La suite.

IACB.


Trois choses caractérisaient parfaitement le personnage de Bellatrix Lestrange.

1- Son incommensurable talent en danse (à seulement vingt ans, elle avait reçu près d'une vingtaine de prix et de trophées. A vingt trois ans, elle avait déjà acquit une renommée mondiale.)

2- Son égo surdimensionné.

3- Et, bien sûr, sa folie.

C'était ce dernier trait de personnalité qui avait été mis en avant pour cette soirée – ou, plutôt, folie des grandeurs. Aussi avait-elle modestement choisi le luxueux et somptueux palace du Square Grimmaurd pour donner son cocktail d'adieu, une semaine avant son départ en tournée avec la troupe de l'Opéra de Paris. Les lustres en cristal étincelaient d'un tel éclat qu'ils auraient put rendre la vue à un aveugle. Le marbre que foulait du pied chaque invité avait été importé d'Italie. Lorsque l'on humait l'air de la salle, on pouvait sentit un mélange de Chanel N°5, de toast au caviar et de champagne Crystal – l'odeur de la richesse. Les femmes étaient habillées avec élégance, arborant de longues robes sophistiquées et coûteuses, leurs cheveux ramenés en de chignons délicats arrosés de brillantine. Les escortaient une gent masculine très distinguée en costume noir trois pièces queue de pie et nœud papillon blanc, l'air crispé et sérieux. Et Bellatrix, dans tout cela, sillonnait la salle d'un bout à l'autre, tout sourire, un verre à la main, fidèle à elle même. Très fidèle à elle-même. Son habillement constituait en une très longue robe gothique médiévale en velours noire, un corset lui compressant exagérément la poitrine. Un diadème frontal sortait de sa chevelure bombée et lui barrait le milieu du front, un diamant étincelant placé au milieu de la chaîne. Ses ongles devaient être longs d'au moins deux bons centimètres et étaient peints en rouge bordeaux, un motif floral en henné lui parcourant tout le bras pour terminer jusqu'à la naissance de chacun de ses ongles.

« Un Pur Feu s'il vous plaît. »

Pansy se retourna. Ses longs cheveux autrefois brun chocolat étaient depuis peu devenus noir jais et avaient radicalement été coupés au carré. Ils tourbillonnèrent en synchronisation avec le mouvement de sa tête, chatouillant au passage ses joues creusées. Elle portait une robe bain de nuit noire toute simple et courte mariée à des Louboutin cloutés, une pochette en écaille noire reposant sagement sur ses genoux.

A côté d'elle, Hayden Lewis lui offrit un sourire exagéré en prenant la commande que lui tendait le barman. Pansy lui adressa un rictus pouvant plus s'apparenter à une grimace ou à une contorsion de la bouche, puis plongea sur son whisky pur malt pour éviter toute discussion. Hélas, c'était mal connaître Hayden...

« Eh bien, on ne te vois plus ces derniers temps ma chère. Je désespérais de t'apercevoir un jour encore avant la fin de l'année ! » s'exclama-t-elle en jouant avec le touilleur de son verre où étaient gravés les initiales de Bellatrix Lestrange.

Pansy répondit en haussant les sourcils et en secouant la tête, son verre toujours vissé à ses lèvres. Elle ne voulait vraiment pas entamer une conversation. Encore moins avec Hayden Lewis. Journaliste à La Gazette Classique, langue de vipère, hypocrite et vicieuse, constamment à la recherche de potins juteux qu'elle pourrait glisser dans un de ses articles, il fallait toujours tourner dix-sept fois sa langue dans sa bouche en sa présence pour être sûr de ne pas se retrouver en première de couverture le lendemain.

D'autant plus que Pansy savait très bien la raison de la venue de Hayden. Elle ne venait jamais vers une personne pour parler chiffons et elle ne parlait jamais à quelqu'un au hasard. Et la raison pour laquelle Hayden était justement venue s'installer à côté d'elle, Pansy ne voulait plus JAMAIS en entendre parler.

« J'ai entendu dire que vous annuliez votre projet de ballet...comment s'appelait-t-il déjà ? »

Pansy rentrait ses ongles dans le cuir de son tabouret pour canaliser sa colère. Hayden fronça des sourcils, l'index de sa main tenant son verre de whisky levé en l'air, essayant de se rappeler du nom du projet avorté.

« Le...ballet de la Seconde...Non...Ah ! 'Le Ballet de la Dernière Heure', c'est bien ça ? »

Pansy porta son verre de malt à ses lèvres, ignorant royalement la question de la journaliste, ses ongles plantés si profondément dans sa chaise qu'ils en touchaient le fer.

« Je conçois que cela a dut être un véritable coup dur pour vous, j'avais senti lors de la conférence de presse que vous aviez donné avant de partir pour Moscou, que vous teniez vraiment à cœur ce ballet. » continua Hayden d'un ton doucereux tout en planquant son inséparable magnétophone sous la table du bar si jamais Pansy venait à ouvrir la bouche.

Pansy gardait toujours les yeux fixés droits devant elle, extérieurement impassible, intérieurement bouillante.

« Et sinon... »

Hayden s'approcha un peu plus de la chorégraphe, ses cheveux blonds chatouillant l'épaule nue de Pansy.

« ...toujours pas de nouvelles de Malfoy ? »

Pansy lâcha son verre de whisky qui vint se briser en mille morceaux sur le sol, répandant une large flaque d'alcool tout autour. Elle porta ses mains tremblante à sa nuque et baissa lentement la tête, comme prête à exploser. Hayden, sentant le gros coup venir, ne put retenir un rictus gourmand. Elle voyait déjà le gros titre : « Pansy Parkinson devient folle lors du cocktail d'adieu de Bellatrix Lestrange ». Ou bien : « Enfin ! Pansy Parkinson nous révèle les vraies raisons de l'annulation du 'Ballet de la Dernière Heure' ». Et puis non. Pas assez attractif, pas assez commercial. Peut-être : « Les révélations d'unePansy Parkinson soûle au cocktail de Bellatrix Lestrange ». Ça c'était parfait. Tout était dit, quitte à exagérer un peu, mais tout était là.

« Un autre Pur Malt pour mademoiselle, s'il vous plaît. » commanda-t-elle au serveur puis, lorsqu'il fut parti : « J'ai entendu dire que le chorégraphe t'as planté du jour au lendemain à Moscou il y a plus d'un mois de cela et que, depuis, plus personne n'a de nouvelles de lui. »

Pansy se massa le front, les yeux fermés.

« Je...n'ai vraiment mais alors vraiment pas envie de parler de ça maintenant Hayden. S'il te plaît. »

« Je comprends. » mentit cette-dernière. « C'est sûr qu'après autant d'investissements, autant de dépenses, autant d'engagements et autant d'espoirs, se faire lâcher à la dernière minute par son plus proche collaborateur et se retrouver toute seule à faire face aux douloureuses conséquences...c'est tout de même quelque chose. »

« C'est ça. »

Le serveur posa le verre de la commande juste devant Pansy qui se jeta immédiatement dessus.

Elle ne savait plus, à présent, ce qu'elle était venue faire ici. Sincèrement. Cela faisait quarante cinq jours qu'elle était sans nouvelles de Draco, quarante-cinq jours qu'elle carburait aux antidépresseur, quarante-cinq jours qu'elle tournait en rond dans son appartement à la recherche de solutions miracles pouvant relancer la pièce afin d'être, un jour peut-être, reprise au sérieux dans le monde classique. Quarante-cinq jours qu'elle ne mangeait presque plus. Quarante-cinq jours qu'elle ignorait les questions vicieuses des journalistes. Quarante-cinq jours qu'elle appelait sur le portable de Malfoy pour tomber sur son répondeur. Quarante-cinq jours de misère.

Et Dieu seul savait pourquoi elle avait répondu à l'invitation de Bellatrix.

« En tout cas, si tu as besoin de parler, tu sais que je suis là... »

« Pour me retrouver en première page de La Gazette Classique ? Non merci, je préfère encore parler à un mur. »

Hayden se trémoussait d'impatience sur son siège, son magnétophone toujours sous le bar.

« P-pardon ? » s'offusqua-t-elle d'une façon si vraisemblable qu'elle aurait put gagner un Oscar. « Mais je ne faisait que te proposer de l'aide ! Ecoute : je sais très bien ce que tu traverse... »

« Haha. »

Pansy porta son verre à ses lèvres puis le reposa avec bruit.

« Tu serais capable de vendre père et mère pour obtenir un foutu scoop. »

« Pansy... »

« Tu veux savoir quoi au juste ? Pourquoi ce projet a capoté ? Eh ben je vais te le dire. Parce que Monsieur a trouvé bon – après avoir littéralement détruit l'un des pianos de la salle de répétition de Durmstrang – de me planter en plein milieu du projet et de disparaître dans la nature sans laisser de nouvelle parce qu'il n'arrivait pas à trouver un premier rôle féminin. Voilà un énième caprice de Mr Malfoy. Et tu veux savoir la meilleure ? 15 000 Gallions. Voici la somme que l'on doit à nos investisseurs parce que Monsieur a voulu, comme d'habitude, voir les choses en grand avant même d'avoir commencé le casting. Et maintenant que Monsieur est quelque part sur notre petite planète Terre, QUI doit payer tout ça ? Allez, devine. »

« ...Toi ? »

Pansy eut un très large sourire.

« Lou-pé ! C'est à ma boîte entière d'en payer les frais. Et tu veux savoir ce qu'il y a de plus merveilleux dans tout ça Hayden ? Hein ? C'est que, aux yeux de tous, je n'ai plus aucune crédibilité. Je ne suis qu'une pauvre chorégraphe criblée de dettes et tentant comme elle peut de maintenir son entreprise à flot. Quant à Draco ! Ah, Draco Malfoy. Lui, comme toujours, retombera sur ses pattes. Cela renforcera son image de personnage mythique, mystérieux et lunatique. Monsieur pourrait planter sa future épouse à l'église le jour de leur mariage, on l'encenserait. Et moi dans tout ça... »

Pansy fit un geste pour signifier qu'on l'envoyait dans les oubliettes puis se rua sur le fond de whisky qu'il restait dans son verre. Hayden, assise à côté d'elle, se faisait presque pipi dessus tant elle était heureuse.

« Ce qu'il y a de pathétique » continua Pansy, les yeux vagues, la voix cassée. « C'est qu'il reviendra, je n'en doute pas une seule seconde, et que je lui pardonnerais tout jusqu'à la dernière petite crasse. Même si ma boîte coule, même si je me retrouve à entraîner de vulgaires gamins dans un conservatoire miteux de East London, même si j'en serais à me prostituer pour arrondir mes fins de mois...eh bien je lui pardonnerais toujours. Et tu sais pourquoi ? »

Hayden hocha négativement de la tête, captivée. Pansy descendit alors du tabouret et se mit maladroitement sur ses pieds tout en se tenant au bar.

« Parce que c'est Draco Malfoy. » fit-elle avec un sourire triste.

Hayden regarda la chorégraphe tenter de se frayer un passage vers la porte d'entrée de la salle de cocktail, aux anges. Elle appuya sur « Stop » et rembobina tout l'enregistrement pour écouter quelques séquences.

« Mince..! » souffla-t-elle tandis que la voix de Pansy à son oreille déplorait le fait que la réputation de Draco n'aurait aucune séquelle contrairement à la sienne. « Mince ! »

Hayden rangea précieusement son magnétophone dans son sac à main tout en suivant des yeux Pansy qui contournait une jeune fille brune dont la robe noire dos nu révélait un large tatouage vulgaire représentant une rose rouge. Elle caressa l'emplacement de l'appareil à travers le tissu avec un sourire rêveur. Ce qu'elle avait là était une mine d'or.

Une véritable petite mine d'or pour sa carrière.


« Où...où est Draco ? »

C'était la question qui brûlait les lèvres d'Hermione depuis plus d'une semaine et demi. Deux semaines que le chorégraphe se faisait remplacer par sa collègue, Pansy Parkinson. Malgré le discours qu'avait tenu celle-ci lors de leur tout premier cours ensemble – comme quoi elle était l'alter égo féminin du chorégraphe – Hermione ne pouvait s'empêcher de remarquer quelques différences caractérielles et méthodiques entre eux deux. Tout d'abord, Pansy n'était pas perfectionniste à l'extrême comme l'était Draco. Elle était certes pointilleuse par moment, mais pas autant que son homologue. Certaines fois, Hermione en était presque à regretter les fois où le chorégraphe leur faisait répéter indéfiniment une scène, à Blaise et elle, jusqu'à ce que le rendu soit correct à ses yeux. Ensuite, Pansy ne prenait pas le temps de briefer sur chaque scène comme le faisait Draco. Contrairement à ce-dernier qui leur expliquait, au début de chaque nouveaux thèmes ou séquences, quelles étaient les attitudes, les postures et les émotions à faire transparaître, Pansy leur ordonnait tout simplement d'y aller sur le tas puis se contentait de leur hurlait ensuite dessus lorsque cela ne lui convenait pas.

Et enfin, Pansy la détestait.

La haïssait même. Et cela crevait les yeux. Chaque fois que Hermione lui demandait quelque chose, elle avait toujours droit à une réponse extrêmement glaciale de la part de la jeune chorégraphe. De même lorsque Pansy la dévisageait – c'est à dire tout le temps – ses yeux vert étaient particulièrement froids, sévères et dénués de toute sympathie à son égard. Hermione ne savait jamais ce qu'elle faisait pour mériter autant de haine et de rejet de la part des autres. Surtout venant de Pansy. Cette même Pansy qui l'avait en parti sauvée lors de la deuxième session de casting pour le ballet. Hermione ne comprenait tout simplement pas.

Pansy releva la tête au ralentis. Elle était encore assise sur sa chaise et fouillait dans son sac en cuir marron Gérard Darel, ses longues jambes croisées entre elles sous la table. Les élèves encore dans la salle étaient en pleine effervescence à cause de la nouvelle que venait d'annoncer la jeune femme. Étant en déplacement d'affaire à Dublin et Malfoy étant toujours absent, le cours n'aurait pas lieux le lendemain pour toute la troupe et chacun pouvait donc vaquer à ses occupations. Il était vingt heures passée et, tout en quittant la salle, les ballerines retardataires faisaient déjà leur programme pour la soirée ainsi que pour le lendemain.

« Draco » releva avec ironie Pansy en haussant des sourcils.

Elle croisa les bras sur son gilet en cachemire gris, ses lèvres fines remontant lentement en un rictus narquois. Ses yeux brillaient du même éclat vif que ses boucles d'oreilles en émeraude. Hermione, quant à elle, massacrait la hanse de son sac de danse à coups d'ongles nerveux. Ses mains étaient moites.

« Je veux dire, où est le chorégraphe Malfoy ? » se corrigea-t-elle en essayant de ne pas bafouiller bêtement.

Pansy resta un long moment à la regarder, jouant pensivement de ses doigts avec le cordon de son gilet, puis elle se décida enfin à répondre :

« Draco est...indisposé ces derniers temps. Il ne peux pas assurer ses cours. Pourquoi ? Il te manque ? » demanda-t-elle, son sourire moqueur s'élargissant sur son visage.

Hermione piqua un violent fard tandis que des copeaux de cuir noir provenant de la hanse e son sac tombaient sur le sol, déchiqueté par les ongles de la jeune fille.

« N-n-non, je v-voulais juste savoir s... »

« Il n'y a pas de mal, tu sais ? C'est vrai que lorsque Draco est absent quelque part, il laisse toujours un vide. »

« Ok, j-je...merci,...enfin, je pense que je vais maintenant y aller... » bégaya Hermione qui reculait déjà vers la porte.

Pansy se leva alors et tendit son index manucuré en l'air.

« Attends ! Pendant que je t'ai, reste cinq petites minutes, j'aimerais discuter un peu avec toi. »

Hermione déglutit tout en montrant la porte entrouverte.

« C'est que ma mère m'attend et je dois... »

« Cinq minutes. » siffla Pansy d'un ton sans appel, les sourcils froncés. « Ferme la porte. »

Hermione hocha lentement la tête puis alla fermer la porte de la salle de répétition à présent vide avant de retourner sur ses pas, craignant le pire. Elle se gratta nerveusement la nuque derrière sa masse de boucle brune tandis que Pansy lui faisait signe de s'assoir juste devant elle avec un sourire doucereux. Une fois installée en face de la chorégraphe, cette-dernière s'assit à son tour.

« Hermione Granger..! » soupira-t-elle en croisant à nouveau des jambes, un sourire en coin aux lèvres. « Le nouveau petit prodige de Draco Malfoy. Tu le sais ça, que tu es le petit prodige de Draco ? » lui demanda-t-elle.

« ...Je... »

« C'était une affirmation. »

« ...Ah. »

Pansy se redressa vers la table puis noua ses mains entre elles, ses yeux ancrés dans ceux de la jeune ballerine mortifiée.

« Comment...te sens-tu depuis le début des répétitions ? »

Hermione cligna plusieurs fois des yeux, incrédules, répétant dans tout les sens cette phrase pour y détecter un quelconque piège.

« Eh bien...ça va. »

« C'est à dire 'ça va' ? »

« Je vais bien. Je me sens bien. »

« Tu en es sûre ? »

Hermione fronça des sourcils, pas très sûre de comprendre où voulait en venir Pansy.

« En es-tu sûre ? » répéta cette-dernière.

« Oui, bien sûr ! »

« Bien. »

Pansy se ré-adossa à sa chaise sans quitter la ballerine des yeux. L'air moqueur avait laissé place à une expression soucieuse sur le visage de la chorégraphe.

« Hermione, tu es talentueuse. » dit-elle alors, mais il y avait comme un accent de regret dans le ton qu'elle avait pris. « Draco ne s'est pas trompé en décidant de te prendre dès le début. »

Hermione sursauta presque sur sa chaise.

« Dès le début ? » répéta-t-elle. « Mais... »

« Draco est un amateur de mise en scène. Il savait depuis le début, depuis l'instant où il t'a entrevu derrière le hublot, que tu serais celle qui porterais sa pièce. Il ne te l'a jamais dit ? »

« Jamais. » souffla Hermione, totalement abasourdie.

« Eh bien tu le sais. Draco sait toujours exactement ce qu'il fait et ce qu'il veux faire. »

« J'ai eu l'occasion de le découvrir. »

« Il est très méthodique, très adroit et surtout, très malin. Pour obtenir ce qu'il veux, il est prêt à tout. Absolument tout. Mais au final, c'est lui qui a toujours raison. »

Hermione hocha lentement la tête, ne voyant toujours pas où toute cette conversation menait.

« Mais...mais pourquoi est-ce que vous me dites ça ? »

« Parce que je te le dis. » répondit avec évidence Pansy. « Et parce qu'il faut te le dire. »

Sur ce, elle se leva et enfila sa veste trench noire posée sur le piano. Hermione se leva à son tour maladroitement, ne sachant pas s'il fallait qu'elle sorte maintenant où si Pansy avait encore quelque chose à lui dire.

« En tout cas, Hermione, prends soin de toi. » lui conseilla-t-elle en secouant la tête avec gravité. « Et, surtout : ai le contrôle sur toutes les situations qui t'arrivent. Celle-ci en particulier. »

Sur ces paroles étranges, elle se dirigea vers la porte de la salle tel un top model défilant sur un catwalk, tout en perchant ses lunettes de soleil sur son nez. Hermione sortit à son tour. Blaise était adossé près du rideau en velours rouge et était occupé à pianoter sur son téléphone, un écouteur dans les oreilles. Dès lors qu'elle apparut, il releva la tête en souriant. Blaise était beau. La peau ébène, les yeux en amande marron très clair, la figure carrée, les traits fins, il était l'un des plus beaux danseurs de l'Académie de POUDLARD. Il avait déjà raconté à Hermione que lorsqu'il n'avait que six ans, ses parents avaient hésité entre l'inscrire dans une agence de mannequinat et une école de danse. Toujours était que lorsque Hermione le vit près de la porte, elle réalisa que l'hésitation des parents Zabini au sujet de l'avenir artistique de leur fils était tout à fait compréhensible.

« Je t'attendais. » fit-il en souriant tout en remontant le rideau pour elle.

Hermione passa et attendit que son partenaire passe à son tour puis tout deux se mirent en route vers la sortie de l'Académie.

« Qu'est-ce que tu as prévu de faire pour ce soir ? » demanda Blaise en lui tenant cette fois-ci la gigantesque porte d'entrée en verre fumé.

Hermione haussa des épaules. Le soleil tardait à se coucher et l'air était bon. Elle se dit qu'avec un peu de chance, s'il faisait encore un peu jour lorsqu'elle arriverait chez elle, elle pourrait faire un petit footing.

« Je ne sais pas encore. Peut-être me caller dans mon lit et regarder un bon film. » mentit-elle sans trop en connaître la raison. « Toi ? » demanda-t-elle poliment tandis que les deux ballerines descendaient les marches en pierre de l'entrée.

« On a prévu de sortir au Chaudron Baveur avec une dizaine de personne de la troupe, pour une fois qu'on a quartier libre ! Heather connait du monde là-bas, ils pourront nous laisser entrer sans payer. »

Hermione hocha la tête, essayant de mettre une image sur le prénom de Heather.

« C'est la petite rousse aux yeux verts de second rôle. » l'aida Blaise comme s'il lisait dans ses pensées.

Hermione eut un sourire coupable tandis que son coéquipier riait.

« Tu vois ? Tu ne connais même pas les gens de ta propre troupe ! Sors un peu, viens avec nous ce soir, tu vas bien t'amuser. »

« Je...je ne sais pas si... »

« Alleeez Hermione, franchement, entre rester affalée devant sa télé à regarder un téléfilm à l'eau de rose et profiter dignement de ce premier soir de liberté depuis presque deux mois, qu'est-ce qui est le plus tentant ? Honnêtement... »

Hermione grimaça, partagée.

« Qui est-ce que tu as dit qu'il y aurait ? »

« Une dizaine de personne, je ne sais pas tellement qui. Je sais qu'il y aura Heather, Angelina, Clare, Jonathan et Wilmer. Pour le reste, je n'en sais rien. Mais viens quand même ! Je te promet que tu ne le regretteras pas ! »

Hermione pencha sa tête sur le côté en soupirant.

« Au Chaudron Baveur, c'est ça ? »

« Sur le Chemin des Traverses. On se rejoins tous à 22h30 devant les portes. Tu viens alors ? » demanda-t-il, impatient.

Hermione roula des yeux.

« Ok, ok... »

« Aaah génial ! Parfait ! Je vais prévenir Heather qu'il y aura une personne de plus. Tu vas voir, tu ne le regretteras pas ! » dit-il en lui faisant la bise.

« C'est ça... »


Elle trouva comme d'habitude l'appartement plongé dans la pénombre en rentrant. Sa mère avait griffonné une petite note qu'elle avait laissé sur la table de la cuisine – Je suis allée faire un tour, je reviens. Mais Hermione savait qu'elle était descendue au bar d'à côté et qu'elle en reviendrait presque ivre morte. Elle brancha son iPod sur la sono du salon et l'appartement fut, quelques secondes plus tard, possédé par la voix de velours d'Adèle. En retournant dans le couloir pour aller dans sa chambre, elle remarqua qu'il clignotait « 4 messages non lus » sur la base du téléphone fixe. Appuyant sur « Play » et baissant le son des enceintes, Hermione les écouta.

« ...Mione, c'est moi...écoute, je sais que tu ne veux plus me parler mais, s'il te plaît, pardonne-moi parce...[DELETED]...Mione, c'est encore moi...Ecoute, je suis désolé sincèrement désolé, ok ? J'aurais dut me mêler de mes affaires, je sais, mais est-ce que c'est une raison pour...[DELETED] Hermione, tu vas encore m'ignorer bien longtemps ? Sache que ton attitude est vraiment puérile et que je ne...[DELETED]Ouais, Mione, c'est Ginny. Bon. Si tu pouvais juste envoyer ne serais-ce qu'un télégramme ou je sais pas pour calmer Ron parce qu'il a vraiment l'air d'un fou. Sinon, qu'est-ce que tu fais dimanche ? Ça te dirais que l'on aille au ciné ? Bisous. »

Hermione embarqua sa serviette et sa trousse de toilette puis s'enferma dans la salle de bain. L'horloge posée sur la machine à laver indiquait « 09:42 » lorsque Hermione sortit de la baignoire. Elle frictionna rapidement son corps mouillé dans sa serviette puis se posta sur la balance comme d'accoutumée. Le poids ne lui plut pas. Ou il ne lui plut qu'à moitié. Elle avait envisagé avoir perdu beaucoup plus durant la semaine et rendait l'incident du fromage blanc responsable de cette prise de 300g. Elle se dit qu'il aurait peut-être mieux fallut qu'elle aille faire un footing au lieu d'aller à cette fête mais la nuit tombait déjà alors elle décida qu'elle consacrerait toute la journée du lendemain à faire des exercices jusqu'à ce que son corps ne l'arrête. Si Draco revenait le surlendemain, il allait à coups sûrs remarquer sa prise de poids et elle serait fichue. Il remettrait à nouveau sa place en jeu et comme si les efforts qu'elle avait fait depuis tout ce temps n'avait servit à rien, elle se verrait relayée à la place de Chang et le cauchemar allait encore recommencer.

Choisir sa tenue fut une autre paire de manche. Hermione n'avait pas l'habitude d'être invitée à quoi que ce soit étant donné que ses camarades de POUDLARD passaient le plus clair de leur temps à conspirer dans son dos ou l'ignorer avec mépris. Elle ne savait donc pas bien quoi mettre. De même qu'elle n'avait jamais mis les pieds au Chaudron Baveur. Elle avait lu dans le Guardian qu'il était classé dans le Top 5 des pubs les plus branchés et les plus fréquentés par la jeune clientèle anglaise. Elle avait aussi entendu qu'en 2006, le corps d'un jeune adolescent de 16 ans mort d'overdose avait été découvert au petit matin, près de la sortie de service, ce qui avait relancé la débat sur la polémique d'un supposé trafic de drogue dans l'établissement. L'affaire avait vite été étouffée par la venue consécutive de Peaches Geldof et Kate Moss la semaine suivante, ce qui avait été une magnifique promotion pour le pub.

Hermione n'avait pas envie de passer pour n'importe quoi. Pour une fois qu'elle voyait les danseurs de la troupe en dehors du contexte de POUDLARD, elle voulait qu'ils aient une bonne image d'elle, qu'il voie enfin que la haïr n'est qu'une simple perte de temps. Elle voulait aussi montrer qu'en dehors du contexte artistique, elle était aussi une autre personne. Une humaine comme eux. Et qu'elle pouvait aussi faire preuve de sociabilité. Non ? Même si ce n'était pas tellement vrai, elle pouvait au moins le leur faire croire.

C'est pour cela qu'après plus d'une quinzaine d'essayage, un parterre jonché d'habits et une coiffeuse en vrac, Hermione trouva finalement de quoi elle allait se vêtir. C'était basique : un débardeur gris clair col U en dessous d'une veste classique en tissu noire avec un jean noir aussi et des escarpins compensés fermés de même coloris. Elle ramena ses cheveux en une queue de cheval bien centrée, souligna ses yeux marron d'un trait de khôl qu'elle renforça avec une touche maîtrisée d'eye-liner que Ginny se faisait tout le temps, s'appliqua une discrète touche d'eau de toilette puis rangea tout le nécessaire de sortie dans un petit sac avant de sortir de sa chambre chaotique.

« Je suis sortie avec des amis. De retour vers Minuit, Une heure. Il y a des pâtes et de la viande, sers-toi. » écrivit-elle à toute vitesse avant de gagner le vestibule d'entrée. Il était 22h20.

« Où est-ce que vous voulez aller ? » lui demanda le taxi-men lorsqu'elle ferma la portière à la hâte.

« Au Chaudron Baveur. Vite, s'il vous plaît, je suis en retard. » l'implora-t-elle.

Et voilà. On allait la cataloguer de diva encore. En apercevant le petit « 30 » sur l'horloge électronique du tableau de bord du conducteur, Hermione se mordit profondément la lèvre. Il fallait toujours que quelque chose foire. Toujours. Espérons que Blaise la pardonnerait...

Le Chemin des Traverse étant une voie piétonne, le taxi se gara à l'embouchure de l'Allée des Embrume et Hermione, juste après avoir payé la somme exacte, sauta hors du taxi. Aussitôt après, la voiture disparut de son sillage, la laissant seule dans la rue sombre. Serrant son sac contre sa poitrine, Hermione avança à pas pressé, le bruit de ses talons résonnant dans toute l'Allée. Tout était brumeux et il flottait une odeur de pourriture dans l'air. On pouvait percevoir quelques bribes de conversations, des rire gras, quelques cris étouffés et d'exclamations plus ou moins suspectes. Hermione continuait à avancer en frissonnant, regardant tout autour d'elle, aux aguets. Elle avait lu dans le Times que l'Allée des Embrumes était, juste après le sanguinaire pub de la Tête de Sanglier et le quartier de la Cabane Hurlante, l'une des rues les moins fréquentable de tout Londres. Aucun meurtre n'y avait été commis jusque là mais cette rue était un véritable carrefour de junkies, prostituées, marchand au noir, ivrognes et adeptes des sectes les moins recommandables.

« Eh, pssst... »

Hermione sursauta et se retourna, effrayée. La rue étant embrumée, elle ne distinguait rien d'autre qu'une silhouette informe. Elle continua sa route en pressant le pas.

« Psst, ma jolie, si tu veux du Poly, c'est par ici... » chuchota une autre voix erraillée.

Hermione entrevu dans la fumée deux yeux rouges luisants. Elle poussa un petit cri et se mit alors à courir. Elle dut bousculer deux ou trois personnes sur son passage mais ne s'arrêta pas pour autant. L'Allée des Embrumes débouchait sur le Chemin des Traverses dans une quinzaine de mètres.

« Eh, beauté, où est-ce que tu cours ? » siffla une autre voix féminine et cette fois-ci, Hermione aperçu une femme d'âge mûr vêtue en soutien gorge et porte jarretelle rouge sang, perchée sur de très hauts talons plateformes transparents, une cigarette à la bouche.

« Hey...viens ici toi... » fit une autre voix au creux de son oreille tandis que deux bras lui enserrait la taille et qu'une forte haleine de bierre venait lui chatouiller les narines.

Cette fois, Hermione hurla à pleins poumons et se débattit de toutes ses forces pour se dégager de cette étreinte étrangère puis couru comme si sa vie en dépendait jusqu'au bout de la rue. Lorsqu'elle déboucha sur le Chemin des Traverses, ce fut comme si elle venait de sortir de l'Enfer. Les lumières des poteaux électriques brillaient de mille feu, de jeunes fêtards en quête d'une boîte pour bien terminer la nuit déambulaient sur l'Avenue en riant et criant à tue-tête. Hermione progressa sur le Chemin en essayant de reprendre son souffle. Elle distingua un peu plus loin l'enseigne du Chaudron Baveur où s'alignait une queue d'au moins dix mètres. Parcourant la foule des yeux, elle ne vit ni Blaise, ni la dénommée Heather dont elle ne pouvait se rappeler que très vaguement. La mort dans l'âme, elle logea toute la file pour attendre à son tour.

« Hermione ! »

La jeune fille se retourna. Blaise venait de sortir du pub et courait à sa rencontre.

« Je suis vraiment désolée, j'ai mal géré mon temps et... »

« Il n'y a pas de problème, l'essentiel est que tu sois là. Suis-moi. »

Hermione obtempéra, se sentant tout de même gênée de dépasser toute cette file de personnes qui allait certainement encore attendre là tandis qu'elle serait depuis au moins un heure dans le pub. Blaise fit signe au videur qui les laissa passer et, à nouveau , Hermione se retrouva happée dans un autre monde.

Les premières notes de l'envoûtant et sensuel « Superman » de Santogold accueillirent la novice Hermione. Tenant son partenaire par la main, elle avançait, regardant tout autour d'elle. Elle ne tarda pas à remarquer qu'ils étaient en hauteur, sur des sortes de balconnets où se trouvaient les tables de ceux qui avaient réservés. Regardant par-dessus la balustrade, elle aperçu l'énorme piste de danse où se trémoussaient près d'une trentaine d'étudiants tandis qu'une bonne partie restait agglutinée vers le bar où sur les fauteuils. Hermione n'eut pas le temps de tout détailler car déjà Blaise la pressait par le bras.

« Et voici la petite dernière ! » s'exclama-t-il une fois qu'ils eurent atteint la table où la troupe était installée.

« Bonjour tout le monde... » fit timidement Hermione, le sourire vacillant.

A première vue, personne n'avait l'air bien méchant ou vicieux. Bon point.

« On désespérait de ta venue ! » dit Heather avec un grand sourire. « Vas-y, assieds-toi. »

« Il reste une place ici... » dit quelqu'un dans son dos.

Hermione ne dut pas avoir bien regardé tout le monde car, oui, il y avait bien une personne méchante et vicieuse à cette table ronde. Cho Chang. Elle tapotait de sa main éternellement vernie en noir la le siège rouge en cuir à côté d'elle avec un sourire mauvais. Hermione reporta son regard sur Blaise qui entrouvrit la bouche, à cour de parole. Il avait l'air réellement dépassé, comme si lui aussi avait été pris au piège. Hermione garda la tête haute et vint se caller contre Cho Chang, comme si cela ne lui donnait pas le haut-le-cœur. Elle était plus grande que tout cela, elle ferait abstraction d'elle durant toute la soirée et tout irait pour le mieux.

Cette méthode, bien qu'à l'apparence naïve, marcha tout de même durant un bon moment. Pour la première fois depuis le début des répétitions, Hermione se détendit réellement et découvrit en quelques un des danseurs attablés, des personnes vraiment agréables de caractères avec qui elle aurait put discuter des heures durant. Quelques fois, Cho lançait de petites piques qui retombaient à l'eau dès leurs sorties car Hermione ne prenait même pas la peine de les relever. Au bout d'une heure, l'une et l'autre oublièrent chacune qu'elles étaient côte à côte.

Heather, qui s'était absentée depuis près d'une vingtaine de minutes, revint vers la table et dès qu'elle fut assise, la soirée prit une toute autre tournure.

« Les gars, je pense que la vraie fête peut maintenant commencer... » dit-elle avec un sourire excité.

Sur ce, elle sortit de sous la table un sachet rempli de pilules rouge de la taille de Dragibus. La réaction ne se fit pas attendre. Il y eut des exclamations incrédules et surexcitées tandis que Heather levait les sourcils l'air de dire : « C'est qui la meilleure ? ».

« Mince, Heather, tu as vraiment assuré sur ce coup là ! » s'écria aussitôt Clare Sheffields, les yeux rivés sur les petites gélules rouge bordeaux.

« Super ! » fit encore Marcus Flint.

« Où est-ce que tu les as eu ? Tu n'es tout de même pas allée dans l'Allée des Embrumes ! » s'exclama Blaise, les sourcils froncés.

« Pas moi. Un...ami à moi y est allé. »

« Et je suppose que tu as du Poly avec..? » continua Blaise.

Heather leva les yeux au ciel.

« Bien sûr, pour qui est-ce que tu me prend ? Je ne fais jamais les choses à moitié. »

Alors que les exclamations enthousiastes jasaient de tout les côtés, Hermione était, de son côté, larguée. Larguée et anxieuse. Elle n'avait jamais pris de la drogue et elle aurait voulu que cela reste ainsi. Mais voilà, il s'agissait d'être enfin accepté par les autres et de ne pas se faire cataloguer comme trouillarde où débutante. Poly...qu'est-ce que cela voulait dire ? A côté d'elle, Cho gigotait sur son siège, comme impatiente.

« Alors montre le, il est où ? Où est le flacon ? » demanda-t-elle.

« T-t-t-t. Chaque chose en son temps ! » dit Heather en lui faisant un clin d'œil. « Bon, il s'agit de faire disparaître ça au plus vite pour ne pas se faire prendre. » continua-t-elle en secouant le sachet. « On commence par qui ? »

« Moi ! » hurla presque Susan Bones en levant la main.

« Ok. Dans ce cas, on fait dans le sens des aiguilles d'un montre. Hermione, tu es la dernière, ça ne te dérange pas ? » s'enquit Heather tout en passant les pilules à Susan.

« Non, non, pas du tout ! » s'empressa de répondre Hermione.

Au contraire ! Elle voulait retarder le plus possible son tour. Elle avait pensé à aller aux toilettes et revenir ensuite bien après, lorsque tout le monde serait plongé dans un état plus ou moins critique, mais encore une fois, son esprit la traita de lâche. Elle décida donc qu'elle allait rester là. Mais garder la pilule sous sa langue pour ensuite la recracher quelque part.

« Fais gaffe...! » pressa Heather tandis que Susan prenait tout son temps pour piocher dans le paquet.

« Relax ! » sourit cette-dernière en portant une gelule à sa bouche.

Elle avala et Hermione suivit anxieusement le mouvement de sa gorge puis fixa Susan à la recherche d'un quelconque déclenchement de folie. Cette-dernière, tout à fait normal, rouvrit les yeux et piocha une autre pilule – Hermione hallucina : parce qu'ils devaient en prendre deux ? – qu'elle mit au bout de sa langue. Sur ce, elle tira la langue à tout le monde et chacun se mit à rire puis elle se pencha vers Jonathan et l'embrassa durant quelques secondes. Ce-dernier se détacha de Susan et tira la langue – la pilule y était. S'en suivit le même mécanisme. Il avala, piocha une autre gélule, embrassa Angelina Johnson qui se retrouva avec le granule rouge sur la langue. Hermione ne disait rien mais elle était mortifiée à l'approche de son tour. Lorsque Cho se tournerait vers elle et...Merlin ! Elle ne pouvait pas le faire !

Tétanisée, elle suivit du regard Wilmer récupérer sa pilule des lèvres de Katie Bell puis en transmettre une autre à Blaise qui se pencha vers Heather qui, elle se pencha vers Clare... Hermione avait des sueur froide. Des goutes de transpiration coulaient le long de sa colonne vertébrale. Elle ne se sentait pas capable de la faire... Gretchen se pencha vers Cho et l'embrassa puis Cho tira la langue et avala sa part. Hermione suivit presque en pleurant la main de sa pire ennemie piocher dans le sac ce qui allait lui revenir.

« Hermione ? »

L'adolescente sentit son cou grincer lorsqu'elle se retourna vers Cho. Cette-dernière semblait jouir de cette situation de malaise d'autant plus que tout les regards étaient braqués sur elles. Cho logea sa main sur la nuque de Hermione et se mit à lui caresser doucement le cou avec ses ongles, causant des frissons malheureusement agréables à la jeune ballerine. Ce qui fit élargir le sourire de son ennemie jurée. Elle remonta le menton d'Hermione de son autre main, visiblement maîtresse de la situation, puis se rapprocha sur la banquette jusqu'à ce que leur nez se touche. Prenant une grande inspiration, Hermione ferma à contrecœur les yeux sur une Cho Chang triomphante se penchant vers son visage.

La bouche de Cho était douce. Ce fut la première réflexion qu'eut l'esprit d'Hermione. L'asiatique suçotait patiemment les lèvres closes de sa rivale, essayant d'y trouver une brèche, puis elle se résigna enfin à forcer tout simplement le passage à coups de langues impatients. La langue d'Hermione accueillit timidement celle de Cho tandis que celle-ci s'enveloppait autour d'elle, menant encore une fois la danse. Elles valsèrent quelques secondes autour de la pilule qui faisait un va-et-viens entre la bouche de Chang et celle d'Hermione puis, lorsque Hermione fut presque sur le point d'oublier qui elle embrassait, Cho se détacha de l'étreinte ennemie et s'essuya la bouche. Hermione, encore sonnée par ce qu'il venait de se passer, se laissa tomber contre le dossier du fauteuil, les lèvres encore engourdies. Voyant les regards insistants de ses camarades tout autour d'elle, elle tira enfin la langue et la pilule rouge apparut. Tournant la tête, elle croisa le regard de Chang. Cette-dernière détourna immédiatement la tête.

Les quinze minutes suivantes se déroulèrent comme si rien ne s'était passé et Hermione – qui avait jeté sa pilule derrière le canapé – fixait chacun des visages à la recherche d'un quelconque symptôme bizarre qui n'arriva pas. Chacun avait repris sa conversation habituelle, comme si cette embrassade collective n'avait jamais eu lieu. Puis, au bout de vingt minutes, Heather reprit la parole :

« Je pense que là c'est bon, non..? » demanda-t-elle en sondant toute les personnes du regard.

« Largement bon. » fit Marcus en se redressant.

Sa remarque fut embrassée par toute la tablée et Hermione s'empressa de faire de même pour ne pas être en reste.

« Ok... » Heather fit halte puis elle fit signe à tout le monde de se serrer. « Voi- ! »

Elle sortit alors une nouvelle merveille du dessous de la table. C'était cette fois-ci une minuscule carafe à vin fermée par un bouchon de liège et contenant un liquide incolore. Heather posa un paquet sur la table puis plongea son index et son majeur à l'intérieur pour en extirper un disque de coton très épais. Là-dessus, elle ramena le flacon vers elle, ôta le bouchon, fit très précautionneusement pencher la carafe jusqu'à ce que le liquide trempe abondamment le disque qu'elle tenait dans sa main puis elle reboucha le récipient. Elle fit une seconde halte puis se tourna vers la tablée qui suivait chacun de ses gestes avec un sourire malicieux.

« Souhaitez-moi bon voyage... » chuchota-t-elle avant de porter le coton à son nez et d'en prendre une grande inspiration.

La seconde d'après, Heather se laissa mollement retomber contre la banquette, un sourire groggy aux lèvres. Ses pupilles étaient largement dilatées et l'iris bleu de ses yeux prenait des teintes rougeâtres. Hermione écarquilla des yeux, bouche bée.

« Pu...naaai...se...! » soupira-t-elle en fermant les yeux puis elle ne bougea plus, un sourire serein aux lèvres.

Hermione allait paniquer de ne plus la voir respirer lorsque Blaise lui prit le coton des doigts et inspira à son tour l'étrange substance. Même scénario. Ses gestes devinrent lents, ses yeux virèrent presque au rouge, sa respiration se ralentit. Le coton fit le tour de la table et arriva à Chang qui se laissa tomber en soupirant sur sa banquette. Hermione fut tentée de prendre alors les jambes à son coup, croyant que tout le monde avant pris sa dose et que personne ne la verrait. Mais Susan, assise à côté d'elle, la ramena à la réalité.

« Ouh-ouh, Hermione, c'est ton tour. » s'exclama la dernière de la rangée.

« Hum, tu...ça te dérangerais de...de passer avant moi ? C'est que je, hum, il faut... »

« Tu n'en a jamais pris, hein ? » fit Susan avec un sourire narquois.

« Quoi ? »

« Du Poly, tu n'en avais jamais pris avant, c'est ça ? »

Hermione déglutit puis hocha lentement la tête. Susan roula alors des yeux en récupérant le coton des mains de Chang dans une gymnastique habile.

« Ça se voyait, tu avais l'air hyper tendue. » fit-elle en poussant le flacon vers elle. « Je suppose que tu ne sais pas ce que sont les PPN, hmm ? »

Hermione fronça des sourcils. Autour d'elles, tout le monde était affalé dans des positions bizarres, marmonnait des choses incompréhensibles, soupirait de contentement ou riait même. Hermione ne voulait en aucun cas être comme ça.

« Les PP quoi ? » répéta-t-elle en se tournant vers Susan.

Cette-dernière versait à nouveau une dose de Poly sur le disque de coton.

« PPN. Pré-PolyNectar. C'est pour 'préparer' en quelque sorte l'organisme au shot de Poly. C'est obligé. C'est pour cela que tu nous as vu attendre au moins vingt minutes avant de nous y mettre. Sinon, si l'on y va sec, sans rien prendre avant... » Susan grimaca en rebouchant le flacon.

« Attends, qu'est-ce que ça fait si... »

Susan posa son index sur les lèvres de Hermione qui se tut immédiatement.

« Écoute-moi Granger. Pour la première fois, il faut toujours un initiateur, sinon, on se perd. Écoute-moi. » répéta-t-elle car elle voyait que Hermione voulait à nouveau parler.

Cette fois-ci, la jeune ballerine se tut vraiment.

« Ferme les yeux. »

Hermione obtempéra. Elle sentit alors quelque chose lui chatouiller le cou puis la joue et l'oreille.

« Relaxe-toi... » lui chuchota Susan à l'oreille. « Détend-toi, ne pense à rien. Rien de mal ne pourra t'arriver, ce n'est qu'un voyage, ok ? »

Hermione hocha lentement la tête.

« Ce truc va te prendre sans que tu ne t'en rende compte mais, surtout, laisse-le faire, laisse-toi aller et tout ira bien, ok ? » murmura-t-elle encore.

Hermione opina de nouveau.

« Maintenant détend-toi, détend-toi, détend-toi et ne panique surtout pas, rien ne va t'arriver. Tout ne dépend que de toi. Si tu le veux réellement, ce sera le meilleur voyage de ta vie. Détend-toi, Hermione, détend-toi, ne pense plus à r... »


[POV Hermione]

Vert. Rouge. Jaune. Rose.

Les lumière m'agressent. Me caressent. M'assomment. M'apaise. Je marche. Mais je flotte. Je cours. Et puis je vole. Je ris. Les larmes dégringolent sur mes joues. Je vis. La musique m'enlace. Mon corps se plie à ses exigences. Je ressens tout. Je ferme les yeux. Et je le vois. Il fend la foule. Il me prend. Doucement, dans ses bras. Il me berce. Puis il me plaque violemment contre le mur. Mais il me noie de caresses. C'est du chocolat qu'effleurent mes doigts. Mais j'aimerais toucher de l'or. De l'or et de la glace. J'aimerais que ces mains soient glaciales.

« B...Bla..ise..! »

Blaise, touche-moi encore. Je ne t'aime pas, mais je te dirais le contraire. Fais-moi danser. Fais-moi rire. Blaise, aime-moi ! Il faut bien que quelqu'un m'aime. Il faudra bien que quelqu'un m'aime un jour.

Blaise. Aime. Moi.

Je hurle. A chaque coup.

Blaise. Aime. Moi.

Je cries. Je pleure. Je me découvre. Je regrette. A chaque coup.

Blaise. Aime. Moi.

Lorsque je ferme les yeux, je ne vois que de l'or. Lorsque je les ouvre, tes yeux sont rouge sang.

Aime. Moi.

Il n'y a que de la sueur. Du dégoût. Du regret. Je titube. Je me tiens aux murs sales. Sales comme moi. La musique m'agresse. Je me laisse aller. On me touche. Je danse. On me salit. Je me laisse faire. Les yeux clos, je ne sens plus rien. Les lumières dansent sous mes paupières. A nouveau. Un défilé de couleur.

Orange. Bleu. Violet. Noir.

Noir.

Noir.

N...


Bien qu'il soit plus de deux heures du matin, les sirènes incessantes des ambulances résonnaient dans tout les Chemins des Traverses. Les habitants de l'Avenue commerciale étaient tous sortis de leur demeure paisible pour voir ce qui causait l'arrivée des pompiers. Les paris – comme à chaque incident – allaient de bons trains entre voisins. Le coma éthylique était au top des enjeux. Ensuite venait l'overdose et après suivaient les petites causes pour de petits gains tels que bagarres/règlements de comptes ayant mal tourné, évanouissement, décès... La foule, habitants comme fêtards, était agglutinée devant le Chaudron Baveur et les rumeurs de fermeture certaine allaient de bons trains – depuis le temps que l'établissement y échappait...

« Quel merdier...non mais quel merdier ! » ne cessait de s'exclamer Daisy Dodderidge, la propriétaire du pub en tirant sur sa cinquième cigarette. « Mais qui a laissé cette gamine rentrer avec ça, qui ? » hurla-t-elle aux videurs. « J'exige de savoir qui est l'aveugle qui a laissé passé ça et je vous jure que je lui broierai ses bijoux familiaux avec tant de force qu'il n'en restera qu'une bouillie infime ! »

« ...En plus, il y a déjà eu ce petit là, Luke. » racontait à sa voisine Masha Cateller, la propriétaire de « Masha Books », la librairie la plus vieille et la plus fournie de tout le Royaume-Unie. « Il est venu s'approvisionner en cocaïne dans ces lieux et on l'a retrouvé au petit matin noyé dans son vomi, eeeh oui ! » fit-elle d'un air grave en secouant la tête tandis que sa voisine faisait la grimace.

« Luke...c'est celui qui n'avait que seize ans, c'est ça ? »

« Tout juste. Et encore, il venait tout juste de les avoir. »

« Quel gâchis... »

« ...Mon pub n'est pas un foutu cartel de drogue, ok ? J'en ai marre d'avoir à dos des cadavres tout les mois, marre ! » hurlait encore Daisy sur ses employés, totalement hors d'elle. « Il faut à chaque fois repayer les pots cassés à cause de votre incompétence ! Je vais finir par tous vous virer si ça continue ! »

« Pff, comme si ça changera quelque chose. » siffla avec mépris Masha en haussant des sourcils.

« Attention, dégagez la voie s'il vous plaît ! » hurla un pompier depuis l'intérieur du pub.

Alors, un groupe de cinq pompiers remontèrent les marches de l'entrée avec une civière où reposait une jeune fille. Sa figure était blanche, ses yeux étaient grands ouverts, dilatés et ses iris brillaient d'un rouge feu. Ses membres tremblaient et ses lèvres bougeaient comme si elle voulait dire quelque chose.

La vue apocalyptique de Hermione Granger coupa le souffle à la foule postée tout autour de l'entrée du pub. Les pompiers la hissèrent dans le camion puis fermèrent hâtivement les portes de l'arrière.

« Son pouls, tu l'as, son pouls ? »

« Oui, c'est bon, je l'ai. »

« Ok, il s'agit maintenant de la maintenir éveillée. Parle-lui pendant que j'essaie de la perfuser. »

Le pompier s'agenouilla à côté d'Hermione.

« Dis petite, comment est-ce que tu t'appelle ? »

« ... »

Le pompier lança un coup d'œil intrigué à son collègue qui cherchait toujours la veine d'Hermione.

« Continues, continues ! » l'encouragea-t-il.

« Est-ce que tu pourrais me dire ton âge ? Juste ton âge ? C'est très important. »

Les lèvres de Hermione battirent de plus en plus vite. Le pompier se rapprocha de sa bouche.

« Quoi ? » chuchota-t-il, essayant de mieux entendre.

« ...Or, bleu, sang, or, bleu, sang... »

Le pompier se redressa et adressa un réel regard catastrophé à son collègue. Les lèvres d'Hermione battaient de plus en plus vite. Puis, brusquement, tout son corps de ballerine se convulsa violemment durant sans doute trois secondes pour ensuite retomber sur la banquette, totalement raide.

« Mince, je n'ai jamais vu un cas comme ça... » souffla le pompier qui était accroupi à côté de lui. « Vite, prend son pouls. »

Le pompier à la perfusion appuya sur le bras de Hermione à la recherche d'un quelconque battements. En vain. Il appuya ensuite ses doigts sur le cou de la jeune fille. Rien.

« Son cœur. » dit-il à son collègue qui se chargea de poser son oreille contre sa poitrine.

Il resta dans cette position un long moment puis se redressa, abasourdi.

« Rien aussi. Merde...cette gamine est morte. »


Poiiiiiint.

Avis ? Impressions ? J'avais depuis un bon bout de temps ce chapitre en tête et qu'est-ce que ça fait du bien de pouvoir enfin l'écrire ! Pour le prochain chapitre...mmh, je vous le livrerais sans doute d'ici 2/3 semaines au plus tard.

Ciao ciao,

IACB.

PS : Ouais, je suis sadique et ouais, cette note est un peu froide mais bon, sachez que je vous suis très très reconnaissante de me suivre depuis tout ce temps et j'espère sincèrement du fond de mon petit cœur – qui, lui au moins, bat encore – ne pas vous avoir déçu.

REPONSE AUX REVIEWS :

J'aime Gossip Girl : Longue ou petite, c'est toujours une review de faite et merci beaucoup !

Laryssa : Et voici la suite ! Que pense-tu de ce chapitre ? Merci pour ta review ! Bises.

Sandro : « Excellent » ? Waouh ! Merci beaucoup. Dis-moi tes avis sur ce chapitre ! Bises.

Et maintenant, l'auteure va se re-po-ser (car elle est en vacance ^^). Profitez de ce bon soleil et de cette bonne perspective des vacances.

Et SURTOUT, abreuvez-vous de Black Swan Obsession ;)

Ciao ciao,

IACB.