Chapitre 10 – Qu'est-ce que tu as, Regulus Black ?
La lettre qu'elle avait reçue était toute simple et ne comportait que quelques mots. « Rejoins-moi dans le parc, près du grand hêtre. » Aucune frivolité, aucune signature, que ces neuf mots tracés d'une écriture distinguée. Elle savait que c'était lui. Même si les armoiries de sa famille n'avaient pas été en haut du parchemin, Beth avait reconnu sa courbe si particulière qu'il faisait lorsqu'il traçait des H. La Serdaigle ignorait depuis combien de temps il l'attendait, c'est pourquoi elle partit dans un coup de vent, fourrant la lettre entre les mains de Josh pour ne pas perdre de temps à lui expliquer où elle allait.
Le hêtre, le hêtre, murmurait-elle entre ses dents en dévalant l'escalier de la tour à toute allure. Ce n'est pas la porte d'à côté ! J'espère qu'il sera encore là lorsque j'arriverai.
Beth tourna l'angle du couloir si vite qu'elle faillit entrer en collision avec une personne qui venait en sens inverse.
- Regarde où tu vas ! S'exclama la fille en colère, qui était en fait Roxanna.
Beth se contenta de sourire en la reconnaissant puis poursuivit sa course. À cette heure-ci, les corridors du château étaient bondés. Plusieurs personnes lui lancèrent des regards curieux, mais la majorité des élèves ne firent que se pousser de son chemin, en maugréant contre les gens si pressés.
Ses cheveux volant allégrement derrière elle, sa jupe fouettant ses cuisses à chacun de ses pas, Beth arriva en trombe dans le hall d'entrée. Les grandes portes s'ouvrirent magiquement devant elle, et la Serdaigle put poursuivre son chemin jusqu'au grand hêtre. Quelques étudiants se promenaient paisiblement sur la pelouse. Paisiblement… Beth rêvait d'une vie paisible. Elle jeta un coup d'œil aux alentours pour tenter d'apercevoir Natalia et Ryan, mais ils étaient hors de vue. Au loin, à proximité du lac, se dressait l'arbre. Sous lui, une indistincte forme noire. Il était encore là. Malgré un point de côté, Beth accéléra.
Elle le voyait bien maintenant. Il était couché sur le dos, les bras derrière la tête et semblait dormir d'un profond sommeil. Cependant, cette impression n'était pas la bonne, car dès que Beth arriva à sa hauteur, il esquissa un petit sourire.
- Salut, Beth.
A bout de souffle, elle se laissa tomber à côté de lui.
- Salut, haleta-t-elle.
L'atmosphère était beaucoup plus légère que plus tôt en après-midi. Sans ses copains pour lui répéter les mêmes choses à l'oreille, il semblait beaucoup plus détendu et plus apte à discuter.
- Désolé si j'ai pris autant de temps à t'aborder… commença-t-il, les yeux toujours clos. J'avais besoin de temps pour réfléchir.
Beth ne répondit pas. Elle n'avait rien à ajouter et savait qu'il allait continuer à s'expliquer.
- Je suis vraiment navré d'être parti comme cela. Je ne sais pas ce qui m'a prit. J'ai simplement… paniqué, tenta-t-il en jetant un bref regard à la Serdaigle.
- Pourquoi ? lança-t-elle en espérant pour une fois une réponse concrète.
- C'est… compliqué.
Il soupira et se redressa sur ses coudes. Beth en fit de même.
- Peu importe… toi ça va ? Lui demanda-t-il en la transperçant du regard.
Ses yeux s'étaient adoucit depuis la fin des classes. Ils étaient d'un gris brûlant, captivant, attirant.
- Tu me demandes si ça va ? Si ça va ? Mais franchement Regulus tu crois que je vais bien ? S'exclama Beth, l'énervement qu'elle contenait en elle depuis des jours éclatant finalement. J'ai attendu des nouvelles de toi pendant des jours ! Des jours ! Mais je n'ai rien reçu. Pas le moindre petit signe de ta part. Et tu viens me parler après tout ça et tu me demandes si je vais bien ?
Regulus sembla s'être ratatiné sur place. Beth était rarement en colère, elle optait plutôt pour conserver ses émotions à l'intérieur d'elle-même. Mais aujourd'hui, Beth n'en avait pas envie. Elle voulait lui montrer ce que cela faisait, à quel point elle avait mal.
- Mets-toi à ma place, pour une fois ! Demande-toi comment tu te sentirais si quelqu'un t'avait fait la même chose ! Je suis amoureuse de toi depuis des années ! Et au moment où il se passe enfin quelque chose de concluant, tu déguerpis en courant ! Mais pourquoi, dieu du ciel, tu as fait ça ? Est-ce que j'ai fait quelque chose de mal ?
- Non, non ! Bien sûr que non ! Ce n'est pas toi, c'est moi…
Beth leva les yeux au ciel. Cette phrase, elle l'avait entendue si souvent !
- Alors qu'est-ce que tu as, Regulus Black ? Dit-elle d'un ton si venimeux qu'elle se demanda s'il n'allait pas partir en courant.
Ses coudes la faisant souffrir, elle se laissa tomber et s'allongea complètement dans l'herbe. La Serdaigle cacha son visage entre ses mains et murmura à nouveau :
- Qu'est-ce que tu as, Regulus Black ?
Un long silence s'en suivit.
- Quelque chose qui fait en sorte que je ne peux pas m'engager dans une relation sérieuse.
Beth ôta ses mains de son visage et tourna la tête vers lui. Il semblait chercher ses mots.
- J'aimerais tant t'expliquer tout ça !
- Alors fait-le ! fit-elle en lui lançant un de ses regards expressifs.
- Ce n'est pas aussi simple…
- Tu as peur de quoi ?
- Que tu me haïsses jusqu'à la fin de tes jours.
- Ça ne peut pas être pire qu'en ce moment. Allez, crache le morceau !
À son tour, il se laissa tomber complètement dans l'herbe et fixa le ciel ennuagé.
- Beth, essaie de comprendre s'il te plaît. Je ne peux tout simplement pas t'en parler.
- Mais toi, essaie de me comprendre, moi ! C'est ta dernière chance, Reg' …
Il passa nerveusement une main dans ses cheveux et avoua de but en blanc :
- Je vais être au service du Seigneur des Ténèbres.
Beth s'étouffa dans sa propre salive; il racontait n'importe quoi, n'est-ce pas ? Elle lui jeta un regard apeuré, désemparé. Ce ne pouvait être qu'une mauvaise plaisanterie.
- Je n'ai pas vraiment le choix…Tu connais ma famille. Enfin, tu en as entendu parler.
- Ils ne peuvent pas te forcer à faire cela ! C'est ignoble ! s'exclama-t-elle en se mettant sur le côté pour lui faire face.
- Euh.. En fait, oui ils le peuvent. Je ne suis pas majeur encore. Et de toute manière, ma « famille » est assez… redoutable. Mieux vaut ne pas les contrarier.
- Enfuis-toi ! Comme ton frère, c'est pour ça qu'il est parti, non ? Pourquoi ne ferais-tu pas la même chose ?
Beth commençait à paniquer. Elle n'avait pas peur de lui, non, elle avait peur POUR lui. Comment le sortir de cette embrouille ? Il n'y avait pas trente-six solutions !
- Je n'ai jamais eu le courage de Sirius, fit-il avec un premier sourire. Je vais rester là, à attendre la fin de mon innocence sans faire quoi que ce soit pour l'en empêcher.
- Reg, s'il le plaît ! Il va te faire faire des choses horribles !
- Je sais, Beth, je sais. Mais c'est mon triste destin. Je suis voué à lui, mon existence lui appartient.
- Tu parles comme si tu étais déjà sous son ordre, lança la Serdaigle avec un mouvement de recul.
- Je le suis depuis ma naissance. Mon avenir à ses côtés était déjà décidé avant même que je ne sois capable de parler.
- Et notre avenir à nous ? Murmura-t-elle.
Malgré ces faits, Beth aimait Regulus. Son cœur lui appartenait depuis des années, elle était amoureuse de chaque parcelle de cet homme. Oui, chaque. Il n'avait pas décidé de devenir un meurtrier. Il y était contraint. Cela changeait tout. Il n'en était pas moins une bonne personne. Son manque de courage le forçait simplement à accepter cette destinée.
- Un avenir est-il possible ? Répondit le Serpentard en baissant les yeux.
- Est-ce que tu m'aimes ?
- Oui, souffla-t-il.
Elle sourit.
- Alors il y a de l'espoir.
Il passa son bras au-dessus d'elle et l'enlaça. Beth en profita pour se blottir contre lui et ils restèrent ainsi pendant un long moment, seul le bruit de leur respiration transperçant le silence.
- Et toi ? S'exclama-t-il brusquement.
- Quoi ? L'interrogea-t-elle, perdue.
- Tu m'aimes ?
La Serdaigle éclata de rire et approcha son visage de celui de Regulus.
- Je ne sais pas, chuchota-t-elle finalement avec un sourire en coin. Tu crois que je suis amoureuse de toi ?
Elle déposa un chaste baiser sur ses lèvres.
- Je crois que tu es folle de moi.
- Peut-être bien.
Ce fut lui, cette fois, qui prit l'initiative de l'embrasser. Il passa délicatement ses doigts sur sa joue avant de poser doucement ses lèvres sur les siennes. Mais Beth, elle, n'en avait rien à faire d'un doux baiser. Ce fut donc presque par besoin qu'elle pressa sa bouche plus fort et qu'il compris le message. D'un geste habile, il la renversa sur lui et l'embrassa avec plus d'ardeur. Un baiser à vous faire perdre complètement la notion du temps, et de l'endroit…
- Trouvez-vous une chambre ! Lança une voix ricaneuse non loin d'eux.
Le couple se sépara aussitôt et Beth éclata de rire lorsqu'elle vit qu'il ne s'agissait que de Natalia et Ryan. La blonde souriait. Son compagnon aussi. Et ils se tenaient la main, comme un vieux couple formé depuis des années.
Beth leur fit un sourire entendu, que Regulus accompagna d'un clin d'œil conspirateur. La brune lui jeta un regard en coin et ne put s'empêcher de le trouver remarquablement sexy. Elle se sentait bien.
La fin inexorable de cette histoire est encore indéterminée. Mais je les vois, propriétaires d'une maison tout récemment achetée, Regulus jouant double vie entre sa carrière de Mangemort et sa vie d'amoureux, faisant sans cesse les allers-retours entre la demeure familiale et celle qu'il partage avec la femme de sa vie. Et je vois Beth, tout juste fiancée, tentant d'accepter le fait que son Regulus soit en constant danger de mort, menant des attaques qui réduise à feu et à sang la capitale du pays. Mais je les vois surtout s'accrocher aux souvenirs d'une vie paisible, aux rêves inachevés, profitant de leurs moments ensemble comme au premier jour, où il l'avait invité à danser.
À vous, maintenant, de déterminer leur fin, tragique sans aucun doute. À vous d'imaginer Regulus, qui à dix-huit ans, fit face à la mort. Peut-être aurait-il tenté de joindre l'ordre du phénix pour leur expliquer comment détruire Voldemort ? Peut-être aurait-il protégé sa bien-aimée d'une cousine cinglée qui aurait tout découvert ? Ou peut-être se seraient-ils tout simplement retrouvés à mourir ensemble; tel Roméo et Juliette, le souvenir de leur amour se préservant à jamais dans les pages d'un roman légendaire.
Beth et Regulus vivaient d'un amour sincère et passionné, qui les aura poussé peu à peu vers l'illusion dérisoire qu'un jour, on accepterait leur choix.
Et voilà, c'est déjà la fin ! Un chapitre très court pour finir cette histoire qui occupe mon temps depuis presqu'un an. J'espère vous avoir plu dans mes écrits, car il s'agit peut-être de la dernière fiction que j'écrirai. Je songe plutôt à écrire un premier roman.
Merci, chers lecteurs, de m'avoir suivit pendant toutes ces années. Peut-être qu'un jour, vous verrez de nouveau mon nom en activité !
Sarah xx
