Chapitre 9 –
Xion ou l'autre Sora
« Je veux savoir qui je suis, pourquoi j'ai la Keyblade. Tu comprends, n'est-ce pas, Axel ? »
Ils étaient dans une grande salle entièrement blanche. Aux extrémités de la pièce se trouvaient deux lourdes portes, invitant le visiteur à s'aventurer plus loin : le Manoir Oblivion. Il la regardait avec compassion, inquiétude et méfiance. Pourquoi ne répondait-il pas ? Il savait qu'elle ne se souvenait pas de son passé. Elle était sûre que les souvenirs captifs de cet étrange Manoir pourraient l'aider. Elle était née ici, après tout. Sa mémoire retrouvée pourrait l'aider à contrôler son pouvoir, à résoudre les mystères qui l'entourent et montrer à Saïx qu'elle n'était pas inutile.
Pourquoi ne l'encourageait-il pas ? Pourquoi l'aidait-il à peine à se relever alors qu'un vertige l'avait faite tomber à l'entrée de la bâtisse ? Une terrible angoisse emplit son être. Est-ce qu'il savait quelque chose sur elle qu'il ne voulait pas avouer ? Quelque chose de terrible ?
« Écoute, finit-il par dire en lui tenant les épaules. Tu es épuisée. On ferait mieux de rentrer. Roxas va commencer à s'inquiéter, tu sais ? »
Sa voix s'était faite aimable et rassurante mais un petit frémissement dans son timbre la rendait chancelante. Il essayait de l'amadouer et de l'écarter de ce pourquoi elle était venue. Il la décevait énormément…
« J'essaie de savoir qui je suis et d'où je viens ! C'est important pour moi !
- Écoute-moi…, supplia-t-il.
- Non ! Je veux savoir !
- Savoir son passé d'humain n'est rien d'important ! Ce n'est qu'un bagage émotionnel ! »
Il s'était laissé emporter, tous deux le savaient. Il ne voulait pas dire ça. Mais il l'avait dit. Elle était profondément choquée et blessée par son attitude.
« Comment peux-tu oser dire ça ? » s'étrangla-t-elle en le repoussant.
Elle courut sans se retourner, vers l'intérieur du Manoir. Elle entendit à peine le cri de son ami pour la retenir. Elle plongea dans l'inconnu blanc, à la recherche de ses souvenirs.
Pourquoi ne l'avait-elle pas écouté ? L'ignorance lui aurait été plus douce… Elle n'était rien. En tant que Simili, elle n'était rien depuis sa naissance. Elle n'existait pas, c'était dans sa nature et elle l'acceptait. Mais même en tant qu'humaine, elle n'avait jamais existé.
Elle n'était qu'une expérience de Vexen, le numéro 4 de l'Organisation. Elle n'était rien d'autre qu'une marionnette réceptacle, destinée à singer et à dupliquer le pouvoir de Sora, le véritable Porteur de Clé, et humain de Roxas. Elle était conçue pour copier la Keyblade, pour augmenter la collecte de cœurs de l'Organisation. Elle était vouée à voler des cœurs qui ne demandaient qu'à être libres. L'Organisation, sous couvert d'accueil, se servait d'elle. Elle voulut hurler, pleurer face à cette injustice. Non, elle n'était pas comme ça… Non, elle n'était pas comme ça !
Ino se réveilla en hurlant à pleins poumons, les doigts crispés sur ses draps. Elle mit quelques instants à reconnaître le décor de sa chambre et à se calmer un peu. Ses yeux gonflés la faisaient souffrir, tant ses larmes avaient coulé….
La jeune fille porta sa main à son cœur. Oui, il était bien là et bien réel… Cela ne la rassura que peu de temps… Elle ne pouvait pas non plus se rassurer en se disant que ce n'était qu'un rêve. Elle savait qu'elle avait vécu ça…
Elle était une marionnette ? Elle secoua vigoureusement la tête face à cette question. Non, non, elle était bien réelle. Elle, elle se souvenait de son passé. Elle se souvenait de son enfance, de ses camarades de classes, de ses joies et de ses peines passées. Elle a des parents qu'elle avait même appelés il y a quelques jours…
Mais tout cela pouvait être un mensonge aussi. Qu'est-ce qui lui garantissait qu'ils étaient bien ses parents ? Qu'elle n'était pas encore une fois au cœur d'une expérience ? Elle se croyait être une humaine normale, comme elle a cru être une Simili normale.
Sa respiration devenait éreintée. Tout se mélangeait et tout se confondait… Qui était-elle, à présent ? Ino la Marionnettiste du Sceptre 4 ou la marionnette de l'Organisation ? La Keyblade qui apparut dans sa main rendait la réponse encore plus difficile à trouver.
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« Yata, sur ta gauche !
- Je l'ai ! »
Le Sans-Cœur soldat s'écrasa sous les roues du skate du Corbeau, qui se retourna fièrement vers Lea.
« Good job ! C'était le dernier ! le félicita le jeune homme roux, un pouce en l'air. Allo, Awashima ? Est-ce que tu vois d'autres ennemis dans notre zone ?
- Négatif. Vous avez fait du beau boulot, HOMRA, fit la voix de la jeune femme dans le téléphone rouge de Lea. Vous pouvez vous reposer pour aujourd'hui.
- Bien reçu, merci, la salua Lea. On peut rentrer à la base, Yata !
- Ouf, cool ! Cette ronde a été épuisante…
- Mouais. Les ennemis se multiplient mais le Clan Noir ne se montre toujours pas… Ça m'inquiète. Ils préparent quelque chose. Quelque chose d'énorme et je n'aime pas ça…
- Tu penses que ça aura un rapport avec la Table ? demanda Yata qui partageait son inquiétude.
- Peut-être. Mais je ne suis sûr de rien !
- Tes enquêtes nocturnes n'ont rien donné ?
- Non, rien. Je n'ai pas réussi à trouver leur repère, ni d'indices sur leurs motivations actuelles, soupira Lea. Et ça ne nous indique pas ce que l'on doit protéger… »
Même si je me doute que la recherche du 13ème soit importante, Xehanort aura un avantage certain s'il s'empare de la Table…, ajouta-t-il pour lui-même.
« Au fait, tu as vu Shibokuga ces derniers temps ? questionna le jeune Corbeau.
- Euh non. Pourquoi ?
- Je ne sais pas, euh… On avait prévu de se retrouver à un café mais elle a décliné au dernier moment. Et ça fait plusieurs fois que j'essaie de la contacter mais elle ne répond pas. J'ai pensé que tu devais avoir plus de nouvelles, vu que vous êtes proches.
- Non, pas du tout. Maintenant que tu le dis, je n'ai pas de nouvelles depuis… qu'elle a éveillé la Keyblade. »
Un nouveau trouble vint habiter son cœur. Il avait un terrible pressentiment…
« Tu sais si elle est toujours en équipe avec Fushimi ? demanda brusquement la Rafale.
- Au début, oui. Mais le macaque a été rappelé pour gérer la communication et le dépistage.
- Donc, elle est seule… Seule et elle ne donne plus de nouvelles. Je me demande si… ce n'est pas plus inquiétant que le Clan Noir. »
Yata déglutit difficilement. Déjà qu'il trouvait louche le fait que l'enthousiaste jeune fille ne réponde plus…
Une pluie commença à mouiller doucement leurs cheveux.
« Raah, voilà la pluie qui s'y met ! râla le jeune garçon dont les cheveux courts perlaient d'eau.
- Commençons par rentrer. On trouva une solution en… »
Lea fut brusquement coupé au milieu de sa phrase. En sortant de la ruelle, il avait manqué de bousculer quelqu'un : quelqu'un de plus petit que lui avec des cheveux noirs et courts. Son manteau bleu flottant dans la brise humide ne faisait aucun doute sur son identité.
« Ino ! Attends ! »
Elle ne semblait pas l'entendre. Elle courrait comme si sa vie en dépendait. Les deux jeunes hommes la suivaient avec difficulté. Elle tournait vivement dans les ruelles et ne laissait aucun indice sur sa destination tant elle était rapide. Prompte et agile, la jeune fille s'enfonçait dans le labyrinthe des ruelles, tandis qu'un brouillard épais et humide s'abattait sur la ville. Aveuglé par la brume et les fines gouttes de pluie, Lea peinait à la suivre. Dans un insupportable jeu de cache-cache, il manquait de la perdre à chaque tournant, à chaque coin de rue. Alors qu'il commençait à perdre de la distance, la jeune fille s'arrêta finalement dans un cul-de-sac. Elle lui tournait toujours le dos. Elle ne réagissait pas au son de ses pas. L'entendait-elle seulement ?
« Ino ! » appela le jeune homme qui stoppait enfin sa course effrénée.
Elle se retourna et le décor changea. Dans un éclair de lumière venu de nulle part, Ino du Sceptre 4 n'était plus dans une ruelle de Shizume City. Elle ne portait plus un manteau bleu mais un manteau noir, et elle se tenait face à une grille de fer ouvragé, enveloppée dans les couleurs du couchant. Dans ses yeux bleus se logeait une tristesse infinie.
« Lea ? »
Battant de ses longs cils alourdis par la pluie, il se retrouva dans la ruelle, le dos courbé. Son amie le regardait toujours. Elle semblait confuse, presque déçue de le voir.
« Euh, Ino ? Est-ce que tout va bien ?
- Euh oui, pourquoi ? s'empressa de répondre la jeune brune, très mal à l'aise.
- Euh… Je ne sais pas. Euh, je trouvais étrange que tu te promènes dans les ruelles d'HOMRA seule… Tu semblais poursuivre quelque chose ? tenta Lea.
- Euh oui, » répondit encore une Ino gênée.
Elle s'écarta, et derrière le voile bleu de sa cape se révéla un petit Sans-Cœur tout tremblant sous son grand chapeau rouge. Ses petites mains noires serraient et desserraient avec frénésie sa tunique blanche, qui cachait ses pieds. Au pied du mur, il cherchait une quelconque issue pour s'en sortir. La Rafale de Flammes Dansantes avait presque de la compassion pour lui.
« C'est un Bolet Blanc. Inutile de le poursuivre ! dit-il en riant. C'est l'un des Sans-Cœur les plus inoffensifs qui soit… »
Comme pour appuyer ses propos, le petit Sans-Cœur craintif en profita pour s'enfuir, une fois qu'Ino le quitta du regard.
« … Tu ne le savais pas ?
- Non, désolée. »
Comme le silence, la pluie s'intensifia, les trempant jusqu'aux os. Ils n'étaient que tous les deux. Yata a fini par les perdre de vue, dans le dédale des ruelles. Le regard bleu de la jeune fille ressemblait à celui d'une condamnée, admirant le reste de son destin avec un cynisme écœuré et rancunier. Lea s'inquiéta encore davantage. Qu'est-ce qu'elle avait ? Pourquoi se faire si distante alors qu'elle semblait si préoccupée ? Le départ de Roxas lui revient en mémoire. Avait-elle rêvé de cela aussi ? Il déglutit avec difficulté.
« Dis… dis-moi, si le Bolet était difficile à attraper, pourquoi ne pas avoir invoqué Roxas et Axel ? Ils auraient été plus rapides, non ?
- … Je n'y ai pas pensé, répondit la jeune fille en baissant les yeux.
- Vraiment ?
- Oui, vraiment. »
Sa voix était terriblement cassante et amère. Cela suffisait, inutile de faire des détours. Il fallait lui parler franchement.
« Ino, dis-moi ce qui ne va pas, l'invita Lea.
- Comme si tu ne le savais pas ! »
Il aurait pu la confondre avec un éclair tombant du ciel, tant son timbre de voix était claquant. Elle était furieuse, tristement furieuse. La pluie sur ses cils noirs se confondait avec les larmes qui emplissaient ses yeux.
« Écoute, commença le jeune homme avec une voix douce, je ne sais pas ce que tu as, mais… »
Il s'étonna du violent tremblement de ses mains lorsqu'il les posa sur les épaules de son amie.
« … Mais si quelque chose ne va pas, tu dois me le dire. On est ami… !
- Comme si j'allais te croire ! Tu ne m'as pas aidée la dernière fois !
- Comment ça la dernière fois ? »
La question et le ton surpris du rouquin lui firent écarquiller les yeux et sa colère se transforma en profonde confusion.
« Euh, je… La dernière fois… »
La dernière fois qu'elle s'était montrée si violente avec lui, c'est quand elle l'avait confondu avec Axel et avec ce qu'elle avait vécu en rêve. Ça recommençait…
« Est-ce que ça a un rapport avec tes rêves, Ino ? » redemanda Lea, son regard perçant scrutant la moindre de ses expressions.
Elle hésitait, les yeux hagards. Si jamais elle lui disait, il ne la verrai plus jamais comme avant… Elle avait envie que tout s'arrête, que ses rêves si précieux n'aient jamais existé… Elle n'aurait pas eu à se sentir si écartelée, si perdue entre deux vies… Elle finit par baisser la tête, étouffant un sanglot et cachant ses larmes.
Le regard félin de son ami, à qui rien n'échappe, ne fut pas dupe. C'étaient bien ses rêves, ses souvenirs qui la tourmentaient. Gonflant ses poumons comme pour reprendre confiance, il resserra sa poigne sur les épaules de la jeune fille, couvertes de tissus à présent spongieux. Chassant quelques mèches mouillées de son front, il planta ses yeux verts dans ses siens.
« Ino. Ça suffit. Dis-moi ce dont tu as rêvé. Maintenant. »
L'ordre était clair, autoritaire sans être agressif. Elle osa relever la tête, dévoilant ses yeux rougis et sa bouche tordue et scellée par la douleur. Bon sang, il fallait que ça cesse. Elle ne méritait pas de souffrir. Il ne supportait pas de la voir souffrir comme ça.
« Ino. Parle-moi. »
Une petite voix tremblante daigna briser la barrière de ses lèvres. Elle était si tenue que Lea l'entendit à peine.
« … Le… Le Bolet est revenu…
- Ne change pas de sujet, s'il te plaît.
- Lea, je te jure qu'il est revenu ! »
Elle frissonnait sous ses doigts. Son regard l'avait quitté pour se figer par-dessus son épaule et son visage s'était fait aussi blanc que la mort. Alors, lentement, il décida de se retourner.
Le Bolet était là, immobile, à l'entrée de la ruelle. Il avait les airs d'une statue morte, figée dans le temps et l'espace, son œil jaunâtre et vide happant les vivants. Son étrange immobilisme commençait à inquiéter la Rafale. Ce Sans-Cœur n'agissait pas normalement. Les Bolets avaient une curiosité dévorante qui les faisait bouger et sauter partout, sans se soucier des humains. Celui-là les fixait trop intensément. Ses yeux jaunes étaient devenus trop malsains, trop inquiétants. Ce n'était pas normal, ce n'était pas normal !
Avec une horreur croissante, Lea remarqua que d'autres Bolets sortaient de l'ombre des ruelles détrempées.
« On… On se fait encercler », parvient à articuler Ino.
Pour toute réponse, Lea se plaça en bouclier face à la jeune fille, sa Keyblade invoquée. Son instinct le tenait prêt à riposter, malgré l'horreur de la situation.
« L'Organisation XIII…, grinça-t-il.
- BINGO, gamin ! »
C'était le premier Bolet qui avait quasi félicité la perspicacité du jeune homme. Une petite explosion de fumée noire le remplaça par Braig, sous les yeux écarquillés de Lea. Armé de son arbalète noire, un sourire goguenard aux lèvres, il continuait à se moquer de lui :
« Bon sang, Axel. Je te pensais plus intelligent… Ou doté d'une meilleure mémoire… Tu te souviens pourtant très bien que Sora était notre candidat pour le 13ème siège, non ? Alors quoi de plus simple d'enlever un autre Sora, caché dans ce petit monde misérable, hein ?
- Un autre Sora ? De quoi tu parles ? s'énerva Lea qui n'aimait pas du tout la situation.
- Tout simplement que si tu te souvenais, tu aurais su que c'était elle, la cible depuis le départ, acheva Braig, en pointant Ino, recroquevillée et tétanisée derrière son ami. Allez-y. »
Sur ce simple ordre, les Bolets se changèrent en hommes encapuchonnés qui se jetèrent brutalement sur les deux jeunes gens. Ils ne leur laissèrent pas le temps de lever le petit doigt. Pris dans une tourmente d'énergie noire et frappé de toutes parts, Lea arrivait à peine à comprendre la situation. Aucun des hommes de Xehanort ne lui laissait le temps de reprendre son souffle, de répliquer. Les décharges d'énergie pleuvaient sur sa tête et meurtrissaient son pauvre corps. Sa souffrance effaçait sa propre conscience de lui-même. Il ne savait plus où il était, ni pourquoi… Assommé et meurtri, il entendit à peine son amie hurler à l'aide, alors qu'il s'effondrait contre le bitume :
« Axel ! »
Axel…
Ce nom plein de souvenirs, comme une formule magique, ouvrit une porte dans l'obscurité. Elle était là, dos à la grille du Manoir du Crépuscule. Elle attendait, prête à affronter la tragédie de son destin. Elle était si triste que lui et Roxas en soient profondément impliqués et affectés à cause d'elle et de leur amitié impossible et pourtant si rare et précieuse.
« Axel… »
Elle avait répété son nom comme on prononce solennellement celui d'un ami que l'on va quitter et l'on ne reverra jamais. Une prière qui annonce la fin de notre monde et qui peine à sortir de notre gorge serrée. Pourtant, elle l'avait prononcée,sans peur car elle l'aime comme un frère, scellant son cœur. S'il en avait eu un, il aurait explosé en sanglots… Mais il n'était pas là pour ça. Il devait la ramener, malgré tout ce qu'elle savait sur elle et sur les plans de l'Organisation. C'était sa mission et pourtant, sa douleur et son amour bien réels l'empêchaient de garder son éternel masque de bourreau insensible et obéissant.
« Sh# ̴ o , que compte-tu faire, maintenant ? »
Il n'arrivait pas à entendre son nom, qu'il connaît pourtant par cœur.
« J'ai décidé de retourner de là d'où je venais. De retourner dans le cœur de Sora, avoua-t-elle sans honte, résignée.
- Tu sais, au départ, j'ai pensé que c'était la meilleure des solutions… »
Il se maudit d'avoir prononcé ces paroles, de les avoir pensé pendant un jour, pendant une seconde. Comment osait-il ? C'était son amie ! Il était aussi irréel qu'elle ! Qu'est-ce que son origine pouvait bien foutre ? En quoi était-ce important pour eux ?
« … mais ça m'énerve ! Je trouve ça injuste ! » s'énerva-t-il, en serrant le poing.
Sans doute s'imaginait-il en train de serrer le cou du responsable de tous ces malheurs.
« C'est pour le bien de tout le monde, répondit fatalement la jeune fille, qui avait accepté son rôle de martyre.
- Mais comment peux-tu le savoir ? Tout le monde pense avoir raison, ici, cracha-t-il, dégoûté par sa propre Organisation.
- Ils ont raison, souffla-t-elle, impartiale.
- Mais ils vont te détruire ! » hurla-t-il, désespéré.
Elle avait invoqué sa Keyblade, identique à celle de Roxas et Sora. Non, elle ne le suivrait pas. Elle préférait mourir plutôt que d'obéir à l'Organisation. Elle était destinée à disparaître à jamais, de toute façon. Autant que ce soit pour la cause qu'elle désirait.
« Axel, promets-moi que tu ne retiendras pas tes coups. »
C'était trop. Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ne voulait-elle pas survivre encore un peu ?
« C'est quoi ton problème ? » rugit la Rafale, courbé sous la douleur.
Pourquoi le laissaient-ils si soudainement seul avec ces Simili si froids ?
« Vous deux. Vous pensez pouvoir faire ce que vous voulez… J'en ai assez. »
Pourquoi cette tragédie était-elle tombée sur eux ?
« Allez-y, fuyez ! Je serai toujours là pour vous ramener ! hurla-t-il encore, la voix amplifiée par la colère du désespoir, entouré d'un feu brûlant. TU M'ENTENDS, XION ? »
Le nom de la marionnette résonna dans la ruelle. Lea l'avait crié, sortant de sa torpeur comme on sort de sous les eaux grâce à une bouée. Ses yeux étaient grands ouverts et ses plaies avaient été nettoyées par la pluie. Il était trempé, allongé sur le dos, à même le sol. Pourtant, son cœur qui avait enfin tout retrouvé, se remplissait d'un feu nouveau. Xion, synonyme de tout et de rien. Xion, le nom pour lequel il allait bientôt se lever et se battre.
