Chapitre 10 : Douceurs et regards
Un rayon de lumière éclaira l'intérieur de la chambre. Le soudain changement de luminosité réveilla House. Il se redressa et prit sa canne qui tenait maladroitement en équilibre au bord de la table de chevet. House jeta un furtif regard vers Cameron, mais il n'arrivait à présent plus à détacher ses yeux de la jeune femme ne serait-ce que cinq minutes. Elle se mit à remuer dans son lit. Il s'assit à coté d'elle et lui mit une main sur l'épaule.
- Réveillez-vous… Sinon j'échange ma place avec Chase… Menaça-t-il ironiquement.
Elle se réveilla en sursaut. Il esquissa un sourire qu'elle n'arrivait pas à comprendre, mais elle le lui rendit timidement.
- Ça vous dégoûte tant de partager votre chambre avec Chase ? Demanda House.
- Après vous avoir lâchement balancé ? Je crois bien. Non, j'en suis sûre.
Sans vraiment d'explications et sans même prévenir, elle se blottit contre lui. Il ne savait pas vraiment comment réagir, et presque par reflex il la serra un peu plus contre lui. Elle posa sa tête au creux de l'épaule de House et ferma les yeux. Elle s'en voulait d'avoir gâcher leur unique chance de faire un premier pas. Mais ce détail ne semblait pas le gêner, ou même, il ne s'en soucier pas. Au bout de quelques minutes ils se séparèrent, malgré eux. Elle lui adressa un sourire qui se camouflait parmi ses joues rouges, puis ils se levèrent et sortirent de la chambre.
Une partie du groupe était réunie dans le salon. Thirteen s'était agenouillée sur le sol et passait une crème sur la joue rouge de Chase, tandis que Cuddy et Wilson s'embrassaient sur un coin du sofa. House et Cameron s'assirent dans un coin libre et se fixèrent intensément. Il n'avait pas de justification au fait qu'il voulait être de plus en plus proche d'elle, mais il éprouvait un certain dégoût envers Chase qui avait pu profiter de la jeune femme. Il ne le méritait pas, c'est un crétin…, se répétait-il sans cesse. Comment avait-il pu la toucher, profiter de son corps et la voir tous les jours tandis que House devait se battre pour obtenir un simple baiser ? Chase s'approcha d'eux, lança un regard noir à House mais se retourna bien vite vers la jeune immunologiste.
- Pour hier, je… Commença-t-elle.
- Non, ce n'est pas de ta faute. Tu ne te rends pas compte que House te manipules sans arrêts.
Le dit House se releva avec la rapidité d'un fauve et le fixa d'un regard profondément méprisant. Chase fit un pas en arrière et Thirteen le retint par le bras.
- N'avais-tu pas promis quelque chose ? Rétorqua-t-elle.
- Ah… Oui, désolé.
Le blondinet repartit avec Thirteen dans leur chambre. House se rassit.
- Si ça ce n'est pas douteux, tuez-moi, souffla-t-il à l'oreille de Cameron.
- Soyez sans craintes, je ne vous tuerai pas non seulement parce que c'est douteux mais aussi parce que j'en n'ai réellement pas envie.
Elle tenta de sourire, mais il l'embrassa sur la joue, et n'importe quelles pensées rationnelles étaient épargnées en cette simple seconde. Elle ne se sentit soudainement pas à l'aise, ses joues s'empourprèrent, la couleur écarlate dominant de plus en plus son visage. Il fut gêné de son trouble et ne parvenait plus à formuler une phrase.
- S'il vous plait… Commença Wilson.
- Non, ça ne nous plait pas, l'interrompit House.
- Vous pourriez éviter de roucouler tant que Chase est sur les nerfs ?
- On ne…
- S'arrêtera pas, compléta Cameron.
House se retourna vers elle. Il voulait simplement se défendre en disant qu'ils ne roucoulaient pas, mais elle les avait grillés vifs. Wilson sembla les lâcher aussitôt.
- Je ne vois pas d'utilité au fait de s'essouffler en criant sur tous les toits qu'il n'y a absolument rien entre nous… Souffla Cameron à House pour explications.
- Il n'y a pas plus d'utilité au fait de s'essouffler en criant sur tous les toits qu'il y a quelque chose entre nous…
- Ce n'est pas ce que j'ai fait ! Ils veulent juste entendre que vous avez du cœur et ils pensent qu'en étant avec quelqu'un ça en serait la preuve…
- Et vous êtes de cet avis ? Vous êtes comme tous les autres qui essaient de me changer pour devenir un petit toutou habile avec les femmes ?
- Non, non ! Je n'ai pas dis ça, arrêtez de croire n'importe quoi… Je me fiche réellement de ce qu'ils pensent mais la seule chose qui m'importe, c'est d'être enfin tranquille. C'est vrai, nous ne sommes pas venus ici pour être tiraillés dans tous les sens.
Pour l'une des premières fois de sa vie, il fut contraint d'avouer qu'elle n'avait pas tord. Il se sentait assez nerveux à l'idée que tout le monde voulait qu'il devienne gentil, docile, affectueux, attentif… Chose qui était tout à fait impossible, et il voulait qu'elle le comprenne. Ils pourront lui faire subir n'importe quoi, il ne changera pas. Il ne pouvait pas changer et ne voulait pas changer non plus. Si elle ne pouvait pas comprendre ce simple principe, il ne serait pas capable de lui avouer qu'il n'y aurait aucun espoir entre eux. Aucune chance, aucune, aucune. Ce mot le faisait réagir et lui faisait aussi prendre conscience qu'il n'en avait pas envie, pas envie de gâcher une relation qu'il se sentait presque prêt à entreprendre malgré tous ses nombreux doutes incompréhensibles. Il vit Cameron relever la tête vers les escaliers, il fit de même et vit Thirteen et Chase descendre puis s'asseoir sur le canapé. Quelques minutes après, ce fut Taub, Kutner et Foreman qui les rejoignirent.
- Nooon… Tous les trois ? S'esclaffa House.
- Très drôle, House, marmonna Foreman en guise de réponse.
- Roh, un peu d'humour tout de même…
Il fixait Foreman. Ce n'était pas qu'il en avait envie, mais plutôt qu'il préférait éviter les regards gourmands de Cameron.
- Mais je me demande bien d'où venait le cri de cette nuit… Continua-t-il.
- Ah, peut-être le koala qui est tombé de sa branche, ironisa Cameron.
Il ne pu s'empêcher de se retourner vers elle. Elle lui avait interdit la veille de dire « koala », mais pourtant elle venait de le faire. La crise du koala avait-elle eut un effet différent sur elle ?
- Thirteen serait là pour le rattraper, expliqua House.
Cameron explosa de rire. Elle tentait de rester silencieuse mais dans son cas, les fous rires étaient parfois difficiles à masquer. House glissa sa main sur celle de la jeune femme et elle s'arrêta instantanément, mais des rougeurs montèrent sur ses joues au même moment. Il retira sa main rapidement pour éviter qu'une autre personne que Wilson ne le voie. Surtout que le dit Wilson racontera probablement tout à sa « Cuddynette ».
- Bref, nous ne sommes pas là pour discuter de ça ! S'exclama Cuddy.
- Quoi ?! Donc vous confirmer notre hypothèse parfaitement fondée sur des théories médicales scientifiquement prouvées ? Je vous ad… Commença House.
Cameron lui donna un coup bref sur le torse pour éviter de poursuivre sa phrase. Il esquissa un sourire ironique, qui montrait clairement la jalousie de l'immunologiste. Il fit comme si de rien n'était quelques secondes après, puis Cuddy poursuivit.
- Il faut établir…
- Le programme de la journée, oui, ça, on le savait déjà, coupa House.
Elle lui lança un regard furieux qui semblait pourtant l'amuser. Au cours des derniers jours il semblait presque… différent, mais cette matinée, il était parfaitement « Housessien ». Ses yeux passèrent de Cuddy à Cameron mais s'arrêtèrent évidemment sur sa jeune immunologiste. Il voulait voir l'expression du visage de la jeune femme à chaque phrase qu'il formulait, à chaque geste qu'il entreprenait et il voulait surtout voir sa réaction quand elle comprendrait qu'il l'observe plus ou moins secrètement. Il aurait voulu que ses regards soient tellement habituels que les autres médecins ne s'en étonnent pas.
- Bien, c'est tout à fait ça. Vous avez raison, confirma Cuddy, pour rompre le silence troublant qui avait prit possession de la salle.
- Oui, on le savait aussi… Que j'ai toujours raison, ironisa-t-il.
Encore une fois, Cameron esclaffa un rire. Encore une fois, sa main l'arrêta. Encore une fois, Wilson le vit. Et encore une fois, il fut contraint à contrecœur de la retirer. Même sans le soupçon de son ami, il en était ainsi ; il ne pouvait pas agir devant eux. Cuddy émit un grognement parfaitement audible suite à la vanne de House.
- Bien, des propositions ?
Personne ne bougea, ne parla. Ils essayaient de se faire le plus petit possible – ce qui était d'ailleurs impossible pour House qui était bien trop grand – et parfois même de ne plus respirer. La directrice soupira d'exaspération et Wilson reprit les devants.
- Il y a une fête foraine qui est organisée aujourd'hui, aux alentours de trois heures et demie me semble-t-il.
- Parfait mon Jimmy chéri, on y va tout de suite, et je me contrefiche de l'avis des autres ! Dit House en tentant d'imiter Cuddy qui avait justement était interrompue.
Elle les regarda tous uns par uns pour voir si l'un d'entre eux montrait le moindre signe de désaccord.
- Bon, et bien on y ira… Souffla-t-elle en dévisageant House du regard le plus noir qu'elle pu.
House se leva et prit Cameron par la main pour qu'elle se redresse à son tour, puis il se dirigea vers la chambre. Tous les regards, sans exceptions, étaient tournés vers eux, mais House ne semblait pas en être dérangé, contrairement à la jeune femme. Il ouvrit la porte et entra. Il enleva sa chemise, laissant place à un débardeur bleu clair qui faisait craquer Cameron.
- Tout va bien ? Demanda-t-elle.
Il se demanda quelques secondes d'où venait cette question, puis comprit finalement que sa précipitation à revenir dans la chambre lui paraissait louche.
- Oui, oui. J'avais juste envie de me débarrasser d'eux. Ne me dites pas que ça vous étonne, vous avez vu comme ils nous regardaient ? Bientôt on va être passés aux rayons X, et quand ils ne verront rien…
- Ils ne verront rien ? Répéta-t-elle.
Elle le dévisagea d'un regard interrogateur et il soupira.
- A mon avis… Quand ils passeront aux rayons X, ils ne découvriront pas plus que ce qu'ils peuvent déjà voir. Et ce qu'ils voient, vous le savait, improvisa-t-il.
- Qu'est-ce qu'ils voient ?
Elle s'approcha de lui et le regarda dans les yeux, avec dans le regard un mélange de tristesse et… d'amour. Il la fixa à son tour. Il n'avait pas de réponse, ou plus précisément, il avait oublié la question.
- Qu… Tenta-t-elle.
Mais les lèvres de l'homme vinrent se poser sur sa lèvre supérieure. Elle préféra savourer ce moment plutôt que de l'interrompre dans son geste. Elle arrivait à peine à croire que quelques années auparavant, ils avaient échangés un baiser des plus langoureux, bien que son sens était superflu. Il se retira au bout d'une minute et repartit vers son lit et s'allongea.
- Sommeil.
Elle lui sourit tendrement et finit par s'asseoir à coté de lui. Elle lui caressa le visage, s'arrêtant plus souvent sur ses douces lèvres, puis faisait glisser ses doigts sur son torse. Elle voulait le connaître tout en espérant ne pas tout savoir. Une demie heure après elle s'allongea à coté de lui, sa tête reposant sur son torse. Elle n'arrivait pourtant pas à dormir ; aucuns rêves n'étaient possibles. Le rêve qu'elle voulait, elle le vivait en ce moment même.
