Hello!

Me revoici avec un nouveau chapitre (ENFIN)! Il est divisé en 2 parties (j'ai déconné, ce chapitre est beaucoup trop long. Alors pour votre confort de lecture, je le divise en deux.)

Réponse à Deborah :

Merci pour ta review! :D Je suis très très contente que le chapitre 9 t'aie plu. J'espère que celui-ci répondra à tes attentes!


Ses pas sont rapides, réguliers, efficaces. Le temps lui semble s'écouler trop vite, car il sait qu'il marche déjà depuis plus d'une heure. Il n'y a que les prairies et les collines rocheuses qui l'entourent. Sa trajectoire reste inchangée, droit vers le nord-nord-est. Il visualise encore la carte sur l'écran du vaisseau, indiquant la présence d'un petit village isolé.

Quitter leur abri n'a pas été une décision facile à prendre. Laisser Obi-Wan derrière lui est l'un des pires choix qu'il eut à faire depuis ces deux derniers jours. Mais porter son Maître sur une telle distance, aller et retour, en plus des vivres, n'est pas raisonnable. Même si l'idée de laisser l'homme seul dans ce coin reculé, où personne ne peut l'entendre si jamais quelque chose doit arriver, le fait frissonner.

C'est finalement Obi-Wan qui lui fit prendre une décision. Pas que l'homme l'ait convaincu par la parole. Depuis leurs prise de bec, le silence est devenu un invité récurrent dans leurs journées. Le peu d'échange se limite à une pique de la part du plus âgé, ou même au plus simple des silences, souvent bien plus dur à supporter. Il ne croise plus que rarement son regard, Obi-Wan détournant le sien le peu de fois où cela arrive encore.

Non, c'est Obi-Wan en lui-même qui l'a fait se décider. L'homme ne sort plus, reste allongé sur sa moitié du lit toute la journée, ne s'alimentant même plus vraiment. Et ce n'est pas la demi barre de ration, qu'il parvient péniblement à manger, qui va lui permettre de supporter la rééducation.

Anakin avait prévu de partir à la recherche de vivre. Mais la situation a précipité ses plans. Il aurait préféré attendre qu'Obi-Wan puisse se déplacer par lui-même un minimum, de façon à pouvoir se défendre en cas de problème. Et si tout se passait comme il le prévoyait, peut-être même qu'Obi-Wan pourrait l'accompagner, quitte à le porter de temps à autre pour qu'il ne s'épuise pas trop.

Anakin empoigne fermement les pans sa bure, croisant les bras pour empêcher le vent de s'y glisser. Les températures ont légèrement chuté, le vent apportant des courants d'air froid. La brume reste plus longtemps au ras du sol au matin, et la rosée humidifie même le bois du ponton.

Il n'était rentré que quelques heures avant le levé du soleil au soir de leur querelle. Parfaitement silencieux en plein milieu de la nuit, il n'a pas réveillé Obi-Wan car l'homme ne dormait simplement pas. Il s'est glissé sous sa couverture fine, essayant de trouver un peu de chaleur après le temps passé à errer à l'extérieur. Il n'a même pas pris la peine de se débarrasser de la tunique qu'il ne porte généralement pas durant son sommeil. Après les trois jours de mécanique, couplé à son sommeil toujours pas très récupérateur, avec les nombreux cauchemars d'Obi-Wan, et leur dispute, c'est l'exténuation qui a fini par l'assommer très rapidement. Il n'eut que le temps de voir Obi-Wan se reculer un peu, avant que ses paupières ne se ferment.

Le lendemain midi, Anakin mangeait une barre de ration insipide sans réel appétit, assit à la table de fortune. Il tentait de trouver une approche pour le sujet qu'étonnamment Obi-Wan ne semblait pas vouloir aborder.

« Emmène-moi à l'étage. »

Ce sont les premiers mots prononcés par Obi-Wan. C'est aussi la dernière fois que l'homme l'a regardé dans les yeux volontairement. Anakin a immédiatement tenté de l'en dissuader, l'homme n'ayant rien avalé depuis la veille. Mais Obi-Wan s'est contenté d'attendre, assit sur le matelas, qu'Anakin vienne le chercher.

Finalement, Anakin s'est levé du coussin, et s'est rapproché prudemment d'Obi-Wan. Autant il eut envie de le toucher, autant la crainte d'un autre rejet ralentit ses gestes.

Ses bras s'étaient à peine enroulés autour des côtes d'Obi-Wan, que le plus âgé s'est soudainement raidi, avant de le repousser avec virulence. Anakin s'est rattrapé de justesse, une main sur le meuble à côté du matelas. Choqué par une réaction aussi puissante, il est resté interdit de longues secondes.

Obi-Wan respirait vite, irrégulièrement, la tête tournée sur le côté, le regard au sol. Il s'est ensuite lentement reculé du bord avant de s'allonger avec précautions, comme perdu dans ses pensées.

Anakin l'avait regardé sombrer dans une immobilité effrayante, le regard fixé dans le vide. Après quelques secondes, leur lien s'était comme éteint, plus aucune émotion n'émanant de la présence d'Obi-Wan.

Anakin s'arrête enfin, perché sur un rocher pointu qui émerge de la colline. Sous lui, la roche est à nu, comme si le monticule avait été tranché net. Plus ou moins cinq mètres plus bas, un ruisseau longe la parois rocheuse, calme et silencieux. Un peu plus loin, des arbres se dressent, et plus loin encore, par dessus les branches, quelques toits gris clairs créent une éclaircie dans la masse verte. Tout au bout de l'horizon, les montagnes imposantes sont diluées.

Anakin sonde brièvement la Force, puis se retourne vers la prairie d'herbes sauvages qui escaladent la butte où il se tient, son regard scrutant les alentours. Ne détectant aucune présence dans les environs, il fait à nouveau face au vide et s'élance. S'aidant de la Force, il amortit sa chute et retombe sur ses pieds dans un mouvement souple, ses jambes se pliant légèrement. Sa cuisse droite le lance au dernier moment, les cicatrices encore trop jeunes pour être pleinement souples. Regardant autour de lui, il reprend sa prise sur sa bure et s'enfonce dans la forêt.

« Je veux que tu me rendes mon sabre-laser. »

Après une journée passée dans le silence, la voix d'Obi-Wan à quelque chose d'irréel dans l'obscurité de la nuit. Anakin détourne son attention du plafond presque imperceptible à cette heure, et pose son regard sur la nuque d' Obi-Wan. L'homme est allongé sur le flanc droit, son dos se soulevant lentement au rythme de sa respiration. Le silence plane encore quelques secondes, Anakin réalisant que l'homme vient réellement de parler, que ce n'est pas son imagination qui lui joue des tours.

« Tu ne risques rien tant que je suis- »

Mais il aurait sans doute préféré que ce soit sa conscience, que ces mots ne sortent pas de la bouche de l'homme qui lui est si cher.

« Je préfère assurer moi-même ma protection, puisque qu'apparemment je ne peux avoir confiance qu'en moi-même. »

Anakin sent la colère monter en lui, ses poings se serrent sur sa couverture. De la colère envers Obi-Wan pour la crudité de ses mots, pour la manière dont il remet en doute sa dévotion... Et envers lui-même, pour être incapable de lui répondre avec la même froideur. Pour ne pas avoir mieux caché ses blessures.

«J'irai le récupérer demain matin. »

Anakin soupire, levant les yeux du sol irrégulier des bois. Il peut entendre le léger bruit de la foule étouffé par les constructions. Devant lui, deux potagers à moitié vidés de leurs plantes sont entourés d'une petite barricade de troncs solides. À côté, plusieurs petites maisons se tiennent, semblable à celle où Obi-Wan et lui ont trouvé refuge. Seul le toit est différent, les poutres et les planches cachées par de très fines tuiles grises. De nombreuses fleurs grimpantes embellissent les façades, et quelques pots fleuris ornent les fenêtres et entrées de porte.

Anakin utilise le foulard glissé autour de son cou pour cacher son visage jusque sous les yeux, avant de relever le capuchon de sa bure. Sortant de derrière un arbre, il s'avance ensuite entre deux propriétés, longeant facilement les barrières à peine espacées d'une quarantaine de centimètres.

À peine a-t-il contourné deux trois maisons qu'il se retrouve sur une sorte de petite place. Au centre se trouve un puits imposant, où des enfants jouent en rigolant. Tout autour de ce point central, des petits stands de marchands sont installés. La foule est assez dense, ce qui est une surprise vu la localisation de ce petit village. Mais nombreux sont les individus cachés sous un tissus ample et épais, ce qui n'est qu'un plus pour Anakin qui pourra passez facilement inaperçu.

Certains groupes de personnes se sont arrêtés en plein milieu de la place pour discuter de tout et de rien, créant un léger brouhaha avec l'appel des vendeurs pour attirer la clientèle.

Anakin ne perd pas de temps à rester immobile, préférant se fondre au plus vite dans la masse. Après quelques étales seulement, il comprend mieux pourquoi le petit village attire autant de visiteurs. Les étales débordent de marchandises, la plupart lui sont même inconnues.

Rabaissant un peu plus sa capuche devant ses yeux, il s'arrête enfin devant un stand qui propose un fruit qu'il ne pensait pas trouver ici. Bien rangés les uns à côté des autres, quelques shuuras sont présentés avec soin, ces fruits n'étant probablement pas originaires de cette planète.

L'image de Padmé lui revient en mémoire, semblable à la douceur du fruit. Il n'était encore qu'un padawan lorsqu'ils en ont partagé un sur Naboo.

« Combien vous en voulez ? »

Anakin est violemment ramené au présent par la voix de la marchande. Ses yeux croisent rapidement ceux, souriants, de la vendeuse. Le prix sur l'étiquette le fait grimacer sous son foulard. Ils ne sont sûrement pas d'ici.

« Deux. » fait-il de sa voix étouffée par le tissus.

« Très bien ! C'est un bon choix. Vous n'en trouverez pas de plus frais chez les autres, ils ont été cueillis ce matin même. »

Anakin se contente d'acquiescer, espérant qu'elle baisse un peu le ton de sa voix. La dame parait sympathique, mais il espère attirer le moins d'attention possible sur lui.

« Je dis ça parce que j'ai ramené un arbre de Naboo, ce qui fait de moi la seule personne qui peut proposer des shuuras aussi frais. Les autres n'aiment pas trop dépenser autant pour une plante qui pourrait ne pas tenir le voyage. Mais j'ai mes petites astuces. »

Anakin acquiesce à nouveau, gardant le regard sur les fruits et légumes pour éviter un échange de regard trop long. La vendeuse parle toujours aussi fort, comme pour se justifier auprès de tous les clients potentiels arpentant le marché. Il se demande soudain s'il n'aurait pas du tenter sa chance à un autre stand.

« Vous voulez quelque chose d'autre avec ça ? On a de très bons jogans et je vous conseille de vous dépêcher si vous voulez du muja, ça part assez vite et il n'en reste déjà plus tant que ça. »

« Mettez-moi cinq jogans et une bonne quantité de muja. »

La dame acquiesce, préparant rapidement les sacs de fruits avant de les peser.

« Nous faisons aussi un peu de pâtisseries, si ça vous tente ? Ils sont aux blumfruits

Un rapide coup d'œil au plateau indiqué par la vendeuse et la bouche d'Anakin salive. Les gâteaux sont de taille moyenne, dans une forme rectangulaire. Quelques blumfruits sont visibles et le dessus de la pâtisserie brille dans une promesse d'onctuosité.

« Normalement on les fait en muffin, mais franchement, pourquoi ne pas viser plus grand ? »

« Je vous en prends deux. »

Un énième large sourire apparaît sur le visage de la marchande alors qu'elle s'empresse d'emballer la commande. Anakin règle rapidement ses achats, utilisant quelques uns des crédits encore en sa possession. Après avoir placé ses achats dans le sac qu'il a emporté avec lui, il continue de faire le tour des étalages.

Il achète encore quelques petits pains ronds, de la viande séchée et parvient même a trouver quelques capsules de vitamines. Elles seront sans doute d'une bonne aide pour le rétablissement d'Obi-Wan.

Un petit peu en dehors de la zone de stands, Anakin remarque une enseigne holographique dénotant avec l'environnement du village. C'est d'ailleurs la première vraie marque de technologie avancée à laquelle il est confronté depuis son arrivée.

L'enseigne représente un logo typique des marques d'outil de mécanique, et sous elle se trouve une porte laissée grande ouverte, comme pour accueillir les clients. Anakin s'extirpe de la foule, prenant garde à maintenir sa cape fermée dans son poing pour éviter les potentielles mains voleuses si fréquentes sur les marchés de ce type.

Il arrive sans encombre jusqu'à la petite boutique dont l'aspect extérieur ressemble à n'importe quelle autre maison. C'est en pénétrant dans le bâtiment qu'Anakin comprend qu'il s'agit bel et bien d'une maison, probablement toujours habitée par le gérant, car tous les meubles sont ceux d'un intérieur classique. Ils sont simplement tous recouverts de nombreuses boites, petites étagères à tiroirs, assortiment d'outils, bobines de câblages, bandes collantes, tubes et piston de colles ou encore de bouteilles d'huiles et lustrants.

Le magasin est désert de client, et il hésite à totalement y entrer sans l'anonymat que la foule lui garantit. Au fond de la grande pièce qu'est le rez-de-chaussée, un vieux Twi'Lek lui sourit, assit derrière un comptoir de fortune. Derrière lui, plusieurs paquets sont empilés sur des étagères et Anakin reconnaît immédiatement l'emballage comme étant celui de bandes bacta.

Anakin finit par avancer dans la petite demeure, saluant le vieux gérant d'un simple hochement de tête. Il est soulagé lorsque l'homme n'engage pas de conversation, le laissant parcourir les étales à son aise. Il trouve quelques boites de vis semblables à celles qu'il a utilisé pour les prothèses d'Obi-Wan et dont il ne reste plus que quelques pièces dans sa propre réserve.

C'est avec une petite trancheuse de précision à laser, quatre recharges de chalumeau, une bouteille d'huile et deux boites de vis qu'il se présente au comptoir. Le vieux Twi'Lek lui adresse un nouveau sourire alors qu'il enregistre les articles sur son pad artisanal. Le regard tombe finalement sur le petit badge accroché au veston gris du gérant. Il peut y lire Pib'gelo.

« Autre chose ? » fait la voix étonnamment douce de l'homme.

Anakin relève la tête et croise son regard. Il réalise un peu tard que son foulard a légèrement glissé, dévoilant le bas de la cicatrice qui barre son oeil droit, ainsi que son nez. Essayant de garder un air nonchalant, Anakin replace son foulard de ses doigts gantés. Le vendeur sourit toujours, attendant patiemment la réponse. Il considère à nouveau les boites de bacta.

« Cinq paquets s'il-vous-plait. » demande-t-il en indiquant l'étagère.

Le Twi'Lek se lève pour attraper les articles demandés. Au même moment, des pas retentissent bruyamment sur le parquet de la maison, faisant se raidir les épaules d'Anakin. Le son des bottes sur le bois se rapprochent rapidement de sa position, et il baisse la tête lorsque le nouvel arrivant s'arrête à ses côtés. Sa capuche descend bas sur son visage, cachant parfaitement son profil au nouvel arrivant.

« Salut vieil homme. Je suis à la recherche d'ces types, tu les aurais pas vu par hasard ? »

Le vendeur dépose les paquets de bacta sur son comptoir, à côté des autres articles choisis par Anakin. Ce dernier regarde le vendeur prendre le datapad tendu par l'homme à ses côtés. Malgré que l'image soit à l'envers et l'angle mal approprié à une lecture facile, il reconnaît sans hésitation les portraits qui figurent sur l'écran. Sur chacune des moitié respectives de l'écran, le visage d'Obi-Wan et le sien figurent.

La prise sur la lanière de son sac se fait plus forte alors qu'il parvient à maintenir son immobilité. Hissant davantage de bouclier dans la Force pour s'assurer de ne pas laisser sa présence transparaître, il patiente silencieusement, montant déjà un plan de fuite. Il faut qu'il prenne au minimum les paquets de bacta, et si il peut il essaiera d'attraper une boite de-

« Non. Ça ne me dit rien. »

Une partie de la tension quitte les épaules d'Anakin sous la surprise. Il est impossible que le vendeur ne l'ai pas reconnu.

« T'es vraiment sûr ? »

À nouveau, les épaules d'Anakin se tendent, s'apprêtant à un changement d'avis du vendeur. Mais ce dernier rend le datapad avec un sourire poli.

« Je n'ai pas beaucoup de clients, vous savez. Et je n'oublie jamais un visage. »

Oh. Il est vraiment impossible qu'il ne l'ai pas reconnu. Et pourtant, aucune dénonciation.

« Et toi ? Ces têtes te disent queq'chose ? »

Le datapad est maintenant devant Anakin, la main reptilienne de l'inconnu tenant fermement l'appareil pour lui. Il peut à présent clairement voir les deux portraits illuminés sur l'écran. Ce sont les portraits utilisés sur Coruscant pour la propagande de Temple Jedi. Leurs portraits se sont souvent retrouvés projetés sur les nombreux immeubles et les affiches holographiques de la planète-cité à leur retour de combats victorieux.

Anakin se contente de secouer la tête vigoureusement sous sa capuche avant de repousser le datapad du revers de la main.

« T'es sûr ? »

Une main se dépose sur son épaule pour essayer de le tourner vers le Trandoshan tenant toujours le datapad d'une main.

« Parce que s't'as une info, on peut s'arranger pour partager l'fric. »

Du calme, Anakin.

La voix d'Obi-Wan empêche Anakin d'agir impulsivement. Il ne repousse pas la main bourrue qui lui broie l'épaule, et qui ravive la douleur de la blessure de sabrelaser. Pour la seconde fois, il établit un plan d'évasion mais la voix du marchand l'arrête à nouveau, beaucoup plus froide cette fois, mais toujours avec ce sourire poli tracé sur son visage bleu pâle.

« Je vous prierais de bien vouloir laisser mon client tranquille. Je n'en ai déjà pas beaucoup, alors je n'ai pas besoin d'une personne comme vous pour faire fuir le peu d'entre-eux qui ressortent d'ici avec des achats. »

La main quitte immédiatement son épaule et Anakin prie pour que l'inconnu quitte au plus vite les lieux, pour qu'il puisse enfin payer ses achats et s'en aller. Ses prières semblent s'exaucer lorsqu'il entend le Trandoshan ranger le datapad dans un pan de sa veste épaisse.

« Très bien. Je s'rais encore dans l'coin si vous voyez un truc. »

Les pas s'éloignent immédiatement après ça, et Anakin reprend une respiration plus profonde. Il lève finalement la tête et regarde le vendeur ajouter le prix des boites bacta sur son pad. Le vieux Twi'Lek place ensuite tous ses achats dans un sac de tissus avant de le lui tendre et de récupérer les crédits que lui tend Anakin.

« Merci. »

Les deux hommes se regardent, et Anakin perçoit immédiatement la compréhension dans les yeux du Twi'Lek. Il sait que ce remerciement vaut pour le service, comme pour la situation qui vient de se jouer une minute auparavant.

« Je vous en prie. » Le sourire de l'homme s'efface soudainement et sa voix se fait discrète. « Faites bien attention en partant, qu'il ne vous suive pas.»

Anakin acquiesce, abaissant son foulard pour adresser un vrai sourire à l'homme en face de lui. Le Twi'Lek lui sourit à nouveau, posant une main légère sur la sienne pour le retenir.

« Et si vous le pouvez, remettez mes remerciements à votre ami. C'est grâce à lui si je suis libre aujourd'hui. »

« Je n'y manquerai pas. »

Le vieil homme incline légèrement la tête, un sourire franc sur son visage.

« Ne vous attardez pas davantage. »

Anakin s'incline à son tour, place ses achats dans son plus grand sac maintenant bien rempli et replace son foulard. Il jette un dernier regard de remerciement au vendeur toujours assit derrière son comptoir avant de tourner les talons vers la sortie.

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Il traverse le champ d'herbes hautes rapidement, cherchant déjà dans la Force une potentielle anomalie. Mais tout est calme, comme si le lieu était inhabité. Aucune fumée ne s'échappe de la cheminée, et il se dit que peut-être Obi-Wan aurait finalement trouvé le sommeil en son absence.

L'angoisse l'avait gagné sur le chemin du retour, la crainte qu'Obi-Wan n'ait été débusqué par un autre mercenaire en son absence. L'image du Trandoshan posté en face du magasin d'outillage lui revient en mémoire. L'homme l'avait suivit dans la petite allée de maisons, comme une pression silencieuse. Il était parvenu à le semer en traversant le marché, sa bure se confondant facilement avec celles des nombreux autres individus.

Il ne pense pas que le Trandoshan l'ait reconnu, ni même qu'il ait un doute sur sa véritable identité. Il n'a pas pu voir son visage, et il lui a paru bien trop idiot pour réaliser ce qui se jouait réellement devant lui.

Ses pas résonnent un peu sur le bois du ponton, et il peut entrevoir la silhouette étendue d'Obi-Wan en passant devant la fenêtre la plus proche de la porte. Il s'arrête brièvement pour détailler l'homme endormi. Étendu sur le ventre en travers du matelas, une couverture est emmêlée dans ses jambes. La deuxième, celle qu'Anakin utilise, serpente autour de la base de son dos nu, remonte entre le matelas et le torse d'Obi-Wan et finit roulée en boule sous sa tête pour en faire un coussin. Il semble réellement plongé dans un sommeil réparateur pour une fois, le visage à moitié caché dans sa couverture.

Anakin secoue légèrement la tête pour se détacher de l'image hypnotisante, et s'avance pour ouvrir la porte le plus discrètement possible. Obi-Wan ne se réveille pas alors qu'il referme la porte derrière lui, et trace son chemin vers la table avec précaution, évitant les lattes de bois qui craquent et grincent le plus.

Il s'installe sur l'un des coussins, choisissant celui qui fait face au lit pour garder l'homme endormit sous sa surveillance. Il patiente encore quelques minutes, profitant de l'absence de froideur qui accompagne la présence d'Obi-Wan. Le seul son qu'il peut entendre est le souffle régulier et profond de son Maître.

L'envie de le rejoindre grandit soudainement en lui. Le contact de l'homme lui manque horriblement. Il s'imagine s'asseoir près de lui, passer une main dans les cheveux blonds aux reflets orangés et désordonnés par le sommeil, poursuivre sa route jusque dans la nuque détendue, glisser entre les omoplates, et suivre la cicatrice jusqu'au creux du dos finement dessiné.

Un soupir échappe soudain à Obi-Wan, suivit par un grognement étouffé par la couverture. Ça a pour effet d'immédiatement sortir Anakin de sa contemplation, et il fait mine de s'occuper du sac rempli de vivres. Il sort les sacs un à un alors qu'Obi-Wan ouvre péniblement les yeux.

Il se redresse sur ses coudes, et contracte son dos pour tenter d'étirer ses muscles endormis. Il passe ses mains dans ses cheveux et cache un bâillement au creux de ses bras. Lorsqu'il relève la tête, il tourne finalement la tête vers l'origine de son réveil.

Dans la Force, la présence d'Anakin s'était mise à caresser la sienne, le plongeant dans un doux cocon rassurant. Il aurait pu certainement encore resté endormi longtemps, incapable de se rendre compte de l'origine du bien être qu'il aurait repoussé s'il avait été conscient. Non, ce qui l'a réveillé est une caresse plus physique, bien qu'invisible. Un frisson avait démarré à la base de sa nuque, avant de descendre vers son dos, la sensation devenant aussi réelle qu'un contact physique au moment où cette main invisible avait suivit sa cicatrice. Toujours bercé par la douceur de la présence du plus jeune, Obi-Wan n'avait pu s'empêcher de soupirer de contentement. Dès cet instant, la main invisible et la présence d'Anakin l'avaient quitté, le laissant face à la chaleur beaucoup moins puissante de la Force elle-même.

Mais maintenant bien éveillé, il dresse de nombreux bouclier entre Anakin et lui, brisant toute chance d'échange. Il ne veut plus le sentir contre lui. Il ne veut plus se sentir faiblir à son contact.

Anakin n'ose plus lever les yeux. Il sait qu'Obi-Wan le dévisage, son regard pèse lourdement sur lui. À la place, il continue de sortir les multiples sacs du plus grand, essayant de ne pas trop penser aux yeux bleu.

Il finit par trouver ce qu'il cherchait depuis le début, ce qui n'est autre que les gâteaux aux blumfruits. Le papier dans lequel ils sont emballés arborent maintenant de larges auréoles plus sombres, témoignant de la richesse de la pâtisserie. Ils dégagent un fort parfum de gâteau, comme s'ils étaient sortis du four i peine une heure. Anakin teste brièvement la résistance de la pâte qui s'avère aussi moelleuse qu'il le prévoyait.

Dans la périphérie de sa vision, il devine Obi-Wan qui enfile sa blouse abandonnée à côté du matelas. Il ne lève toujours pas les yeux lorsqu'il l'entend ramper sur le parquet, préférant ouvrir les autres sacs de nourriture.

Obi-Wan s'installe finalement en face de lui, plaçant ses jambes en sirène à l'aide de ses mains, avant de s'accouder à la table basse. Anakin le voit, toujours indirectement, regarder dans les sacs. Il décide de le laisser découvrir ce qu'il a rapporté par lui-même et saisit le gâteau qui le tente depuis qu'il y a posé les yeux aux marché. Il s'en prend une part, avant de volontairement le placer au centre de la table, comme une proposition silencieuse.

Il sent à nouveau le regard d'Obi-Wan sur lui alors qu'il prend une bouchée de sa part. Le plus âgé semble hésiter quelques secondes, sa main passant près du gâteau, avant de saisir un jogan.

Ils mangent tout deux en silence. La main d'Obi-Wan se retrouve assez vite perlée de jus du fruit violet. Cette nouveauté alimentaire semble relancer son appétit, car il finit ce fruit assez gros avant qu'Anakin n'aie finit sa part de gâteau.

« Tu as les remerciements d'un Twi'Lek. » fait soudainement Anakin, arrêtant Obi-Wan dans le grignotage de l'épais noyaux du jogan. « Il tient un petit magasin d'outillement dans le village où je suis allé. Il m'a dit que tu l'avais libéré. Un certain Pib'gelo. »

Le nom fait soudainement se détendre les traits d'Obi-Wan, un léger sourire se traçant sur ses lèvres, à peine visible sous sa barbe pas réellement entretenue. Anakin reste silencieux alors qu'Obi-Wan se replonge dans ce souvenir où il était encore capable d'aider son prochain.

« J'aimerais sortir quand tu auras fini de manger. »

Anakin est surpris par la demande d'Obi-Wan. Sa voix n'est pas froide, ni tranchante, probablement bercée par la légère nostalgie.

La surprise est agréable.

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La créature est sous l'eau, si proche du rivage. Elle peut distinguer la silhouette qui lui fait dos, assise sur la berge. Les orbes violettes sont immobiles, elles traquent. Dans la Force, il peut sentir la détresse. Il boit.

Mais il reste sous l'eau, tapis sur le fond, son corps d'écailles imitant parfaitement le sol immergé. Autour de lui, de fines algues ondulent, les ligaments verts dansant au ralenti. Un crustacé creuse le mélange de terre et de sable en quête de nourriture.

Les orbes violettes virent au rouge.

Il sourirait, si il avait une bouche.

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Les yeux clos, les jambes étendues devant lui, le vent doux et frais dans ses cheveux, Obi-Wan tente de se plonger dans la méditation qui l'avait si bien aidée. Mais il ne parvient plus à atteindre ce stade de libération totale, celui qui lui permet de nettoyer son esprit de tout sentiment exacerbé.

Non, il ne parvient pas à quitter la colère. Ce sentiment puissant qu'il refuse d'affronter dans toute sa force en ouvrant le dialogue à nouveau. Car il sait que lorsqu'Anakin lui confiera la vérité, elle sera bien plus incontrôlable qu'elle ne l'a été il y a deux jours. Il ne se sent pas près à entendre comment tous ses efforts pour Anakin ont été réduit au néant.

Mais la colère est toujours divisée dans son esprit. La deuxième partie étant en permanence à son encontre. Il aimerait ne pouvoir plus supporter la voix d'Anakin, vouloir fuir son contact, ne pas désirer son aide lorsqu'il se lave, ne pas imaginer sa bouche sur la sienne, ses mains sur son corps. Il se hait.

Alors il le fuit, le repousse, allant à l'encontre des envies de son corps, ne répondant plus aux pulsions positives de la Force. Il sait que s'il cède au contact d'Anakin, il n'aura plus de contrôle sur ses décisions.

Il sait maintenant. Il comprend enfin pleinement cette règle du Code qui interdit l'attachement. Et la culpabilité est implacable, car il se sait compromis.

Un Jedi ? Toi ?

Implacable.

Il souhaite soudainement n'avoir jamais quitté le Temple. Peut-être Maître Yoda aurait-il pu le conseiller ?

Il doit être déçu.

Obi-Wan referme soudainement ses poings sur son pantalon.

Ils doivent tous être déçus. Qui-Gon surtout. Il comptait sur toi, tu devais former l'élu.

Obi-Wan inspire profondément.

Il n'y a pas d'émotion, il y a la paix.

Bloque sa respiration.

Il n'y a pas d'ignorance, il y a la connaissance.

Et expire par lentement.

Il n'y a pas de passion, il y a la sérénité.