Le ptit 2e du jour !


Chap 10 : Emménagement


"- Alors ? Quelle est la relation entre cet endroit et ta mère ? " demanda Conan, regardant le vieux bâtiment traditionnel leur faisant face depuis qu'ils étaient descendus de la voiture d'Agasa et vers lequel ils s'avançaient.

Le garçon avait gardé son déguisement de petite fille pour la route, au cas où, et Heiji était désormais dans les vêtements qu'il avait en arrivant aux urgences, heureusement assez sombres pour que personne ne remarque les traces de sang séché sauf s'il les cherchait.

"- C'est le dôjô où elle avait l'habitude de venir quand elle a commencé à pratiquer le Kendo..." répondit l'Osakien, posant un regard nostalgique sur la bâtisse en bois de style japonais, vieille mais encore solide et en usage. Quoique, étant le milieu de la nuit, elle avait l'air abandonnée. "Un jour, quand j'étais jeune, mon père m'avait vraiment énervé - il est vraiment doué pour ça - et j'ai décidé que je préférais aller à son dôjô à elle que le sien...

- Et j'ai discrètement demandé à mon ancien maître de venir ici et de t'entraîner de temps en temps.

- Oui... Je ne te l'avais pas dit mais je savais que ce p'tit vieux n'était pas de ce dôjô. Son style était légèrement différent et son équipement... Hein ? Oyaji ?!"

Les deux détectives sursautèrent quand ils remarquèrent que le chef de la police d'Osaka était derrière eux, l'air plus menaçant que jamais avec la pâle lumière de la lune qui durcissait encore ses traits peu amènes.

"- Rentrons. Je pense que nous avons beaucoup de choses à nous dire..." observa-t-il, posant un regard étonné à Conan, voyant l'écharpe et son visage tuméfié sous ses faux cheveux, mais ne reconnaissant a priori pas le garçon. Les trois rentrèrent, le père d'Hattori ouvrant la porte apparemment non verrouillée, les menant, lumières toujours éteintes, jusqu'au vestiaire au milieu du bâtiment. Quand il alluma la lumière, les deux adolescents se figèrent, remarquant qu'ils n'étaient pas seuls.

"- Calmez-vous, tous les deux, il est avec moi. Nous sommes arrivés plus tôt que prévu alors j'ai préféré qu'il attende ici, vu que j'avais les clés d'ici grâce à mon ancien maître de Kendo."

Les détectives regardèrent suspicieusement l'homme d'âge moyen assis sur un banc au centre de la pièce, habillé plutôt classiquement, si ce n'était un gros sac noir à ses pieds.

"- Je suis un peu vexé que tu ne me reconnaisses pas, Heiji" sourit-il, regardant l'adolescent à la peau mate.

"- Yamato-jiisan ?!" reconnut l'Osakien, après l'avoir regardé attentivement. "Et béh, ça fait longtemps...

- Tu le connais ?" chuchotta Conan après avoir donné un petit coup de coude à l'adolescent pour avoir son attention.

"- Oui, c'est le petit frère de mon père... Mais ils sont plutôt...

- En froid ? Ne se parlent plus suite à une dispute pour le moins puérile ?" proposa son oncle, quand il vit que son neveu n'arrivait pas à trouver une façon diplomatique de formuler ses pensées.

Le détective tanné hocha la tête et regarda les deux hommes, encore surpris de les voir ensemble.

"- Je n'avais pas d'autre choix..." fit son père en haussant les épaules, son visage sans expression. "J'avais besoin de quelqu'un en qui je pouvais faire confiance et vite.

- Alors tu t'es mis à la recherche de ton frère perdu qui est, en passant, de façon plutôt pratique, un médecin et apparemment digne de confiance ? Heureux que tu aies gardé mon adresse..."

Alors que le père d'Heiji jetait un regard noir à l'autre homme, Conan les détaillait, essayant de repérer un air de famille. En dehors du fait qu'il était plus jeune, Yamato ressemblait effectivement à son frère, sans la moustache. Quant à son tempérament, et bien, il pouvait désormais voir que l'humour existait bien dans la famille Hattori, l'hérédité avait juste apparemment oublié le Superintendant.

"- Mais je suppose que nous ne sommes pas là ce soir pour parler de la joie qu'apportent les disputes de familles. Heizô m'a dit que je pourrais probablement être utile à quelque chose ce soir et on dirait qu'il avait raison..." constata Yamato, son visage désormais sombre alors qu'il observait l'adolescent avec un regard critique, remarquant les tâches brunâtres localisées autour de sa taille et le bandage blanc ornant sa tête. "Retire ta chemise et allonge toi" ajouta-t-il, se levant et commençant à fouiller dans son sac, sortant une paire de gants chirurgicaux.

"- C'est bon, j'ai déjà été soign..." Heiji s'arrêta en milieu de phrase en voyant le regard de l'homme, le sourire sur son visage disparaissant pour la première fois depuis qu'il était rentré. "Ok, ok..." abandonna-t-il quand il vit que son père lui décrochait exactement le même regard.

Le policier fixa son fils quand il retira son haut, serrant les poings imperceptiblement quand il vit ses blessures. Des bandages couvraient une partie de sa taille et, il avait déjà vu, sa tête et c'était sans mentionner les bleus au milieu de son torse, dans la région du coeur.

Yamato eut lui aussi un froncement de sourcil quand l'adolescent s'allongea près de lui et qu'il vit tout cela mais il se tut, se doutant que son frère allait de toute façon poser la question.

"- Bonne idée d'avoir appelé..." déglutit-il, pas vraiment à l'aise de voir son neveu dans cet état. Ce n'était pas exactement la réunion de famille à laquelle il s'attendait.

"- Que s'est-il passé, Heiji ?" commença Heizô, son ton manquant de son habituel mordant, presque comme s'il demandait...

"- Hmm par où commencer... ?" L'adolescent échangea un regard avec Conan, qui lui répondit d'un hochement de tête.

"- Je pense qu'il faudrait commencer par ça..." fit le garçon, retirant sa perruque et essuyant un peu de maquillage avec son bras libre.

"- ... Conan-kun ?" L'homme s'agenouilla face à lui, une pointe de douceur dans ses yeux si durs alors qu'il les posait sur le visage du garçon, ses bleus plus visibles que jamais sans le maquillage. "Mais tu... Les empreintes dentaires prouvaient que... Elles étaient fausses ?" demanda-t-il en levant un sourcil interrogateur à son fils.

"- Oui. Je ne peux pas le prouver mais le corps venait très probablement d'une morgue, un garçon qui est mort d'un accident de voiture, à peu près dix jours avant le cambriolage. Les empreintes dentaires ont été échangées elles-aussi, il y a eu une effraction chez le dentiste mais pas de plainte car rien n'avait été volé donc cela n'est pas dans les fichiers de la police.

- C'est du haut niveau..." commenta Heizô, un air contrarié sur le visage alors que son fils parlait. "Alors cette mort de pacotille était ...Quoi ? Un kidnapping ? Le kidnapping de Conan ? Et c'est eux qui t'ont fait ça ?" ajouta-t-il, tendant le menton pour désigner le visage du petit détective.

Le garçon affirma en hochant la tête, sentant la curiosité du policier.

"- Pourquoi ?

- Nous pensons qu'un syndicat du crime est intéressé par lui..." essaya d'expliquer Heiji, même s'il savait qu'il allait devoir cacher une bonne partie de la vérité. Il se redressa sur ses coudes pour regarder son père dans les yeux. "Me demande pas pourquoi mais... Aïe !

- Ne bouge pas et reste allongé, Heiji..." réprimanda Yamato alors qu'il sprayait de l'antiseptique sur sa blessure par balle. "Tu as abîmé tes points de suture, je dois réparer ça...

- Et ?" Son père continua, se relevant, sa colère désormais visible. "Tu as décidé d'ignorer le fait que ton père soit le chef de la police d'Osaka pour enquêter par toi-même et te faire à moitié tuer par eux ?" fit-il ironiquement, lançant un regard morne à son fils qui serrait la machoire pendant que son oncle le soignait. "J'aurais pu demander à la MPD de t'aider.

- Je n'étais même pas sûr d'être sur une piste..." se défendit le détective de l'ouest d'une voix tendue, entre ses dents. "... avant d'être trop profondément impliqué... Et on avait des raisons de croire que la MPD avait été infiltrée alors cela aurait sans doute juste empiré les choses..."

Le policier soupira, se demandant combien de mauvaises surprises l'adolescent avait encore dans son sac.

"- Infiltrée ? Par ce syndicat ?

- Ils savaient qu'Heiji-niichan était à l'hôpital..." signala Conan, essayant d'aider son meilleur ami et de soutenir sa version de l'histoire pour convaincre son père. "Cela veut dire que soit ils ont eu beaucoup de chance et avaient quelqu'un qui travaillait au milieu de la nuit dans cet hôpital quand nous sommes arrivés...

- Ou qu'ils l'ont appris via la déclaration à la police. Et ont envoyé quelqu'un pour s'occuper de moi" conclut le jeune Osakien, se relevant en position assise avec l'aide de son oncle quand il eut fini. "Un de leurs membres m'a reconnu quand je cherchais Conan-kun..."

Heiji s'arrêta pour cligner des yeux alors que Yamato utilisait sa lampe pour regarder ses pupilles, ébloui par elle. L'homme eut un reniflement et attrapa une bouteille d'eau et quelques cachets dans son sac.

"- Tu aurais pu me dire que tu avais une migraine, je t'aurais donné quelque chose pour ça plus tôt..." réprimanda-t-il alors qu'il donnait l'eau et deux comprimés à l'adolescent.

"- Ca va mieux, pas besoin d'en parler..."

Il prit malgré tout les cachets, reconnaissant d'avoir une chance de soulager les élancements qui avaient commencé à revenir à cause de la fatigue, et se retourna vers son père, remarquant qu'il était désormais appuyé contre le mur, les bras croisés, plongé dans ses pensées.

"- J'aurais d'autres questions pour vous plus tard mais j'imagine que l'urgence est de vous trouver un endroit où vous cacher. Je vous mettrai sous la protection de la police dès que je serai sûr qu'il n'y a pas de risques mais cela ne me semble pas une bonne idée pour le moment. Yamato, tu crois que tu... ?

- Bien sûr" confirma le médecin. "Il faut juste que je congédie quelques jours ma femme de ménage, pour être sûr.

- Merci" fit le policier, regardant son frère dans les yeux. "Et désolé."

L'homme eut un petit sourire en coin. "Arrête ça, je ne veux pas avoir à penser que mon neveu se faisant blesser était le moyen de nous réunir après si longtemps..." plaisanta-t-il, sentant l'embarras de son frère. Il se tourna vers ses deux nouveaux colocataires. "J'ai assez de place pour vous deux, vous avez des affaires à récupérer avant que je vous ramène chez moi ?

- J'ai mon sac dans la voiture d'Hakase et je dois lui dire que tout ira bien" expliqua Conan, se dirigeant vers la porte.

"- J'ai aussi quelques affaires là-bas, je vais avec lui.

- Je vais laisser un sac avec quelques unes de tes affaires dans le coffre de Yamato, je m'attendais ce que tu aies besoin de changes. Il y a un téléphone prépayé avec, tu ferais mieux d'utiliser celui-là pour le moment, juste au cas où, ces appareils sont trop faciles à tracer..."

Heiji fit un signe de tête à son père et s'éloigna avec le garçon.

"- Bon, mieux que prévu..." conclut l'adolescent alors qu'ils marchaient doucement jusqu'à la coccinelle, commençant à être tous deux vraiment fatigués de leur longue journée et de leurs récentes aventures.

"- Oui mais, connaissant ton père... Il aura déjà deviné qu'il y a plus que ce que nous lui avons dit... Et ton oncle ? Quoique ce soit que je devrais savoir sur lui ?"

L'Osakien se frotta l'arrière du crâne, essayant de rassembler ses souvenirs de l'homme. "Et bien, il s'occupait de moi quand j'étais jeune mais je n'ai pas eu de nouvelles depuis que mon père a arrêté de lui parler, il y a six ans. Alors je ne sais pas trop comment il peut être aujourd'hui...

- Nous ferons attention alors, au moins sur ce que nous disons... On ne peut pas juste dévoiler mon secret à tous ceux que nous croisons..."

Le garçon regarda par la fenêtre de la voiture jaune désormais proche d'eux et eut un sourire en voyant que le professeur était encore au milieu de la sieste qu'il avait commencée quand ils étaient arrivés au dôjô.

"- Je le malmène un peu..." admit-il, se sentant coupable d'utiliser le meilleur ami de son père comme un taxi et de lui demander de cacher tant à sa famille. "Hakase ?" demanda Conan, ouvrant la porte et posant sa main sur son épaule.

"- Hmm... Shinichi ? Tout va bien ?" fit-il dans un bâillement, frottant ses yeux et reconnaissant le fils de son voisin, identique plus que jamais au petit garçon dont il s'occupait des années auparavant, sans le maquillage et ses lunettes.

"- Oui, tout va bien.

- Mon père nous a trouvé un endroit où se réfugier, ici à Osaka" expliqua le détective bronzé.

"- C'est une bonne nouvelle, je suis content de ne pas avoir fait toute cette route pour rien...

- Oui, désolé pour ça..." s'excusa le petit détective, secouant la tête, un peu ennuyé par son propre manque de ressources.

"- Shinichi..." Le vieil homme sortit de sa voiture et s'agenouilla en face de Conan, mettant ses deux mains sur ses petites épaules pour avoir ses yeux à son niveau. "Je fais ça parce que je le veux. Tu m'as aidé auparavant, maintenant, c'est à moi de t'aider, il n'y a pas de raison d'en faire tout un plat, Ok ?"

Après un court silence, l'enfant aux yeux azurs hocha la tête, sous le sourire à peine dissimulé d'Heiji. Kudô avait toujours eu du mal à demander quoique ce soit à qui que ce soit et il y avait ce mélange de culpabilité et de répugnance sur son visage chaque fois qu'il devait impliquer une personne qu'il ne voulait pas mais dont il avait besoin dans une affaire. L'Osakien avait essayé de lui expliquer que c'était encore plus difficile pour ses proches de le regarder de loin, se battre seul, et être incapable d'aider. Mais cela semblait encore difficile pour lui à comprendre.

"- Alors, que vas-tu faire ensuite?

- Je vais rester ici, avec Hattori, le temps que les choses se calment un peu.

- Aucun de nous deux ne peut vraiment se promener à la vue de tous pour le moment alors on va essayer de résoudre cette histoire ensemble en attendant" ajouta l'adolescent dans un haussement d'épaules.

Le professeur se leva lentement, une expression triste sur le visage, les regardant tous les deux.

"- Est-ce que "Conan" va rester "mort" ?

- Oui" répondit le garçon fermement et sans hésitation. "Je ne sais pas comment Ils ont compris que j'étais Shinichi et ont décidé de se lancer après moi avec un plan aussi élaboré, je dois résoudre ça d'abord. Et après, peut être, si je n'ai pas d'autre solution, je reviendrais en tant que "Conan". Enfin, qui sait, peut-être qu'Haibara aura développé un antidote d'ici là !" sourit-il doucement, pour détendre l'atmosphère, mais le vieil homme avait toujours un visage sérieux, ainsi qu'Heiji.

"- Pour tout le monde ?"

Le garçon resta silencieux face à la question de son ami, la tête basse, essayant de prendre la décision qu'il avait retardée depuis qu'elle était apparue dans son esprit.

"- Pour tout le monde" confirma-t-il avec un soupir. "On savait qu'il fallait trouver un moyen de se débarrasser de "Conan" après que j'aie retrouvé mon corps. Ran et les enfants ont déjà commencé leur deuil, c'est peut-être pour le mieux." Conan releva la tête pour regarder dans les yeux d'Agasa. "Je sais que c'est égoïste mais occupe-toi d'eux pour moi, s'il te plait.

- Compte sur moi. Est-ce que je peux au moins prévenir tes parents ?

- Oui. Mais dis-leur, et cela s'applique aussi à toi et Haibara, de me contacter seulement en cas d'urgence et par mail uniquement.

- Compris."

Les deux hommes se regardèrent avec un petit sourire. Sentant qu'ils avaient peut-être besoin d'être seuls, Heiji les laissa pour aller chercher les affaires de Conan dans le coffre.

"- Alors, c'est un au revoir ?" demanda Agasa, les yeux un peu brillants.

"- Juste un au revoir, pas un adieu, Hakase" nuança le garçon avec un petit sourire.

"- C'était bien sympa de t'avoir de nouveau à la maison avec d'autres enfants, comme avant, ça va me manquer...

- Laisse-moi résoudre cette affaire et après, je te promets que je viendrai plus souvent. Cela me manquait à moi aussi, je dois l'avouer" sourit-il, un peu embarrassé.

Maladroitement, Conan étant gêné par son écharpe, ils partagèrent une courte embrassade." Prends soin de toi Shinichi.

- Toi aussi. Conduis prudemment.

- Hattori-kun." Le professeur fit un petit signe de la tête à l'adolescent quand il revint vers eux avec le sac du petit détective. "Passe me dire bonjour la prochaine fois que tu passes à Tôkyô !

- Promis ! Merci pour tout, Hakase" fit-il chaleureusement, lui serrant la main.

Le vieil homme remonta dans sa voiture et agita la main par la fenêtre avant de laisser les deux amis sur le trottoir.

"- Alors ça y est ? Conan est définitivement mort...

- Oui... Enfin, cela devait bien arriver un jour, je ne comptais pas forcément aller jusqu'à me faire passer pour mort mais finalement, c'est bien pratique... Aïe ! " se plaint le garçon, plus par surprise que par douleur, quand l'Osakien lui mit une taloche.

"- Arrête de jouer au dur avec moi... Je sais que cette vie va te manquer."

Conan devint silencieux. " Oui, tu as raison..." admit-il après un instant, luttant contre le noeud qui se formait dans sa gorge. "Mais il le fallait. Je ne voulais pas que qui que ce soit essaye de me trouver et ça aurait forcément été le cas s'ils pensaient que j'étais en vie..."

"- Prêts les garçons ?" demanda Yamato, approchant les deux adolescents avec le père d'Heiji.

Celui-ci lança un regard interrogateur à son ami de petite taille.

"- Allons-y."