Disclaimer : Les personnages de l'univers de Mass Effect ne m'appartiennent pas. Ils sont la propriété intellectuelle de BioWare. En revanche, Dae Hyun Hwang, les races aliens inconnues et tous les éléments qui vous seront étrangers (planètes, systèmes inconnus etc etc) m'appartiennent et sont issus de mon imagination débordante =D (Ce disclaimer risque de s'étoffer au fur et à mesure).
Rating : M (violences physiques, psychologiques, etc...)
Genre : Angst/Drama

/!\ Cette histoire n'est pas canon. Certaines choses changent afin de pouvoir correspondre à ce que j'ai imaginé. Certaines réactions, certains interactions, n'existent pas dans les jeux et ont été crées pour les besoins de l'histoire. Merci de votre compréhension
Je remercie mes bêtas lecteurs pour leur patience et le travail qu'ils fournissent (et qui promet d'être titanesque).


Dae Hyun suivit Glyphe et arriva, à sa surprise, devant l'infirmerie. Il arqua un sourcil en voyant que l'Asari se massait la mâchoire d'une main et tenait des bandages de l'autre. Son regard était éloquant, et le Lieutenant soupira. Le Commandant avait, encore une fois, refusé les soins, et l'avait montré de la meilleure façon qui soit : en utilisant les poings. Dae Hyun avait réussi à éviter l'infirmerie pendant plusieurs jours, mais il ne pourrait pas se défiler cette fois. Lui qui pensait qu'une excellente journée s'annonçait...

Chakwas avait depuis longtemps abandonné l'idée de faire quoi que ce soit avec Eireann. Les mains du docteur étaient par ailleurs couvertes de griffures. Liara fixa l'Humain du regard avant de lui tendre les bandages.

- À vous de jouer, Lieutenant. On a bien essayé de faire venir IDA, mais elle est occupée à analyser les résultats des scans.

IDA était, étrangement, la seule personne que Shepard acceptait de voir et avec qui elle était relativement sympathique, bien que toujours rongée par la haine et la colère.

- Comment va-t-elle ? s'enquit le soldat.

Un cri de douleur s'éleva de l'infirmerie.

- À votre avis ? Je pense qu'elle est toujours aussi violente. Si vous arrivez à la convaincre de se laisser faire, je crois que l'équipage vous portera aux nues, ironisa l'Asari.
- Il n'y a pas moyen de lui donner quelque chose ?

La scientifique détourna le regard pour le poser sur Glyphe, qui tournoyait sur lui-même, comme à son habitude. Ce fut le drone qui répondit.

- Le Commandant Shepard a atteint le taux maximal d'antidouleurs. Lui en redonner serait risqué pour sa santé, déjà bien fragile.
- Je vois, soupira Dae Hyun. Merci, Liara... Je vais essayer de voir ce que je peux faire.
- Bonne chance, Lieutenant...

Elle s'éclipsa en direction de son bureau, son petit drone sur les talons. Devant la porte de l'infirmerie, le Lieutenant attendit avec patience que les cris s'atténuent un minimum. Il colla une oreille attentive contre la porte, et lorsque plus aucun son ne lui parvint, il entra. L'odeur de désinfectant était omniprésente, difficilement supportable. Le commandant était assis sur le rebord d'un des lits, lui tournant le dos. Profitant du fait qu'elle ne l'ait pas encore vu, le soldat retira son Predator, qu'il posa sur une table près de la porte. Il ne voulait pas avoir l'air menaçant et préférait prendre ses précautions, à défaut d'être sûr de lui. Prudemment, il s'approcha de la blessée, avant de l'interpeller doucement.

- Commandant Shepard, je suis le Lieutenant Hwang.

Arrivé à ce qu'il jugeait être bonne distance, il s'arrêta et continua d'observer la jeune femme. Elle ne portait plus les mêmes vêtements qu'à son réveil. Le docteur Chakwas l'avait aidé à enfiler des vêtements plus courts et plus amples, afin qu'elle n'ait pas l'impression d'avoir mal. En réalité, cela ne réduisait pas vraiment la sensation de pression qu'elle avait décrite. Elle était d'une maigreur effrayante : malgré la largeur des vêtements, il voyait ses omoplates saillir et se dessiner sous le tissu. Ses cheveux, attachés en un chignon négligé, ne faisaient qu'accentuer l'émaciation de son cou. Son regard glissa sur son bras gauche, qui avait perdu en tonicité. Ne voyant qu'elle ne bougeait toujours pas, il se risqua à l'interpeller à nouveau.

- Shepard ? Je suis venu pour changer vos bandes. Est-ce que je peux m'asseoir ?

Le silence inquiétant de la jeune femme le fit hésiter à s'installer sur la chaise en face d'elle. Mais il n'avait pas vraiment le choix. Dae Hyun contourna le lit et tira doucement la chaise à lui. Le visage d'Eireann était baissé et elle grattait toujours, nerveusement, la même zone de sa cuisse gauche - une légère plaie apparaissait. Il songea à lui attraper main pour qu'elle arrête mais se ravisa immédiatement : c'était le meilleur moyen pour recevoir un crochet du droit dans la mâchoire. Il s'installa sur la chaise et essaya de capter son regard.

- Je voudrais juste nettoyer vos plaies et...
- Ça ne sert à rien, le coupa-t-elle.

La voix était moins rauque et il retrouvait un peu de ce timbre qu'il avait toujours connu. Malheureusement, Eireann Shepard était toujours d'humeur aussi exécrable et Dae Hyun roula des yeux. Il fallait néanmoins que le soldat prenne toutes ses précautions, tant pour son bien-être à elle que sa sécurité à lui. Au lieu de chercher à la forcer, il préféra jouer la diplomatie.

- Pourquoi est-ce que ça ne servirait à rien ?

Le Commandant leva son regard émeraude et le planta dans celui du jeune homme. Une chape de plomb tomba lourdement dans son estomac. Il n'avait jamais vu son regard aussi expressif, et ce qu'il y voyait ne lui plaisait pas. Avec cette lueur de rage indomptable, il se demandait comment elle ne lui avait pas encore sauté à la gorge. Elle restait encore silencieuse, comme si elle cherchait ses mots.

Elle n'arrivait pas à se concentrer, elle sentait toujours cette douleur courir sous sa peau. Quand elle n'était pas en pleine crise, elle ressentait des picotements, comme des fourmis. Et dès qu'elle atteignait un pic de douleur, cette sensation de fondre, de se dissoudre lui revenait. Ca la rendait folle de ne pas pouvoir dormir ni manger correctement. Elle ne supportait que difficilement les contacts physiques et même prendre une douche était parfois une torture. Elle ne restait d'ailleurs pas bien longtemps sous l'eau. Au bout de quelques minutes de silence, elle prit la parole.

- Parce que ça fait mal. Tout le temps.
- Et si je peux vous permettre d'avoir moins mal ?

Le commandant fronça les sourcils. Elle s'agrippa au bord du lit, se retenant sûrement de vouloir lui sauter dessus. Dae Hyun resta néanmoins impassible, comme si la situation ne l'inquiétait pas – alors que c'était tout le contraire. Il avait l'impression d'être devant un animal blessé, pas quelqu'un de fondamentalement mauvais. Néanmoins, quelqu'un qui se sentait acculé pouvait être imprévisible et Shepard était justement dans cette situation. Le soldat restait silencieux, attendant patiemment que la jeune femme ui lance le moindre signe d'apaisement, voire qu'elle consente à ce qu'il essaie de changer ses bandages. Il glissa une dernière phrase, dans l'espoir que cette fois-ci, sa demande l'atteigne.

- Si vous me laissez vous aider, je vous laisserais tranquille et vous pourrez vous reposer.

Le regard farouche du Commandant croisa le sien et il le soutint, non sans difficulté. Elle respirait la hargne et la haine par tous les pores de la peau, et l'atmosphère s'était considérablement alourdie, mais il considéra son absence de réponse comme étant une approbation. Il se leva, posant les bandes à côté d'elle. Cette dernière le fusilla du regard mais ne fit pas le moindre mouvement hostile. Le Lieutenant déglutit doucement.

- Je ne vous ferai pas mal.
- Y a intérêt, rétorqua-t-elle d'une voix mauvaise.

Dae Hyun ne voulait même pas imaginer ce qu'elle serait capable de faire. Il attendit qu'elle retire son haut, impassible. Il ne la regardait cependant pas dans les yeux, préférant ne pas la provoquer. Avec douceur, ses doigts décrochèrent une agrafe qui se trouvait sur l'épaule et Eireann leva légèrement le bras. Il s'attela à retirer la bande souillée, prenant garde à ne pas y aller trop vite. Ses yeux glissèrent le long du bras de la jeune femme : la peau, malgré quelques cicatrices, ne présentait rien qui puisse faire croire que le Commandant souffre. Pour autant, cette douleur se lisait dans ses yeux, sur ses traits, douleur mélangée à la colère. Une fois qu'il eut terminé son œuvre, le jeune homme s'empara du désinfectant et chercha du regard les quelques cicatrices qu'il y avait sur elle. Il préféra la prévenir.

- Ça risque de piquer.

Elle continuait de le foudroyer du regard. Si elle avait pu le tuer sur place, rien qu'avec ses yeux, il serait déjà mort depuis longtemps. Impassible, il restait maître de ses émotions, même s'il ressentait une certaine angoisse. Quand il appliqua la compresse sur une des plaies, il vit la mâchoire de la jeune femme se contracter et ses poings se serrer si fort que les jointures de ses doigts en devenaient blanches. Dae Hyun, cependant, ne flanchait pas. Il voulait lui montrer qu'il ne la craignait pas, malgré tous les accès de colère qu'elle avait pu avoir ces derniers jours. Les minutes s'égrenaient et le Lieutenant sentait cette hargne grandir chez le Commandant. Néanmoins, elle ne se débattit pas et il commença finalement à remettre les bandes. Doucement, il passa ses bras autour d'elle, essayant autant que possible de ne pas prêter à attention à la nudité de sa supérieure. Il recouvrit la poitrine et commença à envelopper l'épaule gauche, puis le bras tout entier. Il n'était pas médecin mais essayait de s'appliquer. Il fixa la bande avec une petite épingle et regarda Eireann. Il esquissa un léger sourire.

- Vous voyez ? Ça n'a pas fait mal. Je vais terminer avec votre jambe. Et après je m'en vais.

Cette dernière ne l'écoutait plus, remettant son débardeur lentement. Il avait l'impression de parler à une sourde ; elle refusait catégoriquement de lui répondre, son regard vert constamment planté dans le sien, brillant de cette lueur toujours aussi farouche et dangereuse. Le Lieutenant ne reconnaissait pas le Commandant qu'il avait servi, il n'arrivait pas non plus à reconnaître, à travers ce visage marqué par l'animosité, la légende qui avait pris vie il y a maintenant huit ans. Il secoua la tête et continua sa besogne. Dae Hyun n'avait plus qu'à désinfecter quelques plaies, et se réjouissait intérieurement de son sans-faute. Du moins, c'était ce qu'il pensait... jusqu'à ce qu'un grognement parvienne à ses oreilles. Il eut tout juste le temps de relever la tête pour voir la main du Commandant rencontrer sa joue alors qu'elle quittait brusquement le lit. Dae Hyun essayait de comprendre où il avait pu fauter alors que Shepard s'était réfugiée dans un coin de l'infirmerie, une intense sauvagerie émanant d'elle. Le Lieutenant se massa un instant la joue, essayant de faire partir les picotements tandis qu'elle le regardait, avec toute la haine qu'elle pouvait éprouver.

- Pourquoi tu m'as fait ça ? cracha-t-elle.

Le soldat haussa un sourcil, essayant de comprendre ce qu'il avait pu faire. Il regardait ses mains, les bandages, la jeune femme... Et refaisait le trajet inverse. Il n'y avait aucune raison pour qu'elle ait eu mal, il n'avait rien fait qui puisse l'avoir blessé. Il inspira profondément et s'approcha doucement d'elle. Elle se recroquevillait sur elle, non sans perdre le contact visuel. C'était comme si elle tentait de se fondre dans le mur. Si elle avait pu, il n'y avait nul doute qu'elle l'aurait fait.

- Je ne comprends pas, Shepard. Je n'ai fait que vous soigner. J'ai fait exactement la même chose que pour votre torse.
- Non ! T'as fait autre chose ! Et ça m'a fait mal ! Cria-t-elle.

Il fronça les sourcils, complètement perdu. Le discours d'Eireann était incohérent. Plus elle lui posait des questions sur ce qu'il avait pu lui faire, moins le Lieutenant comprenait. L'asiatique se gratta la tête avant de s'accroupir devant la jeune femme. Il laissa le silence s'installer, attendant que la respiration du Commandant ne se calme. Doucement, il tendit la main vers elle. Si elle se comportait comme un animal farouche et blessé, alors il agirait adéquatement.

- Je ne vous veux aucun mal, Commandant. Laissez-moi terminer ce que j'ai commencé et…
- Ne me touche plus ! Je veux sortir !

Elle bondit sur lui avec la rapidité d'un félin et le plaqua au sol. Le contact surprit Dae Hyun qui, dès lors, ne sut plus quoi faire. Il posa son regard sur Shepard, les mains levées sans oser la toucher. Cette situation le mettait mal à l'aise et à nouveau, fit ressurgir un souvenir.

Couloir de la salle des machines, cinq ans plus tôt.

Eireann quittait la salle des machines, après une discussion avec l'Ingénieur Adams. Elle lui avait rapporté les pièces qu'il lui avait réclamée pour le réacteur du Normandy, et il était temps de mettre le cap sur la Flotte Quarienne. Elle avait le regard baissé sur un rapport et ne vit pas l'Enseigne Hwang sur son chemin. Elle le percuta et ils chutèrent lourdement au sol. Eireann grimaça légèrement. Son regard croisa celui du soldat et elle se raidit. Il avait les mains levées devant lui et la regardait, sans savoir quoi faire de ses mains. Le Commandant se mordilla la lèvre inférieure et le coeur du soldat manqua un battement. La jeune femme, par ailleurs, ne comprit pas pourquoi son propre coeur s'emballait. Mais finalement, elle se redressa, brisant cette situation inconfortable.

- Excusez-moi, Enseigne… Je ne vous avais pas vu.
- Ce… n'est rien. J'aurais également dû faire attention.

Ils restèrent un moment immobile, gênés, l'un face à l'autre. Shepard évitait le regard du soldat avant de lui sourire doucement, se massant la nuque.

- Je… je dois y aller.

Dae Hyun sourit maladroitement et s'écarta, laissant son officier supérieur passer à côté de lui pour s'engouffrer dans l'ascenseu. Leurs regards se croisèrent à nouveau. Eireann sentit son coeur manquer un autre battement mais n'y prêta pas plus attention. Et la porte de l'ascenseur se referma sur elle.

Infirmerie du Normandy, de nos jours.

Dae Hyun secoua la tête. Ce souvenir avait été fugace mais la situation n'était malheureusement pas la même. Il réfléchit à toute vitesse mais aucune idée, aucun mot ne lui traversa l'esprit pour apaiser le Commandant, dont il sentait la fureur grandir sans explication. Ils gardèrent cette position un moment avant que Shepard ne fronce les sourcils et qu'un sifflement désapprobateur ne s'échappe de ses lèvres. Elle se redressa rapidement et fila vers la porte de l'infirmerie. Le temps qu'il se relève, elle était déjà devant la porte et avait empoigné l'arme qu'il avait laissé à l'entrée, avant de sortir.

- Et merde !

Il savait qu'elle n'irait pas bien loin. Elle serait rapidement arrêtée, mais là, elle était armée et si l'équipage s'était armé... C'était bien pour se protéger d'elle. Dae Hyun maudit son incompétence sortant immédiatement derrière elle. Cette dernière s'était retrouvée face à deux soldats, qui la braquaient, lui invectivant de poser l'arme au sol. Eireann portait la main à sa tempe, blêmissant de plus en plus. Hannah et Liara étaient sorties du bureau de l'Asari et regardaient la scène, stupéfaites. La mère voulut s'approcher de sa fille, mais l'Asari la retint par le bras ; le Lieutenant, lui venait de s'interposer entre la convalescente et les deux gardes. Les deux soldats semblèrent se calmer sous le regard de Dae Hyun qui, froidement, les menaça.

- Baissez vos armes ! Ou je vous jure que la seule chose que vous verrez ces prochains jours, ce sont les chiottes !

Le Commandant, quant à elle, serrait le Predator entre les mains, encore maladroite. Elle leva son arme pour le braquer et le lieutenant sentit l'adrénaline monter. Il ne devait pas céder à la crainte qu'elle lui inspirait. Il posa son regard sur elle, tentant de rester le plus calme possible.

- Shepard... Donnez-moi cette arme. Réfléchissez un peu, vous ne pourrez pas vous échapper comme ça.

Son intervention eut tout sauf l'effet escompté. Elle le braquait à présent avec assurance, récupérant ses réflexes de soldat. Son corps retrouvait la mémoire... Dae Hyun aurait préféré qu'il n'en fût rien.

- S'il vous plaît, Shepard, donnez-moi cette arme.
- Et pourquoi ? Pour que vous puissiez à nouveau m'enfermer ?! J'ai quoi en échange ?! S'exclama-t-elle.
- Shepard...

La confrontation silencieuse dura de longues minutes. Lieutenant et Commandant se regardaient en chien de faïence. L'Amiral restait en retrait, sa main posée sur sa propre arme de poing. Fille ou pas, si elle représentait un danger, elle devait être prête à la neutraliser afin qu'elle ne puisse pas nuire. Elle n'avait pas de bouclier, rien pour la protéger, une simple balle suffirait à stopper toute agression. La main tendue du Lieutenant ne bougeait pas, il s'était figé et était devenu aussi raide qu'une statue. Une véritable tension s'installait entre les deux personnes, qui refusaient l'une comme l'autre de faire le premier pas. Alors que le temps semblait s'être arrêté, ce fut finalement Eireann qui obtempéra. Elle avait fini par accepter qu'elle ne pourrait rien faire. Lentement, elle baissa son arme, posant une simple condition :

- Ok... j'te la rends. Si je sors de cette foutue pièce. Et que je n'y retourne plus.
- Je suis désolé, mais... commença Dae Hyun.
- Bien entendu ! Intervint Hannah. Nous avons justement une chambre inoccupée que vous pourriez occuper. Lieutenant Hwang... Je suis sûre que ce serait un endroit plus approprié pour notre... invitée.

C'était étrange pour Hannah de vouvoyer son enfant, mais elle savait que sa propre fille ne la reconnaissait pas, et vu son état, il valait mieux prendre certaines précautions, comme ne pas l'énerver inutilement. Le fait de parler d'une chambre autre que l'infirmerie semblait avoir temporairement apaisé la véritable furie devant eux, qui rendit l'arme à Dae Hyun. Ce dernier soupira de soulagement avant de remettre l'arme à sa ceinture pendant qu'Eireann continuait à le regarder, un air de défi et de rage sur le visage. L'asiatique commençait sérieusement à se demander s'ils réussiraient à rendre la mémoire à la femme qu'ils avaient connue. Le soldat fit un pas de côté, indiquant l'ascenseur et Shepard passa à côté de lui, en claudiquant légèrement. Il jeta un dernier regard à Hannah qui secouait la tête, d'un air désolé. Il fallait qu'ils tiennent tous le coup, qu'ils endurent, même si c'était difficile. Ils finiraient par y arriver…

Alors qu'ils arrivaient devant l'ascenseur, ce dernier s'ouvrit sur Garrus, qui les regarda avec stupeur.

S'il y avait bien une personne que l'Humain ne voulait pas voir, surtout en compagnie du de la jeune femme, c'était bien le Turien. Les deux hommes se jaugèrent brièvement du regard, puis Garrus posa son regard sur la jeune femme, qui le foudroyait toujours autant du regard. Si son cœur avait pu se briser un peu plus, il l'aurait fait. Il aurait aimé prendre Eireann dans ses bras, lui dire que désormais, il était là pour elle. Malheureusement, il se rappelait encore de la dernière fois où il avait tenté de changer ses bandages et n'avait pas franchement eu le même succès que Dae Hyun. Cela faisait deux semaines qu'elle était revenue à bord du Normandy et cela faisait deux semaines que Garrus n'avait pas réussi à être plus proche d'elle. Contrairement à cet humain-là... Le Turien toisa Dae Hyun d'un regard courroucé. Dae Hyun, lui, déglutit difficilement, sentant la jalousie du turien devant lui. Finalement, Garrus brisa le silence :

- Où va-t-elle ?
- L'Amiral Shepard a accédé à la demande du Commandant de quitter l'infirmerie. Je la transfère dans la cabine qu'elle occupait il y a cinq ans.

La principale concernée les regardait toujours de cet air mauvais. Elle s'entêtait à leur dire qu'elle ne se rappelait pas être leur Commandant, ni même qu'elle n'avait aucun foutu souvenir de son passé, de qui elle était... mais à terme, elle avait fini par réagir au moins à son « prénom » : Eireann, apparemment. Elle commençait doucement à s'impatienter et croisa les bras sous sa poitrine, se retenant de dire quoi que ce soit. Si elle voulait quitter cet endroit le plus vite, il fallait qu'elle essaie, au maximum, de gagner la confiance de ces gens. Elle avait déjà réussi à quitter l'infirmerie pour une autre pièce qui sentirait sûrement moins l'antiseptique et le sang ; la prochaine étape, ce serait de quitter ce vaisseau. Une fois qu'il serait posé quelque part, du moins. La jeune femme sentait toujours la colère danser dans ses veines et son teint devenait de plus en plus blême à mesure que le temps passait, alourdissent l'atmosphère en plus de la tension qu'elle sentait circuler entre les deux hommes. Pour un peu, elle s'en amuserait presque. Un sourire carnassier commença doucement à se dessiner sur son visage tandis que les deux hommes continuaient à se jauger du regard avant que le Turien ne reprenne la parole.

- Et bien sûr, c'est vous qui l'accompagnez...
- Je ne fais qu'obéir aux ordres de l'Amiral, Vakarian, répondit sèchement Dae Hyun. Si ça ne vous satisfait pas, je vous laisse aller lui en toucher un mot.

Piqué au vif, Garrus posa son regard d'acier serti de vert sur l'Humain. Ce dernier soutint son regard sans broncher, avant que le Turien ne s'écarte pour les laisser passer. Si c'était un ordre de l'Amiral... Eireann s'engouffra la première dans l'ascenseur, suivie du jeune homme, qui garda une distance de sécurité mais ne lâchait pas la jeune femme du regard. Dans sa poche, il vérifiait qu'il avait bien les bandages afin de terminer au moins de lui bander la cuisse. A nouveau, il nota qu'Eireann se mit à gratter une zone bien spécifique de son bras gauche. Il soupira et allait ouvrir la bouche pour lui demander d'arrêter, que ce n'était pas bon, mais le regard froid qu'elle lui jeta le coupa dans son élan. Il détourna le regard, la main posée sur son arme de poing. L'ascenseur arriva à l'étage de la cabine de Shepard et le soldat fit signe au Commandant de sortir en premier. Il la suivit de près, demandant ensuite à IDA de déverrouiller la cabine. Une fois que le voyant fut devenu vert, Dae Hyun ouvrit la porte, laissant le loisir à la blessée de pouvoir voir la cabine. Il espérait, naïvement, que cette pièce lui rappelle quelque chose, un quelconque souvenir... mais à son grand dam, elle n'eut aucune réaction, se contentant de jeter un regard dégoûté autour d'elle. Il sortit les bandages de sa poche, laissant la porte se refermer derrière lui.

- Commandant... Je dois juste...

Elle se retourna vers lui sans mot dire, et le regard qu'elle avait ne laissait aucun doute sur son ressenti. Jamais le soldat n'avait vu tant de hargne dans un seul être et c'était loin de le rassurer. Néanmoins, il avait été entraîné à faire face à n'importe quelle situation, et commandant ou pas, il ne comptait pas se laisser faire. Dae Hyun gardait les bandes en main, sans bouger. C'est elle qui fit le premier pas vers lui, se rapprochant dangereusement de sa personne. Eireann ne quittait pas un seul instant son regard du sien, le jaugeant, l'analysant. Il se sentait décrypté de part en part par cette femme et il savait qu'elle cherchait la moindre faiblesse. Il prit une grande inspiration, se redressant quelque peu, prêt à lui faire face, la tension devenant palpable. Elle s'arrêta à seulement un pas de lui. Il pouvait sentir sa respiration chaude contre sa peau et voyait mieux ses yeux verts. Malheureusement, il ne reconnaissait pas l'éclat qu'il y avait dedans. Cette femme qui se tenait devant lui n'était pas le Commandant Shepard, il refusait de le croire. Pourtant, chaque fois qu'elle prenait la parole, il ne pouvait s'empêcher d'espérer le contraire.

- T'es qui ?

Il s'était déjà présenté un nombre incalculable de fois. Mais sûrement avait dû-t-elle ne pas l'écouter. Dae Hyun répondit le plus calmement du monde.

- Je suis le Lieutenant Commandant Hwang Dae Hyun de l'Alliance Interstellaire. J'étais votre subordonné il y a quelques années.
- Je ne m'en rappelle pas, dit-elle froidement.
- Les dommages que...
- Rien à foutre. Qu'est-ce que les autres et toi me voulez ?

Il devait rester calme. Il ne devait pas céder à la tentation de la secouer et de lui remettre ses souvenirs dans le crâne. Hannah avait obtempéré à sa demande pour qu'il puisse récupérer son arme qu'il avait laissé traîner comme un véritable bleu.

- Vous soigner, Commandant. C'est pour ça que vous êtes ici.
- Me soigner ? Vous êtes la cause principale de ma douleur ! Là où j'étais, je ne souffrais pas ! S'emporta-t-elle. Tout ça, c'est exclusivement de votre faute.

Si elle avait pu lui enfoncer un poignard dans le cœur, elle l'aurait fait. Dae Hyun sentit une déchirure dans son âme. De leur faute ? Alors qu'ils étaient venus dans cette galaxie, pour elle, dans l'espoir de la retrouver ? Et elle osait dire que c'était de leur faute ? Le venin de la colère commençait à empoisonner l'esprit du soldat, qui regardait plus durement la jeune femme. Il se rapprocha un peu plus d'elle pour parler d'une voix sifflante.

- De notre faute ? Nous vous avons sortie de là ! Nous avons quitté nos mondes pour vous !
- Mais j'en ai rien à carrer de vos états d'âmes ! Vous aviez qu'à rester chez vous au lieu de venir me chercher ! C'est pas vous qui souffrez tout le temps, constamment !
- Parce que vous croyez qu'on ne souffre pas à notre façon ?

Elle restait silencieuse et il en profita pour reprendre la parole.

- On s'est battus à vos côtés, on est allés jusqu'en enfer pour vous ! Vous étiez notre Commandant, notre amie. Vous croyez que ça nous plaît de vous voir comme ça ?

Eireann fut plus rapide à réagir. Dae Hyun sentit son vêtement se serrer au niveau de sa gorge pendant qu'elle le plaquait contre la cloison de la cabine. Leur soudaine proximité le dérangea tandis qu'il gardait son regard baissé sur elle. Il ne devait pas la malmener, sous aucun prétexte mais ce n'était soudainement pas l'envie qui lui manquait. Le comportement de Shepard commençait à exaspérer le soldat. Si son but était de le faire sortir de ses gonds, elle finirait par y arriver. La respiration du soldat se fit plus hachée et il sentait la colère s'insinuer de plus en plus dans ses veines.

- Qu'est-ce que tu piges pas dans « j'en ai rien à foutre » ? Je suis déjà coincée dans ce trou à rat, j'suis obligée de vous supporter, vous et vos foutus regards compatissants... Et je devrais me soucier de vous ? J'suis pas psy ! J'en ai rien à carrer...

Dae Hyun perdait très rarement le contrôle de ses émotions. Il avait élevé par une famille coréenne, et avait appris l'art du contrôle de soi. Mais là, c'en était trop. D'un rapide mouvement du bras, il se défit de l'emprise de la jeune femme pour lui attraper le poignet, puis ce fut son tour à elle de se retrouver contre la cloison, ses deux poignets fermement tenus par le soldat. Il la maintenait avec force, se contrefichant de pouvoir lui infliger plus de douleur. Il ne supportait plus de l'entendre cracher son venin ainsi alors qu'ils s'étaient tous démenés pour la retrouver. Il ne supportait plus d'être pris pour un abruti, lui qui l'avait soutenue par le passé. C'était d'autant plus difficile que lui se rappelait de toute ça, mais pas elle. Il se rappelait de leurs discussions, des longues soirées passées ensemble à discuter d'elle, de son histoire. Il se rappelait de ses moments de doutes et d'incertitudes, de lui avoir ouvert ses bras pour qu'elle vienne y trouver un refuge, en dépit de sa relation avec le Turien. C'était vers lui qu'elle s'était tournée. Pas un autre soldat, pas même Garrus. Lui. Et de la voir le traiter ainsi le rendait malade. Il la foudroyait du regard et un sourire carnassier naquit sur le visage de Shepard.

- Eh ben alors... On a peur ? On craque sous la pression ?
- La ferme ! Vous passez votre temps à cracher votre venin...
- Eh bien quoi ? Tu veux que je me plie à ta volonté, mon gars ? Susurra-t-elle.

Un frisson parcourut le corps du jeune homme au ton de sa voix. Il était bien trop proche d'elle mais s'il reculait, surtout maintenant, il montrait une forme de faiblesse et il ne devait pas obtempérer. Elle devait se plier, elle devait se calmer. Un long silence s'abattait sur la cabine du commandant alors que ce jeu du regard s'instaurait à nouveau entre eux. Il la sentait se débattre et il voyait, plus que la colère sur son visage, un rictus de douleur apparaître. Il hésita à la lâcher, craignant une feinte de sa part. Quand un hurlement s'échappa des lèvres de la jeune femme, Dae Hyun n'eut pas d'autre réflexe que de retirer son emprise sur elle et de l'envelopper de ses bras avant que les jambes d'Eireann ne se dérobent sous son poids et qu'elle ne chute. Silencieusement, il restait là, contre elle, ses cris déchirant ses tympans. Personne ne pouvait les entendre et il hésita à appeler Chakwas. Mais comme lui avait dit Liara, le Commandant avait atteint la limite des doses journalières d'antidouleur, elle ne pouvait plus en prendre sans craindre des conséquences dramatiques. Il fallait donc attendre que ça passe. Le Lieutenant la maintenait doucement contre lui alors qu'il sentait son corps trembler comme une feuille.

La douleur était insupportable. Eireann avait l'impression qu'on lui compressait le cerveau, sans ménagement. Qu'on s'amusait à faire couler du métal en fusion sur sa peau. Chacun de ses nerfs étaient à vif, lui infligeant un tourment inimaginable. Elle avait tant voulu mourir depuis son réveil. De voir que ces gens-là insistaient pour qu'elle vive... Elle ne le supportait pas. Aucun d'eux ne pouvait imaginer un seul instant ce qu'il se passait dans son corps ; cette impression d'être tiraillée de tous les côtés, en permanence, qu'on lui plantait simultanément des aiguilles dans la peau ou qu'on la coupait de part et d'autre. Cette douleur la rendait folle. Elle ne rêvait que d'une chose : s'arracher la peau, les cheveux… Ou mourir. Mais même cette simple volonté, on la lui refusait, ce qui ne faisait qu'augmenter sa détresse et son mal-être. On lui refusait la paix. Elle était si bien avant, dans ce cocon froid et métallique. Elle n'avait jamais eu conscience de ce qu'il se passait autour d'elle, de ce qui pouvait arriver. Elle dormait profondément, d'un sommeil sans rêve. D'un si long sommeil. Et c'était la seule chose dont elle se rappelait : que le sommeil n'avait jamais été quelque chose de facile pour elle. Peut-être parce qu'encore maintenant, elle se sentait lasse et fatiguée. Désormais... tout était différent. Elle ne dormait plus, mangeait à peine. Tous ces gens, tous ces sourires et leurs faux-semblants l'énervaient. Elle ressentait la peur qu'ils avaient d'elle, la peine qu'ils éprouvaient pour elle, mais elle ne voulait pas de leur pitié. Elle voulait juste s'enfuir, trouver un endroit où elle pourrait s'isoler. Un autre gémissement de douleur se bloqua dans sa gorge : son corps se contractait, ses muscles la lâchaient, la torturaient. Elle frappa de ses poings le torse du jeune homme qui la maintenait, comme si cela lui permettrait d'évacuer ce mal, mais en vain. Ce sentiment d'impuissance la rendait encore plus malade. Cette crise de douleur fut terriblement longue pour la jeune femme, qui sentit dès lors la colère monter en flèche dans son esprit. Une fois que le calvaire fut passé, elle repoussa le jeune homme et s'éloigna de lui en boitant. Eireann planta son regard dans celui du soldat et ce dernier essaya de s'approcher, comme pour tenter de savoir si elle allait bien. Mais bien évidemment, elle n'allait pas bien. Elle ne pourrait pas aller bien de sitôt.

- Pourquoi vous ne voulez pas me laisser ? Pourquoi vous me faites subir ça ?! Est-ce que t'imagine un seul instant le calvaire que j'endure ?
- Commandant...
- Arrête ! J'suis rien pour toi, et surtout pas ton Commandant ! Je préfère être morte plutôt qu'ici avec vous !

Cette dernière phrase brisa Dae Hyun et un voile de tristesse s'abattit sur son visage. Cette émotion n'échappa pas au regard perçant de la jeune femme. Un sourire moqueur naquit sur ses lèvres. Il était... triste ? A cause de ce qu'elle lui avait dit ? Elle s'approcha de lui et plongea son regard dans le sien avant de dire, d'un air faussement compatissant :

- Oh... T'es triste ? Parce que je t'ai dit que tu n'étais rien pour moi.
- Vous ne savez pas, Commandant.
- Je ne sais pas quoi... ?

Dae Hyun foudroya Eireann du regard. Il rêvait de la secouer, de lui hurler à la figure son passé, leur passé et sa mâchoire se contractait sous la colère. Elle ne savait rien parce qu'elle avait oublié, elle se moquait de lui. En plus de le blesser, elle l'humiliait. Dans son cœur se mélangeaint tant d'émotions... certaines qu'il aurait aimé ne pas éprouver en cet instant. Leur soudaine proximité le gêna à nouveau alors qu'il sentait le souffle chaud de la jeune femme sur lui. Il recula avant de se redresser.

- Il serait temps de vous reposer, Commandant.
- Tu fuis. Et tu n'assumes pas, n'est-ce pas ? Tu n'es rien d'autre qu'un lâche.
- Je ne suis pas un lâche, Shepard. Et vous avez oublié... tout ce que nous avons traversé pour vous. Avec vous.

Il se redressa, remettant en place son uniforme avant de la regarder froidement. Non loin de lui, Eireann tentait à son tour de se redresser, bien que plus difficilement. Il regarda la cabine à nouveau, avant de dire.

- Vous resterez ici. Et n'en sortirez qu'accompagnée.
- Quoi ?! Mais tu...
- Vous êtes sortie de l'infirmerie, nous avons accédés à votre demande. Mais votre présence est toxique, trancha-t-il, excédé.
- Tu n'as pas le droit ! s'insurgea Eireann.
- Au contraire... Et pour votre sécurité comme la nôtre, vous ne sortirez que lorsque l'Amiral aura statué sur votre cas.

Dae Hyun tourna les talons sur les protestations venimeuses d'Eireann et verrouilla la porte derrière lui. Tant pis pour les bandages, elle n'avait qu'à se débrouiller. Il entendit les points rageurs de la jeune femme s'abattre sur la cloison métallique, accompagné d'un cri de haine. Le soldat appuya sa tête contre le mur et ferma les yeux, écoutant sans les entendre les flots d'injures qui traversaient les lèvres de l'ancien soldat. Il ne pourrait pas continuer ainsi très longtemps, c'était impensable et inimaginable de la laisser dans cet état. Il leur fallait une solution au plus vite, car plus le temps passait et plus le Lieutenant craignait que la guérison ne soit impossible. Après avoir retrouvé son calme, Dae Hyun se décida à aller voir l'Amiral. Il devait lui faire son rapport.

Hannah était retournée sur la passerelle de commandement, inquiète. Ils ne parvenaient pas à trouver l'aide nécessaire pour guérir le Commandant. L'Amiral se retenait d'exploser de colère. Elle aurait bien désobéi aux ordres du Comité, mais c'était beaucoup trop risqué. Le Comité s'était beaucoup durci depuis la fin de la Guerre des Moissons et bien que n'étant pas d'accord avec leur décision, Hannah n'avait pas d'autre choix que d'obtempérer. Dans son dos, elle entendit la porte de l'ascenseur s'ouvrit. Elle n'eut pas le temps de se retourner que la voix du Lieutenant Hwang s'éleva.

- Amiral.

Hannah resta un moment immobile avant de lui faire face. D'un mouvement de tête, elle le mit au repos.

- Vous voudrez bien m'expliquer ce qu'il s'est passé avec votre arme ?
- Une négligence de ma part, Amiral, répondit le Lieutenant, sans se laisser démonter. Je tenais à ne pas avoir l'air hostile devant le Commandant.

Le regard de l'Amiral se durcit. Néanmoins, elle resta silencieuse. L'asiatique se demanda, l'espace d'un instant, ce qu'elle lui réservait. Se faire prendre son arme de service par quelqu'un de potentiellement dangereux pouvait être sanctionné. Mais le silence, bien que lourd, d'Hannah lui fit comprendre qu'elle ne lui en tiendrait pas rigueur… ou serait prête à lui rappeler cette bévue au moment opportun. Devant le manque de réaction de son interlocutrice, le soldat reprit la parole.

- Je suis parvenu à changer une partie de ses bandages. Je ne lui ai néanmoins pas forcé la main pour le reste...
- Que s'est-il passé ?

Dae Hyun ne répondit pas et se contenta d'observer son officier supérieur. Hannah soupira. A l'évidence, le soldat ne présentait aucune marque de coup mais il avait dû se passer quelque chose d'un peu plus sournois. La langue d'Hannah claqua contre son palais, agacée par la situation.

- J'ai pris la décision de verrouiller la cabine de Shepard en attendant que vous ayez statué sur son cas, reprit prudemment le Lieutenant. Néanmoins, si je puis me permettre, la forcer à l'isolement n'est pas une bonne chose pour elle et risquerait d'aggraver son comportement.
- Et je suppose que vous avez une autre suggestion ? Demanda Hannah.
- Oui, Amiral. Nous devons adopter une autre ligne de conduite envers le Commandant. La soumettre à une surveillance constante. Ne plus être armé à proximité d'elle.

Hannah tourna à nouveau le dos au soldat. Il était plus qu'urgent de trouver de l'aide. Elle regarda Traynor, silencieuse à sa droite, qui attendait sûrement un nouvel ordre de sa part. Il n'y eut plus un seul mot de prononcé, juste une attente lourde d'interrogation. D'une voix lasse, la mère du Commandant brisa le silence.

- Traynor. Dites à Miss Lawson et au Docteur Chakwas que je veux, le plus rapidement possible, tout ce qu'elles peuvent me dire sur une possible guérison. N'importe quoi.
- Oui, Amiral, répondit la spécialiste avant de quitter son poste.
- Lieutenant Hwang ?

Le jeune homme se redressa, dans l'attente de ses ordres.

- Vous avez parlé d'une surveillance constante, n'est-il pas ? Eh bien, comme c'est votre idée, je vous en charge.

Hannah se tourna vers lui. C'était exactement ce que le soldat ne souhaitait pas. L'espace d'un instant, il avait espéré qu'elle désigne quelqu'un d'autre. Garrus, par exemple. Sa mâchoire se contractait nerveusement alors qu'Hannah terminait sa phrase.

- Ainsi, elle ne sera plus obligée d'être enfermée. Néanmoins Lieutenant... Le moindre problème, le moindre incident vous sera directement imputé. Je vous tiendrai pour responsable de tout faux pas, finit-elle froidement.
- Oui... Amiral. Compris, Amiral.

Il eut tout juste le temps de la saluer qu'elle lui ordonna de retourner auprès du Commandant. Dae Hyun s'engouffra dans l'ascenseur, interdit. Comment allait-il gérer Shepard ? Il serait bien obligé de l'enfermer le soir dans sa cabine pour être sûr qu'elle ne se promène pas partout sur le vaisseau. Mais allait-il devoir rester dans sa cabine ? Si elle trouvait le moyen de s'échapper, qui sait ce qu'elle serait capable de faire… Le jeune homme soupira ; il n'avait guère le choix que de rester avec elle, à chaque instant. Mais dans ce cas, comment lui expliquer ? Après avoir fait un détour par le quartier d'équipagepour y récupérer quelques affaires, il se rendit à nouveau à l'ascenceur et tomba de nouveau nez-à-nez avec Garrus. La tension redevenait palpable entre les deux hommes et le Turien posa son regard froid sur l'Humain. Jugeant qu'il était en droit de savoir, Dae Hyun se risqua à l'avertir.

- Le Commandant ne va toujours pas mieux. Il a été décidé par l'Amiral qu'elle serait soumise à une surveillance constante.

Garrus resta un court instant silencieux. Son regard devenait plus dur à mesure que l'homme devant lui parlait.

- Et je peux savoir qui se chargera de cette surveillance ? questionna Garrus.
- Moi, souffla Dae Hyun.

S'il avait pu deviner ce qui allait arriver ensuite, le soldat n'aurait rien dit. Le Turien le saisit par le col et le plaqua contre le mur, le regard menaçant.

- Vous... Vous avez fait tout ça... Juste pour être avec elle ! Gronda le Turien.
- Garrus... Je vous en prie, ne soyez-pas...
- Ne soyez pas quoi, rugit le Turien. Jaloux ? Parce que vous croyez que je n'ai jamais vu comment vous la regardiez ? Avant et encore maintenant ?
- S'il vous plaît... Garrus... Il y a un malentendu, essaya vainement Dae Hyun. Reprenez-vous, c'est un ordre de l'Amiral !

Alertée par le bruit, Samara quitta la baie d'observation afin de voir ce qu'il se passait. L'asiatique tourna son regard vers l'Asari, la suppliant silencieusement de lui venir en aide. Doucement, cette dernière s'approcha, avant de poser sa main sur le bras de Garrus. Un sourire aux lèvres, elle murmura doucement.

- Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée de vous emporter, Garrus. Vous devriez tourner la page. Si c'est un ordre de l'Amiral, je ne suis pas certaine que le Lieutenant Hwang ne s'acquitte de cette mission avec plaisir. Shepard souffre et ne va pas bien. Elle doit être surveillée.
- Mais il… Il est… Il sera… balbutia Garrus.
- Shepard n'est pas elle-même pour le moment. Vous risqueriez d'être blessé, physiquement ou psychologiquement. Je ne pense pas me tromper en affirmant que vous n'avez pas besoin de ça, continua la Probatrice, d'un calme olympien.

Garrus resta immobile, encore un instant, avant de reposer le soldat au sol, non sans l'avoir foudroyé du regard. Le souffle court, Dae Hyun remercia Samara avant de se redresser. Il aurait bien dit quelque chose mais le regard haineux du Turien le fit se raviser. Décidément, chacune de ses rencontres avec ce géant lui valait, au mieux d'être plaqué contre un mur, au pire, d'avoir le nez cassé. Tout en remettant son uniforme en place, Dae Hyun tourna les talons, sans un mot, avant de se diriger vers la cabine de Shepard. Si en plus d'une Shepard à l'esprit dérangé, il devait gérer un Turien jaloux, Dae Hyun ne donnait pas cher de sa peau. Alors qu'il se préparait mentalement à la pire journée, voire semaine de sa vie, le soldat pria intérieurement une quelconque force supérieure de leur venir en aide. Sinon, à l'instar de cette mère éplorée, qui s'épuisait à tenter de trouver une situation, il savait qu'aucun ne sortirait indemne de cette histoire.