L'atmosphère n'aurait pas été différente si une horde de détraqueurs avait subitement envahi la locomotive en ne laissant derrière eux que leurs souffles glacés et pétrifiants. Perturbée par la dureté de ses propres paroles, Hermione demeurait silencieuse, les lèvres pincées et le regard errant sur le sol où elle venait de projeter son écharpe verte aux rayures argentées.. Cette même écharpe que Rogue avait aimablement ramassée et portée délicatement à la main il y a encore quelques secondes.. Ce même tissu inerte qu'il avait retrouvé et réussi à réchauffer par sa simple poigne. Mais où avait-elle eu la tête, décidément ? Avait-elle oublié qui il était ? Severus Rogue n'était pas un individu quelconque, bien au contraire. Il était professeur à Poudlard depuis des années et dirigeait la maison Serpentard d'une main de fer. Depuis quand s'adressait-elle sur ce ton à un professeur d'une telle notabilité ? À ce moment précis, Hermione ne put s'empêcher de maudire le fait qu'elle n'avait plus de retourneur de temps en sa possession, et ce, depuis la fin de sa troisième année au sein de l'école de sorcellerie. Elle regrettait sévèrement d'avoir laissé ses émotions l'envahir de la sorte. La jeune fille était bien placée pour savoir à quel point les mots pouvaient blesser si jamais ils venaient à se mêler à la colère ou à tout autre sentiment négatif. Il fallait manier ces derniers avec dextérité et non pas avec insouciance et excès. De plus, s'adresser ainsi à Severus Rogue n'avait clairement pas été un choix judicieux, bien au contraire.. En effet, seuls des ennuis pouvaient en résulter. Mais étrangement, ce n'était pas ce qui la préoccupait le plus. Le regard éteint, Hermione continuait à observer son écharpe avec insistance, tandis que ses pensées se succédaient une à une. Voilà pourquoi Ron s'était toujours tué à lui répéter qu'elle n'avait de Serpentard qu'une légère pointe d'arrogance. Effectivement, elle ressemblait davantage à ses camarades de Gryffondor, qui, eux, étaient francs, têtus et plein d'ardeur. Mais cette dernière ne possédait pas seulement leurs défauts, fort heureusement. Tout comme eux, Hermione était brave et elle allait le prouver. La jeune sorcière ne comptait pas fuir celui qu'elle venait de repousser et même de provoquer malgré elle. Après tout, elle avait l'âge d'assumer ses responsabilités, non ? Bien que ce dernier ne se soit jamais excusé auprès d'elle lors de sa scolarité, quand bien même il avait pu la dénigrer lors de ses jours les plus sombres, elle lui devait des excuses. Oui, Hermione devait des excuses au maître des potions et allait les lui présenter malgré tout.
- Je.. Je ne voulais pas.. Mince alors, pourquoi sa voix devait-elle craquer à cet instant ? Certes, Hermione souhaitait s'excuser, mais elle ne voulait surtout pas passer pour une gamine fragile et incapable de contrôler ses émotions, surtout devant Rogue qui détestait plus que quiconque ce genre d'attitude.
De légers bruits de pas se firent alors entendre tandis que la jeune fille se penchait afin de ramasser son écharpe, ses longues boucles lui obstruant à moitié la vue. Soudain, cette dernière sentit une main encercler délicatement son poignet et son propriétaire l'attira à l'intérieur d'un compartiment en moins de temps qu'il en aurait fallu pour prononcer le mot « Quidditch ». « Mais à quoi joue-t-il, à la fin ? Et pourquoi m'a-t-il ôté l'écharpe des mains ? » pensa Hermione, à la fois suspicieuse et désarçonnée. Ses pensées défilèrent instantanément tandis que cette dernière observait son professeur de dos. « Il n'aurait tout de même pas le culot de m'enfermer ici pour me faire regretter mes paroles.. Voyons, Hermione, réfléchis ! Ce n'est pas pour rien que Ron et Harry le surnomment la terreur des cachots ! Tu devais bien te douter que tu allais toi aussi subir son courroux un jour ou l'autre.. »
À cet instant, le directeur de Serpentard fit volte-face et son regard accrocha celui de son élève en lui faisant signe de ne pas faire le moindre bruit. Hermione avait la gorge serrée et ses joues rosirent de plus belle lorsqu'elle se rendit compte du peu de distance qui la séparait de son professeur.
- Vos camarades semblent avoir un sens de l'humour très raffiné, Miss Granger, murmura-t-il après que quelques secondes se soient écoulées. Rappelez-moi de retirer une bonne dizaine de points à ces deux idiots une fois que nous serons de retour à Poudlard.
Aïe. Hermione avait totalement oublié que Rogue maîtrisait la legilimancie à la perfection et qu'il pouvait de ce fait lire dans ses pensées les plus secrètes. La jeune fille s'efforça alors de bloquer son esprit afin qu'il ne pénètre pas plus loin dans son jardin secret. Avait-il pris le temps de se pencher sur chacune de ses préoccupations ou les avait-il simplement survolées voire ignorées ? Hermione pria pour que la seconde option soit la bonne. Elle n'osait même pas imaginer le fait que Rogue soit au courant de sa supercherie depuis le début, ou pire encore, que ce dernier ait remarqué qu'elle avait humé son parfum avec une certaine délectation. Au moins, les derniers mots qu'il avait prononcés avaient eu le mérite de soulager Hermione : Elle allait bel et bien retourner à Poudlard. Mais en attendant, celle-ci ne savait toujours pas ce qui les retenait ici.
- Professeur, chuchota-t-elle sur un ton incertain, mais impatient, pourquoi nous cachons-nous ? Mais aucune réponse ne vint et la voix de la jeune Serpentard se perdit dans le silence.
- Je ne vous pensais pas aussi naïve, Miss Granger, rétorqua son interlocuteur, toujours à voix basse. Vous avez entendu ces bruits de pas, n'est-ce pas ? Quelqu'un est venu vérifier quelque chose.
- Et je suis ce quelque chose, affirma Hermione en s'adressant plus à elle-même qu'au maître des potions. Sans même s'en rendre compte, la nouvelle préfète de Serpentard avait serré les poings et froncé les sourcils. Celui qui l'avait embarqué dans cette situation se trouvait certainement à quelques mètres d'elle et n'attendait rien pour payer. J'ai bien peur de ne pas rester ici très longtemps, professeur, s'impatienta la jeune fille. Si vous croyez que je vais laisser partir cette sale fripouille sans lui avoir réglé son compte, alors c'est vous qui..
- Vous n'irez pas bien loin sans baguette, fit remarquer Rogue tout en la surveillant du regard.
- Justement, autant la récupérer maintenant, s'insurgea Hermione, insensible aux réflexions de Rogue. Les bruits de pas se dissipèrent au fur et à mesure que le professeur et son élève argumentaient sur la stratégie à adopter. En à peine quelques secondes, le rôdeur à la recherche de sa captive avait déjà quitté la locomotive. Par la barbe de Merlin, lâcha une Hermione exaspérée en s'affaissant sur la banquette située derrière elle. « Pourquoi ne pas m'avoir laissé gérer ça seule, au lieu de me mettre des bâtons dans les roues ! » pensa-t-elle alors.
- Parce que cela ne concerne pas uniquement votre petite personne, l'interrompit-il de sa traditionnelle voix glaciale. C'est à moi seul de contrôler les comportements et les potentiels débordements des élèves de la maison Serpentard et d'agir en conséquence.
- Et comment savez-vous que la personne qui en a après moi est à Serpentard, professeur ? Ça aussi, vous l'avez lu dans mes pensées ? réagit instantanément Hermione avec ce petit air supérieur qui traduisait si bien la rage qui bouillonnait au plus profond d'elle.
La rancœur qu'elle ressentait vis-à-vis de Drago était telle qu'elle se devait de l'extérioriser d'une manière ou d'une autre, même si dans son for intérieur, la jeune fille savait que s'énerver davantage n'arrangerait en rien la situation. Et pourtant, lancer de petites piques semblait l'apaiser un peu, quelque part.. C'était comme si elle se déchargeait de toutes les pensées négatives qui s'étaient installées dans son esprit depuis ce matin, et Merlin savait à quel point elle en avait besoin pour éviter une nouvelle crise de nerfs.
- Je n'en ai pas eu besoin, lui répondit calmement Rogue. À cet instant, Hermione s'aperçut du contraste qui existait entre leurs deux voix et se sentit quelque peu embarrassée. Celle de son professeur demeurait grave et posée, et ce, même lorsque la colère essayait de s'emparer de lui, alors que la sienne montait dans les aigus à la moindre petite contrariété. Était-elle en pleine crise d'adolescence ? Quelle idée ridicule, elle allait bientôt avoir seize ans et non quatorze ! La jeune fille préférait laisser ça à Ron et à sa manie d'idolâtrer les formes généreuses. Après tout, Hermione avait toujours été quelqu'un d'assez sensible et ce trait avait tendance à se renforcer ou à s'atténuer selon ce qui se passait dans sa vie.
- Alors comment en êtes-vous arrivé à cette conclusion ? reprit-elle, plus posément.
- Il m'a suffi de ramasser votre écharpe pour le deviner, poursuivit le maître des potions en lui tendant une nouvelle fois le tissu vert émeraude. Mais apercevoir votre visage ensanglanté de ce matin était suffisant pour avoir une petite idée sur la question, ajouta-t-il, tandis que Hermione s'était relevée et dépliait attentivement la longue écharpe qui lui avait causé autant de soucis.
Soudain, cette dernière ressentit comme un haut-le-cœur et regretta de ne pas être restée assise plus longtemps. Le professeur Rogue ne put s'empêcher de remarquer que le teint de la jeune fille avait subitement perdu toute trace de couleur et était devenu aussi pâle qu'un linge. Sans même s'en rendre compte, l'homme se mit à détailler son visage attentivement, avec un air à la fois préoccupé et songeur. Ses pommettes n'étaient plus colorées par la colère ou même légèrement rosies, comme à leur habitude. Il n'y avait plus non plus la moindre étincelle brillant dans son regard, et l'air intrigué qu'elle affichait habituellement lorsqu'elle lisait quelque chose pour la toute première fois avait totalement disparu.. Pendant un bref instant, Severus crut voir une autre femme se tenir devant lui. Elle avait la même silhouette que Hermione et la forme de leur visage était également similaire, bien que sa chevelure, elle, était d'un roux foncé. Mais il y n'avait pas de doute concernant l'expression inscrite dans son regard. Elle ressemblait bel et bien à celle qu'il venait de voir à l'instant. Le regard blessé que lui avait lancé Lily lors de leur première et dernière altercation.. C'était la première fois que Rogue le revoyait aussi précisément depuis des années. Hermione déglutit avec difficulté et resserra son étreinte autour de l'écharpe qui portait les couleurs de la maison dans laquelle elle avait été envoyée lorsqu'elle n'avait que onze ans. Ses mains tremblaient sans qu'elle ne puisse les contrôler.. Jamais encore elle ne s'était sentie aussi souillée et indignée.
« À mort les sang-de-bourbe qui salissent l'honneur de la maison de Salazar Serpentard »
Hermione avait lu ces mots dans un murmure pratiquement indistinct, et pourtant, ils n'en étaient pas moins blessants. Mais elle ne voulait surtout pas donner à Drago le plaisir de lui tirer les larmes des yeux. Cette ordure n'était définitivement qu'un sale type fanatique de la pureté du sang, un moins que rien qui prenait un plaisir sadique à cracher son venin dès qu'il en avait l'occasion. Jamais elle ne gâcherait ses larmes pour quelqu'un d'aussi tordu. Il avait définitivement été trop loin cette fois-ci. Ce scélérat avait fait remonter de vieux démons en souillant ainsi son écharpe.. Il lui avait fait se remémorer les mauvais souvenirs qui avaient accompagné ses premiers jours à Poudlard, lorsque cette dernière n'était vue que comme Hermione Granger, la petite chouchoute au sang impur, qui semait le chaos partout où elle allait et qui n'avait rien à faire à Serpentard. Mais justement, cette période était loin derrière elle. Hermione avait trouvé sa place au sein de la maison Serpentard, elle avait même reçu le titre de préfète et s'était liée d'amitié avec plusieurs de ses camarades. Cela faisait maintenant plus de quatre années que la jeune fille portait la combinaison des couleurs vertes et argentées avec honneur et fierté. En voyant Hermione aussi bouleversée par ce qu'elle venait de découvrir, Rogue se demanda s'il n'aurait pas été préférable de jeter cette écharpe souillée par cet horrible message. Après tout, elle n'avait pas à s'infliger davantage de douleur.. Et lui non plus. Le simple fait de voir le symbole de la maison Serpentard profané par de telles injures lui retournait l'estomac. Il était de son devoir d'agir ici et maintenant, mais également sur le long terme. Pour préserver l'honneur de la maison dont il était le directeur. Pour chérir le souvenir de Lily Evans, la femme qu'il avait tant aimée et affectionnée. Et puis aussi, bien qu'il ne se l'admettrait certainement jamais, Severus Rogue agirait pour protéger Hermione Granger..
- Ça va aller, Miss ? lui demanda-t-il en essayant de faire preuve d'une once de délicatesse. « Bien sûr que non, ça ne va pas aller, idiot. Elle ne va pas bien, c'est un fait. Et ce n'est pas avec tes paroles stupides que cela va s'arranger » répondit sa petite voix intérieure.
Rogue n'avait jamais été très doué pour réconforter les gens et détestait avoir un point faible aussi ridicule. N'étant pas très adroit dans le domaine des relations humaines, celui-ci préférait de loin la compagnie de ses vieux chaudrons écumants et détestait que quelqu'un vienne pleurer sur son épaule. Et pourtant, il s'était intéressé délibérément à l'état de la jeune fille et s'était même montré gentil avec elle.
- Oui, c'est bon, lui répondit Hermione d'une petite voix. Bien qu'elle n'en laissait rien paraître, elle appréciait beaucoup son intérêt et en était même touchée. Lui, au moins, la considérait comme une véritable Serpentard.
- Vous feriez mieux de vous en débarrasser maintenant. Voulez-vous que je..
- Non, ça va aller, fit-elle brusquement en resserrant l'écharpe détériorée contre sa poitrine. Rogue, qui avait alors accompagné sa phrase d'un mouvement de bras, se trouva fort étonné de la réaction de Hermione. D'ailleurs, son expression interloquée n'échappa pas à cette dernière, qui lui esquissa un léger sourire. Je ne souhaite pas m'en séparer, ajouta-t-elle d'un ton beaucoup plus pondéré. Cela vous paraîtra peut-être ridicule, mais j'ai conservé mes écharpes et uniformes des années passées et je ne veux pas..
- Je ne trouve pas cela ridicule, admit-il le plus sincèrement du monde. À cet instant, une véritable connexion se fit sentir entre le sorcier et la sorcière, une affinité quasiment palpable qui se renforça par le peu de distance existant alors entre eux. Et puis, reprit le maître des potions après s'être éclairci la gorge, c'est également la première écharpe que vous ayez portée en tant que préfète de Serpentard.. Je comprends que vous envisagiez de la conserver. Mais qu'allez-vous donc en faire ? Hermione le regarda d'un air convaincu.
- Je veux effacer ces écritures. Peu importe si je n'ai plus de preuve vis-à-vis de cet harcèlement, je ne veux pas lui faire l'honneur de réclamer une nouvelle écharpe. Je suis peut-être une sang-de-bourbe, mais..
- Ne vous appelez pas ainsi ! l'interrompit Rogue, l'air interdit.
- Je suis une sang-de-bourbe et fière de l'être ! Mon sang n'est peut-être pas pur, mais j'ai autant le droit que cet imbécile d'étudier au sein de la maison Serpentard. Je ne veux pas avoir une nouvelle écharpe. Ce serait lui faire l'honneur de réclamer une nouvelle preuve de mon appartenance à cette maison et je n'en ai guère besoin !
Plus par orgueil que par objectivité, Rogue avait toujours préféré les élèves de sa propre maison, les jugeant plus doués et intelligents que le reste des étudiants de Poudlard. Mais pour être honnête, la seule qui se rapprochait réellement de cette description était Hermione Granger. Cette fille n'était pas seulement bien plus brillante et mature que les autres sorciers de son âge. Elle était brave, déterminée, forte et loyale. Elle était différente. Elle était étonnante. Malgré la malédiction pesant sur lui, Harry Potter devait s'estimer chanceux d'avoir une telle amie à ses côtés. Hermione était une camarade talentueuse qui avait toujours cru en lui et qui restait courageuse face à l'adversité. La jeune fille représentait également un atout majeur pour la maison Serpentard, dont elle était désormais préfète. Elle avait toujours fait remporter des dizaines et des dizaines de points à celle-ci grâce à l'assiduité et à la culture dont elle faisait preuve, sans compter le fait que la demoiselle avait également fait remporter la coupe des Quatre Maisons à Serpentard lors de sa première année.
- Nous devrions peut-être rejoindre l'école, professeur, proposa la jeune fille dont le regard noisette était de nouveau plongé dans les écritures qui ne faisaient plus qu'un avec le tissu vert émeraude. De toute façon, comme vous l'avez remarqué, je n'ai pas ma baguette sur.. Hermione s'était arrêtée de parler en apercevant une ombre grisâtre obstruer son champ de vision. Par réflexe, elle cligna deux fois des yeux et tourna son visage interloqué vers celui de son interlocuteur, afin de s'assurer qu'elle ne rêvait pas.
- Vous pouvez prendre ma baguette.
Hermione n'en croyait pas ses yeux. Est-ce que le professeur Rogue, le redoutable maître des potions que l'ensemble des élèves de Poudlard surnommait « La terreur des cachots » ou encore « La chauve-souris » venait de lui suggérer d'utiliser sa baguette ? La baguette de Severus Rogue, le directeur de la maison Serpentard ? Non, voyons, elle devait avoir mal entendu. Il aurait été plus sage d'imaginer Ron soutenir les Irlandais lors d'un match de Quidditch ou d'admirer le professeur McGonagall danser en plein cours de métamorphose.
- Non, Miss Granger, elle ne va pas vous exploser entre les mains, ironisa l'homme en observant avec un certain amusement la mine stupéfaite de la jeune sorcière. Prenez-la avant que je ne change d'avis.
- Merci beaucoup, se contenta de répondre une Hermione rougissante et quelque peu décontenancée.
Elle prit délicatement le bâton de ses doigts fins et le fit glisser entre ses propres mains, tout en s'étonnant de son poids, qui contrastait avec sa finesse. Ce qui était sûr, c'est qu'elle ne ressemblait en rien à la sienne. Elle était longue, d'un gris sombre pratiquement noir et d'une froideur extrême. Néanmoins, c'était une jolie baguette, simple d'apparence, mais certainement précise, efficace et puissante. Après quelques rapides secondes d'observation, Hermione coucha son écharpe sur la banquette située devant elle, dirigea la baguette de Rogue vers les sinistres écritures et prit une profonde inspiration. Bien que la Serpentard n'avait pas encore officiellement commencé sa cinquième année au sein de Poudlard, la présence de Rogue à ses côtés lui donnait d'ores et déjà l'impression de passer ses B.U.S.E. Mais fort heureusement, ses examens se dérouleraient dans des circonstances différentes. Hermione n'aurait pas à effacer des calomnies et menaces inscrites sur ses effets personnels, et ce, dans un compartiment minuscule et à l'aide de la baguette de l'un de ses professeurs.
- Evanesco, formula-t-elle d'un ton parfaitement modulé.
Les lettres composant la phrase maudite s'effacèrent alors peu à peu et l'écharpe autrefois souillée retrouva son allure originelle en à peine quelques secondes. Sans un mot, Hermione rendit la baguette à son propriétaire et enfila le tissu émeraude autour de son cou. Pour être honnête, elle ne savait pas vraiment quoi dire ou faire. Tout ce qu'elle savait, c'était qu'elle ne voulait plus parler de cette histoire de harcèlement. D'un côté, elle aurait voulu remercier le professeur Rogue pour son soutien et sa patience, mais de l'autre, elle avait peur de se méprendre quant à ses véritables intentions. Ce n'était pas son genre de se montrer aussi tolérant, voire aussi gentil. Peut-être voulait-il juste éviter que cette affaire s'ébruite, afin d'éviter d'entacher l'honneur de la maison Serpentard ? « Ce raisonnement plairait sans doute beaucoup à Harry et Ron » songea Hermione, personnellement peu convaincue par cette théorie. « Mais la réponse serait certainement bien plus objective si jamais j'en parlais à Ginny.. »
- Bien. Voilà qui est fait, lança Rogue en jetant un vif coup d'œil à sa montre. Il est dix-huit heures quarante-cinq. Nous devrions nous mettre en route afin d'éviter d'être en retard, poursuivit-il en s'adressant à Hermione.
- Le dîner commence à dix-neuf heures, monsieur. Nous ne serons jamais là-bas à l'heure, à moins que..
- À moins que nous ne transplanions, exact, lui répondit-il en rangeant sa baguette.
- Mais il est impossible de transplaner dans l'enceinte de Poudlard, récita-t-elle comme si elle s'était adressée à Harry et Ron.
- Nous transplanerons à la sortie de Pré-au-Lard. Un peu de marche ne nous fera pas de mal. Avez-vous déjà transplané, Miss Granger ? Cette dernière répondit par la négative. En effet, il fallait être majeur pour transplaner et Hermione n'aurait dix-sept ans que l'année prochaine. Jamais encore elle n'avait eu l'occasion de tester le transplanage accompagné, bien qu'elle eût déjà lu plusieurs livres dédiés à ce mode de déplacement. Bien, alors accrochez-vous très fermement à mon bras gauche et fermez les yeux. Ne vous avisez surtout pas de me lâcher si vous tenez à rester entière. Vous êtes prête ?
- Je suis prête, répéta Hermione, le cœur battant.
Étrangement, l'anxiété qu'elle avait dès lors commencé à ressentir se dissipa naturellement lorsqu'elle s'accrocha à son bras. Pour la plupart des élèves qui étudiaient à Poudlard, Severus Rogue était cet homme froid, mystérieux et désagréable qui dirigeait la maison Serpentard avec une main de fer. Hermione, elle, ne l'avait jamais jugé ainsi, bien qu'elle ne tarissait pas pour autant d'éloges à son sujet. Mais après la journée d'aujourd'hui, elle avait l'impression de commencer à connaître son vrai visage.. Une part de bonté qu'il dissimulait quotidiennement derrière un masque de mépris. Au fond, il était un homme comme un autre, avec certes des défauts, mais également des qualités, et cela lui donnait envie de mieux connaître la personne. Et puis.. sa présence était rassurante. Hermione savait qu'elle n'avait rien à craindre aux côtés d'un sorcier aussi expérimenté. Tandis qu'ils s'apprêtaient à transplaner ensemble, le parfum de Rogue caressa de nouveau les narines de la jeune femme.. Cette fragrance lui paraissait maintenant presque familière. Peut-être que, finalement, elle n'avait pas détesté chaque seconde passée à l'intérieur du Poudlard Express..
Cela faisait maintenant plusieurs minutes que le professeur et son élève étaient arrivés à destination et marchaient en direction du château. Bien qu'assez décontenancée par cette sensation désagréable d'être brusquement oppressée par une force invisible, Hermione avait assez bien vécu son premier transplanage, contrairement aux élèves de sixième ou septième année que Rogue avait pu observer durant les années précédentes. La jeune fille marchait en tête, le teint légèrement rosi par la fraîcheur automnale et ses jolies boucles flottant au rythme du vent, tandis que Rogue, un peu plus loin derrière, tachait de garder un œil attentif sur elle. Cette dernière semblait on ne peut plus pressée de rejoindre le château, notamment pour en découdre au plus vite avec Drago Malefoy. Une fois arrivés devant l'école de sorcellerie, ce fut Rusard qui eut le plaisir de les accueillir derrière l'énorme porte en chêne, avec une fébrilité grandissante.
- Voyez-vous ça.. Une amie de Potter ! s'exclama l'effroyable concierge en éclairant le visage de Hermione à l'aide de sa vieille lanterne poussiéreuse. À en juger par son horrible sourire jaunâtre qui dévoilait des dents dans un bien piteux état, ce dernier semblait considérer quiconque étant ami avec Harry comme un potentiel trophée. Combien de points en moins pour celle-ci, professeur ? Son excitation était quasiment palpable.
- Êtes-vous aveugle ou simplement idiot, Rusard ? rétorqua Rogue, armé de ses traditionnelles remarques désobligeantes. Elle porte les couleurs de Serpentard ainsi que l'insigne des préfets. La concernée ne put s'empêcher d'esquisser un léger sourire de satisfaction en voyant Rusard perdre tout son enthousiasme. Il est vrai que faire partie de la maison Serpentard avait ses côtés positifs. Du moins, quand Rogue était bien luné..
- Ah, euh, mais oui, bien sûr.. Je vous en prie, professeur, bégaya-t-il en les laissant passer devant lui.
Après avoir cordialement remercié le maître des potions, Hermione traversa la double porte située à droite du hall d'entrée et c'est ainsi qu'ils se séparèrent en pénétrant à l'intérieur de la Grande Salle. Tandis que l'homme rejoignit le fond de la pièce afin d'aller s'asseoir à la table des professeurs, sa longue cape noire ondulant derrière lui, la jeune fille essayait de se frayer un chemin vers celle des élèves de Serpentard. Cependant, le dîner avait déjà commencé depuis quelques minutes et les divers murmures et chuchotements qu'elle entendit lui confirmèrent le fait que leur apparition n'était pas passée inaperçue. Sur son chemin, cette dernière remarqua la présence d'un nouvel enseignant à la table des professeurs, et croisa le regard de son meilleur ami Harry, qui lui, était assis aux côtés de Ron, Ginny et Neville, à la table des Gryffondor. « Nom d'une licorne ! » pensa alors Hermione en se mordant la lèvre inférieure avec culpabilité. Elle avait totalement oublié qu'il devait l'avoir attendue dans le froid pendant plusieurs dizaines de minutes, tandis qu'elle était partie chercher son écharpe à l'intérieur du Poudlard Express. Allait-il lui en vouloir ? Probablement pas. Cependant, elle connaissait Harry et il devait s'être fait du souci pour elle. Gênée et quelque peu honteuse, Hermione lui esquissa un sourire maladroit tout en cherchant une place libre à sa propre table et en se promettant d'aller voir ses amis après le dîner.
- Bah alors, Granger, on est en retard ? Tu es allée acheter une bouteille de shampoing pour Rogue, c'est ça ? Au son de cette voix qu'elle haïssait par-dessus tout, la jeune fille fit volte-face et aperçut Drago et ses sbires à seulement quelques places de la sienne, riant à gorge déployée. Sa réaction ne se fit pas attendre.
- Tu aurais dû me demander de te prendre une lotion contre les boutons, Malefoy, car ce n'est pas très joli à voir ! Ne me dis pas que tu rates encore un tout petit remède contre les furoncles, et ce, en cinquième année ? À cet instant, la moitié de la table éclata de rire et Hermione sentit alors une main se poser sur son épaule.
- Tout doux, mademoiselle Je-Sais-Tout, lui lança Tracey en s'asseyant à sa droite.
Cette remarque ne fit pas particulièrement plaisir à Hermione, mais elle n'en laissa rien paraître. Pour être honnête, elle préférait jouir du succès qu'avait rencontré sa blague. Cette dernière s'était liée d'amitié avec Tracey malgré les quelques problèmes qu'elle lui avait attirés en première année, et elle était maintenant habituée aux surnoms que lui donnait la jeune fille. D'ailleurs, mis à part le fait qu'elle avait gagné en assurance et qu'elle ne portait désormais ses lunettes que lorsqu'elle était en cours, Tracey Davis n'avait pas beaucoup changé physiquement. C'était une fille assez jolie, avec des yeux verts et de longs cheveux blonds qui faisaient ressortir ses joues quelque peu replètes.
- Hmm, je dois t'avouer que ta blague n'était pas si médiocre, Granger. Tu progresses. Hermione le jaugea du regard. Elle s'attendait à recevoir une nouvelle pique de sa part et n'allait pas être déçue. Mais tu sais ce qui est le plus drôle ? Le nouveau mot de passe de notre salle commune, poursuivit Drago avec un sourire satisfait. Cette année, ce sont les préfets qui ont eu le privilège de le choisir.. Malheureusement, tu étais trop occupée à te promener avec la vieille chauve-souris pour arriver à l'heure. La jeune fille lui adressa un regard méprisant. Comment osait-il lui faire ce genre de remarque alors que tout cela était uniquement de sa faute ?
- Je meurs d'envie de l'entendre, tiens, répondit-elle, plus sarcastique que jamais. Le sourire de Drago s'étira.
- Hé toi, Pritchord ! s'exclama-t-il à l'adresse d'un élève qui n'avait pas l'air d'avoir plus de douze ans.
- C'est Pritchard.. Graham Pritchard, rectifia le garçon qui semblait assez intimidé par Drago et ses amis.
- Ouais, c'est très intéressant, abrégea-t-il d'un geste de la main. Dis donc, tu pourrais me donner le nouveau mot de passe de notre salle commune ? Je veux que tu cites l'intégralité de mes paroles, c'est bien clair ? Attention, si jamais tu te trompes, je te retire dix points ! L'enfant sembla prendre ses menaces au sérieux.
- « Sang-pur.. Sang-pur les Serpentard sont et Sang-pur ils demeureront » récita-t-il avec un air hésitant qui trahissait l'angoisse de s'être trompé.
Drago rit alors de plus belle, animé par le semblant de pouvoir que lui inspirait son nouveau titre de préfet. Hermione ne fut en aucun cas blessée par le choix déplacé de ce mot de passe. Ayant passé quatre années dans la même maison que lui, cette dernière était bien placée pour connaître la personnalité détestable du jeune homme. Elle était plutôt outrée par le comportement de celui qui, tout comme elle, avait été nommé préfet de Serpentard. Outrée, révoltée et écœurée. Voilà comment la jeune fille se sentait. Elle ne supportait pas l'idée qu'un idiot tel que lui puisse s'en prendre aux élèves d'un âge inférieur au sien, surtout pour les inciter à développer un sentiment de supériorité vis-à-vis des enfants issus de familles moldues. De quel droit abusait-il ainsi de ses fonctions ? Elle se leva de table, attirant inopportunément nombre de regards vers eux.
- Tu penses pouvoir le retenir, Granger, même si ce n'est pas dans le prochain contrôle ? continua le fils unique de la famille Malefoy d'un timbre un peu plus discret, mais toujours aussi sarcastique. Je te rassure, ça ne devrait pas être bien compliqué. Voyons.. Il te suffit de penser à tout ce que tu n'es pas. Vu sous cet angle, cela pourrait être un tas d'autres choses.. Belle, populaire.. Tandis que Crabbe et Goyle riaient de plus en plus fort, Tracey, elle, demeurait silencieuse tout en regardant les deux préfets à tour de rôle.
- Quant à toi, il te suffira de penser à tout ce que tu représentes, lâcha Hermione, essayant tant bien que mal d'empêcher son poing droit de s'écraser sur le visage de son interlocuteur. Là, par contre, les possibilités sont réduites. Un sorcier au sang-pur, certes, mais quoi d'autre ? Tu n'es qu'un sale cafard imbu de lui-même, un lâche qui passe son temps à cracher son venin çà et là, juste pour pouvoir combler le vide d'une vie inutile !
- Tu peux me complimenter, Herkmione, cela ne changera en rien ton statut de sang. Ah, j'oubliais ! J'ai un cadeau pour toi. Qu'est-ce que je suis bon, décidément.. Il lui balança alors sa baguette magique, avec autant d'intérêt qu'il en aurait eu en lançant un bâton à un chien. Cela t'appartient, il me semble ?
- Tu ne paies rien pour attendre, Malefoy ! Et sur ces mots, Hermione attrapa brusquement sa baguette et quitta la table des Serpentard, sans se soucier des dizaines de regards qui s'étaient alors posés sur elle ou encore de l'expression ahurie des élèves de première année. La jeune fille préférait s'éclipser avant de faire quelque chose qu'elle risquerait de regretter tôt ou tard. Après tout, la vengeance était un plat qui se mangeait froid.
- Tu passeras le bonsoir à Harry Looser et à son ami Weaslaid ! acheva Drago avec un rictus exécrable.
Ils avaient prononcé ces deux dernières phrases en haussant le ton, ce qui coupa court aux bavardages de la majorité des élèves ainsi qu'aux conversations des professeurs. Assis un peu plus loin, Rogue avait renoncé à la dégustation de son verre de vin et observait la jeune fille s'en aller, en faisant mine d'adopter un air désintéressé. Pourquoi diable s'était-elle assise ici, près de Drago Malefoy ? Décidément, qu'elle le désirait ou non, elle ne faisait qu'attirer l'attention aujourd'hui. Et voilà que cet imbécile de Potter jugeait bon de s'en mêler.
- Qu'est-ce qui se passe, Hermione ? l'interrogea-t-il après avoir lui aussi quitté sa propre table.
- Rien du tout, Harry, répondit-elle avec un faux sourire. Je.. Je me sens juste un peu fatiguée.
- Fatiguée, vraiment ? Alors que tu étais si excitée à l'idée d'exercer tes premières démarches en tant que préfète et de présenter Poudlard aux nouveaux élèves de Serpentard ? Ce n'est pas ton genre de disparaître comme ça, sans prévenir ou sans motif concret, et voilà que tu le fais non pas une, mais deux fois..
- Écoute, Harry, je..
- Je veux la vérité, Hermione. Je suis ton meilleur ami, oui ou non ? demanda ce dernier de but en blanc.
La jeune fille aurait voulu lui répondre qu'il était bien plus que ça, et ce, depuis des années. Harry et elle avaient toujours partagé une relation unique et fusionnelle. Il méritait de savoir pourquoi elle n'avait pas pu le rejoindre tout à l'heure, pourquoi elle était arrivée en retard accompagnée de Rogue, pourquoi elle se sentait si perturbée et énervée. Elle avait toujours été là pour lui, alors pourquoi ne pas accepter la main qu'il lui tendait à son tour ? Hermione raconterait ses dernières péripéties à Harry, et à Ron également, même si elle préférait ne pas tout leur dévoiler. Mais à cet instant, la sorcière n'avait qu'une idée en tête : Échapper à l'atmosphère pesante qui régnait à la table des Serpentard, aux regards réprobateurs des Serdaigle, aux murmures envahissants des Poufsouffle, ainsi qu'aux expressions intriguées des Gryffondor.
- Bien sûr que oui, ne sois pas idiot. Elle lui esquissa un sourire tendre. Je te promets de tout te raconter demain, à la première heure. Mais pour le moment.. J'ai besoin de prendre l'air et de me reposer.
- D'accord, répondit-il, quelque peu à contrecœur. On se rejoint où ?
- Dans le parc, sous le grand chêne où nous avions l'habitude de faire nos devoirs, jusqu'en troisième année. Emmène Ron, il devrait se souvenir de l'endroit, puisque c'est là qu'il recopiait la plupart de mes exercices. Les deux amis échangèrent un sourire à cette pensée simple, mais nostalgique.
- J'y serai.. On y sera, promit Harry en saisissant délicatement le bout de la longue écharpe vert et argenté qui était enroulée autour du cou de sa meilleure amie. Au fait, où l'as-tu retrouvée ?
- Je te le dirai demain, en même temps.
Et là-dessus, comme pour s'excuser d'avoir esquivé sa main un peu plus tôt, Hermione déposa un baiser sur la joue de Harry, oubliant alors où elle se trouvait. Ce n'est que lorsque les sifflements des jumeaux Weasley lui arrivèrent jusqu'aux oreilles que celle-ci se rendit compte du nombre de personnes qui les observaient avec attention. Qu'avaient-ils donc à les fixer de la sorte ? Ne pouvaient-ils pas regarder ailleurs ?
- Vieille chouette en vue, les gars ! lança Ron dans un chuchotement manquant cruellement de discrétion.
- Retournez à vos places ! leur conseilla Ginny d'un air grave.
- Trop tard, achevèrent Fred et George d'une même voix, à la fois déçus et amusés.
- Hum hum, je ne vous dérange pas, les enfants ?
Surpris par la sensation désagréable que formait l'alliance d'une voix horriblement haut perchée et d'un souffle glacé dans leur nuque, Hermione et Harry firent volte-face et se retrouvèrent face à une petite dame aux yeux d'un bleu perçant, tout de rose vêtu. Étant arrivée en retard, la jeune fille n'avait pu assister à la présentation de cette nouvelle enseignante, mais elle ne le regrettait en rien. En effet, bien qu'elle fut saucissonnée sous d'épaisses couches de vêtements d'un rose extravagant, cette dernière n'avait en aucun cas l'air d'un cadeau..
