Voilà voilà la suite ! Pour ceux qui ont encore du mal à comprendre cette histoire, ce chapitre vous expliquera bien des choses... Et encore plus pour les prochains. D'ailleurs, en parlant de prochains chapitres, je me permet de me donner une petite pose d'une semaine à cause de mes Bacs blancs qui tombent donc je ne posterais pas la semaine prochaine (ou alors peut-être si j'ai le temps mais c'est vraiment pas sûr...) Comme d'habitude, merci pour vos reviews ! J'adore les lires, elles me font vraiment plaisir alors n'hésitez pas à continuer d'en mettre !

Sur ce, Bonne lecture ! :)

Chapitre 11-BLAINE

10°c

Nous détalions, comme glissent des gouttes d'eau sombres et silencieuses, par-dessus les fourrés et les ronces, entre les arbres, pourchassés par les hommes.

La forêt que je connaissais si bien, la forêt qui me protégeait, était envahie de leurs acres effluves et de leurs cris. Je fonçais, ventre à terre et, tout à tour guidant les autres, je les maintenais groupés. Les troncs abattus et le sous-bois semblaient peu familiers sous mes pattes, et je n'évitais de trébucher qu'en bondissant –qu'en planant presque, sans toucher le sol.

Ne pas savoir où j'étais me terrifiait.

Nous échangions des images sans mots, dans notre langue muette et simple : formes sombres derrière nous, silhouettes couronnées d'orange vif menaçant, loups immobiles et froids, parfum de mort aux narines.

Un craquement assourdissant m'emplit soudain les oreilles et me fit perdre l'équilibre. J'entendis gémir près de moi. Je savais de qui il s'agissait sans avoir à tourner la tête, mais je n'avais pas le temps de m'arrêter, et l'aurais-je eu que je ne pouvais rien faire.

Une nouvelle odeur –de pourriture et de l'eau stagnante- me monta au museau : le lac, ils nous poussaient vers le lac. Une claire vision de vaguelettes clapotant doucement, de l'humus pauvre des berges où croissaient quelques rares et maigres résineux, de la surface de l'eau s'étendant de toutes parts vers le lointain, emplit simultanément ma tête et celle de David, notre alpha.

Une meute de loups se presse contre la rive. Sans issue. Prise au piège.

Ils nous chassaient. Nous glissions, fuyant leur approche, comme des spectres des bois. Et certains des nôtres s'écroulaient, qu'ils se soient ou non battus.

Les autres continuaient à courir, à courir vers le lac.

Je m'arrêtais.


KURT - 9°c


Ce n'était plus la forêt aux teintes flamboyantes d'automne dans laquelle je m'étais promené seulement quelques jours auparavant, mais des bois touffus, des myriades de troncs sombres, que la nuit tombante obscurcissait plus encore. Le sixième sens qui m'avait auparavant guidé s'était évanoui, et e ne retrouvais pas mes passages familiers, détruits par cette invasion de chasseurs. Complètement désorienté, il me fallait sans cesse m'arrêter pour tendre l'oreille aux cris des hommes et au bruissement de leurs pas dans les feuilles mortes.

Mon souffle me brulait la gorge quand a surgit enfin, loin devant moi, l'éclat orange d'une casquette. J'ai appelé, mais l'homme, hors de portée de ma voix, ne s'est même pas retourné. Puis j'ai vus les autres, des points oranges isolés progressant avec une implacable lenteur, tous dans la même direction, chassant les loups devant eux.

-Stop ! ai-je hurlé.

Je distinguais à présent la silhouette du chasseur le plus proche, un fusil à la main, les jambes douloureuses, titubant légèrement de fatigue, je me suis avancé à sa rencontre.

Surpris, l'homme s'est arrêté et m'a attendu. La nuit était si sombre que j'ai du m'approcher de très près pour discerner ses traits. Son visage, âgé et ridé, me disait vaguement quelque chose, mais je ne me rappelais pour où je l'avais rencontré. Il m'a regardé avec un curieux froncement de sourcils. Je lui ai trouvé l'air coupable, mais peut-être que je me faisais des idées.

-Qu'est ce que vous fichez ici ?

J'ai amorcé une réponse avant de me rendre compte que le souffle me manquait. Les secondes s'écoulaient, une a une, je cherchais ma voix.

-Il faut arrêter ! Une de mes amies prend des photos dans les bois.

L'homme a considéré la forêt qui s'obscurcissait en plissant les yeux.

-Maintenant ?

-Oui maintenant ! me suis-je écrié en essayant de réfréner mon irritation. J'ai soudain avisé le talkie-walkie qu'il portait à la ceinture. Appelez les chasseurs, je vous en supplie, et dites-leur de revenir ! Il fera bientôt nuit noire, ils ne pourrons pas la voir !

Il m'a dévisagé un long moment, avant de hocher la tête, puis il a décroché l'appareil et l'a porté, comme au ralenti, à ses lèvres.

-Plus vite !

L'angoisse me transperçait comme une douleur physique.

Il a appuyé sur le bouton pour établir la communication.

Une série de craquements secs à soudain retenti non loin de là. Pas les petits Pops en provenance de la route, mais une véritable slave de détonations, des coups de feu, qui ont fait bourdonner mes oreilles.

En proie à un étrange détachement et comme flottant hors de mon propre corps, les genoux inexplicablement faibles, le cœur battant à tout rompre, j'ai vu un voile rouge monter devant mes yeux, tel un cauchemar écarlate et funeste.

Le gout métallique dans ma bouche paraissait si convaincant que je me suis passé la langue sur mes lèvres : non, je ne saignais pas. Aucune douleur. Toute sensation s'était évanouie.

-Quelqu'un se promène dans les bois, a dit le chasseur dans le talkie-walkie, sans remarquer qu'une partie de moi agonisait.

Mon loup. Mon loup. Je ne pouvais penser à rien d'autre qu'a ses yeux.

-Hé vous ! m'a apostrophé une voix juvénile tandis qu'une main me saisissait fermement l'épaule. Qu'est-ce qui vous a pris de détaler comme ça ? C'est dangereux par ici bon sang !

Karofsky s'est tourné vers le chasseur sans me laisser le temps de répondre.

-J'ai entendu ces coups de feu, comme d'ailleurs, tout le monde à Lima, j'imagine. Ceci est une chose, mais le déploiement excessif de force en est une tout autre.

Je me suis tortillé pour essayer de me libérer. Karofsky a affermi machinalement sa prise, avant de réaliser ce qu'il était en train de faire et de me relâcher.

-Vous, je vous ai déjà vu au lycée. Comment vous appelez vous ?

-Kurt Hummel.

-Le fils de Burt Hummel ? a interrogé le chasseur, qui avait de toute évidence, reconnu mon nom.

Karofsky lui a lancé un regard.

-Les Hummel habitent là, juste au bord de la forêt, a poursuivi l'homme en indiquant du doigt la direction de ma maison, masquée par un sombre rideau d'arbres.

-Je vais donc vous raccompagner chez vous, a déclaré le policier, puis je reviendrais m'occuper de votre amie. Ralph, prenez votre machin et ordonnez aux autres de cesser le feu.

-Ce n'est pas nécessaire, ai-je protesté, mais il m'a tout de même escorté, abandonnant Ralph à son talkie-walkie.

Le soleil avait presque totalement disparu et le froid mordait ma peau, me picotait les joues. Je me sentais aussi transi à l'intérieur qu'à l'extérieur. Le rideau pourpre voilait toujours mes yeux, et le claquement sec des détonations retentissait encore dans mes oreilles.

Mon loup se trouvait surement dans les parages.

Nous avons fait halte à la lisière du bois. J'ai vu que la vitre de la porte de la terrasse était noire. La maison tout entière semblait déserte, entièrement vide, plongée dans l'obscurité.

-Voulez-vous que je… m'a demandé Karofsky d'un air incertain..

-Non je peux me débrouiller seul. Merci pour votre aide.

Il est resté sur place, indécis, pendant que je traversais le jardin, puis je l'ai entendu repartir par où il était venu dans un grand froissement de branches. J'ai attendu un long moment dans le crépuscule calme, à écouter le bruit distant des voix dans les bois et le vent agiter les feuilles mortes des arbres au-dessus de ma tête.

Puis j'ai aperçu, dans ce calme apparent, des sons jusqu'alors imperceptibles : un bruissement de feuilles sèches sous les pattes d'un animal, le vrombissement distant des voitures sur l'autoroute.

Un bruit de respiration saccadée.

Je me suis figé sur place. J'ai retenu mon souffle.

Cette respiration n'était pas la mienne.

Suivant le son, j'ai gravit sur la pointe des pieds l'escalier menant à la terrasse, douloureusement conscient du grincement de chaque marche sous mon poids.

Je l'ai senti avant de le voir. Mon cœur à soudain enclenché la vitesse supérieure, ses battements se sont accélérés. Le détecteur de mouvement à actionné la lampe au-dessus de l'entrée, inondant la terrasse de lumière. Il gisait là, mi- assis, mi- affaissé contre le panneau de verre de la porte.

Le souffle court, la gorge brulante, je me suis approché, hésitant. Sa splendide fourrure avait disparu, il était nu, mais je l'ai reconnu d'emblée. Ses paupières se son soulevées à mon approche, dévoilant le regard d'or pâle familier. Il est resté immobile. Une tache touge s'étalait, telle une effroyable peinture de guerre, de son oreille à une épaule terriblement humaine.

Je ne saurais dire à quoi je l'avais reconnu, mais je n'ai pas douté un seul instant que c'était lui. Je le savais.

Les loups garous n'existent pas.

Même après avoir raconté à Mercedes que j'avais vu Sebastian, j'avais encore des doutes. Plus maintenant.

Un souffle de vent a apporté un odeur de sang, me ramenant brusquement à la réalité : mon loup était blessé, il n'y avait plus un instant à perdre.

J'ai sorti mes clefs et je me suis penché au dessus de lui pour ouvir la porte. Je ne l'ai vu, que trop tard, lever le bras et agripper l'air. Il s'est effondré dans l'entrée, abandonnant une trace rouge sur le verre.

-Désolé, lui ai-je dit, sans savoir s'il m'entendait.

Je l'ai enjambé, je me suis précipité dans la cuisine, allumant l'electricité au passage, et j'ai saisi une poignée de torchons dans le tiroir du buffet. J'ai avisé soudain sur le plan de travail, près d'une pile de papiers, les clefs de la voiture de papa. Je pouvais donc l'utiliser si nécessaire.

Je suis retourné à la porte en courant. Je craignais que le garçon n'ait disparut pendant mon absence, ou qu'il n'ait été qu'un produit de mon imagination, mais il n'avait pas bougé. Couché dans l'entrée, il bloquait le passage, le corps parcouru de violents tremblements.

Je l'ai soulevé sans plus réfléchir par les aisselles et je l'ai tiré à l'interieur de la maison, de façon a pouvoir refermer la porte. Une fois dans la cuisine, gisant dans une trainée de sang, il m'a semblé incroyablement réel.

Je me suis accroupi à ses côtés.

-Que s'est-il passé ? ai-je demandé dans un souffle.

Non que j'ignore sa réponse, mais je voulais qu'il me parle.

Les articulations de sa main contre son cou étaient blêmes. Un liquide rouge gouttait entre ses doigts.

-On m'a tiré dessus.

J'ai senti mon estomac se contracter douloureusement en entendant sa voix : une parole humaine avait remplacé le hurlement, mais le timbre restait le même.

C'était bien lui.

-Laisse-moi voir.

Il m'a fallu détacher de force ses doigts. Le sang coulait en abondance, dissimulant la plaie, et j'ai du me contenter d'appuyer un torchon sur le magma rouge béant du menton à la clavicule. La gravité de sa blessure dépassait de très loin mes compétences en secourisme.

-Tiens ça.

Il a posé un instant sur moi des yeux familiers et subtilement différents, des yeux dont la sauvagerie se tempérait à présent d'une nouvelle compréhension.

-Je ne veux pas repartir. Ne… ne me laisse pas changer, a-t-il balbutié, et l'affreuse angoisse de ses mots m'a aussitôt remis en mémoire le loup devant moi, dans une attitude de tristesse silencieuse. Un soubresaut peu naturel, qui faisait mal à voir, a secoué son corps.

J'ai étendu sur lui un second torchon, plus grand, recouvrant du mieux que je le pouvais sa peau horripilée de froid. Sa nudité m'aurait gêné dans n'importe quelle autre circonstance, mais ici, son corps maculé de sang et de terre ne m'inspirais que de la pitié.

-Comment t'appelles-tu ? ai-je demandé tout doucement, comme par crainte de le voir à nouveau sauter sur ses pieds et prendre la fuite.

Il a poussé un gémissement étouffé. La main qui tenait le torchon contre son cou tremblait légèrement. Le tissu était complètement imbibé, une mince ligne rouge courait le long de sa machoire et s'écoulait sur le sol. Il s'est laissé lentement glissé sur le sol, il a posé sa joue sur le parquet, et son haleine en embué le bois luisant.

-Blaine, a-t-il répondu, puis il a fermé les yeux.

-Blaine, ai-je répété. Je suis Kurt. Je vais aller démarrer la voiture de mon père, il faut te conduire à l'hopital.

Il a frissonné, j'ai du me pencher tour près pour entendre sa voix.

-Kurt… Kurt, je…

J'attendais la suite mais il s'est tu. J'ai sauté sur mes pieds et j'ai saisi les clefs abandonnées sur le plan de travail. J'avais encore un peu de mal à croire qu'il n'était pas né de mon imagination, mais, quoi qu'il en soit, il était bel et bien là, à présent. Et je n'entendais pas le perdre.