L'Ami Imaginaire
Chapitre 10
POV Emma :
Je cours alors vers la sortie.
Par chance, elle n'est pas très loin.
C'est tout à l'heure, en m'évadant, que je l'ai repéré, au bout d'un couloir.
Mais tout à coup, j'entends quelqu'un crier derrière moi.
« ARRÊTES-TOI OU JE TIRE ! »
Je m'arrête brusquement.
Puis me retourne lentement...
« Ha oui ? Tu oserais, mon Ami ? Tirer sur une pauvre jeune fille... Qui ne vous a rien fait...
- J'ai vu les cadavres, espèces de monstres ! Et ce n'est pas parce-que tu es encore une enfant que tu échapperas aux balles de la justice !
- Très poétique tout ça. Bon, tu m'excuseras, mais je suis pressé.
- Pressé de quoi ? D'aller libérer ton ami ?
- Mon ami ? HA HA HA ! Excellent ! Saches que je n'ai aucun ami. Je n'ai que des coéquipiers... Ou des ennemis. Comme toi, par exemple.
- Assez discuté. Suis-moi ou tu le paieras.
- Je le paierais...? Vraiment ? Non, je ne crois pas. »
Sans lui laisser le temps de réfléchir à ce que je viens de dire, je charge mon arme puis le flingue.
Je ne peux empêcher un rire de m'échapper lorsque je le vois s'effondrer au sol, l'expression partagée entre la surprise, la peur et l'incompréhension.
Je me retourne puis reprends ma course vers la sortie.
Et cette fois, je ne suis pas interrompu une seule fois.
OoOoOoO
Je suis devant ma maison.
Enfin... Leur maison.
La maison qui m'a vu grandir durant 13 ans... Et qui m'a vu partir, en pleurs.
Emmenée de force par trois grands hommes en blouse blanche.
Jack aurait dû les égorger avant de partir.
Ils m'ont emmené dans cet asile, donc ils auraient dû en payer le prix.
Je m'approche de la porte...
Non ! Non, non, non...
Suis-je bête ! Je ne peux pas revenir comme ça, toquer à la porte et dire :
'Bonjour Maman, bonjour Papa, je suis guérie, mais je suis revenue seule. Je peux revenir vivre avec vous ?'
Ridicule. Vraiment.
Alors je m'approche de la fenêtre et observe discrètement mes parents par celle-ci.
Ils sont dans le salon.
« Je t'aime... »
Raphaël embrassa sa femme. Celle-ci se laissa faire sans vraiment répondre au baiser.
« Raph'... Elle... Elle me manque de plus en plus. Je veux la revoir. Je veux la serrer dans mes bras. Je ne veux pas la savoir dans ce satané asile...
- Mélanie. Tu sais bien qu'on l'a envoyé là-bas pour son bien.
- Je sais... Mais...
- Non, mon Amour... Ne nous blâme alors que nous n'avons fait que ce que nous devions faire. Et je suis sûr qu'elle se sent bien là-bas. Et puis... Elle va peut-être mieux, maintenant ! Peut-être a-t-elle oublié son... Ami imaginaire... Jack.
- Jack... ? Il s'appelle Jack ?
- Oui. Et... S'appelait*, ma chérie.
- Comme le sais-tu ? Comment sais-tu qu'il s'appelait Jack ?
- La soirée où elle a été emmené, elle a crié son nom. Sa voix était emplie de détresse...
- Ha oui... Je ne m'en rappelais plus.
- Pourtant, moi, ça m'a marqué.
- Et pourquoi cela ?
- Cela m'avait brusquement rappelé cette fameuse femme aux infos. Cette femme que j'ai traité d'idiote.
- Sans savoir que tu insultais notre fille en même temps... »
Raphaël resserra le bras qu'il avait passé autour de la taille de sa femme un peu plus tôt.
« Ce n'est pas grave, Emma n'a pas dû s'en rendre vraiment compte...
- Je l'espère depuis que j'ai appris que j'ai insulté ma fille.
- Oui, enfin... 'Insulté' n'est pas vraiment le bon terme en fin de compte... Ce n'est que 'idiote' après tout.
- Et alors ? C'est pareil.
- C'est du passé. Elle a dû oublier depuis. Chéri... On devrait appeler l'asile, pour savoir si elle va bien, non ?
- … D'accord. Si tu veux. Mais demain.
- Oui, bien sûr. Je t'aime.
- Je t'aime aussi, Mélanie. »
Emma laissa couler une larme le long de sa joue. Les revoir lui faisait subir trop d'émotions...
Mais... Attends... Ils veulent appeler l'asile ?!
Non ! Surtout pas ! Il ne faut pas ! Il ne faut... pas...
Si. En fin de compte, il le faut.
Il faudra qu'ils apprennent tôt ou tard que leur fille s'est enfuie, alors pourquoi pas maintenant ? Enfin... Demain.
Je regarde à nouveau par la fenêtre, pour les observer une dernière fois. Après, il faudrait qu'elle trouve un moyen pour monter dans sa chambre, se changer, se faire une valise et partir. Pour de bon.
Raphaël alluma la télévision.
« - information de dernière minute. Une jeune fille se serait apparemment échappée de l'asile psychiatrique de Brooklyn. Elle se nomme Emma Gautier, 13 ans, a les cheveux longs et bruns, et les yeux marrons. Elle mesure entre 1m50 et 1m60. Si vous la retrouvez, ramenez-la à l'asile. Quatre personnes ont été retrouvées mortes. Deux gardes et deux policiers. La police la soupçonne d'être l'auteur de ces meurtres. Un témoin ayant été reconnu comme son complice durant l'évasion l'aurait confirmé. »
Raphaël était choqué. Horrifié.
Mélanie pleurait. Elle laissait échapper des 'non' et des 'Pas ça...' implorants.
« On doit aller à l'asile !
- Non, allons plutôt chercher Emma. Ma chérie, aller à l'asile est inutile...
- .À.L'ASILE.
- Mais -
- MAINTENANT !
- Non.
- Moi j'y vais. Toi t'as qu'à te raccrocher à ton pitoyable espoir de la retrouver dans les nombreuses rues de Brooklyn. Salut.
- C'est bon, c'est bon, je viens. »
Ils se préparèrent rapidement et sortirent.
Mélanie courut vers la voiture alors que Raphaël sortait à peine, en marchant.
Sa femme se mit à chercher quelque chose dans son sac à main et alors que son mari s'apprêtait à fermer la porte, elle s'écria :
« Attends ! Je ne trouve pas la clé ! Ferme pas, attends une seconde que je la trouve... »
Raphaël regardait sa femme en attendant qu'elle les trouve.
Quelques minutes plus tard, il s'avança sur le ponton, à quelques mètres de distances de la porte et parla :
« Bon ! Tu les trouves ces foutues clés ?!
- Je crois, attends... Elles sont là ! C'est bon, tu peux fermer ! On y va ! »
Raphaël ferma la porte et se dirigea vers la voiture.
Quelques minutes plus tard, ils démarraient.
Je suis entrée.
J'ai profité de l'inattention de mon père pour me faufiler à l'intérieur.
Ça fait bizarre de revenir après deux mois ½...
Je cours vers ma chambre sans perdre de temps inutilement.
.
.
.
C'est bon. Je me suis changé, j'ai ma valise, j'ai des sous.
Là je suis devant la porte.
Je prends le double des clés qui est toujours à l'entrée et sors.
Je referme la porte derrière moi puis vais mettre les clés dans la boîte aux lettres.
Accompagné d'un mot. Pour qu'ils sachent que j'étais revenu.
Puis je pars, recouverte d'un bonnet avec les cheveux rassemblés dedans, pour faire croire que mes cheveux sont courts, un pantalon légèrement épais pour qu'on ne devine pas mes formes et un sweat.
