Chapitre 10 :
Noir et bleu.
Ce sont les premiers mots auxquels je pense quand je vois Levi le lendemain matin.
Son visage est couvert de bleus, variant en tailles et couleurs. Il ressemble à un Dalmatien à forme humaine, avec ces marques. Qu'est-ce que Zackly lui a fait ? Attends, non. Ce qui s'est passé est plutôt évident. Il a tabassé Levi. Et l'homme battu est simplement assis dans ce foutu box, comme si rien ne s'était passé. Cela me fait chier. Pourquoi accepte-t-il autant d'être le punching-ball de Zackly ? N'a-t-il aucun instinct de conservation ? Mes yeux ne quittent jamais son visage tandis qu'il sirote son thé en silence, mémorisant chaque bleu, chaque coupure. Ceux de ses joues sont, de loin, les pires du tas ; la peau violacée créant un contraste absolu avec son teint pâle.
Ma fourchette n'a pas bougé de ma main depuis que j'ai posé les yeux sur les blessures de Levi. Je suis trop choqué ; non, trop furieux, pour ne serait-ce que penser à manger.
Levi dit, la voix impassible, « Arrête de me fixer. C'est super glauque. » Ma prise sur ma fourchette se resserre jusqu'à ce que l'ustensile cliquette doucement contre mon assiette. Je serre les dents, obligeant ainsi les mots à rester tu. La dernière chose dont Levi a besoin, c'est que je lui reproche de ne pas d'être en colère vis-à-vis de son passage à tabac. Mais, non. Il faut qu'il soit furieux.
Il se lève pour partir, et je décide que c'est ma seule chance de lui faire voir. De lui faire réaliser qu'il n'avait pas tort. Qu'il ne méritait pas ça.
« Qu'est-ce qui cloche chez toi ? » Ma question sort beaucoup plus désobligeante que je l'avais espéré. Levi se retourne brusquement afin de croiser mon regard, puis relève un de ses fins sourcils. Pourquoi est-ce que tu joues les innocents ?
« Excuse-moi ? » Je l'entends. Un soupçon de pure rage se cache dans les recoins de cette déclaration. Seigneur, il fait beaucoup d'effort. Il ne veut pas que sa colère se voie, mais ce n'est pas sain. Il ne peut pas continuer à réprimer quelque chose comme ça, sans que cela ne le consume de l'intérieur.
« Tu m'as entendu. Pourquoi est-ce que ça te convient autant d'être traité comme ça ? » Dans le réfectoire bondé, le fracas du verre brisé est la seule chose que j'entends. Je ne vois pas les éclats s'envoler, cependant. Mes yeux sont braqués sur le visage livide de Levi. Ses sourcils sont froncés et son œil a développé un violent tic, le seul signe de son courroux.
« Va te faire foutre. » La façon dont il le dit n'offre aucun semblant de sarcasme ou de l'amusement. Il est en rogne. Enfin. Je suis content qu'il montre enfin une certaine colère ; mais c'est une situation ''gagnant-perdant'' puisqu'elle me ciblait. J'aurais dû le laisser tranquille. Peut-être que je suis le seul à me transformer en véritable banshie lorsque je suis furieux. Faire comme s'il était probablement sa façon de gérer ce genre de rage. Merde. Mes mots ont été le pompon sur la pomponette. Je n'ai même pas le temps de m'excuser puisque Levi est sorti comme un ouragan ; laissant derrière lui, moi et la tasse de café brisée.
Je me lève pour aller après lui quand je remarque que Zackly, le parfait connard incarné, est négligemment appuyé à l'entrée du restaurant. Je n'ai rien à lui dire, la seule chose que je veux est de laisser mon poing échanger les mêmes amabilités que celles qu'il a échangées avec Levi. Je tente de le dépasser, sachant qu'avoir recours à la violence ne ferait se retourner contre moi. Zackly m'arrête avec l'écho de mon prénom. « Eren, » Je m'arrête, les poings serrés. Laissez-le voir à quel point je suis en colère, je m'en fiche, « As-tu passé une bonne nuit ? » Je ne pensais pas que c'était humainement possible, mais mes poings se resserrent d'avantage. Je sais à quoi il joue, et je refuse. Je ne me retournerai pas et je ne donnerai pas à ce connard la satisfaction de répondre à sa question vide de sens. « J'espère que tu ne t'es pas trop inquiété. Levi était entre de bonnes-mains, je peux te l'assurer. »
Okay, que ce type aille se faire foutre.
Il essaie juste de me faire sortir de mes gonds, et je ne laisserais pas cela se produire. Je fais volte-face. « J'étais plutôt inquiet pour d'Erwin. Vous savez, parce qu'il a perdu un bras hier. » J'étais inquiet pour Erwin la nuit dernière, mais je mens quand je dis qu'il était le principal sujet de mon anxiété. Zackly a mis droit dans le mille en présumant que j'étais inquiet pour Levi.
Je n'ai jamais été un bon menteur et de toute évidence, cette compétence ne s'est pas améliorée depuis que c'était présenté l'Armageddon ; parce que Zackly me fixe avec un regard qui signifie qu'il voit clairement à travers mon baratin. « Ah, je vois. Eh bien, tu seras ravi d'apprendre qu'il s'est stabilisé hier. Il va s'en sortir. »
Je ne sais pas pourquoi il continue de jouer à ce petit jeu. Il sait que je mens. Merde, il sait probablement que je me rends compte qu'il n'a pas cru à mon mensonge et qu'il veut juste me voir me tortiller sous son interrogatoire. Ouais, cela semble possible. Ben, va te faire foutre, papy. Je n'ai pas le temps pour tes conneries psychanalytiques.
« Tant mieux. » Je me retourne et ouvre les portes du restaurant, me préparant à m'échapper.
« Passe le bonjour à Levi de ma part. » Ses mots me figent sur place. C'est plutôt terrifiant qu'il puisse lire en moi aussi facilement. Mikasa m'a dit un nombre innombrable de fois que j'avais besoin d'apprendre à maîtriser mieux mes émotions, mais cela n'a jamais été d'aucune utilité. Je laisserai toujours paraître mes sentiments ; et malheureusement, cela permet à des sales types comme Zackly de tirer plus facilement profit de leurs manipulations. Ouais, que ce type aille se faire foutre.
Je sors du restaurant, laissant les portes claquer derrière moi comme une sorte de défi envers l'interrogatoire de Zackly. À ce moment précis, je m'en fous s'il sache que je vais voir Levi. Qu'il le sache. La seule chose qui me trotte dans la tête, c'est le fait que j'ai probablement perdu l'un des seuls amis que j'ai ici.
Merde.
Je frappe à la porte, ne m'attendant pas vraiment à une réponse. La façon qu'il avait de marcher lourdement indiquait qu'il ne voulait pas de compagnie. Alors pourquoi je suis donc là ? Seigneur, je suis un enfoiré. J'ai été un enfoiré. Je me prépare à me retourner et à partir lorsque j'entends la porte s'ouvrir en grinçant.
Le regard acerbe de Levi est la seule chose visible dans l'entrebâillement de la porte. Cela me rappelle la dernière fois que je lui ai rendu visite ici.
« Qu'est-ce que tu veux ? » Ouais, ça me semble vaguement familier. Je me résous à ne pas mettre ma chaussure dans l'encadrement de la porte cette fois parce que, la vache, mon pied me fait encore mal.
« Je... Je peux entrer ? » Comme il ne répond pas, je soupire, « Tu sais que je ne vais pas partir. ». Il roule des yeux tandis qu'il s'éloigne de la porte, la laissant ouverte. Je pose un pied à l'intérieur lorsqu'il commence à parler.
« Qu'est-ce que tu veux donc savoir ? Hein ? Tu veux savoir pourquoi je ne suis pas en colère ? Savoir ce qu'ils m'ont fait ? » Sa voix est hargneuse, comme s'il avait enfermé cette colère dans un bocal depuis qu'il s'était assis au petit-déjeuner, ce matin. Il avait attendu quelqu'un sur qui la déchaîner, et il se trouve que celui qui avait été suffisamment stupide pour le déranger pendant qu'il broyait du noir. « Tu veux savoir ce qu'ils m'ont dit pendant qu'ils me tabassaient ? ''C'est pour le bien de la communauté, Levi. Tu le comprendras bien assez tôt.'' Je ne pense pas qu'ils déconnaient si c'est ce que tu te demandes. »
Zackly, sale fils de pute dégénéré. Cela fait appel à tout mon self-control pour ne pas quitter la pièce et aller trouver ce taré. Je dois néanmoins rester là. Levi a besoin de moi. Laissez-moi servir de punching-ball à toute sa rage accumulée, je m'en moque. Donnez-moi sa douleur, sa colère. Je les pleinement pour lui. Faites juste qu'il aille mieux.
Il est en colère, parce voilà au moins une réaction. Pas comme cette fausse impassibilité qu'il essayait d'afficher tout à l'heure. Zackly devait savoir que les gens comme Levi ne peuvent pas être brisés aussi facilement. C'est pour cette raison que Zackly le punit, n'est-ce pas ? Parce qu'il sait que Levi est presque indomptable. Mais, il y a toujours cette chose. Cette unique chose qui peut briser une personne. Appelez cela une kryptonite moderne, c'est ce que c'est dans un sens. C'est peut-être un souvenir, un ami, un amant. Une fois que cette chose est mise à nue, vous êtes foutu. Peut-être que Levi est l'exception. Il pourrait n'avoir plus rien à perdre. Bizarrement, j'en doute fort.
Il tremble, ses bras faisaient frénétiquement des grands gestes. Je vais à l'encontre de tout ce que me dit mon esprit et m'approche. « À chaque coup-de-poing, à chaque foutu coup de poing, ils me disaient la même chose, ''C'est pour ton bien.'' À chaque foutu coup-de-poing. » Sa colère qu'il contenait précédemment s'est transformée en pur abattement.
Je tends ma main vers lui, touchant presque son épaule. « Levi, je... »
Sa rage se rallume lorsqu'il prend conscience de mon inquiétude, et il fit un bond en arrière, comme si le contact de ma main était mortel. « Je n'ai pas besoin de ta putain de compassion. Je sais pourquoi tu es monté ici, Eren. Toi et ton foutu code moral. T'essaies tellement de te comporter comme un petit saint. Ça me file la gerbe. T'en as rien à foutre de moi, alors arrête d'essayer de prétendre que je signifie quelque chose pour toi. »
Je ne suis pas sûr qu'est-ce qui redescend le plus vite, entre ma main et mon moral. Je me tiens là, abasourdi, ne croyant pas aux mots durs émanant de la bouche de Levi. Est-ce vraiment ce qu'il pense de moi ? Que je ne fais que semblant ?
« Quoi ? Tu n'as rien à dire ? Est-ce que j'ai enfin trouvé les mots magiques ? Tu ne te prends pas pour une merde, tu sais ? Est-ce que t'es fou de rage ? Est-ce que ça te déçoit que je l'ai tué ? Hein ? » Sa voix se brise, toute cette colère dirigée à tort contre moi se changeant rapidement en regret. « Et tu sais quoi ? Je le referais. » Mon courage se revivifie et avant que je ne sache ce que je suis en train de faire, je me tiens devant lui. Il lève les yeux sur moi, gonflés de chagrin. « Je referais tout. » Je veux qu'il se taise ; ses mots ne me blessent plus. Ils rebondissent sur moi et le heurtent en représailles. Alors, je fais la chose qui je sais le fera se la fermer.
Mes bras s'enroulent étroitement autour de ses épaules et l'attirent vers mon corps. Il se raidit immédiatement, mon embrassade le prenant par surprise. Je relâche un peu mon étreinte, réalisant que cela n'a peut-être pas été ma meilleure idée. Soudainement, une paire de bras commencent avec hésitation à encercler ma taille pour essayer de rétablir la proximité avec laquelle l'embrassade a commencé. Levi s'appuie sur mon corps, et commence à descendre doucement sa tête jusqu'à ce que sa joue soit fermement pressée contre mon épaule. Mes doigts commencent à bouger de leur propre chef et frottent son dos, en de petits cercles. Je ne pense vraiment pas avoir le contrôle de mon corps puisque, contre toute attente, je me mets à fredonner.
C'est un air que ma mère chantait quand j'étais enfant. Après chaque bagarre de cour de récré, elle était là avec un regard sévère et un ton compatissant. Je m'enfuyais toujours dans ma chambre après qu'elle m'ait puni, me cachant par culpabilité de l'avoir déçu. Elle ne mettait jamais longtemps à venir frapper gentiment à ma porte, elle savait que je la laissais toujours ouverte pour elle. Elle entrait et m'enveloppait dans une étreinte réconfortante et commençait à chanter. La mélodie ne sortait jamais vraiment de ma tête et parfois, c'était la seule chose qui me calmait. Je me rends compte que c'est peut-être vraiment étrange pour Levi ; d'être collé à quelqu'un qui se décide à commencer à chantonner sans crier gare, alors je cesse mon fredonnement.
« N'arrête pas. » La voix de Levi sort en un murmure, son souffle chaud flottant dans le creux de ma nuque.
Maman me disait toujours qu'il a été démontré sur des générations que cette chanson qu'elle apaisait les cœurs gros. J'ai toujours dit que c'était des conneries, mais je suppose qu'elle avait raison. Je continue où je m'avais cessé, fredonnant doucement dans l'oreille de Levi.
Tandis que je finis la chanson, je commence lentement à diminuer mon emprise sur Levi. Lorsque mes bras tombent de ses épaules, il me tient toujours fermement, ses doigts se cramponnant très forts à mon haut. C'est comme si le temps s'était arrêté, et il ne se rend pas compte que mes bras pendent maintenant mollement le long de mon corps. Est-ce que je devrais dire quelque chose ? Je ne veux pas gâcher ce moment, peu importe ce qu'il est. Il abaisse enfin ce mur froid d'impassibilité et d'insensibilité. Il laisse enfin quelqu'un entrer. Et ce quelqu'un, c'est moi.
« Tu schlingues vraiment. » Je réalise que pendant que j'étais dans la lune, Levi a relevé sa tête de mon épaule. Il me fixe, ses yeux argentés faisant battre mon cœur à un rythme irrégulier. Ses mains ont depuis quitté ma taille, prenant place sur le devant de mon haut à la place. Combien de temps s'était écoulé depuis que quelqu'un avait réconforté Levi ? Et combien de temps, dans mon cas ? C'est la condition humaine. Nous avons l'impression que nous devons porter seul chaque fardeau. Nous nous enfermons nous-mêmes dans ces carapaces d'émotion ; jusqu'à ce qu'un jour, quelqu'un arrive et frappe avec un marteau sur cette enveloppe. Et elle vole en éclats. Et nous avons peur, parce que nous sommes vulnérables. Mais cette personne te dit que ce n'est pas grave. Que ce n'est pas grave de ressentir à nouveau. C'est cela ce qu'il faut que je lui dise ?
« Je n'ai pas pris de douche depuis notre départ. » J'étais bouleversé hier pour pouvoir faire autre chose, qu'aller dans ma chambre et réfléchir à ce qui arriverait à Levi, si Erwin était mort... merde. Les choses tournaient foutrement mal.
Sa lèvre supérieure se tord en un rictus dégoûté. « Tch. T'es répugnant. » Ses mots sont sans méchanceté, bien qu'il appuie au niveau de ma poitrine pour me repousser. Cela ne me vexe pas, car j'étais répugnant. De la sueur, de la crasse et du sang recouvraient toujours mon visage et mon haut. Je vais probablement devoir changer mes draps. Dégueu.
Levi s'assoit au bout de son lit, les coudes posés sur ses genoux. Il jette un coup d'œil dans ma direction et fait un geste de la tête en guise d'invitation muette. Je m'assois à côté de lui, ne sachant pas vraiment comment engager la conversation. Est-ce qu'il voulait parler de ce qui était arrivé ? Probablement pas. Je veux lui faire oublier Zackly, mais que pourrais-je dire pour y arriver ?
« Qu'est-ce que tu faisais avant ça » Il se crispe, et je regrette immédiatement d'avoir essayé d'aborder son passé. Est-ce que quelqu'un n'avait-il pas dit un jour que le passé était appelé ainsi pour une bonne raison ? Eh ben, merde, où est cette personne pour me donner des conseils tout de suite, parce qu'on dirait que je viens d'annoncer à Levi que le père Noël n'existait pas.
« Tu veux vraiment savoir ? »
Attends, de quoi ?
Je hoche la tête rapidement, étonné qu'il réfléchisse même à deux fois à ma question.
Il soupire lourdement et passe une main dans ses cheveux ébène. « J'avais une bande, avant que tout ne parte en couilles. Isabel et Farlan. » Son sourcil tique légèrement lorsqu'il prononce leurs noms. « On était pratiquement comme les doigts de la main. Et, merde, on prenait soin les uns des autres. Les choses n'allaient pas changer pour nous, juste parce que les gens avaient décidé qu'ils aimaient la cervelle. On était déjà complètement paumé à la base, alors cette merde d'apocalypse ne signifiait foutrement rien pour nous. Ça avait toujours été nous contre le monde. » Il marque une pause et ses doigts se resserrent dans le drap sur lequel ils se trouvent. Peut-être que je devrais l'arrêter. Il n'a visiblement pas envie de revenir sur ces souvenirs, donc je devrais le laisser tranquille et m'estimer heureux que Levi ne soit pas en colère contre moi après mon explosion de ce matin.
« Une nuit, on a été pris en embuscade par des bandits. Aucun de nous ne s'y était attendu. Ces connards arrivaient de partout. Ils nous ont alignés comme dans un peloton d'exécution et ont pressé un flingue derrière nos têtes. Putain, j'ai su à ce moment-là que c'était terminé. Puis, ce salopard m'a demandé si je voulais vivre. Je lui ai dit d'aller se faire foutre, parce qu'il avait l'air d'être ce genre de pourritures qui aiment qu'on les supplie. Il s'est mis à rire et m'a demandé si je voulais les rejoindre, et maintenant, je pense que c'est que des foutaises. Mais, ce salopard était sérieux. Du jour au lendemain, je me retrouve à diriger un troupeau de crétins lors de raids. Voler des trucs aux gens, et tu connais la suite. » Je n'ai vraiment aucun mal à imaginer Levi en voyou, étant donné sa personnalité et son attitude.
« Des emmerdes sont arrivées et je me suis retrouvé dans ce foutu sanctuaire. Pour tout te dire, je suis arrivé ici peu de temps avant toi. »
« Qu'est-ce qui leur ai arrivé ? »
Les mots sont sortis avant que je ne puisse les retenir. Foutue diarrhée verbale. Je n'en avais jamais su autant (et n'en saurais probablement jamais plus) sur Levi d'un coup. Désormais j'avais tout gâché, parce que ma bouche aimait bien agir de son propre gré.
Il considère ma question pendant un instant, ses yeux fixant intensément le vieux tapis au-dessous lui. Mon malaise est pratiquement palpable ; cette sensation favorisée par la pensée qu'à n'importe quel moment, tout ceci allait se terminer.
« Isabel et Farlan ? » Je hoche la tête, étonné qu'il ne soit pas plus en colère contre moi pour mon indiscrétion. « Ce qui arrive à tout le monde de nos jours. Des morts-vivants. » C'est dur pour lui ; ses poings serrés et ses sourcils froncés me le disent.
Pas étonnant que Levi soit si renfermé et froid. Cet homme avait eu les deux seules personnes auxquelles il tenait le plus arrachées brutalement à lui. Et me voilà, essayant de me faire une place dans sa vie comme une présence contente et permanente. Je suis égoïste. Si égoïste. J'ai été avide quand je l'ai poussé à une amitié à laquelle il ne voulait visiblement pas réciproque. Je ne comprenais pas à ce moment-là, mais maintenant cela prenait tout son sens. Il ne voulait pas perdre quelqu'un d'autre. Je suis désormais quelque chose à perdre. Une irritation, violente et inappropriée, emplit mes veines, souhaitant qu'il m'ait parlé de son passé avant. Mais, est-ce que cela aurait compté ? J'ai toujours été têtu, donc je ne crois pas que son histoire m'aurait nécessairement éloigné du chemin qui me menait à lui.
« Je suis désolé. » Cela ressemble à des excuses de merde, mais c'est la seule chose que je peux lui offrir à cet instant.
« Pourquoi ? Ce n'était pas de ta faute. » Il ne comprend pas, il ne sais pas pourquoi je recherche son pardon.
« Non, je suis désolé de t'avoir forcé à devenir mon ami. » Cela ressemble au texte d'un film romantique à la con. Vous savez, la phrase que la personne dont le héros est amoureux dit avant qu'elle ne parte pour se retrouver ? Mais, la fin est toujours la même, donc je ne m'attendais pas à ce que la réaction de Levi soit différente.
Ses yeux d'argent observent mon visage, ce fameux sourcil arqué par l'incrédulité, « J'aimerais croire que tu me connais suffisamment pour savoir que je n'aurais pas accepté ton amitié si je ne l'avais pas voulu. » Les mots sont dans ma tête, mais je ne sais pas si je devrai les laisser sortir. Je suis déjà en train de tester notre lien en lui demander de me parler de son passé.
Je les dis quand même.
« Tu ne voulais pas. Tu m'avais repoussé. » Les mots que je voulais dire sont sortis, mais ils ne s'arrêtent pas. Je me sens de plus en plus agité à chaque nouvelle phrase qui sort de ma bouche. « Et... et je suis un enfoiré... j'aurais dû t'écouter ! Maintenant... maintenant, je suis une sorte de boulet ! J'aurais dû– » La main de Levi sur ma bouche fait taire tout autre désaccord qui aurait pu en sortir.
On reste assis comme ça pendant un moment, sa main couvrant ma bouche. Cela commence à devenir un peu gênant ; et j'ai une forte envie de sortir ma langue et de lui lécher la main pour la lui faire enlever, mais étrangement, je savais que ce geste serait très certainement mon dernier. Finalement, le membre inopportun est retiré, et glisse pour saisir mon menton. Je grimace, parce qu'il est encore un peu douloureux à cause du crâne d'Erwin l'a percuté. Son regard rencontre le mien, me fixant sans arriver à dire ce qu'il voulait faire. Que veut-il ?
« C'est facile pour moi de haïr les gens, particulièrement dans ce monde. Mais pour une raison quelconque... » Il marque une pause, se demandant s'il voulait vraiment dire ce qu'il a en tête. « Je ne te hais pas. Pour être honnête, en réalité, je t'aime bien, crétin. » Puisque je ne réponds rien, il soupire, "Je voulais être ton ami, Bright Eyes. N'en doutes pas." La main de Levi tombe de mon visage, laissant une sensation chaleureuse derrière elle. Je peux sentir mon rougissement avant qu'il n'arrive. Attends, pourquoi est-ce que je rougis ? La couleur rouge réchauffe mes joues et je tourne la tête pour que Levi ne puisse pas la voir. Merde, je n'ai pas fini d'en entendre parler.
« Je suis en colère. » Quoi ? Je me crispe, tournant ma tête vers lui, parce rien à foutre des conséquences. Je croyais que cette définition de l'amitié effaçait toutes les conneries que je lui avais dites avant. J'aurais dû réaliser que certaines choses ne partaient pas avec un simple câlin. Il continue, « Tu m'as demandé si j'étais satisfait d'être traité de cette manière. Et bien non. »
Oh, ça.
« Les choses telles qu'elles sont, je ne dois pas en être heureux. Et je ne le suis pas. Mais, je dois respecter l'ordre des choses. » Je le fixe avec des yeux ronds, parce que c'était bien la dernière chose que je m'étais attendu à ce qu'il dise. Il avance la main pour ébouriffer mes cheveux. « Ne sois pas si choqué, petit merdeux. » Choqué n'est pas nécessairement le mot que j'utiliserais pour décrire mon expression. Déçu. Ouais, ça correspondait mieux.
Mince, à quoi est-ce que je m'attendais ? Que Levi s'insurge contre tout Stohess ? Bon, ouais un petit peu. Mais, ce n'est pas un idiot. Il savait que pour vivre dans le monde de Zackly, il devait obéir. C'était à ça que se résumait sa vie. Vivre comme un animal en cage sous le regard omniprésent d'un sadique, ou la mort.
« Il t'a mentionné. »
Quoi ?
« Quoi ? » je répète le mot, à haute voix. Pourquoi Zackly parlerait de moi ? Je n'ai rien à voir avec le fait que Levi a tué Jürgen. Ou si ? Non, non. C'est stupide. Je n'ai rien à voir avec la mort de Jürgen. Je dois vraiment arrêter de me poser des questions. En aucun cas, ça ne fera du bien à ma santé mentale.
« Ouais, je suis pratiquement certain qu'il l'a dit quand mon visage devenait vraiment copain avec le bout de sa botte. » L'image de Levi en train de se faire battre me rend malade. Pendant combien de temps Zackly l'avait-il tourmenté ? À chaque coup-de-poing, à chaque foutu coup-de-poings, ils me répétaient la même chose... merde. Je regarde les bleus sur le visage de Levi et j'imagine Zackly en train de les mettre là. J'imagine ses poings, ses bottes, tout ce qui pouvait faire mal, attaquant Levi. La colère que j'avais ressentie quand Zackly m'avait arrêté au restaurant est revenue. Elle m'appelle, me dit de d'attirer le destin et de trouver Zackly. S'ils n'avaient pas repris mes armes, je l'aurais fait. Non. Je n'utiliserai pas d'arme. J'utiliserai mes poings, mes pieds tout comme il l'avait fait avec Levi. Pour lui faire payer ce qu'il avait fait.
Non, Eren, calme-toi. Respire profondément.
Ce n'est pas à moi de mener les combats de Levi. Et, de toute façon, il venait juste de me dire qu'il laissait tomber. Bon, en un sens. Levi ne voudrait pas que je m'attire encore plus d'ennuis avec Zackly. Dieu sait si ce foutu dictateur ne blâmerait pas Levi pour mes actes. Donc, je dois me résigner à être le 'gentil petit garçon' que Zackly veut. Putain.
« Il a dit que tu serais le prochain. » Mon cœur s'arrête. Je sais que j'ai été un petit merdeux, et tout sauf coopératif. Mais, est-ce que cela justifiait l'impitoyable passage à tabac qu'avait reçu Levi ? « Si je recommence à sortir du rang, il s'en prendra à toi. » Levi ferait mieux d'avoir un défibrillateur à porter de main, parce qu'il n'y pas moyen que mon cœur reparte maintenant.
« Pourquoi ? » Ma voix est tremblante et effrayée, elle semble étrangère à mes oreilles. Le visage de Levi reste impassible, mais ses yeux sont un tourbillon de regrets et de culpabilité. Il n'avait pas à être en colère contre lui-même. Je lui avais imposé cela, je m'étais imposé cela.
« Je ne sais pas si tu as remarqué, mais tu sembles être un des rares à vouloir s'associer à moi." Mais attends. Oui, je m'alliais à lui ; mais Erwin, Hanji et Mike sont aussi ses amis, pas vrai ? Pourquoi est-ce que Zackly me prendrait pour cible ?
Merde.
Tout en revenait à moi. Les étranges conseils de Zackly ressortent du tréfonds de mon esprit. ''Je ne pense pas avoir l'autorité de te dire avec qui tu peux ou ne peux pas jouer aux cartes.'' C'était un foutu avertissement. Ce connard avait pratiquement présenté sur un plateau d'argent ce que je risquais si je me rapprochais trop de Levi. Il le savait, il savait pertinemment que cela allait arriver. J'ai juste été trop naïf pour m'en rendre compte.
Zackly me prend pour cible, parce qu'il sait que je considère également Levi comme un ami. C'était pour ça qu'il n'y a pas de place pour l'attachement en ce monde. Les hommes comme Zackly prenaient ce choix et le réduisaient en un million de petits morceaux, les laissant être emportés par le vent avec un bon gros doigt d'honneur. C'est un monde où les chiens mangent les chiens et je vivais dans l'illusion que peut-être, je pouvais changer ça. Que peut-être, je pouvais être ami avec Levi. La seule chose que j'avais fait, c'était accrocher une cible dans nos dos à tous les deux. Zackly nous craint et il allait faire une de ces deux choses. Fuir cette crainte, ou l'éradiquer. Quelque chose me disait que Zackly n'était pas du genre à fuir ses problèmes. Nous sommes un danger pour Stohess ; non, pour son pouvoir ; et il allait nous briser. C'était pour ça qu'il s'était montré au restaurant. Il voulait voir ma réaction. Il voulait confirmer ce qu'il savait déjà. Espèce de connard.
Tandis que je rencontre le regard charbon de Levi, je comprends quelque chose de fondamental.
Nous sommes notre kryptonite mutuelle.
Le bruit de quelqu'un qui frappe à ma porte me réveille alors que j'étais à-moitié endormi. J'étire mes bras au-dessus de ma tête en poussant un bâillement. J'avais essayé de rendre visite à Erwin à la clinique après avoir quitté la chambre de Levi, mais les habitants m'avaient expliqué qu'il était encore en état de choc et ne pouvait donc pas recevoir de visiteurs. Logique. Je ne m'attendais pas à ce qu'il soit en pleine forme de sitôt. Je veux dire, il a perdu un de bras, putain. Je ne pense pas qu'il soit un jour de nouveau le même. Mais, au moins il sera en vie.
Un autre coup retentit à travers la chambre et je réalise que j'ai oublié d'aller ouvrir la porte. Je saute du lit, tout en passant les doigts dans mes cheveux afin d'essayer de dompter ma tignasse. C'est inutile puisque les dieux m'ont infligé des cheveux perpétuellement ébouriffés. Au moins, ils ont l'air propre. J'ai écouté le conseil de Levi et pris une douche après avoir quitté la clinique. Il va sans dire que j'étais un peu dégoûté par la quantité de crasse qui s'était accumulée sur mon corps. Comment Levi a-t-il supporté d'être aussi près de moi, je ne le saurais jamais. En soupirant, j'ouvre la porte.
C'est un homme et je le reconnais comme étant un des gardes qui surveillent le mur. Il tient un semi-automatique comme si c'était un nouveau-né, et une soudaine poussée d'anxiété me prend aux tripes. Et s'il était là pour m'emmener ? Je déglutis, tout en saisissant la tranche de la porte d'une poigne ferme. Si c'est moi que cet enfoiré veut, je ne vais pas me laisser faire aussi facilement.
Il commence à parler d'une voix rauque, « Il y a une réunion obligatoire ce soir Au Trou. Tous les citoyens sont tenus d'y assister. » Le Trou ? De quoi parle ce type ?
« Je ne– » L'homme se retourne pour partir avant même qu'une question ne soit sortie de ma bouche. Connard. Je jette un coup d'œil à ma montre et - merde. Le dîner a commencé il y a vingt minutes. Je peux déjà imaginer l'air agacé que doit probablement arborer Levi. Je descends en vitesse les escaliers, oubliant complètement que je suis à peu près, aussi gracieux qu'un éléphant dans un magasin de porcelaine. Le bout de ma chaussure loupe la dernière marche. Le temps ralentit tandis que je commence ma descente vers l'étage inférieur de l'hôtel. Je ferme les yeux, me préparant à l'inévitable douleur qui allait accompagner ma chute, tête la première contre le sol. Mais la douleur ne vint jamais.
« T'étais où, enfoiré ? « Levi me tient par les épaules ; et au lieu d'avoir du linoléum bas de gamme en plein dans la face, je me retrouve le visage enfoui dans la chemise en lin de Levi
Oh merde.
Je m'éloigne vite de lui et bon sang, je ne me rappelle pas m'être senti un jour aussi pathétiquement maladroit et embarrassé. « J'ai, euh trop dormi. » je réponds en me frottant la nuque. Levi me regarde comme s'il m'était poussé une deuxième tête. J'agis de manière excessive. Bien sûr que j'agis de manière excessive. C'est juste que je ne sais pas exactement quelle est cette drôle de sensation au creux de mon ventre, et j'ai un peu de mal à parvenir à l'identifier.
« Ça m'en a tout l'air... » Je peux voir que Levi se sent aussi embarrassé que moi et, oh mon Dieu, j'ai transformé quelque chose de totalement insignifiant en quelque chose d'étrange. Il se retourne et commence à marcher en direction du café-restaurant. « Tu viens ? » Putain de merde. Je suis en train de le suivre quand je vois un large groupe de personnes se dirigeant vers la clinique. En fait, il semblerait que ce soit presque tout Stohess.
Levi s'arrête à la porte de l'hôtel et contemple la foule. Je regarde ma montre et je me rends compte que cela fait trente minutes que le dîner a commencé. À cette heure-ci, toute la nourriture doit être partie et si vous avez de la chance, il doit en rester quelques miettes. Le Trou. Ils doivent avoir fermé tôt le café-restaurant à cause de la réunion. Et merde ; je sais que ce truc est obligatoire, et je n'ai vraiment pas envie d'avoir d'autres problèmes avec Zackly. Je suis prêt à parier mon bras droit... Merde, pardon Erwin... Que c'est là que ces gens se dirigent.
J'attrape l'épaule de Levi, « Cette réunion... Est-ce qu'ils t'en ont parlé ? » Il hoche la tête, saisissant là où je veux en venir. « Tu sais où se trouve Le Trou ? »
« Je te l'ai dit, je suis ici depuis pas beaucoup plus de temps que toi. Et c'est un non, si la noix que tu appelles cerveau n'avait pas compris. »
Sale con.
Nous commençons à nous mêler à la foule parce que, putain, comme si nous savions où était ''Le Trou''. Nous sommes conduits jusqu'à une allée située entre la clinique et l'un des bâtiments abandonnés. Et merde. Stohess est bien grand que je le croyais. Le Trou est un nom plutôt approprié pour la chose devant laquelle nous nous tenons. C'est, eh bien, un trou d'au moins six mètres de profondeur avec un poteau planté au milieu. Cela me rappelle une arène de gladiateur version miniature. La seule chose qui manque, ce sont des gradins. Je veux dire, merde, cela a l'air suffisamment large pour y organiser un combat à mort. Il y a même des tunnels construits le long de la fosse, certains fermés par des barreaux. Il y a dans Stohess tout un réseau sous-terrain dont j'ignorais totalement l'existence. J'échange un regard avec Levi, et il a l'air tout aussi confus que moi.
La voix de Zackly réclame l'attention alors qu'il commence à s'adresser à la foule. « Bonsoir, citoyens de Stohess. Comme certains d'entre vous ont pu en entendre parler, nous avons eu un petit problème récemment » Oh merde. Le trou me paraît de plus en plus menaçant à mesure que j'enregistre les mots de Zackly. Je prie pour que n'importe quelle divinité qui m'entendra fasse en sorte que ce meeting n'ait rien à voir avec Levi ou moi. L'homme en question est tout aussi nerveux que moi. Je le regarde du coin de l'œil et je remarque qu'il s'est mis à agripper au tissu de son jean par appréhension.
« Amenez-la. »
Quoi ?
J'entends un cri étouffé venant de l'intérieur du trou, et je jette un regard vers le b- putain de merde. Il y a une femme qui émerge d'une des portes construites sur les côtés de la fosse. Elle lutte violemment contre ses ravisseurs, le chiffon qui lui couvrait la bouche assourdissant ses appels à l'aide. Tandis qu'ils commencent à attacher au poteau, Zackly continue son discours.
« Notre chère Ilse, ici présente, a beaucoup de choses à nous expliquer, n'est-ce pas ? » Je vois de nombreux habitants remués la tête en signe d'acquiescement ; certains murmurant même "oui". « Elle a volé mes armes, vos armes. Elle nous aurait laissé sans défense face aux morts-vivants. » Chacune des phrases sortant de la bouche de ce serpent embrase la foule. « Que voulez-vous donc que je fasse ? » La foule est en délire, scandant des revendications en direction de Zackly. Beaucoup d'entre elles incluant la mort de la jeune femme.
Je dirige mon attention sur le visage de la femme ; ses yeux ont l'air ahuris, agrandis à des proportions gigantesques. Elle sait ce qu'il va se passer. Et, putain, ce n'est pas bon.
« Qu'il en soit ainsi. » Les hommes situés dans la fosse lui enlèvent son bâillon et aussitôt, elle commence à clamer son innocence.
« Je le jure, ce n'est pas moi ! Ce n'est pas ce que vous croyez ! Je vous en supplie, non ! » Les hommes sont sortis de la fosse en refermant la porte derrière eux. Le bruit soudain du métal que l'on soulève détourne mon attention du visage de la jeune femme et l'attire vers le bruit.
Oh mon Dieu.
Des morts-vivants ont surgi des portes mécaniques, avançant lourdement en direction de leur repas. Non. J'en ai plein le cul de ça, Plein le cul de Zackly. Plein le cul de Stohess. Je peux accepter le fait que ces gens pensent peut-être que torturer un zombie est normal. Mais ça. Non. Je ne mets pas un pied dans le plat, j'y vais carrément à pieds joints.
« Arrêtez ! » je hurle aussi fort que ma voix me le permet. Les citoyens se tournent et me regardent avec dégoût, comme si j'étais celui qui était en tort. Comme quand ils regardent Levi. Putain, ces gens sont tarés s'ils croient qu'exécuter leurs concitoyens à l'aide de zombies est quelque chose de morale. « Laissez-la partir ! » Les revenants se rapprochent de plus en plus de la femme. Elle sanglote, à présent résignée à l'idée de mourir horriblement. Je continue lentement ma progression vers le trou, espérant qu'un miracle se produira et que les citoyens retrouveront leurs esprits. Un mort-vivant arrive finalement jusqu'à elle et enfonce ses crocs dans sa nuque.
Non.
Ses cris perçants pénètrent dans mon crâne, jusque dans mes os. Je suis paralysé, hypnotisé par le spectacle. Les autres zombies sont désormais, eux aussi parvenus jusqu'à leur festin ; leurs mains lacérant grossièrement la chair de la jeune femme. Elle convulse à présent, sa silhouette chétive baignée de sang. Personne ne mérite ça. Ces gens... Non, ces monstres sont pires que les morts-vivants. Combien d'entre nous meurent de la main des zombies ? Des centaines ? Des milliers ? Et ils sont là, nourrissant ces putains de trucs comme s'ils étaient des animaux de compagnie. Cet endroit... Ce n'est pas le paradis. C'est tout le contraire.
Soudain, une paire de main me saisit et m'entraînent loin de la foule, loin du carnage. Je me débats violemment contre mon ravisseur, désirant retourner auprès de la femme et espérant, en vain, qu'elle soit encore en vie.
« Eren, arrête ! » La voix de Levi est désespérée, tandis qu'il me sort de la ruelle. Pourquoi ne les a-t-il pas arrêtés ? Pourquoi n'a-t-il pas fait quelque chose ? « Tu veux crever ? C'est ça que tu veux ? » Il me secoue un coup à chaque mot qu'il prononce. Ses yeux sont furieux et cherchent frénétiquement dans mon visage une réponse.
Je ne veux pas mourir, mais je ne veux pas vivre dans un monde où ceci est acceptable. Je ne vivrais pas dans ce monde. Je me libère de son emprise et commence à courir en direction du Super 8. Il crie mon nom pendant que je m'enfuis, mais il ne suit pas. Il n'est pas comme moi ; dans le sens qu'il sait quand les gens ont besoin d'être tout seuls. Moi, je suis celui qui frappe à leurs portes cinq minutes après leur avoir hurlé dessus.
J'arrive à l'hôtel et ouvre les portes d'un coup sec. Mes pieds bougent par eux-mêmes et c'est la première fois que Mr. Puissance Supérieur décide de me donner un peu de grâce. J'entre dans ma chambre et claque la porte. Plein le cul de Stohess. Plein le cul de Stohess.
J'en ai plein le cul de Stohess.
Je n'arrive pas à dormir. Cela se comprend étant donné que je viens de voir une femme se faire dévorer vivante, en guise de châtiment. Mike avait raison. C'est ce qu'il voulait dire quand il m'avait mis en garde. Il savait que, comparé à quelques coups de bâton dans une piñata-zombie, cet endroit était bien plus tordu. Mes poings se resserrent autour des draps qui, sur mon corps, me paraissent tout d'un coup trop chauds. J'ai l'impression que je vais exploser. Toutes ses émotions que je te contiens menacent de refaire surface, et j'ai besoin de quelqu'un qui me dise que ce n'est pas grave.
J'ai besoin de quelqu'un.
Je sors de ma chambre et me rends jusqu'aux escaliers. Je savais de toute manière que je finirais devant cette porte. Cette chambre.
26.
Un coup suffit pour que la porte s'ouvre, et il est là. Il ne dit rien lorsque que je rentre ; il se contente d'attendre que je parle.
Mon dos est tourné face à lui, alors que je commence à dire, « Je n'arrivais pas à dormir. » Ma voix est faible et cassée, essayant ardemment de ne pas se briser. Je ne me briserais pas. Je répète la phrase encore et encore dans ma tête, comme une promesse à moi-même. Il pose une main sur mon épaule et me tourne. Ses yeux, bordel de merde, ses putains d'yeux. Ces iris argentés transpercent sans exception, toutes les barrières que j'avais mises autour de moi ce soir.
« Eren, » Levi passe ses bras autour de mon cou et ses mains attirent ma tête vers son épaule. « C'est pas grave. »
Ma promesse est brisée.
Pour la première fois depuis une éternité, je me lâche totalement tandis que j'enroule mes bras autour de Levi. Les larmes coulent sur mes joues sans s'arrêter. Il ne dit rien, alors que je pleure, alors que sa chemise est salie petit à petit par mes larmes. Il se contente de garder ses mains posées sur ma tête et me laisse me
lâcher. J'essaie de parler malgré mes sanglots, mais tout ce que j'essaie de dire est incompréhensible.
« Je-Je-J'suisdésoléLevi. »
Il me fait taire en me serrant plus fort, traçant des cercles sur ma nuque. « C'est pas grave, c'est pas grave. » Ce monde est cruel. Foutrement cruel. Il n'y a plus de place pour le bonheur ici. Il n'en reste que la douleur. La douleur et la mort. Nous attendons patiemment de mourir. J'agrippe plus fermement le tissu situé au niveau du haut du dos de Levi et enfuis d'avantage mon visage dans son épaule. J'ai essayé désespérément d'être fort ; mais je ne le suis pas, pas vrai ?
Je suis brisé.
TBC
Notes:
Et un nouveau chapitre, un !
Nous avoins toujours besoin de volontaire pour continuer, ou les publications risquent de devenir très espacées voir même finirent par cesser. Faîtes-nous signe si vous voulez nous aider !
