LES SECRETS D'UNE BONNE MAYONNAISE

Secret n°10 :

« Faites bien attention à ne pas mettre trop de vinaigre, auquel cas votre mayonnaise risque d'être trop acide. »

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- Novembre 2007 -

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J'ai beau vous paraître cynique et amère, voire hautaine au vu de ma tendance à juger instantanément ceux qui m'entourent mais, dans le fond je n'ai jamais été très différente du reste de mes camarades. Comme eux, j'ai cherché à grimper l'échelle de la notoriété. Comme eux, j'ai rêvé d'être le centre de l'attention. Et, comme eux, une fois parvenue à ce piédestal tant désiré, j'ai prié pour en être destituée au plus vite. Parce que, à moins d'avoir accompli un exploit dont on est particulièrement fier, être la cible de tous les ragots de Poudlard est loin d'être un cadeau.

Depuis ma première année, j'ai toujours fait partie des anonymes. Ceux qu'on reconnaît mais dont on ne sait pas le nom. Ceux dont les amis sont biens plus intéressants et qui fait office de papier peint, de faire valoir. Je m'y suis habituée tant bien que mal, traçant ma route dans l'ombre tout en rêvant secrètement d'être un jour propulsée sur le devant de la scène, brillant sous le feu des projecteurs. Dire que je n'ai jamais songé que ma condition d'orpheline m'y aiderait serait un mensonge. Ma passion pour les livres avait ça de malsain : bien trop de héros partageaient cette particularité avec moi, et je pensais naïvement que c'était ce qui les rendait exceptionnels. Plusieurs fois, j'ai imaginé mon secret révélé et la compassion que cela aurait engendré chez les élèves de Poudlard, comblant ce vide en moi que je croyais dû à un manque d'intérêt. Evidemment, même si compassion il y avait, rien n'était semblable à ce que j'avais pu m'imaginer.

Après qu'Audrey ait malencontreusement dévoilé mon secret à la quasi-totalité de l'école - les quelques absents n'ayant pas vraiment tardé à l'apprendre à leur tour -, j'avais vu se créer sur mon compte un nombre incalculable de rumeurs. Tout le monde y allait de son petit commentaire, inventant mille et une histoires relatant de la façon dont était morts mes parents ou encore de la raison qui m'avait poussée à passer ma condition d'orpheline sous silence pendant si longtemps. En temps normal, je me serais moquée des racontars les plus farfelus et aurait ignoré les plus plausibles, mais dans la pagaille qu'avait semé cette révélation, je me sentais plus perdue que jamais je ne l'avais été.

Le pire étant sans doute de découvrir que, à présent, je paraissais faire encore plus pitié qu'auparavant. J'avais cessé de compter le nombre de regards désolés que j'avais senti sur moi dès l'instant où j'avais quitté la Grande Salle dans un silence de mort, comme une pauvre gosse apeurée par une bêtise qu'elle aurait faite. Les élèves s'en donnaient à cœur joie, et leur pitié m'enrageait. De Maya l'intello j'étais devenue Maya la pauvre orpheline et ce changement me déplaisait au plus haut point.

Mais bon. L'opinion publique de Poudlard, je suis parfaitement capable de faire comme si elle ne m'atteignait pas. C'est plus les réactions respectives de Victoria et Meredith qui m'ont atteintes au plus profond de ma chair.

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- 6 novembre 2007 -

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La première à venir me trouver fut Meredith. Alors que, plongée dans le premier tome de House of Cards, je tentai d'afficher une mine détachée, elle se planta devant mon lit à baldaquin et esquissa une grimace de déception alors que je relevais les yeux.

— Pourquoi tu ne m'as rien dit ? s'exclama-t-elle, incapable de rester silencieuse plus longtemps. Comment tu as pu me cacher un truc pareil alors que moi je t'ai toujours tout dit !

À mes risques périls, je feignis d'être blasée et cornai la page de mon livre avant de le poser sur la table de nuit. Je ne savais pas comment réagir à son éclat de colère et mimer la désinvolture me semblait la meilleure échappatoire.

Personne ne le savait, Meredith, finis-je par lâcher.

— Tu te fiches de moi ? Tu es incapable de supporter Audrey, et c'est elle qui vient de le révéler à la face du monde ! Comment tu peux la juger digne de confiance et pas moi ?

— Si tu crois sérieusement que je l'ai mise de mon propre chef dans la confidence, alors tu n'as rien à faire à Serdaigle, m'esclaffai-je méchamment.

Les traits délicats de Meredith se contractèrent avant qu'elle ne se rende compte de sa bêtise et se mette à faire les cent pas dans le dortoir silencieux.

— Alors comment elle le sait, hein ? demanda-t-elle d'une voix courroucée. Si tu ne l'as jamais dit à personne ?

— Je ne sais pas... avouai-je franchement. Elle a peut-être lu mon courrier ou entendu une conversation avec Flitwick...

Ne sachant pas très bien si elle pouvait me croire ou non, Meredith cessa néanmoins de tourner en rond et s'assit sur son lit. Je savais qu'elle n'en avait pas fini, et c'est certainement la première fois que j'eus envie de voir son égocentrisme irréfrénable reprendre le dessus sur le tourment que lui causait la condition de fantôme de mes parents.

— N'empêche que je ne comprends pas comme tu as pu me cacher un truc pareil pendant six ans... grommela-t-elle. Je pensais que tu me faisais plus confiance que ça. On est censées être amies, quand même !

Elle était extrêmement déçue, ça se lisait dans son regard, mais je n'arrivais même pas à me sentir coupable. Et puis quoi encore ? Elle semblait tomber des nues, alors qu'elle n'avait jamais soupçonné les secrets que je pouvais cacher ! Si on était amies, elle aurait dû s'apercevoir bien plus tôt que quelque chose clochait avec mes parents. Ce n'était pas comme si les missives ministérielles que je recevais régulièrement, mon silence à ce sujet et l'absence physique de mes parents n'avaient jamais pu lui mettre la puce à l'oreille !

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- 8 novembre 2007 -

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Le surlendemain, ce fut à Victoria que j'eus affaire en cours de botanique. Pour la première fois depuis la première année, Meredith avait déserté notre paillasse, préférant passer le cours aux côtés de Lya et Audrey, aucune des trois ne daignant nous accorder un regard. Meredith était si vexée qu'elle avait choisi de ne plus m'adresser la parole, et les deux autres paraissaient atrocement gênées dès que je me trouvais dans la même pièce qu'elles.

— Salut, May' ! m'apostropha Vicky lorsque je m'installai à ses côtés en revenant du cours d'histoire de la magie.

Je lui répondis par un sourire, heureuse de voir que, contrairement à Meredith, elle ne m'en voulait pas. Plusieurs minutes s'écoulèrent sans qu'une seule de parole de plus ne soit prononcée et je vis du coin de l'呁il la métisse se tortiller les mains dans l'attente du moment propice pour me poser la question qui lui brûlait les lèvres.

— Qu'est-ce qu'il y a ? lui demandai-je alors que le professeur Londubat faisait une entrée maladroite dans la serre réservée aux septièmes années.

— Je sais que tu dois en avoir marre qu'on ne te parle que de ça depuis hier mais ... tes parents sont vraiment des fantômes ? Genre des vrais de vrais, qui peuvent traverser les murs et tout ?

— Ben oui.

— Par la barbe de Merlin ! C'est incroyable ! T'es au courant que tu dois être la seule sorcière au monde dont les parents ont choisi de revenir sous cette forme ?

— Il paraîtrait, oui.

— Franchement, c'est cool. Tes parents doivent être des gens trop gentils ! Pas comme mon père. Lui, il n'aurait jamais fait un truc pareil, même pour tout les Gallions du monde !

J'aurais dû être rassurée par la réaction de Vicky. Mais je crois que, d'un côté, elle me fit encore plus mal que celle de Meredith. Parce qu'elle ne comprenait pas. Peut-être était-ce simplement le résultat d'une réaction à chaud, mais elle ne voyait pas qu'en réalité, avoir des parents fantômes était tout sauf « cool ». C'était une plaie. Un fardeau qui s'abattait sur mes épaules de gamine alors que je n'avais rien demandé. Victoria était comme mes parents. Elle ne voyait que la chance que j'avais d'avoir des parents prêts à faire ce sacrifice uniquement parce qu'ils m'aimaient. Elle pensait que je leur étais reconnaissante de cette éternité d'inconsistance qu'ils m'avaient apportée sur un plateau d'argent. Si elle avait su...

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- 15 novembre 2007 -

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En y réfléchissant, je compris que les réactions respectives de mes deux amies étaient prévisibles longtemps à l'avance. Meredith ne supportait pas de ne pas être le centre de l'attention, la meilleure partout où elle pouvait l'être - y compris en amitié. Et Victoria, elle, n'était pas à Poufsouffle pour rien : insouciance et rigolade étaient ses deux mots d'or, ceux dont elle ne se défaisait jamais. Alors oui, qu'Audrey le leur révèle pour moi ou que je ne me laisse aller à les mettre dans la confidence, toutes deux auraient certainement eu la même manière de réagir.

En revanche, la chose à laquelle je ne m'attendais pas du tout, ce fut la réaction de Peter Mallister. Il ne m'aimait pas, comme il me l'avait souvent montré, et pourtant cela ne l'empêcha pas de venir me trouver quelques jours plus tard, alors que je travaillais sur mon projet de botanique à la bibliothèque 咁 l'endroit où j'étais le moins sujette aux regards de mes camarades ou à la bouderie de Meredith.

— Salut, s'annonça-t-il sobrement en arrivant à la hauteur de ma table.

Déstabilisée, je pris quelques secondes avant de bafouiller :

— Euh... salut ?

Je ne comprenais pas pourquoi il venait soudainement me voir, lui qui n'avait jamais manifesté beaucoup de sympathie à mon égard. Mais bon, au moins il eut la décence de ne pas me faire attendre trop longtemps avant de me faire part de la raison de sa visite.

— Tu as une minute pour parler de ce qu'il s'est passé l'autre jour ?

Je n'avais aucune envie d'en reparler, mais la curiosité me poussa à hocher la tête et le jeune homme pris place en face de moi.

— Je voulais simplement que tu saches que ce n'est pas moi qui aie dit à Audrey que tes parents étaient des fantômes.

Je fronçai les sourcils. Le fait qu'il vienne de lui-même se justifier était étrange puisque jamais je n'aurais vu en lui celui qui avait « trahi » ce secret implicite.

— Hum... D'accord. Autre chose ?

— Non, c'est tout. Je n'avais juste pas envie que tu aies une mauvaise opinion de moi à cause de ça.

Encore plus étonnée que je l'avais vu s'asseoir, je le vis se relever et quitter le rayon de la bibliothèque où je m'étais installée. Depuis quand est-ce que Peter Mallister se souciait de ce que je pouvais penser de lui ? Sa visite révélait une fois de plus l'étrangeté du personnage. Peter n'agissait jamais comme on pouvait s'y attendre, et son imprévisibilité m'irritait.

En passant à mon tour les portes de l'antre du savoir, je me rendis cependant compte de quelque chose : la démarche de Peter était étrange, mais le fait qu'il ait pu penser que je le soupçonnais n'était en soi pas idiot. Mis à part lui, Lya et les professeurs, personne ne savait pour mes parents. Et maintenant, j'avais une idée très précise de la personne qui avait pu avoir la langue trop pendue en présence de sa meilleure amie... Tu ne mérites pas plus ta place à Serdaigle que Meredith, May... Il n'y avait que Lya pour avoir mis Audrey au courant ! songeai-je avec ironie en m'éloignant dans le couloir.