Bien le bonsoir, chers lecteurs :D

*Évite les tomates et autres projectiles*

Oui, je sais, un an et voilà que je repointe le bout de mon nez, comme une fleur u.u Je tiens à m'excuser, vraiment. Disons que 2014 a été une année pourrie et voilà (vivement 2015 ! xD).

Bref, ce chapitre aura été long à écrire car après avoir vu le film, j'étais complètement paumée, je savais plus où j'allais. Mais après quelques coups de pieds au derrière, le voici et il fait 30 pages word environ :D (c'est une compensation pour la longue attente :3)

Je remercie toutes les personnes qui ont pris la peine de laisser une review, à savoir : Aschen, Gladoo89, Yukina21, Melior Silverdjane, Cismet, QueenM, Maman bouba, Lereniel, Krystal-SkyZ, Lou Oakenshiel (x 3 :D), little-road, Kannybal, flayra, Blabla (qui m'a fait penser à la marionnette horrible de mon enfance "Ici Blabla !" xD), PirateForever, Yamake, PoupeeChiffon, Dark Holy Phoenix, loveyaoi-15, Kiaeli, Pisces-Arkady, Kanly, Lunaelle, Chibi002, Alexandra-d-agnes, Kiitsu-chan, Mirindil, Daiky, Laurne, bee-du-06, Neiflheim, PaulinaDragona et

D'habitude, je réponds aux reviews avant de publier, mais là, je vous ai fait assez attendre, donc j'y répondrai après (et je commencerai ce soir ^^) Donc ne vous étonnez pas si le chapitre est remis à jour à un moment : c'est pour les reviewers qui ne sont pas inscrits sur le site :)

Edit: Voici les réponses aux reviews ! :D

LouOakenshield : Hellow :) Merci beaucoup pour ta review, vraiment :) Et désolée d'y répondre avec tellement de retard u.u" Alors, tu as su terminer le livre ? Il t'a plu ? :) Oui, vous êtes patients, c'est vrai, mais cette fois-ci, c'est moi qui n'ai pas géré et je m'en excuse vraiment é.è Mais la suite devrait venir plus vite :D Pour "La Prophétie", je compte la reprendre sous peu. Faut que je la relise afin de me remémorer les détails et je la continuerai :) Et pour les messages privés… j'avoue avoir pris du retard pour y répondre aussi, mais tu peux quand même en envoyer ;) Et si tu préfères par mail, y a pas de souci pour moi xD Je suis contente que tu aies aimé le chapitre précédent et j'espère que celui-ci t'a plu aussi :) Je suis contente que tu aies aimé le passage de l'ombre, ça a été un passage un peu compliqué à rédiger car je voulais vraiment qu'on se pose des questions, qu'on ait un peu peur, donc ravie d'y être parvenue :D Pour ce qui est d'Eden en danger… Mouhaha, elle va encore l'être de temps en temps :3 Et oui, Thorïn mérite des claques de temps en temps, mais on l'aime quand même xD Ahah, oui Bilbon est culotté sur le coup de "faut pas mentir alors que je cache l'Anneau Unique dans ma poche" xD Mais bon, fallait que je montre que c'est pas qu'un goinfre qui pense qu'à fumer. Surtout qu'il ne se doute pas que ce petit anneau est si dangereux x) Ahah, les grands esprits se rencontrent car moi aussi, j'aurais fait pareil si j'avais pu voir les nains se baigner xD C'est sûr que c'est pas tous les jours qu'on peut voir un Thorïn nu, que n'aurais-je pas donné pour pouvoir le voir aussi ! xD Eden, très peu discrète alors qu'elle hurle à la vue d'une petite araignée ? Mais nooooooooon xD Et oui, c'est la honte suprême, j'avoue xD Et pour la rencontre compagnie-Beorn, j'espère qu'elle t'a plu :) Eh oui, pour une fois, Thorïn, il fait moins le fier alors qu'Eden se sent comme un oiseau dans les airs (j'allais dire comme un poisson dans l'eau, mais non, finalement :p) Et t'inquiète pas pour la longueur des reviews :D Plus elles sont longues et plus je les préfère ;3 Pour ce qui est de mes sources d'inspiration, oui, je me base beaucoup sur le livres, mais aussi sur les films. Mais, même si je reprends pas mal de choses des films, je ne pense pas introduire Tauriel :/ Je… ne l'aime pas, elle m'agace, donc voilà. Mais je pense faire apparaître Légolas, car lui, il a la classe (et parce que j'étais amoureuse de lui quand j'ai vu LOTR 1 pour la première fois xD) Voilà :D Et pour mon avis sur le film 2… Je l'ai adoré, mais j'ai juste un gros, très gros souci avec Tauriel xD Raison pour laquelle je ne pense pas la faire apparaître. Le reste m'a bien plu, j'ai bien aimé le passage où les nains sortent des toilettes xD Et j'étais surprise que Kili, Fili, Bofur et Oïn restent à Laketown… Je me demande ce que donnera la suite. Merci beaucoup pour tes reviews en tout cas ! :D

Lunaelle : Hellow :) Je suis contente que tu n'aies pas été déçue par le chapitre précédente et j'espère que celui-ci ne te décevra pas non plus :) Ahah, Thorïn et Eden ne s'entendent pas, mais bon, rien n'est impossible :p On verra bien avec qui je décide de la caser xD Haaaaaaaaan, coquine xD Je verra bien s'il y a d'autres moments où on pourra voir des nains tout nus, mais je ne promets rien xD Pour l'ombre, Eden fait des suppositions, mais il va falloir attendre encore un peu pour avoir le fin mot de l'histoire :p Je suis contente que tu aies aimé la mise en scène avec l'ombre :D

QueenM : Merci pour le set pour Maena, ça m'a fait plaisir :D Je sais plus comment j'avais fait pour voir l'image, mais je me rappelle l'avoir vue (maintenant, je n'y arrive plus T-T) Bref, je te remercie :) (et c'est normal qu'il y ait un problème avec l'adresse URL, FFnet est capricieux, il veut pas qu'on mette des adresses et tout ça n_n Donc, c'est pour ça que je mets souvent des étoiles dans les adresses que je veux partager ;D)

Blabla : Comme je l'ai dit, ton pseudo me fait trop penser à une émission de mon enfance, mon Dieu ! xD Bref, contente que tu aimes ma fic et j'espère que la suite te plaira aussi :) Merci pou ta review :D

Mirindil : Merci beaucoup pour ta review :D Je suis contente que mon histoire te plaise et j'espère que la suite te plaira aussi :) Ahah, je prends note de ton avis :D Qui sait, ptet qu'ils vont finir ensemble, on verra ;) En tout cas, un grand merci pour ta review ! :D

PoupeeChiffon : Désolée pour le retard, mais ne t'inquiète pas, je ne compte pas abandonner cette fic :) Merci de t'être tracassée et désolée de ne pas avoir donné des nouvelles plus tôt. Merci pour ta review en tout cas :D J'espère que la suite te plaira ^^

PaulinaDragona : Merci beaucoup :D J'espère que la suite te plaira malgré le retard :) Merci pour ta review :D

Laurne: Merci beaucoup pour ta review :D Pour l'ombre, il va falloir attendre un peu avant d'avoir le fin mot de l'histoire ;)

Bee-du-06 : Merci, ça me fait plaisir de savoir que tu aimes l'histoire et Eden ! :D Désolée pour le retard :/ Ahah, c'est vrai, l'amour et la haine sont très proches :P Pour ce qui est de savoir s'ils vont finir ensemble… seul l'avenir nous le dira (phrase toute faite du jour xD) Merci pour ta review en tout cas ;)

Je remercie aussi énormément Gladoo pour ses relectures, ses conseils, son soutien. Merci *lui envoie plein de petits cœurs qui palpitent*

Merci aussi à Mikipeach pour m'avoir parlé du jouet de Bifur :D

Merci aux personnes qui ajoutent cette fic en favori ou en follow :D

Et rassurez-vous, le prochain chapitre est déjà en cours d'écriture xD

En attendant, bonne lecture ;)


Disclaimer : Les personnages appartiennent à J.R.R. Tolkien. Eden et son histoire m'appartiennent.

Références pour le cours à l'épée : http*:*/*/*chateau-de-lyon*.*forumactif*.*com*/*t15356-epee-traite-sur-le-maniement-de-l-epee-par-feu-rassaln (faut retirer les * ;D)


La Flèche et la Montagne

Chapitre 9 : Chez Beorn


S'il y avait bien une chose qu'Eden n'aimait pas, c'était attendre. La patience n'avait jamais été son truc. Encore moins depuis qu'elle avait vu une ombre entre les arbres pas plus tard qu'il y a une heure. Mais elle ne dit rien. Elle n'écouta pas les nains qui parlaient, se contentant d'observer les alentours. Et si jamais l'ombre revenait ? Et si c'était un démon ou autre créature démoniaque ?

A cette pensée, un frisson remonta le long de son échine. Et elle détestait avoir peur. Elle se sentait faible et ce n'était certainement pas pour lui plaire…

— Et vous, qu'en pensez-vous, mademoiselle Eden ?

La voix d'Ori prononçant son nom la fit sursauter. Elle se retourna et vit le jeune nain la regarder d'un air bizarre.

— Cherchez-vous quelque chose parmi les arbres ? s'enquit-il, curieux.

— Quoi ? Euh… non… Euh… Qu'est-ce que je pense… de quoi ? demanda-t-elle.

Le regard d'Ori se fit encore plus inquisiteur tandis que Thorïn poussait un soupir sonore. L'ignorant, la jeune femme garda son attention sur le jeune nain.

— Nous parlions de ce Beorn, expliqua-t-il.

— C'est pourtant clair, dit Kili avec un hochement de tête. Gandalf a dit que c'était un changeur de peau. C'est donc un changeur de peau.

— C'est peut-être un ours-garou, dit Eden en penchant la tête sur le côté, en réfléchissant.

Un silence suivit sa déclaration. Silence que Dwalïn décida de briser :

— Un quoi ? demanda-t-il.

— Un ours-garou, répéta Eden. C'est comme un loup-garou, sauf que c'est un ours.

Les nains la dévisagèrent, les yeux grands ouverts.

— Excusez ma question, dit Dori, mais qu'est-ce qu'un loup-garou, exactement ?

Ce fut au tour d'Eden d'ouvrir de grands yeux.

— Vous plaisantez ? Vous avez des magiciens, des aigles géants qui parlent, des trolls, des gobelins, des orques, mais vous n'avez pas de loups-garous ?

Plusieurs nains secouèrent la tête. Eden n'en revenait vraiment pas.

— Eh bien, un loup-garou, c'est un homme frappé d'une malédiction, expliqua-t-elle patiemment. À chaque pleine lune, il se transforme en loup féroce et sauvage. Donc je me dis que ce Beorn est pareil. Sauf qu'il se transforme en ours.

— Un ours féroce et sauvage ? demanda Ori, quelque peu apeuré.

— Disons que je n'ai jamais vu un ours gentil et doux… dit Eden.

Cela fit réfléchir Ori et Eden retourna à sa contemplation des alentours. Non, elle n'était toujours pas rassurée ! D'ailleurs, elle sursauta violement quand un sifflement long et strident retentit dans les airs.

— C'est le signal, dit Thorïn. Dori, avec moi !

Le vieux nain n'eut pas d'autre choix que de suivre son chef. Il lança un dernier regard à son plus jeune frère avant de suivre Thorïn. Ils disparurent tous deux, suivant les traces de Gandalf et Bilbon.

— Bon, maintenant, il faut attendre cinq minutes, dit Dwalïn.

— Nori, Ori, vous passerez ensuite, dit Balïn. Ainsi, votre frère ne se fera pas trop de soucis.

Cela fit ricaner doucement Nori tandis qu'Ori levait les yeux au ciel. Eden sourit à cette vision.

Et, encore une fois, elle regarda derrière elle.

« Je deviens complètement parano, ma parole ! » pensa-t-elle sombrement.

Et Dwalïn devait penser la même chose vu qu'il s'approcha d'elle et se campa à ses côtés. Bras croisés, il regarda dans la même direction qu'elle.

— Tu devrais arrêter de te mettre martel en tête, dit-il doucement, afin qu'elle soit la seule à l'entendre.

— Facile à dire, bougonna-t-elle.

— Si ombre il y avait vraiment, elle n'est plus là, dit-il.

— Elle était là, dit-elle sans le regarder. Elle était vraiment là…

Le nain ne dit rien.

— Nori, Ori, allez-y, dit Balïn. Les cinq minutes sont passées.

Eden se demanda une seconde comment il le savait, vu qu'il n'avait pas de montre, mais décida de ne pas s'y arrêter. Si Balïn disait que les cinq minutes étaient passées, c'est que c'était vrai.

Les deux nains furent à peine partis qu'on entendit de nouveau le sifflement de Gandalf, ce qui surprit tout le monde.

— Pourquoi siffle-t-il ? s'étonna Kili.

— Va savoir, répondit Fili, tout aussi étonné.

Un silence tomba sur la petite troupe.

— Et maintenant ? demanda Bombur. On attend cinq minutes ou le prochain sifflement ?

— Il a dit qu'on devait attendre cinq minutes, répondit fermement Balïn. C'est donc ce que nous ferons. Mon frère, ajouta-t-il à Dwalïn, nous passerons les prochains.

Dwalïn hocha la tête, posa une main réconfortante sur l'épaule d'Eden puis rejoignit son frère. Au bout d'un moment, ils partirent également. La jeune femme se rapprocha alors des nains, laissant ses soucis derrière elle, à proprement parler : non, elle ne guetterait plus une ombre qui, de toute évidence, ne voulait plus se montrer maintenant qu'elle était accompagnée.

Kili et Fili furent les prochains à se diriger vers la demeure de Beorn. Ensuite partirent Oïn et Gloïn.

— Je ne veux pas être le dernier ! rouspéta Bombur en croisant les bras sur son énorme ventre.

— Allons, allons, dit Bofur. Tu seras avec Eden ! Sois content au lien de ronchonner !

— On échange, si tu veux, dit Bombur.

— Ah non ! Gandalf a dit que tu passerais le dernier, donc on lui obéit ! Je n'ai pas envie de subir la colère d'un magicien ! D'ailleurs, Bifur et moi, on y va !

Mais Bifur regardait Bombur et parla de son étrange langage :

— Bombur, sakah aya bund khizad !

Et il partit sans un regard en arrière. Bofur haussa les épaules et suivit le nain à la tête traversée d'une hache. Eden se tourna vers Bombur :

— Qu'est-ce qu'il a dit ? demanda-t-elle.

— Aucune idée, répondit le gros nain en fronçant les sourcils. J'ai juste compris qu'il prononçait mon nom… Gandalf aurait pu nous aider…

Eden et Bombur s'échangèrent un regard avant d'hausser les épaules. De toute façon, la jeune femme savait que cela ne la regardait pas, vu qu'il avait prononcé le nom de Bombur et pas le sien.

Le nain et la jeune femme patientèrent, mais au bout d'un moment, Bombur n'en supporta pas d'avantage.

— J'y vais ! décida-t-il.

— Quoi ? Mais ils viennent de partir ! protesta Eden.

Mais Bombur était déjà parti. Pour ne pas rester en arrière, la jeune femme le suivit et essaya de l'arrêter :

— Gandalf a dit qu'il fallait attendre cinq minutes ! dit-elle.

— Je m'en contrefiche, dit le nain. Je n'aime pas être le dernier !

— Mais je suis là, moi aussi.

Elle essaya de l'amadouer mais cela ne marcha pas et le nain continua sa route, obstiné.

« Bon, allons-y alors ! » pensa Eden en haussant les épaules et en suivant le nain.

Ils arrivèrent devant la porte, où ils virent Bofur et Bifur entrer. La voix de Gandalf arriva jusqu'à eux :

— … Bifur et Bofur. Je ne me suis pas risqué à les présenter plus tôt, mais les voici.

— Et nous ! s'écria Bombur en trottinant jusqu'à la porte.

Eden le suivait au pas de course, ne voulant pas se laisser distancer et espérant que Gandalf comprendrait que ce n'était pas de sa faute si Bombur n'avait pas écouté ses directives. Mais en entrant, son attention ne fut pas du tout attirée par Gandalf et son potentiel mécontentement, mais par le propriétaire de la maison. Ce Beorn était un grand homme. Un très grand homme. Elle était sûre que Bilbon pourrait facilement se faufiler entre ses jambes sans avoir à baisser la tête

Il avait des cheveux sombres, son visage était recouvert d'une barbe et ses bras et ses jambes étaient énormes et musculeux. Il était vêtu d'une tunique en laine qui lui descendait jusqu'aux genoux et la jeune femme se prit à espérer qu'il n'était pas comme les highlanders vêtus de kilt et qu'il portait quelque chose en-dessous…

— Eh bien, maintenant, vous êtes bien au nombre de seize ! dit Beorn de sa grosse voix. Et comme vous savez compter, je suppose que c'est là tous ceux qui se trouvaient dans les arbres.

— Oui, voici Bombur et Eden, dit Gandalf d'une voix polie.

— Parfait, dit l'homme-ours. Asseyez-vous, tous les deux, dit-il à Eden et Bombur. Ainsi, nous pourrons peut-être achever l'histoire sans autre interruption.

Bombur alla s'asseoir auprès de Bifur et Bofur et Eden dénicha une petite place entre Kili et Ori – bien loin de Thorïn…

Gandalf expliqua alors l'intervention des aigles qui les avaient sauvés des orques. Il termina son récit en narrant comment les oiseaux géants les avaient déposés sur le Carrock et qu'ils se dirigeaient vers Erebor. Au moment de la fin de l'histoire, Eden remarqua que le soleil était en train de se coucher et que les ombres envahissaient le jardin de Beorn.

— Une très bonne histoire ! commenta Beorn quand le magicien eut fini. La meilleure que j'aie entendue depuis longtemps. Si tous les mendiants pouvaient en raconter une aussi bonne, peut-être me montrerais-je plus aimable envers eux. Il se peut que vous l'ayez inventée de toutes pièces, bien sûr, mais certains détails m'interpellent.

— Lesquels ? demanda Gandalf.

— La présence de la naine, pour commencer, dit Beorn en regardant Eden. Ce voyage m'a l'air bien dangereux pour y emmener une femme.

Eden pinça les lèvres mais savait que se montrer impolie envers un homme tel que Beorn pourrait être dangereux. Elle sourit doucement et répondit :

— Je ne suis pas une naine. Je suis humaine.

— Balivernes ! ricana Beorn. Les humains ne sont pas si petits ! Et vos vêtements…

— M'ont été donnés par les nains, l'interrompit Eden. Mais je peux vous assurer que je ne suis pas une naine… Et puis, vous êtes tellement grand que forcément, tout doit vous paraître petit !

Il y eut un petit silence gêné et Eden se mordit la langue : elle n'aurait pas dû parler ainsi à Beorn. Elle n'avait pas fait preuve d'autant d'impertinence qu'avec Thorïn, mais presque. Le prince et le magicien se tendirent, attendant la réaction du changeur de peau. Celui-ci resta un moment interdit avant de sourire, amusé.

— Tu me plais bien, petite, dit-il. Je comprends qu'ils te gardent parmi eux…

— Sa présence parmi nous n'est qu'un malheureux concours de circonstances, dit Thorïn.

Eden se raidit mais ne dit rien, se contentant de serrer les poings.

— Hmmm… fit Beorn en regardant successivement Thorïn et Eden.

— Est-ce que d'autres détails vous ont interpelé ? demanda Gandalf.

Beorn détourna son attention de la troupe pour la reporter sur le magicien gris.

— En effet. Vous avez parlé d'orques.

— C'est exact.

— Mais surtout, vous avez parlé d'un orque blanc… Cet orque, serait-il un descendant de cet infâme Azog, le Profanateur ?

Un silence tomba sur la pièce et Eden risqua un regard vers Thorïn dont le visage s'était durci à la mention du nom de l'orque pâle.

Gandalf avait l'air mal à l'aise. Il se racla la gorge et déclara, d'un ton on ne peut plus sérieux :

— Non, ce n'était pas un descendant d'Azog…

Beorn sembla se détendre légèrement, mais le magicien n'avait pas terminé sa phrase.

— … c'était Azog en personne.

Le changement chez Beorn fut saisissant. Son corps entier se raidit et il blêmit légèrement. Ses poings se serrèrent si forts que ses jointures en devinrent blanches et les muscles de ses bras et de ses jambes étaient tendus au possible. Il semblait prêt à bondir et à frapper sur quelque chose.

— Je pensais qu'il était mort dans une bataille, gronda-il d'une voix dure et glaciale.

— Nous le croyions tous, dit sombrement Thorïn.

Beorn regarda le chef des nains.

— Quand il a regagné son trou, nous pensions que c'était pour y mourir. Il faut croire que nous avions tort…

Un silence suivit les paroles du nain. Beorn semblait perdu dans ses pensées, le regard dans le vide. Personne n'osait intervenir, mais Eden était bien trop curieuse.

— Pourquoi le détestez-vous ? demanda-t-elle à leur hôte.

L'homme se tourna vers elle après avoir cligné des yeux plusieurs fois. Il regarda Eden, comme surpris, et les autres retenaient leur souffle. Beorn poussa un petit soupir et croisa ses immenses bras sur son torse solide.

— Mon peuple fut le premier à vivre dans les montagnes, expliqua-t-il lentement. Avant que les orques n'arrivent des contrées du Nord, ajouta-t-il après une légère pause. Le Profanateur a tué presque toute ma famille. Les autres sont devenus ses esclaves.

Tous dans la pièce en furent estomaqués. Eden trouvait Beorn si impressionnant qu'elle avait du mal à se dire que quelque chose ou quelqu'un puisse l'atteindre. Il semblait… invincible en fait. Et imaginer que des êtres tels que lui puissent être réduits en esclavage…

— Pas pour le travail, voyez-vous, continua Beorn d'une voix de plus en plus grave. Mais pour son plaisir…

La haine qu'Eden éprouvait déjà pour l'orque blanc se décupla encore alors qu'elle avait cru atteindre le sommet après les évènements sur la falaise.

— Mais bien sûr, rien ne dit que votre histoire est vraie, reprit Beorn, comme pour se donner une contenance. Néanmoins, je pense que vous méritez bien un souper !

Les nains et surtout le hobbit, le remercièrent avec effusion et courbettes. Eden était soulagée car son ventre commençait à se tordre de douleur à force d'être vide.

Soudainement, Beorn frappa dans ses mains, les faisant tous sursauter. Eden fut surprise de voir quatre poneys blancs et des chiens énormes entrer dans la pièce. L'homme leur parla dans un étrange langage et la jeune femme se souvint des paroles de Gandalf : leur hôte parlait aux animaux. Quand Beorn eut fini de parler aux bêtes, celles-ci sortirent avant de revenir quelques minutes plus tard avec des torches, qu'ils embrasèrent grâce au feu qui brûlait dans la cheminée. Quand les torches furent allumées, les poneys et les chiens les placèrent dans des supports bas, accrochés aux colonnes de la salle autour de l'âtre central, illuminant ainsi la pièce, qui s'était rapidement assombrie depuis le coucher du soleil.

Eden fut abasourdie de voir que les chiens pouvaient se tenir sur leurs pattes arrière et tenir des objets dans leurs pattes avant. Pour un peu, elle se serait crue dans un Disney ! Elle les regarda installer des tréteaux et des planches, qu'ils dressèrent près du feu.

Ensuite vinrent des moutons blancs, menés par un bélier noir, qui portaient des nappes, des plateaux sur lesquels reposaient des bols, des écuelles, des couteaux et des cuillères en bois. Les chiens déchargèrent les moutons et le bélier et déposèrent les objets sur les tréteaux. Un poney disposa deux bancs peu élevés à large dessus paillé et petits pieds courts et épais, destinés à Thorïn et Gandalf. À l'autre bout de la table, un grand fauteuil noir fut placé pour Beorn.

Pour les nains, Bilbon et Eden, les animaux apportèrent de grands tronçons d'arbres en forme de tambours, lisses et cirés, assez bas pour que même le hobbit puisse s'y asseoir confortablement.

Tous prirent alors place, Beorn glissant ses grandes jambes loin sous la table. Ensuite leur fut servi un souper. Eden n'avait pas aussi bien mangé depuis qu'ils avaient quitté la demeure d'Elrond et reprit de chaque plat, discutant allègrement avec Ori, son voisin de droite, et ignorant superbement Thorïn, que la malchance avait placé face à elle. Plusieurs fois, elle sentit le regard du nain peser sur elle, mais jamais elle ne releva la tête dans sa direction.

Pendant le repas, Beorn leur parla des histoires relatives aux terres sauvages et mentionna un peu la Forêt Noire, sans plus s'attarder, mais appuyant bien sur le fait qu'il était dangereux de la traverser. Eden comprit alors que la compagnie allait traverser ladite forêt et que Beorn l'avait deviné aussi.

Quand le repas fut terminé, ce fut au tour des nains, du hobbit et du magicien de raconter des histoires. Eden les écouta attentivement. Elle éclata de rire lorsque Bofur expliqua que son frère était si gros qu'il avait un jour roulé au bas d'une colline. Bombur ne le prit pas mal et se joignit même à l'hilarité générale.

Beorn, cependant, montra des signe de fatigue et n'écouta pas beaucoup, surtout quand ils en vinrent à parler d'or, d'argent et de joyaux. Eden elle-même n'écouta pas beaucoup quand ils parlèrent de richesses. Elle se montra néanmoins intéressée quand ils expliquèrent leur savoir-faire en ferronnerie. Cela lui rappelait l'entreprise pour laquelle elle travaillait.

Eden étouffa un bâillement derrière sa main. Il faisait nuit et elle était épuisée. Elle aurait bien aimé dormir mais n'osait pas le dire, de peur de paraître sans-gêne. Aussi attendit-elle que quelqu'un d'autre fasse remarquer qu'il était tard et que dormir serait une bonne idée.

Mais au lieu de ça, des animaux ranimèrent le feu au centre de la salle et les torches furent éteintes. La compagnie et Beorn restèrent longuement assis, un bol d'hydromel devant eux – hydromel qu'Eden refusa poliment, ne voulant pas rouler sous la table sous l'effet conjugué de la fatigue et de l'alcool.

Les voix des nains se firent plus lointaines… Elle avait de plus en plus de mal à garder les yeux ouverts, et voir Bilbon s'endormir ne l'aidait en aucun cas à rester éveillée. Vaincue, elle posa ses bras sur la table et y posa sa tête. Le bourdonnement des voix se fit de plus en plus distant et Eden s'enfonça doucement dans le sommeil.

Eden fut brusquement tirée de son sommeil par le bruit d'une porte qui claquait. Sa tresse légèrement défaite, la joue douloureuse – et certainement rougie – par le contact prolongé avec le bois de la table, elle se redressa et regarda autour d'elle, hébétée. Bilbon semblait lui aussi avoir été réveillé par le bruit. Elle se frotta les yeux et retira une mèche de cheveux qui s'était glissée dans sa bouche durant son court sommeil.

Beorn n'était plus dans la pièce et Eden comprit que c'était lui qui avait claqué la porte en sortant. Les nains, pour la plupart, étaient assis ou accroupis autour du feu au centre de la pièce. Seuls Bilbon, Thorïn, Dwalïn, Balïn et Dori étaient encore autour de la table, avec Eden.

— Bien dormi ? demanda poliment Balïn au hobbit et à Eden.

Eden répondit par un grognement tout sauf glamour.

— J'ai dormi longtemps ? demanda-t-elle en poussant un soupir sonore.

— Une vingtaine de minutes, environ, répondit le nain à la barbe blanche.

Donc, pas assez au goût d'Eden qui aurait bien replongé la tête dans ses bras pour piquer un nouveau roupillon. Seulement, les nains se mirent à chanter et la jeune femme en fut fascinée. À un tel point qu'elle en oublia sa fatigue pour écouter les paroles :

Le vent soufflait sur la lande desséchée,

Mais dans la forêt pas une feuille ne remuait

La nuit et le jour, là, les ombres régnaient,

Et de noires choses rampaient silencieusement, cachées.

Le vent descendait des montagnes, froid et solitaire

Et comme une marée, mugissait et roulait

Les branches gémissaient, la forêt lamentait,

Et les feuilles étaient répandues sur la terre.

De l'ouest à l'est, le vent souffla

Tout mouvement de la forêt cessa,

Mais, sur les marais, aigres et stridents,

Furent lâchés des tons sifflants.

Les herbes bruissaient, la tête courbée

Les roseaux vibraient – il passa,

Par-dessus la mare ridée sous les cieux froids,

Oui, les nuages rapides étaient déchirés.

Il franchit la Montagne nue et solitaire

Et battit la surface de l'antre du dragon :

Là, gisaient de pierres rigides, noires et sombres,

Et une fumée flottait dans l'air.

Il quitta le monde et prit son vol

Au-dessus de l'océan de la nuit, au-dessus du sol.

La lune mit à la voile sur la bonne brise

Et les étoiles furent emportées devant la lumière grise.

Le silence reprit le dessus sur la pièce, mais cela ne dérangeait pas Eden. Elle avait beaucoup aimé la chanson des nains et était surprise qu'ils chantent aussi bien. Elle aurait plutôt eu tendance à penser que les elfes étaient les chanteurs, pas les nains.

— Il est temps de dormir ! annonça Gandalf alors que le silence s'éternisait.

Eden vit alors que des lits avaient été faits, sur une sorte de bat-flancs qui s'étendait entre les piliers et les murs extérieurs. Fatiguée, elle retira son manteau et son sac en bandoulière, qu'elle plaça à côté d'un petit matelas de paille qu'elle se réserva, et se glissa sous les couvertures de laine mise à sa disposition, sans plus écouter Gandalf. Une fois allongée, elle s'endormit aussitôt.

Mais son sommeil ne fut pas reposant. Au début, elle se vit, comme les autres fois, dans une clairière, à attendre. Puis, la clairière se métamorphosa dans une bourrasque qui souleva ses cheveux. L'herbe tendre devint sombre, sèche. Eden ferma les yeux devant la terre qui se soulevait à cause du vent. Se protégeant le visage, elle regarda autour d'elle et se sentit blêmir en reconnaissant les arbres morts en forme de cercle qu'elle avait vu plus tôt dans la journée. Elle déglutit et fut prise de panique quand elle remarqua que ses pieds s'étaient enfoncés dans le sol, l'empêchant ainsi de fuir. Le vent cessa alors de souffler et, intriguée, Eden releva la tête. Elle était là. L'ombre. Devant elle.

- Te voilà…

La voix caverneuse et masculine venait de l'ombre et elle put y discerner un plaisir manifeste.

- Allez-vous-en ! dit-elle.

L'ombre ricana. Eden avait peur, mais essaya de ne pas le montrer. Après tout, elle savait qu'elle rêvait, elle en était persuadée. L'ombre ne pouvait donc pas lui faire de mal.

- Tu m'appartiens, dit la créature brumeuse et sombre en tendant une main vers elle. Grâce à ce stupide cerf blanc, tu m'appartiens. Je te trouverai, bientôt. Et tu seras pleinement à moi. Vous serez pleinement à moi.

Eden fronça les sourcils face à la dernière phrase. De qui parlait-il ? De la compagnie de Thorïn ou de quelqu'un en particulier ? Elle aurait aimé poser la question, mais n'en trouva pas le courage. D'autant plus que l'ombre commença à se mouvoir en sa direction. Dans un sursaut de volonté désespérée, elle s'extirpa du sommeil et se redressa sur son lit en poussant un couinement plaintif.

Haletante, elle essuya la sueur froide qui perlait à son front et qui collait ses cheveux à son visage. Son cœur palpitant se calma doucement et elle put, au bout de quelques minutes, reprendre une respiration normale. Alors, elle prit son visage entre ses mains et trembla en se rappelant les paroles de l'ombre. Et elle eut peur.

Rejetant ses cheveux en arrière et la couverture en laine loin de ses jambes, elle se leva et, voulant absolument respirer un peu d'air frais, traversa la pièce en chaussettes, sur la pointe des pieds, afin de ne réveiller personne. Une fois qu'elle aurait pris l'air, ça irait mieux, elle en était persuadée.

Arrivée à la porte, elle s'apprêta à l'ouvrir quand une voix la cloua sur place :

— Je vous déconseille de sortir.

Décidément, il était toujours là où il ne fallait pas, celui-là ! Pourquoi ne dormait-il pas, par tous les saints ? Se croyait-il supérieur aux autres pour se passer ainsi d'une nuit sans soucis offerte ? Avec un soupir, Eden se tourna vers le prince des nains et décida qu'elle avait vraiment, vraiment, besoin de prendre l'air.

— Hummm… vous me le déconseillez ? répéta-t-elle, faisant mine de réfléchir.

— Très fortement, même, dit Thorïn d'une voix menaçante.

— Ce n'est donc pas un ordre, conclut Eden en ouvrant la porte.

Elle s'empressa de sortir en fermant derrière elle, empêchant ainsi le nain de répliquer, ce qu'il n'aurait pas manqué de faire.

L'air frais lui fouetta le visage et la soulagea instantanément. Elle prit une profonde inspiration et ferma les yeux. Elle se sentait déjà mieux. Plus légère, elle traversa la petite allée du jardin de Beorn et s'accouda à sa barrière. Le silence l'entourait, ainsi que le noir de la nuit. Elle regarda devant elle, sans fixer son regard quelque part. Elle ne put s'empêcher de repenser à son rêve et aux paroles prononcées par l'ombre. Il avait mentionné le cerf blanc. Est-ce que cela signifiait qu'il savait ce qui lui était arrivé ? Comment une telle chose était-elle possible ?

— Rha ! dit-elle en passant rageusement ses mains dans ses cheveux défaits. Je suis en train de devenir folle !

Elle laissa retomber ses mains sur la barrière dans un geste de pure frustration.

— Je sens que tu es là… dit-elle aux ténèbres. Mais sache une chose : je n'appartiens à personne.

Eden scruta les alentours, dans l'attente d'une quelconque réaction, mais rien ne vint. Prise d'un élan de courage venu d'on ne sait où, elle inspira profondément avant de s'écrier :

— Hé, tu m'entends ? Je ne t'appartiens pas ! Ni à toi ni à personne !

Bizarrement, cela la soulagea de l'avoir dit à voix haute. Elle espérait maintenant que c'était parvenu aux oreilles de cette maudite ombre.

Avec un petit sourire satisfait, elle se détourna de la barrière et se tourna vers la maison du changeur de peau. Elle fut surprise de voir la porte ouverte et la silhouette de Thorïn se découper sur la lumière chaude du feu qui venait de l'intérieur. Il avait probablement rouvert la porte juste après son départ, mais elle avait été trop occupée à chercher l'ombre pour s'occuper de se qui se passait derrière elle.

Thorïn était immobile, la fixant sans esquisser le moindre geste. Du moins, c'est ce qu'elle devinait, car le corps du nain – et donc, son visage –, en faisant obstacle à la lumière de la pièce, était plongé dans l'ombre.

Alors qu'elle allait faire un geste pour se diriger vers lui (et, surtout, retrouver le confort de son lit), un vent froid se leva soudainement. Il sifflait sinistrement entre les branches, provoquant comme des plaintes aigues, comme si les arbres souffraient. Eden déglutit péniblement car elle avait l'impression d'être entourée par ce vent froid.

Elle prit peur. Et si c'était l'ombre qui venait ? Et si sa phrase n'avait fait que le provoquer là où elle aurait dû le calmer ? Et s'il venait lui prouver, de quelque façon que ce soit, qu'elle lui appartenait bel et bien, bien qu'elle ne sache pas ce qu'il voulait dire par là ?

Terrorisée, Eden était incapable de bouger, trop perdue dans ses interrogations intérieures.

— Eden ! rugit alors une voix.

La jeune femme secoua légèrement la tête et regarda droit devant elle. Thorïn était toujours à la porte et tendait une main vers elle.

— Venez ! Maintenant ! la pressa-t-il.

Les yeux focalisés sur la main tendue du nain, Eden se déplaça dans cette direction, aveuglée par ses cheveux qui voletaient devant son visage. Ses jambes semblaient être devenues du plomb, mais dès que les doigts de Thorïn se refermèrent fermement sur les siens, elles redevinrent légères. Il la tira vers lui et referma la porte à la seconde où elle posa ses pieds sur le plancher de la demeure de Beorn.

Prise dans l'élan du nain, Eden se sentit tomber en avant, tandis que la porte claquait derrière elle, et elle se trouva pressée contre le torse de Thorïn. Celui-ci garda un moment sa main contre le battant en bois, comme pour s'assurer que le vent n'allait pas l'ouvrir, avant de la poser sur l'épaule d'Eden. Elle ne pouvait s'empêcher de trembler, et Thorïn avait dû le remarquer, car il lui serra légèrement la main, comme s'il cherchait à la réconforter.

— Que se passe-t-il ? demanda une voix.

Tout en gardant la tête baissée contre le torse de Thorïn, Eden vit du coin d'œil Balïn, à quelques mètres d'eux, les observer, l'air à moitié assoupi. D'autres nains s'étaient également légèrement redressés sur leurs couches.

— Rien, affirma Thorïn. Cette petite sotte est sortie et je l'ai rappelée à l'ordre, pour ne pas changer.

Eden se raidit sensiblement contre le nain mais n'osa pas bouger, étant donné qu'il lui tenait toujours la main.

Balïn hocha la tête, désabusé, et se recoucha aussitôt. Les autres en firent de même et il ne leur fallut pas bien longtemps avant de replonger dans le sommeil. Quand il fut sûr de ne plus être entendu par ses pairs, Thorïn lâcha Eden qui recula un peu, tête toujours baissée.

Il l'avait appelée "sotte" et elle détestait cela. Il n'avait aucune considération pour elle. À ses yeux, serait-elle un jour plus qu'une gamine ou une menteuse ? Elle en doutait fortement.

C'est pourquoi elle fut étonnée quand il lui posa une question :

— Allez-vous bien ?

Elle releva la tête pour voir s'il se moquait d'elle. Mais non, il semblait sérieux en posant la question. Était-il bipolaire ou schizophrène ? Parce qu'il y a une minute, il la traitait d'idiote et maintenant, il lui demande comment elle allait…

— Oui… Enfin presque, répondit Eden.

Le silence s'abattit sur eux, que la jeune femme finit néanmoins par briser.

— Je suis désolée, dit-elle. Vous aviez raison, je n'aurais pas dû sortir…

— C'est un fait, dit-il d'une voix ferme. Surtout après que Gandalf nous ait recommandé de ne pas sortir avant le lever du soleil.

Eden déglutit.

— Il… il a dit ça… ?

Elle ne s'en souvenait vraiment pas. Pourtant, elle n'était pas du genre à ignorer les recommandations du magicien gris, qui étaient pour elle de véritables conseils de survie.

Thorïn soupira bruyamment et se pinça l'arête du nez.

— Oui, il l'a dit. Et Beorn avant lui. Vous feriez bien de retourner vous coucher.

Eden hocha la tête et fit quelque pas avant de s'arrêter. Une chose lui était revenue en tête et elle se tourna vers Thorïn. Même si les mots qu'elle allait prononcer risquaient de lui brûler la gorge, elle se devait de les lui dire.

— Au fait…

— Quoi encore ? fit sèchement Thorïn, apparemment un peu agacé.

Eden pinça les lèvres et se dit que jamais elle ne le comprendrait. Il l'aidait, s'enquérait de sa santé pour après l'envoyer au lit comme une gamine. Et maintenant il semblait sur le point de la congédier vertement…

— Je voulais juste vous remercier, dit-elle d'un air faussement désinvolte. Le vent était fort et je me sentais bizarre. Si vous ne m'aviez pas appelée… Bref, merci.

Elle hocha la tête dans sa direction et en se redressant, elle le vit quelque peu troublé.

— Ce vent, justement, dit-il dans un souffle. Il n'était pas naturel…

Eden fronça les sourcils. Lui aussi l'avait ressenti ! Cela la rassura dans un sens.

— Il n'en avait pas l'air, en effet, dit Eden sans pouvoir réprimer un tremblement. Mais nous sommes à l'abri, ici. Bonne nuit.

— Bonne nuit, répondit-il d'une voix lointaine.

Le nain regarda la jeune femme se diriger vers son lit. Elle avait l'air si fragile, avec sa tresse défaite qui pendait misérablement dans son dos et ses vêtements froissés. Elle se glissa sous les couvertures et lui tourna le dos.

Le prince d'Erebor jeta un dernier coup d'œil à la porte et tendit l'oreille, mais il n'entendit pas le moindre souffle de vent. Il décida alors d'aller se coucher, se disant qu'il aurait les idées bien plus claires après une bonne nuit de sommeil.

°o0o°

Eden se tourna et se retourna un nombre incalculable de fois sans parvenir à trouver le sommeil. Elle s'était même relevée afin d'aller se servir un verre d'eau : les animaux de Beorn avaient prévu une cruche bien remplie sur une petite table (et, heureusement, plus petite que celles utilisées lors du souper, qu'elle aurait bien été incapable de soulever), au cas où l'un des invités aurait soif pendant la nuit.

En retournant – une énième fois ! – vers son lit, elle ne put s'empêcher de jeter un regard à Thorïn qui dormait, face au mur. Elle esquissa un geste en sa direction, juste histoire de voir s'il bavait en dormant, mais se reprit vite. Elle s'enfonça sous ses couvertures. Au moment où elle allait s'étendre, un grognement se fit entendre à l'extérieur.

Apparemment, Bilbon, endormi non loin d'elle, l'entendit aussi car il se releva aussitôt, à l'affût. Il se tourna vers Eden, le regard hagard et elle tenta de le calmer d'un sourire. Cela sembla marcher à moitié car le hobbit se recoucha… mais en cachant sa tête sous les couvertures. Eden s'allongea, ignorant les piétinements derrière la porte. Elle pensait que c'était Beorn qui rôdait, sous sa forme d'ours. L'image de l'ombre remplaça brièvement celle de l'animal dans l'esprit d'Eden, avant qu'elle ne la chasse résolument : l'ombre ne grognait pas. Et quelque chose qui semblait être fait de fumée pouvait-il piétiner ? Certainement pas.

C'est donc rassurée et bercée par les ronflements sonores de Bombur qu'elle retomba dans son sommeil qui, cette fois, ne fut peuplé que de souvenirs épars de son ancienne vie sur Terre. Mais avant de sombrer, une idée flotta dans son esprit, comme un nuage dans un ciel d'été. Elle venait de se rendre compte que Thorïn avait prononcé son prénom pour la première fois…

°o0o°

Eden se sentait bien. Elle dormait comme un bébé et ses ennuis se tenaient loin d'elle. Que n'aurait-elle pas donné pour pouvoir continuer à dormir de la sorte… Mais Bofur ne lui en laissa pas l'occasion : il vint la réveiller en la secouant par l'épaule. Elle ouvrit les yeux et découvrit le nain souriant penché vers elle. Puis, quand il la vit se redresser, il se dirigea vers Bilbon qu'il réveilla également.

— Réveillez-vous, bande de flemmards ! dit-il joyeusement. Sinon, il ne vous restera plus rien pour le petit-déjeuner.

Bilbon se leva à ses mots et Eden réprima un sourire. Les nains et le hobbit semblaient bien plus motivés une fois que leur estomac était en jeu.

— Où est le petit-déjeuner ? demanda Bilbon en s'étirant.

— Pour la plus grande part, dans nos estomacs, répondit le nain en riant et en se mettant une main sur son ventre. Mais il en reste dans la véranda.

Eden suivit ses deux compagnons dans la pièce en question et s'assit autour de la table. Quelques nains étaient encore attablés, même s'ils avaient fini de manger.

Elle se servit un peu de tout avec le sourire, contente d'avoir de quoi remplir son estomac. Les nains parlaient entre eux.

— C'est étrange, dit Dori. Je me demande où est notre hôte.

— Beorn n'est pas là ? s'étonna Eden en mordant dans une miche de pain qu'elle avait copieusement recouvert de miel.

— Non, répondit Ori. Depuis le lever du soleil, nous le cherchons, mais il n'y a aucune trace de lui.

— Mais nous avons trouvé le petit-déjeuner servi en nous levant, poursuivit son aîné.

— Vous croyez que ce sont les animaux qui nous l'ont servi ? demanda Bombur, comme amusé.

Les autres haussèrent les épaules, ne sachant que répondre. Eden continua de manger lentement, savourant chaque bouchée et remerciant intérieurement Beorn d'avoir pensé à leurs estomacs.

— Tiens, où est Gandalf ? demanda Bilbon en se servant du lait.

— Oh, sûrement quelque part par là, répondit Bofur sans se départir de son sourire.

Mais il s'avéra que le magicien était aussi absent que le changeur de peau, ce qui força la compagnie à rester sur place. Ce qui semblait déplaire fortement à Thorïn dont l'expression du visage s'était assombrie à cette constatation.

Après ce succulent petit-déjeuner, Eden alla s'asseoir sur son lit afin d'enfiler ses bottes. Elle défit sa tresse – qui ne ressemblait plus à rien – et démêla ses cheveux en passant ses doigts dedans. C'était très sommaire, mais c'était mieux que rien. Elle se fit une simple queue de cheval et se leva pour retrouver les autres dans la véranda. Les tables et les bancs avaient été poussés contre les murs par Dwalïn, qui était encore occupé à faire de la place. Les autres parlaient entre eux et Thorïn était adossé à une colonne en bois, apparemment fortement agacé. Et il le fut encore plus quand il vit Eden entrer, à en juger par son soupir bruyant.

— Ah, te voilà ! dit Dwalïn vers Eden quand il la vit entrer.

— Vous me cherchiez ? demanda-t-elle, intriguée.

— On peut dire ça comme ça. Approche un peu.

Sourcils froncés, la jeune femme s'exécuta, se demandant ce qu'on allait encore lui reprocher. Elle s'était levée, avait mangé, s'était coiffée… elle n'avait donc pas encore eu le temps de faire quoi que ce soit pour énerver Thorïn et subir une correction de la part de Dwalïn. Pourtant, celui-ci tenait à présent une épée en main. À la vue de l'arme, Eden s'arrêta et déglutit péniblement.

— Euh… Que comptez-vous faire de ça ? demanda-t-elle en pointant l'épée du doigt, n'osant plus approcher.

— T'apprendre, répondit le nain.

— M'apprendre quoi ?

— À t'en servir, bien sûr ! grogna-il. Approche donc.

Les yeux grands ouverts, la jeune femme s'approcha de Dwalïn. Il lui tendit l'épée mais elle n'osa pas la prendre.

— En quel honneur ? demanda-t-elle, perplexe.

— Qui sait combien de temps tu vas rester parmi nous, grogna le nain. Tu te débrouilles à l'arc, mais dans un combat rapproché, tu es faible. On va essayer de régler un peu ça, tant que le magicien n'est pas là, vu qu'on l'attend pour partir.

Eden hocha la tête et prit l'épée de Dwalïn d'une main. Voyant cela, le nain sourit et lâcha l'arme. Ne s'attendant pas à ce qu'elle soit si lourde, Eden faillit la laisser tomber et dut la rattraper avec sa deuxième main. Mais même à deux mains, l'arme pesait lourd et pointait donc vers le sol.

— Il faut la maintenir plus haut, dit Dwalïn. Sauf si tu veux tuer des fourmis.

Hochant la tête, Eden redressa l'épée du nain, malgré son poids. Elle entendit quelques ricanements parmi les nains et rougit.

— Ce n'est peut-être pas…

— Essaye de donner un coup, la coupa Dwalïn. Que je voie ce que tu vaux.

« Pas grand-chose, je le crains » pensa Eden sans oser le formuler à voix haute.

Tenant fermement l'épée à deux mains, la jeune femme tenta de donner un coup dans le vide, de façon latérale… et faillit lâcher l'épée. Les nains ricanèrent de nouveau, Thorïn poussa un soupir que tous purent entendre et Dwalïn resta stoïque, bras croisés. Il haussa juste les sourcils quand il dut se rendre à l'évidence qu'Eden n'était rien d'autre qu'une débutante. Et une débutante maladroite, qui plus est.

— Dites… je ne me rappelle pas que vous vous battiez à l'épée, dit-elle.

— C'est celle de Thorïn, répondit le nain.

Eden ouvrit de grands yeux et baissa les yeux sur l'épée. Elle ne ressemblait en rien à la lame que le prince avait utilisée dans la montagne des gobelins ! Celle-ci était moins jolie, moins fine. Cela voulait dire qu'il possédait deux épées ! Eh bien, ils ne faisaient pas les choses à moitié, chez les nains !

— Bien, on va dire que c'est une épée à deux mains puisque tu n'arrives pas la tenir à une main, et que je n'ai pas le temps que tes muscles se fassent…

La jeune femme rougit une nouvelle fois tandis que Kili et Fili, présents depuis le début, ne purent retenir un petit rire amusé. Elle leur lança un regard noir avant de reporter son attention sur Dwalïn.

— Quels sont les avantages d'une épée à deux mains ? demanda-t-il.

Eden eut la désagréable impression d'être retournée à l'école quand le professeur posait des questions avant de donner le cours. Sourcils froncés, elle se mit à réfléchir avant de tenter sa chance :

— Euh… les coups sont plus puissants ?

Dwalïn hocha la tête mais semblait attendre la suite… qu'Eden ne donna pas. Fili et Kili lui vinrent en aide :

— La portée est plus longue, dit le brun.

— Et la puissance à la tranche est supérieure à celle d'une épée simple, compléta le blond.

Le nain tatoué hocha la tête, apparemment satisfait.

— Mais si les deux mains sont prises par l'épée, on ne peut plus porter de bouclier, alors, dit Eden en fronçant les sourcils tout en se rappelant du morceau de chêne que Thorïn portait sans cesse.

— Ceci n'est pas une épée à deux mains, intervint le prince. C'est une épée simple.

Elle rougit en se rendant compte qu'elle devait paraître bien faible face aux nains, étant incapable de tenir une simple épée.

— Il y a une chose essentielle à savoir sur ta posture, dit Dwalïn. Tu ne dois pas être statique ni raide. Il faut que tu gardes ton équilibre car si tu tombes, tu meures.

Eden déglutit face à cette annonce. Elle n'avait pas vraiment de problème d'équilibre, mais ne miserait tout de même pas sa vie là-dessus.

— Et il faut connaître sa rapidité de mouvement, ajouta Dwalïn.

— Euh… je la connais : très lente.

— C'est évident, dit le nain. Si je te dis "parer", tu me dis quoi ?

— Empêcher une arme adverse de me transpercer pour me tuer, répondit-elle aussitôt.

Du coin de l'œil, elle vit Fili et Kili lui adresser de grands sourires, apparemment amusés par sa définition, qu'elle avait déclamé avec le plus grand des sérieux.

— Mouais, l'idée est là, dit Dwalïn.

— C'est un peu ce que j'ai fait face au gobelin au fouet, non ? demanda-t-elle. Quand je sautais pour éviter les coups.

— Oui, c'est cela. Mais c'est un peu différent avec une épée, dit le nain. Avec une arme, il s'agit de dévier la lame ennemie.

Il prit une de ses haches qui étaient dans son dos et la tendit vers Eden, comme s'il voulait l'attaquer, mais ne fit aucun geste.

— Le mieux, c'est d'utiliser le plat de l'épée, ainsi tu n'émousses pas le tranchant. Essaie pour voir.

Eden baissa les yeux vers l'arme qu'elle tenait en main et réfléchit un moment. Si elle restait comme cela, c'était le tranchant de l'arme de Thorïn qui dévierait la hache de Dwalïn. Elle fit donc une torsion du poignet pour que ce soit le plat de l'épée qui entre en contact avec le tranchant de la hache. Un bruit métallique emplit la véranda et Eden sentit le choc se répercuter dans ses mains, ses bras, ses épaules.

— Bien, tu as compris le mouvement à faire avec les poignets, dit Dwalïn en rangeant sa hache dans son dos. Même si tu as été bien lente.

Elle fit une moue. Bien sûr qu'elle avait été lente ! C'était la première fois qu'elle tenait une épée de sa vie ! Et elle n'aimait pas ça. L'arme était bien trop lourde et commençait à lui faire mal aux bras. Elle regretta un moment de ne pas s'être un peu échauffée avant mais ne dit rien. Après tout, Dwalïn avait décidé de son propre chef de l'aider, plutôt que la laisser de côté et elle lui en était reconnaissante. Vraiment.

— Nous allons maintenant revoir ta position de garde, dit-il. Tes pieds sont très mal placés.

Surprise, elle regarda ses pieds. Elle était campée sur ses deux jambes écartées, genoux un peu fléchis. Qu'y avait-il de mal de sa position ?

— Vos pieds ne doivent pas être sur la même ligne, expliqua Kili. Il faut mettre un pied devant l'autre.

— Mais les genoux fléchis, c'est bien, intervint Fili.

Eden lui sourit, contente qu'il y ait au moins une chose de positive. Puis, elle plaça son pied gauche un peu en avant et le pied droit un peu en arrière. Dwalïn la regarda faire, un peu perplexe.

— Normalement, c'est l'inverse, expliqua-t-il. Le pied droit devant. Tu fais les choses à l'envers.

— Elle est gauchère, dit Balïn qui venait d'arriver. C'est naturel pour elle de placer son pied gauche en avant.

— Hmmm, fit Dwalïn. Essaie quand même avec le pied droit.

Changeant de position, Eden dut s'admettre qu'elle se sentait moins à l'aise. Et apparemment, ça se voyait car son instructeur l'autorisa à reprendre sa position de départ, à son soulagement.

— Bien, maintenant, imagine que tu dois m'attaquer, dit-il.

— Vous êtes trop loin, dit-elle, évaluant qu'un bon mètre séparait le torse du nain de la pointe de son épée.

— Eh bien avancez, dans ce cas ! dit Thorïn, agacé.

Eden sursauta car elle avait presque oublié sa présence dans son dos. Elle hocha néanmoins la tête et avança. Elle bougea son pied droit, celui qui était en arrière, mais n'eut pas le temps de le redéposer que Thorïn intervint.

— Pas comme ça ! Il faut bouger le pied avant en premier !

— Ah… d'accord…

Elle reprit sa position de départ et, focalisée sur ses pieds, avança lentement. D'abord le pied avant, puis le pied arrière. Comme elle regardait par terre, elle ne vit pas Dwalïn sortir de nouveau sa hache et il la surprit fortement en déviant brusquement l'épée qu'elle tenait. Elle réussit pourtant à ne pas lâcher la lame.

— Tu es en danger, dit-il. Et tu dois rompre.

— Rompre ? répéta-t-elle, ne comprenant pas de quoi il parlait.

— Reculer, souffla Kili. Vous devez reculer.

Eden le remercia d'un hochement de tête et recula. Elle bougea d'abord son pied arrière, puis son pied avant.

— Bien, dit Dwalïn. Nous allons apprendre les parades de base. Ce serait bien si tu parvenais déjà à maîtriser cela.

Mais il ne semblait guère convaincu, Eden le vit directement.

Elle apprit donc quelques parades. Notamment celles qui protégeraient ses flancs. Tenant l'épée, les mains au niveau de la hanche, pointe vers le haut. D'abord à gauche, puis à droite. Puis Dwalïn lui apprit à protéger ses jambes, l'une après l'autre. C'était comme pour protéger ses flancs, mais la lame pointée vers le bas. Quand elle eut assimilé ces quatre parades, Dwalïn la fit s'exercer. Pour cela, il prit sa hache, en faisant clairement attention de ne pas y mettre trop de force.

°o0o°

Dwalïn n'était pas un nain patient. Pas du tout. Et Balïn et Thorïn devaient bien admettre qu'il les avait surpris car malgré le peu de talent d'Eden, pas une fois il n'éleva la voix. Et il arrivait à garder son calme quand elle lâchait malencontreusement son épée. Cela l'agaça, mais il ne dit rien.

Les nains observèrent la leçon, silencieux. Jusqu'à ce qu'Eden lâche l'épée pour la sixième fois, après une parade. Le nain massif soupira. Balïn fronça les sourcils, au comprenant que la patience de son frère était arrivée à son terme. Fili et Kili se jetèrent un regard, s'interrogeant l'un l'autre sur ce qu'allait faire Dwalïn. Allait-il la faire courir, comme il le faisait avec les jeunes nains quand c'était lui qui s'occupait de les entraîner ? Apparemment non, vu qu'il se contenta de ranger sa hache.

— Que quelqu'un d'autre prenne ma place, je commence doucement à perdre patience, dit-il. Et je ne veux pas perdre patience.

Il partit s'adosser aux côtés de Thorïn qui ne put retenir un sourire moqueur tandis qu'Eden rougissait jusqu'à la racine des cheveux. Elle allait rendre son épée au nain à qui elle appartenait quand Kili fut devant elle, souriant.

— On va essayer, dit-il en lui faisant un clin d'œil. Mais avant cela, donnez-moi cette épée et allez boire un peu d'eau. Vous avez besoin de reprendre des forces.

°o0o°

Eden sourit légèrement en remettant l'arme à Kili, le remerciant silencieusement pour son aide et pour le répit qu'il lui accordait.

Elle retourna dans la pièce dans laquelle ils avaient dormi et se servit un grand verre d'eau fraîche, qu'elle vida d'une traite, puis un second, avant de s'asseoir sur son lit en massant ses muscles douloureux. Une chose était sûre : le lendemain, elle souffrirait…

Mais la pause accordée par Kili fut trop courte à son goût car il vint rapidement la chercher pour l'emmener dans la véranda, où se trouvaient toujours tous les autres nains – et Eden aurait préféré continuer la leçon sans public…

Kili lui rendit l'épée et une fois en position, il prit la parole :

— On va continuer un peu les quatre parades que Dwalïn vous a apprises. Mais je vais aller de plus en plus vite, afin de développer vos réflexes.

Un peu effrayée, elle hocha la tête et Kili se mit à bouger. Pendant un long moment, il donna des coups lents et Eden s'empressait de les parer. Le jeune nain accéléra de façon progressive, de sorte qu'elle accéléra presque de façon naturelle. Elle lâcha son épée encore deux fois, mais parvint à parer la quasi-totalité des attaques de Kili.

— Bien, dit-il avec un sourire encourageant. Mais si je fais ça, vous faites quoi ?

Eden n'eut pas le temps de l'interroger qu'il porta un coup d'épée vers son visage. Avec un cri apeuré, elle leva son épée, verticalement, et baissa la tête. Mais rien ne vint. Ouvrant les yeux, qu'elle avait fermés par instinct, elle vit que l'épée de Kili s'était arrêtée bien avant de l'atteindre. Il semblait amusé par sa réaction, car il souriait, de même que Fili.

— Vous avez au moins eu le réflexe de lever l'épée jusqu'à votre tête, commenta le blond.

— Mais, comme vous vous en doutez sûrement, vous la tenez très mal, continua Kili. Vous devez la tenir de manière horizontale, les mains au-dessus du niveau de la tête.

Et il joignit le geste à la parole car il lui montra comment faire. Elle reproduisit la même position que le jeune nain et dut admettre que cette position était plus logique pour protéger son crâne. Mais l'épée étant lourde, ce n'était pas facile de la tenir longtemps en hauteur.

Kili lui apprit également à se déplacer un peu, vers les côtés, vu qu'elle avait intégré comment avancer et reculer. Il voulut lui apprendre à donner quelques coups mais abandonna vite l'idée vu qu'elle n'était clairement pas douée. Mais il continua à lui faire faire les parades afin que cela lui vienne naturellement. L'après-midi était presque terminée et la soirée tombait quand Kili estima qu'ils pouvaient arrêter.

— Bon, on ne peut pas dire que vous soyez douée, avoua-t-il. Mais au moins, maintenant, vous savez parer. Pas comme le ferait quelqu'un d'habitué au combat mais… enfin, on peut dire que vous avez progressé depuis tout à l'heure.

— En même temps, j'étais très nulle au début. Il aurait été difficile de faire pire…

— C'est un fait, convint Kili en hochant la tête. Mais si par la suite, nous avons un moment de libre, je peux continuer à vous apprendre.

— C'est vrai, vous feriez ça ? demanda Eden, n'osant y croire.

— Oui, pourquoi pas ?

— À quoi bon ? intervint Thorïn alors que la jeune femme allait remercier Kili.

Tous se tournèrent vers lui, Eden la première.

— Que voulez-vous dire ? s'enquit-elle.

Thorïn soupira une nouvelle fois et se dirigea vers elle à grands pas. Il lui prit rudement l'épée des mains et la toisa de toute sa hauteur – et Eden était furieuse d'être plus petite qu'un nain.

— Je veux dire qu'armée ou pas, vous êtes un fardeau, dit-il froidement.

Elle se raidit et se sentit blêmir.

— Ce sont des reproches ?

— Juste une constatation, corrigea le nain. Vous n'avez pas votre place parmi nous. Et n'oubliez pas que vous resterez dans le premier village qu'on croisera. Et j'espère que ce sera bientôt.

— Mais…

— Vous êtes et resterez un fardeau pour nous.

— Cette fois, ça suffit ! dit-elle fermement.

Un silence tomba sur la véranda et Thorïn regarda fixement Eden qui se sentait trembler.

— Je… Je n'ai pas choisi d'être dans ce monde de brutes, dit-elle. Je n'ai pas choisi de…

Elle ne put terminer sa phrase. Elle avait encore du mal à admettre qu'elle avait connu la mort. Alors, le prononcer à voix haute.

— Mais je fais ce que je peux, reprit-elle. Alors… alors…

Frustrée, elle poussa un son entre le grognement et la plainte avant de les planter tous là. Elle entra dans la demeure de Beorn, la traversa à vive allure, et sortit sans un regard en arrière.

Dehors, elle regarda autour d'elle et, ne sachant où aller, se dirigea vers la barrière qui entourait la cabane et s'y accouda. Elle posa son menton sur ses bras et fixa le vide. Elle repensa au comportement illogique de Thorïn et sentit son cœur se serrer. Elle savait, maintenant, que jamais il ne l'accepterait parmi les siens. Jamais il ne l'autoriserait à rester dans la Compagnie. Il allait donc bel et bien l'abandonner dans la première bourgade qu'ils croiseraient, se fichant de son sort, et cela lui fit peur. Qu'allait-elle devenir dans ce monde où les seules personnes qu'elle connaissait allaient la laisser derrière sans aucun état d'âme ?

Eden poussa un soupir et cacha son visage dans ses bras. Elle ferma fort les yeux afin de s'empêcher de pleurer, ce qu'elle parvint à faire en respirant lentement et profondément. Non, elle ne verserait pas la moindre larme à cause de ce nain malpoli et mal luné. Oui, elle s'en sortirait toute seule, vu que de toute façon, elle n'avait pas le choix.

Elle ne sut combien de temps elle resta dans cette position, mais elle fut tirée de ses pensées par la voix grondante de Gandalf :

— Eden ? Que faites-vous donc là ?

La susnommée releva la tête et vit le magicien gris, de l'autre côté de la barrière, la regarder en fronçant les sourcils, apparemment mécontent. Le soleil était en train de se coucher.

— Alors ? fit Gandalf. J'attends une réponse.

— Je prenais l'air, répliqua Eden qui n'avait pas envie de s'étendre sur le sujet.

Elle se redressa et s'éloigna de la barrière pour le magicien puisse entrer. Il le fit sans la quitter du regard et l'enjoignit à le suivre à l'intérieur de la cabane.

— Non, j'ai encore envie de prendre l'air.

Malheureusement, le magicien ne lui laissa pas le choix :

— Balivernes ! Vous n'avez même pas pris votre manteau et vous avez froid. De plus, il n'est pas prudent de rester dehors après le coucher du soleil, comme vous avez eu la bêtise de le faire hier. Donc, j'ignore encore quels démêlés vous opposent à Thorïn, mais vous allez me faire le plaisir de me suivre à l'intérieur.

Il lui lança un regard montrant clairement qu'il ne valait mieux pas qu'elle refuse. À contrecœur, elle le suivit donc. À l'intérieur, les animaux étonnants de Beorn venaient de dresser la table. Eden voulut sortir de la pièce pour rejoindre son lit, mais Gandalf, ayant deviné ses projets, l'attrapa par le col de sa tunique bleue et la força à prendre place auprès de lui. Elle se retrouva donc à côté du magicien qui avait pris place face à Thorïn. Kili était de l'autre côté d'Eden.

— Par ma barbe, dit Dori en voyant le magicien. Où étiez-vous donc ?

— Et savez-vous où est Beorn ? demanda Bilbon.

— Ouh là, une seule question à la fois, s'il vous plaît ! dit Gandalf en retirant son chapeau. Mais cela attendra la fin du souper, continua-t-il quand il vit Dori ouvrir la bouche.

Le nain fit une légère moue qui disparut bien vite dès que son assiette fut pleine. Tous mangèrent avec appétit, sauf Eden qui n'avait pas très faim. Elle se força néanmoins à manger de tout car elle ne savait pas quand elle aurait de nouveau l'occasion de manger autant. Kili lui fit la conversation, parlant de tout et de rien, pour lui changer les idées. Elle ne leva pas les yeux vers Thorïn, même si parfois, elle sentait son regard froid sur elle.

— Au fait, Kili, je tenais à vous remercier, pour tout à l'heure, murmura-t-elle. Je suppose que vous avez fait ça parce que j'avais accepté de dire que c'était moi qui avais dessiné sur votre visage et celui de Dwalïn, mais merci quand même.

— Je ne l'ai pas fait que pour ça, la contredit doucement le jeune nain. Certes, j'avais une dette envers vous, mais ce n'est pas l'unique raison qui m'a poussé à vous entraîner.

— Ah bon ? s'étonna Eden en reposant ses couverts et en se tournant vers lui. Pour quelle autre raison l'auriez-vous fait ?

— Parce que je vous apprécie, dit-il naturellement. Vous êtes quelqu'un que j'apprécie et j'ai voulu vous aider.

Eden sourit doucement au nain qui lui rendit son sourire.

— Dans ce cas, merci mille fois.

À la fin du repas, Gandalf sortit sa pipe et durant un long moment, s'amusa à faire des ronds de fumée. Eden fut enchantée quand elle vit lesdits ronds tourner autour des piliers de la salle, prenant toutes sortes de formes de couleurs différentes. Les yeux aussi brillants que le seraient ceux d'un enfant, elle regarda les formes de fumées se chasser les unes les autres jusqu'à disparaître par le trou dans le toit.

— Alors, je vais d'abord répondre à la question de maître Dori. Il se trouve que j'ai trouvé des traces d'ours. Il a dû y avoir un véritable rassemblement d'ours, la nuit dernière. J'ai pu noter qu'elles ne venaient pas toutes de Beorn car il y en avait beaucoup trop et elles étaient de différentes tailles. À mon avis, il devait y avoir de petits ours, de grands ours, des ours normaux et d'autres gigantesques et qu'ils ont tous dansé durant la nuit, jusqu'au lever du soleil.

À ces mots, Eden ne put s'empêcher un léger sursaut. Des ours qui dansaient ? Le magicien perçut son mouvement car il se tourna vers elle en souriant, comme amusé.

— Donc oui, ça existe bel et bien, des ours qui dansent sous la lune.

La jeune femme lui sourit tandis qu'un coup d'œil lui permit de voir que Thorïn s'était rembruni.

— Ces ours sont venus de partout, sauf de l'ouest, où il y a une rivière à franchir. Dans cette direction-là ne menait qu'une seule série de pas – aucun ne venait par ici, tous en partaient. J'ai suivi les traces jusqu'au Carrock. Les traces disparaissaient dans la rivière mais c'était trop profond pour moi. J'ai dû parcourir des milles à pied pour trouver un endroit où la rivière me permette de marcher à gué ou de nager. Puis, quand je suis passé, j'ai dû parcourir de nouveau des milles en sens inverse pour retrouver leurs traces. Mais à ce moment, il était trop tard pour pouvoir les suivre sur une longue distance. Elles partaient tout droit vers les forêts de pins qui se trouvent sur le versant oriental des Monts Brumeux où, si vous vous souvenez bien, nous avons eu notre agréable réunion avec les orques et les wargs. Et, je crois avoir ainsi répondu à la question de maître Sacquet.

L'histoire de Gandalf fut suivie d'un long silence. Bilbon, mal à l'aise, se tortillait sur sa place. Il semblait réfléchir et avoir peur.

— Que ferons-nous s'il amène ici les orques et les wargs ? demanda-t-il.

— Allons, ne dites pas de bêtises, répondit Eden avant que Gandalf n'ait pu ouvrir la bouche. Pourquoi Beorn amènerait les orques ici alors qu'il a tant souffert à cause d'eux ?

— Eden a raison, dit le magicien. Beorn n'est sûrement de leurs amis et je ne voudrais pas être à leur place s'ils se retrouvent face à lui.

— C'est vrai, convint le hobbit. Je dois avoir l'esprit fatigué pour avoir pensé une telle chose de Beorn.

— Sans aucun doute, acquiesça Gandalf. Je vous conseille donc d'aller vous coucher. Et cette nuit, je ne veux voir personne sortir !

Il avait ajouté cela en regardant Eden. Celle-ci soupira en levant les yeux au ciel.

— Ne vous en faites pas, j'ai bien compris qu'il ne fallait pas sortir la nuit.

— Pourtant, je vous ai trouvée dehors à mon retour.

Il avait détourné son regard de la jeune fille pour regarder fixement Thorïn qui ne semblait pas plus préoccupé que cela.

— Il faisait encore jour, argumenta le nain, tranquillement.

— Le soleil s'était couché, contredit le magicien.

— Je ne suis pas responsable de ses actes, répliqua Thorïn d'une voix glaciale.

Eden assista à l'échange entre le magicien et le nain sans oser dire le moindre mot. Elle se sentait gênée d'être ainsi le sujet de la discussion et aurait bien aimé qu'elle s'arrête. Tout de suite.

— Si, vous l'êtes, dit fermement le magicien.

La mâchoire de Thorïn se crispa et Eden voulut leur rappeler qu'elle n'était sous la responsabilité de personne, qu'elle avait agi sans réfléchir, qu'elle ne voulait pas être un poids pour le nain ou qui que ce soit d'autre. Mais le prince ne lui en laissa pas le temps :

— Jusqu'au premier village, assura-t-il.

Eden ne dit donc rien et referma la bouche. Elle jeta un regard au nain qui ne cilla pas durant cet échange. Secouant la tête, elle se leva et quitta la table pour aller rejoindre son lit sur lequel elle s'assit. Tout le monde l'avait suivi des yeux en silence.

Défaisant le ruban qui retenait ses cheveux, Eden prit un long moment à les démêler en y passant ses doigts. Elle voulait qu'il n'y reste plus un seul nœud mais savait que le résultat ne serait pas parfait, faute d'un peigne. Tout en faisant cela, elle ne put s'empêcher de maugréer mentalement contre Thorïn qui était totalement incompréhensible. Pourquoi diable était-il comme ça ? Pourquoi avait-il tant de mépris pour elle ? Qu'avait-elle fait qui mérite un tel traitement de sa part ?

Les nains et le hobbit finirent par la rejoindre et s'assirent non loin de la cheminée pour certains, sur leur lit pour d'autre. Eden sourit aux nains qui lui adressaient des regards de sollicitude mais ignora superbement Thorïn qui, de toute façon, se fichait éperdument de ses sourires.

Les nains se remirent à chanter, comme la veille et, abandonnant ses cheveux qu'elle ne pourrait de toute façon pas démêler plus, la jeune femme les écouta, fascinée. Elle se laissa bercer par les paroles de leurs chansons et sentit même des frissons la parcourir de temps en temps.

Quand la chanson fut terminée, un silence respectueux suivit, puis les nains se mirent à chuchoter entre eux pour ne pas réveiller Bilbon, qui dormait déjà à poings fermés. Eden allait en faire de même quand elle vit que Bifur venait de s'immobiliser près de son lit. Surprise, elle leva la tête l'interrogea du regard.

— Freina atkât zatagrafizu ma gurd, bin-nât irkat shathûr staf unkhai.

Eden ne comprenait pas ce qu'il disait, pas plus que les nains. Et Gandalf, qui apparemment était le seul à pouvoir traduire, n'était pas à proximité. Bifur lui tendit alors un jouet en bois en l'agitant, pour inciter Eden à le prendre.

— Fizu, ma nîd gurd, Freina-ûl !

Eden crut reconnaître un mot que le nain avait dit dans ses deux phrases.

Avec des gestes précautionneux, elle prit le jouet et vit que c'était un magnifique aigle en bois sur une espèce de socle. Il semblait articulé. Bifur s'accroupit près d'elle et actionna une petite manivelle près du socle. Cela eut pour effet que les ailes de l'aigle se mirent à bouger pour mimer le vol majestueux de l'oiseau. Eden en resta bouche bée.

— Wouah, dit-elle, admirative. C'est vraiment magnifique.

Le nain sembla avoir compris car il se releva et tapota la tête d'Eden.

— Freina, murmura-t-il d'une voix lointaine.

Puis il sortit de la pièce. Intriguée, elle se tourna vers Bofur, qui se tenait non loin, surpris du geste de son cousin.

— Il a dit trois fois le mot "freina", dit-elle. Qu'est-ce que ça veut dire ?

— Ce n'est pas un mot, mais un nom, dit lentement le nain.

— Un nom ? répéta Eden sans comprendre. Vous voulez dire, comme le nom qu'on donne à une personne ?

— C'est exact. Et Freina, c'est… enfin, c'était…

Bofur s'interrompit et baissa la tête en soupirant, comme chagriné. Il finit par regarder Eden avec un sourire triste.

— Freina était le nom de sa fille unique.

Eden ouvrit de grands yeux et les autres nains présents se tournèrent vers Bofur. Bombur était aussi triste que son frère, à en juger par ses yeux brillants.

— Notre cousin était un marchand, dit-il. Un jour, en revenant vers les Montagnes Bleues, il s'est fait attaquer par un orque.

La gorge serrée, Eden craignit la suite de l'histoire et serra involontairement ses mains autour du socle en bois du jouet.

— Sa femme et sa fille n'ont pas survécu à l'attaque, dit sombrement Bofur. Et Bifur nous est revenu gravement blessé, si bien que nous ne savions pas s'il allait survivre, à cause de la hache qu'il avait dans la tête. Mais il a fini par se réveiller, bien que ne parlant plus que le Khuzdul ancien.

De nouveau, la pièce fut plongée dans le silence. Eden regarda le jouet qu'elle avait entre les mains et déglutit péniblement. Elle ne le voyait plus du même œil maintenant qu'elle connaissait l'histoire du nain qui venait de le lui offrir. Ce jouet venait de gagner beaucoup de valeur en quelques minutes.

— C'est horrible, pour Freina et sa mère, dit-elle.

— Et pourtant, la femme de Bifur savait un peu se défendre, commenta Thorïn de sa voix froide. Certes, pas aussi bien qu'un nain, mais bien mieux que vous.

Eden se tourna vers lui, surprise et eut juste le temps de voir son dos alors qu'il s'éloignait. Elle baissa la tête vers l'aigle en bois et soupira. Elle comprenait très bien ce que Thorïn voulait lui dire : une naine sachant se défendre était morte face à un orque. Une humaine aussi peu douée qu'elle n'avait donc aucune chance de survie.

« Message reçu » pensa-t-elle en fermant les yeux.

Elle déposa l'aigle en bois à côté de son sac en bandoulière et se glissa sous sa couverture en laine. Fatiguée de sa journée d'entraînement, elle ne mit pas bien longtemps à s'endormir.

Elle rêva une nouvelle fois de l'ombre menaçante et aurait bien pleuré en la voyant s'approcher d'elle de plus en plus. L'adversaire d'Eden tendait ses mains aux doigts crochus vers son cœur, avide.

— Si près. Elle va être à moi… Elle va être à moi…

La jeune femme aurait bien voulu reculer, mais son corps ne lui répondait plus, comme dans la forêt. Elle savait qu'elle rêvait mais n'avait aucun contrôle sur son rêve. Pourtant, elle sentait que l'ombre ne devait en aucun cas la toucher, que sa signifierait la fin. La fin de quoi, elle ne le savait pas.

Pourtant, malgré le danger imminent, la voix qui lui avait intimé de crier la dernière fois se tut. Eden était seule et à la merci d'un ennemi qu'elle savait dangereux.

Soudain, alors que tout espoir semblait perdu et qu'elle retenait difficilement ses larmes – d'ailleurs, quelques-uns coulèrent sur ses joues malgré ses efforts – un bruit de sabots se fit entendre et l'ombre recula.

— Non, éructa la voix masculine provenant de l'ombre, qui tournait la tête vers la droite. Pas si près du but !

Étrangement, depuis que la main de l'ombre n'était plus à proximité de son cœur, Eden pouvait respirer normalement. Mais son souffle se bloqua de nouveau dans sa gorge quand l'ombre se tourna vers elle.

— Tu m'appartiens, dit-il avec conviction. Je peux prendre le contrôle de ton corps depuis que tu es revenue, car tel est mon pouvoir. Tu ne pourras pas m'échapper longtemps.

Il pointa un doigt vers elle.

— Crois-moi, je te retrouverais et tu seras à moi. Vous serez à moi. Je te le promets.

Eden frissonna tandis que le bruit de sabots s'approchait. Une lumière intense provenant de la droite fit fuir la créature sombre et, une fois libérée de cette emprise néfaste, la jeune femme se réveilla, dans son lit chez Beorn. Elle se redressa rapidement.

Elle était essoufflée, comme si elle avait couru un sprint, et son corps était couvert de sueur. En s'essuyant le front, elle remarqua que ses joues étaient mouillées de larmes. Les larmes d'impuissance qu'elle avait laissé s'échapper durant son cauchemar. Mais n'était-ce vraiment qu'un cauchemar ? N'était-ce pas plus que cela ? Si les sabots n'avaient pas retentis, que se serait-il passé ? Si l'ombre l'avait touchée…

Reniflant discrètement, Eden se dit que ce n'était pas la première fois qu'elle rêvait de bruits de sabots et se demanda la raison de cela. Et pourquoi l'ombre avait-elle réagi en entendant ce bruit ? Et quelle était cette lumière intense… ? Et quel était le sens de ses phrases mystérieuses ?

Hagarde, elle s'essuya les yeux, regarda autour d'elle sans que son regard ne se pose sur quelque chose en particulier et se recoucha, en position fœtale, comme si cela pouvait la protéger. Elle se rendormit et ses songes furent peuplés de lumière blanche et de sabots qui retentissaient en écho. L'ombre ne se montra pas.

Le lendemain matin, Eden fut tirée de son sommeil par le bruit d'une porte qui claque. Surprise, elle s'assit sur son lit et regarda Beorn entrer dans sa demeure et se diriger vers la table de la salle à manger en disant, de sa grosse voix :

— Ainsi, vous êtes encore tous là.

Remarquant qu'elle était la dernière couchée, Eden s'empressa de quitter son lit et rejoignit les autres, sans prendre la peine d'enfiler ses bottes ou de se coiffer. Ses cheveux lâchés filaient dans tous les sens et lui donnait l'air aussi perturbé qu'une chouette qu'on aurait réveillée en plein jour.

Le changeur de peau invita tout le monde à s'installer autour de la table tandis que ses animaux servaient le petit-déjeuner. Son regard s'arrêta sur le visage d'Eden et il commenta :

— En voici une qui n'a pas bien dormi, semble-t-il.

La jeune femme ne répondit pas et se passa rapidement une main dans ses cheveux défaits. Geste qu'elle ne put faire sans grimacer de douleur.

— Que se passe-t-il ? s'inquiéta Bilbon, bienveillant, qui n'avait pas manquer de voir sa réaction.

— Il se passe que j'ai très, très mal aux bras…

Kili et Dwalïn hochèrent la tête d'un air entendu.

— Bien, dit le nain aux deux haches. C'est que les muscles ont bien travaillé.

Cela ne fut pas une consolation pour Eden qui mangea en silence, écoutant le récit de Beorn. Celui-ci s'était rendu à l'endroit où la Compagnie avait affronté les orques et les wargs. En entendant cela, la jeune femme nota qu'il se déplaçait bien vite, vu qu'il avait fait l'aller-retour en un peu plus d'une journée.

— Votre histoire était bonne, dit-il au magicien, mais je la préfère maintenant que je la sais vraie. Quiconque vivant à proximité de la Forêt Noire doit se montrer prudent. Mais j'ai vu les corps calcinés des orques et je comprends maintenant qu'Azog est bel et bien vivant. Le tortionnaire de mon peuple est toujours là, rôdant quelque part…

Il parlait calmement mais on pouvait clairement percevoir l'émotion sous ses propos.

— Et… votre peuple ? demanda Bilbon. Je veux dire, il y en a d'autres, comme vous ?

Il avait parlé d'une toute petite voix.

— Il y en avait beaucoup, répondit le colosse.

— Et maintenant ? s'enquit le hobbit.

Beorn laissa planer un petit silence, le temps de se servir un grand godet de lait, avant de répondre :

— Maintenant, il n'y n a plus qu'un, dit-il.

— Ah bon ? dit Eden. Et les ours qui dansent… ?

— Ils n'étaient pas des changeurs de peau, lui répondit Beorn. Juste des ours.

Il se tourna vers le magicien gris après avoir adressé un petit sourire à la jeune femme.

— Donc, si j'ai bien compris votre histoire, vous voulez atteindre la montagne avant les derniers jours de l'automne.

— Avant que n'arrive le jour de Durin, oui, précisa Gandalf en hochant la tête.

— Le temps va vous manquer, commenta le changeur de peau en buvant une longue gorgée.

— C'est pourquoi nous devons traverser la Forêt Noire, dit le magicien.

Eden suspendit son geste tandis qu'elle prenait son godet de lait. Rien que le nom de la forêt ne lui donnait pas envie de la traverser et les allusions qu'elle avait entendu ne l'encourageaient pas vraiment.

Elle avala son bout de pain, péniblement. Car les propos qu'allait tenir Beorn ne la rassureraient pas.

— Un mal est à l'œuvre dans cette forêt, dit-il sombrement. Sous ces arbres se cachent des créatures féroces. Il y a une alliance entre les orques de la Moria et le Nécromancien de Dol Guldur.

— Un nécromancien ? répéta-t-elle, abasourdie.

À ces mots, Eden se raidit fortement sur son morceau de bois qui lui servait de tabouret. Elle ne s'y connaissait pas en magie et tout ça, mais pour elle, un nécromancien était intimement lié à la mort. Il pouvait contrôler ceux qui ne vivaient plus. Avec un frisson d'horreur, elle fit le lien entre l'ombre et les paroles sombres de Beorn.

— Je ne m'y risquerais qu'en cas d'extrême nécessité, continua le changeur de forme sans se rendre compte du changement subit dans le comportement d'Eden.

— Nous prendrons la route des elfes, rassura Gandalf qui n'avait pas non plus remarqué la pâleur soudaine de la jeune femme. Ce chemin est encore sûr.

Eden se reprit – ou du moins essaya. En entendant le mot elfe, elle ne put s'empêcher de chercher Thorïn du regard. Elle crut le voir la regarder, mais il détourna les yeux tandis que Beorn reprenait la parole :

— Sûr ? dit-il en riant nerveusement. Les elfes de la Forêt Noire ne sont pas comme leurs semblables. Ils sont moins subtils et plus dangereux.

Le chef de la compagnie avait les bras croisés et au fur à mesure des paroles de Beorn, Eden put le voir serrer les doigts sur ses bras, en proie, apparemment, à de sombres pensées.

— Mais ça n'a pas d'importance, dit Beorn.

Thorïn se tendit et se tourna vers lui. Eden fronça les sourcils et reporta également son attention sur leur hôte.

— Ces terres sont infestées d'orques, dit-il gravement. Leur nombre ne cesse d'augmenter. Et vous êtes à pied.

Était-il en train de leur faire comprendre qu'ils n'avaient aucune chance de survie ?

— Vous n'atteindrez jamais la Forêt Noire vivants.

Ah ben oui, il était clairement en train de leur dire qu'ils n'avaient aucune chance. Sympa de sa part !

— Vous devez savoir que je n'ai pas une bonne opinion des nains car ils sont cupides et aveugles des vies qu'ils estiment moindre que la leur.

Eden aurait rajouté aussi que Thorïn était un malpoli et que son orgueil était une calamité. Mais elle se doutait que cela n'aurait pas le même impact que si c'était le changeur de peau que le lui disait.

Beorn se leva de son siège et se baissa pour ramasser une petite souris blanche qui se promenait sur la table et que Bofur avait doucement repoussée de son pain au miel. Il la fit glisser entre ses énormes doigts, la laissant se promener sur sa main. Ses yeux s'étaient faits lointains, comme s'il réfléchissait.

— Mais les orques, je les hais à un point qu'il n'est pas possible d'imaginer, acheva-t-il en regarda Thorïn droit dans les yeux.

S'ensuivit un duel de regards qu'Eden observa en retenant son souffle, incertaine quant au dénouement de ce combat silencieux. Mais l'atmosphère se détendit quand Beorn leur offrit un petit sourire en coin.

— Vous devriez partir tant qu'il fait encore jour. Ceux qui vous traquent ne sont pas très loin. J'ai vu leur trace, senti leur odeur. Ils ne sont pas loin.

Les nains hochèrent la tête, s'attendant à devoir faire le chemin jusqu'à la forêt des elfes à pied. Mais le changeur de peau les rassura d'une seule phrase :

— Que vous faut-il ?


Et voilà, ce sera tout :p

J'espère que ce chapitre vous aura plu malgré la longueur ^^

Je vous embrasse tous très fort :D

Abby