Jean était préoccupé. La mission était accomplie, ce qui signifiait qu'ils allaient pouvoir regagner Central. Mais aussi qu'il allait quitter Samantha. Rien que l'idée l'attristait grandement. Il devait lui dire qu'il l'aimait, mais comment ? Lui qui avait tellement pris de râteaux dans sa vie, si jamais elle le rejetait ce serait la fin des cigarettes. Le soldat blond se rendait bien compte que ce qu'il éprouvait pour elle était bien plus intense que ses béguins habituels. D'où le fait qu'il aie terriblement peur d'un rejet. Jean soupira, les yeux rivés sur le ciel. Il s'était installé sur la terrasse, allongé sur une chaise longue. Kain était assis juste à côté.
" Qu'est-ce que tu nous ramène ?" demanda ce dernier.
Jean lui jeta un oeil, puis releva la tête. Samantha venait d'arriver, et elle tenait un chaton tout mignon dans les bras.
" Je l'ai trouvé dans le jardin. L'est mignon hein ?" répondit la brune en caressant le petit animal.
" Fais voir." répondit Kain.
Sa soeur lui donna le chaton, qui miaulait comme pour sommer les humains de lui dire où il se trouvait. Kain semblait ravi de la trouvaille de sa soeur.
" Elle est bien comme lui tiens." songea Jean avec un sourire.
" Il doit avoir faim." dit le sergent.
" Je vais demander à Banehallow si on peut lui donner un peu de lait." dit Samantha.
Le sergent reposa le chat par terre. Ce dernier explora la terrasse. Il arriva près de la chaise longue, et parvint laborieusement à grimper dessus. Il examina Jean un instant, puis grimpa sur sa jambe et avança en direction de la tête. Le soldat sourit, et avança une main pour le caresser. Le chaton se baissa, d'abord craintif, puis continua son exploration. Havoc attrapa une cigarette. Alors qu'il la faisait rouler entre ses lèvres, il sentit le chaton marcher vivement en direction de sa tête. Il donna un coup de patte dans la cigarette, l'envoyant rouler par terre.
" Hé ho ! Ma clope !" s'exclama Jean en se redressant.
" Ahahaha ! Ca c'est pour vous dire d'arrêter de fumer !" fit Kain.
Le chaton s'élança après la cigarette. Jean tenta de l'attraper, mais le chat lui filait entre les doigts comme une savonnette.
" Veux-tu bien me rendre ma cigarette animal !" s'exclama le militaire.
" On dirait qu'il veut vous dire que c'est mauvais pour la santé." continua le sergent.
" Et il a bien raison." intervint Samantha en soulevant le petit chat.
Jean reprit son bien, et souffla dessus pour la nettoyer.
" Vous n'aimez pas les fumeurs ?" interrogea Jean l'air de rien.
" Pas trop non."
Kain lança un regard compatissant à son collègue qui grimaçait. Samantha servit une coupelle de lait au petit chat, qui s'empressa de laper. Jean lui, décida de ranger sa cigarette pour le moment. Il se remit sur sa chaise longue.
" Pour quand est ta conférence au fait ?" demanda Kain.
" Cet après-midi en principe."
" Vous allez à une conférence ?" demanda Jean.
" Oui, je l'ai vue sur le journal et le sujet m'intéresse. Ce sera sur l'archéologie bien sûr, et l'histoire de ce pays." répondit Samantha en replaçant une mèche de cheveux.
Le chaton revint sur le ventre d'Havoc. Le vent agita les mèches blondes, ce qui eut l'air de l'amuser vu qu'il se précipita pour jouer avec.
" Il vous aime bien on dirait." sourit Samantha.
" Oui ... j'aime moins qu'il me marche sur la figure." répondit le soldat en écartant le chat.
Mais ce dernier revint à l'attaque aussi sec, et lui appliqua ses deux pattes sur un oeil.
" !! "
Kain et sa soeur éclatèrent de rire. Jean fusilla le chat du regard, et décida de le reposer par terre. Il se frotta un peu l'oeil gauche, qui avait reçu les pattes du fauve. Havoc sortit ensuite son paquet de cigarettes. Le chat lui, était revenu sur la chaise. Quand il vit la cigarette au bec du blond, il se jeta littéralement dessus.
" Mais c'est pas possible ! Tu va me fiche la paix oui !" s'exclama-t-il pendant que le chaton jouait avec.
" Savez, le tabac c'est mauvais pour la santé. La preuve." dit Samantha.
" Aïeuh !" s'écria Jean.
Il avait essayé de reprendre sa cigarette, et le chat lui avait aggrippé la main avec ses petites griffes. Finalement il parvint à la reprendre, mais maintenant que le minet y avait planté les dents, elle était ... infumable on va dire. Le chaton lui adressa un regard innocent en réponse au noir que lui envoyait l'homme. Kain et Sam étaient hilares.
" Essayez de le caresser un peu, si ça lui plaît il finira bien par s'endormir." préconisa Kain.
" Quoi ? Il vient d'attenter à la vie de mes clopes et il faut que je le félicite ?" répondit Jean.
" Bon je vais le faire. Il n'a pas l'air décidé à bouger de votre ventre." dit Samantha.
Elle vint s'agenouiller près de lui. Le chaton se tourna vers elle, et elle commença par lui caresser la tête.
" Il en a de la chance lui ! Si elle pouvait me faire pareil." pensa Jean en allumant sa cigarette.
Le petit animal se mit à ronronner, et planta ses ongles dans le t-shirt du blond. Samantha les enleva, mais il se mit à pétrir dans tous les sens pour finir par s'allonger, au grand soulagement de son matelas.
" Pfffff !" soupira Jean.
Samantha lui sourit, et s'adossa à la chaise. Jean eut du mal à ne pas passer sa main dans sa chevelure, apparemment soyeuse. Il songea également qu'il aurait bien aimé que ce soit elle qui soit sur son ventre plutôt que ce féroce tueur de cigarettes. Mais bon, elle était tout près ce qui n'était déjà pas si mal. Un silence paisible s'installa. L'odeur du tabac finit par incommoder la jeune femme, de même que le chaton qui s'éveilla.
" Allez vas-y ! Attaque la cigarette !" lui dit Samantha.
" S'il veut se cramer les moustaches, qu'il y aille en effet." répondit tranquillement Jean.
Samantha préféra l'en éloigner et le posa par terre, avant de s'éloigner elle-même en grimaçant. Ils entendirent soudain des miaulements insistant provenants du jardin, auxquels le chaton répondit.
" C'est sûrement sa mère." dit Kain.
" Dans ce cas, il faut le lui rendre." ajouta sa soeur.
Elle attrapa le chaton, et sauta par-dessus de balcon, à la surprise des garçons qui se précipitèrent pour voir si elle ne s'était pas blessée. Samantha relâcha le chaton, qui accourut vers sa mère. La brune les regarda fêter leur retrouvailles, accroupie sur le sol. Les animaux s'éloignèrent. La chasseuse de reliques grimpa ensuite à un petit sapin à côté, et revint sur la terrasse.
" Dis donc toi ! Ca va bien de sauter comme ça du balcon ?" demanda son frère.
" Ben quoi ? C'est pas haut." répondit Samantha.
" Vous auriez pu vous blesser." ajouta Jean l'air mécontent.
Samantha esquissa un fin sourire. Il s'inquiétait pour elle on dirait. La jeune femme rapporta la coupelle et la bouteille de lait à la cuisine. Lyle annonça que le repas était prêt. Elle alla chercher les militaires, et ils se rendirent à la salle à manger.
" Alor M. Banehallow, comment avez-vous trouvé votre première chasse aux reliques ?" demanda Samantha.
" Epuisante et terrifiante, mais ça reste malgré tout passionnant. A ce propos, que diriez-vous de devenir ma chasseuse de reliques attitrée ? Je pourrais avoir des pièces tout à fait exceptionnelles grâce à vous." dit-il.
" Navrée, mais je ne peux accepter. Même si de temps à autre j'accède aux demande de certaines personnes, je reste l'employée du musée Dooley." répondit Samantha.
" Hmm, c'est dommage."
" Mais si vous avez besoin de moi, vous savez où me trouver." reprit-elle.
" Je n'y manquerais pas." sourit le collectioneur.
Un peu plus tard dans l'après-midi, Samantha alla se changer pour assister à sa conférence. L'organisateur l'aperçut et vint aussitôt à sa rencontre.
" Excusez-moi mademoiselle, vous ne seriez pas Samantha Fuery ?" demanda-t-il.
" Si si."
" C'est vraiment un honneur pour nous de vous avoir dans l'assistance, une spécialiste comme vous." dit-il en lui faisant un baise-main.
Sam sourit, et alla prendre place dans l'amphithéâtre. Les lumières s'éteignirent, et la conférence débuta.
Pendant ce temps-là, Roy arriva chez Banehallow, et demanda à voir ses subordonnés.
" Je viens vous avertir que nous partons ce soir, nous avons un train à cinq heures." dit-il.
" Très bien." répondit Kain.
" Hé ! Comment on va prévenir ta soeur ?" demanda Havoc.
" Oh, en fait elle ne rentre pas tout de suite. Elle m'a dit avoir quelques petites choses à visiter." répondit le sergent.
L'expression inquiète puis chagrinée qui passa sur le visage du sous-lieutenant n'échappa pas à ses collègues. Qui ne furent pas longs à en comprendre la raison.
" C'est pas vrai ! Tu ne lui as rien dit ?" fit Mustang.
" A propos de quoi ?" s'étonna Jean.
" De la pluie et du beau temps ! A propos de tes sentiments pour elle, idiot."
Jean haussa les sourcils de surprise. Il n'aurait jamais cru entendre ça venant de son supérieur, sachant qu'il avait des vues sur la même fille que lui.
" Que ... vous abandonnez ?" demanda-t-il.
" Je te la laisse en effet. J'ai bien compris que tu l'aimais vraiment celle-là, et que tu étais prêt à aller très loin. J'aime la compétition, mais je tiens plus à mes subordonnés." répondit Roy avec un sourire en coin.
Jean sourit, rassuré par cette nouvelle. Seulement maintenant, il fallait que la principale intéressée soit au courant.
" Je ... je n'ose pas lui dire. Si jamais elle me rejette." avoua-t-il en baissant les yeux.
" D'après ce que j'ai cru entendre elle te trouve à son goût." intervint Kain.
" C'est vrai ?"
" Hm-hm."
" Alors qu'est-ce que t'attends ?" demanda Roy.
" Mais je ne sais pas où elle est ! Elle est partie assister à une conférence sur je-ne-sais-quoi !"
" On va demander à Banehallow! il doit bien savoir lui." dit Kain.
Jean le suivit. Roy de son côté, annonça qu'il les attendrait à la gare, et qu'ils le tiennent au courant. Mais le collectionneur ne savait rien, il ne venait ici que périodiquement, et ne connaissait que les salles de ventes aux enchères.
" Il doit bien y avoir un amphithéâtre ! Vous avez une carte ?" interrogea Kain.
" Oui par là."
Il leur donna ce qu'il cherchait. Jean et Kain repérèrent différents endroits où la conférence pouvait avoir lieu. Il ne leur restait plus qu'à s'y rendre. Seulement, ce ne fut pas aussi simple que ça en avait l'air. Ils ne connaissaient pas la ville, et il y avait au moins une dizaine d'amphithéâtres de toutes tailles. Trouver le bon à temps allait être coton. Jean prit le volant, pendant que Kain lisait la carte.
La conférence dura une heure et demie. Samantha en sortie satisfaite, et décida d'aller se balader dans le centre. Elle arriva devant un temple, et y entra. La décoration était superbe, avec des peintures éclatantes et des statues en or. Elle s'assit dans un coin et observa les fidèles prier, une baguette d'encens entre les mains.
" Ce qu'on se sent bien ici. C'est vraiment calme." pensa-t-elle.
Elle ne se doutait pas une seule seconde que son frère et son collègue écumaient la ville pour la trouver. Ils avaient fait trois amphis sans résultat, et l'heure de départ se rapprochait de plus en plus. Ils arrivèrent devant un quatrième.
" Regarde ! L'affiche là, c'est ici !" s'exclama Kain.
Vite ils entrèrent. Jean avisa un homme, et courut vers lui.
" Excusez-moi ! Est-ce que vous savez si la conférence est terminée ?" questionna-t-il.
" Oui, depuis un bon moment."
" Oh non !"
" Ca veut dire qu'elle doit être rentrée. Viens on y va qu'il nous reste pas beaucoup de temps." dit Kain.
Jean remercia l'homme, et repartit en vitesse. Ils espéraient qu'il ne serait pas trop tard en arrivant, et surtout ... que Samantha partage les sentiments du sous-lieutenant. Quand il vit la grille du domaine, le soldat sentit son adrénaline monter de plusieurs crans. Kain appela sa soeur. Pas de réponse. Tous deux cherchèrent dans toute la maison.
" Elle n'est pas là." fit le sergent en le retrouvant.
" Poourquoi ne suis-je pas surpris ? J'ai jamais de pot avec les femmes. Y'a plus qu'à attendre qu'elle rentre." soupira Jean.
" Sauf qu'on ne peut pas." objecta Kain.
Son collègue l'interrogea du regard. Pour toute réponse, le brun désigna l'horloge : ils devaient se rendre à la gare dès maintenant.
" Non on ne peut pas ! Je ... il faut que ... je dois ..." dit-il.
" Chuis désolé. Mais il est l'heure. Et ne t'en fais pas, ma soeur habite à Central, tu pourra la revoir là-bas."
" Mais ... mais ..."
Il soupira, et ses épaules s'affaissèrent.
" Tu ... tu as raison je crois. Je ... pourrais sûrement la revoir là-bas."
Il dissimula tant bien que mal son chagrin, et attrapa son sac. Il eut soudain très envie de s'éloigner. Kain griffona un mot pour sa soeur, puis rejoignit son collègue. Ils se rendirent à la gare. En découvrant la mine de son subordonné, Roy comprit qu'il n'avait pas eu ce qu'il voulait.
" Elle a dit non ?" demanda-t-il à Kain.
" En fait on ne l' pas trouvée à temps. Donc il ne lui a rien dit." expliqua le sergent.
" Oh."
Jean s'installa à la fenêtre, et y appuya le front. Jamais il n'avait ressenti une telle tristesse. C'était presque pire que de s'être fait plaquer. Ne rien savoir ... il tenta de se remonter le moral en se disant qu'il la reverrait à Central. Mais ça lui paraissait horriblement loin.
