-Sammy, cria-t-il, la voix étouffée par les flammes qui achevaient péniblement ce qu'il restait de l'habitation.

Ils durent s'y mettre à trois pour le retenir, malgré ses efforts pour se débattre et se dégager d'eux.

-Lâchez-moi, bande d'enfoirés !

-Calmez-vous, Taylor, rugit la voix du chef. Laissez mes hommes s'occuper de ce travail, et retourner auprès du Capitaine Beckett, maintenant. Je ne le répèterai pas une deuxième fois. Vous, emmenez-le, dit-il en faisant signe aux trois homme qui retenaient Dean de force.

Il tenta à nouveau de leur échapper, en vain. Il finit par se laisser traîner jusqu'au véhicule, impuissant, mais plein de rage. Les gens ne semblaient pas comprendre à quel point Sam était important pour lui. Esposito le rejoignit, suivi de Ryan.

-David, je…

-C'est pas le moment, murmura Dean.

-On tenait juste à rester avec vous, fit Javier, en s'asseyant à côté de lui, tandis que Kevin s'appuya contre la paroi du camion, bras croisés.

Le silence demeura ainsi durant quelques secondes, qui leur parut à tous les trois une longue et douloureuse éternité.

-On est avec vous, David, finit par dire Ryan. On a vécu cela, littéralement, et nous savions à quel point nos proches étaient morts d'inquiétude à notre sujet… vous, depuis combien de temps connaissez-vous votre collègue ?

-Depuis… Toujours…

-Vous devez avoir établi une sacré amitié entre vous deux, alors. Vous devez vous accrocher à cela. Cette amitié. Javier et moi avions compté l'un sur l'autre pour rester conscients le plus longtemps possible, et… Et aujourd'hui, nous sommes là, à parler avec vous.

-Je… J'ai peur.

Il avait osé le dire. Ce qu'il évitait, en général. Il détestait montrer ses faiblesses aux autres, même à Sam, Cass, ou encore Bobby. Bobby… Il devrait l'appeler, lui expliquer ce qu'il se passait, en ce moment… Non, Castiel avait déjà dû s'en charger, vu les appels manqués sur son téléphone. Il les ignora et laissa tomber l'appareil sur la toile du brancard.

. . . . . . . .

Quelques minutes plus tôt…

Sam avait défoncé à coups de pieds le mur fin qui séparait la chambre d'amis d'une ancienne pièce condamnée qui, par un vieil escalier, descendait au sous-sol. Il était descendu en titubant, Tori dans les bras, et avait fini par rejoindre la seule pièce de cette maison qui ne s'était pas embrasée. Une fois arrivé, il prit soin de condamner toutes les issues, sauf l'étroite fenêtre qui donnait sur le sol du jardin.

-On va peut-être devoir rester ici un bon moment, avant que cela ne se calme complètement… tu vas bien, Tori ?

Elle le regarda s'asseoir péniblement contre le mur de pierre qui lui procurait un peu de fraîcheur après la fournaise.

-Tu m'as… Tu m'as sauvé la vie… Tu as risqué la tienne pour remonter, et venir me chercher… T'es cinglé, tu le sais, ça ?

Il rit doucement, en essayant de calmer sa nouvelle quinte de toux.

-On va dire que j'ai ça dans le sang, c'est tout… Et est-ce que… Tori, tu es blessée ?

Il s'approcha d'elle et regarda l'entaille qui devait faire quinze bons centimètres de long sur son estomac.

-Ça va, c'est juste que… J'ai dû me blesser avec tous ces débris, quand ma chambre s'est embrasée… Et toi, tu vas bien ?

-Je vais bien, contrairement à ce que j'ai connu… Mais il y a intérêt à ce que l'on vienne rapidement nous rechercher, parce que j'ai l'impression que tu perds pas mal de sang… Attends, je vais essayer de stopper ça…

Il arracha un long morceau de sa chemise avant de la plaquer contre la blessure de la jeune femme.

-Tu tiens ça fermement, je vais voir s'il n'y a pas un endroit par lequel on pourrait se tirer d'ici…

Un craquement sourd se fit entendre. Ce que Sam redoutait.

-C'était quoi, ça, murmura Tori. Et ne mens pas, s'il te plait…

-Je… Je crois que ce qu'il reste de ta maison vient tout juste de s'effondrer au-dessus de nous…

. . . . . . . .

-Alexis, je vais appeler un taxi, tu ferais mieux de retourner à la maison, rejoindre ta grand-mère.

-Non papa, c'est hors de question. Je saurais sûrement me montrer plus utile ici qu'ailleurs.

Un court silence régna entre les deux. Alexis finit par se blottir dans les bras de son père, qui serra son étreinte.

-Ca va aller, ma chérie. Ça va aller.

-Je l'espère, papa. J'ai connu trop de personne qui ont frôlé la mort pour une douzaine de vies au moins. Et Ken est quelqu'un de bien.

-Ils font tout ce qu'ils peuvent pour les récupérer, tous les deux.

-Et si c'était trop tard ? Si ils étaient…

-Alexis, calme-toi. Ecoute, j'ai vu comment Hastings savait se débrouiller.

-Mais tu es septique. Avoue-le. Tu n'es pas sûr à cent pour cent de ce que tu affirmes. Je te connais, je sais qu'il s'agit bien de cela. Tu voudrais y croire, mais une partie de toi le refuses.

Castle ne répondit pas. Sa fille avait raison, comme toujours. Et ça, ça l'effrayait.

. . . . . . . .

Un second craquement sourd se fit, et Tori trembla légèrement. Sam s'accroupit à sa hauteur et tenta de la rassurer du mieux qu'il put.

-Hey, Tori, ça va. Calme-toi, je suis là. On va s'en sortir, d'accord ?

Elle acquiesça, bien qu'incertaine de ce que Sam lui affirmait.

-Comment va ta blessure ?

Il retira le tissu imbibé de sang, et mit la plaie à découvert. Celle-ci avait empiré, et commençait sûrement à s'infecter. Mais ils ne pouvaient actuellement rien faire, aucun médicament au sous-sol.

-Il va falloir que les secours se dépêchent, là, commença Sam en se mettant à hausser la voix.

-Ken… Ça va…

-Je m'y connais, en blessures de ce genre, Tori. Et je préfère ne pas te mentir. Les mensonges de ce genre coûtent trop chers.

Elle ne répondit que quelques instants après.

-Tu parles de Jessica, n'est-ce pas ? J'ai entendu Esposito en parler, au poste, quand il était dans la salle de pause.

-C'est… Compliqué, c'est tout. Mais pour l'instant, nous avons un problème plus important à gérer, je crois. Il faut vraiment que je trouve un moyen de nous sortir de ce merdier.

. . . . . . . .

En en ayant plus qu'assez d'ignorer son téléphone et de laisser sa boite vocale se remplir à grands pas, il s'était finalement décidé à lui répondre.

-Dean ? Ca fait des plombes que j'essaye de te joindre, abruti ! Tu crois que cela m'a fait quoi, d'apprendre par un ange à moitié taré ce qu'il est en train de se passer, dis-moi ?

-Castiel n'est pas un taré, Bobby.

-C'est tout comme. Bon, c'est quoi, ce bordel ? Elles foutent quoi, les autorités, dans cet Etat à la con ?

-C'est pas eux, les coupables. Ils essayent autant que moi de faire tout pour aider Sam et Tori. Ce sont des personnes sur qui on peut compter, tu sais. Ce qu'il y a, c'est que cette saloperie de démon a lancé je ne sais quel sort pour empêcher quiconque d'entrer à l'intérieur.

-D'y entrer, mais pas d'en sortir, je te rappelle.

-Bobby, je sais pas si…

-Ecoute-moi bien, Dean Winchester. Toi et ton frère, vous êtes les deux personnes les plus insensées que j'ai jamais connues sur cette Terre. Mais également des plus courageux. Alors relève la tête, fiston, Sam va réussir à sortir de là, tu m'entends ? Il va y arriver, alors arrête de déprimer comme ça, compris ?

-J'ai bien réussi à croire la même chose pour ma mère, quand j'avais quatre ans. Je suis sorti dans le jardin, Sammy dans les bras, en me disant que ce que je venais de voir accroché au plafond, ce n'était pas maman, mais juste une hallucination de ma part à cause des évènements qui se déroulaient, ce soir-là.

-C'était en 83, Dean. Et Mary s'était retrouvée au mauvais endroit au mauvais moment.

-Comme Sam, non ?

Bobby soupira au bout du fil.

-Ca va aller, se contenta-t-il de dire au chasseur. Ça va aller, fiston.

Dean raccrocha après quelques instants de réflexion, mais son regard se perdait dans le vide, bien que ses yeux restaient fixés sur ce qu'il restait de la maison de Tori.

. . . . . . . .

-Ken ?

Tori pencha la tête sur le côté et l'appela à nouveau.

-Ken, où es-tu ?

Elle le vit revenir, pressant le pas et il s'agenouilla à sa droite.

-Il va falloir arrêter de compter sur l'aide des pompiers pour nous sortir de là, on a plus urgent…

Le feu avait ravagé une des portes et s'engouffrait peu à peu dans tout le sous-sol. Le visage de Tori se figea brusquement.

-On a pas le choix, dit-il en regardant la fenêtre qui donnait sur le sol du jardin, on va devoir se tirer d'ici par là…

L'ouverture devait faire cinquante bons centimètres sur soixante, mais Sam estima que cela devrait être suffisant. De trois coups dans celle-ci, la vitre se brisa, tandis que Tori s'était protégée les yeux. Sam se pencha vers elle et l'aida à se redresser.

-Je te porte jusqu'à la fenêtre, et tu sors, d'accord ?

-Et toi ?

-Je te suivrai, ne t'inquiète pas. Je t'abandonnerai pas.

-Tu me le promets ?

En guise réponse, il se contenta de la soulever et de l'aider à passer à travers l'étroite ouverture, tout en sentant la chaleur des flammes à seulement quelques mètres derrière lui.

. . . . . . . .

La maison s'affaissait de plus en plus, et Dean ne savait quoi faire, ou même penser. Kate s'approcha de lui et posa sa main sur son épaule, tandis qu'il tourna la tête dans sa direction.

-David… Vous disiez tout à l'heure que vous aviez l'habitude de ce genre de situation… Que vouliez-vous dire par là ?

-On s'est souvent retrouvés face à la mort, tous les deux. Mais aujourd'hui, c'est… Différant…

-En quoi ?

-Je l'ignore.

Un craquement, plus léger cette fois, fit sursauter Dean. Son frère et Tori étaient quelque part là-dedans. En vie, d'après Bobby. Oui, mais… Pour combien de temps ? L'oxygène devait leur manquer, alors…

Il chassa rapidement cette pensée de son esprit. Il s'imaginait souvent le pire, mais… Aujourd'hui, il ne pouvait pas.

« Sammy… »

. . . . . . . .

Elle émergea doucement, en ressentant une forte douleur à la jambe gauche. Une jeune femme lui posa la main sur le fond, tout en lui disant d'un ton apaisant

-Tout va bien, reste calme. Je suis Alexis.

-… Gwen…

-Gwen, un des os de ta jambe est touché mais ça va aller, d'accord ? Tu ne risques plus rien, ici, tu es à l'abri.

Elle laissa sa tête retomber sur l'oreiller et ferma les yeux. De violentes images d'incendies, ainsi que des souvenirs datant d'il y a moins d'une heure se glissèrent à travers ses paupières. La voix de le jeune femme rousse parvint à ses oreilles, et elle finit par se calmer.

-Comment va-t-elle, demanda Lanie en entrant dans le véhicule.

-Ça va. Elle est un peu perturbée par ce qu'il vient de se passer, mais elle a besoin d'un peu de repos, je crois, répondit Alexis.

-Tu as finalement trouvé ta place, ici. Tu étais déterminée à apporter ton aide, et tu as réussi, reprit Lanie en souriant.

. . . . . . . .

Les flammes diminuaient peu à peu. Elles étaient à peu près maîtrisées, d'après le chef des pompiers. Dean avait quitté l'ambulance et se trouvait à présent debout sur l'herbe, bras croisés, et regardant sans expression visible sur son visage les quelques débris qui achevaient de se consumer. Katherine se tenait à côté de lui, bras croisés également.

« Ca va aller » se répétait-elle pour elle-même.

L'épaisse fumée ne se dissipait pas, cependant. Elle obstruait une grande partie du paysage. Puis, quelque chose sembla se déplacer à travers elle. Quelque chose qui provenait de l'arrière de la maison. Quelque chose ou…

Dean et Beckett se mirent à courir dans cette direction, d'une traite. Ils ne s'arrêtèrent qu'une fois arrivés.

Kate ouvrit la bouche pour parler, mais aucun son n'en sortit.

Dean resta figé quelque instants sur place.

Castle, Ryan et Esposito les rejoignirent en courant.

Des regards s'échangèrent, les paroles furent absentes. Le temps était comme arrêté, pour eux.

Et il y avait de quoi.