Enfin, certaines ont compris la référence du couple Dameron ! Star Wars ! Well done girls !

Court chapitre dans lequel il y a du mieux et la situation semble s'améliorer… un peu…

Bonne lecture !


Chapitre 10


Cette fois-ci, devant la porte en ébène du troisième étage, Steve frappa du doigt. Cela lui semblait moins intrusif, plus délicat. Le taser était dans la ceinture, calé contre son dos, pas vraiment rassurant. Toutefois, entre l'inconnu qui ouvrit sa porte pour la quatrième fois et le petit pistolet, le plus effrayant d'après Steve était quand même face à lui.

D'autant plus qu'en le voyant, l'inconnu dégaina une dague d'une trentaine de centimètres et voulut l'embrocher. Le nouveau corps de Steve faisait preuve d'excellents réflexes : il recula d'un bond, dégaina le pistolet et tira. Le taser heurta l'inconnu au visage avec un malheureux bzzt électrique, un arc d'électricité blanche et ce fut tout.

L'inconnu était toujours debout et bien portant, l'expression de son visage si vexé, si outré de s'être fait piquer par une telle arme que cela aurait presque pu être comique, n'eut été la longue lame d'acier qu'il maniait avec dextérité. Cela eut au moins le mérite de l'arrêter dans son élan assassin.

Steve recula encore et braque de nouveau le pistolet sur lui.

"Ne me poignardez pas ! Les sortilèges, passe encore, mais je ne veux pas me faire embrocher !"

L'inconnu pencha la tête sur le côté. Ses cheveux noirs suivirent le mouvement comme une coulée d'encre.

"Tu n'es pas le Soldat" dit-il posément.

"Le… ? Vous voulez dire Captain America ?" Steve était interloqué : c'était la première fois qu'il entendait quelqu'un appeler l'idole américaine par ce surnom. "Non, je suis Steve Rogers, assureur."

"Encore toi." Toujours cette même voix, froide et calme. De fou furieux, il était devenu mortellement scrutateur. "Le sortilège n'était pas censé donner ça."

"Je ne vais pas m'en plaindre…" Steve tenta un sourire mal assuré derrière son taser. "Ça aurait pu être pire. C'est mieux que les bestioles en tout cas…"

Il n'en menait pas large. Sa chemise se teintait d'auréoles.

"C'était supposé te transformer en troll…" L'inconnu leva la dague. Des volutes vertes naquirent autour de son poignet.

"Ne faites pas ça !" hurla Steve en brandissant son arme droit sur sa figure.

"Donne-moi une bonne raison de ne pas te tuer" susurra l'inconnu.

Steve écarquilla les yeux, vit sa vie défiler sur ses iris. "Je tire encore si vous avancez" menaça-t-il d'une voix bredouillante.

"Tu n'as plus de munitions" pointa l'autre, ses yeux verts effilés comme des poignards. Il avança d'un pas.

"Ah heu oui…" Steve recula. Une goutte de sueur coula le long de sa tempe. "S'il vous plaît ?" demanda-t-il d'une petite voix, un couinement à ses propres oreilles.

L'inconnu fit claquer sa langue et tapota la poitrine de Steve de la pointe de sa dague.

"Pourquoi continues-tu de revenir ?"

"Je vous l'ai dit" balbutia Steve précipitamment, "J'ai vraiment besoin de votre signature pour que mon client puisse être indemnisé –"

"La vraie raison !" gronda l'inconnu.

"Heu… J'aime vraiment mon travail ?" tenta Steve.

"Je vois" gronda l'inconnu, un ronronnement rauque qui le clouait au sol, "Je vois qui tu es. Un petit employé, un sous-fifre de son entreprise, toujours ignoré, méprisé, rejeté, tu n'as jamais eu la reconnaissance que tu mérites et tu as toujours dû te battre pour exister" et il lui tournait autour, lentement, d'un pas de panthère.

"Et maintenant que tu es monté en grade, maintenant que ta vie commence à ressembler à quelque chose et que tu peux aspirer à plus grand, tu t'obstines à m'enquiquiner de peur que tout ce que tu as construit ne s'évanouisse entre tes doigts. Laisse-moi te dire quelque chose, petit emmerdeur." Il était tout près et sa respiration, sur la joue de Steve, avait la froideur des grands glaciers de montagne. "Tu es seul, tu l'as toujours été et tu vas mourir seul sans avoir rien accompli d'autre que ton travail de pathétique assureur."

Steve resta pétrifié, le laissa repartir en arrière sans pouvoir respirer. Puis le charme se rompit, il s'ébroua, cligna des yeux pour émerger de ce mauvais rêve.

"C'est vrai mais pas seulement" dit-il d'une voix légère qui flotta dans le couloir avec l'apesanteur d'une odeur sucrée.

Et cela sembla surprendre l'inconnu, la facilité avec laquelle Steve chassa ses mauvaises paroles et la violence de son monologue.

"Il y a plus que ce que vous devinez. Je ne demande qu'une signature. Seulement ça et je ne vous embêterais plus. Pourquoi refusez-vous de me la donner ?"

Il se forçait à garder une voix douce, à ne pas hésiter.

L'inconnu sembla hésiter. Il revint près de Steve en un bond, si vif qu'il en était impalpable.

"Je ne suis pas sur ta liste, pauvre mortel. Je ne suis pas inscrit sur ton Registre."

"Oh, ça n'est pas un problème." Steve écarta le prétexte avec soulagement. "Selon l'alinéa 9 bis, n'importe qui peut signer en situation de super-héroïsme."

L'inconnu éclata de rire. Ce n'était pas un beau rire. Plutôt comme du sable frottant contre du papier de verre. "Je suis l'opposé d'un super-héros." Il avait un sourire vilain qui lui rayait le visage. "Pas la peine de revenir, tu n'auras jamais ma signature."

"Je reviendrai" insista Steve.

L'inconnu lui claqua la porte au visage.

"Je reviendrai chaque jour de la semaine" cria Steve. "Jusqu'à ce que je l'obtienne !"