10.

Hochant la tête sous la stupeur, Hermione soupire d'horreur devant l'exacte reproduction des camps de concentration moldus qui se dresse devant elle. Les mêmes haies de fils de fer électrifié, les mêmes sentinelles postées dans des miradors, le même espace dégagé sur lequel elle se tient en compagnie des autres déportés et les mêmes hommes en tenue d'officier qui les entourent, baguette braquée sur eux.

Chacune des personnes rassemblées sur cette place est obligée d'entrer dans un baraquement dont elle ressort marquée à l'avant-bras et une tenue pliée dans les mains avant d'aller reprendre sa place dans son rang. Comme c'est à son tour de s'y rendre, Hermione se retrouve dans un bureau où on la force à s'asseoir face à un secrétaire en train de silencieusement consulter un dossier à son nom, dressé devant son visage.

— Tu sais quoi Granger ? finit-il par lâcher. Je ne suis pas étonné d'apprendre que tu t'es engagée dans le Front. Ça te ressemble tellement que ça ôte tout effet de surprise.

— Malfoy, grince-t-elle entre les dents.

— Pour toi, c'est : Monsieur Malfoy, rectifie-t-il en abaissant ses documents. Messieurs, laissez-moi seul avec mademoiselle, c'est une vieille connaissance avec laquelle je voudrais échanger quelques mots en privé, lance-t-il sèchement aux deux officiers peu coopératifs plantés de chaque côté de la porte. C'EST UN ORDRE !

Comme ils s'exécutent dans un dernier regard échangé entre eux, Drago se lève de son siège pour s'adosser au rebord de la fenêtre derrière lui, les bras croisés.

— Et dire que je t'ai cru quand tu m'as dit que tu voulais être de notre côté cette fois…

— Parce que tu crois vraiment que je suis là par conviction personnelle, Hermione ? s'étrangle-t-il dans un souffle, visiblement excédé par cette insinuation. J'ai fait pression sur le Front pour être missionné ici en prétextant que j'aurai accès à des informations que je pourrai lui transmettre, lui apprend-t-il sur le ton de la confidence.

Afin de ne pas être vu, le blond lance deux sorts l'un après l'autre : le premier pour abaisser le store et le second pour verrouiller la porte. Puis il contourne son bureau pour s'avancer vers la jeune femme qui se lève à son approche. Alors qu'il amorce un mouvement pour l'étreindre, elle se faufile dans l'espace de ses bras sans se faire prier.

— Si quelqu'un m'avait dit que je risquerai un jour ma vie pour protéger la tienne, je l'aurais directement expédié à Sainte-Mangouste, déclare-t-il en la serrant contre lui.

— Merci, Drago, lui murmure-t-elle, le menton contre son épaule. Comment va Severus ?

— Il ne mange plus, ne dort plus… l'informe-t-il gravement en se détachant d'elle. Il aurait préféré venir lui-même mais il n'a pas pu. Alors il m'a demandé de partir veiller sur toi à sa place, jusqu'à ce qu'il trouve quoi faire et comment. Il n'a pas eu à insister, depuis qu'on partage le même engagement, tu sais bien que tu es devenue comme une sœur pour moi, ma petite sang de bourbe préférée, lui rappelle-t-il en détournant affectueusement l'insulte qu'il lui a tant craché au visage. Oh et toute ta clique de dégénérés m'a demandé de te dire qu'elle pensait beaucoup à toi ! Je ne vois pas très bien à quoi ça sert de te le répéter mais j'ai pensé que tu voudrais le savoir.

Des bruits provenant de l'autre côté de la porte les interrompant, chacun d'eux reprend précipitamment sa place de chaque côté du bureau.

— Je ferai ce que je pourrai pour te préserver au maximum. Mais comme je suis sous couverture et que j'ai d'autres fonctions à assurer pour le Front, ce ne sera pas possible de t'éviter certaines choses, l'avertit-il d'un ton navré. Je ne vais pas pouvoir empêcher que tu sois marquée par exemple mais on peut choisir l'immatriculation ensemble si tu veux, dit-il dans un sourire gêné en pointant sa baguette sur l'avant-bras qu'elle lui tend.

— L-1-B-3-R-T-3, lui dicte-t-elle.

Les deux officiers réentrant finalement, Drago recompose son masque en un instant et les suit du regard tandis que l'un retire une tenue rayée d'un placard qu'il remet à l'autre, qui lui, la fourre dans les bras de la jeune femme en lui ordonnant de sortir reprendre sa place dans sa rangée.