Se reconstruire ensemble...

Point de vue de Bella

Il y a deux sortes de souffrances : la souffrance physique et la souffrance morale. La souffrance physique on la subit, on ne peut pas s'en défaire. La souffrance morale on la choisit. On choisit de ne rien faire et de se laisser couler ou alors on choisit de se battre et de remonter à la surface. C'est ce que j'avais décidé. Pour m'aider à « aller mieux » je devais arrêter de penser à lui. Et pour mettre toute les chances de mon côté j'avais mis en place une stratégie infaillible. J'avais décidé de me couper de tous ce qui me faisait penser à lui. J'avais donc résolu de jeter toutes les photos de lui et de sa famille. Quelle ne fut pas ma surprise quand je vis, en ouvrant mon album que quelqu'un avait déjà fait le ménage. Il n'y avait plus aucunes photos. Il avait sans doute dû y faire un tour avant de me laisser cette lettre. La lettre justement, j'avais supplié mon oncle de me la rendre. Je ne l'ai pas jeté comme on aurait pu si attendre. Elle est pliée dans le tiroir de ma table de nuit. La lire me permet de faire mon deuil, en me rappelant qu'il ne m'avait jamais aimée. Peut-être suis-je devenu masochiste ? Dans tous les cas mon plan ne s'arrêtait pas la. Tous les livres de ma bibliothèque furent mis en carton. Pourquoi ? Pour m'empêcher d'en prendre un et de repenser à ces longues soirées où lui et moi dissertions sur les bouquins que nous avions aimés. Mes CD quant à eux, furent cassés en deux et jeté à la poubelle, car dès que j'écoutais de la musique, les souvenirs refluaient aussi. Mes cadeaux d'anniversaires ? Ils sont planqués au fond de l'armoire et ils ne seront jamais utilisés. Les chemises de nuit que je portais quand il dormait avec moi et qui malheureusement pour moi avaient pris sont odeur, furent brûlées. Enfin mes patins à glace qui eux me faisaient me souvenir de mes après midi avec lui à la patinoire furent bazardés sous le lit. Heureusement je n'étais pas la seule à fournir des efforts.

Mon oncle et mes coéquipiers aussi faisaient tous leur possible pour m'aider. Pendant la journée je respectais le planning de mon oncle à la lettre. Il faut dire que je n'avais pas le choix. Mon oncle était présent partout. Pendant la gymnastique douce du matin, les promenades de l'après midi dans la forêt, les repas. C'est simple je n'avais pas le droit de sortir de la cuisine tant que je n'avais pas fini tout mon plateau et que je n'avais pas bu mon verre de sang. Il allait même vérifiée que je n'allais pas aux toilettes pour tout régurgiter. À ses yeux je pouvais devenir anorexique. Personnellement je n'en étais pas venu à cette extrémité et je n'en voyais pas l'utilité. Tout ça pour dire qu'une routine s'était installée. Je n'étais pas retournée au lycée et je n'y retournerais pas. Pas tant que mes yeux seraient revenus à la normale. Déjà que je devais porter des lunettes de soleil constamment. De toute façon c'était bientôt la fin de l'année. Quel intérêt ? Oui une routine s'était installée. Hier il y a quand même eu un événement important. Jacques et Georgianna ont quittés la maison. Ils ont reçus un coup de téléphone d'Angleterre leur disant que Margareth la sœur de Georgianna était décédée. Georgianna étant la seule parente encore vivante, elle devait s'occuper des funérailles. De plus la garde de Heather – la petite fille de Margareth – avait était donné à Georgianna. Ils étaient donc partis en quatrième vitesse. Nous aurions donc dû normalement déménager ma famille et moi mais ils nous avaient laissé la maison. Même s'ils allaient rester un moment en Angleterre, ils comptaient revenir ici. J'étais triste qu'ils partent. Je m'étais beaucoup attaché à eux. Ce qui n'était pas le cas de mes coéquipiers.

À peine le taxi parti, ils investissaient déjà la maison. Kelsi et Damien avaient accaparé la chambre des anciens occupants. Les jumeaux Michaël et Jonathan quant eux avaient investi le grenier. Ils avaient trouvé des matelas et avaient construit une chambre de fortune. Mon oncle lui avait mis une option sur mon rocking-chair. Même si la plus part du temps il dormait à mes côtés. Histoire de me maîtriser quand je faisais des cauchemars. Mes cauchemars... ils m'empêchaient de fermer l'œil, plus de quelques heures par nuit. J'avais énormément de mal à trouver le sommeil. En fait je faisais tout pour ne pas le trouver. Je savais qu'en fermant les yeux, son visage m'apparaitrait. Et cette vision relancerait un peu plus la douleur dans mon cœur. Bien sûr je ne pouvais pas ne pas dormir. C'est la fatigue qui m'envoyait dans les bras de Morphée, mais j'en sortais dès que son souvenir m'apparaissait. C'était un cercle vicieux. Je ne dormais pas car je ne voulais pas rêver de lui, mais mes insomnies forcées me vidaient et je tombais d'épuisement, quelques heures plus tard je me réveillais en hurlant. Résultat je n'avais pas mon compte de sommeil, pourtant pour ne pas souffrir je refusais de me reposer. Dire qu'il y a encore quelques temps je voulais garder son image en tête pour bien réaliser qu'il avait existé, et que maintenant je ferais n'importe quoi pour l'oublier et enfin souffler. Je ne demandais pas grand chose simplement une nuit complète de sommeil. Mon oncle aurait voulu m'aider. La seule chose qu'il pouvait faire s'était me gaver de somnifères.

C'est ce qu'il avait fait après qu'il m'ait retrouvée quasi morte. Le problème c'est qu'à l'époque j'étais en hypothermie, mon venin était donc inactif à cause du froid. Il n'avait donc pas pu dissoudre les molécules du médicament. Aujourd'hui c'était différent, mon venin était réactivé et dès que je prenais un seul comprimé celui-ci était désintégré. J'étais trahi par mon propre corps. Malgré ma fatigue je continuais à suivre le programme de mon oncle. C'était important pour moi car j'avais une occupation qui m'empêchait de trop penser, mais c'était aussi important pour mon oncle. Ça lui prouvait que je voulais avancer et sortir la tête de l'eau. Je ne peux pas affirmer que ma « stratégie infaillible » ainsi que le plan de mon oncle me guériraient complètement de lui. Mais au moins je ne m'enfonçais pas un peu plus. Je restais à la surface. Pour avancer je devais trouver un but, quelque chose à quoi me raccrocher. Quelque chose auquel je consacrerais beaucoup de temps. Oui, je devais trouver un nouveau but à ma vie.