Chapitre 10 : Réveil et Trahison
Séverus se réveilla tôt, comme il en avait pris l'habitude depuis sa toute première année d'enseignement. Après s'être douché et habillé, il fit une brève visite à son laboratoire pour vérifier l'état de Harry. Celui-ci dormait encore, toujours ceint de son étrange cocon. Cependant, la lueur émise semblait légèrement plus diffuse.
Après s'être restauré, le Maître des Potions se rendit une nouvelle fois dans sa bibliothèque. Il voulait absolument retrouver ce petit quelque chose qui l'intriguait.
Après plusieurs heures de vaines recherches seulement interrompues le temps d'un léger déjeuner, la concentration du potionniste fut brutalement brisée par une intense sensation de brûlure au bras gauche.
Le Seigneur des Ténèbres le convoquait et il paraissait très énervé.
Séverus se rendit dans sa chambre pour attraper sa robe de Mangemort et son masque, jeta un coup d'œil rapide à Harry, puis se dirigea à grand pas vers la limite de sa propriété. Arrivé à la borne, il transplana sans plus attendre.
Devant l'imposant portail, il tendit le bras gauche, la marque des Ténèbres permettant l'entrée dans le bastion de Voldemort.
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Parvenu dans le hall du Manoir Malefoy, des cris et gémissements le guidèrent vers le grand salon reconverti en salle du Trône.
Il se glissa furtivement à sa place au premier rang des « spectateurs ». Se plaçant à côté de Lucius, il prit garde de s'incliner profondément devant le Lord Noir, préférant éviter de l'énerver plus encore.
Apercevant le mouvement du coin de l'œil, Voldemort relâcha son attention du Doloris lancé sur McNair qui se convulsait au sol.
- Eh bien, Séverus, tu te décides enfin à te présenter devant moi, siffla-t-il.
- Pardonnez-moi, Maître, je n'ai pas pu me libérer de Dumbledore avant. Il se montre extrêmement nerveux depuis la disparition de Potter. Il est très … inquiet, dit-il avec appréhension.
Sur cette phrase, Voldemort se raidit imperceptiblement. D'un mouvement vif, il montra la porte et cria :
- Dehors !
Aussitôt, les Mangemorts s'égayèrent telle une volée de moineaux effrayés. Seuls restèrent les membres du Cercle Intérieur, ceux qui jouissaient de la « confiance » du Seigneur. Le Lord Noir s'approcha un peu plus de Séverus :
- Qu'as-tu appris sur cette disparition ?
- Rien de probant, Maître. Tous les membres de l'Ordre et les aurors fidèles à Dumbledore sont à sa recherche. On a interrogé ses amis et connaissances, visité tous les lieux qu'il pourrait connaître. Sans aucun résultat. Et puis, des rumeurs commencent à circuler.
- Des rumeurs ? Quelles rumeurs ?
- Certains disent que Potter a craqué sous la pression et qu'il se serait enfui. Il aurait quitté le pays et même le monde sorcier pour se réfugier chez les Moldus. D'autres disent que la foudre qui a touché sa maison l'a pulvérisé et que le Golden Boy est mort. Et Dumbledore …
- Oui, quoi Dumbledore ?
- Il semble persuadé que vous êtes derrière tout ça. Que vous avez enlevé Potter et le retenez prisonnier, au secret.
En entendant ces mots, les yeux de Voldemort se plissèrent de rage et Séverus reçut de plein fouet le Doloris qui fusa de la baguette. Tombant à genoux sur le sol, il tenta de résister à la vague de douleur, mais sa résistance fut vaine. Très vite, ses gémissements se transformèrent en hurlements, tandis que tous ses muscles se contractaient sous l'effet du sort.
- Moi, le Seigneur des Ténèbres, m'abaisser à un kidnapping et me cacher ? Le jour où je tiendrai Harry Potter à ma merci, je ne me cacherai sûrement pas ! Ce jour-là signera le début ma suprématie sur le monde !
Perdu dans ses délires mégalomaniaques, Voldemort détourna son attention du Maître des Potions qui se releva difficilement. Il croisa le regard de Lucius alors qu'un éclair de dégoût traversait les yeux gris. Au même instant, Séverus ressentit une pulsation dans son esprit. Le charme de surveillance posé sur Harry venait de s'activer. Apparemment, le jeune homme devait être en train de se réveiller.
Plus personne n'osait bouger dans la salle, seul le Lord Noir faisait les cent pas devant son trône. Finalement, il se laissa tomber dessus et tendit la main pour caresser Nagini qui s'était approché.
Après quelques instants de réflexion, il releva la tête et toisa ses fidèles immobiles.
- Tenez-vous prêts à me rejoindre dans quatre jours. Je vais montrer à ce vieil idiot que Voldemort ne se cache pas ! Partez !
Immédiatement, les personnes présentent s'éclipsèrent. Bellatrix sembla hésiter, mais l'indifférence totale du Seigneur des Ténèbres, discutant avec son serpent la contraignit à se retirer. Dans le hall, Séverus et Lucius venaient d'échanger un discret signe de la main pour se donner rendez-vous dans la bibliothèque du Manoir, tandis que les autres filaient précipitamment, impatients de s'éloigner, mais surtout excités par les évènements à venir.
**** HPDM ****
Dans la bibliothèque, les deux hommes s'isolèrent derrière les rayons après avoir vérifié qu'ils étaient bien seuls. Séverus lança même un sortilège spécifique aux animaux, ne voulant prendre le risque que le rat Peter ne puisse les entendre. Il lança également un muffliato, sortilège de silence qu'il avait créé lors de ses années à Poudlard et que très peu de personne connaissait.
- A ton avis, que prépare-t-il ? demanda-t-il à Lucius
- J'imagine qu'il va lancer une attaque sur un lieu symbolique comme le Chemin de Traverse ou Poudlard. S'il savait où habite la famille de Potter, il n'hésiterait sûrement pas, à titre d'exemple.
- Tu as probablement raison, mais j'ai l'impression qu'il y aura plus que ça. Il faut que l'on reste sur nos gardes, poursuivit-il.
- Et comment va Potter ?
- Harry, dit-il en insistant sur le prénom, semble aller bien. Je crois qu'il se réveille doucement. Le charme de surveillance s'est déclenché. A priori, le cocon a guéri toutes ses blessures. Reste à voir quelles sont les conséquences de tout ce qui lui est arrivé.
- Puisse-t-il nous venir en aide. Merlin sait ce qui nous attend dans quatre jours.
- Rien de rassurant, mais je doute qu'il puisse contrer le Seigneur aussi vite. Si la prophétie dit vrai, il est notre unique chance, mais je ne crois pas que ce jour soit déjà arrivé. Je retourne auprès de lui. On se revoit dans quatre jours au plus tard. Sois prudent.
- Toi aussi.
Séverus s'éloigna dans la grande envolée de cape qui impressionnait tant les élèves de Poudlard, laissant Lucius pensif.
**** HPDM ****
En atteignant la porte de sa maison, Séverus ressentit le contrecoup du Doloris. Tout son corps tremblait comme sous l'effet de décharges électriques et ses traits étaient tirés par la douleur. Il referma la porte et s'adossa dessus, le temps de reprendre contenance.
- Bonsoir, Professeur ! retentit la voix de Harry.
- Bonsoir, Harry ! lui répondit-il en levant les yeux.
Il aperçut alors l'adolescent assis à mi-hauteur de l'escalier. Il le regarda se relever souplement et descendre les quelques marches pour l'approcher.
- Il semble que Voldemort soit relativement fâché si j'en crois votre état. Souhaitez-vous rejoindre votre chambre ou …
- La bibliothèque ! coupa-t-il.
Harry s'avança encore un peu pour permettre à son professeur de s'appuyer sur son épaule, le potionniste remarquant que son élève avait bien pris une bonne quinzaine de centimètres. Les deux hommes gravirent lentement l'escalier. Arrivés à la bibliothèque, Séverus se laissa tomber sans beaucoup de grâce dans son fauteuil. Jetant un regard autour de lui, il aperçut une série de fioles sur la table basse.
- Qu'est-ce ? interrogea-t-il
- Je me suis dit que votre absence s'expliquait par une rencontre avec Voldemort. Le connaissant, les Doloris ont dû pleuvoir. Heureusement, votre laboratoire est bien fourni et vos potions parfaitement rangées et étiquetées, répondit Harry en lui tendant une potion contre la douleur, ainsi qu'une contre les effets secondaires du Doloris.
Sans un mot, Séverus les avala et ferma les yeux, se calant dans son siège. Peu à peu, son visage se détendit et lorsqu'il releva les paupières, il croisa le regard émeraude si familier.
- Je vous dois des excuses, Professeur, pour avoir envahi votre maison. Et aussi quelques explications, je crois, dit Harry avec un peu de malice, jetant un œil aux livres étalés sur la grande table.
- Ce que je voudrais savoir surtout, c'est pourquoi moi ? J'ai toujours …
- Professeur, laissons le passé au passé, interrompit le jeune homme. Vous vous êtes montré cruel et injuste envers moi, c'est vrai. Mais je suis le portrait craché de mon père et vu son comportement arrogant et dur envers vous, de même que Sirius et Remus, je crois que je peux comprendre. Leurs actions étaient méchantes et injustes. Ils se comportaient comme des sales gosses inconscients des conséquences de leurs actes. Il vaut mieux laisser tout cela derrière nous.
Séverus observa attentivement son élève, impressionné par la maturité dont il faisait preuve. Il avait tout à fait raison. Durant ces dernières années, il avait reporté sur lui la rancœur qu'il ressentait envers les Maraudeurs.
- Et puis, reprit Harry avec un sourire en coin, j'espère vous avoir rendu la monnaie de votre pièce quelques fois.
- Bien, si c'est ce que vous souhaitez, oublions tout ça, rétorqua Severus, les lèvres frémissantes. Pourriez-vous m'expliquer un peu ce qui s'est produit ? Et pourquoi ne vouliez-vous pas que je contacte le Professeur Dumbledore ?
- Pour Dumbledore, j'imagine que vous avez compris en pratiquant la légillimencie. En apprenant la totalité de la prophétie, j'ai compris qu'il ne me voyait que comme un moyen d'arriver à ses fins, une arme pour défaire Voldemort. Je me suis senti trahi. Pendant tout ce temps, je lui faisais confiance, mais ma vie n'avait pour lui de valeur que s'il pouvait la sacrifier. En réfléchissant, je me suis rendu compte que vous étiez le seul à m'avoir jamais traité comme une personne normale. Lorsque l'éclair a frappé, mon esprit s'est donc tourné vers vous, en espérant obtenir de l'aide.
- Mais comment avez-vous pu arriver jusqu'ici ?
- La foudre qui m'a emporté était d'origine magique. C'est la Magie Ancienne, la Magie Sauvage qui m'a sauvé. Elle a estimé que je serais en sécurité chez vous. En tant que telle, elle pouvait facilement traverser toutes les protections que vous avez placées sur votre maison. Mais vous aviez des soupçons, n'est-ce pas ? dit-il avec un nouveau regard aux livres.
- En fait, c'est le cocon qui s'est formé autour de vous qui m'a mis sur la voie. Votre mère avait déjà utilisée une ancienne magie pour vous protéger. Et comme vous ne faites jamais rien comme les autres …
- Vous n'avez pas idée ! Ce n'était pas un jour ordinaire ce jour-là, Professeur, j'ai également eu seize ans.
- Vous … vous avez reçu un héritage, souffla Séverus, abasourdi.
- En effet, un héritage elfique. Je suis apparemment un Elfe de l'Air.
- Dans ce cas, ça explique votre changement de taille, sans oublier vos oreilles pointues qui dépassent de vos cheveux, dit-il avec un sourire.
- Pour la taille, je suis plutôt content. J'en avais marre d'être aussi petit. Pour les oreilles, c'est plus ennuyant. Il va falloir que je les camoufle par un Glamour.
En disant cela, Harry ramena ses cheveux de manières à cacher ses oreilles, ne pouvant retenir un frisson lorsqu'il les frôla.
- J'ai aussi remarqué un changement dans la « texture » de ma peau le long de ma colonne vertébrale, sur les hanches, les épaules et les clavicules. On dirait qu'il y a de minuscules écailles irisées, dit-il en écartant le col de sa chemise pour montrer sa clavicule à Séverus.
- En effet, on dirait effectivement des écailles, mais on ne les identifie pas au toucher, c'est parfaitement lisse, déclara-t-il en passant un doigt léger sur la ligne colorée. Je l'avais remarqué lorsque vous étiez dans votre cocon, mais j'ai cru à un simple jeu de lumière.
-Et ce n'est pas tout, reprit Harry. J'ai également reçu une nouvelle Prophétie. Une prophétie émise il y a bien longtemps par l'Oracle Dragon.
- Dragon ? Mais les dragons sont des … animaux, ils n'ont pas de prophéties ou de langage, ou …
- En effet, Professeur, du moins pas les dragons que nous connaissons. Laissez-moi reprendre. Le cocon dont vous avez parlé a été créé par la Magie Ancienne. Pendant que mon corps guérissait et se transformait, mon esprit a découvert la Dimension des Dragons. Les quelques jours qui se sont écoulés ici ont été l'équivalent de plusieurs mois là-bas …
Et Harry rapporta au Maître des Potions toutes les découvertes qu'il avait faites. L'écoute et la compréhension de la Prophétie, les manipulations et les desseins réels de Dumbledore, l'apprentissage de la Magie Ancienne sous toutes ses formes, son statut d'héritier elfique et dragonique.
Lorsque Harry arrêta de parler, Séverus était littéralement sonné. Il lui fallut plusieurs minutes pour reprendre ses esprits. Ce gamin ne faisait effectivement rien comme les autres, mais là, il atteignait des sommets.
La longue conversation ayant ouvert leur appétit, Séverus décida d'aller préparer le dîner. Accompagné de Harry, ils se rendirent donc dans la cuisine. Tandis qu'ils s'activaient, Harry reprit :
- Professeur, que s'est-il passé après ma disparition ? Comment a réagi Dumbledore ? Et Voldemort ?
- En fait, ils sont tous les deux furieux. Dumbledore a envoyé tout l'Ordre du Phénix à votre recherche, ainsi que les Aurors qui lui sont fidèles. Personne n'a réussi à trouver le moindre indice. Et le Seigneur des Ténèbres fait pareil avec les Mangemorts.
- Et vous, vous ne risquez rien en jouant un double jeu auprès de chacun d'eux ?
- Jusqu'à présent, tout va bien. J'arrive toujours à les manipuler l'un et l'autre même si Dumbledore est plus soupçonneux que d'habitude. Par contre …, commença-t-il avant de s'interrompre.
- Oui, qu'y a-til ?
- Eh bien, vous connaissez Lucius Malefoy, je crois.
- Le père de Draco ? Oui, répondit-il avec une grimace.
- Je l'ai rencontré il y a deux jours et … j'ai eu une longue conversation avec lui concernant … sa loyauté envers le Lord Noir. Même s'il partage ses idéaux, il n'apprécie pas du tout sa mise en pratique. En fait, depuis qu'il menace son fils, Lucius a ouvert les yeux et s'est rendu compte des erreurs qu'il avait commises.
- Quelles menaces ?
- Le Seigneur des Ténèbres veut que Draco rejoigne les rangs des Mangemorts. Il a prévu de lui apposer la Marque dans peu de temps et de lui faire faire son baptême du feu aussitôt après. Mais ce n'est pas tout. Voldemort est …, hésita Séverus.
- Quoi ? Que pourrait-il faire de plus à Draco ? demanda Harry.
- He bien, Voldemort a … en fait il est … très attiré par Draco ! souffla-t-il.
- Attiré ? Mais, vous voulez dire comme si … ?
- Oui ! Il veut Draco pour lui et franchement, sachant ce qui s'est déjà produit avec d'autres qui ont eu ses … faveurs, je comprends Lucius. Je ne souhaiterais ça à personne, même à mon pire ennemi.
- C'est … horrible. Mais, on peut faire quelque chose ? demanda Harry. Draco ne veut … enfin, il ne veut pas ça quand même ?
- Non ! Bien sûr que non ! Et ses parents non plus ! Mais on ne quitte pas le Seigneur des Ténèbres aussi facilement, et demander l'aide de l'Ordre de Phénix me semble risqué.
- Mais, et vous, vous ne pouvez pas les aider ? Vous ne pouvez rien faire ?
- Si, je pourrais leur offrir un asile ici. Mais je ne voulais pas compromettre votre sécurité.
- Vous ne pouvez pas laisser ça arriver à Draco. On se déteste, mais moi non plus, je ne voudrais pas que quelqu'un aie à subir de telles horreurs. S'ils sont contre Voldemort, vous ne pouvez pas ne rien faire pour eux. Je vais partir. J'essaierai de trouver les Elfes avant de rentrer à Poudlard.
- Non, vous ne devez pas partir. Votre sécurité est assurée ici. J'ai déjà obtenu un serment sorcier de la part de Lucius. Il m'a juré qu'il ferait tout pour vous aider à défaire le Seigneur des Ténèbres. Il l'a juré sur sa vie, sa magie et sur la vie de son fils unique.
- Sur la vie de … Mais … , répondit Harry.
- Il l'a fait. Et je connais suffisamment mon filleul pour savoir que non seulement il respectera la parole de son père, mais que lui aussi fera absolument tout pour vous aider, déclara Séverus, un peu énigmatique.
- Votre filleul ? Draco est votre filleul ? demanda le jeune homme.
- Oui. Vous ne le saviez pas ?
Secouant négativement la tête, Harry fixa d'un air hagard son assiette vide. Ils avaient discuté tout au long du repas et il lui semblait subitement qu'une lourde pierre avait élu domicile dans son estomac.
- Vous devez aller les chercher. Vous ne pouvez pas les laisser près de Voldemort, c'est trop dangereux, s'exclama-t-il.
- Malheureusement, je ne peux y retourner tout de suite. Le Maître nous a tous congédié avec ordre de se présenter devant lui dans quatre jours. Personne ne peut se rendre au Manoir Malefoy sans invitation et les Malefoy ne peuvent le quitter si facilement.
- Alors, vous les ramènerez ici dans quatre jours ! décida-t-il.
**** HPDM ****
Les quatre jours s'écoulèrent lentement. Harry avait reçu l'autorisation de son Professeur d'utiliser les livres de la Bibliothèque. Il s'était donc plongé dans ses études. Le matin, il se consacrait à la lecture des grimoires anciens. Séverus s'était rapidement rendu compte que les connaissances de son élève étaient très étendues, y compris dans la Magie Noire. Avec un fin sourire, il se rappela la discussion qui l'avait opposé à son ancienne tête de Turc, concernant les désignations Noire et Blanche. Il n'aurait jamais imaginé qu'il pourrait ainsi débattre avec Harry lors d'échanges parfaitement civilisés.
L'après-midi, il s'isolait dans le petit bois qui s'étendait à l'arrière du Manoir. Se plongeant dans la méditation, il essayait de visualiser sa forme animagus. Caerulis lui avait appris qu'il pourrait se transformer en dragon, mais jusqu'à présent, il avait seulement aperçu des écailles noires, une aile et une queue.
Tandis que le jeune homme travaillait, Séverus s'enfermait dans son laboratoire, se lançant dans l'élaboration de potions complexes, dans l'espoir de tenir son inquiétude à distance.
Au matin du quatrième jour, Séverus se réveilla avant l'aube. Sans bruit, il descendit dans la cuisine et eut la surprise d'y retrouver Harry, le nez plongé dans une tasse de café. D'un mouvement de poignet, le jeune homme fit apparaître une seconde tasse devant le professeur de potions qui s'assit avec un profond soupir. Ils n'échangèrent aucun mot, chacun d'eux attendant le moment fatidique.
Une heure s'était écoulée, au bruit des cuillers tournant dans les breuvages devenus froids. Le soleil s'était levé timidement sur la lande écossaise, la nature se parant d'écharpes de brume scintillante.
Soudain, Séverus se leva, la main agrippée au bras gauche. Ça commençait. Le Maître les appelait. Il lança un regard tendu à Harry, attrapa sa robe de mangemort et son masque et courut dehors.
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Le brouhaha qui l'accueillit au Manoir Malefoy le mena jusqu'à la salle de réception. Apparemment, tous les fidèles étaient présents. Il rallia rapidement sa place attitrée auprès de Lucius et Narcissa. Il croisa Queudver et Greyback. Il aperçut McNair et les frères Lestranges, ainsi que Parkinson et Nott. Par contre, il ne put repérer Bellatrix. Elle devait probablement minauder auprès du Maître encore absent. Il échangea un coup d'œil avec Lucius et hocha brièvement la tête.
Les deux hommes n'avaient pu se parler, mais ce simple signe leur confirmait qu'aujourd'hui serait le jour où ils s'affranchiraient du Seigneur des Ténèbres.
Voldemort fit soudain son entrée, suivi de Bellatrix qui souriait d'un air sadique. Deux hommes les suivaient, porteurs d'un brasero. Un troisième s'avança avec un fer à marquer.
Le silence se fit sur la foule. Il ne faisait pas de doute qu'ils allaient assister à l'intronisation de nouveaux Mangemorts. Certains se redressèrent avec fierté. Enfin, leurs enfants allaient prendre leur place dans le cercle du Seigneur des Ténèbres. D'autres baissèrent le regard, craignant que leurs doutes ne transparaissent. D'autres encore restèrent impassibles, du moins en apparence. C'était le cas de Lucius, Narcissa et Séverus.
Ils n'avaient plus le choix. Ils devaient partir avant que Draco ne subisse l'humiliation de la marque. Et pire encore.
- Mes amis, je vous ai réunis aujourd'hui afin d'honorer vos familles. Aujourd'hui, vos enfants vont enfin vous rejoindre dans l'honneur de me servir. Et pour fêter ce grand moment, ils attaqueront ensuite un petit village moldu. Ils sanctifieront leur appartenance en massacrant la vermine humaine qui dépare notre monde, entama Voldemort. Bellatrix, fais donc entrer mes futurs disciples.
Son sourire s'élargissant, l'ancienne pensionnaire d'Azkaban ouvrit la porte latérale et appela les gardes stationnés dans le couloir. Ils poussèrent devant eux une dizaine d'adolescents. Comme pour leurs parents, certains entrèrent avec morgue, d'autres laissèrent transparaître leur crainte. Parmi eux se trouvait Draco. Il passa droit et fier devant sa tante. Mais pour ses parents et son parrain, il était clair qu'il avait peur de ce qui allait se passer. Il n'avait jamais voulu rejoindre les rangs des Mangemorts, mais n'avait jamais osé en faire part à son père.
- Vous voici donc, mes jeunes amis. Vous allez pouvoir me prêter allégeance. Qui veut donc commencer ? questionna le Seigneur des Ténèbres.
Les jeunes gens échangèrent des coups d'œil, personne ne souhaitant se présenter en premier. S'impatientant, Bellatrix fendit le groupe et attrapa Draco par le bras pour le pousser vers le Lord Noir. Ce dernier se crispa et tenta de reculer, mais sa tante le bouscula avec suffisamment de violence pour le faire tomber à genoux devant le groupe.
- Draco ! Mais c'est parfait ! Voilà comment doit se présenter un futur Mangemort devant son maître, susurra Voldemort. Bellatrix, dégage son bras et tiens le bien. Greyback, aide-la. Mulciber, approche avec le fer !
Avec un sourire encore plus machiavélique, Bellatrix agrippa la manche de Draco et déchira le tissu léger pour découvrir son avant-bras. Greyback vint se placer derrière le fils Malefoy, appuyant fortement les mains sur ses épaules, pour l'empêcher de bouger.
Voldemort, fixant sa future victime avec convoitise, releva sa baguette, la pointant sur l'endroit où le fer allait se poser. Alors qu'il s'apprêtait à lancer le sort qui lui lierait le jeune sorcier, un grand fracas retentit dans la salle.
Lucius lança un sort de découpe dans le dos de Greyback qui relâcha son emprise sur Draco. Dans le même temps, Narcissa avait stupefixé sa sœur qui en tombant, entraîna Mulciber dans sa chute. Il lâcha le fer qui glissa jusqu'aux lourdes tentures encadrant les grandes fenêtres. Quelques secondes plus tard, elles s'embrasaient, paniquant les participants à la cérémonie avortée. Le feu se communiquait rapidement, s'étendant de fenêtre en fenêtre.
Pendant ce temps, Séverus avait empoigné Draco et le tirait vers les portes, suivi de Lucius et Narcissa qui écartaient tous les gêneurs à grand renfort de maléfices divers.
Voldemort hurlait de rage et lançait des Doloris à tour de bras. Ne réussissant pas à atteindre les fuyards, les rayons verts commencèrent à éclaircir les rangs. Plusieurs corps avaient percutés le sol avant que les quatre traitres n'atteignent les portes.
Courant de toutes leurs forces, ils traversèrent le portail gigantesque en évitant les assauts de ceux qui tentaient de les arrêter. Ils ne purent cependant tous les éviter et de nombreuses blessures commençaient à les affaiblir. Séverus, tenant toujours fermement Draco, disparut rapidement. Juste avant de transplaner avec Narcissa, Lucius se retourna et visa le manoir de sa baguette. Après une courte incantation, un étrange flux argenté frappa la maison. Aussitôt, un grondement se fit entendre. Sans attendre plus longtemps, le couple Malefoy se retourna et disparut à son tour.
**** HPDM ****
Séverus les attendait en compagnie de Draco, debout près de la borne. Sans un mot, il attrapa les mains de Narcissa et de son fils pour les entailler rapidement. Aussitôt, il appliqua les paumes ensanglantées sur la barrière qui scintilla et murmura le sort qui les assimilerait désormais à des membres de la famille. Il se tourna ensuite vers eux :
- Bienvenue au Manoir Rogue !
