Bonsoir !
De nouveau un chapitre de Studio 10 ce soir. J'ai loupé un dimanche, je m'en excuse, ce chapitre là est beaucoup plus long, ça compense un peu ! Il met en scène une proposition surprenante de Heero, qui pourrait bien faire avancer les choses...
Bonne lecture et merci pour les reviews Tenshia !
Chapitre 10 – Convalescence
Le lendemain, Heero revint à l'hôpital directement après les cours, vers 17h30. Il arriva devant la chambre de Duo, d'où il entendait clairement des voix. Il attendit sagement devant la porte que la chambre se libère et saisit au vol quelques bribes de conversation.
- Duane, fit la voix du Dr PO, tu dois manger. C'est le troisième plateau que l'on ramène intact.
- Je n'ai pas très faim, Docteur.
- Je sais que le Dr Tracy a demandé à ce que l'on soit très prudent avec ton alimentation. Tu dois te nourrir si tu veux te remettre correctement. A ton âge, c'est primordial.
- J'ai surtout envie de dormir…
- Et cela ne va pas s'améliorer si tu ne reprends pas des forces ! Je te laisse une compote et des fruits, et je veux qu'à mon retour, il n'y ait plus rien ! Et attention, je vérifierai les poubelles ! Lança t'elle, d'un ton sans équivoque.
Elle sortit sur ses mots et croisa Heero, en attente.
- Vous pouvez rentrer.
Heero esquissa quelques pas
- Attendez !
Il stoppa et se retourna vers Sally Po.
- S'il vous plait, aidez-le à manger. Il faut qu'il comprenne que c'est important.
- Je vais voir ce que je peux faire, accepta Heero.
- Merci.
Elle tourna les talons et Heero pénétra enfin dans la chambre. Duo regardait d'un air dégoûté la compote et la pomme qui le narguaient sur sa table à manger, au dessus de son lit. Il tourna la tête au bruit de la porte et son rictus se transforma en large sourire en voyant son ami arriver.
- Heero ! Tu es venu !
- Hn.
- Ouh là là, il est où mon Hee-chan prolixe de la veille ? Mais, mais que fais-tu ?
Heero s'était assis à côté du lit et avait ramené la table vers lui. Il plongea la cuillère dans la compote et présenta celle-ci devant la bouche de Duo, mi-figue mi raisin.
-M'enfin Hee-chan, que fais-tu ? Je ne suis plus un bébé !
- Mange.
- Je n'ai pas très faim.
- Ne m'oblige pas à faire l'avion.
A ces mots, les yeux de Duo s'écarquillèrent et il ne put s'empêcher d'imaginer la scène. Son rire résonna dans la chambre, bientôt étouffé par une cuillère de compote vengeresse.
- Ah ah aahumph ! … M'enfin Heero qu'est-ce qui t'a pris !
- Tu as mangé une cuillère.
- D'une manière fort traître.
- Si tu préfères les bonnes manières, ouvre la bouche tout seul.
Vaincu, il obéit à son ami et Heero lui donna cuillère par cuillère tout son pot de compote.
- Ce n'était pas sorcier.
- Non… mais je ne suis pas sûre de la garder.
Continuant sur sa lancée, Heero s'empara de la pomme et s'apprêta à l'éplucher.
- Non, non Heero, je ne peux plus rien avaler. Je t'en prie.
Le ton suppliant que Duo employa était sans appel. Heero posa la pomme.
- Les médecins sont clairs, Duo. Tu dois manger si tu veux aller mieux.
Le ton inquiet que prit Heero n'échappa pas à son ami, un peu surpris de tant de sollicitude.
- Oui, je sais…mais… je n'ai vraiment pas faim. Et si je me force, je vais tout rendre. Répondit Duo en baissant la tête, rouge de honte.
Heero vit qu'il avait créé un malaise chez son ami et chercha à se rattraper.
- Ok, Duo. Je vais planquer la pomme. Mais je veux que tu m'assures que tu essayeras de manger dans chaque plateau qu'on t'amènera maintenant.
- Je…je vais essayer, promit Duo, retrouvant le sourire. Il ne se fera pas encore rouspéter par Sally.
- Tu as retrouvé des couleurs, déjà. Ca fait plaisir. Reprit Heero.
- Oui, je me sens mieux. Sally m'a dit que mon œdème à la tête se résorbait très bien, et qu'à part ma jambe, tout allait se remettre très vite.
- Et ton poignet ?
- Juste foulé. J'ai dû me réceptionner dessus en tombant sans m'en rendre compte. Deux semaines d'attelle… expliqua tristement Duo, en regardant son bras bandé. Je ressemble à une momie…Franchement, si PJ me voyait, il arriverait à trouver cela…artistique !
- As-tu de leurs nouvelles ?
- J'ai eu un message d'Elie sur mon répondeur. Il est furieux et veut des explications. Je crois qu'il ne sait pas que je suis là, il ne parle que de Zechs et de trahison…
- Quels imbéciles ces deux-là, gronda Heero.
- Heero…Il ne peut pas deviner.
- Je ne les porte pas dans mon cœur non plus.
- Je l'appelerai plus tard, pour lui expliquer. Mais je crois que je ne fais pas le poids. Ce travail me plaisait bien pourtant…
- Tu en trouveras un autre si ce n'est pas avec eux. Tu as de la valeur et tu es vraiment très bon dans ton travail.
- Tu…tu le penses, ce que tu dis ? Releva Duo, surpris.
Heero regarda Duo et lui releva la tête pour le regarder dans les yeux.
- Bon sang, Duo, ais un peu plus confiance en toi. Tu es beau, et tes photos sont superbes.
Duo n'en revenait pas. Heero s'était vraiment ouvert à lui depuis son accident. Flatté de tant de compliments, il se sentit devenir pivoine. Le sourire en coin qu'Heero aborda à ce moment-là lui confirma ses craintes :
- C'est malin, Heero, je ne sais plus où me mettre !
- Pour le moment, reste dans ton lit. Je t'ai ramené les cours du jour, pour que tu aies de quoi travailler.
- Comment te remercier, une nouvelle fois ?
- En travaillant et en me montrant que tu ne te laisseras pas abattre.
- Heero…
Duo fixa Heero. Il était sérieux.
- C'est promis.
- Je te crois.
Heero montra rapidement à Duo les cours du jour et lui proposa de faire ses devoirs avec lui, s'il se sentait suffisamment en forme. Duo accepta, enchanté de retrouver son duo de choc avec son Hee-chan. Après une heure, il ne put réprimer un bâillement et Heero sentit qu'il était temps de partir.
- Je t'ai sollicité trop longtemps. Je vais m'en aller maintenant.
- Non, non c'est moi qui t'ai retenu. Je suis désolé d'avoir abusé de ton temps.
- Duo… soupira Heero.
- Ouiiiiii ?
- Tu es incorrigible. Bon, reposes-toi bien. Je reviens demain.
- Merci Heero. … Dis ?
- Hn ?
- Est-ce que….tu accepterais….tu voudrais …. Enfin si tu veux pas c'est pas grave hein ? Je comprendrais mais…
Duo était rouge une nouvelle fois et avait du mal à sortir sa doléance à son ami.
- Duo ? Que veux-tu ? Lui demande Heero, intrigué.
- Je …je …
- Hn ?
- Tu voudrais bien me prendre dans tes bras ?
- Hn ?
- Non mais si tu veux pas c'est pas grave, c'est juste que je me sens bien, en sécurité, tu sens bon, et puis…
Le reste de la phrase se perdit dans le pull d'Heero, qui accéda à la requête étrange de son ami, même s'il en avait été surpris au premier abord. Un câlin ? Pourquoi pas, lui aussi avait aimé la sensation que cela lui avait procurée la première fois…
L'étreinte ne dura pas assez longtemps au goût de Duo, mais c'était déjà bien. Heero ne l'avait pas tué sur place.
- Je…je…merci.
- A demain Duo.
- Bonne soirée, Heero.
Le plateau repas fut servi juste après le départ de son ami. Se rappelant sa promesse, Duo réussit à boire une partie de son potage. Ce n'était pas grand chose mais c'était un début. Fier de lui, il s'endormit, sans cauchemars pour une fois, cette sensation de sécurité ne le quittant pas.
Le lendemain, Heero débarqua dans la chambre de Duo. Il le trouva, non plus dans son lit, mais dans un fauteuil, près de la fenêtre, la jambe soigneusement posée sur un pouf. Son air mélancolique lui serra le cœur. Mais quand Duo l'entendit rentrer, son sourire illumina de nouveau son visage et ses yeux améthystes pétillèrent de joie.
- Heero ! Bonjour, comment vas-tu ?
- Ca va.
- Tu as vu ? On m'a enfin sorti de ce lit horrible, qui me fait troooop mal aux fesses ! Je suis toujours dépendant pour bouger mais au moins je change un peu de point de vue. Ca fait du bien.
- C'est toujours ça.
- Apparemment, j'en ai pour un mois au moins à rester ici, sans bouger. Enfin, complètement immobilisé. Ensuite, ils me trouveront une chambre de libre à la maison de convalescence du Point du Jour. Ils m'ont déjà prévenu que ma seule présence ne suffirait même pas à faire chuter la moyenne d'âge, mais je n'ai guère le choix…
La tristesse de Duo était perceptible dans sa voix, mais la résignation était aussi présente.
- Duo…
- Oui, oui je sais, je vais me battre ! Et je sortirai rapidement, en cavalant comme un cabri ! Mais en attendant, ça va être loooooong…. Tu viendras me voir ?
Duo regarda Heero avec un regard de chien battu irrésistible.
- Tu as encore le temps avant de t'inquiéter.
- J'essaye de me projeter… s'excusa Duo.
- Duo, j'ai réfléchi moi aussi. Fit brusquement Heero
- A quoi ? S'étonna Duo.
- Ecoute. J'ai de la place chez moi. Mes parents ne sont pas là en ce moment et moi aussi je suis seul alors, …
- Que veux tu me dire ?
- Pourquoi ne viendrais tu pas à la maison, quand tu sortiras ?
Duo fixa Heero, surpris.
- Mais, Heero, je vais avoir besoin de soins, d'aide au quotidien, ne serais-ce que pour me déplacer, je ne pourrais pas prendre de douche tout seul non plus vraisemblablement au début… Je n'ai pas le choix.
- Ce n'est pas un problème.
- Comment ça, pas un problème ? Tu seras à l'école dans la journée, comment vais-je me débrouiller quand tu ne seras pas là ?
- Pas un problème non plus.
- M'enfin Hee-chan ! Et tes parents ils seraient d'accord pour héberger quelqu'un qu'ils ne connaissent pas ?
- Pas un …
- problème, oui j'avais compris. Heero, ça me ferait super plaisir mais je ne vois pas comment…
- Mes parents se fichent de ce que je fais de ma vie, ils ne m'ont jamais prêté d'importance, à part pour mes bulletins de note. Donc que tu viennes à la maison, ça leur fera une belle jambe vu qu'ils ne le sauront pas.
- Heero, ce n'est …
- Je vis avec du personnel à la maison. Franny est ma gouvernante personnelle et elle est infirmière de métier. Elle n'aura aucun souci pour s'occuper de toi en mon absence et à subvenir à tes besoins.
Duo se tut. Il n'avait jamais eu connaissance de l'univers privé de Heero, mis à part ses liens distendus avec ses parents.
- Tu as des employés de maison ?
- Oui. Mes parents sont à l'abri du besoin.
- Je…je ne sais pas quoi dire.
- Acceptes alors.
- Comment pourrais-je participer ? Je n'ai que peu de revenus…
- Si tu m'as écouté, tu sais que ce n'est pas un problème.
- Je ne veux pas être dépendant financièrement de quelqu'un !
- Et je ne te le demande pas ! J'ai déjà tout à disposition.
Duo réfléchissait. Entre une maison de convalescence pleine de personnes âgées et la possibilité de vivre un peu avec son Hee-chan adoré, il n'y avait pas à hésiter. Mais il avait peur que le conte de fées ne prenne fin si la cohabitation se passait mal.
- Et si …si ça se passait mal ?
- Je te renverrai, à coups de pieds dans le derrière. Fit Heero, un sourire en coin.
- Hee-chaaaan.
- A question bête, réponse bête. Alors ?
- Bon, d'accord. Je veux bien. Mais je ne veux pas poser de problème, quel qu'il soit !
- Tout se passera bien, Duo. J'y veillerai. Et tu seras mieux chez moi.
- Je n'en reviens pas de ta proposition. Hee-chan, tu m'aimes donc un peu ?
- Baka !
- Hein ?
- La table basse ne t'a pas raté, tu poses des questions vraiment stupides, reprit Heero.
- Hee-chan, je ne sais pas quoi dire…
- Alors, ne dis rien, c'est simple.
Le silence se fit, que Duo rompit :
- As-tu des devoirs de l'école ?
- Hn.
Heero se leva et alla chercher son sac. Ils firent le point et étudièrent un peu. Heero était étonné par la vivacité intellectuelle de son ami, qui n'avait pas été amoindrie par l'accident. Il sentait que cela lui faisait du bien d'avoir autre chose à penser.
Lorsque le repas arriva, ce fut le signe qu'il fallait qu'il s'en aille. Il ramassa les livres et assura à Duo qu'il reviendrait encore le lendemain.
- Hee-chan, toi aussi tu vas fatiguer à ce rythme. Je suis très heureux de pouvoir te voir et ça me fait de la visite, mais ménage-toi aussi.
Heero regarda Duo et les mots restèrent bloqués dans sa gorge. Il aurait voulu lui dire qu'il aurait été bien incapable de le laisser, car il n'arrivait plus à se passer de le voir, ne serait-ce qu'une journée. L'école était une torture, car il n'y était plus. Il attendait impatiemment le soir de pouvoir faire un saut à l'hôpital. Trowa avait déjà remarqué que son ami n'était plus lui-même et il avait de plus en plus de mal à donner le change. Non, il ne pouvait pas lui dire. Pas encore. Pas tant qu'il n'aurait pas compris ce que cela signifiait. Il se contenta de répondre :
- Je serais là demain.
Inlassablement, Heero revint tous les soirs voir Duo. Et Duo avait renoncé à lui dire quoi que ce soit. Il voyait bien que son ami n'en faisait qu'à sa tête, et puis il appréciait ses visites. Il n'avait que lui et Trowa et Quatre comme amis. Seul, sans famille, il se demanda comment il aurait supporté cette nouvelle épreuve. Mais il éluda rapidement cette perspective : elle n'était pas heureuse.
Il fut aussi surpris mais heureux de voir Iria débarquer dans sa chambre, avec des livres, des chocolats et des fleurs de son jardin, en plein après-midi. Il comprit alors d'où venait la profonde gentillesse et la générosité de Quatre. Ils n'étaient pas frère et sœur pour rien. Avec ses horaires décalés, Iria continua de venir de temps en temps le voir pour lui passer le temps. Ils discutaient de tout et de rien, mais cela lui vidait l'esprit et il comprit que c'était son but. Il aurait aimé pouvoir lui confier ses tourments mais les mots ne sortaient pas.
Cela faisait un mois maintenant que Duo était dans ce lit. Le Dr Tracy l'examina ce matin-là pour voir l'avancée de la consolidation.
- Bonjour Duane, comment vas-tu ce matin ?
- Bonjour Dr Tracy, j'ai mal aux fesses, mal à la jambe, j'en ai marre d'être au lit et le kiné n'est pas gentil. Mais sinon, ça va. Répondit Duo avec un grand sourire.
Le docteur haussa un sourcil devant sa diatribe :
- Je comprends, Duane. C'est un grand jeu de patience ! Si la consolidation est bien partie, je vais pouvoir te permettre de sortir en convalescence. Il te sera permis de sortir doucement au départ, bien sûr.
- J'ai trop hâte ! S'excita le natté.
- Doucement, il faut déjà que nous examinions tout ça !
L'examen dura un moment avant que le docteur ne se prononce : Duo était pendu à ses lèvres, fébrile. Il n'en pouvait plus, il voulait sortir.
- Bon, Duane, je pense que tu es conscient que tu as encore perdu du poids ?
Duo baissa la tête, les joues rouges.
- Mais je sais que tu as fait des efforts, Sally m'en a parlé. Alors, je ne peux que te dire de continuer ainsi. Je te dis ça aussi pour que tu comprennes pourquoi la fracture est encore très fragile.
Des larmes commencèrent à perler au coin des yeux de Duo.
- Mais au vu des efforts et en sachant que tu seras extrêmement prudent, je t'autorise à sortir. Néanmoins…
Duo avait relevé la tête très rapidement : non, il ne rêvait pas ? Des conditions ? Mais pas de problème, il accepterait tout !
- Je ne peux pas t'autoriser à prendre des béquilles pour le moment, tu utiliseras un fauteuil pour te déplacer, et t'assurer que ta jambe soit toujours bien immobilisée, y compris au lit.
Je ne peux pas non plus t'enlever encore le fixateur, tu vas devoir le garder encore quelques temps.
Duo soupira, il ne pouvait pas avoir tous les bonheurs d'un coup :
- C'est que, ce n'est pas très pratique, et ça me démange beaucoup.
- J'en suis bien conscient, à part la crème que le kiné t'applique, je ne peux pas te proposer mieux. C'est aussi une garantie que les séquelles soient moindres, Duane.
- Ok, ok, je suis déjà très content de pouvoir sortir. Je peux appeler Heero ?
Ses yeux pétillaient de joie. Le docteur ne put s'empêcher de sourire :
- Bien entendu, je lui donnerai les consignes pour que tout se passe au mieux. Tu peux sortir Vendredi !
Dès qu'il sut qu'il pouvait rentrer, Heero avait tout pris en main, pour le confort de Duo. Il passa chez lui, pour récupérer des affaires. Les lieux n'avaient pas été rangés, ni nettoyés depuis l'accident. La vision désolante des meubles écroulés au sol et les traces de sang séché lui rappelèrent la peur qu'il avait ressenti ce soir là. Il n'avait jamais ressenti autant de sentiments violents d'un seul coup, et avait compris qu'il était attaché à Duo bien plus qu'il ne le croyait de prime abord. Trowa et Quatre rendirent visite à Duo, les soirs où Heero devait organiser son arrivée, pour ne pas le laisser seul et lui apporter ses devoirs qu'il réclamait chaque soir.
La fin de semaine arriva, Heero attendait Duo de pied ferme, malgré tout très stressé de lui faire découvrir son univers.
- Monsieur, il ne devrait plus tarder. Laissez donc ce pauvre tapis tranquille.
- Franny….
- Tout est prêt, le repas est en attente, la table dressée, la chambre rangée. Tout va se passer pour le mieux.
Heero regarda sa gouvernante, une grande femme aux cheveux très bruns, ramenés en chignon, à la peau mate et aux yeux très noirs. Quand il était petit, c'était la première chose qu'il avait vu quand ses parents lui ont présenté sa nouvelle nounou. Il se rappela avoir été effrayé par ce noir d'encre. Mais il s'était vite rendu compte qu'ils n'étaient que douceur et c'était sans crainte qu'il allait régulièrement se réfugier dans son giron pour chasser ses peines. Elle était son meilleur et unique soutien dans cette grande maison qui était la sienne.
Une ambulance pénétra dans l'enceinte de la propriété. Au regard des consignes strictes, Duo ne devait surtout pas bouger lors du transport et il avait été immobilisé sur un brancard. Le fauteuil roulant l'attendait sur le perron. Les ambulanciers positionnèrent Duo sur celui-ci puis repartirent rapidement.
- Hee-chan, je suis tellement content de te voir. Fit Duo, une fois assis.
Son regard en disait long : même s'il adorait Quatre et Trowa, son Hee-chan lui avait vraiment manqué. Beaucoup. Trop ?
- Moi aussi, Duo.
Heero le détailla. Le bandage sur sa tête avait laissé place à un pansement plus discret : l'oedème s'était résorbé sans créer de problème, mais restait la cicatrice, témoin de l'impact. Au moins, cela n'empêcherait plus Duo de se coiffer comme il le souhaitait. Ses cheveux avaient été ramenés en queue basse, les infirmières n'avaient pas le temps de coiffer leurs patients. Voyant Heero regarder ses cheveux, Duo grimaça :
- Ne m'en parle pas, c'est l'Amazonie là-dedans, des nœuds à foison, ils ne ressemblent plus à rien. Je vais avoir besoin d'une bonne douche, d'un triple shampooing au moins, des soins …
- Nous remédierons à cela, Duo, ne t'inquiète pas.
Un toussotement rappela Heero à l'ordre.
- Hm…Oui, Duo, je te présente Franny, ma gouvernante et ton infirmière personnelle le temps de ton séjour à la maison.
- Bonjour Madame Franny, enchanté de faire votre connaissance. Je m'appelle Duane mais appelez moi Duo ! Fit Duo en tendant sa main vers ladite gouvernante. Celle-ci ignora la main et enlaça tendrement Duo, dans une étreinte chaleureuse et brève.
- Tatatata, pas de madame entre nous. Les amis de Monsieur sont les bienvenus dans sa demeure et je suis enchantée également de faire votre connaissance. Appelez-moi Franny.
- D'accord Franny ! Merci de votre accueil, cela me touche beaucoup.
- Monsieur, puis-je vous suggérer de faire le tour du propriétaire à votre ami, pendant que je prépare le dîner ?
- Très bien, Franny. Sonnez lorsque celui-ci sera servi.
- Très bien, Monsieur.
Franny disposa et Heero revint vers Duo, qui le fixait, ébahi.
- Qu'y a t'il ?
- Ben…je ne suis pas chez n'importe qui, là ! « Monsieur » ?!
- Une lubie de mes parents. Et Franny n'arrive pas à m'appeler par mon prénom. J'ai renoncé à le lui demander désormais.
- Ca ne plaisante pas dis-moi.
- Je n'ai pas trop le choix.
Duo vit qu'il appuyait sur un point sensible et changea de conversation.
- Je n'ai pas trop vu la route, mais quand j'ai entendu le portail, j'ai su que l'on était arrivé. Cela m'a semblé long avant d'arriver jusqu'à ta porte. Remarqua t'il.
- La propriété est très grande mais la nuit va bientôt tomber, tu ne verras pas grand chose. Je te propose une promenade demain matin pour te montrer.
Duo lui fit un grand sourire :
- Oh Oui, oui, trop bien !
- Je te montre les lieux ?
- Allons-y…j'en ai déjà le tournis.
Duo détailla le hall d'accueil où Heero l'avait poussé. C'était vraiment comme dans les toiles de l'époque. Le hall était immense et distribuait l'ensemble de la maison. Deux escaliers partaient en parallèle à l'étage. Il écouta Heero, fasciné par son univers :
- Au rez-de-chaussée, tu trouveras la cuisine, la salle à manger, le salon d'hiver et celui d'été.
Au premier, il y a les chambres et les salles de bain principalement. Pour le reste, tu le découvriras en temps et en heure.
- Mais…Hee-chan ?
- Hn ?
- Je dors où, moi ?
Heero fixa Duo, comme s'il avait oublié un détail.
- Eh bien, dans une chambre à l'étage. Je vais te la montrer d'ailleurs.
- Maiiiiiis… Je monte comment moi ?
- Ah oui, ça.
- Hee-chaaaaaan
Un petit sourire au coin rassura autant qu'il vexa Duo. Visiblement, Heero avait bien prévu ce détail.
- Ma mère a longtemps été immobilisée suite à un accident de voiture. C'est pour cela d'ailleurs que nous sommes arrivés ici, car l'hôpital de Sank était le plus réputé pour soigner les polytraumatisés. La maison est donc déjà adaptée au fauteuil.
- Eh beh.
- Mes parents ont fait installer un petit ascenseur qui permet de monter les fauteuils, donc tu seras autonome autant que possible pour te déplacer dans la maison.
- Hee-chan, c'est super…Tu aurais pu me le dire dès le début !
- Je ne vois pas ce que cela change.
- …
Duo secoua la tête. Parfois, il avait du mal à suivre son ami. Heero conduisit Duo au pied de l'ascenseur et lui montra comment il fonctionnait. Effectivement, il sera très pratique pour Duo. Il pourrait vraiment se déplacer en parfaite autonomie…une fois qu'il maîtrisera le dédale de couloirs que proposait ce manoir.
Duo regarda, une nouvelle fois émerveillé, le couloir qui s'étendait à perte de vue, la moquette rouge au sol, des appliques sobres aux murs éclairant d'un doux halo les portes fermées. Il avait hâte d'en découvrir plus mais il attendit patiemment qu'Heero reprenne les commandes.
- J'ai choisi la chambre qui me semblait te convenir le mieux.
- Je te fais confiance, Hee-chan.
- La voici.
La porte était près de l'ascenseur, il n'aurait pas loin à aller pour descendre si besoin. La porte s'ouvrit sur une superbe chambre, décorée avec goût. Elle était lumineuse et spacieuse, dans les teintes beiges et grises. Le soleil couchant lui donnait un air mystérieux qui plut à Duo. Les meubles stylés étaient coordonnés avec le grand lit qui trônait fièrement au milieu de la chambre. Au pied du lit avait été posé des traversins et des coussins en plus, sans doute pour assurer une tenue sans faille de la jambe lorsqu'il serait amené à se coucher.
Heero regardait Duo découvrir son nouveau chez-lui. Les yeux brillants, il gardait la bouche ouverte en signe de complète fascination. Même si pour Heero, tout cela était bien trop, il avait conscience que son univers n'était pas des plus classiques pour le commun des mortels.
- Nous avons ajouté les traversins. Ca sera plus pratique au début pour que ta jambe soit parfaitement immobilisée et soutenu.
- …
- Franny a déjà installé tes affaires dans la commode, j'espère n'avoir rien oublié chez toi.
- C'est….c'est…
Les yeux de Duo se brouillèrent et les larmes commencèrent à couler à flot, sans qu'il ne puisse les arrêter.
Heero, décontenancé par sa réaction, essaya de le calmer :
- Duo, qu'y a t'il ? La chambre ne te plait pas ? Il te manque quelque chose ?
- Nnnoon, mais c'est ….c'est trop…Heero. Je…je…Mérite pas tout ça.
Le regard noir que lui lança son ami à ce moment-là fit stopper net ses larmes :
- Duo, ne redis jamais ça. Fit-il d'un ton dur.
- Heero, ne te fâche pas. Couina Duo, apeuré.
Heero posa ses mains sur les accoudoirs de Duo, fixant son ami droit dans les yeux :
- Tu es le garçon le plus méritant qu'il m'a été donné de croiser de toute ma courte vie. Je peux te proposer les meilleures conditions possibles à ton rétablissement et je le fais sans hésiter car tu le mérites, et tu mériterais même encore mieux. Alors je ne veux plus, tu entends, je ne veux plus que tu te dévalorises comme ça.
Le ton employé par Heero était dur, inhabituel pour Duo. Il fut choqué d'avoir mis en colère son ami ainsi.
- Je …je te le promets.
- Je préfère ça.
La clochette retentit.
- C'est quoi, ça Heero ? Tenta Duo
- Franny nous indique le repas est servi. Nous allons devoir descendre dans la salle à manger. Avant, je voudrais finir la visite de ta chambre.
- Comme tu veux.
- Je l'ai choisi pour son accès direct avec ma pièce préférée.
- C'est cette porte ? Fit Duo, intrigué.
- Non, ça, c'est la salle de bain, c'est la porte à côté.
Heero ouvrit délicatement cette porte et poussa doucement Duo vers la pièce. Le cri de joie que lança le natté rassura son vis-à-vis : il avait fait le bon choix.
- Tu auras également de quoi t'occuper quand je ne serais pas là. Lui précisa t'il, un peu moqueur.
- Hee-chaaaaan, c'est merveilleux ! Je veux voir de plus près s'il te plait !
Heero poussa Duo de bonne grâce vers le meuble le plus proche. La pièce était entourée de bibliothèques, regorgeant de livres, de toutes tailles et de tous styles. Des banquettes confortables trônaient au milieu de la pièce. Une table basse accueillait les livres en cours de lecture. Des plaids étaient soigneusement pliés sur les bouts de canapé. Un grand tapis à poils longs recouvrait une grande partie du sol, à côté de l'âtre de la cheminée. Duo se sentit tout de suite à l'aise dans cette pièce et sut qu'il y passerait beaucoup de temps. Heero vit soudain le regard de Duo se figer et se voiler. Il suivit la direction de son regard et tomba sur le vieux piano à queue noir qui attendait à côté de la fenêtre. En contrejour, on ne le voyait pas bien.
- C'est un vieux piano qui n'a jamais servi. Personne n'en joue ici. Précisa Heero, mettant fin à la transe de son ami.
Duo ne répondit rien, et détourna son regard vers les autres bibliothèques. Il retrouva vite son grand sourire gourmand.
- Duo, loin de moi l'idée de te frustrer mais il va falloir rejoindre Franny, avant que nous ne nous fassions tirer les oreilles, fit-il en poussant Duo alors que la sonnette retentit une deuxième fois.
- Allons-y, je ne voudrais pas la fâcher !
Ils se dirigèrent tous les deux vers la salle à manger. Elle était de taille tout à fait raisonnable, meublée avec goût et sentant bon la soupe chaude. Duo sentit que son estomac grondait. Heero en fut content, il mangera au moins ce soir.
- Désolé, fit Duo, contrit.
- Vous avez faim, c'est tout à fait normal. Monsieur vous a retenu un peu plus longtemps et il est tard, l'excusa Franny. Venez par ici, reprit-elle en prenant les commandes du fauteuil. Je vous ai installé là, cela vous convient-il ?
Il prit place à la table, en face d'Heero.
- C'est parfait. Merci Franny.
- En entrée, vous avez de la soupe de légumes du jardin. Je vous servirai ensuite une purée de pommes de terre maison avec du filet de porc en sauce.
- Ca m'a l'air délicieux, Franny, sourit Duo.
- Ca l'est, renchérit Heero, Franny est une excellente cuisinière.
- Monsieur, pas de compliment, je vous prie, je ne fais que mon travail. Gronda affectueusement la gouvernante, en direction de son maître.
Elle servit la soupe dans les assiettes, sous le regard attentif de Duo, qui n'avait vu cela que dans les films. Il se dit qu'Heero arrivait très bien à donner le change à l'extérieur. Rien ne transparaissait de son éducation bourgeoise. Franny semblait importante pour Heero, vu avec quelle tendresse il en parlait. Il se sentait heureux et chanceux. En mangeant sa soupe, il regarda discrètement son ami, le détaillant une nouvelle fois. Il ne se lassait pas de parcourir du regard sa peau sans défaut, sa bouche qui lui semblait si tendre, et surtout son regard bleu cobalt qui le faisait frissonner à chaque fois.
- Qu'y a t'il, Duo ?
Duo plongea son nez dans sa soupe, rouge de honte de s'être fait prendre en flagrant délit de matage.
- Rien, rien, Hee-chan, la soupe est vraiment délicieuse.
- Je te l'avais dit. Je suis content que tu manges.
Le sous-entendu était explicite, et Duo se sentit encore une nouvelle fois rougir. Il savait qu'Heero ne pensait qu'à son rétablissement mais il n'était pas à l'aise.
- J'ai faim ce soir, se força t'il à dire.
- Duo, je ne voulais pas encore une fois être maladroit, remarqua Heero, en posant sa cuillère. Je m'excuse.
- Non, je…
- Hn ?
- Tu n'as pas à t'excuser. C'est moi qui suis désolé…de réagir ainsi.
Duo reposa lui aussi sa cuillère. Il ferma les yeux, pour permettre à son cœur de se calmer. Puis il regarda Heero. Il vit son inquiétude mais aussi de la douceur dans ses yeux. Non décidément il ne pouvait pas lui résister.
- Hee-chan, j'ai l'impression de tout faire de travers, d'être une vraie plaie pour tout le monde…
- Tu sais que c'est faux. Gronda Heero.
- Je n'ai plus l'habitude que l'on me parle avec tant de …gentillesse. Durant les 6 dernières années, je ne faisais même plus attention à mes propres soucis parce qu'on ne le faisait pas pour moi non plus. J'ai jugé plus simple de me mettre de côté tout simplement. Je me suis complétement isolé.
- C'est dur.
- Oh oui. Alors après la mort de mes parents, quand j'ai arrêté de manger, personne ne s'en est vraiment rendu compte et moi non plus, sur le coup. Je n'allais pas bien, je pense que c'était aussi une des séquelles de mon long « sommeil ». Quand j'essayais de manger, je rendais quasiment immédiatement le contenu de mon estomac. J'ai donc arrêté de manger. Sans rien dire. Ca n'intéressait personne. De temps en temps, j'arrivais à me nourrir, je pensais que ça allait s'améliorer. Mais encore aujourd'hui, toute cette période est floue pour moi.
- …
- Tout ce dont je me rappelle est d'avoir atterri à l'hôpital environ un an après mon arrivée chez ma tante car je n'avais plus que la peau sur les os. Ma tante s'est fait ….engueuler il n'y a pas d'autre mot…par le médecin pédiatre qui n'en revenait pas qu'elle n'ait rien vue de ma déchéance. Le médecin lui a reproché son manque d'attention, alors que j'étais encore convalescent et sous surveillance médicale.
- C'est incroyable…
- Et pourtant… je la défendais, elle m'avait offert un toit. Alors, ils ont fermé les yeux en lui arrachant au passage la promesse d'être plus vigilante. Malgré ce que je pensais, j'ai encore aujourd'hui beaucoup de mal avec la nourriture. Je donne le change, les médecins m'ont « rééduqué » si je puis dire ainsi pour m'apprendre qu'il fallait manger, que je devais me forcer, que l'appétit reviendrait ainsi. Mais je n'y arrive pas tout le temps. Je sais que je suis carencé, je sais que ce n'est pas bien, mais mon corps rejette la nourriture que je lui donne si je sens qu'il ne l'acceptera pas. J'ai comme un … nœud dans l'estomac. Mais …
- Mais ?
- Depuis que je suis parti, ça va mieux. Je retrouve des …sensations.
- Tu arrives donc à manger correctement quand tout va bien.
- Sans doute, je ne sais pas. Mais je ne mange pas assez, j'en suis bien conscient. Je suis déjà content de pouvoir avaler un repas correct par jour.
- Il y a donc bien plus à faire que je ne le croyais.
- Heero, ne te mets pas tout ça sur les épaules ! Ca reviendra, c'est déjà revenu un peu… S'inquiéta Duo.
- Un psy pourrait t'aider. Affirma son ami.
- Tu n'y vas pas par quatre chemins, Hee-chan…
- Tu sais bien ce que je veux dire. Et cela n'a rien de péjoratif. Je sais que cela peut faire du bien.
- ?
- Le fait de te punir ainsi n'est pas normal, parce que c'est ce que tu fais. Je ne me lasserais pas de te dire que tu n'es pas coupable de ce qui t'arrive.
- Je …je ne sais pas.
- Tu me diras. Réfléchis.
- D'accord, répondit Duo, soulagé que son ami lui laisse le temps de la réflexion.
- Allez, mange. La soupe va être froide.
- Oui.
Ils continuèrent de manger dans le silence, méditant chacun sur les paroles de l'autre.
Quand Franny débarrassa l'assiette de purée de Duo, elle ne fit aucun commentaire sur les trois-quarts de la purée qui restait. Elle croisa le regard contrit de Duo, puis celui de Heero, qui lui demanda en un coup d'œil de ne rien dire.
- Souhaitez-vous tout de même un dessert, Monsieur Duo ?
- Non, merci. Je ne peux plus rien avaler, répondit-il.
- Monsieur ?
- Cela ira, Franny. Je te remercie. Je vais remonter Duo dans sa chambre et lui montrer la salle de bain.
- Je fais le nécessaire en cuisine, puis je serais présente pour les soins d'ici 20 mn.
- Merci Franny. A tout à l'heure.
Franny commença à débarrasser la table pendant qu'Heero poussait la chaise de Duo vers le monte-charge.
- Hee-chan ?
- Hn ?
- Franny va t'elle savoir faire les soins ?
- Hn. Je l'ai emmené voir Sally et le Dr Tracy, qui lui ont expliqué ce qu'elle devait faire dans ton cas. Nous sommes ensuite passé en pharmacie.
- Ah ? ok.
- Duo, j'ai une totale confiance en elle. Elle est très compétente. Reprit Heero pour le rassurer.
- Je n'en doute pas…si tu l'as choisie. Remarqua Duo, doucement.
- Je ne l'ai pas choisie.
- Alors tes parents ont fait le bon choix !
- Pour une fois…
Duo ne reprit pas. Le ton désabusé et cynique de Heero l'en dissuada. Il s'émerveilla de la salle de bain, aménagé en connaissance de cause. Il pourra faire sa toilette quasiment tout seul. Mais pour le reste, il aura besoin d'aide. Franny rentra dans la chambre au moment où il finissait de se laver les dents. Heero l'avait laissé pour faire sa propre toilette du soir.
- Monsieur Duo, souhaitez-vous prendre une douche ce soir ?
- J'en…j'en serai ravi mais je ne voudrais pas…
- A partir de maintenant, stoppa Franny, vous devrez me considérer comme votre infirmière personnelle. N'en ayez aucune honte, cela vous soulagera d'avance et je ferai ce qui est nécessaire. Vous ne souhaitez pas sans nul doute que ce soit Monsieur Heero qui s'en occupe ?
- NON ! Cria presque Duo, rouge de honte à cette idée.
- Voilà. Donc, souhaitez-vous prendre une douche ?
- Oui, Franny, je veux bien.
- Voilà qui est mieux. Je vais vous aider…
Une fois douché, Franny partit chercher un pyjama pour Duo.
- Il va falloir que je fasse quelque chose pour vos vêtements, vous ne pourrez pas vous vêtir décemment sinon avec ce fixateur.
- Je…je n'y avais pas pensé, répondit gêné Duo. A l'hôpital, il faisait tellement chaud qu'on me laissait tout le temps en boxer…
- Pour cette nuit, vous aurez ce pyjama, il est assez large pour être enfilé avec le fixateur. Je vais voir ce que je peux faire pour la journée.
- Franny, vous êtes un ange, merci.
- Monsieur Duo, je ne fais que mon devoir.
C'est donc douché et en tenue de nuit que Duo rejoignit Heero dans la bibliothèque, amené par Franny.
- Par où es-tu passé Heero, je ne t'ai pas vu ? S'étonna Duo, en rentrant dans la pièce.
- Par ma chambre, qui est juste là. Indiqua Heero, avec le doigt.
- La bibliothèque communique avec les deux pièces ?
- Oui tout à fait. C'est aussi ma pièce préférée, j'y viens souvent. Veux-tu prendre un ouvrage ? Lui demanda t'il.
- Oui, j'en serais ravi. J'en avais repéré un tout à l'heure…
Les deux amis se retrouvèrent chacun à lire à la lueur du luminaire. Franny avait aidé Heero à installer Duo sur le fauteuil, un pouf maintenant sa jambe bien droite. Heero avait pour la première fois coiffé Duo, qui lui avait demandé s'il accepterait de lui faire une natte. Celui-ci s'en tira avec brio. Il ne vit pas Duo, les joues carmines de se laisser toucher ainsi par son ami. Un bâillement de Duo fit relever la tête de son ami et il décida qu'il était temps de se coucher.
- Je n'ai pas pensé que tu serais fatigué, Duo. Gomen. Je t'emmène au lit.
- Non, non Hee-chan, ne sois pas désolé ! Oui, je crois qu'il serait plus raisonnable en effet que je me couche !
La grimace que fit Duo en remuant inquiéta Heero :
- Tu t'es fait mal ?
- Non, ce sont juste mes muscles qui me rappellent à l'ordre. Et puis le fixateur, c'est quand même pas terrible, le sparadrap me démange un peu, et parfois ça tire et ça fait mal. Répondit Duo, en faisant un sourire contrit.
- Je vais appeler Franny pour m'aider à te relever.
- Elle travaille encore ?
- Franny vit ici, Duo.
- Ah bon ?
- Elle est gouvernante à plein temps.
- Mais… sa famille, son époux ?
- Elle n'a, à ses dires, jamais éprouvé le besoin de partir…je n'en sais pas plus. Eluda le maître de la demeure.
- Elle n'a effectivement pas l'air malheureuse, conclut Duo.
A ces mots, Franny ouvrit la porte de la bibliothèque et entreprit d'aider Heero à repositionner Duo sur son fauteuil. Il fut plus aisé de le replacer ensuite dans son lit.
- Vivement que je retrouve un peu de mobilité ! Ca vous évitera toute cette peine.
- Un peu de patience Duo, ça va revenir.
- Bonne nuit Heero, Bonne nuit Franny.
Duo étouffa un bâillement et se lova dans son oreiller.
- Bonne nuit Duo.
- Bonne nuit, Monsieur Duo.
Cette nuit, dans son lit, Heero ne trouva pas le sommeil. Il pensait à son camarade de chambre, qui dormait deux pièces plus loin. Cela faisait maintenant 7 mois que Duo avait débarqué dans sa vie. Et cela lui semblait à la fois lointain et si court. Comment avait-il réussi à prendre autant d'importance pour lui en si peu de temps ? Tout s'était enchaîné, des rencontres à la bibliothèque rien que pour eux, aux rendez-vous au Studio 10, leurs ballades en moto, leurs après-midi à lézarder sur la colline, à discuter, dessiner, rêver ? Il n'avait même jamais permis à Trowa de rentrer à ce point dans son intimité. Mais avec Duo, cela lui semblait si naturel. Et il avait vraiment envie de ce temps passé avec lui. Il se surprit à sourire. Décidément, Duo l'avait changé.
Duo de son côté, essayait tant bien que mal de trouver le sommeil. Etre dans une maison inconnue, dans un lit inconnu et une chambre inconnue ne l'aidait franchement pas. Il se rassura en pensant à Heero, tout près. Il était heureux d'être là, même s'il lui fallait trouver sa place sans avoir le sentiment d'être de trop. Il savait que Franny ferait tout pour que son séjour se passe au mieux. Il avait senti sa grande affection pour son « Monsieur Heero », sa tendresse débordante et son envie de bien faire. Elle ferait tout pour qu'il soit heureux.
Les yeux clos, Duo se laissa aller au sommeil. Les cauchemars revinrent, cette fois plus violents. Il hurla.
En entendant le hurlement de la chambre voisine, Heero sauta hors de son lit et entra en trombe dans la chambre de Duo. Celui-ci se débattait dangereusement dans son lit, contre des fantômes certainement.
- Duo, Duo, shhhhhh….calme-toi, c'est rien… Chuchota Heero, pour ne pas le perturber plus.
-Hee…heero ?
Duo ouvrit les yeux et les cligna plusieurs fois. Il était en sueur. Que faisait-il dans les bras de Heero ?
- Oui, je suis là. Tu as dû faire un cauchemar.
Sentant Duo se calmer entre ses bras, il mit fin à son étreinte et le regarda.
Duo fixa son ami, rouge de confusion. Qu'il avait l'air bête, de s'être laissé aller comme une fille. Il le détailla davantage. Mon Dieu, qu'il était beau ainsi, torse nu et avec juste un boxer pour dormir. Le rouge de ses joues vira au carmin. Heero vit ce changement de teinte, mais l'attribua à son agitation.
- Ca va mieux ?
- Ou…oui désolé, j'ai souvent des cauchemars mais ils sont rarement aussi…violents.
- Tu veux que je restes un peu avec toi ? fit Heero.
-N…on, non, ça va aller, répondit Duo, encore rouge de sa précédente expérience. Il pensait pourtant le contraire, mais ne voulait pas l'avouer, pas tout de suite.
Le grand sourire que Duo lui adressa rassura Heero : il semblait déjà avoir oublié son cauchemar.
- Je vais te laisser dormir maintenant.
Heero se leva de son lit et ne vit pas le geste de Duo, qui essaya instinctivement d'attraper sa main. La peur d'être seul le tenaillait à nouveau et la présence d'Heero lui avait fait du bien. Mais il ne voulait pas paraître ridicule aux yeux de son ami, alors il arrêta sa main avant de le toucher.
- Merci Heero, je me sens mieux, consentit-il à lui dire.
- Bonne nuit, Duo.
- Bonne nuit, Heero.
Cette nuit-là, Duo ne put refermer l'œil.
