Et tout de suite…nouveaux méchants et nouveau chemin

- C'est comme si c'était fait !

La voix est réelle. Ses deux compagnons viennent d'entrer dans la pièce.

- Il y a une bonne quinzaine de gardes dans la tour, à présent... Ca va être chaud de s'en sortir... explique Asuma.

Anko regarde avec amusement le garde, qui ne sait plus où donner de la tête.

- Hé bien alors, tu fais durer les choses, Kurenai ?

- Facile à dire, il est plutôt doué, le bougre...Occupez-vous de la fille, je vous rejoins ! dit cette dernière en mettant en pratique les dernières bottes que lui a appris son père, à Konoha, le mois précédent.

Au même moment, pendant qu'Anko monte la garde à la porte, Asuma avance vers la jeune fille.

Mais pourquoi a-t-elle l'air si effrayé ?

Il essaye de prendre sa voix la plus douce.

- Salut, moi c'est Asuma...On vient te sortir de la... Aranda...

Comme elle ne bouge pas, il en déduit qu'il peut approcher sans qu'elle se mette à hurler.

Il tend la main vers elle, lui saisit doucement l'épaule.

- Tu te lèves ? On va te ramener chez toi.

C'est alors que la jeune fille, d'un geste brusque, attrape les avant bras d'Asuma et les sert entre ses doigts. Le ninja pousse un cri perçant.

Anko se retourne vers l'intérieur, juste à temps pour voir son compagnon barbu perdre l'équilibre.

- Asuma !

Le jonin se relève.

Mais qu'est-ce qui s'est passé ?

Au contact de ses mains, il a senti une intense douleur, dans chaque nerf de son corps. Comme si en quelques secondes, tout s'était mélangé... Il masse doucement ses tempes, encore sonné. Anko se précipite dans la pièce et referme la porte derrière elle.

- Je vous informe qu'on est repérés ! Ils sont tous dans le couloir !

Un premier choc ébranle la porte.

- On se casse...Prend Aranda avec toi, Asuma !

Les deux kunoichis enjambent la fenêtre, sautent et se rétablissent avec souplesse sur le sol. Asuma regarde la fille avec inquiétude.

- Et je suis sensé t'emporter comment, moi ?

Il n'a pas le temps de réfléchir. Les gardes vont bientôt enfoncer la porte. Il saisit la fille à bras le corps, lui tenant les poignets pour qu'elle ne tente pas de le toucher à nouveau.

- Hop !

Il bondit à son tour à l'extérieur. Lorsque les gardes arrivent enfin à pénétrer dans la pièce, celle-ci est déserte.

OOOOOOOOO

- La porte n'est pas fermée à clefs...

Ils sont cinq, postés sur le palier devant la chambre d'hôtel des quatre jonin de Konoha.

Celui qui vient de prononcer ces paroles entre sans bruit, faisant signe aux autres de se répartir dans les différentes pièces pour les fouiller. Lui même s'aventure dans la cuisine, sans grand espoir. Effectivement, elle est déserte. De la vaisselle encore sale traîne dans l'évier.

- Hareso-senseï... chuchote la voix de l'un de ces complices.

Il le rejoint dans la chambre. Les cinq hommes se réunissent autour du lit aux draps défaits. Hareso contemple les taches rouge sombre qui les maculent et esquisse un sourire.

- Ils ont un blessé. Ils ne progresseront pas trop vite.

- On pourra facilement les rattraper...commence l'un des acolytes.

- Bien sûr que non. On doit juste ne pas les perdre de vue...

Il déplie le papier qu'il vient d'extirper de sa poche.

- Le vieux Sarutobi de Konoha a envoyé quatre gamins pour accomplir cette mission...

- Ils ont déjà des noms prestigieux, objecte un homme.

Hareso a un sourire carnassier.

- Ca sera d'autant plus amusant. On leur laisse le sale boulot et après, on se les fait. Ceux-là ne verront plus jamais les maisons de leur cher village.

OOOOOOOOOOOOOOOOO

- C'est bon, on est à l'abri, ici, annonce Asuma en enjambant le rebord de la fenêtre pour rentrer, après sa ronde.

Les quatre jonin, de peur d'être capturés chez eux par leurs poursuivants, sont passés à l'hôtel prendre Kakashi et ont filé à toutes jambes à travers la forêt. Au bout de deux heures de marche, ils ont atteint l'orée de la forêt et ont avisé une grange au milieu d'un champ. Ses portes étaient fermées, mais ils ont pu escalader un vieil arbre qui semblait s'appuyer contre les murs, et rentrer par l'étage. La jeune Aranda Shirou, toujours prostrée, s'est blottie dans le foin et regarde fixement devant elle.

A part Kakashi, qui s'est laissé lui aussi tomber histoire de souffler un peu, les autres shinobis échangent un regard. Anko se penche à l'oreille d'Asuma.

- Tu dis qu'elle t'a fait un truc avec ses mains ?

Vif hochement de tête.

- J'ai l'impression qu'elle...il y a eu un truc avec mon chakra, je ne sais pas lequel, mais j'ai tout vu à l'envers. Comme si j'avais pris un coup de jus...

- On va faire gaffe, alors. ' Puis plus haut : Tu peux dormir tranquille, Aranda, nous ne te ferons aucun mal. Nous allons te ramener chez toi.

Sans un mot, la jeune fille s'allonge en position fœtale, et leur tourne le dos.

Kurenai soupire en regardant la grange.

- Ca ne vaut pas l'hôtel...

- On ne restera qu'une nuit ici. Demain, on repart chez Tran Shirou.

Kakashi secoue la tête.

- Il faut qu'on se sépare en deux couples pour agir plus vite. Deux d'entre nous suffiront à ramener la fille à sa mère. Les deux autres resteront dans le coin et trouveront les frères.

- Les types qui la retenaient étaient nombreux, je ne sais pas si c'est raisonnable, seulement deux...Commence à objecter Kurenai.

- On n'a pas le temps de s'inquiéter pour ça, réplique Kakashi. Il y a quelque chose de louche dans cette affaire.

Les quatre ninjas réfléchissent une seconde, et Asuma a finalement un geste d'impuissance.

- Bon. Alors on fait comme ça. Il est évident que tu ne peux pas te déplacer, Kakashi. Tu feras donc partie de l'équipe qui reste ici. Et Kurenai est plus douce qu' Anko, elle rassurera plus la gamine...

Tous se taisent, ne voyant pas d'autre choix.

- Hum...toussote le Jonin barbu. Et avec Kurenai...

Anko baisse les yeux. Kakashi fixe ses orteils. Ils connaissent les équipes habituelles.

OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO

- Tu sais bien que je ne pourrai jamais calmer Anko, s'il lui arrive ce qui s'est passé l'autre soir.

Kakashi laisse docilement la Kunoichi aux yeux rouges remonter son pull pour vérifier ses pansements.

- Parce que moi, j'y suis arrivé, peut-être ?

Kurenai se rappelle de leur conversation de la veille au soir. Elle ne veut pas refaire la même.

- Elle ne répètera pas son erreur avec toi, je suis sûre que tu le sens.

Kakashi ne répond pas. Kurenai le sent se crisper sous ses mains.

- Je te fais mal ? dit-elle doucement.

- Ca ira...-il hésite- De toutes manières, on n'a pas le choix. Pour les équipes, je veux dire.

- Non.

Kurenai passe derrière Kakashi pour achever de ceindre son torse de gaze propre.

- Kurenai...

- Oui ?

- A propos de ce que j'ai dit, sur Anko...

Kurenai se sent sourire.

- Qu'y a-t-il ?

- Hum...Rien. Je peux te demander un service ?

- Dis toujours...

- Demandes-en un peu plus à Tran Shirou sur sa famille, l'air de rien.

- Comme tu veux.

- J'ai beau me creuser la tête, le nom d'Arama ne me rappelle rien.

OOOOOOOOOOOOOOOOOO

- Bon. Laissez les pistes habituelles, pour qu'on vous retrouve, rappelle machinalement Asuma en épaulant son sac à dos.

Le Soleil se lève par-dessus les montagnes bleu sombre. Kurenai aide Aranda à se réceptionner convenablement sur le sol.

- Voilà. On devrait être ici dans quatre ou cinq jours.

Elle regarde tour à tour Anko et Kakashi. La jeune femme, accoudée contre un arbre, affiche une mine inquiète. Quant au jonin aux cheveux d'argent, il semble comme à son habitude dans les nuages.

- Bon, eh bien salut ! Ne prenez pas trop de risques, hein ? dit-elle avec un entrain forcé.

- Salut...maugréent en même temps les deux ninja.

Asuma, Kurenai et Aranda (à qui les shinobis ont passé des gants, au cas où) s'éloignent lentement.

- On va prendre une autre route, pour ne plus passer par Senoha.

Asuma hoche la tête et entreprend de fouiller ses poches pour retrouver son paquet de cigarettes.

- Ah, mince, je crois que je les ai oubliées...

Il enfonce ses mains dans ses poches, grincheux.

Kurenai observe discrètement Aranda, son joli visage...

Pas étonnant que Seita Anitobi ait tellement tenu à sauver cette jeune fille...

Elle n'a toujours pas ouvert la bouche et regarde le sol en marchant. Elle n'a plus tenté de s'échapper, elle courbe la nuque comme si elle était résignée.

- Kurenai ?

- Mmh ?

- Tu penses qu'on a bien fait de laisser les deux zigotos tout seuls ?

- Je ne sais pas. Sincèrement.

Elle regarde derrière elle. La gorge a disparu depuis longtemps.

- Je crois que le problème n'est plus avec Anko.

OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO

Anko les a regardé s'éloigner jusqu'à ce que leurs silhouettes ne soient pas plus grandes que le chas d'une aiguille. Un long soupir soulève sa poitrine. Elle a un peu froid. Elle frictionne ses bras quelques secondes et retourne vers la grange. Kakashi nettoie ses kunaïs soigneusement. Il ne lève pas la tête en entendant Anko entrer. Mais après quelques secondes, tout en maudissant Kurenai et Asuma pour la pseudo psychothérapie qu'ils lui imposent en le laissant avec la jeune femme, il lève tout de même les yeux vers elle.

Pour la première fois depuis quelques jours, elle soutient son regard. Un nœud lui enserre la gorge. Il a d'épaisses cernes sous les yeux, et elle sait très bien qu'il ne dormira pas ces prochaines nuits. Pas après ce qui est arrivé. Et ce qui l'effraye le plus, c'est qu'elle n'arrive pas à décrypter ce qui brille dans l'unique prunelle offerte à sa vue.

- Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ?

Ce qu'ils font...Elle se prend à sourire.

Elle pourrait lui présenter ses excuses, pour ce qu'elle lui a fait. Pour ce qu'elle a brisé. Elle le voit encore tout étonné, elle sent la brûlure de ses doigts crispés autour de son poignet, lorsqu'elle l'a...

Ce qui la bouleverse, c'est l'état dans lequel elle était à ce moment-là. Exactement ce qu'elle craignait. Comme avant. Le bonheur en entendant son cri, le plaisir en voyant couler le sang...

Quelque chose de bestial. De primaire et sauvage. En temps normal, les effusions de sang lui répugnent...elle ne veut en voir jaillir qu'un. Celui d'Orochimaru, celui-là même qui lui a donné le goût du meurtre.

Et il y a quelque chose de pire encore que de ne plus être soi, que de vouloir voir souffrir son ami...c'est de...non. Elle ne peut pas l'admettre. Elle ne veut pas.

Kakashi se lève avec un soupir.

- Anko ? Tu es parmi nous ?

Il la repère, couchée dans le foin. Il s'éclaircit la gorge.

- Bon. On part quand tu veux. Je propose qu'on poursuive un peu vers le Nord, le long de la chaîne de montagnes. Il n'y a pas trente six chemins qui partent de Senoha. Il faut qu'on retrouve une piste. Il nous manque deux gamins, après plus de deux semaines de mission.

Anko se redresse, époussette ses vêtements.

- Allons-y tout de suite, alors.

Ca tombe bien. Elle se sent étouffer. Elle brûle d'envie de hurler ce qu'elle a sur le cœur, de prendre Kakashi par les épaules et de le secouer comme un prunier, pour lui dire d'arrêter d'être un mur. De la couvrir de reproches, de pousser une gueulante. Là, elle saurait quoi faire.
Et là survient ce qu'elle n'aurait jamais espéré. Mieux, même.

Kakashi pile net sur le chemin où ils ont commencé à avancer, et la fixe dans le blanc des yeux.

- Ne m'oblige pas à répéter ce que je vais dire. Il faut qu'on poursuive cette mission, et cette histoire, ça nous prend inutilement la tête. Alors c'est moi qui commence : je me sens comme un crétin de m'être fait avoir, et je te jure que si la même chose devait se reproduire, cette fois je ne me gênerais pas pour t'attaquer, moi aussi.

Il attend sa réponse. Son œil semble serein, malgré la dureté de ses paroles. Anko sent la colère monter en elle, et balayer d'un coup sa tristesse et sa honte.

Elle comprend soudain, esquisse un sourire.

- Je t'aurais quand même mis la pâtée de ta vie, l'ébouriffé.

Les deux Jonins se remettent à marcher. Anko sent un poids quitter lentement son cœur.

OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO

Perché sur un rocher, profitant de la fraîcheur que dégage la petite rivière qui chante au soleil, Kakashi bouquine tranquillement, le bout de sa ligne noué à son orteil. C'est la pause de midi. Anko est allée chercher quelques vivres dans une ferme voisine. De son côté, ses plaies l'élancent encore trop, il a préféré rester tranquillement ici, à se reposer un peu.

Ils ont marché toute la matinée, c'est-à-dire cinq longues heures. Ils espèrent trouver bientôt un village, sinon ils finiront par perdre tout espoir de retrouver la piste des deux autres enfants sans retourner au joyeux village de Senoha. Si seulement la fille avait été plus bavarde... Mais ils ne lui ont pas arraché un traître mot. Elle est plutôt jolie, mais sacrément toquée...

Comme d'autres, d'ailleurs, songe Kakashi en percevant un léger craquement derrière lui.

- Anko, qu'est-ce que tu fais ?

- Ah mince...tu m'as repérée.

La jeune femme s'assied à côté de lui, un objet nacré entre les mains.

Kakashi hausse les sourcils.

- Un...peigne ?

Il en a oublié sa ligne de pêche, pour la peine. Anko se charge de la remonter. Un petit poisson aux reflets de tache d'huile frétille désespérément à son bout.

- Tiens...Cet objet te rappelle encore quelque chose ? Et bien oui, c'est un peigne ! Je voulais expérimenter sur toi ma nouvelle technique, le peignejutsu !

Elle agite, menaçante, l'outil denté sous le nez du jonin ébouriffé.

- Avec ta tignasse, j'aurais eu un adversaire à ma taille !

- N'essaye même pas, l'avertit Kakashi, mi menaçant, mi amusé. Et puis, tu es mal placée pour dire ça, en fait.

- Quoi ? Anko prend un air offusqué en palpant son chignon débordant de mèches folles. Tu n'aimes pas ma coiffure ?

- Sisi ! S'empresse-t-il de rectifier. Tu es très...Enfin voilà, quoi : ça va !

Anko pose le peigne bien en évidence sur une roche plate.

- Ne dors que d'un œil, ces prochains jours, ou tu vas te retrouver avec des couettes.

Kakashi, sachant très bien qu'elle est capable de mettre sa menace à exécution, passe ses doigts dans ses cheveux avec angoisse.

Anko le regarde pensivement.

- Quoi ? demande Kakashi, gêné.

- Tu devrais être senseï.

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

- Tu restes admirablement calme, quelle que soit la situation.

Kakashi a trop peur de savoir tout ce à quoi elle fait allusion.

- Un copieur ne peut pas devenir professeur...se défend-il doucement.

Anko, en allumant le feu, se dit qu'elle ne pense qu'à moitié ce qu'elle a dit. Elle sait très bien qu'il est tout fissuré de l'intérieur, et ça depuis son enfance. Elle ne comprend même pas comment tout ça tient encore debout.

Mais est-ce bien important ?

Anko se fait des reproches. Il faut qu'elle arrête d'être sentimentale. A tout réétudier en long, en large et en travers, elle va finir par tourner en bourrique. Elle va continuer cette mission, la réussir, et comme elle l'a fait jusque là, continuer de considérer Kakashi comme un drôle de type, dont le regard embrumé a quelque chose de rassurant, à l'ombre de ses longs cils noirs.

Sont-ils pas trop mignons ….et oui, la mentalité de Kakashi au début du précédent chapitre pouvait choquer…mais bon il a ses raisons d'être odieux, non ? Contente que vous voyiez et appréciez l'évolution de l'histoire et des relations entre les personnages.

Merci beaucoup pour vos commentaires, je suis touchée :D

A la prochaine

Etincelle