[ Villa de Shizuru – Samedi 1h58 ]
Il était presque 2h00 du matin, beaucoup de personnes étaient parties mais il restait encore les amis les plus proches de Shizuru. Reito était complètement bourré et il dansait en caleçon sur le canapé une bouteille de Desperado à la main. Shizuru en voyant ce spectacle pathétique, le rhabilla et alla le coucher sur le petit sofa de sa chambre, il dormait pratiquement sur elle durant tout le chemin. Quant à elle, elle avait bu mais pas autant que certaines personnes. Natsuki en voyant ce pauvre Reito ne pu s'empêcher de rire.
La brune aux émeraudes était dans l'embrasure de la porte et regardait Shizuru s'occuper de son meilleur ami comme si elle prenait soin de son enfant ou de son petit frère. Elle fut vite attendrie par la scène qu'elle avait sous les yeux. La fille Fujino se rapprocha de Natsuki à pas feutrés et ferma délicatement la porte. Natsuki lui dit tout bas :
« On dirait qu'il avait bien besoin de dormir. »
« Ara, oui mais je te paris que dans moins de trente minutes, il se lève en courant pour vomir et boire deux litres d'eau. »
« En même temps vu ce qu'il a bu, c'est peut-être mieux. Tu ne crois pas ? »
« Si, sûrement. Ça pourra peut-être lui éviter le mal de crâne pendant deux jours. »
La noiraude se passa la main dans les cheveux, Shizuru la fixa avec ses sublimes yeux cramoisis. Celle-ci remarqua qu'elle était observée et la regarda dans les yeux, elle avait la bouche sèche. Shizuru se mordit la lèvre inférieure en fixant les lèvres de la louve, puis changea de visage rapidement, il se referma et Natsuki s'en aperçut. Il était temps qu'elle sache.
« Ça va, Shizuru ? »
« Oui, désolée. Je dois te dire quelque chose sur moi, je pense que c'est mieux que tu le saches, tu sais que dans le monde du travail les commérages vont bon train. On peut s'asseoir dans la cuisine si tu veux, ils sont tous dans le salon. »
« Très bien, je te suis. »
Elles allèrent toutes les deux sur la petite terrasse de la cuisine.
« Alors, qu'est-ce qui est si important que ça que je devrais savoir sur toi ? »
« Enfin important je ne sais pas, c'est juste que vu qu'on se connait bien et que tous mes amis et mes collègues le savent. Nous sommes devenues amies très vites et mes collègues ne te connaissent pas encore bien. C'est plutôt légitime que tu sois au courant. Alors voilà, j'aime les femmes, je suis lesbienne. Je ne voulais pas que tu me vois que par ma sexualité et que tu prennes peur comme le fut plusieurs de mes amies, c'est pour ça que je ne t'ai rien dit. Ce n'est qu'une préférence, ce n'est pas ce qui me définit en tant qu'être, je voulais juste préciser... »
Natsuki était un peu surprise mais pas en mal, au contraire.
« Je n'aurais pas cru, tu es tellement jolie. »
Natsuki elle-même se surprit à dire ces mots quelque peu mal choisis.
« Ah oui, merci du compliment mais sous entends-tu que les lesbiennes ne sont pas jolies à regarder et ressemblent plus à des hommes. C'est ça ? »
Elle était devenue rouge pivoine et ne savait plus quoi dire. Shizuru s'en amusa.
« Non, ce n'est pas ce que je voulais dire... désolée...c'est que... »
« Ara, Ara, calme-toi. Je te taquine. Ce n'est pas grave, tu ne dois pas rencontrer des lesbiennes tous les jours. Je ne t'en veux pas. Mais je retiens ton compliment, ça me fait plaisir. »
Shizuru lui fit un clin d'œil, Natsuki sourit timidement non sans rougir.
« Donc tout va bien, ça ne change rien au fait qu'on soit amie, n'est-ce pas ? »
Il y avait une pointe d'appréhension et de supplication dans sa voix et dans son merveilleux regard.
« Non, non, ne t'inquiète pas, cela ne change rien. Il n'y a aucun problème, je suis contente que tu m'ais faite assez confiance pour m'avouer une part intime de toi. »
« Très bien. Allez, on rejoint les autres ? » Elle était soulagée et heureuse en même temps.
« Je te suis. »
Il y avait toujours cette connexion entre elles et cela n'avait pas changé après la révélation que venait de faire Shizuru. Elles étaient assises toutes les deux sur le grand canapé du salon. Elles étaient en plein dans un débat concernant les clichés et les a priori avec plusieurs personnes encore présentes à cette heure-ci. Sans que personne ne s'en rende compte le temps s'écoula, le volume de la musique baissa et les bouteilles se vidèrent.
Il était 3h30 du matin, la plupart des hommes étaient dehors sur le balcon et les filles en train de boire un verre dans la cuisine tout en papotant. Shizuru arrêta la musique, rangea quelques verres et cadavres de bouteilles au passage. C'est à ce moment que la plupart des invités décidèrent de partir soit raccompagnés, soit à pieds ou bien en taxi.
« Bonne nuit, il se fait tard on décolle. Merci pour la soirée. »
« Bonne nuit à vous, faites attention sur le chemin du retour. » Lança Shizuru.
Natsuki était un peu allongée sur le canapé, ses cheveux recouvraient complètement son joli visage. Shizuru s'approcha d'elle doucement et s'assit juste à côté, elle mit sa main sur son épaule ce qui la fit bouger légèrement.
« Ara, tu es sure que ça va ? »
« Oui, je crois que j'ai juste un peu trop bu et que là ça fait vraiment effet. Ça tourne légèrement. »
Natsuki se releva et s'assis à côté d'elle, elle se tenait la tête. Tout autour d'elle tanguait.
« Tu as mal au crâne ? Tu veux un médicament ? »
« Oui, je veux bien. »
Elles se dirigèrent toutes les deux vers la salle de bain. Natsuki se tenait un peu à Shizuru pour ne pas tomber, se prendre les murs et les couloirs ou tout autre obstacle sur le chemin. La fille Fujino regarda dans sa boite à pharmacie à la recherche d'un paracétamol à défaut d'avoir quelque chose de plus fort. Natsuki était juste derrière elle, assise sur le rebord de la baignoire jacuzzi géante, elle se tenait la tête et se maudissait d'avoir trop bu. Shizuru lui tendit un verre rempli d'eau et un cachet, elle lui fit un grand sourire.
« Merci. »
Elle avala le cachet et vida le verre d'eau en une seconde. Puis, elle fixa son verre avant de relever la tête vers la plus belle femme qu'elle n'ait jamais vu :
« C'est bizarre, tu es toujours en train de prendre soin de moi. »
« Ara, c'est mon côté ange gardien. »
Shizuru reprit le verre et le posa devant les grandes vasques entourées de marbres, elle referma sa boite à pharmacie et se retourna. C'est alors que le regard de Shizuru croisa celui de la jeune femme alcoolisée au regard maintenant presque noir cerclé de vert. La louve s'approcha de plus en plus près de sa proie avec un regard de plus en plus insistant. Shizuru ne bougea pas, elle ne voulait pas faire le premier pas, ni profiter de la situation après tout Natsuki n'était pas sobre et bien émoustillée. Elle ne pouvait que scruter avec envie la bouche pulpeuse et invitante de la jolie brune aux yeux pétillants. La noiraude lui passa la main dans le cou et remonta jusqu'à son visage, elle approcha sa bouche de celle de Shizuru. Elle pouvait sentir le souffle accéléré de Natsuki sur son visage, quant au sien il changea et suivit rapidement le rythme de celui de sa dominante. Comme dans un slow motion leurs lèvres se frôlèrent doucement d'abord et le baiser devint un peu plus brûlant. La châtain répondit au baiser et caressa le dos de la brune de la main pour finir sur ces reins. A ce moment, Natsuki se recula d'un coup, comme si elle venait de se rendre compte de ce qu'elle venait de faire. C'est un électrochoc pour elle, comme enfin pouvoir respirer après le sentiment d'avoir failli se noyer. Elle porta sa main à sa bouche regardant d'abord le sol, puis Shizuru, elle quitta rapidement la salle de bain. Elle prit sa veste et sa sacoche au passage et se dirigea vers la porte d'entrée. Shizuru lui retint le bras et la fit se retourner.
« Natsuki ! Attends ! Où vas-tu ? »
« Je rentre chez moi. »
« Tu ne peux pas prendre ta voiture, tu as bu. »
Un homme passa juste devant Natsuki. Elle ne le connaissait pas vraiment, elle avait seulement parlé quelques minutes avec lui durant la soirée. Mais elle savait que cet homme ne buvait jamais d'alcool, cela l'avait même surprise que des spécimens de ce genre existent toujours. C'est parfait, elle a trouvé son chauffeur pour ce soir.
« Excuse-moi, tu peux me déposer chez moi s'il te plait, apparemment j'aurais trop bu ? »
« Oui, pas de problème. Comment dire non à une si jolie femme ? »
« Merci, Gentleman. »
« Moi, c'est Hiko. » Le garçon n'avait même pas entendu le compliment, Natsuki se contenta de lever les yeux au ciel et se dirigea vers la porte.
« Attends! Natsuki, tu ne veux pas qu'on parle ? »
« S'il te plait pas maintenant, je veux y aller. » Natsuki était troublée et fatiguée, elle avait juste envie de disparaître de cet endroit et de la vue de la jolie femme qui la rendait différente et fiévreuse d'un désir qu'elle ne se connaissait pas et qu'elle ne comprenait pas.
« On y va ? » Le garçon s'impatientait.
« Rentre bien. J'espère qu'on pourra bientôt en reparler. »
« Merci pour la soirée, bonne nuit. »
Ce fut les derniers mots de Natsuki avant qu'elle ne ferme la porte et disparaisse. Laissant une Shizuru complètement déconcertée et inquiète, elle n'avait pas demandé à ce que cela se passe comme ça. Elle n'avait rien fait pour que cela arrive, elle n'y était pour rien... Cela venait de la noiraude...
« Et mince ! Quand est-ce que cette fille va accepter de vivre ?! »
Elle dit cette phrase à haute voix et s'aperçut qu'il restait encore deux de ses collègues présents dans sa villa. Mais ils n'avaient pas vraiment fait attention à la scène parce qu'ils étaient un peu trop éméchés.
