Désolée, je poste ce chapitre avec un jour de retard !


Chattoncharmant : en effet Will n'a pas fini d'en baver avec Madison !

Butterfly971 : Contente de pouvoir lire de nouveau tes reviews ! L'histoire entre Will et Madison sera au second plan sur certains chapitres (comme celui-ci) mais d'autres chapitres seront limite consacrés à raconter leurs déboires amoureux ! Et puis je n'ai pas inventé leur imprégnation juste pour énerver Allie, Madison aura une vraie utilité à moment de l'histoire !

Katiedu946 : Moi aussi ça m'aurait plu qu'Allie pique sa crise, mais bon je ne peux pas faire d'elle une héroïne hystérique non plus ! « t'aurais pas un moyen pour Lily d'être moins malheureuse ? » : si si j'en ai un justement, mais ça ne se fera pas comme ça, à un moment elle aura besoin d'évacuer sa peine et son mal-être ! « c'est qui qui auras la grippe ? » : réponse dans ce chapitre ^^


Chapitre 7

12h 54, 25 septembre

Complètement déprimée, je regardais William et Madison Brown flirter de manière peu subtile tout en jouant avec mes frites.

Et que je prenne une mèche de tes cheveux, et que je minaude de façon ridicule…

Où était passé le garçon qui avait affirmé, à propos de l'imprégnation, à peine un mois plus tôt : « j'en mourrais d'ennui si ça m'arrivais » ? Et où était passée la fille qui ne supportait pas d'être suivie par un gamin ?

Je ne savais pas trop quand les choses s'étaient débloquées entre eux deux, mais ils étaient inséparables depuis quelques jours. D'après quelques bribes de conversation entendues entre Will et ses copains Harry et Ethan, leur relation s'était améliorée lorsque Madison avait réalisée que mon frère avait la côte auprès des filles. Soudain, il n'était plus l'horrible pot de colle immature qui la suivait partout et le fameux Jeremy était passé aux oubliettes.

-Tu ne manges pas ? s'enquit Elliot, pas le moins du monde dégoûté par la scène qui se jouait devant nos yeux.

Je secouai la tête et poussai ma barquette de frites vers lui.

-Merci, dit-il.

A côté de moi, Lily avait opté pour l'attitude inverse de la mienne : elle faisait tout pour ne pas fixer les deux tourtereaux. Zoey, assise entre David et Elliot, murmura :

-Je n'ai pas trop compris ce qui s'est passé entre eux deux. Jeremy ne va pas être content.

Etait-ce une lueur d'appréhension que je voyais dans ses yeux bruns ? J'émis un gloussement. Il serait amusant de voir l'affrontement entre Will et celui qui paraissait être le Bad Boy de Forks.

-Je ne m'en ferai pas trop pour ça si j'étais toi, répliquai-je. A moins que ce ne soit pour ton frère que tu t'inquiètes.

Zoey ne répondit pas, mais la ride d'anxiété sur son front persista. Madison finit par remarquer qu'elle était le centre de l'attention et, contrairement à la réaction qu'aurait eue Lily si elle avait été à sa place, ça ne parut pas du tout lui plaire.

-Qu'est-ce que vous regardez de si intéressant ? cracha-t-elle.

Kelly, qui la fixait elle aussi d'un drôle d'air, tressaillit et détourna les yeux. De leur côté, Mike Junior et Peter se renfrognèrent.

-Elles sont sans doute jalouses, supposa froidement Hannah.

Elle s'entendait plutôt bien avec l'imprégnée de mon frère, ce qui en disait long sur ce qu'elle était vraiment.

-Jalouses ? Jalouses de quoi ? railla Lily, furieuse parce qu'Hannah avait visé juste -elle était bien jalouse mais pour une raison moins évidente. Ca ne vaut même pas la peine qu'on en discute. Je vais me remaquiller, prétendit-elle.

Ma cousine se leva d'un bond souple, comme si elle ne supportait pas de rester une minute de plus près de mon frère et de son imprégnée. J'aurais aimé faire comme elle, mais Madison était déjà bien trop heureuse de voir la grande Lily Cullen fuir la table des gens populaires de Forks High School.

-Prends tout ton temps, surtout, cria-t-elle à Lily qui s'éloignait.

Personne ne fit de commentaire. C'était déplorable, mais maintenant qu'elle avait reçu une promotion chez les Black-Cullen, nous ne pouvions plus nous opposer à elle, pour la simple et bonne raison que j'aimais Will plus que je ne la détesterai jamais. En plus, sa relation avec Madison était encore récente et donc fragile, sans compter qu'elle n'était pas au parfum pour les loups-garous, vampires et autres. Nous n'avions pas le droit d'ébranler cette imprégnation naissante. Chez nous, c'était quelque chose de sacré.

Le repas se termina dans un silence religieux inhabituel. Madison et Will se murmuraient des choses dont je ne voulais rien savoir pendant que Kelly, Peter et Junior les lorgnaient plus ou moins discrètement, Zoey et David se contemplaient dans le blanc des yeux, Elliot terminait calmement mon plat et mon dessert, et Hannah regardait Nathaniel qui semblait ailleurs (et toujours aussi coincé).

Lorsque la cloche sonna, Zoey et moi nous dirigeâmes vers notre cours d'anglais. A mon grand malheur, Wells était dans le même cours que nous et je sentais souvent ses yeux glacés et inquisiteurs dans mon dos. Devant le tableau, Madame Johnson s'enthousiasmait à propos d'une œuvre célèbre que je n'avais pas lue.

-Dis Zoey, chuchotai-je le plus doucement possible à ma voisine, tu n'as jamais eu l'impression que quelque chose cloche chez Wells ?

Evidemment, c'était le genre de question que j'aurais mieux fait de poser à Elliot, mais je préférais autant éviter d'avoir à rapporter l'épisode humiliant de la voiture et celui de la bibliothèque à quelqu'un qui partageait ses pensées avec une trentaine de loups-garous.

-Non, pourquoi ? fit-elle en se retournant peu discrètement pour jeter un coup d'œil à Nathaniel. Autant Hannah me paraît froide, autant je le trouve… je ne sais pas… normal, quoi.

« Normal » n'était pas un adjectif suffisamment profond. Soit Zoey se fichait comme d'une guigne des gens qu'elle rencontrait, ce dont je doutais fortement, soit Wells n'était pas du tout honnête avec les autres lycéens, au point que son caractère leur paraissait indéfinissable.

-Ah bon, marmottai-je. C'était juste pour savoir.

Je me rendis compte un peu tard que nous avions parlé trop fort. Mme Johnson se précipita devant notre table, poings sur les hanches.

-J'en ai assez de devoir vous reprendre sans cesse toutes les deux ! Puisque c'est comme ça, l'une d'entre vous va changer de place et s'installer à côté de … (son regard tomba sur l'unique personne qui ne possédait pas de voisin de table) Monsieur Wells !

Faites qu'elle ne me choisisse pas. Faites qu'elle ne me choi…

-Mademoiselle Black, veuillez prendre vos affaires et vous déplacer. Je tiens à préciser que ce changement est définitif.

J'obtempérai sans commettre l'erreur de contester sa décision. Avec un peu de chance, elle l'aurait complètement oubliée au prochain cours. Je migrai vers le fond de la salle et m'assis sur la chaise vacante à côté de Nathaniel. Je pris bien soin de l'ignorer et de ne pas le regarder, décidant que nous ne nous adresserions pas la parole de toute l'heure.

Mes plans furent chamboulés lorsque, à peine quelques secondes après que je me sois installée, je vis de l'encre se répandre sur la table de mon voisin. Intriguée, je tournai la tête vers lui : il avait les poings serrés et l'une de ses mains était pleine d'encre. Au cœur de la flaque d'un bleu presque noir qui s'étendait inexorablement se tenait un stylo, probablement brisé en deux par sa poigne.

Ma curiosité était décidément piquée. Je levai les yeux vers le visage de Nathaniel pour voir son expression et étouffai un hoquet de stupeur : il était blanc comme un linge et des gouttes de sueur apparaissaient à son front.

-Hé, ça va ? demandai-je. Tu as la grippe ou un truc comme ça ?

Il ne me jeta pas un regard, ne me répondit pas, mais ses dents serrées le firent à sa place. Non, il n'allait pas bien du tout. Sans réfléchir, je touchai son épaule pour le forcer à m'écouter :

-Tu dois avoir de la fièvre. Tu veux aller à l'infir…

Il se retourna d'un geste si vif que j'en fus interloquée. Ses yeux n'étaient plus que deux billes rondes d'un gris métallique, comme dans mon rêve. Ma main retomba.

-Je t'ai déjà dit de ne pas me toucher ! gronda-t-il.

La colère et l'incompréhension me submergèrent.

-Je voulais juste t'aider ! protestai-je en haussant le ton. Tu es vraiment impossible !

-Eloigne-toi de moi, ordonna-t-il brutalement.

Pris d'imperceptibles tremblements, il me fixait avec un regard d'animal enragé. L'appréhension qui montait peu à peu en moi alimentait ma rage.

-Tu es complètement malade !

Je refusai de céder à la peur, d'adopter une attitude défensive. J'avais beau sentir à quel point il était dangereux, je percevais sa vulnérabilité tout aussi fortement, et ça m'agaçait prodigieusement de me faire repousser aussi violemment une fois de plus alors que je ne lui avais rien fait. J'en avais presque oublié l'endroit où nous nous trouvions, et ce ne fut que lorsqu'une Mme Johnson écarlate de fureur apparut devant nous que je me reconnectais avec la réalité.

-J'EN AI MARRE DE VOUS ENTENDRE PERTURBER MON COURS A TOUT BOUT DE CHAMP ! SORTEZ DE CETTE SALLE ! CA VAUT POUR VOUS AUSSI, WELLS !

Mon voisin se leva d'un bond et quitta la salle au pas de course. J'eus la nette impression qu'il était soulagé... mais de quoi ? De s'éloigner de moi ou des autres élèves ? Sous les regards de ces derniers, j'emboitai le pas à Nathaniel. Je le retrouvai dans le couloir, à quelques mètres à peine de la porte du cours dont nous venions de sortir.

Adossé au mur, il s'était laissé glisser au sol. Ses jambes étendues entravaient le couloir vide. Il avait déboutonné les deux premiers boutons de sa chemise comme s'il manquait d'air -d'ailleurs, sa respiration bruyante confirmait mon hypothèse. Il paraissait souffrir le martyr. Je m'agenouillai à une distance respectable de lui, mes coudes reposant sur mes genoux.

-Va-t-en ! cracha-t-il dans ma direction.

-Cause toujours, tu m'intéresses, répliquai-je vertement.

Je le détaillai avec attention. Bien qu'il semble réellement mal en point, ça ne le rendait pas plus fragile ni plus humain. En fait, on aurait dit qu'une sauvagerie inconnue montait en lui et que sa douleur provenait de ses tentatives pour brider cette force rugissante. A part ses yeux étranges, tout son être m'avait toujours paru criant d'humanité. Aujourd'hui, mon impression était mitigée : même s'il avait encore un physique banal, je voyais ses muscles se tendre sur sa chemise et son comportement m'évoquait plutôt celui d'un Quileute essayant de retenir une transformation qu'autre chose.

-Va-t-en ! insista-t-il de nouveau avec la même conviction et la même rage qu'auparavant.

-Non.

Il laissa échapper un soupir –probablement de fatigue et de lassitude.

-Pourquoi… restes-tu ici ?

Parce que tu n'as pas d'ordre à me donner. Parce que je n'ai pas confiance en toi. Parce qu'il se passe quelque chose d'étrange avec toi et que je ne partirai pas avant de l'avoir trouvé. Parce que tu es un danger potentiel. Parce que je ne laisse pas les gens agoniser tous seuls dans leur coin, aussi insupportables soient-ils. Parce que je n'ai pas peur de toi.

Je m'abstins de fournir une réponse et lui renvoyai la balle.

-Pourquoi veux-tu que je parte ?

-A ton avis ? fit-il en me lançant un regard outré qui voulait tout dire.

Parce qu'il ne m'aime pas, parce qu'il ne veut pas que je le vois comme ça, parce qu'il ne veut pas de mon aide, parce que je le dégoûte. Aucun de nous deux n'était honnête.

-Si un jour le lycée s'écroule, on trouvera encore le moyen de se disputer à propos de la sortie de secours qu'il faudra prendre, marmonnai-je.

-Si ça arrive… je sortirai sans toi haleta-t-il.

Je pris conscience de la chaleur de mes mains avant même que la morsure de la colère ne m'atteigne. A cause du rêve, je n'avais jamais été tendre avec Nathaniel, pas plus que lui ne l'avait été avec moi. Il avait été dédaigneux, arrogant, agressif et provocateur. Maintenant, il était simplement méchant. Même moi, je savais que certaines vérités n'étaient pas bonnes à dire. Je me relevai d'un bond un peu trop rapide et résistai à l'envie furieuse de lui flanquer une bonne paire de gifles.

-Va te faire v… commençai-je avant de croiser ses yeux toujours aussi flippants et de m'interrompre.

J'eus l'impression de toucher du doigt une part de sa personnalité qui avait toujours été un mystère pour moi. Certes, il était odieux mais pas seulement : il était aussi manipulateur et il était justement en train de mettre cette qualité en l'œuvre en se montrant infect pour que je m'en aille. Car c'était son but depuis le début : me faire partir.

Je lui offris un sourire sarcastique et me laissai retomber par terre, assise en tailleur sur le sol. Tout ce que gagnerait Wells aujourd'hui serait d'avoir ma petite personne accrochée à ses basques. Je m'attendais à ce qu'il proteste en me voyant rester auprès de lui, mais il leva les yeux au plafond, la mâchoire et les poings toujours aussi serrés, le souffle toujours aussi bruyant.

-Tu devrais calquer ta respiration sur la mienne, suggérai-je d'un ton docte, ravie de tenir là l'occasion de lui faire payer son air hautain.

Enième regard mauvais -j'avais arrêté de les compter.

-Tais-toi, gronda-t-il.

J'allais lui balancer quelque chose dégoulinant d'amabilité lorsque je les vis de nouveau -les tremblements qui agitaient son corps. Instinct de survie, prudence, raison, quelque chose en moi me poussa finalement à obéir et à rester silencieuse, mais ce ne fut que pour prendre encore plus de risques quelques secondes plus tard. Je voulais vérifier ma toute nouvelle théorie.

Je penchai mon buste en avant, tendis la main vers Nathaniel -pas au point de le toucher mais suffisamment pour qu'il n'y ait plus que quelques centimètres de vide entre nous.

Aussitôt, ses yeux gris s'opacifièrent encore plus, fixèrent mes doigts comme s'ils étaient une dangereuse arme nucléaire.

-Recule, prononça-t-il d'une voix basse et menaçante.

Je laissai retomber ma main. J'avais cru au début qu'il se trouvait mal, qu'il avait besoin d'assistance.

-C'est moi qui te rend comme ça, constatai-je. Pourquoi tu ne me l'as pas dit ?

Il émit un rictus que j'identifiai comme une tentative de ricanement.

-Quelle question ridicule.

Sa voix rauque atténuait légèrement son intonation moqueuse, mais le sens de la phrase restait le même. Il m'avait laissé croire qu'il était victime d'un phénomène qui n'avait rien à voir avec moi et qu'il ne voulait pas que je reste auprès de lui -par honte, par pudeur- alors que je venais d'avoir la preuve que ma proximité empirait son état.

Au moins, il ne niait pas, mais c'était probablement parce qu'il n'était pas en possession de tous ses moyens. La seule chose qu'il paraissait en mesure de faire était m'arroser de sa haine. Etait-ce mon odeur, ma voix ou tout ce qu'il y avait en moi qui le rendait comme ça ?

Je me levai sans un mot et m'éloignai de lui. Je ne savais pas précisément ce qu'il avait, ni de quoi il souffrait, ni en quoi j'étais liée à ce phénomène, mais de toute façon il ne paraissait pas disposé à m'en parler. Alors que j'étais presque arrivée au bout du couloir, sa voix résonna dans l'espace qui nous séparait :

-As-tu peur de moi ou essayes-tu de m'aider ?

-Ni l'un ni l'autre, chuchotai-je. J'ai pitié de toi.

Je tournai à l'angle du couloir et m'adossai au mur, fermement décidée à le surveiller. Zoey avait tort. Je ne savais pas ce qu'était Nathaniel Wells, je ne savais pas s'il était un hybride, je ne savais pas quel sang coulait dans ses veines, mais il n'était définitivement pas « normal ».

OooO

PDV de Renesmée Cullen

14 h 53, 26 septembre

Assise sur les genoux de Jacob sur le canapé du salon, nous étions occupés à nous embrasser avec ardeur. Mes mains se glissèrent sous sa nuque alors que les siennes fourrageaient dans mes cheveux épais et bouclés. Les yeux fermés, je m'abandonnais à la sensation de sa peau brûlante contre la mienne. Ma seule pensée cohérente fut que j'espérais que les jumelles resteraient suffisamment longtemps occupées par leur nouvelle série préférée. Mes doigts tirèrent sur la chemise de Jake, essayant de la faire passer par-dessus ses épaules, puis je…

Rugissement de moteur au loin.

-Ils sont là ! m'exclamai-je.

Je me levai d'un bond rapide sans laisser le temps à Jacob de reprendre ses esprits. Je rajustai mon tee-shirt et remis en place mes cheveux en bataille.

-Nessie, c'était vraiment la peine de s'interrompre pour ça ? râla Jake.

Je passai une main sur son bras.

« Ca fait bientôt un mois que je ne les ais pas vus, ils m'ont terriblement manqué ! »

« Pas à moi, bougonna-t-il mentalement. Un mois sans remarques acerbes de la part des sangsues, c'était le paradis. »

Je l'ignorai royalement, sachant parfaitement qu'il était presque autant attaché à ma famille que moi. Je me précipitai au pied de l'escalier pour appeler :

-Sarah ! Liz ! Venez, les filles !

-Vos ancêtres sont arrivés ! précisa mon mari avant d'ajouter sous mon regard noir. Ben quoi ? C'est la pure vérité, après tout.

Nos filles dévalèrent l'escalier, tout aussi enthousiastes que moi. Alors que Liza s'accrochait à la main de Jacob, Sarah s'enquit :

-Dis Maman, tu penses qu'ils nous auront acheté un cadeau ?

-Je n'en sais rien ma chérie, tu le sauras dans quelques instants, répliquai-je en la poussant gentiment vers la porte.

Je priai intérieurement pour que la réponse soit négative et qu'Alice n'ait pas fait de folie. Les jumelles étaient déjà bien trop gâtées par toute la famille. Nous sortîmes devant le chalet. Je contrôlai difficilement mon impatience : cela faisait bientôt quatre semaines que tous les Cullen (sauf Emmett et Rosalie) étaient partis s'enterrer quelque part au Tibet pour remplir leur fonction de nouveaux dirigeants du monde vampirique en réconciliant deux clans ennemis depuis toujours. Je n'avais eu aucune nouvelle d'eux pendant tout ce temps, même s'ils avaient eu la présence d'esprit de me prévenir que la région était isolée.

Nous n'eûmes qu'à attendre quelques secondes avant que la première voiture, la Porsche jaune rutilante de ma tante, n'apparaisse. Elle se gara devant nous dans un crissement de freins, vite imitée par la Volvo argentée de mon père et la Mercedes de Carlisle.

A peine le moteur coupé, Alice s'éjecta de sa voiture et courut comme une dératée pour venir se jeter dans mes bras et s'accrocher à mon cou :

-Enfin, le retour à la civilisation !

Je lui rendis son étreinte en riant.

-C'était si terrible que ça ?

-Tu n'as pas idée ! s'exclama-t-elle avant d'être interrompue par Edward qui arrivait, accompagné de Bella.

-Et si tu nous laissais embrasser notre fille ? suggéra-t-il d'une voix réprobatrice.

Alice me relâcha et se rua vers les jumelles, se répandant en « Oh mes petites chéries, comme vous m'avez manqué ! J'adore la façon dont vous êtes habillées ! ».

-Ma Nessie, soupira ma mère en me serrant contre elle.

Mon père se joignit à notre étreinte, puis Bella alla saluer Jacob avec autant de joie qu'elle l'avait fait avec moi. Plus mesurées, Carlisle, Esmée, et Jasper s'avancèrent vers nous et je les enlaçai tous les trois avec un plaisir égal. Les cicatrices sur le visage de ma grand-mère étaient toujours apparentes, rappel éternel du combat contre les Volturi que nous avions mené de nombreuses années auparavant.

-Je suis heureuse de vous revoir, souris-je. Quelqu'un veut un verre de sang ?

Alors que Jacob, qui ne se faisait toujours pas à cette pratique, levait les yeux au ciel, j'accompagnai la proposition d'un sourire mutin. Enfant, j'avais toujours adoré les poches de « vrai » sang humain que Carlisle rapportait de l'hôpital. Le sang de synthèse me consolait de ne plus y avoir droit, même si je veillais à ne pas en boire trop souvent sous peine de me retrouver avec de magnifiques et effrayants yeux rouges. Une seule fois m'avait suffit.

-Oh que oui, soupira Jasper sans cacher son soulagement.

Tant mon grand-père que ma grand-mère le fixèrent d'un air légèrement désapprobateur. Eux se refusaient à goûter au sang humain, fut-il du sang de synthèse, et ils savaient pertinemment qu'un vampire pur souche avait plus de mal à se contrôler après ce petit écart qu'un hybride tel que moi.

Je fis entrer ma famille dans le chalet et nous nous retrouvâmes dispersés sur les différents canapés et fauteuils du salon. A côté de moi, Sarah et Liza se collèrent l'une contre l'autre. Jacob enlaça ma taille et posa son menton sur le haut de mon crâne.

-Est-ce que vous nous avez ramené des cadeaux comme la dernière fois ? demanda Sarah d'un ton suppliant.

-Sarah ! la réprimanda Jacob. On ne réclame pas, surtout si c'est pour se faire encore offrir d'horribles robes à froufrous complètement démodées.

-Je vois que ton mauvais goût universel en matière de mode n'a pas changé, clébard, bougonna Alice avant de se tourner vers nos filles. Mais pour vous répondre, mes petits cœurs, je ne vous ait rien acheté pour la simple et bonne raison que nous avons pratiquement hiberné pendant un mois entier -l'horreur !

-Hiberné comme les ours ? releva Liza, les yeux pétillants comme à chaque fois qu'elle entendait parler Alice -cette dernière avait un véritable don pour passionner les enfants.

-Je ne suis pas sûr que la comparaison soit adéquate, objecta mon père. Après tout, Emmett n'était pas là. (Sarah gloussa.) Mais c'est vrai qu'il y avait un peu de ça.

Alice reprit la parole. Elle avait manifestement eut du mal à supporter leur séjour et ressentait le besoin d'évacuer.

-Figurez-vous que le clan de vampires qui nous a hébergés se fait passer pour des moines bouddhistes auprès des humains. Conséquence : nous nous sommes retrouvés bloqués dans un monastère. Pas d'électricité, pas de ville à proximité donc pas de shopping, pas de téléphone fixe, pas de réseau, pas de poste, pas de ...

-Et si tu faisais plutôt la liste de ce qu'il y avait, hein ? se moqua Jacob.

Carlisle affirma, désireux de corriger le tir :

-La compagnie fort plaisante de vampires très cultivés et un endroit propice à la méditation.

A voir l'expression de mes parents, de Jasper et d'Alice, leur temps de méditation n'avait pas porté ses fruits, mais ils ne contredirent pas leur père adoptif, chose que n'aurais pas manqué de faire Emmett s'il avait participé au voyage.

-Et vous avez réussi à trouver une solution pour la guéguerre que se menaient les deux clans ? questionna Jake.

-Oui, mais ce ne fut pas sans peine, grimaça ma mère tout en entrelaçant ses doigts avec ceux de mon père. Le second clan vivait de l'autre côté d'une chaîne de montagne –je ne vous raconte pas notre périple pour dénicher leur repère. Quand enfin nous les avons trouvés, ils ont tout bonnement refusé de rencontrer leurs adversaires. Ce n'est qu'après plusieurs jours de négociation –et grâce au don de Jazz- que nous avons finalement réussi à instaurer des pourparlers.

-Une fois que les deux clans se sont retrouvés face à face, poursuivit Jasper, nous avons frôlé de près la catastrophe parce qu'ils étaient prêts à se sauter à a gorge. Nous avons fait tampon et les avons pratiquement forcés à trouver un terrain d'entente. Quand nous sommes repartis, aucun d'eux n'était particulièrement ravi de l'arrangement établi. Ceci dit, je pense qu'ils attendront au moins une décennie avant d'aller à l'encontre de notre décision et d'engager de nouveau les hostilités.

-Fallait laisser les deux Dracula faire le sale boulot à votre place si c'est si difficile que ça de régner sur les vampires, ironisa Jacob, faisant référence aux roumains Stefan et Vladimir.

Liza frissonna et Sarah s'enquit avec un brin d'inquiétude :

-Le vrai Dracula existe ?

Je passai une main rassurante sur ses cheveux noirs comme l'encre :

-Bien sûr que non, c'est Papa qui raconte des bêtises une fois de plus.

-Changeons de sujet, suggéra Esmée d'une voix douce en couvant les enfants du regard. Nous sommes passés voir Emmett et Rose tout à l'heure (je vis venir le point principal de la discussion avant même qu'elle ne l'énonce). Alors, il paraît que William s'est imprégné ?

Je résistai à l'envie furieuse de prendre ma tête entre mes mains. Autant j'adorais l'imprégné d'Allie, un garçon adorable et courageux comme l'avait été son père avant lui, autant l'âme-sœur de Will ne m'inspirait aucune confiance avant même de l'avoir rencontrée. Lily la détestait, Allie ne la supportait pas, l'avis d'Elliot était mitigé sur la question et Jacob refusait formellement de me montrer les pensées que Will avait partagées avec lui après s'être imprégné. Cela dit, je refusais de juger Madison Brown avant qu'elle me soit présentée, ce qui ne m'empêchait pas de m'inquiéter pour mon fils.

-Voilà qui ne me dit rien qui vaille, commenta mon père en réponse à mon monologue intérieur.

L'arrivée d'Elliot reporta les explications que j'allais immanquablement devoir fournir sur l'imprégnée de Will. L'odeur si particulière de mon fils aîné se fit sentir une seconde avant qu'il n'entre dans le vestibule.

-Alors, on sèche les cours, jeune délinquant ? claironna Jasper en une parfaite imitation de l'humour Emmettien.

-Il finit plus tôt le mercredi, expliquai-je en me demandant tout de même ce qu'il faisait à la maison en début d'après-midi.

D'habitude, il préférait aller à La Push, à l'instar de ses frères et sœurs. Elliot entra dans le salon, et tous les Cullen se levèrent pour le serrer affectueusement dans leur bras les uns après les autres. Manifestement pressé, notre fils ne s'attarda pas et sortit un journal froissé de son sac en déclarant :

-Je suis rentré aussitôt après la fin des cours. Regardez ce que j'ai vu sur en première page du journal en passant ce matin devant un kiosque.

Edward décrypta ses pensées et s'étrangla :

-Encore !?

-Fais-voir, réclama Jacob en fronçant les sourcils et en tendant la main vers la revue.

Elliot la lui lança habilement et je me penchai vers Jake pour déchiffrer la première page du journal. Deux corps retrouvés exsangues aujourd'hui dans les rues de Seattle, proclamait l'article. Tous les détails en page 3.

Atterrée, je traduisis ce que tout le monde pensait sans même songer à la présence de mes filles à côté de moi :

-Des vampires nouveau-nés.


Prochain chapitre, Communication épistolaire le 21 novembre.