J'ai fini la fameuse "relecture", donc je publie les deux derniers chapitres. (Oui, oui, c'est la fin !) J'espère que vous avez eu autant de plaisir à lire cette histoire que j'ai eu à l'écrire ! Sur ce, bonne lecture !

10

- Link, tu dois dire quelque chose ! pleurnicha Arielle à ses côtés.

Assis dans la cuisine, les bras croisés sur la table, il fixa sa petite soeur en tentant de garder son sérieux.

- Que veux-tu que je dise ? Tu as lancé Tetra dans l'océan. Tu es chanceuse qu'à son retour elle ne t'ait pas rendu la pareille.

- Mais ce n'était pas moi ! répéta la jeune femme en marchant de long en large dans la pièce. C'est comme si j'étais possédée par quelqu'un d'autre ! J'ai cassé le nez d'un matelot parce qu'il m'a traité de gentille fille et en plus, j'en ai battu trois autres en duel ! Parce que je m'ennuyais !

Un sourire en coin, Link regretta d'avoir manqué une telle scène. C'était tellement loin du comportement habituel de sa petite soeur qu'il avait de la difficulté à croire à ce qu'elle avait fait pendant son absence. Même s'il avait vu le matelot au nez cassé qui maintenant fuyait la présence de sa cadette et les trois autres qui avaient subi l'humiliation de se faire battre par une femme. Autre que Tetra.

- Je veux rester ici ! s'écria Arielle.

Elle tira rageusement une chaise vers elle pour s'installer en face de Link en faisant la moue.

- Je ne suis de toute façon pas la personne idéale pour parler en ta faveur. Moi et Tetra, nous nous sommes pratiquement entre-tués sur l'île. C'est une chance que vous soyez arrivés à ce moment-là. Parce qu'elle était sur le point de gagner.

- Pff, répliqua Arielle. Tu l'as laissée prendre le dessus pour te faire pardonner.

- Ça n'a pas fonctionné étant donné que je dois rester dans la cuisine.

- Pour me surveiller.

- Je crois qu'elle était fatiguée de t'entendre t'excuser.

- Elle n'avait pas l'air de me croire.

Link haussa les épaules et écouta d'une oreille distraite les remous de l'océan qui frappait la coque du navire. Ils n'étaient plus si loin de l'île de la Terre. Où une force maléfique avait élu domicile. C'était leur prochaine destination. Ensuite, direction l'île d'Aurore pour y laisser Arielle. En espérant qu'il ne doive pas y rester aussi.

Sa petite soeur soupira en passant une main dans ses cheveux libres, ce qui le fit sortir de ses pensées.

- Laissons là se calmer ok ? dit Link doucement. On l'a tout de même humilié tous les deux aujourd'hui.

- Elle est la princesse et je l'ai jeté par-dessus bord sans remords.

Ils se fixèrent un moment avant d'éclater de rire.

- J'aurais tellement voulu voir cela ! dit Link entre deux rires.

- Je l'ai eu par surprise, décrivit Arielle. Je veux dire, c'est comme si soudainement, j'étais devenue une guerrière. Agile, rapide et forte ! Avec des pouvoirs magiques en plus ! J'aurais été curieuse de faire un vrai duel.

- Tu crois que tu aurais eu des chances de la vaincre ? demanda Link.

- Oh, pas un duel avec Tetra, répliqua Arielle. Avec toi plutôt. J'ai toujours voulu te défier. Et botter ton derrière de héros !

- Tu n'aimes pas tenir une épée dans tes mains ! riposta-t-il.

Un sourire se dessina sur ses traits lorsqu'elle précisa :

- Même sans épée, je suis sûre que j'aurais été un adversaire redoutable !

Nico débarqua dans la pièce avec une poche remplie de farine qu'il déposa sur la table entre les deux jeunes adultes.

- Tetra est vraiment fâchée, dit-il en s'installant aux côtés d'Arielle.

Link regarda sa petite soeur qui fit de même en déglutissant.

- Elle fixe l'océan sans bouger depuis des heures. Tous les matelots ont fait des commentaires désobligeants pour essayer de la sortir de sa torpeur, mais elle ne réagit pas, continua Nico.

- Alors, je n'ai vraiment aucune chance de rester ? dit tout bas Arielle.

- Et bien, répondit doucement Nico, je ne suis pas sûr que pour le moment, vous êtes la cause de son humeur.

Link regarda le matelot interrogativement et celui-ci reprit :

- Vous savez qu'elle a des dons prémonitoires...

- Oui, répondit Link immédiatement.

- Non ! répliqua Arielle surprise. Sérieusement ? Un peu comme tirer aux cartes ?

Nico eut un léger rire et précisa :

- On peut dire, mais sans les cartes. Enfin bon, son comportement du moment me fait penser qu'il va se passer quelque chose. Gonzo aussi le pense. Elle n'est pas comme lorsqu'elle fait ses cauchemars. Non, on a tous l'impression qu'elle est sur ses gardes.

- Alors on doit se débrouiller pour qu'elle reste sur le navire lorsque nous arriverons à l'île de la Terre, décida Link.

Nico approuva de la tête, satisfait.

- C'est ce que nous pensions, ajouta-t-il.

Il se leva pour reprendre son sac de farine.

- Crois-tu qu'il y ait un moyen pour que je puisse rester ici ? demanda précipitamment Arielle en voyant que Nico quittait la pièce.

- Et bien, ton frère est encore ici, alors il y a de l'espoir, l'encouragea le matelot.

Link soupira lorsqu'il vit sa petite soeur répondre au sourire de son interlocuteur. Il ne savait pas si Tetra l'autoriserait à rester après cette aventure par contre.

OoOoO

- Qu'est-ce que tu fais ?

Tetra sursauta en entendant la voix de Link derrière elle.

- Tu m'as fait peur, dit-elle en reprenant sa fouille dans la caisse qu'elle avait ouverte.

- Désolé, dit-il en s'appuyant sur d'autres boites.

La jeune femme sortit un miroir de la caisse et le regarda quelques secondes avant de le remettre à sa place et l'entourer d'un linge. Depuis le coucher du soleil, elle s'était réfugiée dans la cale du bateau. Réfugiée de quoi ? Elle n'en savait rien. Toutefois, son instinct lui disait que quelque chose se préparait. Là encore, elle n'avait aucune idée de ce que cela pouvait être. Mis à part le monstre qui les attendait sur l'île de la Terre. C'était pour cette raison qu'elle s'était retrouvée à fouiller dans la marchandise de son embarcation pour trouver...quelque chose. N'importe quoi qui lui garantirait une protection contre ce qui se préparait. La présence de Link à ses côtés aidait déjà beaucoup, admit-elle en pensée. Ce serait par contre idiot de rester collée à lui simplement à cause d'une peur invisible. Elle fit la moue à la suite de ses pensées. Pas par peur, se corrigea-t-elle. Par prudence. Elle était juste prudente.

- Il se fait tard, dit-il en voyant qu'elle ne parlait pas.

- Je n'ai pas vraiment sommeil, répliqua-t-elle.

Elle sortit un ocarina en bois, grossièrement taillé, et se mordilla la lèvre inférieure. Dire qu'à une certaine époque, cet instrument était l'un des plus sacrés.

- Je peux voir ça ? demanda curieusement Link.

Elle lui tendit l'objet qu'il inspecta un long moment avant de le porter à ses lèvres pour en sortir une note loin d'être parfaite. Il prit rapidement plaisir à essayer les combinaisons possibles et écouter la note créée alors que Tetra poursuivit sa fouille. Elle tomba sur une panoplie d'objets, allant de rideaux, aux ustensiles tordus ainsi que plusieurs petites boites vides. Rien d'intéressant ne se trouvait dans cette caisse, se dit-elle penaude après avoir inspecté tout le contenu. Link s'arrêta de jouer lorsqu'elle remit le couvercle pour s'attaquer à une caisse un peu plus loin. Il prit le lampion à côté de lui et l'approcha de Tetra.

- Comment ça s'appelle ? demanda-t-il.

- C'est un ocarina, répondit Tetra distraitement. Peux-tu approcher le lampion plus près ?

Il accéda à sa demande et reprit :

- Je peux le garder un moment ?

Tetra eut un sourire et acquiesça en disant :

- Si tu le veux, il est à toi. Les objets ici sont destinés à être vendus au marché.

- Qu'est-ce que tu cherches au juste ?

- Je ne sais pas vraiment, répondit-elle honnêtement.

- Si tu restes ici pour éviter d'être dans la même pièce que ma soeur, tu n'as pas à t'en faire. Elle dort dans la cuisine avec Joël.

Tetra, un sourire aux lèvres, leva son regard moqueur vers Link qui répliqua :

- Je leur ai dit d'être responsables.

- Et tu crois que ça va fonctionner ? demanda-t-elle curieuse.

- J'ai aussi dit que je viendrais vérifier toutes les heures.

Elle éclata de rire en se moquant :

- En une heure, il peut s'en passer des choses !

- Sérieusement, dit Link en agitant les mains devant lui, c'est ma petite soeur et je ne veux pas savoir !

Tetra revint à la caisse en riant et continua sa fouille. Mais c'était peine perdue lorsqu'elle constata que celle-ci ne contenait que des draps trop épais pour cette saison. Elle s'étira en faisant tourner ses épaules et bailla longuement à la recherche d'une autre caisse qu'elle aurait épargnée de sa fouille.

- Combien de temps vas-tu encore rester ici ? demanda Link tranquillement.

Il s'était assis sur le sol et regardait son manège avec un air ennuyé.

- Rien ne t'oblige à rester, dit-elle en s'engouffrant entre deux énormes caisses.

Elle espérait toutefois qu'il ne quitte pas la pièce tout en se morigénant au même instant d'avoir ce genre de pensées. Le passage qu'elle avait emprunté s'ouvrait pour laisser place à une longue table emplie de vêtements. Plusieurs avaient glissé sur le sol et elle les ramassa pour les remettre sur le meuble. Elle regarda les autres malles tout autour, mais le peu de lumière ne lui permit pas de lire les inscriptions. De toute façon, ses yeux se faisaient lourds et elle savait que cette recherche resterait infructueuse, peu importe le temps qu'elle y mettrait. Jetant l'éponge mentalement, elle reprit le passage entre les caisses et trouva Link endormi, les bras croisés et le dos appuyé sur une colonne. Sans raison particulière, elle s'agenouilla doucement à côté pour l'observer. Le bateau voguait sur une mer calme et à cette heure tardive, les matelots pour la plupart dormaient, tandis que les autres sur le pont s'occupaient de veiller sur le navire. Seuls les craquements du bois et les vagues frôlant la coque remplissaient le silence. Et le souffle profond de Link.

Elle soupira longuement. S'en faisait-elle trop pour un évènement qui pourrait ne jamais avoir lieu ? Ça avait été une longue journée, se dit-elle. Link qui avait désobéi, Arielle qui avait vengé son frère, pour ensuite, s'excuser sans relâche. Était-ce si important qu'elle reste ou non sur le navire ? Tetra ne doutait pas de l'influence que la potion avait eue sur la jeune femme. Surtout après que Gonzo lui eut relaté les évènements qui avaient eu lieu pendant son absence. Pour le moment toutefois, elle pouvait retarder sa décision et continuer à torturer Arielle avec son silence.

Elle baissa les yeux sur le sol avant de les relever pour observer les mèches blondes du jeune homme qui lui cachaient le visage. Elle se sentait ridicule. Car en ce moment, elle ne songeait qu'à passer sa main dans ces cheveux probablement emmêlés. Et cacher son visage dans la nuque de ce héro. Elle détestait ces rares fois où l'insécurité venait à bout de tout son courage et surtout son orgueil. Elle avait l'impression de redevenir une fillette et ne rêvait que d'un gros câlin comme réconfort. Sa main se leva d'elle-même et effleura la joue de Link. Elle glissa sur une courte barbe invisible et la jeune femme observa ses yeux clignés plusieurs fois pour s'ouvrir lentement.

- Tetra ? dit-il d'une voix basse.

Elle le poussa doucement sur le sol et il se laissa docilement glisser sur le dos. Elle se colla alors à lui et posa sa tête sur sa poitrine. Elle devina son hésitation dans son immobilité, mais finalement, il se détendit et caressa distraitement son dos d'une main alors que de l'autre, il emprisonna ses doigts qui avaient glissé sur son torse. Tetra poussa un soupir en fermant les yeux. Juste cette nuit, se dit-elle. Sois cette petite fille juste cette nuit.

OoOoO

Link avait toujours eu l'illusion que Tetra était imposante en tant que personne. Toutefois, à ses côtés, elle était minuscule. Il faisait facilement une tête de plus qu'elle et il avait peut-être même le double de son poids. Même endormie dans ses bras, alors qu'il avait décidé de l'amener dans sa chambre pour une bonne nuit de repos, ou plutôt ce qu'il en restait, elle ne pesait rien. Le lampion accroché à sa ceinture réchauffait sa cuisse et il se dépêcha une fois sur le pont pour éviter que la fraîcheur du soir ne la réveille. Et aussi les matelots de nuit. Il se dirigea vers les quartiers du capitaine et s'arrêta net quand un membre de l'équipage apparut devant pour ouvrir la porte. Sans un commentaire. Juste un petit sourire. Link entra dans la pièce et entendit la porte derrière lui se refermer doucement. Il marcha vers le lit et déposa Tetra qui poussa simplement un soupir. Il prit le lampion dans ses mains et regarda le lit avec hésitation en se demandant s'il pouvait la rejoindre.

- Viens, dit-elle dans un murmure. Je ne veux pas être seule.

- Pourquoi ? chuchota-t-il légèrement inquiet.

Ce n'était tellement pas la Tetra qu'il connaissait. Toutefois, elle ne répondit pas à sa question et donna l'impression d'être profondément endormie. Il n'hésita toutefois plus et alla déposer le lampion sur le bureau pour ensuite l'éteindre. Il retourna auprès du lit et enleva ses bottes avant de s'installer aux côtés de la jeune femme qui se rapprocha.

Il était sûr de s'être endormi assez rapidement, mais n'empêche que ce qu'il voyait en face de lui était tout aussi réel. Il n'arrivait pas à comprendre exactement ce qui se passait. Aux quatre points cardinaux, se trouvaient maintenant des murs de pierre si hauts que c'en étaient étourdissants. Il avait l'impression d'être minuscule à l'intérieur de cette structure. Par de grandes vitrines, les rayons du soleil éclairaient la salle d'une lumière éclatante. Quelques débris jonchaient le sol un peu partout, mais rien n'avait plus d'importance en ce moment. Car elle était en face de lui. Zelda était tout près, à porter de main, et elle souriait de gratitude. Ses traits étaient fatigués, son visage sale et ses habits, qui lui avaient servi de camouflages pendant toutes ses années, étaient déchirés par endroits. Lui aussi souriait. Ses muscles endoloris, qui avaient dû porter la charge de sauver Hyrule ainsi que la princesse, pouvaient enfin se reposer. La paix était revenue. Et il pourrait rattraper le temps perdu juste à regarder ce visage de porcelaine qui l'avait hanté pendant toute cette aventure. Elle était une amie, une compagne et bien plus encore. Tellement plus qu'il ne savait comment l'exprimer. Seule restait l'envie de la regarder et de boire sa présence. Toutefois, son sourire de gratitude disparut. L'inquiétude étreignit alors sa poitrine qui se serra sous ses habits verts en lambeaux.

- Tu dois remettre l'épée dans son socle, dit-elle doucement.

Ces mots, même s'il en avait compris la signification, il avait l'impression de les entendre pour la première fois. Une autre langue, devina-t-il. Il n'était toutefois plus sûr de rien, car s'il savait qu'elle utilisait des mots qu'il n'avait jamais entendus, ces paroles restaient familières. Comme s'il les avait, lui aussi, utilisées toute sa vie. Malgré toute l'étrangeté de la situation, il continua de dévisager la princesse.

- Tu dois retourner à ton époque Link, continua Zelda.

Une indicible émotion, tristesse, colère et surprise tout à la fois l'envahit et les mots restèrent coincés dans sa gorge. Il sentit son corps se mettre en mouvement de lui même et contourner lentement la princesse pour se diriger vers le piédestal où allait résider la légendaire épée du héros du Temps. C'était contre son gré. Il ne voulait pas quitter cet endroit. Mais ses membres bougeaient sans son consentement. Il se retourna une fois, pour l'observer, pour chercher la moindre raison qui pourrait lui permettre de rester. Il croisa les yeux tristes de la princesse, ainsi que son sourire d'adieu qui lui déchira le coeur. Il se détourna et retira l'épée du fourreau attaché à son dos lorsqu'il fut en face du socle de pierre. L'abattement lui broya la poitrine et il hurla à lui-même de faire demi-tour, d'aller la rejoindre, de lui dire tout ce qu'il ressentait. Il savait qu'il n'arriverait pas à l'expliquer clairement, trop d'émotions se bousculaient en lui, tentant de se frayer sans succès un chemin jusqu'à ses lèvres pincées. Cependant, il voulait être avec elle. Elle était la raison de son existence.

Il empoigna l'épée à deux mains et pointa le bout sur le sol. Non ! songea-t-il. Ça ne pouvait pas finir ainsi ! Il voulait rester ! Il devait lui dire ! Avant qu'il ne soit trop tard, il devait lui dire ! Avec un geste vif, l'épée reprit sa place dans le socle de pierre et une lumière aveuglante l'entoura, l'obligeant à fermer les yeux. Elle devait savoir pourtant. Ça ne pouvait être la fin !

Lorsque Link ouvrit les yeux, il était désorienté. Les mots étaient encore coincés dans sa gorge et son esprit obnubilé par son départ. Il sauta sur le sol et ses pieds nus atterrirent sur une surface de bois ce qui le fit froncer les sourcils. Toutefois, il se souvint de Zelda. Il devait le lui dire. Avant de tout oublier. Les lieux ne lui étaient pas inconnus et il courut vers la sortie. Lorsqu'il ouvrit la porte, le vent frappa son visage et l'odeur salée s'engouffra dans ses poumons. Le ciel, rempli de nuages gris, cachait le soleil bas dans le ciel.

- Je ne sais pas ce que vous avez fait, dit soudainement une jeune femme à côté de lui, et je ne veux honnêtement pas le savoir, mais Tetra semble aller mieux aujourd'hui.

Il se tourna vers la voix et dévisagea son interlocutrice. Elle était habillée d'une robe bleue qui d'une certaine manière lui était bien connue et elle lavait des couverts sales dans une petite chaudière emplie d'eau, les empilant à côté lorsqu'ils étaient propres. Elle leva ses yeux verts dans sa direction qui se remplirent d'interrogation.

- Link ? Ça va ? demanda-t-elle.

Il paniqua. Il oubliait déjà. Cette vie prenait le pas sur l'autre. Les mots si importants qu'il gardait pour elle se volatilisaient sur le bout de sa langue, plus les secondes s'égrenaient. Il devait la trouver avant qu'il ne soit trop tard.

- Zelda ? dit-il rapidement. Ubi est Zelda ?

La jeune femme ouvrit la bouche de stupeur en demandant :

- Qu'est-ce que tu dis ?

Il regarda aux alentours avec un air désespéré. Il fit quelques pas sur le pont, cherchant du regard la silhouette de la princesse. Une main encercla la sienne et le tira dans une autre direction. Il se retourna surpris pour croiser la même jeune femme qui s'exclama :

- Elle est dans la cuisine, dit-elle en avançant rapidement pour prendre un couloir. Zelda est dans la cuisine.

Elle lui jeta un oeil curieux et continua sa course dans le couloir sombre en le trainant derrière. Il y avait une voute à leur droite et elle s'engouffra dans celle-ci pour s'arrêter dans une petite pièce. Elle libéra sa main et pointa une personne assise au bout d'une longue table, entourée par quelques hommes. Le soulagement envahit ses entrailles et il courut vers la princesse pour s'agenouiller à côté. Il eut le réflexe d'agripper son chapeau pour l'enlever, mais constata rapidement qu'il n'en portait pas. Sans se démonter, les mots sortirent de sa bouche.

- Te amo Zelda. Me velle esse manete, s'entendit-il dire.

Il l'aimait et il voulait rester avec elle. Les mots étaient maintenant sortis de sa bouche et la peur qui l'avait habité s'était évaporée. Les yeux bleus de la princesse s'agrandirent de stupeur et il répéta en plantant son regard dans le sien :

- Me velle esse manete. Juvo...

Il regarda alors vers le sol et ses épaules se courbèrent. Peut-être était-ce le choix des déesses qu'ils soient séparés. Peut-être même elle, la princesse d'Hyrule, n'y pouvait rien.

- Vos can manete, dit-elle doucement.

Il sentit son coeur exploser de joie dans sa poitrine. Ces simples mots signifiaient qu'il pouvait rester ! Il dut puiser dans tout son contrôle pour se retenir de l'enlacer et de la remercier profusément. Il releva le visage et répondit à son sourire. Il sursauta lorsqu'elle lui entoura le visage de ses deux mains et demanda :

- Nomen meum. Dic in.

Pourquoi lui demandait-elle de dire son nom ? pensa-t-il désorienté.

- Zelda, répondit-il spontanément.

- Iterum, lui dit-elle sérieusement pour qu'il répète.

- Zelda...répéta-t-il encore une fois en fronçant les sourcils.

La jeune femme à la robe bleue s'était approchée et le dévisageait à la fois ébahie et inquiète. Les autres hommes, à qui il n'avait porté aucune attention, le regardaient de manière curieuse et intéressée. Leurs yeux se promenaient de lui à la princesse.

- Link. Iterum.

Il se tourna vers Zelda de nouveau et ouvrit la bouche pour répéter encore une fois, mais s'arrêta. C'était la princesse. Il n'en doutait point. Zelda n'était toutefois pas le nom qu'elle utilisait ici. Ce n'était pas Hyrule. La princesse attendait toutefois sa réponse et il répondit de nouveau en hésitant :

- Zelda ?

La jeune fille à côté remua et se plaça à côté de la princesse sans toutefois dire un mot. Arielle, pensa-t-il. Sa soeur ? Oui, c'était bien sa petite soeur ! À côté, dans les matelots qui le dévisageaient, il reconnut Nico et Gonzo. Tous ses souvenirs déferlèrent dans sa tête et il dit comme une révélation :

- Tetra ! Tu t'appelles Tetra !

- Bon sang, répliqua-t-elle en libérant son visage, tu en as mis du temps !

Il constata qu'il était à genoux en face à Tetra et demanda à Arielle qui semblait soulager :

- Qu'est-ce qui se passe ?

- Tu n'es pas sérieux ? répondit-elle en croisant les bras. Tu ne te souviens pas ?

- Ce genre de situation, demanda Tetra lentement à Arielle, c'est déjà arrivé ?

- Non ! répondit-elle abasourdie.

Il se leva sous le regard des autres et se tourna vers Tetra qui se redressa sur sa chaise.

- Qu'est-ce que vous avez dit ? demanda curieusement Arielle au capitaine. C'était de l'ancien hylien non ?

Il ne se souvenait plus des mots qu'il avait prononcés, mais leurs significations étaient gravées dans sa mémoire. Ce qui fit qu'il rougit sous le regard des gens présents dans la pièce. Tetra se leva soudainement et ordonna :

- Suis-moi Link.

Elle quitta la pièce d'un pas assuré sous le soupir déçu de sa petite soeur qui demandait à la ronde :

- Mais qu'est-ce qui est arrivé à mon frère ?

Les réponses qu'elle reçut devinrent indistinctes quand il s'éloigna et il suivit Tetra qui se dirigeait vers ses quartiers. Elle ouvrit la porte et le laissa entrer avant de la refermer derrière lui. Le déclic du verrou se fit entendre.

- Tetra ? demanda-t-il incertain.

D'un mouvement brusque, elle se retrouva dans ses bras et ses lèvres collées aux siennes. Elles glissèrent sur ses joues, son menton et son cou, alors que ses mains attrapaient ses cheveux pour l'attirer vers elle.

- Tu restes avec moi, dit-elle sur sa peau. Aussi longtemps que tu le désires.

- Pour toujours, dit-il sans hésitation.

Il la sentit sourire sur sa peau et ses mains abandonnèrent ses cheveux pour passer sous son gilet bleu. Elle le poussa alors vers le lit et il recula rapidement, manquant trébucher sur ses bottes qu'il avait laissé trainer la veille sur le sol. Elle l'attrapa et le tira vers le lit où il tomba lourdement. Déjà, elle était sur lui et ils retiraient leurs vêtements de concert.

OoOoO

- Je ne m'étais jamais souvenu de mes rêves, dit Link.

Tetra, la tête appuyée sur la poitrine du jeune homme, se laissa bercer par sa respiration un moment avant de répondre tout bas :

- C'est peut-être un peu de ma faute.

- Comment ça ?

Elle se redressa pour bien voir le visage de Link. Ses yeux verts la dévisagèrent, attendant sa réponse.

- En fait, commença-t-elle, c'est simple. Je rêve souvent du passé et cette nuit n'a pas fait exception à la règle. Sauf que...

Elle se mordilla la lèvre et détourna le regard, penaude. C'est avec un peu de honte qu'elle expliqua :

- Hier soir, je...j'étais, on pourrait dire nerveuse ? Et j'ai peut-être, sans le vouloir, partagé ma...ma nervosité ?

- Quoi ? répliqua-t-il.

Tetra soupira et prit une de ses mains dans les siennes.

- Tu sais que nous possédons tous de l'énergie n'est-ce pas ?

- Oui, de la magie quoi !

- C'est ça, répondit-elle. Alors, je ne sais pas pourquoi, j'ai la tendance à donner cette énergie.

Et Link sursauta lorsqu'une décharge brulante lui traversa le bras à partir de ses doigts emprisonnés.

- Oups, désolée ! ria-t-elle en libérant sa main.

- Mais...depuis quand tu...

- Link, comment crois-tu que j'allume des lampions ou que je crée les flèches de lumière de mon arc ?

- Oh, dit-il simplement.

- Tout le monde peut techniquement le faire, expliqua Tetra. Par contre aujourd'hui, c'est une connaissance pratiquement oubliée ce qui explique que si peu de gens l'utilisent.

Elle réfléchit quelques instants et poursuivit :

- Dans ton cas, tu es comme éponge. Je ne sais pas si les déesses en ont décidé ainsi, mais dès que tu te retrouves en contact avec une énergie, ou de la magie, tu l'absorbes. Ce qui pourrait expliquer que tu as pu voir en rêve l'un de tes ancêtres. Car c'est quelque chose que je peux faire.

- C'est bizarre, répondit-il.

Tetra lui sourit et posa sa tête sur sa poitrine. Elle redevint rapidement sérieuse. L'énergie négative se faisait de plus en plus sentir ce qui signifiait qu'il se rapprochait de l'île de la Terre. Demain, au plus tard, ils y seraient. Si pour le moment, elle se savait en sécurité dans les bras de Link, elle appréhendait de devoir se rendre sur l'île. Intérieurement, elle se morigéna. Se mettre dans tous ses états pour un petit malaise. Mais elle n'arrivait pas à oublier ce trouble. L'estomac de Link gargouilla et elle partit d'un grand rire. Elle roula sur le côté et s'étira lentement avant de sortir du lit sous le regard brillant du jeune homme. Elle attrapa ses vêtements sur le sol en s'exclamant :

- Allons remplir ce ventre qui crie famine !

Link se leva rapidement et l'entoura de ses bras pour la soulever du sol. Une exclamation de surprise s'échappa de ses lèvres quand Link lui mordilla la nuque.

- J'ai tout ce dont j'ai besoin ici, répliqua-t-il.

Elle tenta de répondre, mais seul un rire ou plutôt un grognement s'échappa de sa gorge. Ils sursautèrent quand trois coups puissants résonnèrent au-dessus de leur tête. Tetra regarda par la fenêtre qui donnait sur l'océan et vit immédiatement le ciel noir derrière le bateau.

- Je crois que le devoir nous appelle, dit-elle penaude.

Elle pouvait sentir l'excitation de Link qui tenta de calmer sa respiration tout en desserrant son étreinte. Elle se mordilla la lèvre inférieure, déçue de manquer une telle occasion. Même si cette occasion s'était présentée dans la matinée et qu'elle en avait agréablement bien profité.

- Ok-ok, soupira Link. Je...

- ...vais faire ça assez vite ! coupa Tetra en abandonnant son linge sur le sol.

- Quoi ? ria-t-il.

Elle encercla sa taille et rit lorsque Link grogna d'une voix basse :

- À vos ordres capitaine.

OoOoO

- Je n'aime pas ça ! hurla Tetra à Gonzo.

La pluie qui tombait dru du ciel était assourdissante et le vent hurlait dans leurs oreilles, frappant les voiles violemment.

- J'ai mis le cap un peu plus vers le sud ! répondit-il.

- À ce rythme, nous allons devoir tout fermer ! répliqua-t-elle.

Tetra regarda ses matelots courir de long en large sur le pont. Même à cette distance, elle n'arrivait pas à les reconnaitre. Leurs silhouettes restaient imprécises et disparaissaient lorsqu'une vague frappait le bateau et rebondissait sur celui-ci. Elle s'accrocha à la rambarde et fouilla le ciel noir à la recherche d'une éclaircie.

- C'est tout juste acceptable ! cria Gonzo. On ne pourra pas continuer si la tempête ne diminue pas d'intensité bientôt !

- Donne l'ordre de fermer les voiles si ça devient trop dangereux ! cria-t-elle. Je vais sur le pont les prévenir de se préparer !

- D'accord capitaine !

Elle descendit prudemment les escaliers et se promena tant bien que mal sur le bateau.

- Capitaine ! cria un matelot derrière elle. Une corde vient de lâcher !

Elle jura et hurla :

- Fermez la voile et...

Elle plaça ses bras devant son visage lorsqu'une vague se retrouva au-dessus d'elle et elle tomba sur le plancher recroqueviller quand ladite vague la frappa de plein fouet. Elle glissa sur le sol et un matelot se retrouva au-dessus d'elle au même moment où elle entra en collision avec des barils.

- Ça va capitaine ? hurla Nico.

- Ça va ! répondit-elle tout aussi fort. Fermez juste cette voile ! On doit changer de cap ou les vagues vont nous faire couler !

Avec l'aide de son matelot, elle se releva rapidement et l'entendit crier à la ronde de fermer la voile. Une autre vague frappa le navire et Tetra s'accrocha au mât.

- La corde est coincée ! J'ai besoin d'un couteau ! hurla un matelot à l'avant.

Tetra grogna et hurla à son encontre :

- J'arrive avec le couteau !

Elle courut rapidement, glissant sur le plancher de bois pendant que son coeur se débattait dans sa poitrine. Le matelot lui tendit la main qu'elle agrippa avec gratitude et elle lui passa un de ses couteaux pour qu'il s'attelle à sa tâche. À l'avant du bateau, une ombre se dessina un peu à droite et elle plissa les yeux pour en déterminer la cause. Elle déglutit de travers lorsqu'un rocher se dessina sous ses yeux et passa à une distance peu sécuritaire du bateau. Ce n'était pas possible. Elle connaissait ses eaux par coeur et il n'y avait pas de récifs sur leur route ! À moins qu'ils ne soient déjà si près de l'île de la Terre. Ce qui n'avait pas de sens, car d'après ces calculs, ils devaient naviguer encore une demi-journée ! Elle força sa vue, mais n'arriva pas à voir assez loin devant elle. Toutefois, son instinct lui cria le danger et elle hurla :

- Gonzo ! Demi-tour ! Jetez l'ancre !

Sans attendre, elle courut vers le mécanisme qui contrôlait l'ancre et enleva le verrou. La chaine glissa, mais arrêta sa course trop rapidement, ayant déjà atteint le fond. Elle courut vers l'avant du bateau en cherchant du regard l'île qu'elle pouvait sentir en jurant de ne pas arriver à la voir. Est-ce que Gonzo avait entendu son ordre ? se dit-elle en devinant qu'il n'avait pas changé de direction. Une vague frappa de nouveau le navire au même moment où le matelot poussa une exclamation de soulagement d'avoir libéré la voile. Celle-ci virevolta violemment dans l'air un moment, avant que d'autres membres de l'équipage se pressent de l'enrouler autour de la poutre prévue à cet effet. Le vent soufflait toujours aussi fort et elle retint son souffle lorsque l'ombre d'une île se dessina à l'horizon.

- Gonz...

Elle s'étouffa lorsqu'une vague la frappa de nouveau et tomba accroupie sur le sol.

- Terre ! Terre droit devant ! cracha-t-elle en toussant.

Elle entendit avec soulagement la voix de Link répéter ses mots et le navire dévia enfin de sa trajectoire. Les vagues perdirent de l'intensité tout comme le vent et lentement leur vitesse diminua, jusqu'à ce qu'ils reconnurent la plage entourant l'île de la Terre. La pluie tombait toujours aussi puissamment. Son navire hors de danger, Tetra se leva après avoir repris son souffle et se dirigea vers le pont supérieur d'un pas rageur. Arrivée devant Gonzo, elle s'écria :

- Comment ai-je pu me tromper à ce point ? J'avais compté encore six heures de route !

- Je ne comprends pas ! répliqua le capitaine en second. J'ai suivi l'itinéraire ! C'est impossible faire cette route en moins de deux jours. C'est cette tempête qui nous a poussés !

- Ce n'est pas normal ! ajouta la jeune femme.

- Je sais !

Elle regarda les matelots sur le pont profiter de l'accalmie pour reprendre leurs souffles.

- Je donne l'ordre de jeter l'encre ? demanda Gonzo de sa voix puissante.

- C'est déjà fait ! répondit-elle. Je vais vérifier la cale !

Tetra redescendit sur le pont et s'engouffra dans le corridor en soupirant de soulagement. Le bateau tanguait toujours, mais de manière beaucoup moins violente que précédemment. Elle jeta un oeil dans la cuisine pour voir quelques jarres roulées sur le sol et continua sa marche vers le fond du bateau. Des voix parvinrent à ses oreilles et c'est lorsqu'elle arriva dans la cale qu'elle reconnut Arielle qui parlait à un autre matelot :

- J'ai seulement trouvé un marteau !

- On va faire avec, répondit son interlocuteur.

Tetra s'avança pour voir la jeune soeur de Link s'étirer pour donner l'outil à Joël qui avait grimpé sur une caisse.

- Tout va bien ici ? demanda-t-elle.

- Oui capitaine, répondit le jeune homme en prenant le marteau. Quoique l'on va devoir changer une ou deux planches dans un avenir assez rapproché.

Elle regarda aux alentours lorsque Arielle demanda :

- Est-ce que la tempête est passée ?

- Le plus gros, répondit-elle. Nous sommes arrivés à l'île de la Terre.

- Déjà ? répliqua la cadette perplexe.

- Nico vient de me dire que nous étions à une demi-journée, ajouta Joël surpris.

- Quelqu'un voulait qu'on arrive plus tôt on dirait, maugréa Tetra.

Elle reprit d'une voix plus forte :

- Vous avez besoin d'aide ? Je vais retourner sur le pont.

- Non capitaine, répondit Joël.

Elle hocha la tête et reprit directement le sens inverse. Elle se prépara à un déluge en sortant du couloir, mais de l'averse, il ne restait plus qu'une petite bruine. Le vent s'était calmé et le bateau tanguait de moins en moins. En regardant à l'avant de son embarcation, elle détecta immédiatement le petit canot où trois hommes ramaient vers l'île.

- Link a décidé d'y aller immédiatement, dit Nico qui était apparu à ses côtés. Je crois que cette tempête lui a fait un peu peur !

Il rigola un peu, mais finit par la dévisager en demandant :

- Ça va Tetra ?

Elle hocha la tête et détourna son attention de la chaloupe. Intérieurement, elle s'avoua qu'elle aurait préféré aller sur l'île. Ou plutôt rester avec Link.

- Et bien, je crois que c'est l'heure du ménage, dit-elle à personne en particulier.

OoOoO

Le monstre se cachait dans une grotte. En fait, Link avait rapidement compris qu'il l'attendait dans une grotte. Cette fois-ci, il avait droit à un loup blanc, aux poils hérissés, aux crocs proéminents et à une intelligence quasi inexistante. L'animal ne résista pas longtemps à ses coups et dès qu'il eut trouvé le sceau et le détruit à l'aide de son épée, la créature n'était déjà plus que poussière. C'est à ce moment que l'homme étrange apparut.

- Libre enfin ! sourit celui-ci.

Et deux secondes plus tard, Link s'effondrait inconscient sur le sol.