Titre :Les Nouvelles Recrues

Disclaimer :Harry Potter et tous ceux qui l'entourent appartiennent à J.K. Rowling. Lomonaaeren est l'auteur de cette fiction, dont je ne suis que la traductrice.

Chapitre Dix – Un travail d'équipe

« Tu vas quelque part Potter ? »

Potter rougit et fixa Draco comme s'il avait perdu l'usage de la parole. Peut-être était-ce le cas, pensa Draco, soulagé que ses bras soient déjà croisés et que Potter ne puisse pas remarquer la façon dont ils s'étaient resserrés sur son torse pour qu'il reste calme. Il s'était montré suffisamment aveugle durant le mois qui venait de s'écouler, méprisant dans sa conviction que Draco ne pourrait pas voir ce qu'il préparait.

Ou peut-être était-il convaincu que je me ficherais de ce qu'il préparait.

Pour Draco, c'était l'explication la plus plausible, mais il ne se sentait pas mieux pour autant, parce que Potter aurait quand même dû s'en douter.

« Je – oui, » répondit Potter en se reprenant, clignant des yeux et remontant ses lunettes sur son nez. Il arborait sa plus belle attitude arrogante, qui pour un visage aussi non adopté à l'arrogance que celui de Potter, le faisait ressembler à une girafe constipée. « Hermione me donne un cours particulier ce soir. Elle est persuadée que je ne travaille pas aussi dur que je le devrai, alors elle veut que j'aille dans sa chambre étudier sous sa supervision. » Il roula des yeux, tentant de toute évidence d'ajouter un sentiment d'exaspération à son geste. « Si tu veux bien m'excuser. »

Il s'apprêta à dépasser Draco. Celui-ci posa une main sur son épaule pour le retenir.

Potter lui jeta un regard si mauvais que Draco retira sa main sans pouvoir s'en empêcher. Puis il fût soudain en colère, en se souvenant de la façon dont Potter lui avait serré la main après qu'ils aient combattu la magie rouge et noire. Cet abruti avait apprécié de le toucher quelques semaines auparavant. Qu'est-ce qui avait changé ?

Weasley. Draco n'en était pas certain, mais ce n'était pas une hypothèse inenvisageable. Quand les choses dégénéraient entre Potter et lui, Weasley avait toujours sa part de responsabilité, d'une manière ou d'une autre.

« Je sais que tu mens, » déclara Draco, usant de tout son contrôle pour garder une voix calme et maîtrisée. « Granger a quitté le dortoir il y a une demi-heure avec un groupe d'autres étudiants pour assister à une conférence donnée par Jones. »

Potter déglutit puis lança « Laisse-moi respirer Malfoy tu veux ? »

« Je pensais que c'était ce que j'avais fait ce mois-ci, » répliqua Draco après avoir décidé de s'expliquer aussi clairement et raisonnablement qu'il le pouvait. Il ne donnerait à Potter l'occasion de la cataloguer comme jaloux ou hystérique. « Te laisser respirer. Te laisser prendre tes distances par rapport à moi pour que tu puisses te faire à l'idée que nous soyons partenaires. »

Potter redressa brutalement la tête, les yeux brûlants et la bouche ouverte comme s'il s'apprêtait à mordre l'épaule de Draco. Draco pouvait imaginer certaines circonstances dans lesquelles ce ne serait pas désagréable. « Je ne pourrai jamais me faire à l'idée. »

« Pourquoi ? » Draco se rapprocha avec décision, jusqu'à ce que son torse et celui de Potter ne soient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. S'il ne prenait pas de mesures drastiques, Potter se contenterait de détourner la tête pour avorter ses tentatives, et l'ignorerait à nouveau. De plus, Draco n'appréciait pas le manque de dignité dont il serait obligé de faire preuve en lui courant après. « Tu pensais considérer que c'était une bonne idée quand on se battait ensemble et que la magie compatible nous montrait ce qu'on pouvait accomplir. »

Potter eut un reniflement d'étalon contrarié et reporta son attention sur Draco. « Le pouvoir ne fait pas tout Malfoy, » déclara-t-il. Sa voix semblait lasse. Draco décida que c'était mieux que fiévreuse, et lui prêta attention. « Il y a aussi l'amitié. Ron et moi avions déjà décidé que nous serions partenaires. Je ne peux pas changer d'avis et le laisser tomber comme ça. »

« Avoir un autre partenaire – quelqu'un que te correspond mieux, quelqu'un avec qui tu peux travailler mieux qu'avec n'importe qui – c'est le laisser tomber ? » Draco était fier de l'incrédulité polie qui transparaissait dans sa voix. C'était l'arme parfaite contre les absurdités que Potter débitait avec violons et petites larmes. D'après le rougissement qui colorait ses joues, il semblait l'avoir compris également. « Excuse-moi de ne pas accepter ça. Tu seras toujours son ami. Vous ne deviendrez pas ennemis ou étrangers l'un à l'autre parce que tu as un autre partenaire. »

« Il était suffisamment contrarié à propos de la magie compatible, » expliqua brièvement Potter. « Avec ça, je pourrai le perdre si je ne fais pas attention. »

Ah. Draco s'apprêta à porter le coup final. « Alors c'est son problème non, et pas le tien ? S'il rejette ton amitié au bout de toutes ses années et après tout ce que vous avez traversé, c'est lui qui est en tort. »

Potter le fixa, la mâchoire pendante. Draco retint un frisson. Non, il ne voulait pas voir les amygdales de Potter, mais il pouvait s'en accommoder s'il réussissait à obtenir ce qu'il voulait.

Puis Potter baissa les yeux sur le sol, se frottant le front comme si sa cicatrice le faisait souffrir, et chuchota, « Non, ce n'est pas vrai. »

« C'est l'impression que ça donne, » fit Draco. « Je ne suis pas au courant de tout ce qui se passe entre vous. Je ne vais pas t'en demander davantage que ce tu ne m'as déjà dit. Mais on dirait bien que Weasley te force à prendre des décisions qui n'auraient pas été les tiennes sans lui. C'est lui qui veut que tu choisisses entre tes amis et une grande opportunité. » Il croisa les bras et recula avec un sourire satisfait, étudiant Potter tout le long pour déceler une faiblesse dans sa confiance.

Potter se frotta la mâchoire cette fois. Son regard était celui d'un homme piégé. Il voulait de toute évidence nier les mots de Draco, mais ne trouvait de façon toute aussi évidente aucun moyen de le faire.

Draco prit à la fois une grande inspiration et un risque. « Dis-moi que tu veux laisser tomber la magie compatible, » dit-il. « Dis-moi que tu ne veux plus jamais la ressentir. »

Potter eut un demi-sourire triste. Draco ne savait pas à qui il pouvait bien être destiné. Les amis de Potter n'étaient pas là pour le moment, et il ne pouvait pas penser que Potter allait le prendre en pitié. « Je pourrais mentir, » répondit-il, « mais tu t'en rendrais compte immédiatement et me ferais me sentir stupide. Tu as beaucoup plus de pratique que moi dans le domaine des mensonges. »

Draco prit l'injure comme un compliment. Et comme un bon signe. Au moins, Potter semblait faire face à la réalité. « C'est sûr. Et je sais combien la magie compatible est géniale. J'étais juste à côté de toi, souviens-toi. » Il s'approcha de nouveau, acculant Potter jusqu'à ce que ses yeux prennent une lueur défensive. Un autre risque, mais Draco commençait à croire qu'il n'avait rien de mieux à faire face à un Gryffondor hyper sensible que de lui laisser entendre qu'il comprenait ce qu'il ressentait. « Je sais ce que c'est, » chuchota-t-il. « J'en ai envie. »

Puis il attendit.

Potter expira. Draco pouvait presque sentir tout ce qu'il expirait, tout ce qu'il avait toujours gardé dans un coin poussiéreux de son esprit depuis qu'il avait onze ans. « Et merde, » lâcha-t-il avec mécontentement. « Ouais, moi aussi j'en ai envie. »

« Tu n'as pas à choisir entre Weasley et moi, » continua de chuchoter Draco. Le murmure avait sur Potter un effet que Draco appréciait, comme s'il était à moitié hypnotisé, comme si le murmure était une voix sortie tout droit de ses rêves qui l'attirait de plus en plus. « Je n'ai jamais voulu que tu le fasses. J'attendrai que tu puisses le comprendre. Mais je n'attendrai pas que lui puisse le comprendre, parce que ce n'est pas son opinion qui compte pour moi. »

Potter plissa les yeux avec indécision. Puis il annonça, avec un bref mouvement de tête que Draco aurait voulu que Weasley soit là pour voir, « Tu as raison. Ce n'est pas juste que tu sois puni pour quelque chose qui est le problème de Ron. »

Draco retint un gémissement. Cette simple phrase lui avait permis de relâcher la tension qui le maintenait depuis des années.

« Ça ne veut pas dire que tu peux m'aider pour ce que je suis en train de faire, » ajouta précipitamment Potter. « Ça veut simplement dire que je ne t'ignorerai plus en cours et que je travaillerai davantage avec toi pendant nos leçons. »

« Tu vas enquêter sur la source de la Magie Noire c'est ça ? » Un enfant de trois ans aurait pu deviner les intentions de Potter en écoutant les questions qu'il posait aux autres étudiants – des questions qui les avaient longtemps fait jaser. Si Potter voulait que son enquête soit secrète, il avait encore beaucoup à apprendre.

Potter écarquilla les yeux et Draco voulut éclater de rire. Une fois encore, il réussit à se contenir avec difficulté. « Oui, » marmonna Potter avant d'ajouter férocement, « Mais tu ne peux toujours pas venir. »

« Pourquoi pas ? » Draco joua la carte de l'injustice, puisqu'elle avait si bien fonctionné contre Weasley. « J'ai été attaqué moi aussi. Je mérite une chance de me venger, ou au moins de comprendre. »

« Et merde, » fit encore Potter.

Draco s'autorisa un petit sourire satisfait.

OoOoOoO

Harry ne savait pas vraiment comment il s'était retrouvé avec Malfoy dans le couloir où ils avaient découvert l'illusion et le message de Nihil. Malfoy avait prononcé des mots qu'Harry avait dû prendre en compte. Ça ne voulait pas dire qu'il était censé. Ça ne voulait pas dire qu'Harry devait emmener Malfoy avec lui durant son investigation.

Mais c'est ce qui s'était passé. Comment, Harry aurait aimé le comprendre.

Si j'avais dû écouter les arguments de quiconque, ça aurait dû être ceux de Ron. C'est ce que j'ai toujours fait, et c'est lui que je connais depuis le plus longtemps.

Harry finit par secouer la tête et s'accroupir au pied du mur où l'illusion s'était trouvée. Arrowshot lui avait appris un sort d'images qu'il pensait judicieux d'essayer.

« Demonstro obscurum, » chuchota-t-il

Malfoy tressaillit derrière lui, comme surpris qu'Harry connaisse ce sort. Harry l'ignora, gardant les yeux fixés sur le sort qui prenait effet devant lui sous la forme d'une brillante lueur bleue étalée sur le mur. La magie étincela et se répandit en longues traînées dans toutes les directions. Pendant de longues secondes, elle hésita et Harry retint sa respiration. Arrowshot l'avait prévenu que le sort ne marcherait peut-être pas si les traces de magie qu'Harry tentait de détecter étaient trop diffuses. Et pour ce qu'Harry en savait, Nihil pouvait s'être introduit de nouveau dans les dortoirs pour effacer toute trace de magie.

Puis la magie se remit en mouvement et Harry soupira de soulagement. Malfoy émit un claquement de langue dans son dos. Harry se retourna pour lui jeter un regard mauvais et il haussa les épaules.

« Tu vas devoir apprendre à contrôler tes émotions, » dit-il. « Tu es trop ouvert, et c'est loin d'être raisonnable. Tout le monde peut dire quand tu es surpris ou en colère ou perplexe juste en t'écoutant ou en te regardant dans les yeux. Comment espères-tu surprendre un ennemi de cette façon ? »

« Peut-être que je te laisserai t'en occuper, » répliqua Harry, parce qu'il pensait qu'une référence à leur partenariat ferait probablement plaisir à Malfoy et l'inciterait à se taire, puis il se tourna de nouveau pour étudier la magie.

Les lignes bleutées marquaient désormais les traces qu'Harry avait espéré trouver. Elles avaient la forme d'une empreinte de pas, mais devrait lui fournir bien plus d'informations qu'elle n'y paraissait. Il n'avait qu'à la toucher.

Il frissonna et tendit la main.

La main de Malfoy était juste à côté de la sienne, touchant l'empreinte en même temps qu'Harry.

Harry se retourna, agacé et un peu effrayé. Arrowshot ne lui avait pas dit ce qui se passerait si deux personnes touchaient la trace en même temps. Il n'y avait sûrement pas de danger mais c'était –

« Malfoy, » commença-t-il juste avant qu'un tourbillon de couleurs semblable aux Portoloins ne les entoure avant de les relâcher avec une brutalité tout aussi identique.

OoOoOoO

Alors Potter était énervé. Draco s'en moquait. Il connaissait ce sort, et il savait que ce n'était pas dangereux de l'utiliser à deux, même si le précieux Saint Potter semblait le penser. On pouvait se demander où Potter avait appris un tel sort mais pas comment l'utiliser. C'était une bonne chose d'avoir deux regards sur les images produites par le sort, parce que c'était une représentation de la réalité qui ne pouvait être vu qu'une seule fois, contrairement à une Pensive, et qu'une seule personne avait peu de chance de tout repérer.

Draco s'assura d'éclaircir son esprit au maximum alors que Potter et lui 'atterrissaient' dans l'image avec une légère secousse, comme lorsqu'il voulait mémoriser les instructions d'une nouvelle potion. Devant lui se trouvait un couloir sombre. Si on demandait des précisions à Potter plus tard, ce serait sans doute tout ce qu'il serait capable de dire.

Draco avait l'intention de voir, et d'être capable de dire, bien plus de choses.

L'image qui lui faisait face tremblota comme si leur atterrissage l'avait perturbée, puis de minces volutes d'ombre entourèrent la silhouette d'une personne de grande taille qui se tenait au milieu du couloir. Draco reconnut dans les ombres un simple sortilège de Brume. Ce n'était pas un sort de haut niveau, ce qui contredit son opinion d'un sorcier puissant ayant mêlé sort de désespoir et sort de mort dans le ruban rouge et noir.

Peut-être est-ce plus astucieux de dissimuler son identité avec un sort qui ne laisse pas de trace ni ne déclenche d'alarme, admit-il silencieusement.

La silhouette, si enfoncée dans la brume et dans la cape qu'elle portait que Draco ne pouvait pas même déterminer son visage ou son sexe, se stoppa devant le mur où le message et l'illusion s'étaient trouvés. Il fit quelques pas le long du mur, comme pour tester sa solidité. Puis il hocha la tête et leva sa baguette.

Tous les sorts de ce salopard étaient informulés, évidemment.

Draco étudia cependant le mouvement de la baguette, car le geste du poignet et la position des doigts pouvaient parfois révéler quelque chose, même sans l'incantation. L'illusion prit forme avant que les lettres qui épelaient NIHIL n'apparurent. Draco ne savait pas ce que cela signifiait, mais il le prit tout de même en note. Dans des circonstances comme celles-ci, les plus petits détails pouvaient être d'importance.

La silhouette s'immobilisa une fois les sorts lancés et prit une grande inspiration, levant une main pour retracer les contours de l'illusion. Même sans voir son visage, Draco pouvait dire qu'il souriait. La délicate caresse procurée à l'illusion tout juste formée lui indiqua que le lanceur avait prévu cela depuis longtemps.

Il n'en était pas certain. Mais c'était ce qui lui semblait.

Une fois de plus, le tourbillon de couleurs les entoura et les ramena à leur place. Draco cligna lentement des yeux et s'accrocha à l'épaule de Potter, autant pour s'y tenir que pour le soutenir. Cette façon de voyager était plutôt perturbante.

Potter s'éloigna de lui dès qu'il le pût en évitant soigneusement son regard. Draco retint un grognement. Potter, même s'il semblait prêt à admettre que la magie compatible présentait certains avantages, n'était pas prêt à laisser Draco le toucher.

« Je ne comprends pas, » murmura Potter. « Elle m'a dit que le sort dévoilerait la vérité sur le passé. Je croyais – je croyais que c'était comme une Pensive, pour pouvoir voir des choses que les gens présents n'avaient pas remarquées. Je croyais qu'on pourrait voir quelqu'un en train de l'espionner, quelque chose qui le trahisse ou – je ne sais pas. »

Cette fois, Draco s'autorisa à grogner. Il se réjouit silencieusement quand Potter se tourna vers lui avec des étincelles dans les yeux. Ils étaient sur le point de se disputer sans que Potter ne pense à autre chose, contrairement à la distance silencieuse qu'il avait tenté de préserver.

« On fait face à quelqu'un de très minutieux, » commença Draco. « Pas à quelqu'un qui laisse des indices derrière lui. Ce sont seulement dans les romans et dans les manuels d'Auror que les criminels sont assez prévenants pour faire ça Potter. On doit se concentrer sur des choses qui ne ressemblent pas à des indices au premier abord, parce qu'alors, il y a des chances que le criminel ne réalise pas non plus qu'ils en sont. »

Potter fronça les sourcils. « Et qu'est-ce qui te donne l'impression d'un plan minutieux ? Il n'a pas prononcé un mot, et on ne pouvait pas voir son visage. »

« Il a dû pratiquer ces sorts un tas de fois pour être capable de les lancer de manière informulé, » répondit Draco. « Ce n'était pas sur un coup de tête, ni un plan mis au point par un ivrogne qui avait décidé de tenter le coup. Et la façon dont il a touché l'illusion ? Est-ce que tu l'as remarqué ? » La façon dont Potter avait besoin de quelqu'un pour réfléchir à sa place était assez pitoyable – ce devait être pour ça qu'il s'était accroché à Granger comme ça – mais Draco voulait de l'aide dans sa réflexion. Pourquoi devrait-il faire tout le boulot ?

« Il l'a touchée comme si c'était un être vivant, » fit Potter. « Comme s'il l'adorait. »

Ce n'était pas les mots que Draco aurait utilisé, mais ils lui plurent d'autant plus. Il acquiesça. « Oui. Ce qui prouve que l'illusion à une signification particulière pour lui. »

« Laquelle ? » demanda Potter.

« On ne le sait pas encore, » aboya Draco. « Mais on en sait déjà plus qu'il y a une demi-heure, et je pense qu'on peut en être fier. »

Potter soupira si fort que ses lèvres en tremblèrent. « Ce n'est pas rien, » approuva-t-il, paraissant si grognon que Draco eut envie le secouer. « J'aimerai seulement que nous sachions ce que veut dire ce message. » Il reporta son attention sur le mur comme s'il pouvait toujours y voir les lettres.

« Pourquoi le message et pas l'illusion ? » Draco se plaça à sa droite pour voir comment il réagirait à son approche. Il pensa voir Potter se tendre, mais il ne se retourna pas.

« Parce que ce nom est quelque chose qui peut être utilisé pour nous intimider, » expliqua Potter, « de la même manière que le nom de Voldemort était utilisé. » Draco tressaillit malgré lui. Potter n'y prêta pas attention. Il fixait le mur avec tant d'intensité que Draco était persuadé qu'il tentait de forcer les molécules qui le composait à lui dire la vérité. « Ou pour recruter des gens. C'est une piste plus intéressante à suivre que celle que l'image nous a fourni. »

Draco haussa un sourcil. « Tu peux réfléchir quand tu utilises ton cerveau Potter, » admit-il. « Ce partenariat pourrait fonctionner tu sais. »

Potter lui jeta un coup d'œil. « Merci infiniment Malfoy. »

Draco soupira. « C'était un compliment Potter. » Il avait failli prononcer un nom plus insultant, mais avait décidé à la dernière seconde que ce n'était pas vraiment le meilleur moyen de se faire entendre de Potter. « Je suis sérieux, » ajouta-t-il quand Potter parut suspicieux. « Nous avons besoin de plus que la magie compatible pour réussir. Nous devons tous les deux faire de notre mieux. Il faut que nos cerveaux travaillent en tandem. Nous devons maîtriser toutes les compétences que les cours d'Auror peuvent nous apprendre. Nous devons – »

Toutes les lumières du couloir s'éteignirent.

OoOoOoO

Harry réagit instinctivement.

Plus il y réfléchissait, plus il en venait à penser que l'attaque des tentacules rouges et noirs était destinée à Malfoy. Qui aurait pu savoir qu'Harry quitterait la chambre à cet instant précis ? D'un autre côté, Malfoy passait suffisamment de temps en dehors de sa chambre le soir, et les tentacules auraient pu le suivre et l'attaquer alors qu'il était seul. Puis ils se seraient dissipés et tout le monde se serait demandé ce qui s'était passé, ce qui aurait semé la terreur – ce que Nihil voulait, pensait Harry.

Et maintenant il se trouvait dans le noir, son dos pressé contre celui de Malfoy. Il avait déjà tenté de lancer un Lumos informulé, et avait échoué. Il choisit donc un sort que Dearborn leur avait appris mais conseillé d'utiliser avec précaution tant il était puissant.

S'il y a un moment pour utiliser un sort défensif trop puissant, c'est sans aucun doute quand on fait face à de la Magie Noire tout aussi puissante.

« Sol ! »

Le soleil jaillit à l'extrémité de sa baguette.

Il entendit Malfoy se plaindre d'être aveuglé, et Harry lui-même du plisser les yeux face à l'intense lumière pour pouvoir distinguer les autres personnes présentes dans le couloir et ce qu'elles faisaient. Ce ne fut cependant pas un problème, puisque tout ce qu'elles faisaient pour le moment était se recroqueviller et se couvrir les yeux.

Ce n'était pas suffisant pour dissimuler qu'elles portaient des capes noires et des masques blancs. Elles ressemblaient en tout point à des Mangemorts.

Harry se sentit envahi par une rage si violente qu'il eut l'impression d'y assister de l'extérieur. Il tentait depuis un an maintenant de vivre normalement et d'éviter les projecteurs pour se concentrer sur ce qu'il voulait être, c'est-à-dire un Auror ordinaire. Mais le passé le rattrapait toujours, et il était de nouveau à part, et les raisons pour lesquelles il avait voulu devenir Auror étaient désormais confuses. Et parfois, il était en colère contre Ron, et sympathique envers Malfoy.

Les Mangemorts réapparaissaient, alors qu'il était sûr qu'ils se trouvaient tous en prison, morts ou en attente de procès, et il n'en avait vraiment pas besoin.

Il se tendit. Il ne savait pas vers quoi il se tendait, mais il le sentit tout de même traverser son corps comme une tornade pour se saisir de sa baguette, et le temps qu'il se reprenne, il avait choisi le seul sort qui pouvait contenir une telle tornade.

« Tripudio cum smoniis ! »

Le sort le laissa pantelant et tremblant. Malfoy le maintint avec beaucoup d'effort, ce qui parut étrange aux yeux d'Harry. Il était le plus fort d'eux deux jusqu'à maintenant, il n'avait pas eu à lancer de sort.

La tornade fondit sur les Mangemorts et disparut en eux. Pendant quelques secondes, ils se tinrent immobiles, et Harry commença à se demander si le sort n'avait pas échoué. Puis ils se mirent à rire, à gémir et à tirer sur leurs masques. L'un d'eux réussit à le retirer et révéla un visage des plus ordinaires, celui d'un jeune homme aux yeux et aux cheveux sombres et à la moustache tombante. Il tournait en rond en caquetant. La femme à côté de lui se mit à ricaner malgré elle. Une autre femme tenait un bébé imaginaire dans ses bras et le berçait.

Harry se sentit encore plus faible à la vue de son succès. Oui, le sort avait fonctionné comme il le devait. Les Mangemorts vivaient maintenant leur rêve le plus cher, et ne se préoccuperaient plus du monde extérieur, même si quelqu'un tentait d'attirer leur attention.

« Qu'est-ce que tu as fait ? » lui chuchota Malfoy à l'oreille.

Harry le regarda curieusement. « Je leur ai fait croire que leurs rêves devenaient réalité. Tu connais sûrement ce sort ? »

« Tu m'as pris de l'énergie, » fit Malfoy, l'air confus mais heureux. « Sans attendre que je lance un sort en même temps que toi, ou avant. Tu t'es juste – servi dans ma magie pour t'aider. »

Harry grimaça alors que sa joie disparaissait. Ca paraissait horrible quand Malfoy le décrivait de cette façon, même si Harry n'avait pas eu conscience de ce qu'il faisait. Il s'éclaircit la gorge et se ressaisit, se tenant aussi droit qu'il le pouvait. « Désolé, » dit-il simplement.

« C'est étrange, » commença Malfoy avant de manquer tomber. Harry tendit les bras pour le rattraper, alarmé. Il avait dû l'affaiblir physiquement autant que magiquement quand il s'était servi de cette façon. Malfoy bailla. « Et je n'ai pas dit que tu pouvais bouger, » marmonna-t-il alors que ses yeux se fermaient.

Harry leva les yeux. L'obscurité qui régnait dans le couloir s'était dissipée. Les Mangemorts tournaient toujours en rond, berçaient des enfants imaginaires ou combattaient des ennemis invisibles. Les premiers étudiants commençaient à sortir de leurs chambres, bouches bées. Certains saisirent leurs baguettes à la vue des capes noires des Mangemorts.

Des bruits de pas maîtrisés et rythmés dans le lointain indiquaient qu'un détachement de véritables Aurors approchait.

Rien de tout ça n'aurait pu donner à Harry de réponse sur la façon dont les Mangemorts s'y étaient pris pour s'introduire dans le dortoir, malgré les boucliers qui l'entourait. Tout comme il ne savait pas comment la magie rouge et noire ou la personne qui avait créé le message avaient réussi à entrer.

Et parce que sa vie était comme ça, Ron arriva au coin du couloir et le vit soutenir Malfoy. Il se tint immobile pendant un long moment et les fixa avant de s'approcher pour l'aider à porter le poids mort qu'était Malfoy. C'était déjà ça, pensa Harry. Mais la bouche de Ron s'était vraiment rétrécie. C'était mauvais signe.

Il y avait cependant quelque chose de perçant dans son regard. Harry ne sut pas ce qu'il signifiait jusqu'à que Ginny ne lui passe un appel de cheminette deux jours plus tard.