Chapitre 9

Remise en question

La lumière rouge, perfide, luisait sur les murs de brique grise, et sur leurs visages crispés. Elza tremblait toujours, soutenue par Myxilia et, au loin, les cris de rage de la bataille résonnaient douloureusement. Une goutte de sueur, glacée, roula sur la tempe de l'adolescente.

Les deux femmes savouraient l'effet de leur apparition. Chacune portait, sur son bras droit, une bande marquée d'un large SCOD en lettres dorées. Alexandre s'interposa.

- J'm'en occupe ! Ca fait longtemps que j'ai pas fait de double, et je manquais justement d'entrainement !

Il se plaça devant les filles, les bras écartés, comme protecteur, et sourit à ses adversaires avec insolence.

- Mes chers amis pokémons, vous qui êtes si fort… Et si beaux ! Nous allons nous battre contre ces deux femmes en même temps ! s'exclama-t-il joyeusement.

- Quoi ?! hurla Candice de l'autre bout du couloir. Hors de question que tu retires toute la gloire ! Je prends deux gardes moi aussi !

Choquées mais confiantes, les deux femmes ne dirent pas un mot, et se préparèrent à combattre Alexandre. Deux gardes à l'air fourbes encerclèrent Candice, qui les toisa avec dédain en mettant en garde ses pokémons.

Myxilia en profita pour avancer dans le couloir étroit et rougeoyant, et posa Elza dans un coin dégagé.

- Reste là. On les mets hors jeu, et on décolle.

- D'accord, répondit Elza dans un demi-sourire.

- Ca va aller ? ajouta la grande.

- Un peu sonnée. Ne t'en fais pas.

Au moment où elle disait cela, Matthew cria. Il était encerclé par trois hommes, et ses pauvres pokémons ne suivaient plus le rythme. Myxilia couru le rejoindre tandis que Nezu s'était déjà précipitée là-bas pour les électriser.

Elza pu observer vaguement les matchs qui se déroulaient autour d'elle. Elle respirait à nouveau normalement, mais ses tremblements étaient tels qu'elle aurait pu sans peine rivaliser avec Dizzy au summum de son excitation.

De son côté, Matthew se rétablissait, son petit mélo dans les bras, encourageant avec entrain goinfrex et macronium qui luttaient férocement.

Myxilia se battait avec Heru et Nezu, dans un ballet de mouvements étranges, ponctué par les éclairs de lumière rouge qui ondoyaient dans la pièce. Sa grâce, dans un tel moment de rage et de violence, dénotait et donnait un aspect écœurant, ridicule à la scène. Elza savait que Myxilia ne le faisait pas exprès sa façon si personnelle de se battre relevait plus de la coordination que du combat pur. Même les attaques de son pikachu et de son mentali étaient menées à grand renfort de mise en scène et d'étoiles scintillantes.

Néanmoins, Elza fut satisfaite de constater qu'elle menait son match avec brio, et que, bientôt, les sbires autour d'elle déclaraient forfait.

De l'autre côté de l'étroit couloir, Candice martelait de coups ses adversaires. Elle se battait avec son grolem et son hypnomade, hurlant férocement ses ordres, les poings serrés, ne laissant aucun répit à ses adversaires. Ses attaques, brutales, décontenançaient ses adversaires. Elza fixa l'hypnomade. Elle avait un horrible souvenir de sa pré-évolution, le soporifik, avec qui elle avait eu des problèmes plusieurs fois depuis le début de son aventure, et fronça les sourcils.

Du coin de l'œil, le sourire fier, Alexandre observait Candice. Ses yeux clairs, perçants, oscillaient entre les deux femmes à l'air féroce et la jeune dresseuse aux cheveux de feu. Les mains dans les poches, il ne semblait même pas conscient de la gravité de leur situation. Il avait envoyé archéodong et lokhlass, avait caressé doucement la carapace grisée de son pokémon d'eau, et s'était contenté de murmurer ses attaques sans se départir de son sourire. L'immense pokémon bleu avaient lancé une attaque aquatique dévastatrice, si bien qu'une grande partie du couloir étaient plongée dans une marre d'eau. La grande cloche de bronze se servait de ses pouvoirs de type psy pour englober d'immenses boules d'eau et les envoyer droit sur ses ennemis.

Nidoking et nidoqueen étaient coincés. Derrière eux, leurs dresseuses, et devant, des gerbes d'eau puissantes. Déjà, ils perdaient la bataille. Alexandre en était presque déçu. Trop facile. Il n'avait même pas eu à utiliser d'attaque puissante.

- Pffeuh ! souffla t-il. Encore des scientifiques qui martyrisent des pokémons, et qui ne sont pas même capable de mener un vrai match ?!

- Tais-toi, l'affreux ! cria la femme aux cheveux ébouriffés.

Un grésillement se fit entendre et elle tripota quelque chose près de son oreille.

- Ici Aude à SCOD-Doublonville, j'écoute ? … Très bien.

Son regard s'assombrit dans un éclair de colère.

- Très bien. Terminé.

Elle se retourna vers sa camarade et siffla :

- Ils ont échoué !

L'autre opina du chef, l'air farouche. Alexandre, peu enclin à se laisser ignorer de la sorte, grogna :

- Fini de discuter, les gonzesses ?! J'ai pas encore terminé de vous réduire en miettes !

- La ferme, blondinet. Gwen, on doit filer tu-sais-où.

Elle se retourna vers les sbires et dans un ordre lancé d'une voix tonitruante, lança :

- Assez ! Tous les sbires, on décolle ! Laissez là les morveux, ils n'ont pas d'importance !

Immédiatement, les combats cessèrent. Comme un seul homme, tous les hommes rappelèrent leurs pokémons et disparurent à travers les escaliers ou l'ascenseur.

- Hey ! cria Candice. JE GAGNAIS ! REVENEZ, LÂCHES !

La femme aux cheveux ébouriffés la regarda avec pitié et disparu en courant dans une pièce annexe. L'autre femme, voûtée, l'air étrange, comme un peu absente, se retourna lentement vers elle. Elle eut un rire bref et sans joie, puis elle tourna les talons et commença à s'éloigner d'un pas claudiquant.

- Ne partez pas ! lança Myxilia d'un coup. Comment savez-vous pour Twilight ?!

La femme s'arrêta, sans se retourner. Elle eut un mouvement flou, puis elle se remit en route.

- Répondez ! Où sont les pokémons ? Que leur faites-vous ?! Pourquoi vous ne vous défendez pas ?!

Cette fois, la dénommée Gwen s'arrêta, et se retourna. Son regarda marron, barré par de grands cernes violets, flamboya quand il rencontra celui de Myxilia.

- Devine, murmura-t-elle avec un air sadique.

Elle ouvrit une porte et s'engouffra à l'intérieur. Quand Alexandre se précipita à sa poursuite, il ne trouva qu'un cagibi vide.

Tout le monde resta sans voix. Une seconde plus tôt, des combats faisaient rage, puis d'un coup, l'alarme stridente avait cessé, la lumière rouge s'était éteinte, laissant le couloir dans une obscurité vaporeuse. Tout le monde se regroupa autour de l'ascenseur.

Myxilia s'assura qu'Elza allait suffisamment mieux pour la remettre debout, quand un cri leur parvint du bout du couloir.

- Attendeeeeeez !

Une voix de fille, désespérée, déchira l'air lourd. Elle courut à leur rencontre et reprit son souffle sous les regards surpris des membres du groupe.

- Je suis Blanche, la championne de l'arène de Doublonville, se présenta la nouvelle venue.

- Blanche ! La championne qui a disparu depuis des semaines ?! s'écria Matthew.

Elle avait l'air paniqué, et une éraflure barrait sa joue. D'un ton piteux, elle balbutia :

- Oui, c'est bien moi.

Elle souffla longuement et tenta de sourire.

- Je ne me sens pas très bien, on devrait retourner au Centre Pokémon, il n'y a plus rien à faire ici. Je vous raconterais pourquoi je suis là si vous me dites pourquoi vous êtes là aussi.

Alexandre la regarda d'un air méfiant, mais Myxilia acquiesça.

- Oui, allons-nous en d'ici.

Le bâtiment était vide de tout sbire, aussi, après s'être assuré qu'il ne restait aucun pokémon enfermé dans le bâtiment de la SCOD, tout le groupe était sorti du bâtiment. Un malaise étrange les étouffait, de cette attitude étrange de chaque sbire, et de leur fuite imprévue. Ils avaient l'impression de rester sur leur faim, d'avoir été trompé, de s'être fait prendre pour des idiots.

Pourquoi, après cet étrange appel, la femme aux cheveux frisés avait-elle dit « ils ont échoué » ? Qui ? Avait échoué quoi ? Une capture de pokémon ? Une expérience ? Un vol ? Un massacre ?! Pourquoi après cet étrange appel chaque personne présente s'était calmée d'un coup, comme s'ils n'attendaient que ce signal pour déguerpir ? Comme si, depuis le début, leurs matchs contre les adolescents n'avaient été qu'un amuse-gueule avant le plat principal…

Il était tard. Un croissant de lune scintillait dans le ciel, étouffé quelque fois par les nuages épars. L'air, étouffant, était presqu'irrespirable.

Ils étaient rentrés au Centre, et s'étaient tous accoudés à une table sous l'œil étonné d'un leveinard.

La nouvelle venue les avait suivi docilement jusque là. Elle ne semblait pas aller mal, bien qu'elle eût une petite mine. Elle leur raconta son histoire d'une petite voix, l'air perturbée.

- Je les ai vus ramener des pokémons en cage, un soir avant l'ouverture officielle, et j'ai fait comme vous. Je suis allée voir, mais j'étais seule, et ce soir là, il y avait beaucoup de monde, parce que le bâtiment n'était pas encore ouvert au public et des sbires montaient la garde. Ils m'ont attrapé et m'ont gardé enfermée, parce que s'ils m'avaient laissé sortir, je les aurais dénoncés à la police… Ce soir, presque tous les gardes sont partis je ne sais où. J'ai réussi à faire croire au garde qui me surveillait que je voulais aller aux toilettes, et mon ecremeuh m'a aidé à le mettre K-O. Ca a été assez facile, parce qu'il était seul, et il s'est laissé déconcentrer par l'alarme qui s'est mise en route d'un coup ! Alors je me suis échappée et je suis tombée sur vous.

Un silence pesa sur le groupe pendant qu'Elza se dit qu'il devait être horrible de rester enfermé dans une cage d'où on n'était pas sûr de sortir

- Et maintenant ? dit Alexandre. Tu vas les dénoncer à la police ?

- Bien sûr ! Ils ne s'en sortiront pas si facilement ! siffla Blanche.

- Blanche ! cria l'infirmière Joëlle qui arrivait. Vous êtes revenue ! Quelle bonne nouvelle ! Les dresseurs de pokémon en Initiation vont être ravis !

Puis elle s'interrompit, les mains sur les hanches et les sourcils inquiets.

- Vous avez mauvaise mise, vous tous ! Blanche, vous avez une griffure sur la joue, et vous mademoiselle, vous êtes bien pâle.

Elle se pencha vers Elza et l'examina rapidement :

- Vous devriez aller vous reposer.

Elle lança un regard appuyé sur les trois adolescents, comme si elle les accusait de l'état des deux jeunes femmes, et retourna s'occuper des pokémons de son Centre.

Blanche soupira et se leva. Elle semblait épuisée.

- Je crois que l'infirmière a raison, je vais aller chez moi. Bonne soirée.

- Tu veux que je te raccompagne ? proposa Candice.

Tandis que Blanche déclinait l'offre avec un sourire timide, Elza se leva à son tour, comme dans une sorte de transe, et dit bonne nuit au reste du groupe.

Une fois allongée dans son lit, des images de la soirée tournèrent en boucle dans sa tête, la tourmentant comme un démon. Des images de malosse, surgissant sur elle, la douleur dans ses côtes, la contre attaque de Dizzy qui avait sauté sans hésitation sur le sbire malveillant.

Elza revit la violence des affrontements, et le sang, les griffes de Dizzy plantées dans le crâne de l'homme qui hurlait, hurlait…

Malgré la fatigue, elle passa une affreuse nuit, peuplée de cauchemars terrifiants où Dizzy lacérait des corps sans visage, les yeux déments, tandis qu'Elza, en proie avec une horde de malosse enragés, se retrouvait acculée dans une cage sans issue.

Myxilia se leva avec l'impression fade d'une mauvaise soirée. Elle se sentait responsable d'un échec cuisant, et dont elle n'était pourtant pas fautive. Elle déjeuna sans y penser, et sortit faire un tour.

Les rues de Doublonville étaient déjà bondées de monde. Partout, des femmes faisaient leurs courses et discutaient avec leurs voisines. Les enfants jouaient, courraient partout.

En haut de la plus haute tour, sur l'immense panneau télévisé, Lula Chronique annonçait d'une voix enjouée le retour de Blanche, la championne, et de nombreux habitants appelaient leurs amis dresseurs pour les prévenir qu'elle comptait rouvrir son arène dans les prochains jours.

Myxilia décida de s'éloigner de l'agitation. Elle se dirigea instinctivement vers le bâtiment de la SCOD, où une longue file de gens patientaient encore dans le but de rentrer, de devenir puissant. Elle contourna le bâtiment avec un pincement au cœur. Derrière, la forêt lui offrit une fraicheur piquante. Elle se rendit alors compte que même hors du couvert des arbres, le soleil ne tapait pas. Le ciel était gris, et si elle avait mit ça sur le compte de l'heure matinale, elle devait bien se rendre compte que le temps avait changé. Après des semaines de canicule.

Elle courut jusqu'au Centre.

- Alex ! dit-elle. Tu as vu ? Dehors… Il va pleuvoir !

- Tu es sûre ? demanda le blond en fronçant les sourcils.

Il regarda dehors. Un vent inattendu secouait les branches des arbres, faisant s'envoler les feuilles séchées par des mois de soleil intense.

- Oh. Et bien. Disons qu'il était temps.

- Mmh… marmonna Myxilia, songeuse.

- Bonjour tout le monde, salua Matthew.

- Bonjour, répondirent distraitement les deux autres.

Matthew suivit la direction de leur regard. Il sursauta de surprise.

- Mince alors ! Il y a de l'orage dans l'air ! s'exclama t-il.

Puis, il se désintéressa des arbres qui se mouvaient au rythme des coups de vents frais.

- Myxilia… dit-il.

- Oui ?

Elle reporta son attention sur le garçon.

- Peut-être que… Tu devrais aller voir Elza. Elle ne va pas bien du tout.

- Elle est malade ?!

- Je ne crois pas. Je ne crois pas… Tu veux bien y aller, s'il-te-plait ? ajouta-t-il, l'air gêné.

Myxilia fronça les sourcils et disparu dans les couloirs du Centre.

- Qu'est-ce qu'elle a ? demanda Alexandre.

- Je crois qu'elle est perturbée. Elle a pleuré ce matin quand elle s'est réveillée. Et elle n'a pas dit un mot de toute la matinée. J'ai essayé de lui parler, en vain.

- Oh.

Le blond ne su pas quoi dire d'autre.

Myxilia toqua doucement à la porte de la chambre.

- Elza ? murmura-t-elle. C'est moi, Myxi. Je peux rentrer ?

La brune entra dans la chambre après avoir attendu un instant sans réponse. Elle y trouva Elza, toute habillée, les cheveux en bataille et l'air totalement terrifiée. Les volets étaient fermés, une obscurité plongeait la pièce dans une ambiance morbide. Assise en tailleur sur le lit superposé du haut, Elza demeurait figée, des sillons de larmes coulant sur ses joues bronzées. Devant elle, la pokéball de Dizzy vibrait par intermittence, comme pour signaler sa présence.

- Mon Dieu, Elza ! Tu es dans un état !

Elle accouru auprès de sa protégée.

Elza sentit la boule qui restait dans son ventre remonter jusqu'à sa gorge. Elle fondit en larmes dès que Myxilia s'approcha d'elle. Elle s'accrocha à ses bras comme à une bouée.

- Myxi… murmura t-elle dans un sanglot étouffé. C'est horrible !

- Quoi ? Qu'est-ce qui est horrible ?! Elza… dit calmement Myxilia en la berçant comme elle pouvait.

- DIZZY ! hurla Elza.

Un voile de peur passa devant les yeux de la petite fille.

- Il est monstrueux ! Il y avait du sang, du sang !

Des larmes roulaient sur ses joues. Myxilia ne sut que faire, interloquée.

- Il… Il s'est agrippé à cet homme… Il lui a fait du mal ! Il y avait du sang ! C'était ignoble ! criait Elza en essuyant les flots de larmes qui coulaient partout sur son visage.

- Elza ! Calme-toi ! Je suis désolée…

Myxilia grimaça, visiblement mal à l'aise.

- Je redoutais que ce genre de chose puisse arriver, et c'est exactement la raison pour laquelle je ne voulais pas que tu viennes… Dizzy n'y est pour rien ! Il a agi de manière instinctive, il t'a défendu parce qu'il t'a senti en danger.

Elza sauta dans les bras de Myxilia.

- Myxi, Myxi… Qu'est-ce que j'ai fait ?! Qu'est-ce qu'il a fait ?! Ne pouvait-on pas simplement se battre à pokémon contre pokémon ? Juste un K-O ?! Un match sans sang !

- J'avais dit que ça ne serait pas une promenade… dit Myxilia. Tu ne dois pas lui en vouloir, d'accord ? Il n'a fait ça que pour t'aider…

Elza acquiesça. Elle approcha lentement sa main de la ball, vibrante, de Dizzy, et la toucha. Un frisson lui parcouru l'échine, et dans sa tête les flashs de l'homme torturé s'imposèrent à elle. Dans le feu de l'action, Elza n'avait pas mesuré l'ampleur des événements, mais lorsqu'elle s'était réveillée en sursaut ce matin, après cette nuit cauchemardesque, Elza avait eu un haut-le-corps et s'était sentie mal. Immédiatement, instinctivement, Elza avait jeté la faute sur l'agressivité de Dizzy. Sous le regard inquiet de Myxilia, Elza ferma les yeux, et serra fort la ball de son pokémon dans sa main. Puis, elle la rangea dans son sac et s'allongea.

Roulée en boule, elle se rendormit d'épuisement. Myxilia essuya les larmes qui mouillaient encore son visage, la recouvrit et sortit. Quand elle revint la voir une heure plus tard, elle trouva le lit vide et défait. Le sac de la petite fille était là, et à côté, brillantes, les balls de Zan et Chinchou étaient sagement posées. Il manquait celle de Dizzy.

Et Elza avait disparu.

La pluie fine, doucereuse, auréolait Elza d'un halo pâle qui brillait sous la lune. Elle courrait sans faire attention à l'endroit où elle se trouvait, serrant dans sa main glacée la pokéball de Dizzy.

Les larmes, sur ses joues, se confondaient avec la pluie qui tombait de plus en plus fort. Le vent soufflait de plus en plus violemment, faisant naitre des frissons sur le corps maigre de la petite fille. Elle portait son habituel short ainsi que son tee-shirt jauni et trempé, qui collaient lourdement à sa peau, glacés.

Autour d'elle, la forêt s'épaississait au fur et à mesure qu'elle avançait. La pluie devenait lourde d'énormes gouttes tombaient sur son crâne et dans ses yeux. A peine consciente du brusque changement de la météo, elle s'arrêta et trébucha dans une flaque de boue. La ball de Dizzy roula plus loin.

Un grondement sourd fit trembler le sol. Le tonnerre sembla réveiller Elza, qui se releva précipitamment, récupérant maladroitement la pokéball tombée. Puis, un éclair zébra le ciel, l'aveuglant un instant, et vint frapper le sol un peu plus loin avec une telle intensité qu'Elza manqua de tomber encore.

La pluie tombait dru à présent, piquant la peau d'Elza de pointes glacées. Le tonnerre ne s'arrêtait plus, les éclairs se succédaient devant elle, semblant toujours tomber plus près. Elle fit demi-tour.

Elle couru aussi vite qu'elle pu. Elle avait oublié la raison de sa présence ici, la terreur affluait dans ses veines, et la seule chose à laquelle elle pensait, c'était de rentrer au Centre et de retrouver ses amis.

Elle se rappela qu'elle était venue ici pour relâcher Dizzy, et elle s'arrêta brusquement.

Ses cheveux étaient plaqués sur son front, ses mains glacées. Elle ne faisait même plus attention au froid qui l'engourdissait. Ses lèvres étaient bleues, elle ne sentait plus ses jambes la porter. Debout au milieu de l'orage furieux, elle regarda la ball de Dizzy.

Elle ne vibrait plus beaucoup. Comme s'il se doutait de ce qui allait arriver et qu'il essayait de se faire oublier. Un éclair tomba à quelques mètres d'elle, et elle eut ce même flash l'homme blessé, hurlant sous les assauts des griffes et des crocs de son pokémon.

Elle frissonna, mais ce ne fut pas de froid, et approcha son pouce de l'ouverture de la pokéball.

Soudain, un hurlement bestial retentit au loin, faisant sursauter Elza. Son cœur se mit à battre la chamade. Elle releva la tête, et un détail incongru la frappa : tous les éclairs convergeaient en un même point. Partout, le tonnerre et la pluie engourdissaient la forêt, mais chaque raie de lumière semblait se diriger vers le même endroit. Elza était tétanisée, mais la curiosité lui rongea les entrailles.

Elle pesa le pour et le contre, lorsqu'elle entendit à nouveau le rugissement monstrueux. Elle voulu faire demi-tour, mais ses pieds refusaient de bouger. Un coup de tonnerre plus fort que les autres la sortit de sa léthargie et la poussa en avant. Elle avança de quelque pas, et déboucha sur une clairière.

De partout, la foudre s'abattait sur un immense rocher, au somment duquel elle vit le plus fascinant et le plus effrayant spectacle de sa vie.

C'était un peu comme un gros chien, jaune et rayé de noir, dont la crinière mauve volait au rythme du vent violent. Il hurlait, et chaque son qui émanait de lui ressemblait au grondement sourd d'un coup de tonnerre. Le buste droit et levé vers le ciel, il semblait pomper l'énergie de tous les éclairs qui tombaient directement sur lui.

Elza ne bougeait plus, elle osait à peine respirer, ayant oublié tous ses maux, perdue dans l'observation du majestueux pokémon devant elle.

Brusquement il sentit la présence de la fillette, car il cessa d'absorber la lumière, et tous les éclairs divergèrent aléatoirement dans la forêt. Il tourna sa tête vers Elza, la fixa une seconde, et disparu d'un bond dans l'obscurité.

Le souvenir, fugace, de la gueule du pokémon, resta un instant imprimé sur la rétine d'Elza : des yeux brûlants, rougeoyants, de longues canines proéminentes, ainsi qu'un masque de métal surmonté d'une croix argentée qui brillait sous la lune et la foudre.

Après cette vision onirique, Elza ferma les yeux. Le noir, le vent, le froid. Et dans sa main, toujours un peu vivante, la pokéball de Dizzy.

Elza, tourmentée, ballotée entre ses sentiments, avait mal au cœur : d'un côté elle ne pouvait pas abandonner Dizzy Elle l'avait capturé avec joie. Mais il avait fait du mal. Parce qu'il avait agit sous ses ordres. Il n'aurait pas du y aller si fort. Il l'avait sauvé parce qu'il tenait à elle. Il était allé trop loin. En réalité, c'était leur faute. A tous les deux.

Dans ses mains, la ball trembla violemment. Elza la serra fort. Les jointures de ses doigts glacés blanchirent. Elle trembla avec la ball, et dans son cœur quelque chose se déchira à l'idée de perdre ce petit être si important.

Elle se souvint de ses petits yeux rieurs, de son premier match qu'il avait gagné pour elle, de sa maladresse, de sa fourrure chaude et douce, de ces soirées passées à le caresser… Une larme se mêla encore à la pluie torrentielle qui coulait sur son visage. Elle su qu'elle ne pourrait pas l'abandonner.

Un silence l'enveloppa petit à petit. La pluie se calma un peu, le vent retomba. Cachés jusqu'alors, plusieurs dizaines de paires d'yeux la fixaient avec hargne. Lorsqu'Elza releva la tête, elle vit tous ces cornèbres qui fonçaient droit sur elle en croassant férocement.

Elle hurla, et la ball de Dizzy s'ouvrit. Il se dressa sur sa queue, sans même la regarder, et se mit face à la nuée de corbeaux.

- Dizzy ! cria Elza. Je t'aime ! Je t'aime, pardonne-moi !

La petite fouine se retourna une fraction de seconde, l'embrassa du regard, et Elza comprit qu'il ne lui en voulait pas.

- Dizzy, défend-moi ! Attaque charge !

Les becs acérés des pokémons ombre griffaient Elza, mais Dizzy bondit et les chargea violement. Elza ne savait pas pourquoi elle se faisait attaquer par cette famille de cornèbres, mais elle savait que sans Zan et Chinchou, Dizzy seul ne parviendrait pas à les neutraliser.

Pourtant, le pauvre pokémon se donnait à fond. Il chargeait ses ennemis avec hargne, puisant dans son inhabituelle source incroyable d'énergie, il les griffait et les empêchait de toucher Elza. Sa dresseuse.

Quand il sentit que ses forces commençaient à décliner, son cœur se mit à battre de plus en plus vite. Il sautait partout avec dextérité, et finalement, il atterrit aux pieds de la petite fille. Profitant de cette seconde à terre pour reprendre son souffle, il sentit soudain quelque chose de glacé lui parcourir l'échine.

La main d'Elza caressait le dos de Dizzy.

Les flashs de sa nuit à la SCOD s'effaçaient. Elle faisait tout pour. Et, au fur et à mesure que sa main progressait le long de la colonne du fouinette, Elza sentit la température de son pokémon monter. Sa main brûla d'un coup et Elza la retira précipitamment. Fouinette cessa de trembler. Son corps tout entier se figea, puis se mit à luire d'une façon fantomatique.

Autour, les cornèbres avaient cessé de s'approcher, aveuglés par la lumière forte.

Le corps de Dizzy s'allongea et s'affina, sa queue se fit plus longue, et son museau se détacha de son buste pour trôner fièrement en haut de son corps. La lumière s'éteignit, et dans le silence pesant de la nuit, le pokémon cria :

- Fouinaaaar !

Il tremblait toujours autant que fouinette, mais la joie qu'eut Elza à contempler sa première évolution ne rendit le moment que plus intense encore. Elle le serra dans ses bras, oubliant toute crainte un instant.

Mais les pokémons corbeaux attaquèrent de nouveau. Dizzy fut submergé par une énergie nouvelle, et donna de puissants coups de queue pour protéger Elza.

Son évolution lui conféra un avantage certain, et il finit par mettre en retraite plusieurs cornèbres, qui s'enfuirent avec leurs camarades, froussards.

- Dizzy ! Oh, Dizzy… Je suis tellement désolée ! murmura Elza en le serrant contre elle.

Le pokémon n'aurait pas pu être plus heureux. Il avait eu tellement peur ! Peur d'être rejeté une fois encore ! Avec Elza, il avait cru que sa tare serait une force, et finalement, elle s'était encore retourné contre lui… Mais finalement, il avait réussi à conquérir son cœur, et il savait qu'il resterait avec elle, pour toujours, dans son cœur.

Le vent faisait doucement bouger les feuilles des arbres, et agenouillés dans la terre humide, les cœurs d'Elza et de Dizzy battaient à l'unisson. Après cette vague d'adrénaline cependant, le froid s'abattit à nouveau sur Elza, et dans un frisson, elle sentit sa vision se troubler et tout devint noir.

Nostenfer revint vers Alexandre en poussant de grands cris paniqués.

- Il l'a retrouvé ! Elle a du se perdre dans la forêt.

- Par cet orage, quelle horreur ! gémit Myxilia. Pauvre Elza… Bon sang, si j'avais fait attention… !

- Myxi ! dit Candice. Ca n'est sûrement pas ta faute !

Alexandre, Candice et Myxilia se lancèrent dans la forêt sombre et fraiche. Matthew, contraint de rester au Centre sous peine de mort prématurée de la part de Myxilia, se contenta de les regarder s'enfoncer dans la forêt, l'angoisse lui enserrant la gorge et formant au creux de son estomac une boule de plomb.

Ils la retrouvèrent, allongée en chien de fusil, en compagnie de Dizzy qui faisait de son mieux pour la réchauffer en couinant avec désespoir.

- Elle est glacée ! hurla Myxilia.

- Hé, Dizzy, c'est toi ? dit Alexandre en se penchant vers fouinar.

Dizzy sautilla avec impatience, les oreilles basses d'inquiétude, et couina faiblement en direction d'Elza.

- Tu t'es bien occupé d'elle, dit gentiment Alexandre. Je prends le relais.

Alexandre la pris sur son dos et entreprit de la ramener en ville. La tête de la petite fille se ballotait au gré des pas du blond, tandis que sur ses lèvres bleutés entrouvertes, s'échappaient de trop faibles volutes de buée.

Lorsqu'Elza se réveilla, elle vit une demi-douzaine de visages penchés sur elle. Contre son flanc, la présence chaude et rassurante de Dizzy calma légèrement le mal de tête qu'elle sentait poindre à l'arrière de son crâne.

Les babillages cessèrent, et tout le monde s'assura qu'elle allait bien.

- Elza !

Myxilia planta un regard sévère dans les yeux de sa protégée.

- Est-ce que tu as perdu la tête ?! Sortir par ce temps ?! Tu aurais pu… Oh, Elza ! Ne refais jamais ça !

- Myxi ! dit Candice. Laisse-la retrouver ses esprits. Elle était perturbée, ne crie pas !

Finalement, tout le monde partit après avoir souhaité un bon rétablissement à Elza. Elle se redressa péniblement, et Dizzy frotta son museau contre la joue de la petite fille qui le serra fort contre son cœur.

- Hey, ma petite pile, tu vas bien ?

- Uiii… couina le pokémon d'un air heureux.

Elle le serra encore et se recoucha. Lorsqu'elle se réveilla, la matinée était déjà bien entamée. Bien que groggy, Elza se sentait bien mieux après cette nuit réparatrice, et se leva doucement. Grognant avec satisfaction en constatant qu'elle tenait tout à fait sur ses jambes, mais l'esprit embrumé par le manque de caféine, elle décida de rejoindre ses amis dans le self du Centre Pokémon. Quand Elza arriva, toute la troupe, accoudée à une table, semblait en pleine discussion.

- Bonjour, belle au bois dormant ! plaisanta Alexandre.

- Bjzzzzr…, dit Elza en s'asseyant comme un zombie à la table.

Elle se servit une grande rasade de café dans un bol immense et disparut derrière. Matthew savait qu'il était inutile de lui parler tant qu'elle n'avait pas petit-déjeuné, mais il avait de grandes nouvelles à lui annoncer, aussi tenta-t-il le coup :

- Elzounette, dit Matthew. On discutait avec tout le monde et…

- Hum ?

- … Myxilia a reçu un appel de Sinnoh…

- Son chéri d'amouuuur ! siffla Alexandre avec un rictus.

- La ferme, nabot ! répliqua Myxilia.

- Et donc, reprit Matthew en lâchant un soupir. Elle a décidé de partir là-bas, en mission.

- En mission ?! Ha, ha ! Hey, sœurette, protège-toi quand tu feras l'am- !

- ALEX !

Myxilia, tout en rougissant, roula des yeux et le fusilla du regard.

- Ne dis pas de bêtise, dit-elle d'un ton sérieux. Peter m'a assuré qu'il s'agissait d'une mission de la plus haute importance.

- C'est ça, dit Alexandre avec un grand sourire.

- ET ! dit fermement Matthew qui en avait assez de se faire couper la parole. Candice et Alexandre ont décidé de rester ici pour infiltrer de nouveau la SCOD. Ils veulent essayer de savoir comment ces deux femmes ont été mises au courant pour…

Il chuchota le dernier mot en regardant autour de lui :

- … pour Twilight.

- Hum, dit Elza, toujours cachée derrière son café.

- Hey ! Tu peux parler, le nain ! Toi tu restes avec Candice ! C'est louche, non ? lança Myxilia avec un air de triomphe.

- Quoi ?! hurla la rousse. Jamais je ne m'abaisserais à envisager la plus petite probabilité de toucher une demi-seconde un blond !

Alexandre la regarda d'un air indifférent et répliqua d'une voix douce :

- Tu vois, Myxi mêle-toi de tes capotes !

- Mais vous avez fini de parler de ça ?! cria Matthew en se levant d'un bond. C'est important !

Tout le monde se tu, mais des sourires goguenards se lisaient sur les visages.

- Et, pour finir, Elza, il se trouve que Cristal est partie ce matin même pour Kanto. Elle est partie rejoindre son frère, je crois.

- Hum… lui répondit le bol.

- Elza, il ne restera plus que nous tout à l'heure. Nous irons défier Blanche ! dit-il en regardant la championne qui leva le pouce en signe d'acquiescement. Tu as tout entendu ?

Elza abaissa son bol vide et soupira de contentement.

- Aahh… Tu disais ?

Matthew s'assit, l'air dépité. Tout le monde rit.

- Au revoir Myxi… Tu vas me manquer ! dit Elza en serrant son amie dans ses bras.

- T'inquiète pas, on se reverra vite ! Je ne manquerais tes matchs de la Ligue pour rien au monde !

- Salut ! dit Matthew, l'air serein. A bientôt !

- A bientôt !

Myxilia monta dans le Train Magnet après avoir jeté un regard triste vers les nouvelles installations en cours de construction.

- Fais un bon voyage !

Ils la saluèrent, tandis qu'Alexandre appelait son nostenfer. Il monta dessus et agrippa la main de Candice pour l'aider à grimper.

- Salut les gnomes ! A la revoyure !

- Hé, où allez-vous ?! Je croyais que vous restiez ici ?! dit Elza en les voyant prendre de l'altitude.

- On va se planquer, et il vaut mieux pour vous que vous ne sachiez pas où !

- Salut, Elzounette ! lui cria Candice depuis le ciel.

- Je ne m'appelle PAS Elzounette ! répliqua Elza en levant les bras en signe d'au revoir.

Une fois qu'ils ne furent qu'un petit point dans le ciel, Elza se retourna vers Matthew.

- Il ne reste que nous deux, alors ?

- C'est ça. Enfin la paix ! plaisanta-t-il. Et au fait, félicitations pour Dizzy !

Elza tenta de ne pas paraître trop fière de sa toute première évolution tandis que Matthew plaisantait :

- On est enfin à égalité ! Mais te fais pas de fausse idée : je n'ai toujours pas peur de toi !

Il lui fit un clin d'œil et Elza explosa de rire.

- T'es bête !

Il y eut un silence durant lequel Elza caressa avec amour la Ball de son précieux ami, qu'elle avait failli perdre, et finit par demander :

- Et maintenant ?

- Maintenant… termina Matthew. En route vers le troisième badge !