" C'est irrespirable la d'ans." Elle abaissa le canon de son fusil suite à la remarque peu judicieuse de son cher compagnon de route.

" On devrait attendre le groupe et après, on avisera. " Dit-elle en se déplaçant vers une tour de garde postée sur les remparts. Les grandes lianes et les autres plantes grimpantes prenaient possession des défenses pour ne laisser qu'un aspect verdâtre qui masquait les graffitis et les plaques militaires : " Interdit de pénétrer ". Le sens du mot " Interdit " avait beaucoup évolué depuis la fin de l'ère des hommes. Elle posa le premier pied sur la barre de l'échelle et monta après souplesse et courage les nombreuses autres. Elle se dévoua corps et âme à sa tache, laissant de coté la peur du vide et du vertige. Son souffle devenait de plus en plus court, la tour était bien plus grande que ce que la jeune croyait. Lorsqu'elle arriva au bout, un panorama magnifique s'exposa devant elle : à cette hauteur, il était aisé d'apercevoir la taille conséquence de cet ancien fort et les forêts vierges qui s'étalaient jusqu'à l'horizon. Elle se blottissait contre la lumière du mirador et profitait de son avantage stratégique pour pouvoir repérer des traces de voitures. Le sillon des roues dans la boue rendait l'enquête beaucoup plus facile. Il était assez fréquent de voir des rôdeurs surgirent de la foret pour venir s'empaler contre les défenses du fort, un amoncellement de rôdeurs morts pourrissaient au soleil en attendant que des charognards ne viennent les picorer. Le bruit de ses dents qui se claquaient les unes aux autres la rendait d'autant plus nerveuse, l'endroit n'était qu'un vaste cimetière de souvenirs. Alors qu'elle contemplait le sublime paysage, plusieurs coups de feu retentirent subitement à l'orée de la forêt. Une bonne vingtaine de soldats s'affranchissaient de la frontière des taillis pour ensuite se coltiner les nombreux rôdeurs qui encerclaient le fort. Clem se dépêcha alors de descendre à l'échelle le plus rapidement possible alors que Brunei se préparait pour un ultime combat. Il avait l'air déterminé, le regard nourrit par la peur de l'inconnue et de cette attente désespérée.

" Ils sont tous la. Ils portent tous des gros sacs " Une goutte de sang coulait le long du front de Brunei alors que celui-ci allait ouvrir la porte électronique.

" Bien. Établissons un camp juste ici et on partira demain au lever du jour " Au moment où il appuya sur ce fameux bouton rouge, un grand bruit d'alarme se déclencha tandis que les grands portiques de sécurités s'ouvrirent lentement vers elle telle les portes du paradis. Wallon dirigeait son groupe avec une main de fer, la plupart portaient de grands sacs de sur leurs dos. Les plus costauds devaient transporter les tentes et les blessés sur leurs épaules. Clementine esquissa un petit sourire devant l'arrivée de ce régiment d'infanterie revenant de la guerre. Wallon fit un signe de la main à celle-ci avant de déposer tous les sacs de nourritures sur le côté. Tous les prisonniers passaient devant le point de contrôle et installèrent les premières tentes dépliables. Clem restait devant la porte en attendant avec impatience la jeune Sira alors que tous les autres la regardaient de travers sans vraiment accorder la moindre importance a, elle, Sira était derrière tous les autres, le regard plongé vers le nourrisson qui était alimenté par un petit biberon qu'il suçait a vive allure. Ses yeux se scintillèrent quand elle vit le petit homme bougeait de tout son être dans l'étreinte majestueuse de Sira. Celle-ci le déposa délicatement dans ses bras avant de déguerpir fougueusement. Clem semblait s'amuser comme une enfant avec un jouet dans les mains sauf que ce n'était pas un être fait de plastique mais de chair et de sang.

" Fermez la porte ! " beugla-t-elle à un membre de son groupe posté devant le panneau de contrôle. Au même moment, la porte se referma dans un concert de grincements et de bruits métalliques. Wallon, lui, était refermé sur lui même avec une carte de la région à la main et marmonnait des choses inaudibles pour les mortels. Brunei se trouvait juste en face de lui, les deux anciens collègues de travail se comportaient comme chien et chat.

" On a assez de nourritures pour deux jours grand maximum. Il va falloir aller chasser. " Clem arrivait au bon moment, l'intérêt de la discussion éveilla son esprit jusqu'alors endormi. Ils étaient assis sur des chaises pliables a même le sol, des petites gouttelettes d'eaux commencèrent a tomber du ciel afin d'arroser le royaume des humains. Wallon releva sa tête comme alerté par l'arrivée de la jeune fille et tapota le dossier de la chaise juxtaposée a lui. Clem s'assit, perplexe :

" Un problème ? " adjura-t-elle en levant un sourcil rebelle.

" Effectivement, nous n'avons plus assez de nourritures pour tout le monde. Nous avons juste assez pour quelques jours " ajouta alors Wallon, troublé par cette nouvelle accablante.

" Je pars chasser, je vais prendre seulement quelques volontaires "dit-il ensuite juste après. La pluie s'intensifiait, la clémence n'était pas de leur côté.

" Je pars avec toi " répliqua t-elle calmement au fameux chef de groupe avec la ferme intention de partir en expédition avec lui.

" Très bien. On part dans une heure, prépare-toi " La jeune fille s'éclipsa Aussitôt et se reposa mélancoliquement sur le banc qu'elle avait apprivoisé lors des rares moments de repos que Randall permettait. Une partie de son esprit était guidée par la volonté de s'occuper de AJ comme son propre frère tandis que l'autre ne pensait qu'au sang qu'elle voulait verser, le sang de ses tortionnaires.

Une heure longue et épuisante se déroula sous les yeux de Clementine. Le camp était maintenant construit, les tentes était déposées a même le sol pour pouvoir passer seulement une nuit. Elle ôta sa casquette de sa chevelure pour la prendre dans la paume de sa main. Sur la partie blanche de son couvre-chef, des petites gouttes de sang en étaient imprégnées.

" Lee… je crois que je vais enfin pouvoir assouvir ma vengeance " pensa-t-elle dans sa tête en lançant sur son visage traumatisé un sourire mesquin. Soudainement, une voix lointaine retentissait à travers la petite vingtaine de personnes qui se trouvaient au même endroit.

" DK ! On y va ! " Elle s'extirpa subitement de ses pensées avant d'empoigner la garde de la hache. Ses pas étaient lourds et coordonnés, sa main recoiffait sa casquette de toute l'humidité que les tissus avaient absorbée. AJ était soigneusement étalé dans une serviette et elle même se trouvant dans une tente à l'abri du vent et du froid. Wallon était accompagné de quatre hommes dont leurs noms lui étaient inconnus. Leurs épaules étaient meurtries par les sangles de leurs fusils qui se voyaient à travers les plis de leurs vêtements. Clem étala son regard sur tout le campement afin de garder une bonne image de cet esprit de groupe soudée, guidée par un même objectif. Etait-ce une bonne idée de sacrifier le peu de personnes encore en vie pour une histoire de vengeance ? Cette question trottinait dans sa tête sans vouloir partir. Le contubernium de soldats se regroupa autour de la grande porte métallique qui s'ouvrit à leur arrivée. La jeune fille prit alors une profonde inspiration et s'engouffra dans la fente de la porte. Wallon fit un signe de la main vers les fourrées, le visage accablé et anéanti. La petite brise journalière caressait la peau alors que les gouttes ruisselaient dans leurs cheveux boueux. Au milieu du trajet, un soldat apeuré prit alors la parole afin d'exprimer ses craintes. Ses mains miteuses tremblaient abondamment ce qui faisait vaciller le canon de sa carabine :

" Chef, Vous croyez que l'on a une chance de gagner contre eux ? " demanda t-il franchement. Ses yeux fixaient d'abord la jeune fille qui ne montrait aucune crainte. Il détourna ensuite son regard vers les cimes infranchissables des arbres.

" Je ne sais pas. Si on ne le fait pas, ce sont eux qui viendront pour nous. Imagine ce qu'ils feront de nous si nous nous faisons encore capturer ? Je préfère encore mourir plutôt que de redevenir esclave " Il lança une œillade commotionnée vers lui avant de reprendre la marche. Clem resta silencieuse, le calme de la forêt avait usé de son charme pour divertir son esprit. Sur le trajet, les arbres étaient recouverts d'une mousse visqueuse sur lequel des rôdeurs étaient accrochés. Ils brandissaient leurs bras aguicheurs vers leurs directions, les orbites presque rongés par les vers. Le bruit de leur râle émettait un son semblable à la mort elle-même. La jeune fille dégaina alors son couteau et planta le premier d'un trait net vers son cerveau.

" Nous sommes plus intelligents qu'eux, c'est un vieil ami qui me l'a appris " dit-elle en retirant sa lame. La forêt était vierge d'animaux, de buissons ou de plantes susceptibles de fournir de la nourriture. Pire encore, des cadavres de cerfs et de chiens déchiquetés parsemaient la terre meuble de la sylve dense. Wallon abaissa l'un de ses genoux sur le sol tout en tâtant le cou d'une des bêtes.

" Ils se sont fait mordre " annonça t-il en érigeant un soupçon d'inquiétude sur son visage. Il pointa de son doigt biscornu la morsure sur la chair pourrissante de ce pauvre cerf inoffensif.

" Quoi d'autre ?" questionna-t-elle en voyant son visage empirer de secondes en secondes. Les autres soldats étaient postés vigoureusement derrière eux et usaient de leurs perceptions pour apercevoir le moindre danger.

" Les rôdeurs s'apprêtaient à les dévorer mais quelque chose les a retenus " ajouta t-il en suivant les traces de pas qui se dirigeaient de plus en plus loin dans les broussailles.

" Ils ont suivi le bruit. Ça pourrait être les soldats de Randall qui faisaient une patrouille de routine. " Il cajolait le bout de sa barbe philosophale et ordonna ensuite d'une tonalité énergétique :

" C'est quoi vos noms ? "

" Moi c'est Tom et lui, c'est Thomas, on est frères "

" Bien. Vous allez ramasser les cadavres de ces bêtes et les amener au camp. DK et moi allons suivre les traces…"

" Avec un peu de chance, on tombera sur leur campement. " déclara la jeune fille en esquissant un petit sourire aimable et agréable pour qui veut bien la regarder. Les deux frères de sang agréèrent dans un mouvement commun de la tête. L'un lui agrippait les pattes arrière tandis que l'autre saisissait les pattes avant. Ils basculèrent leur bassin vers l'avant en même temps que leurs jambes ce qui créa un effet de basculement. Wallon les regardait se dépêtrer avec désespoir, le cadavre a pleine main. Il soupira pendant un long moment avant d'inspecter scrupuleusement les traces sur le sol. Sur son flanc droit se trouvait DK qui examinait cette étrange mousse qui sentait abondamment le souffre et le salpêtre. Elle récupéra un échantillon de cette mousse en découpant un morceau d'un coup net et sans bavure. La texture avait un aspect collant, particulièrement odorant et adhérent. La jeune fille était entièrement trempée, l'humidité qui régnait dans cette zone était pesante et harassante. Un grand bruit étrange et terrifiant sillonnait la vallée en accompagnement avec les gazouillis des oiseaux.

" Continuons, il est temps que cette folie s'arrête " compléta t-elle dans le silence mélodieux des chants sylvestres. Wallon se releva plus déterminé que jamais malgré cette fatigue passagère qui lui barrait la route. Le manque de nourriture commençait à peser sur son organisme. Sans dire un mot, son corps imposant traversait lentement la jungle sans demander son reste. Clem était atteinte d'une légère crise d'anxiété qui se remarquait à la façon dont elle tenait son fusil. Au même moment, un rôdeur sortit de l'ombre et s'apprêta à mordre son coéquipier distrait. La jeune fille appuya immédiatement sur la détente ce qui effraya tous les oiseaux dans les environs d'un kilomètre. Le son se perpétua dans toute la vallée pour finalement arriver jusqu'aux oreilles du campement, alors en proie à un blizzard des plus déroutants. Clem abaissa son arme, les bras tremblotants. Le corps rachitique tomba péniblement au sol, la bouche toujours encline a mordre quelqu'un. Wallon resta sonné pendant quelques secondes avant de se retourner vers elle avec un visage livide, le teint blanchâtre.

" Merci DK, je crois que c'est la troisième fois que tu me sauves la vie " dit-il en dessinant un sourire courbaturé sur son visage.

" Tu te sens bien ? Ça fait combien de temps que tu n'as pas dormi ? " dit-elle avec insistance, l'écho du monde environnant se répétait dans ses tympans.

" Je sais plus, un jour peut être. je n'arrive plus à trouver le sommeil. Je… Je… " Il balbutia sur le côté avant de s'effondrer sur une très grosse pierre sommeillant pendant des siècles dans cette forêt lugubre.

" Repose-toi, je vais faire un feu " Alors qu'elle s'apprêtait à partir dans les bois, son " supérieur " autoproclamé l'agrippa par le bras pour l'empêcher de partir s'aventurer dans des lieux inexplorés. Elle le regarda avec questionnement, les yeux exorbités et les sourcils en biais.

" Je vais bien, laisse moi le temps de me remettre sur pied " Clem restait droite face à lui avec une position passive et patiente. Le géant prit un grand élan et s'élança vers l'avant en s'aidant des branches d'arbres.

" Comment tu fais pour rester aussi active toute la journée ? " demanda t-il en faisant difficilement le premier pas vers l'avant.

" D'abord je suis plus jeune… et puis je crois que j'ai connu pire" Au même moment, la jeune fille aperçut l'allure des deux frères à travers les broussailles et les grandes lianes qui tombaient jusqu'au sol. Wallon commençait peu à peu à perdre son équilibre, ses pensées devenaient troubles et insipides. Elle fit un grand mouvement circulaire au niveau des bras tout en le surveillant de près afin d'éviter qu'il ne tombe de nouveau. Tom sortit de la pénombre, le sourire aux lèvres et le manteau tacheté de sang.

" Rentrons, la nuit est en train de tomber et il a besoin de repos. Il a trop forcé." ordonna t-elle en attendant l'approbation de celui-ci. Il hocha de la tête en s'agrippant à l'arbre du mieux qu'il pouvait. Assurément, il était au bord de l'évanouissement. Clem essayait de le soulever comme elle le pouvait sa force insuffisante n'arrivait pas à le déplacer sur une longue distance. La voyant en difficulté, Thomas prit alors le bras de Wallon pour le mettre sur son épaule. Son frère fit de même alors que les rôdeurs commençaient à s'approcher de plus en plus. La jeune fille s'isola alors du groupe pour assurer la protection du convoi. Les balles fusaient, les crânes éclataient et les morceaux s'éparpillaient pour venir redécorer la forêt primaire. Les feuilles tachetées de sang se courbaient sous le poids imposant de l'hémoglobine. Balle après balle, les rôdeurs tombaient lourdement au sol, impuissants devant la technologie humaine. Clem se rappelait des balles qu'elle avait tirées, que ce soit avec l'étranger qui l'avait capturée que pendant les nombreuses escapades. Au milieu de ce fracas terrible, Wallon tomba soudainement dans un profond sommeil, ou plutôt un évanouissement forcé. Tous ses muscles s'étaient relâchés ce qui rendait le voyage encore plus difficile alors que les muscles des rôdeurs, eux, étaient insensibles à la fatigue et a la douleur. Sur le flanc de montagne, ce n'était pas juste un amas de rôdeurs mais une horde entière qui s'apprêtait a prendre d'assaut le fort. Telle une vague déferlante détruisant tous sur son passage, les rôdeurs semaient la mort et la terreur dans la région. Clem sentit son bras se raidir devant le mouvement lassant et perpétuel du rechargement. De plus, le nombre de balles commençait à fondre comme neige au soleil. Voyant le nombre de rôdeurs augmentaient sans cesse, les deux frères commencèrent a paniquer sauvagement ce qui pouvait se traduire par un rythme respiratoire très important. Ses yeux exorbités regardaient avec inquiétude l'armée de la mort qui se dirigeait vers eux à toute allure. Le vacarme était telle que le bruit enchanteur de la forêt avait disparu, le râle éperdu des morts vivants se dispersait dans toute la vallée. Le convoi avançait beaucoup trop lentement par rapport à l'avancée des morts. Malgré leurs vivacités peu réactives, ils dévalèrent les pentes à toute vitesse. Un amas de corps rongés par la décomposition commença à s'agglutiner dans un même endroit créant ainsi un énorme tas agitant leurs membres décharnés. Le bruit était percutant, tout comme le manque de balles de Clementine. Celle-ci, paniquée et sentant son stress montait grandement, rangea son fusil dans son étui en cuir et dégaina sa hachette. Son regard était désemparé, une question se trottait dans sa tête : Allait-elle fuir lâchement pour sa vie en dépit de la vie de Wallon ou allait-elle faire le maximum pour le sortir de ce calvaire ? Le temps s'était comme suspendu. Les deux frères s'apprêtaient à partir, terrifiés et guidés par la peur et l'effroi de la mort elle-même. Clem tenait fermement sa hache, le cœur cependant toujours hésitant. Son faciès encore jeune et immature tendait davantage vers la réflexion que l'action directe. Or, le temps, c'est ce qui manquait cruellement. Alors que les hordes du mal s'approchaient, les deux frères la regardaient d'un air troublé et interrogatif.

5 : Individualisme : Fuir laissant Wallon a la mort

6 : Coopération : Rester et se battre en tentant de le sauver

( 5 : Si vous avez décidé de fuir : Clem se retourna d'un air biaisé, encore sous le choc de cet événement si soudain. Ses sentiments se cumulaient les unes aux autres, la peur prenait le dessus sur sa rationalité. Aucun mot n'arrivait à sortir de sa bouche, son corps était entièrement tétanisé devant le bruit monstrueux des rôdeurs. Après un mouvement énergétique de la tête, elle se retourna vers Wallon avec l'intention de partir le plus rapidement possible. Son visage ne montrait aucune émotion, sa conscience était comme une vitre incrustée de sang dont la couleur n'arrivait pas a s'effacer. Wallon était inconscient tandis que les deux frères le lâchèrent sur le sol devant l'attitude individualiste de la jeune fille. Le corps tomba lourdement au sol, un pic d'émotions venait la piquer de plein fouet. Elle le regarda avec mélancolie et compassion, le corps ballant et l'esprit davantage torturé.

" Allons y " annonça t-elle impassible en faisant le premier pas. Elle se mit ensuite à courir à toute allure vers le camp tandis que ses compagnons la suivaient de près. Elle esquiva les branches d'arbres qui pouvaient s'avérer menaçantes ainsi que les nombreux autres dangers de la route. Pendant sa course effrénée, l'atroce bruit de douleur de son ancien partenaire retentissait à travers les cieux. Elle s'arrêta instantanément, les larmes aux bords des yeux. Les rôdeurs étaient en train de se délecter de la chair de cet homme dont seul son nom était reconnaissable. Son visage se crispa, ses yeux et son menton tremblaient laissant apparaître un sanglot étouffé. Un rôdeur la fixait, avec a sa bouche un énorme morceau de viande qui pendouillait. Un des frères s'approcha d'elle :

" DK, nous devons y aller, tu ne pouvais rien faire… " Elle se dégourdit instantanément les membres de son corps et hocha de la tête tout en assénant un " Ok. ok " automatisée et forcée. Avec le manche de sa veste, elle sécha les scintillements qui naissaient dans ses yeux alors que le rythme de ses déplacements devenait de plus en rapides. )

( 6 : Si vous avez décidé de rester : " Trop de gens sont morts par ma faute " murmura t-elle en dégainant le pistolet qui siégeait dans sa poche. D'un pas sur et déterminé, elle se déplaça vers Wallon qui était porté par les deux frères jumeaux. Ils se regardaient mutuellement avec une incompréhension partagée tandis que Clem comptait le nombre de balles qui restaient dans son chargeur. Alors que les rôdeurs devenaient de plus en proche, Clem se tenait droite comme un piquet et s'apprêtait à tirer avec son pistolet de fabrication américaine. Elle était aussi sérieuse que possible, comme si ses actes dissimulaient un désir cachait derrière ce masque impénétrable. Le temps commençait à se voiler de plus en plus comme si la météo était assimilée à son humeur. Elle tira plusieurs salves de balles qui vinrent se loger dans chaque rôdeur qui tenait encore debout. Alors qu'elle continuait à éjecter ses balles, la horde devenait de plus en plus dense et semblait conquérir la vallée à une vitesse prodigieuse. Tom lâcha alors le corps de Wallon et sombra face contre terre alors que Thomas dégaina sa longue machette encore neuve. Un premier rôdeur s'approcha en laissant derrière lui un grognement maléfique. La tête de hache de Clementine fit la connaissance de son crâne qui explosa à l'impact. Lorsqu'elle révéla sa tête, le nombre surdimensionné de rôdeur la fit presque perdre équilibre avant de se ressaisir.

" Non pas encore… Non… " pensa t-elle alors qu'elle fit un premier pas vers l'arrière avec un air désespéré.

" DK, on doit y aller ! " cria Tom encore conscient de ses actes. Voyant sa faible réactivité, il la chopa par le col et la traîna dans le sens opposé. La jeune fille se débâta du mieux qu'elle pouvait mais sans succès.

" WALLON ! " hurla t-elle dans la forêt, les joues déjà humides par ses chaudes larmes. La prophétie était donc vraie, chaque personne qui lui était chère allait mourir un jour ou l'autre. Elle fit un grand mouvement de la main afin de se libérer de son emprise tout en lâchant un " Lâche moi !" haineux. Elle se mit ensuite à courir à toute allure vers le camp tandis que ses compagnons la suivaient de près. Elle esquiva les branches d'arbres qui pouvaient s'avérer menaçantes ainsi que les nombreux autres dangers de la route. Pendant sa course effrénée, l'atroce bruit de douleur de son ancien partenaire retentissait à travers les cieux. Elle s'arrêta instantanément, les larmes aux bords des yeux. Les rôdeurs étaient en train de se délecter de la chair de cet homme dont seul son nom était reconnaissable. Son visage se crispa, ses yeux et son menton tremblaient laissant apparaître un sanglot étouffé. Un rôdeur la fixait, avec a sa bouche un énorme morceau de viande qui pendouillait. Un des frères s'approcha d'elle :

" Je suis désolé DK, on était obligée… On ne pouvait pas rester la " dit-il avec une sincère compassion, le regard évitant cependant le sien. Clem continua sa route sans même prendre la peine de le répondre, ses pensées devenaient de plus en plus envahissantes. La scène se répétait dans sa tête comme un écran devant ses yeux. )

Sur le chemin du retour, elle terrassa un rôdeur qui traînait malencontreusement sur le bas côté de la route. La perte de Wallon avait sonné le glas dans son esprit déjà funeste et la rendait d'autant plus dangereuse. Ce cadavre a l'allure déambulatoire subit le courroux de la jeune qui s'acharna sur ses frêles épaules. La hache vint se loger dans sa clavicule qui se brisa irrémédiablement dans un craquement des plus déstabilisants. Elle fit un sourire perturbateur avant de l'achever. Tom regarda son frère en levant un sourcil alors que celui-ci abaissa sa main vers son frère pour ne pas aggraver la situation.

" Dépêchons nous avant que la horde nous rattrape " aboya t-elle en dévalant la pente avec le fort en visuel. Alors que toute sa perception était focalisée sur les tours de guets, un scintillement éblouissant se produisit dans un délai très court. Elle plissa alors les yeux et remarqua sur l'un des remparts un homme utilisant une paire de jumelles reflétant la faible lumière du soleil. Les portes de l'abri s'ouvrirent Aussitôt et le grincement de la porte arrivait jusqu'à leurs oreilles en l'espace d'une demi-seconde. Essoufflée et a bout de souffle, DK sprinta vers Brunei qui l'attendait de pieds fermes alors que son regard était tourné vers la vague humaine qui allait bientôt s'abattre sur eux. Il fit un tour rapide du " propriétaire " avant de se rentre compte que Wallon n'était pas présent seul le visage triste et affaissé de Clementine s'offrait devant lui. Les yeux bouillonnants de colère et de rage, elle ajouta alors :

" Wallon est mort, il s'est évanoui dans la forêt et on a... on n'a rien pu faire".

" Je vois " dit-il déconcentré par le danger imminent. Il tenait fermement à l'une de ses mains sa fidèle hache de pompier qui ne le quitta plus jamais.

" Chicago. Ils viennent de Chicago, ils ont fait un voyage de 180 kilomètres, on devrait pouvoir en venir à bout facilement ".

" Ils sont nombreux mais je pense que les murs vont tenir " Le futur chef hocha de la tête, ses mains gantées serraient frénétiquement la poignée de son arme comme si celle-ci avait sa propre volonté guerrière.

" Fermez les portes, rechargez vos armes et ne cédez pas avant que tous les rôdeurs ne soient morts ! " hurla t-il dans tout le campement sa voix résonnait sur les murs porteurs et les tôles ondulées en aciers. Tous les membres qui ne se composaient d'une vingtaine de personnes se précipitèrent vers ce qui ressemblait à un amas d'armes à feux rangées dans un ordre précis. Comme pendant la Seconde Guerre mondiale, un homme était destiné à fournir les autres en armes et en munitions. Les claquements de bottes se mélangèrent à la confusion générale et mouvements de foules commencèrent à se former.

Un petit comité de soldats se lança dans l'escalade du mirador pour pouvoir profiter de l'avantage stratégique que cela pouvait offrir. Les balles se glissaient dans les chargeurs, les canons des pistolets chargés dégageaient un son aigu qui survenait juste avant la détonation. Clem observait de ses yeux immatures la débandade générale, son corps encore frêle était couvert de sang tandis que le canon de son fusil en redemandait davantage. Elle monta les escaliers à toute vitesse et s'accroupit sur les remparts historiques du fort en compagnie des deux frères Thomas et tom qui semblaient réellement inséparables. La voix forte de Brunei se fraya un chemin dans le chaos comme une balle perdue dans un champ de bataille :

" Faites feu à mon signal " Il leva la main, son corps entier tremblait sous l'excitation grandissante. Il l'abaissa Aussitôt en dégainant un " Feu !" sortit de nulle part. À partir de la, seul le bruit des détonations et de l'odeur de la poudre subsistait. Les balles sifflantes commencèrent à virevolter dans les airs, les cerveaux se déchiquetèrent sous la violence des tirs. Clem avait ses propres mains qui s'entrechoquaient. Du bout de ses doigts infantiles, elle enlevait la vie tir a près tir sans la moindre hésitation. La violence qui la caractérisait était telle que ça la rendait plus forte à chaque instant. Minutes après minutes, la horde se rapprocha dangereusement avant de s'emplafonner sur la porte principale. Certains rôdeurs foncèrent têtes baissées vers l'enceinte du fort et s'improvisaient Maîtres en décoration. L'aspect grisâtre du mur était remplacé par un rouge vif éclatant accompagné de quelques morceaux de cervelles éparpillés. La porte principale subissait de plein fouet l'attaque frontale des rôdeurs. Clem sentit une grande souffrance au niveau de son épaule droite, le recul des armes avait grandement endommagé ses tissus sanguins. Elle tira une grimace douloureuse avant de faire quelques moulinés avec son bras. La situation commençait à empirer et devenait de plus en plus désespérée, les cadavres des morts jonchaient le champ de bataille et la porte commençait peu à peu à céder face à la force surhumaine des morts. Clem descendit Aussitôt de son perchoir pour se diriger vers la tente dans lequel se situait AJ. Ses yeux d'anges la réconforta pendant quelques secondes la faisant soutirer un sourire gracieux avant de revenir dans le feu de l'action. La porte céda dans un éclatement terrifiant, le loquet vieux d'une centaine d'années éclata et tomba tristement au sol alors que le regard de Brunei se vida d'espoir. C'était ce même regard qui avait surplombé l'esprit de Kenny avant que celui-ci ne tombe progressivement dans la folie.

" En arrière ! Tout de suite dans l'hôpital ! " rugit-il en se retournant dans un effet de ralenti vers le bâtiment principal. Le choc fut tel que la plupart des rôdeurs ayant poussé la porte l'accompagnèrent dans sa chute infernale. Tandis que le tas s'agrandissait et se surchargeait, le mouvement de foule s'intensifiait, n'hésitant pas à abandonner toute forme d'humanité pour sauver sa propre vie. Au milieu de cette débauche, les rôdeurs se relevaient péniblement leurs râles continuaient à hanter tous les esprits. Les bousculades et les insultes jaillissaient de toutes parts, Clem attrapa le petit AJ et enjamba les nombreux cadavres jusqu'au bâtiment. Beaucoup n'avaient pas survécu, les cris de douleurs et d'agonies culminaient le plateau alors que Clem osait à peine se retourner pour faire face à la réalité. Le sacrifice de quelques personnes avait pu sauver beaucoup d'autres d'une mort certaine ainsi se calculait le prix d'une vie humaine.

" Allez DK ! " Encouragea Brunei dans une fureur inouïe. Elle gravit toutes les difficultés les une après les autres, AJ semblait lui insuffler un objectif à atteindre, un but. La force vitale qu'elle puisait dans son être se révélait être l'amour qu'elle portait à cet enfant dont le nom de famille lui était inconnu. Marche après marche, elle grimpa jusqu'au bâtiment alors que les coups de feu avaient repris de plus belle. L'hôpital dégageait encore un arôme très puissant qui s'émancipait par les multiples fenêtres. Cette odeur était un mélange de chair brûlée et de suie produit par la sublimation des corps carbonisés. Quand elle arriva sur la surface plane, Brunei lui tendit la main tandis qu'un homme assez rustre était en train de déloger la porte d'entrée à l'aide de coup de pied fracassant. L'environnement qui se formait autour d'elle prenait un aspect menaçant, les nuages obscurcissaient davantage le fort alors que les rôdeurs grimpaient la pente avec acharnement.

" À l'intérieur ! "aboya Brunei en faisant de grands mouvements tel un policier de circulation. La plupart s'engouffrer dans le bâtiment en utilisant le manche de leur veste comme masque a gaz. Clem en fit de même et ferma Aussitôt la porte alors que les morts vivants frappèrent à la porte comme des enfants le soir d'Halloween. La jeune fille monta jusqu'à l'étage alors que les autres se mirent à pousser des commodes et des bureaux afin de consolider la porte. Le visage grimaçant de douleur, Brunei utilisait ses dernières forces pour écraser certains crânes un peu trop curieux et reluisant. DK monta les étages dans la précipitation alors que les palpitations de son cœur devenaient de plus en plus fortes. Celui-ci cessa de fonctionner quand elle tomba sur de nombreux corps disséminés, tous portants les insignes de soldats. Ce couloir étroit et tout en longueur empestait la mort alors que celle-ci tapait farouchement à la porte. Clem éclaircit alors son regard tout en enjambant les cadavres et se positionna devant l'armurerie. Elle s'apprêta à ouvrir la porte quand une main périclitante détachée de son bras se trouvait sur la poignée de la porte. Du bout des doigts, elle enleva la main avec délicatesse alors que ces cartilages restaient accrochés à la poignée à cause de la rigidité cadavérique. Elle expulsa ce membre décrépit dans les escaliers avant d'ouvrir la porte déjà semi-ouverte. À l'intérieur se trouvaient des dizaines de masques à gaz ainsi que d'autres armes a feux dans des états relativement convenables. Elle empoigna la caisse d'une main de maître et descendit les escaliers avec toujours le nourrisson agrippé à son épaule gauche. L'odeur répugnante faisait d'autant plus interagir le jeune bébé qui faisait preuve d'un calme surprenant depuis sa naissance.