« An … Andrea Kane ? »
« Oui » je soupire « Andrea Kane, de la Brigade Magique. L'une des rares présentes au ministère le jour de votre agression … et qui visiblement aime bien rester au ministère seule alors que tout son service est envoyé en mission aux quatre coins de l'Europe »
« Vous êtes sûr ? »
Un seul regard noir suffit à faire taire le petit employé des archives et à le faire détaler au bout de l'allée à la recherche de ce que je lui ai demandé, ce qui lui apprendra peut-être à contester ce que je dis.
A vrai dire, je crois à peine ce que j'ai dit moi-même, mais pourtant quand mes yeux parcourent l'emploi du temps que je tiens, et les autres que j'attrape par la suite, ce que je n'aurai jamais cru possible en dix mille ans se dévoile sous mes yeux en dix minutes. Andy – ou plutôt Andrea – se retrouve comme par hasard régulièrement la seule de son service à ne pas être en mission ou en stage ailleurs, alors que tous les autres le sont.
Coïncidence, on pourrait penser.
Sauf que je sais pertinemment qu'en temps de responsable de service, c'est Andrea elle-même qui fixe les emplois du temps de ceux qui travaillent sous elle, et décide de leurs déplacements en dehors de Londres. Et jamais Robards n'a envoyé tous ses Aurors d'un seul coup en dehors du ministère -ce serait bien trop dangereux de n'avoir aucun sorcier spécialiste des combats et de la justice au ministère.
La même chose devrait s'appliquer au département de la Brigade Magique, qui contient des sorciers tout aussi experts dans les sorts de combats que nous, mais pourtant je vois dans les emplois du temps que je parcoure rapidement du regard, régulièrement apparaitre des matinées, des après-midis voire plus rarement des jours entiers où à part Andrea, tous les employés du Service sont en vadrouille en dehors du ministère. Comment elle a réussi à faire passer tout cela inaperçu, je ne sais pas.
Mais le plus important reste de découvrir pourquoi.
Flavus finit par revenir en trottinant vers moi, le plus vite que puisse le porter ses petites jambes apparemment, et s'arrête tout essoufflé à dix centimètres de mon visage pour me tendre un dossier rouge, visiblement confidentiel. Le dossier des employés de la brigade magique. Qui contient la fiche ministérielle d'Andrea, celle où il y absolument tout d'inscrit sur elle.
Je pense que normalement, même Robards ne pourrait pas avoir accès à cette fiche, et je ne sais pas combien de lois on est en train de transgresser en lisant ce dossier, mais tant pis. Je sors sa fiche avec des doigts tremblants et commence à la lire dans ma barbe à voix basse
« Andrea Abigail Kane, née Mitchell, à Londres le 10 Juin 1939.
Domiciliée actuellement : 256B Ark Avenue, Londres.
Affiliations : Née de Cyrillus Baptist Mitchell, sang-pur, et Octavia Laureen Mitchell ( née Anderson ), sang-mêlée.
F & S : Katharina Valery Lewis (née Mitchell) 1945 -1998. Présence de moldus et cracmols dans la famille, du côté maternel comme paternel. Présence d'un elfe de maison familial répertorié en 1925. Mariée à Phillip Arthur Kane en 1960. Veuve en 1969. Pas de descendance directe connue.
Parcours : Scolarisée à domicile jusqu'à ses onze ans.
Baguette achetée chez Ollivander en 1950. Bois : Ebène Cœur : Plume de queue d'oiseau-tonnerre ; Longueur : 24 centimètres ; Souplesse : Rigide.
Placée dans la maison de Serdaigle en 1950. Nommée préfète de Serdaigle en 1955. En 1956. Nommée Préfète-en-chef en 1957. Diplômée de Poudlard en juin 1957.
Détentrice de 8 Brevet Universel de Sorcellerie Élémentaire : Botanique (A), Défense contre les forces du Mal (O), Métamorphose (O), Potions (A), Sortilèges (O), Astronomie (A), Etude des Runes (E) et Etude des Moldus (E).
Détentrice de 6 Accumulation de Sorcellerie Particulièrement Intensive et Contraignante : Botanique (E), Défense contre les forces du Mal (E), Métamorphose (E), Potions (A), Sortilèges (O), Astronomie (A).
Entrée en formation au ministère en septembre 1957, sous la gouverne du Commandant Augustus Murphy. Nommée en tant qu'assistante junior à la Brigade Magique en 1958. Nommée tireuse d'élite de baguette magique en 1961. Nommée Commandant des tireurs d'élites en 1966. Nommée Responsable du Service de la Brigade Magique en 1977. Membre du Front de Défense du Ministère lors de la première guerre sorcière, sous le service de Bartemius Croupton Sr.
N'a pas pris part à la Bataille de Poudlard du 2 Mai 1998»
On pourrait rajouter à toute celle jolie liste que j'avais confiance en elle, vraiment confiance, et qu'elle savait tout de moi. Est-ce qu'elle me posait toutes ces questions parcequ'elle s'intéressait vraiment à moi, ou juste pour avoir des informations utiles, je ne sais pas. Elle était même venue avec d'autres collègues au Terrier pour mon anniversaire l'an dernier …
Non, c'est pas le moment de penser à ça, vraiment pas. Je secoue la tête, me souciant peu de l'effet que je dois donner à Flavus, et je libère une main pour aller me frotter la tempe. Quelque chose ne va pas dans là-dedans, je le sens. Il faut que je me concentre, et que je relise tout ça tranquillement.
La famille Mitchell … je ne savais pas que le père d'Andrea était sang-pur, tiens. Ça ne change pas vraiment grand-chose vu que sa mère ne l'était pas, et qu'elle possède visiblement des membres de sa famille moldu.
F&S … ça doit vouloir dire frère et sœur. Je savais qu'Andrea avait une sœur, elle m'en parlait souvent. Mais je ne savais pas qu'elle était morte … Une petite minute.
« Une petite visite chez ma sœur », c'est ce qu'Andy – Andrea- allait faire tous les weekends. Sauf que je peux lire dans son dossier personnel que Katharina Mitchell est morte en 1998.
« Putain … » je soupire fortement, incapable de me retenir.
« Quoi ? Quoi ? » s'alarme tout de suite Flavus à mes côtés.
Je ne lui réponds pas, bien trop perdu dans mes pensées.
En 1998 … se pourrait-il qu'elle soit morte dans la bataille de Poudlard ? « Je vengerai ce qui m'a été enlevé » disait une des lettres de menace. Si Andrea a perdu sa sœur pendant la guerre, ça expliquerait beaucoup de choses, et surtout pourquoi elle en voudrait tellement à Katie et à toute ma famille. Beaucoup de gens nous en ont voulu, à Harry, Hermione et moi de toutes les agressions et la terreur qu'il y a eu pendant qu'on était en fuite avant la bataille de Poudlard, principalement parcequ'ils n'ont pas compris ce que l'on recherchait et pensaient qu'on aurait dû confronter Voldemort tout de suite. Sans compter tous ceux qui ont perdu un proche dans la bataille de Poudlard bien sûr …
Mais tous les héros de la bataille ont été répertoriés, et il y a même une plaque qui porte tous leurs noms au ministère – leur nom de naissance. Si le nom de la sœur d'Andrea était sur cette plaque, tout le monde l'aurait su, ça n'a pas de sens.
« Monsieur Weasley ? »
Je me retourne vers Flavus, qui parait encore plus inquiet qu'au moment où il m'a découvert en train de fouiller dans les fiches, et je fais une petite pause avant de répondre.
« J'ai trouvé ce que je cherchais »
« Dans le dossier d'Andrea Kane ? »
« Aussi fou que ça puisse paraître, oui »
Je me passe une main dans les cheveux pour rester le plus calme possible et je continue posément « Je vais avoir besoin de vous, d'accord ? Il faut absolument que vous alliez chercher Gawain Robards dans son bureau et que vous l'ameniez ici »
« Mais Monsieur Weasley … »
« Dites-lui que c'est moi qui vous envoie et que j'ai quelque chose de capital à lui dire sur ce qu'il m'a autorisé à regarder ! Dites-lui ce que vous voulez, mais insistez le plus possible, et si ça suffit pas, je remonterai le chercher moi-même »
Flavus hoche de la tête, et repart en trottinant vers la sortie. Je le regarde partir, et quand je ne le vois pas plus, sa respiration haletée m'indique encore sa présence, jusqu'à ce qu'un claquement de porte raisonne dans la pièce, et que je me retrouve seul avec mon dossier en main.
Je décide de m'assoir par terre, me demandant comment on en est arrivé là, et je relis à nouveau la fiche d'Andrea. Je savais qu'elle avait été à Serdaigle, mais je ne savais pas qu'elle avait été préfète, et préfète-en-chef. A vrai dire, ça ne m'étonne pas vraiment d'elle - elle a toujours été faite pour être une meneuse de troupe – mais ça ne m'en déçoit pas moins d'elle.
Nommée Commandante à peine cinq ans après être devenue tireuse d'élite … Rien à dire, c'est vraiment une des meilleures. Ce qui explique aussi le rapport des experts de sa baguette … « Les baguettes en bois d'ébène sont connues pour atterrir entre les mains de sorciers individualistes, n'ayant jamais peur d'être eux-mêmes et impossibles à détourner de leurs objectifs », je m'en rappelle mot pour mot.
Les pièces du puzzle Andrea commencent lentement à se monter, et je comprends que je me suis trompé de présumé coupable depuis le début.
J'étais beaucoup trop vite persuadé que Shepherdson était à l'origine de tout ça, et le fait que je le déteste ne m'a pas vraiment freiné dans mes doutes. J'ai foncé la tête en avant comme un imbécile, comme je faisais toujours au centre de formation, ce qui a failli me coûter ma nomination d'ailleurs.
« Tu penses trop avec ton cœur et pas assez avec ta tête, Weasley », c'est ce que me disait toujours Savage, mon maître de stage. J'ai été aveuglé par ma foi en l'amitié, et trahi par la confiance que j'avais mis en elle, encore une fois.
Je relis encore une fois la feuille d'Andrea, et je me demande depuis combien de temps elle nous roule tous dans la farine, avec ses muffins et ses phrases sucrées, et toutes ses fausses attentions. Son agression … ça se trouve c'était de la flûte aussi. Je ne sais pas comment elle aurait pu faire, parceque son rapport de baguette était clair, mais elle aurait très bien pu se trouver un complice ou trouver quelque chose pour s'auto-agresser si elle avait voulu, elle en est largement assez intelligente. Et ça serait aussi pour ça qu'Harry n'a rien trouvé d'intéressant dans son bureau - évidemment quelqu'un qui organise sa propre agression ne laisse pas des dossiers compromettants dans son bureau.
Attends voir …
Evidemment qu'elle n'aurait rien pu laisser qui mène à une piste dans son bureau, si elle savait qu'on allait le fouiller suite à son agression. Mais elle n'aurait aucun intérêt à cacher des choses ici, même si elle descendait régulièrement fouiller dans les archives du Ministère, d'abord parceque même en lançant un sort de mémoire à Flavus elle aurait laissé des traces de son passage qui auraient pu remonter à elle, et aussi parcequ'elle ne pouvait pas se permettre de supprimer toutes les traces de la Brigade Magique. Et sans doute aussi parcequ'elle ne penserait pas qu'on puisse remonter sa trace jusqu'ici …
Peut-être que je trouverai la réponse dans un de ses dossiers, qui sait. Ça ne me couterait rien d'essayer en tout cas.
Je me relève – un peu difficilement – et dépose le dossier rouge d'Andrea sur un carton d'un rayon à ma hauteur là où je pourrai le retrouver facilement. Je vais avoir besoin de mes deux mains libres pour fouiller tous les dossiers d'Andrea maintenant.
Par quoi commencer … les dossiers les plus récents sont sans doute plus logiques, mais si mon instinct a raison et me pousse vers la mort mystérieuse de sa sœur en 1998, Andrea pourrait avoir préparé son coup depuis six ans, ce qui fait un sacré paquet de dossiers à fouiller. Je décide de quand même commencer par les plus récents, et de remonter la trace à l'envers jusqu'à ce que je trouve quelque chose d'intéressant pour moi. Je retourne donc à l'endroit où j'ai trouvé les dossiers des Aurors et cherche aux alentours les archives de la Brigade Magique.
Quelques minutes et – je dois le reconnaitre – un peu d'énervement plus tard, je finis par tomber sur ce que je recherchais « Brigade de Police Magique – Cas en cours 2004 » le dossier le plus récent. Il ne devrait pas y avoir grand-chose dedans, évidemment, mais c'est un début.
Je sors le paquet de feuilles que contient le carton et lis les missions qui ont été assignés aux tireurs d'élite depuis le début de l'année. Je passe rapidement en revue les différentes arrestations de sorciers et les différentes affaires qui ne me disent rien pour arriver enfin à la première feuille d'instruction d'Andrea.
Il s'agit du dossier Morgan, l'affaire sur laquelle je sais qu'Andrea travaille depuis plusieurs semaines. Elle m'en avait parlé il y a un bout de temps et je sais que ça lui tenait à cœur. Morgan était apparemment un sorcier bien sous tous rapport, qui du jour au lendemain était devenu complètement fou et avait massacré sa femme et ses trois enfants – sans qu'on ait trouvé de raison apparente. Il avait ensuite complètement disparu, et la Brigade Magique avait été chargée de le retrouver, mais après quinze jours il n'avait toujours pas remis la main dessus et je sais qu'Andrea avait dû mettre plusieurs de ses éléments sur l'affaire.
Je passe un doigt sur la ligne des employés du ministère embauchés sur le dossier : « Responsable des Tireurs et chargée de mission : Andrea Kane. Tireurs d'élite de baguette magique : Lisbeth Indersen, Hans McBeth, Jude Michaun. Responsable de la liaison avec le Magenmagot : Tiberius Ogden .Responsable de la liaison moldue : Grace Robbins. »
Grace Robbins … Je n'y crois pas mes yeux. Robbins, c'est le nom de jeune fille de Grace Bevans, son ancien employeur me l'a dit. J'en mettrai ma main à couper, et la probabilité qu'il y ait une autre Grace Robbins est bien trop faible pour être prise en compte. Grace ne s'est pas fait appelée Robbins depuis qu'elle s'est mariée à Edward Bevans, il y a des années.
Et pourtant, son nom apparait sous mes yeux, dans une fiche de mission de la Brigade Magique menée par Andrea. Je viens de trouver le lien.
« Monsieur … pouf … Monsieur Weasley ! »
La voix de Flavus, entrecoupée de soubresauts, interrompt mes pensées, et je me retourne pour le voir se trainer péniblement vers moi, tout rouge et en nage, une main pressée contre son côté.
« Monsieur Weasley » souffle-il une dernière fois avant de s'affaler totalement à mes côtés. J'essaye de le rattraper comme je peux de ma main libre sans lâcher le dossier que je viens de découvrir de l'autre, et le stabilise contre une étagère, alors qu'il tente désespérément de reprendre son souffle.
« Du calme » je tente de le calmer « Prenez de grandes respirations d'accord ? »
Sa respiration finit par devenir un peu plus régulière et il déglutit bruyamment avec de me répondre.
« Monsieur … Robards … n'était pas dans son bureau » souffle-il « Personne … à l'étage »
Je soupire une autre grossièreté et libère la main qui le contenait pour me la passer dans les cheveux, encore. A ce rythme-là, je serais chauve à la fin de la journée, par la barbe de Merlin.
« Son bureau était fermé ? »
Flavus hoche de la tête difficilement et je baisse la mienne, bien embêté. Je suis seul maintenant.
« Flavus, la salle des archives contient quelque part une trace de tous les employés du ministère, pas vrai ? »
« Oui, Monsieur Weasley. Tous les employés du ministère sont répertoriés, c'est obligatoire »
« Et de tous ceux qui travaillent pour le ministère, mais de manière non officielle, il y a une trace aussi ? »
Flavus me dévisage bizarrement.
« De manière non officielle … oui je devrais pouvoir vous trouver ça »
Il hoche de la tête et repart en trottinant – ça doit être une drôle de journée pour lui aussi – et disparait au croisement d'une allée. Je suis à nouveau seul avec les cartons, et mes pensées. Si plus personne n'est là au ministère pour m'aider, je vais devoir me démerder seul.
Je range le dossier de la Brigade dans son carton en prenant bien soin de garder la feuille concernant l'affaire Morgan – peut- importe si c'est illégal, j'ai d'autres soucis en ce moment – et je la range dans une de mes poches. Je vais ensuite récupérer le dossier rouge confidentiel d'Andrea – ça peut toujours servir, et le range au même endroit. Je jette un dernier coup d'œil vers les étagères pour être sûr de n'avoir rien oublié, et part dans la direction qu'a pris le petit employé des archives.
« Flavus ? »
Pas de réponse.
« Flavus ! »
« Par ici, Monsieur Weasley ! » me provient une voix étouffée.
« Où ça ? » je demande en tournant à gauche là où j'aurai sûrement du tourner à droite.
Cette foutue salle est un véritable labyrinthe … je me demande si c'est une espèce de tradition dans ce ministère d'avoir à tous les étages des salles remplies d'étagères recouvertes de trucs pas possibles où on se perd à tous les coups.
« Je suis là ! » appelle à nouveau Flavus, et je me demande si je vais devoir me servir de ma baguette pour le retrouver un jour quand soudain à ma gauche apparait une espèce de petite trappe au sol où sa grosse tête dépasse bizarrement. Je sursaute d'un coup, évitant tout juste de lui shooter dans le nez, et regagne mon équilibre juste à temps pour ne pas tomber dans son trou.
« Qu'est-ce que … c'est quoi cet endroit, une cave ? »
« La remise des archives » répond Flavus « Cette pièce comporte les registres de tous les sorciers nés en Angleterre depuis 1707, tous les arbres généalogiques des sang-purs, des nés-moldus et des cracmols, tous les gens qui ont travaillé pour lui et tous les secrets que le ministère garde jalousement depuis des décennies. C'est une véritable mine à trésors … Et un endroit strictement confidentiel, Monsieur Weasley » rajoute-il dans un regard sous-entendu.
« Je ne dirai rien, comptez sur moi » je le rassure « Vous avez trouvé ? »
« J'ai les inventaires oui, mais il me faut un peu plus de précisions. En quelle année votre informateur a travaillé pour le ministère ? »
« Informatrice. Depuis combien de temps je ne sais pas, mais en tous cas cette année, oui »
« Et avec quelle partie du ministère elle aurait collaboré ? »
« La brigade de police magique »
Flavus lève un sourcil, mais se garde bien de poser une question, et replonge dans son trou à la recherche d'une trace.
« Et par quelle lettre commence son nom de famille ? » me vient une voix beaucoup plus caverneuse dû à l'écho.
« R ! R comme Robbins ! »
Je me penche vers la remise pour essayer d'apercevoir quelque chose, mais la seule chose que je distingue est la lumière que dégage le bout de la baguette de Flavus, qui bouge horizontalement le long de ce que j'imagine être encore d'autres étagère remplis de dossiers.
« J'ai un Ken Robin ici … »
« Non, non, c'est Robbins, avec deux B et un S à la fin » je corrige
« Ah, Grace Robbins ici ! »
« C'est lui ! »
J'entends un bruit de carton, et je m'écarte de la trappe pour laisser la tête de Flavus réapparaître à la surface.
« Voilà Monsieur Weasley »
« Merci Flavus »
J'attrape le mince dossier qu'il me tend et en sort tout de suite son contenu. Le dossier ne contient qu'une seule feuille, et très peu de mots dessus.
« Grace Robbins : Responsable de la liaison moldue entre le Ministère de la Magie de Grande-Bretagne et le Tribunal Moldu de Londres depuis 2001. Sous-couvert du secret professionnel Sorcier. Affiliée au Commissariat de Police Central de Londres. Correspondant au Ministère : Andrea Kane. Voir fiches de la Brigade de Police Magique et du Magenmagot pour la liste des Affaires Couvertes. »
Mon lien avec Andrea est encore là, bien entendu, avec en plus quelques petits renseignements intéressants. « Sous-couvert du secret professionnel Sorcier », ça veut dire que Grace avait prêté serment, une sorte de Serment Inviolable qui la forçait à garder sa double identité secrète, ce qui explique pourquoi personne ne savait qu'elle travaillait aussi pour le ministère.
« C'était un jour où Maman rentrait tard à la maison » m'avait dit Emma quand elle parlait du mystérieux travail de sa mère. Je me rappelle aussi de ces après-midis libres dans l'emploi du temps de Grace, qui se répétait toutes les semaines sans qu'on puisse les expliquer.
Tout coïncide, maintenant.
Grace passait son temps entre le tribunal moldu de Londres et le Ministère -sans que personne ne le sache puisqu'elle était sous couvert, personne sauf Andrea. Andrea, qui était sa responsable depuis 2001 selon sa fiche. Comment peut-on connaître une personne pendant trois ans et ne montrer aucune émotion en apprenant sa mort ? Elle doit avoir le cœur plus dur que de la pierre.
J'enlève mes yeux de la feuille pour regarder Flavus, qui semble attendre que je lui ordonne d'aller chercher encore un autre dossier.
« J'ai tout ce dont j'ai besoin » je lui confirme, et il hoche de la tête « Je vais y aller et vous laisser souffler un peu »
« Monsieur Weasley ce dossier … je ne peux pas vous laisser partir avec, je suis désolé »
Je regarde la feuille dans mes mains, la seule preuve concrète qu'Andrea soit reliée à Grace Bevans, et la lui rend en soupirant. C'est vrai que je l'ai mis assez en danger comme cela, et il ne le sait pas mais j'ai déjà subtilisé deux dossiers illégalement sans qu'il le sache.
« Je pars maintenant, d'accord ? Merci pour tout, Flavus »
Sa tête réapparait hors de la remise, suivie de son tronc, et je lui prête une main pour l'aider à en sortir.
« Soyez prudent, Monsieur Weasley »
Je souris, pour la première fois de la journée. « Comme toujours ».
J'hoche de la tête une dernière fois vers lui et m'éloigne de la salle des archives, me demandant bien ce que je vais faire maintenant et surtout où aller d'abord. Il faut que je prévienne Harry et Hermione en priorité mais à l'heure qu'il est ils doivent être déjà parti pour le match de Ginny, et les protections du stade de Holyhead rendent impossible le transplanage direct dans l'enceinte.
Je pourrai prendre le long chemin pour y aller – j'ai toujours mon abonnement au stade évidemment, et je n'étais pas censé rater le dernier match de Ginny avant qu'elle devienne capitaine pour de bon, mais si j'ai raison et que ce que je viens de découvrir s'avère réel, Andrea est une criminelle en liberté, et chaque minute qu'elle passe en dehors d'Azkhaban est un danger pour la sécurité publique.
Mais avant d'être un danger pour les autres, elle d'abord pour moi – et pour ma famille. Je sais que la plupart sont partis au stade, où ils seront en sécurité, et que les défenses du Terrier tiennent encore bien la route, mais Katie, Katie est seule chez moi, et c'est certainement pas Canon qui va la défendre contre Andrea.
Mon choix est vite fait, et je cours presque vers les cheminées pour attraper une poignée de poudre et lancer mon adresse à la cheminée qui m'emporte dans ses flammes vertes. Dès que mes pieds touchent le sol, je cours en dehors et appelle tout de suite ma copine de toutes mes forces.
« Katie ! Katie, t'es là ? » La seule réponse que j'ai est un heureux jappement, et Canon me saute tout de suite au visage, ravi de me revoir.
« Assis Canon ! Katie ? »
Je fais le tour des pièces, Canon à mes talons, et me rends à l'évidence que Katie n'est plus là. Elle a dû partir visiter Faces pour Sorciers Facétieux comme je lui ai conseillé de faire, ou elle est partie avec les autres au stade, et au moins là-bas, avec toute la foule qu'il y autour, je sais qu'elle sera en sécurité.
Je m'assois sur mon lit et en profite pour sortir de ma poche les deux dossiers que j'ai subtilisé du ministère pour ne pas les froisser. Canon vient à mes côtés poser sa tête sur mes genoux et à moitié sur le CV d'Andrea, et je souris en posant une main dessus pour le gratter derrière les oreilles.
« C'est une histoire compliquée tout ça, mon chien … Je ne suis plus où j'en suis vraiment, et je suis pas sûr de ce que je dois faire maintenant. Est-ce que je dois prévenir Shepherdson de tout ce qu'il se passe ? Ou est-ce que je dois plutôt aller chercher Harry et Hermione, qui eux sont les seuls en qui j'ai vraiment confiance … »
Mes yeux se perdent dans les orbites brunes de mon chien, qui n'a pas compris un mot de ce que je viens de lui dire, mais qui me lèche la main d'un air joyeux.
« Mais ça te concerne pas vraiment, n'est-ce pas ? » je soupire en me relevant.
Il faut que je parte au Terrier maintenant, parceque même si la maison est encore protégée de sorts qu'on y a placés après et pendant la guerre, je ne doute pas un instant qu'Andrea est assez douée pour les enlever, et si je me trompe pas, seule ma mère n'est pas partie au stade aujourd'hui pour garder les plus petits.
Je pense que je vais rester là-bas jusqu'à ce que les autres reviennent, et puis je débrieferai de tout ce que j'ai appris avec Hermione et Harry, mais il faut sûrement mieux que je les prévienne avant. Je sors dépose les feuilles sur mon oreiller et libère ma main pour sortir ma baguette de ma poche arrière et conjurer un Patronus. Mon Jack apparait aussitôt et se met à tourbillonner autour de Canon, qui aboie dans tous les sens et essaie de sauter en vain sur son congénère en fumée.
« Va dire Harry Potter et Hermione Granger au Millenium Stadium que ... hum … Dis-leur Découvertes très surprenantes et graves au Ministère ce matin. Rendez-vous au Terrier dès que le match est fini. »
Je regarde mon chien fantomatique partir par la fenêtre en bondissant, alors que mon chien en chair et en os essaie de le suivre en couinant.
« Du calme, Canon » je le raisonne « Je vais devoir partir, tu vas rester bien sage ici en m'attendant moi ou Katie »
Canon aboie deux fois et bat de la queue avec application, ce qui me ferait presque croire qu'il a compris ce que je viens de lui dire. Je me dirige vers le salon, mon chien aux basques, pour aller me placer dans la cheminée, et y enlever Canon qui pensait partir avec moi aussi.
« Aller, reste-là sagement Canon » je lui ordonne en prenant une poignée de poudre dans ma main et en pointant son panier de l'autre. « Je reviens tout à l'heure, promis ! » je rajoute plus doucement alors que mon pauvre chien se dirige vers son panier d'un air abattu.
« Le Terrier ! » je lance avant de jeter la poudre à mes pieds, attendant que comme d'habitudes, les flammes vertes familières remontent le long de mes côtés m'emporter vers la maison de mes parents.
Etrangement, je ne reconnais pas la sensation de brûlure qui envahit mes cuisses alors que mon corps cogne contre les parois de la cheminée, et le trajet que j'ai fait des milliers de fois me parait beaucoup plus long que d'habitude. J'atterris au sol sur mes genoux, dans une fumée noire collante qui pique mes yeux et s'attaque à ma gorge, et je suis obligé de lever un bras pour tousser dans mon coude.
La fumée finit par se dissiper un peu alors que des larmes se mettent à couler sur mes joues, et je prends conscience que je ne suis pas arrivé au bon endroit. La pièce est sombre et froide, et où qu'elle soit ce n'est pas le Terrier.
Je fais tout de suite le geste d'aller chercher ma baguette dans ma poche arrière, quand j'entends d'un coup un cri, un fort « Incarcerous ! », et avant que j'ai pu comprendre ce qu'il m'arrivait, un éclair de lumière m'arrive en plein ventre, et je retombe lourdement contre le fond de la cheminée, avec la désagréable sensation que des lianes m'étreignent de partout.
Je veux crier, mais ma langue est comme même couverte de coton, et d'un seul une espèce de long voile noir me tombe sur la tête, m'aveuglant complètement et me déroutant encore plus. Est-ce que je vais mourir ici ? J'essaie de lutter contre mes liens, mais plus je me débats plus ils m'enserrent, et je m'épuise en vain.
" Bonsoir, Ronald " me parvient une voix familière, la dernière chose que j'entendes avant que mes yeux se ferment et la brume m'enveloppe de sa chaleur et de son opacité.
