t-elle. T'as tout gâché ! Mrs Casino me déteste, mes collègues me détestent – elles croient que je suis sortie avec Nathan par intérêt, et qu'il m'a larguée en apprenant la vérité !

Potter ne put masquer son air enchanté :

– Vous avez rompu ? demanda-t-il joyeusement.

Lily était à deux doigts de s'arracher les cheveux.

– Après ce que tu lui as dit ? Bien sûr, qu'on a rompu ! Sombre idiot !

Le sourire de Potter s'élargit, mais il ne fit aucun autre commentaire. Il défit sans douceur la poigne de Lily et se redressa.

– Désolé de l'entendre, dit-il, mais Lily voyait qu'il n'avait pas l'air désolé du tout. Maintenant, si tu le permets, je suis attendu et par ta faute je suis en retard. Aurais-tu l'amabilité de faire ton travail, et de me guider jusqu'au bureau de ton employeur ?

Il croisa les bras et l'observa en silence. Lily voulut protester, mais il avait l'air si décidé qu'elle comprit très vite que toute résistance serait vaine. Elle soupira, et se résigna à retourner à la Bonne Fée. Potter la suivait tranquillement, un sourire satisfait fixé sur le visage, qui se mua en expression mielleuse dès que Mrs Casino entra dans son champ de vision.

– James Potter, s'exclama-t-elle en venant à sa rencontre, avant même que Lily n'ait eu le temps de l'annoncer. Quel plaisir, quel honneur que de vous rencontrer !

– Mrs Casino, dit James en lui faisant un baisemain. Vous êtes absolument ravissante.

Lily leva les yeux au ciel.

– Par ici, je vous prie. Lily Evans, allez nous chercher à boire.

Serrant les poings, Lily disparut dans la salle de repos et entreprit de préparer le café le plus vite possible. Elle n'était pas à l'aise avec le fait de laisser Potter et Mrs Casino ensemble, et les rires fusant du bureau lui semblaient de mauvais augure.

Évangeline, Jane et Shashi se rassemblèrent également dans la pièce, située en face du bureau de Mrs Casino car celle-ci tenait à garder un œil sur le temps de pause que prenaient ses employés, afin de pouvoir surprendre des bribes de l'entretien plus facilement.

Lily saisit impatiemment la cafetière lorsque celle-ci se mit à siffler, et se précipita presque dans le bureau, où Potter et Casino riaient à gorge déployée. Le jeune homme lui fit un sourire malicieux avant de goûter la préparation.

– Chérie, ce café est bien trop chaud, déclara-t-il en repoussant la tasse.

Mrs Casino foudroya Lily du regard, qui elle-même était occupée à tenter de tuer Potter rien qu'avec ses yeux.

– Toutes mes excuses, Mr Potter, dit-elle entre les dents.

Elle quitta la pièce, et revint quelques secondes plus tard avec du lait, qu'elle versa dans la tasse, pendant que Casino détaillait l'une de ses offres sans réaliser que son client ne lui accordait pas la moindre attention. Potter goûta, claqua plusieurs fois la langue sur le palais, avant de secouer la tête, un sourire toujours affable plaqué sur les lèvres.

– Ce café est bien trop froid, se plaignit-il de nouveau. Faites quelque chose, voulez-vous ?

Lily ferma les yeux quelques instants, puis les ouvrit et afficha un sourire douloureux.

– Toutes mes excuses, Mr Potter, répéta-t-elle.

D'un coup de baguette, elle réchauffa la tasse. Mrs Casino se remit à discourir sur les différentes offres de son agence. James goûta son café en aspirant bruyamment une interminable gorgée, avant d'esquisser une grimace.

– Il manque du sucre, gémit-il en repoussant de nouveau la tasse.

– Pour l'amour de Dieu, n'êtes-vous pas capable de préparer un simple café, Lily Evans ? s'agaça Mrs Casino.

Lily serra le poing, combattit l'envie de l'incruster dans le beau visage de Potter, et se rendit dans la cuisine chercher l'ingrédient. Aux trois curieuses qui écoutaient aux portes s'était rajouté Nathaniel, qui parut un peu gêné comme à chaque fois qu'il croisait Lily mais ne pipa mot. Lily saisit férocement la boîte de sucre, et retourna dans le bureau.

James parut ennuyé par ce qu'elle lui proposait :

– Désolé, chérie, je ne consomme que du sucre de canne, lança-t-il en détournant la tête comme si elle lui avait proposé une bouse de vache. Pourrais-je avoir du thé à la place ? Au moins, je peux supporter de le boire sans sucre.

C'en fut trop pour Lily.

Le coup de grâce, la goutte d'eau qui déborde du vase, la cerise sur le gâteau.

C'en était juste… trop.

Le comportement de ses collègues avait eu raison de sa patience d'ordinaire plus efficace, et elle avait besoin d'évacuer sa colère, sa frustration, sa tristesse, tout ce qui n'allait pas dans sa vie en ce moment. Car elle en avait assez des petits jeux de Potter, assez qu'il se moque d'elle, qu'il se joue d'elle, qu'il ait un impact sur sa vie. Sa vie était tellement bien, avant qu'il n'y mette son grain de sel, avant qu'il ne gâche tout. Tout était soudain de la faute de Potter, elle venait de le comprendre. Il avait chamboulé sa vie, ses habitudes, ses relations, tout ! Et là, elle n'en pouvait plus.

Lily le saisit par le col de sa chemise sans même s'en rendre compte, et le regarda droit dans les yeux, l'air excédée.

– A quoi tu joues, Potter ? éructa-t-elle, un air proche de la démence peint sur le visage.

– A quoi vous jouez, Lily Evans ? s'étrangla Mrs Casino.

– Evans, je n'arrive pas à respirer, fit remarquer Potter d'une voix aiguë.

– Ça tombe bien, vu que j'essaie de te tuer !

– Lâchez-le IMMÉDIATEMENT, hurla Casino en s'interposant entre eux. Lâchez-le ! Vous êtes virée, Lily Evans, virée ! DEHORS, DEHORS, DEHORS !

A ces mots, Lily sembla revenir à la raison et le libéra. Elle recula, et son visage, qui jusqu'alors était rouge de colère, perdit d'un coup toues ses couleurs. Elle esquissa un geste pour quitter le bureau mais Potter, qui jusque-là se massait la gorge, la retint par le bras avant de se tourner vers la grosse femme.

– Eh, là, pas si vite, dit-il en fronçant les sourcils. Vous ne pouvez pas la virer pour si peu.

– Elle a tenté de vous étrangler, James Potter !

– Oui, bon, ça arrive… Et puis je l'ai un peu mérité. Elle a beaucoup de raisons de m'en vouloir, nous sommes de vieux amis.

– Mais…

– Miss Evans est la raison pour laquelle j'ai choisi votre vieille boîte miteuse en premier lieu pour l'organisation de mon mariage, interrompit Potter avec irritation. Vous la virez, je m'en vais.

Il y eut un silence. L'attention des deux femmes était fixée sur Potter, occupé à remettre de l'ordre dans sa tenue.

– Voyons, James Potter, dit Mrs Casino d'une voix douce. Nous avons des collaborateurs amplement plus doués que…

– C'est Miss Evans ou personne, trancha Potter avec agacement.

Son obstination était un mystère aux yeux de Mrs Casino.

– Mais… Miss Evans est encore inexpérimentée. Nathan Smith, par exemple, serait bien mieux qualifié pour…

Le regard froid que lui jeta James à l'évocation du nom de son rival suffit à la faire taire.

– Je veux Miss Evans. Et je ne reculerai devant rien pour l'avoir.

L'intéressée plissa dangereusement les yeux.

– Que voulez-vous dire ? demanda Mrs Casino.

– Carte blanche pour le budget, rémunération en dizaine de gallions, champ libre pour la maquette et pour la conception, sans compter une large exposition du travail de votre agence dans sept magazines dont trois étrangers, estampillage de votre logo sur les faire-part et les serviettes, et une interview exclusive de l'organisatrice et de la directrice d'agence dans Marry Merrily, énuméra Potter d'une traite.

Mrs Casino déglutit.

Lily retint son souffle. S'il fallait une nouvelle preuve que James Potter était fou…

– À la seule et unique condition que ce soit Miss Evans qui s'occupe du mariage, précisa Potter d'une voix grave.

Mrs Casino pinça les lèvres, visiblement à la recherche d'une faille qui lui permette de négocier, mais elle finit par capituler. L'offre était déjà trop belle.

– Marché conclu, dit-elle en tendant une main que Potter serra avec un sourire satisfait.

Lily en profita pour dégager sèchement son bras.

– Il est hors de question que je bosse pour toi, Potter, s'écria-t-elle.

La proposition de Potter avait beau être alléchante, Lily était toujours beaucoup trop en colère pour accepter.

– Fermez-la, Lily Evans ! beugla Mrs Casino qui, pour une raison étrange, paraissait à bout de souffle. Si tel est le désir de Mr James Potter, alors vous ferez ce qu'il vous demande, ou alors vous êtes virée !

– Vous m'avez déjà virée, rappela Lily avec colère.

– Vous êtes réengagée. Et vous serez vraiment virée si vous n'acceptez pas de travailler pour le compte de Mr James Potter. Et je ne pense pas que vous soyez en mesure de vous passer d'un salaire, d'après ce que Nathan Smith m'a raconté à votre sujet.

Les joues rouges de honte, Lily lui jeta un regard mauvais, saisit sa veste et quitta le bureau. Ses quatre collègues s'éloignèrent de la porte, contre laquelle ils s'étaient visiblement agglutinés afin de mieux entendre, lorsqu'elle ouvrit le panneau. Elle croisa le regard de Nathan, qui parut une nouvelle fois gênée, puis se précipita vers la sortie.

Une fois dehors, elle s'éloigna de la boutique, prête à transplaner, mais une voix l'interpella au moment où elle s'apprêtait à disparaître.

– Evans, attends !

Lily se retourna comme une furie. Potter se précipitait à sa rencontre.

TOI ! vociféra-t-elle en le pointant du doigt.

Potter ne put s'empêcher de reculer.

– COMMENT AS-TU PU OSER ? s'époumona-t-elle en martelant son torse de son doigt.

– Comment j'ai pu oser quoi ? s'écria Potter en fronçant les sourcils. Te proposer une belle offre de travail ?

Elle poussa un grognement de frustration.

– Pourquoi te sens-tu obligé de foutre ma vie entière en l'air ? s'exclama-t-elle finalement avec exaspération. Tu ne crois pas que tu en as fait assez ? Quel plaisir sadique tires-tu de me mettre des bâtons dans les roues ?

Potter eut un rire incrédule.

– Je te propose une chance inouïe de faire avancer ta carrière, siffla-t-il. Je te propose d'organiser un événement dont tout le monde parlera dans quelques années encore, carte blanche sur le budget, visibilité totale dans les média. En quoi est-ce une mauvaise chose ?

Voyant que Lily ne répondait pas, il lui leva le menton avec le pouce.

– En quoi est-ce une mauvaise chose, Evans ? répéta-t-il.

Lily pinça les lèvres, et détourna le regard.

– Oui, grommela-t-elle, c'est sûr que présenté comme ça

Elle replaça une mèche derrière l'oreille.

– Mais tu ne peux pas nier avoir des idées derrière la tête ! Tu ne l'as pas fait pour ma carrière, ou par pur altruisme !

– Bien sûr que non, dit James avec une grimace, comme si l'idée était saugrenue. Et je ne le nie pas.

Il s'éclaircit la gorge, et afficha un air plus aimable.

– Écoutes, Evans, c'est clair que je ne fais pas ça par pure gentillesse, tu sais ce que je… ressens pour toi.

Il grimaça de nouveau.

– Mais au final tu es la gagnante dans l'histoire. Que je parvienne ou non à te faire m'aimer, si tu fais quelque chose de génial de ce mariage, tu parviendras à tes fins et tu seras connue et reconnue. Moi, je n'ai mathématiquement qu'une chance sur deux de réussir – même si je ne doute pas de gagner. Alors accepte.

Lily poussa un soupir.

– Je ne sais pas…

– C'est pourtant simple : si tu refuses, tu te fais virer sans cérémonie, et je trouverai un autre moyen de te faire faire passer du temps avec moi.

– Ça s'appelle du harcèlement, dit Lily d'une voix aigre.

– Si tu acceptes, poursuivit Potter en ignorant le commentaire. tu fais avancer ta carrière, tu te barres de cette boîte miteuse, tu te fais pas mal de thunes au passage, et tu n'as qu'à me supporter que quelques mois.

– Ça, c'est plus du chantage, grogna Lily.

Non mais que faisait la police, franchement ?!

James haussa les épaules.

– Tu peux aussi nous épargner du travail à tous les deux et me déclarer ton amour inconditionnel dès maintenant.

Lily leva les yeux au ciel.

– Parfois je me demande pourquoi je te parle. Nos discussions sont sans queue ni tête.

– T'étais en train d'essayer de me trucider pour t'avoir proposé un job en or.

– Ah, oui. Merci, j'avais perdu le fil.

Potter sourit.

– Tu n'es pas obligée de me répondre aujourd'hui. Mais j'espère que tu diras oui. J'ai pas envie de te forcer la main...

Lily ricana.

– Pas plus que je ne l'ai déjà fait, amenda le jeune homme devant son incrédulité. Je veux que ce soit ton choix, et je te laisserai le temps et l'espace qu'il faut pour peser le pour et le contre, ajouta-t-il en reculant d'un pas, comme pour illustrer ses propos.


CE FUT BIEN ÉVIDEMMENT LÀ un copieux mensonge, sans surprise pour Lily, car, dès le lendemain à midi, après une matinée passée à travailler dans une ambiance exécrable sous le regard haineux et menaçant de Mrs Casino et curieux des autres collègues, qui regrettaient à présent de ne pas pouvoir interroger Lily sur sa relation avec Potter et sur les évènements de la veille, Potter l'attendait à la sortie de La Bonne Fée. Il esquissa un large sourire en la voyant, ignorant royalement le regard dédaigneux qu'elle lui jeta tandis qu'il s'approchait d'elle. Elle doubla le pas, mais il avait les jambes bien plus longues.

– Ah, Evans, je t'attendais, lança-t-il d'un ton satisfait.

Elle marchait en direction de chez Doc sans s'arrêter pour écouter ce qu'il avait a dire.

– C'est comme ça que tu me laisses tout l'espace et le temps nécessaire pour peser le pour et le contre ? maugréa-t-elle en levant un sourcil.

– Ah, mais je ne suis pas ici pour parler affaires, annonça Potter contre tout attente. Je suis venu t'inviter à déjeuner.

Lily eut un petit rire sans joie.

– Tu plaisantes, j'espère ?

– Non, dit-il simplement.

Elle leva un sourcil. Il ne pouvait pas être sérieux ?

– Et pourquoi est-ce que j'accepterais ? Je pensais avoir été claire par rapport au dégoût que ta simple vue me procure.

– Très claire, en effet, dit-il d'un ton aimable. Mais j'aimerai te parler de Marlène, c'est important. J'espère que tu pourras mettre cette animosité de côté pour écouter ce que j'ai à dire.

Lily tenta de ne pas paraître inquiète, mais c'était raté. Un pli anxieux se forma entre ses deux sourcils, tandis qu'elle s'arrêtait enfin pour lui faire face.

– Qu'est ce qui se passe ?

– J'aimerai mieux qu'on n'en parle pas ici, si tu veux bien.

Il paraissait sincère, mais la jeune femme ne put soudain s'empêcher d'éprouver de la suspicion. Dans l'hypothèse où il ne voulait réellement pas la presser d'accepter l'offre de travail, elle n'oubliait pas sa prétendue déclaration d'amour, qui était par ailleurs à l'origine de tous les maux de Lily. Qui sait si ce n'était pas une nouvelle tentative pour la mettre dans son lit ? Après tout, c'était Potter. Et si ce n'était qu'un piège, pour l'un de ses petits tours puérils ? Elle ne prendrait pas le risque.

– Je n'ai pas le temps, désolée, lança Lily en s'éloignant. Salut.

– C'est important, insista Potter.

Au revoir, Potter.

Elle reprit le chemin qui menait chez Doc, mais Potter se contenta de la suivre tranquillement quelques pas derrière elle.

– Tu comptes me suivre encore longtemps ? s'agaça-t-elle trois rues plus loin.

Elle le soupçonnait en plus de marcher derrière elle pour avoir une meilleure vue sur son fessier.

– Jusqu'à ce que tu entendes ce que j'ai à te dire.

– Ça ne risque pas d'arriver.

Potter soupira.

– Écoutes, si tu acceptes d'écouter ce que j'ai à te dire, saches que... je ne t'inviterai pas à manger n'importe où. Tu n'as qu'à choisir. C'est moi qui invite.

Lily roula des yeux.

–Tu crois que tu peux m'avoir avec de la nourriture ?

– Marlène m'a dit que tu aimais bien les bons restaurants. Alors ?

Lily hésita.

– Vraiment n'importe où ?

– N'importe où, assura le jeune homme.

Elle eut un sourire malicieux.

– Au Paradis Aquatique, choisit-elle.

C'était le restaurant sorcier le plus réputé de toute la Grande-Bretagne, et il fallait attendre plusieurs mois pour obtenir une réservation et déguster un repas hors de prix mais succulent. Lily n'y avait mangé qu'une fois, pour fêter les fiançailles d'Andrea et de Dorcas, et depuis rêvait d'y retourner. Malheureusement, ce n'était pas avec son salaire dérisoire qu'elle pourrait y remettre les pieds.

Elle s'attendait à voir Potter se décomposer devant la tâche qu'elle estimait impossible, mais il la surprit par un éclat de rire franc.

– Ben dis donc, tu as des goûts de luxe, le taquina-t-elle. Mais c'est d'accord.

– Comment ça, c'est d'accord ? Je te parle du grand restaurant à Bath.

– Mais je sais bien, répondit patiemment le jeune homme. On y va ?

Lily était incrédule.

– Et tu crois vraiment que tu peux obtenir une table à l'heure du déjeuner et sans réservation ?

– Oui, dit simplement Potter.

Voyant qu'elle ne semblait toujours pas disposée à bouger, il ajouta :

– J'y ai en permanence une table réservée. Le patron est un grand ami de mon père.


QUELQUES MINUTES PLUS TARD, ils se trouvaient sur les marches de marbre qui précédaient l'entrée du somptueux établissement. Potter n'avait pas menti, et Lily fut réduite au silence par la facilité avec laquelle les moindres désirs du jeune homme étaient exaucés par un personnel plus qu'attentif. Potter leur rendait leur politesse et leur gentillesse, et feignait de ne pas s'apercevoir que plusieurs personnes le pointaient du doigt avec admiration tandis qu'ils traversaient la pièce vers la table la mieux située, sur la terrasse qui surplombait la ville.

Lily tenta de ne pas trop laisser transparaître à quel point elle était impressionnée, mais c'était peine perdue. Elle ne s'habituerait jamais à tant de luxe, à toutes ces personnes qui s'affairaient avec dévotion, aux paillettes et dorures. Et dire que tout ceci était extrêmement banal pour des personnes comme Potter !

Elle fut tirée de ses pensées en entendant un crépitement, qui lui rappela aussitôt celui d'un appareil photo. C'était au moment exact où Potter s'était effacé pour la laisser pénétrer en première sur la terrasse, et, devant son ébahissement, l'avait invitée à avancer en la poussant légèrement dans le dos. Au l'instant précis où la main de Potter avait touché son dos, Lily aurait juré avoir entendu un bruit. Pourtant, lorsqu'elle regarda autour d'elle, elle ne vit ni appareil photo, ni personne manipulant un appareil photo.

Certaine que ce n'était pas le fruit de son imagination, elle en fit part à Potter, qui ne montra aucune surprise :

– Oh, ça ? dit-il tranquillement. Je suis parfois suivi par des journalistes à sensations. Ils se cachent dans des endroits les plus insolites pour tenter d'avoir des photos compromettantes de moi. J'adore lire leurs théories dans Sorcière Hebdo et compagnie, donc ça ne me dérange pas, mais si c'est le cas pour toi, je peux leur demander de partir.

Il agita négligemment sa baguette, sans cesser de s'avancer vers la table. Une volée d'étincelles jaunes jaillit vers une plante décorative. Tout se passa ensuite très vite : une petite explosion, une fumée épaisse, un cri de douleur, et deux serveurs transportant le corps inconscient d'un homme vêtu d'une robe noire tandis qu'un troisième serveur faisait disparaître la fumée d'un coup de baguette.

– Tu viens, Evans ? demanda Potter.

Lily le suivit sans un mot. Tout cela la dépassait.

– De quoi est-ce que tu voulais me parler ? demanda-t-elle un quart d'heure plus tard, lorsqu'ils furent attablés devant un somptueux repas.

Potter lui avait demandé de commander ce qui lui plaisait, et Lily ne s'était pas privée de demander une grande assiette de fruits de mer.

– T'es sûre de pouvoir finir tout ça toute seule ? demanda Potter, visiblement impressionné par la quantité de nourriture commandée.

– Certaine, répondit aussitôt Lily. Pourquoi, tu as peur du gâchis ?

– C'est surtout la première fois que je vois une nana manger avec autant d'appétit qu'un mec.

– Toutes les nanas mangent comme ça, dit Lily. C'est juste qu'en général, on fait semblant d'avoir un petit estomac pour pas effrayer le mec qui nous invite, et faire croire qu'on est mignonne. Quand on se fiche du mec qu'on a en face de nous, en revanche, on se lâche.

Potter ne dit rien pendant quelques secondes et la regarda engloutir les moules et autres crevettes d'un air attendri.

– T'as quand même l'air mignonne, même en mangeant autant, dit-il d'un ton neutre, comme s'il parlait de la météo. Ne t'inquiète pas, tu me plais toujours autant.

Lily rougit fortement, et failli s'étouffer avec sa pince de crabe.

– De quoi tu voulais me parler ? dit-elle précipitamment.

– Ah oui !

Potter saisit les deux sacs qu'il avait laissés à ses pieds, et les tendit à Lily, qui les prit d'un air soupçonneux.

– J'espérais que tu pourrais m'aider à faire un choix.

– Qu'est-ce qu'il y a, là-dedans ? demanda-t-elle d'un ton soupçonneux.

– Des cadeaux pour McKinnon. Mais je n'arrive pas à savoir ce qui pourrait lui plaire le plus.

Lily ouvrit le premier sac, qui contenait une grande boîte de sous-vêtements fins en soie. La matière noble, déclinée dans toutes les couleurs et découpée dans tous les styles, coquin comme classique, glissait entre les doigts de Lily comme de l'eau. C'était à la fois intime, délicat et sensuel.

Le second sac contenait un épais roman écrit par une romancière célèbre dont elle savait que Marlène était folle. La couverture, visiblement ancienne, était constituée de milliers de petits détails impressionnants. Lily passa un doigt sur la reliure faite de fils d'or qui se rejoignaient discrètement dans un coin pour former les initiales M.M.

– Attends… C'est pour me demander ça que tu voulais me voir en privé ? Dit soudain Lily en fronçant les sourcils.

– Ben oui, dit Potter d'un ton penaud. Pourquoi ?

Elle était franchement incrédule.

– Mais… mais... t'aurais pas pu demander l'avis de Doc ou de Dorcas ?

– Doc était occupé, et Dorcas m'a conseillé de venir te voir.

– La salope, marmonna Lily dans sa barbe.

Cette dernière ne perdait rien pour attendre.

– Et tu ne pouvais pas me le dire quand on était dehors, dans la rue ? Je croyais que tu voulais me parler de Marlène… de sa consommation, termina-t-elle à voix basse.

Potter haussa les épaules.

– Ben il n'y a rien à dire de spécial, elle n'a pas bu depuis dix jours, a repris du poids, avance bien sur son roman, et je suis plutôt fier d'elle. Rien de très intéressant. Pourquoi voudrais-tu que je t'invite à manger pour ça ?

Lily était scandalisée.

– Pourquoi as-tu pensé qu'il était nécessaire de m'inviter au restaurant pour des cadeaux ? pointa-t-elle d'une voix rendue aiguë par l'exaspération.

– Je n'allais décemment pas sortir des soutiens-gorge en pleine rue, on m'aurait pris pour un pervers. Et ce bouquin est plutôt rare, je n'aime pas l'exposer n'importe où.

Lily secoua la tête, incrédule.

– T'es vraiment taré, murmura-t-elle.

Potter sourit comme si elle lui avait fait un réel compliment.

– Quoi qu'il en soit, je n'arrive pas à me décider lequel offrir, expliqua-t-il. J'ai déjà acheté les deux, donc je compte tout lui offrir, mais si elle reçoit deux cadeaux de cette valeur de ma part, elle va encore me traiter de gosse de riche qui n'a aucune idée de la valeur des choses, et je ne veux pas qu'elle soit agacée pour son anniversaire. Je compte en offrir un ce soir, et un plus tard dans l'année. Lequel serait le mieux pour son anniversaire, d'après toi ?

– De toute évidence, le livre, non ? Si tu lui offres la lingerie, elle pensera que tu te fais un cadeau indirectement.

– Comment ça ? s'étonna Potter.

– Ben tu sais…

Elle marqua une pause, mais il ne semblait réellement pas savoir.

– Non mais Potter ! s'exclama-t-elle. Je refuse de te croire aussi ingénu. Tu sais, quand tu es avec Marlène, ce que vous passez vos nuits à faire ?

Il leva les sourcils, l'air de plus en plus perdu.

– Ben… on joue au Scrabble.

– Ben oui, justement, dit Lily d'un ton exaspéré.

Mais Potter paraissait toujours aussi perplexe.

– Je ne vois toujours pas le rapport entre de la lingerie et un jeu de société, dit-il lentement. Encore, si tu parlais de Poker, je comprendrais… strip poker, et tout ça… mais je t'avoue qu'avec le Scrabble… enfin, y'a pas moins sexy que ce jeu, je crois.

Ce fut autour de Lily d'avoir l'air confus.

– Quand tu dis « Scrabble »… C'est bien une métaphore pour dire que vous couchez ensemble, n'est-ce pas ?

Potter parut singulièrement choqué.

– Bien sûr que non, s'indigna-t-il. On joue vraiment au Scrabble. C'est mon jeu préféré, et j'ai gagné un championnat Moldu il y a quelques années. T'as vraiment l'esprit mal tourné!

Lily en resta bouche bée. C'était l'hôpital qui se foutait de la charité !

– Mais de toute façon, pourquoi voudrais-tu que je me tape McKinnon ? Ça va pas, non ? C'est quoi ton problème ?

Lily croisa les bras, l'air défiant.

– Je sais pas. Vous ne sortez pas ensemble ?

– Bien sûr que non, répéta Potter comme si c'était l'idée la plus saugrenue du monde. Je t'ai déjà dit qu'on était juste amis !

– Alors pourquoi est-ce que tu lui offres de la lingerie ? insista Lily.

– Parce qu'elle m'a dit en vouloir de cette marque, dit simplement Potter. Je pensais que c'était une bonne idée. J'ai fait broder ses initiales en minuscules d'ailleurs.

Il paraissait très fier de sa petite attention, et la jeune femme sentit malgré elle son exaspération se muer en amusement.

– Ce sont des choses que tu offres à ta petite amie, pas à ton amie, espèce de génie.

– Ah, bon, dit-il d'un ton contrit. Maintenant, je le saurai. Mais dans tous les cas, Marlène n'aurait pas pu être ma petite amie, enfin. Je te rappelle que je suis fiancé.

Lily eut un petit rire incrédule.

– Tu fais bien, justement, de me le rappeler, parce que c'est pas flagrant.

– Qu'est-ce que tu veux dire ?

Elle secoua la tête.

– Dois-je te rappeler que tu m'as déclaré un amour éternel pas plus tard que la semaine dernière…

– Jamais fait ça, grommela Potter, l'air irrité.

– Que tu mets tout en œuvre pour que je tombe amoureuse de toi…

– Ça irait bien plus vite, si tu y mettais du tien.

– … Et que je vous ai surpris, Marlène et toi, en train de vous reproduire sur le pas de ma porte il y a quelques semaines?

– Ah, ça…

Il haussa les épaules, l'air indifférent.

– Mais ça ne compte pas, j'étais tellement ivre que je ne savais plus ce que je faisais. Je pense que si j'avais croisé une chèvre, je me serai laissé tenter quand même.

– Sympa pour Marlène.

– Quoi ? dit Potter en fronçant les sourcils. J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ?

– Non, non… C'est juste que t'es tellement un goujat, Potter…

– Mais pourquoi tout le monde me dit ça, à la fin ?

Cette fois, Lily rit franchement. Malgré elle, elle était amusée. Il était agaçant et tellement ingénu à la fois.

– Je me le demande… Et ça t'arrive souvent des « choses qui ne comptent pas », lorsque tu es ivre ?

– Intéressée ?

Le sourire de Lily disparut.

– Je savais bien que tu ne pouvais pas être agréable plus de dix minutes. T'es vraiment lourd, Potter.

Ils avaient bien ri, mais n'en étaient pas au point d'inclure du flirt dans leurs discussions.

Elle se leva, prête à s'en aller. Potter abandonna toute prétention pour la supplier bonnement et simplement.

– Non… attends, reste, Evans.

Mais elle s'en allait, imperméable à sa demande.

– Je suis désolé, s'écria-t-il en désespoir de cause.

Lily leva un sourcil, et se retourna lentement.

– Pardon ?

– Je suis désolé.

– Pardon ?

– Désolé pour ce que je t'ai dit… pour t'avoir mise en colère.

– Tu es quoi ?

Dé-so-lé… Hé, tu deviens sourde, ou quoi ?

Lily sourit jusqu'aux oreilles.

– Non, c'est juste tellement rare et délicieux de t'entendre t'excuser…

Potter se renfrogna.

– Je me suis excusé, la dernière fois, pourtant.

– Mais tu n'étais pas sincère. Alors que là… tu veux bien que je t'enregistre, dis ?

Ça faisait du bien, d'entendre ce mot sortir de sa bouche. Même s'il ne s'excusait pas pour ce qu'il avait dit quelques années plus tôt, comme elle en avait rêvé maintes fois, ça faisait du bien. D'un coup, ce fut comme si le nœud de rancœur se délia complètement. Elle n'avait plus cette boule dans le ventre en le regardant, cette colère dans le cœur, ce dégoût dans les yeux, cette réserve dans les manières. Soudain, elle respirait normalement. Soudain, elle le voyait normalement.

Il était crétin, vraiment crétin, certes, mais elle n'arrivait plus à nier ses qualités.

La première étant qu'il la faisait rire… mais rire. Cela faisait des semaines qu'elle ne s'était pas sentie aussi légère.

Non. Des mois.

Potter leva les yeux au ciel, l'air faussement agacé.

– Rassieds-toi, et je m'excuserai autant que tu le voudras, promit-il.

Lily se laissa retomber sur sa chaise, et le regarda, les bras croisés.

– Je veux que tu t'excuses pour m'avoir causé des problèmes au travail, dit-elle.

– Je m'excuse, dit gracieusement Potter. Mais, j'insiste sur le fait que tu devrais accepter ma proposition, car ce serait une occasion exceptionnelle dans ta carrière. Et puis, ce n'est pas comme si je te prenais par surprise : tu es prévenue que j'ai des arrière-pensées. Il parait qu'un homme averti en vaut deux, non ? Si je parviens à te séduire, ce sera à la loyale.

Les joues de Lily rosirent un petit peu, et elle marqua une pause avant de commenter.

– T'es quand même tordu, de me faire travailler avec ta fiancée. Elle va surement se douter que tu regardes ailleurs.

Potter hésita avant de poursuivre.

– Tu t'apprêtes à organiser un mariage arrangé, pas un mariage d'amour. Ellie et moi sommes tenus de nous soutenir, d'avoir des enfants ensemble et d'afficher un air de famille heureuse devant les autres. Mais nous sommes libres d'aimer qui l'on veut, et moi… je t'aime… bien, précisa-t-il pour adoucir l'effet dramatique. Ellie se fiche éperdument de qui je fréquente tant que je reste discret, et je me moque de ses amants.

Devant l'air surpris de Lily, il ajouta avec un sourire:

– C'est un secret, bien entendu. Vas pas le répéter sur tous les toits.

– Je… je ne sais pas, si je serai capable d'organiser un tel évènement, dit Lily à voix basse.

– Bien sûr que si, tu en es capable ! s'exclama James, l'air outré. Je ne te réclame pas simplement parce que je veux que tu tombes amoureuse de moi, je te réclame aussi parce que je sais que tu es talentueuse. J'ai vu toutes les maquettes que tu as laissé à l'appartement, et les croquis, et les plans, et je t'ai déjà vu enchanter des tas de choses… et je suis allé jeter un coup d'œil à la fête que tu as organisé pour les Brown, ajouta-t-il en rougissant. Par curiosité, hein. Et… tu es vraiment, vraiment douée, Evans.

Lily rougit devant l'éloge.

– Viens demain à la maison avant de refuser, proposa-t-il soudain. Tu rencontreras Ellie et tu visiteras la maison, et comme ça tu auras une meilleure idée de l'opportunité que je te propose. Onze heures, ça te va ? Tu pourras rester déjeuner, si tu veux.

Lily acquiesça.

– Cool. De quoi d'autre dois-je m'excuser ?

– Euh…

Elle paraissait perturbée par ses explications.

– Tu… pourrais t'excuser de t'être immiscé dans ma relation avec Nathan et d'en avoir précipité la fin.

Potter parut ennuyé.

– Je suis vraiment obligé ?

– Oui.

– OK, je m'excuse. J'aurais dû laisser votre relation mettre des mois à mourir.

Lily leva les yeux au ciel. Elle savait que Potter avait raison, mais ce n'était pas agréable à entendre pour autant.

Elle reporta son attention sur le succulent repas, en pensant intérieurement qu'elle devrait bientôt déboutonner son pantalon tant les mets étaient délicieux. Potter l'observa quelques minutes en silence avant de reprendre la parole.

– Hey... Evans?

– Hmmm?

– Je m'excuse pour avoir fait ce que j'ai fait pour que tu me haïsses, lorsqu'on était à Poudlard, dit-il solennellement.

Lily, qui ne s'attendait pas à une telle déclaration, resta bouche bée.

– Marlène m'a dit que tu m'en voulais terriblement pour une connerie que j'ai faite, insista le jeune homme, et je m'en excuse. J'étais encore plus stupide que je le suis à présent.

Lily rougit et baissa les yeux. Elle parut soudain très gênée.

– Est-ce qu'elle t'a rappelé exactement pourquoi je te déteste ? Détestais ? corrigea-t-elle devant le regard désapprobateur de Potter.

– Non, elle m'a juste dit que tu t'es sentie humiliée par quelque chose que j'ai fait.

Lily relâcha un souffle qu'elle n'était même pas consciente d'avoir retenu. Son soulagement n'échappa pas à James, qui décida cependant de ne pas insister.

Chaque chose en son temps.


Bonjour tout le monde !

Merci une fois de plus de continuer à suivre cette histoire ! J'espère que vous avez apprécié la suite !

Ce fut un long, très long, trop long chapitre, mais je n'arrivais pas à le couper car je voulais vraiment que la rencontre Lily/ Elinor constitue le cœur du chapitre suivant ! Que pensez-vous d'Ellie, d'ailleurs, d'après ses courtes apparitions ? Big big révélation d'ailleurs à son sujet au chapitre suivant !

J'ai aimé et pas aimé écrire ce chapitre, car il n'est pas totalement joyeux, mais j'étais contente de terminer la relation avec Nathan et aussi mais surtout que ce soit James qui mette des coups de pied au cul de Lily pour qu'elle reprenne sa vie en main (Ok, oui, je suis l'auteur et c'est donc moi qui suis censée décider, mais je vous assure que parfois les personnages semblent avoir leur vie propre et n'agissent pas comme je le veux ! C'est vrai, quoi, et c'est dingue ! Par exemple, j'ai été étonnée que James accepte ses sentiments aussi paisiblement dès que je, en tant qu'auteur, lui ai fait comprendre qu'il ne pouvait absolument rien y faire ! C'est comme ça, il n'aime pas se prendre la tête ! Alors que je voulais qu'il se prenne plus la tête, car je l'avais imaginé être le genre de type qui dit d'une voix virile à ses potes « yamais dé la vie yé tomberai amoureux d'oune chiquita, ma qué no ! yé souis oune homme libre, muchachos ! »).

J'ai pas raconté, pour ne pas faire une digression de trop, mais vous en saurez plus sur le bottage de cul de Fox quand on reverra Marlène.

Lily ne déteste plus réellement James depuis le jour où elle a discuté avec Andréa et Dorcas, elle a commencé à remettre sa rancune en question ! C'est une fille intelligente !

Merci aux reviewers du chapitre précédent, à savoir…

Sandrine ! merci pour tout ! Tu sais que c'est l'une des scènes que j'ai le plus aimé rédiger pour le moment, mais je ne savais pas si ça passerait, justement ! Contente que tu aies apprécié ! L'alcool est un bon déclencheur d'éléments dans cette fic haha ^^

malilite ! Alors oui, pour la mystérieuse nana de Sirius, elle s'appelle bien Téana et Leoh c'est son nom de famille. Et honnêtement, il y avait une explication rationnelle derrière ce choix mais… euh, je m'en souviens plus haha ^^ Je voulais juste l'introduire au chapitre précédent, et elle reviendra très prochainement ! Il y aura une petite intrigue autour de son histoire avec SB !

Chevalier du cat ! Merci pour ta review ! Toujours un plaisir de savoir que tu as accorché !

Sheshe13! Maaa j'ai eu le sourire tout le long de la lecture de ta review ! Bah, allez, j'avoue que j'ai ricané quand j'écrivais la réplique « et c'est arrivé trois fois ». Et oui, James s'est « résigné » a aimer Lily vu qu'il n'arrive pas à faire autrement de toute manière, et c'est pas faute d'avoir essayé. Le fait qu'il réalise ne plus être amoureux d'Emily l'a aidé à se tourner plus sincèrement et entièrement vers Lily. Enfin ! Merci pour ta review J

Dreams Of Dramione! Ohlala merci merci ! Franchement ce sont tes reviews qui sont époustouflantes, elles me laissent toujours sans voix parce que bon, qu'est-ce que c'est gentil et mignon quand même ! héhé ! Bah il était temps qu'ils se roulent une pelle, ces deux là ! James a compris bien plus vite que Lily que ce n'est pas un baiser anodin, mais jen dis pas plus ! Merci pour ton soutien !

Merci aussi aux plus discrets lecteurs, followers et misenfavoriteurs!

N'hésitez pas à me faire part de vos impressions, ci-dessous ! J'adorerais savoir tout ce que vous avez pensé !