USURPATRICE MALGRE ELLE
Hello les gens !!
Pas taper hein ! Je vous ai fait un chapitre de 10 kilomètres pour me faire pardonner !!! Je ne vais pas m'embourber dans des excuses même si j'ai des circonstances atténuantes… Comme je déprimais d'avoir manqué mon capes d'un misérable et maudit petit point, je me suis plongée dans l'écriture pour vous pondre ce chapitre inhumain!!lol! Mais je tiens à vous remercier de votre fidélité, de continuer à me lire et suivre cette histoire malgré mes longues absences. Je vous adore toutes !! (tous ?) :
Remerciements :
Boulette de riz, ma petite Golden, Kashachan, GodTears (t'as fini à 4h du mat' ta lecture, ma pauvre tu devais avoir les yeux explosés !! Et merci pour ton commentaire), laura, Tenshi (toi aussi, comment t'as fait pour ne pas t'endormir devant ton ordi ?? en tout cas merci beaucoup pour tous tes compliments !), Cyntiale (Merci pour ton mail et merci(encore) de prendre ton mal en patience ! Bisous !), Tite Titi87, Asahi Shin'ju, Princesse D'argent, dreams, Auryane ( il faudrait que j'ai une adresse pour que je puisse te répondre personnellement, je te dois au moins ça avec les longues reviews que tu m'écris !), Makimilene123, Sakionnelle ( je suis très flattée t'avoir une review de ta part ! Je suis fan de ce que tu écris !! ), Aidya, La Rose Blanche, Gally-chan, Mathilde (fidèle au poste !), Fan-de-Ridelliz (trop d'honneur un pseudo comme ça !!! Et ridelliz-san en plus !! Kyah ! Merci !), mangafana, Aminteitha et Lindy (je ne connais pas personnellement SyanSyaoran mais j'ai eu l'occasion de parler avec elle via MSN et je suis une pure fan de ce qu'elle fait !! Merci à toi !)
Merci pour vos gentils commentaires, ça me fait super plaisir ! Et j'ai pu me rendre compte que beaucoup attendent une nouvelle rencontre Shinxiang/ Sakura et une confrontation Shaolan/ Shinxiang !! Ouais ! Baston ! …. Mais faut attendre… Beaucoup ont aussi adoré Chunyan et son rôle de garce finie ! Et ben vous avez encore rien vu ! Lisez et vous verrez ! Et je suis contente que vous appréciez la famille Li. Des nouveaux persos, c'est pas facile à gérer !
Je m'excuse d'avance pour les fautes de frappe et d'orthographe. Le nez collé à l'écran, on fait pas toujours attention…J'en ai repéré de belles dans les chapitres précédents…aïe ! En espérant que ça ne plombe pas votre lecture !
Petites dédicaces spéciales : la première pour Aminteitha qui m'a laissé des reviews à chaque chapitre en l'espace de 2 jours !!! T'es courageuse !!! Merci beaucoup en tout cas d'avoir pris le temps de commenter à chacune de tes lectures !
La deuxième à ma Golden qui arrive dans quelques jours !J'ai hâte, j'ai hâte !!
La dernière est pour ma petite Princesse d'Argent qui a eu son bac avec mention TB ! Applaudissements. Félicitations ma puce !
Chapitre 10 : Complicités nouvelles.
- QUELLE GARCE !!!!
Sakura ne s'était pas trompée : Sheifa était remontée comme une pendule. Fumei et la japonaise s'étaient précipitées vers la grande véranda où régnait, contrairement à ce matin, une ambiance tendue et électrique.
- Non mais QUELLE GARCE !!!! Je la hais, je la hais, je la hais !!
Sheifa tournait et virait en pestant à haute voix ; Rayan semblait prête à commettre un meurtre comme le montraient son regard noir et sa main prête à broyer la malheureuse revue qu'elle tenait entre les mains. Meilin quant à elle, s'était postée contre une baie vitrée, songeuse. Et la petite dernière, Sian, trottinait gaiement derrière sa sœur aînée, en mimant tous ses gestes exaspérés.
- Quelle garce !!! Réitéra Sheifa hors d'elle.
- Quelle garceuh, quelle garceuh ! Répéta joyeusement Sian.
- Sian, c'est un vilain mot, reprocha Meilin
- Mais elle a parfaitement raison ! Argumenta Sheifa en levant le poing. Cette pimbêche est une véritable G-A-R-C-E !!
- C'est vraiment peu dire pour la qualifier…
- Fumei !
L'aînée des Li s'arrêta brusquement et fit volte face vers sa sœur cadette, ne pouvant éviter la collision avec Sian qui continuait son petit manège en la suivant pas à pas.
- Aieuuuh Sheifaaaaaaaaa! Grincha Sian en se frottant le nez.
Elle alla illico se réfugier dans les bras de Sakura en pleurnichant pour y trouver du réconfort, comme souvent lorsqu'elle la voyait.
- Hn, vous avez croisé Chunyan, déduisit Sheifa en voyant le visage encore rouge de colère de sa sœur.
- A l'instant. A peine deux minutes ici et cette vipère fait un carnage. Elle en avait après Xiao, n'est-ce pas ?
- Après qui d'autre à ton avis ? Répliqua Sheifa avec fougue. Avec son décolleté jusqu'au nombril et sa tonne de parfum aussi repoussant qu'un pesticide, ce n'était certainement pas pour mes beaux yeux, encore moins pour ceux de Rayan !
Rayan émit un grognement désapprobateur tandis que Meilin renchérissait :
- Elle avait beau être là pour affaires, elle avait mis le paquet cette pintade. Elle ne désespère toujours pas…c'est vraiment pathétique…
- Quel genre « d'affaires »? Questionna Fumei en fronçant les sourcils.
¤ FLASH BACK ¤
Dans la véranda inondée de soleil, la bonne humeur des Li allait être mise à rude épreuve.
Saholan était rentré de la serre en compagnie de sa mère, qui était partie se désaltérer dans la cuisine après sa marche convalescente. Voulant s'éclipser pour aller travailler, Sheifa avait retenu son frère, non sans y prendre un malin plaisir, par son pantalon de pyjama, comme un véritable gamin. Elle lui assura, après un coup de fil, que Chang ne l'attendrait pas avant cet après midi. Car, oui, le puissant, respectable et sexy leader Li était en pyjama tout froissé, les cheveux en bataille, si c'était encore possible, et les yeux encore gonflés de sommeil… insolite n'est-ce pas ? Pris au piège, il ne résigna… sans oublier de réajuster convenablement son pantalon.
Il s'assit dans la véranda, au soleil, et Sian vint se loger sur ses genoux, toujours en quête d'affection. Elle lui posait des multiples questions sur la plante qu'il avait ramenée de la serre et ce fut avec plaisir et tendresse qu'il lui répondait. Meilin étudiait consciencieusement un livre de recettes, Sheifa y allant de son petit commentaire, tandis que Rayan était plongée dans une revue sur les céramiques chinoises.
Un moment de sérénité malheureusement interrompu par Wei, qui annonça, gêné :
- Monsieur Shaolan, Mademoiselle Tao désire s'entretenir avec vous…maintenant.
Shaolan sursauta, tout comme ses sœurs. Il fronça les sourcils.
- Chunyan Tao est ici ?
- Oui, Monsieur. Elle se fait très pressante et…
- C'est bon, je me chargerai moi-même de m'introduire, coupa une voix pressante et arrogante.
La sœur de Tao fit alors son apparition dans toute sa splendeur. Un rayonnement qui ne fit pas l'effet escompté : la pièce donna l'impression de s'assombrir d'un seul coup. Elle bouscula d'un geste le pauvre majordome, prenant les Li au dépourvu. Ceux-ci ne lui firent aucun accueil digne de son rang et chacun la regarda sans faire le moindre geste, suspicieux quant à sa venue.
Chunyan balaya la véranda d'un regard hautain. Aaaah la famille Li presque au grand complet en train de profiter des joies d'une matinée ensoleillée… Tableau pathétiquement touchant.
Comme il fallait s'y attendre, aucun d'eux ne daigna la saluer. La sale petite teigne à la casquette feuilletait une revue. Elle lui dégaina un regard assassin que Chunyan le lui rendit aussi bien. Une véritable peste cette gamine. Près de la fenêtre, la sœur du défunt Hiro semblait anxieuse. Ses doigts se crispaient sur son livre.
« Il y a deux mois, elle m'aurait tué du regard…pauvre petite chose ! Anéantie ! »
- Meilin ! Salua Chunyan d'une voix faussement enjouée, rompant ainsi le silence pesant. Je suis terriblement navrée pour ton bien aimé frère, sincèrement ! Tu as une petite mine, tu devrais…
- Qu'est-ce que tu fais là, Chunyan ? Tu n'es pas la bienvenue ici ! Lança une voix impatiente.
Chunyan délaissa Meilin qui avait le poing dangereusement serré pour poser son regard bleu perçant sur Sheifa, plantée devant elle, contenant difficilement sa haine. Impossible de la manquer celle là vu l'aura de fureur qui l'enveloppait. S'il y en avait bien une qu'elle haïssait le plus dans cette jungle féminine Li, c'était bien cette Sheifa. Celle qui lui posait le plus de problème. La plus redoutable.
De même stature, face à face, les deux jeunes femmes s'affrontaient du regard.
- Bonjour à toi aussi Sheifa. Ne devrais-tu pas être en train de « pouponner » ?
- Qu'est-ce que…
- Sheifa.
Shaolan venait d'intervenir calmement mais fermement. Il ne fit cependant aucun geste et resta assis. Sheifa soupira mais obéit, histoire ne pas envenimer la situation. Son frère était, quoiqu'elle en dise, plus diplomate qu'elle, notamment face à ce genre de personnage.
- De toute manière, vu l'accoutrement, ce n'est pas pour moi qu'elle a fait le déplacement…marmonna l'aînée, sans pouvoir s'empêcher de faire un commentaire sur la tenue provocante de l'intruse. (cf chapitre précédent)
Meilin laissa échapper un gloussement et un rictus étira les lèvres de Rayan ainsi que sur celles de son frère.
Il observa Chunyan un instant, qui se sentit flatter d'autant d'attention. C'était en effet une très belle femme qui savait se mettre en valeur. Pourquoi pas son genre de femme… dans un autre contexte, il aurait pu succomber à ses charmes… Sa tenue d'aujourd'hui lui allait parfaitement bien, mettant en avant ses nombreux atouts. Mais la porter à 11h du matin, c'était très risible. Venant d'elle, ce n'était guère surprenant. Mais elle venait de se discréditer à nouveau aux yeux du leader. Il ferma un instant les yeux et secoua légèrement la tête, blasé. Elle ne reculerait devant rien pour l'impressionner.
- Tu emploies les grands moyens, commenta t-il, toujours impassible.
Elle arqua un sourcil aguicheur vite transformé en sourcil sceptique :
- Ce qui n'est visiblement pas ton cas… rétorqua t-elle en le détaillant sans retenu. Je comprends mieux pourquoi il était difficile de prendre contact avec toi à ton bureau. Je constate que tu es débordé…Mais… Ca vaut quand même le détour !
Certes en venant, elle ne s'attendait pas à le voir au saut du lit, jouant les grands frères modèles en pyjama.
- Ce n'est pas déplaisant… susurra t-elle.
Sheifa et Meilin levèrent les yeux au ciel et Rayan fit une grimace de dégoût. Quelle minauderie !!
Le leader n'avait toujours pas pris la peine de se lever. Toujours en pantalon de pyjama, un vieux t-shirt froissé et les cheveux plus en bataille que jamais, il avait toujours Sian sur ses genoux, cramponnée à son cou. La petite dernière regardait Chunyan de ses grands yeux noisette, voyant que la sœur Tao ne lâchait pas son frère des yeux. Elle resserra ses bras autour de son cou et demanda de sa petite voix naïve :
- Elle veut quoi la dame ?
- On va lui demander petite chipie, répondit-il avec un sourire tendre et lui pinçant gentiment le nez.
Il tourna son visage vers l'intruse qui tressaillit. Toute trace de douceur avait disparu, le regard froid et impatient qu'il braqua sur elle la foudroya. Un changement brutal qui déstabilisa Chunyan un court instant.
- Alors ? Pressa sèchement Shaolan. Tu as entendu la question non ?
- Parfaitement. Et je vais satisfaire ta curiosité. Je viens te faire une proposition.
- Il t'a déjà dit que tu n'étais pas son genre, grinça Sheifa qui s'était postée derrière son frère, prête à lui sauter à la gorge.
- Sheifa, soupira Shaolan.
Il prit enfin l'initiative de se lever, embrassa Sian sur le front et la confia à sa sœur aînée. Puis il croisa les bras.
- Je t'écoute Chunyan, de quoi s'agit-il pour que tu te donnes la peine de venir en personne et aussi rapidement jusqu'ici ?
- Disons que je viens te faire part d'un … changement, déclara t-elle en fusillant Sheifa du regard. C'est à propos des accords de Shanghai.
Shaolan se tendit et fronça sévèrement les sourcils.
- Tout a été réglé non ?
- En principe oui. Vous avez obtenu 70 des terrains. Après mûres réflexions, Shinxiang a finalement décidé de TOUT te laisser. Autrement dit, toutes les parts des marchés, comme tu le désirais ardemment.
- Xiao…commença Sheifa, suspicieuse
- Qu'est-ce que ça veut dire ? Coupa Shaolan sur ses gardes. Shinxiang voulait au moins tout autant que moi ces terrains de Shanghai !
- Certes, mais en y réfléchissant, cela ne mettrait pas en valeur nos « projets ». Et ces terrains sont trop chers pour ce qu'ils peuvent rapporter. On préfère investir ailleurs…
- Et quel genre de projets ?
- Ceci, cher Shaolan, ne te regarde pas, fit-elle, charmeuse.
- Et tu viens ici juste pour m'annoncer ça ?
- N'est-ce pas « sport », ou de bonne guerre de ma part ?
- Shinxiang n'agirait pas ainsi s'il n'y avait pas un retour d'ascenseur de ma part, se méfia le leader.
- Que de suspicion ! S'exclama Chunyan, théâtrale. Ce geste de mon frère est-il si surprenant ?
- A ton avis ? C'est même totalement improbable, intervint Sheifa. Pour ta gouverne, la loyauté et l'honnêteté ne font pas partie de vos qualités, alors quand vous vous dites « sport », ajouta t-elle en mimant les guillemets avec une grimace, ne me fais pas rire !
- Quelle mesquinerie, Sheifa, s'indigna Chunyan avec un regard perfide.
- Et c'est elle qui dit ça…grommela Rayan. On croit rêver !
- Oh, tu sais parler Rayan ? Fit sarcastiquement la jeune femme. Shaolan, sache que mon frère n'attend rien en retour. Tu as le champ libre pour avoir la totalité des terrains. Shinxiang s'est retiré du marché ce matin à la première heure. Maintenant, fais ce que tu veux. Je me devais de te le dire, par courtoisie.
- Très aimable de ta part, rétorqua le leader, j'y songerai mais ce « geste » comme tu dis ne fait que renforcer ma méfiance à votre égard. Je ne vous fais en aucun cas confiance et je sais que tout cela cache quelque chose.
- Je ferai passer le message à mon associé de frère!
Après un regard circulaire, Chunyan ajouta :
- Mais j'avoue, cette visite n'était pas dénuée d'intérêt…
- Bah tiens…
- J'aurai bien aimé faire la connaissance cette pauvre japonaise, future-ex veuve de Hiro…
Meilin se raidit, Sheifa et Rayan l'assassinèrent du regard et celui de Shaolan s'assombrit d'un coup.
- Elle s'appelle Yukari, crut bon de rajouter, Sian ressentant la forte tension dans la pièce.
- Je sais chérie. Dommage que je ne puisse pas la rencontrer…se désola t-elle. On dirait que vous la cachez votre japonaise!
- On la met à l'abri des gens de ton espèce, siffla Sheifa.
- La japonaise, elle s'appelle Yukari ! Insista Sian, toujours juchée dans les bras de sa grande sœur.
Cette grande dame commençait vraiment à l'agacer !
Chunyan s'approcha de la petite fille et lui pinça la joue d'un geste qui se voulait tendre.
- T'es vraiment mignonne toi ! Un caractère qui prend le chemin de celui de ses sœurs, quelle chance !! Ironisa t-elle. Et bien ce n'est que partie remise. Vous lui présenterez mes condoléances !
- C'est pour ça, cette tenue tape à l'oeil? Pour lui en mettre plein la vue et la mettre plus bas que terre ? S'emporta Sheifa, rouge de colère. Histoire de te venger d'une petite provinciale qui a obtenu ce que tu n'auras jamais !!!
Meilin posa la main sur son bras pour la calmer. Rayan ne disait rien mais n'en pensait pas moins que sa grande sœur.
- Moi, jalouse ? Je ne l'envie absolument pas. Je dirai plutôt, ce qu'elle « avait » obtenue…Ca aura été vraiment éphémère non ? Hiro…
- TAIS-TOI ! Explosa Meilin les larmes aux yeux. Ne t'avise pas de parler de mon frère avec ta langue de vipère!
Ebranlée de voir sa cousine pleurer, Sian descendit des bras de Sheifa et vint prendre la main de Meilin.
- Mei… pourquoi tu pleures ? Faut pas pleurer…
Meilin contint ses larmes et serra fort la main de son attendrissante petite cousine.
- Toujours à te réjouir du malheur des autres, cracha Sheifa qui n'en avait pas fini. Mais il n'empêche que la vérité fait mal : jamais tu n'aurais été à la place de Yukari et jamais tu ne le seras.
- C'est sûr vu qu'il est mort.
- Ca suffit ! Sors d'ici ! TOUT DE SUITE!
Shaolan qui s'était contenu jusqu'à présent, s'emporta à son tour. Il ne voulait pas de problème chez lui et ni régler ses comptes devant sa famille, notamment sa petite sœur. Mais Chunyan savait appuyer là où ça faisait mal : sa famille, la mort de Hiro. Et ça, il ne le tolérait pas.
- Avec plaisir.
- Tiens, Chunyan, que nous vaut cet honneur ? Interrompit la voix calme et légèrement inquiète de Yelan
- Madame Li, Salua Chunyan avec une courbette. J'allais justement partir. On se verra très bientôt ! Bonne journée.
Elle tourna les talons, laissant Sheifa dans une rage folle et Meilin dans un profond désarroi.
- Une dernière chose Chunyan !
Elle se tourna vers Shaolan. Son regard sombre n'annonçait rien de bon.
- A l'avenir, évite de t'en prendre à ma famille, Yukari y compris ou tu le regretteras, ou ce n'est pas une simple prise de tête avec Sheifa que tu auras, compris ?
Le ton cinglant n'admettait aucune réplique. Et Chunyan ne s'y risqua pas. Elle disparut dans le corridor sans demander son reste.
Shaolan desserra son poing et laissa échapper un petit soupir fatigué.
- Que voulait-elle ? S'inquiéta Yelan en se tournant vers son fils.
Ses yeux ambre brillaient d'une lueur qu'elle n'aimait pas.
- Rien de bon pour nous, murmura t-il, sombre.
Il se dirigea vers les escaliers, suivi de sa mère, laissant ses sœurs encore sous le choc.
¤ FIN DU FLASH BACK ¤
Fumei soupira longuement en hochant la tête :
- Je vois…C'était de la pure provocation.
- Complètement ! Pour porter qu'un malheureux bout de tissu noir en guise de top et qu'une jupe aussi fendue qu'on lui voyait la culotte….à moins qu'elle n'en portait pas…
- Sheifa, je ne rigole pas !!
- Moi non plus figure toi !!
- C'est vrai que sa tenue était provocante, concéda Fumei, mais je parlais de l'affaire.
- L'un ou l'autre, c'est du foutage de gueule pur et simple, maugréa Sheifa.
- Foutage de gueuleuuuh !!! Se mit une nouvelle fois à répéter joyeusement Sian
Sakura lui mit un doigt sur la bouche.
- C'est un gros mot ma puce, il ne faut pas le répéter.
La fillette hocha frénétiquement la tête de haut en bas pour montrer qu'elle avait compris
- Et « G-A-R-C-E » aussi ? Epela la fillette, à l'instar de sa grande sœur.
Sakura fit une petite grimace.
- Moui, aussi. Evite de faire le perroquet.
- Toute cette histoire est vraiment louche, fit Meilin Qu'est-ce que Tao a encore inventé pour faire tomber Shaolan ?
- Va savoir. Il pensait pouvoir s'emparer de la ville à la passation de pouvoir et il semble toujours motivé ! Il peut aller très loin. Pour une fois que Xiao prenait un peu de temps pour lui, elle a tout fichu par terre. Il va sombrer de nouveau dans la surdose de travail pour savoir ce qui se trame, se désola Fumei, abattue.
Meilin lui montra un siège dans lequel elle s'affala.
Sheifa s'approcha de Sakura et lui scruta le visage :
- Ca va Yukari ? Tu es tout pâle !
- Oui, oui, je vais bien ! Assura Sakura en reculant précipitemment son visage.
- Elle a simplement fait la connaissance de Chunyan, lui apprit Fumei d'un geste lasse.
- Oh, alors, vu ta tête, elle a du te cracher tout son sale venin de vipère à la figure !
Sakura hocha la tête :
- A l'évidence, elle n'a pas pris les menaces de Shaolan au sérieux au vu de son attitude envers Fumei et moi ! Constata la japonaise avec un sourire forcé.
- Elle a été odieuse, compléta Fumei en racontant ensuite la brève entrevue avec Chunyan.
- La dame est une vipère qui appelle Yukari « la japonaise », fit savoir Sian. Et elle m'a pincée la joue !!!
- Ma pauvre choupinette, la plaignit Sakura en lui caressant la dite joue.
- Ils sont vraiment graves, ces Tao à la c…
- Tûtûtût Rayan, pas de gros mots devant Sian voyons ! Sermonna Sheifa en levant un doigt sentencieux.
- Toi aussi t'es vraiment grave, grommela la benjamine des Li en secouant la tête.
- Mais je trouve que la bonne nouvelle, c'est que Shaolan a solennellement déclaré que Yukari faisait partie de la famille devant cette pét…devant cette prétentieuse ! Se reprit Sheifa en se pinçant la lèvre.
« Je vois qu'il y a de l'amélioration entre nous alors, c'est bon signe tout ça... » Se félicita Sakura.
Elle sourit à Sheifa de cette « nouvelle ».
- Yukari, tu sais au moins à quoi t'en tenir avec les Tao à présent ! Lui dit Meilin.
- Ca ne serait pas surprenant que tu deviennes leur nouvelle victime! Présuma Sheifa en fronçant les sourcils
- Quel honneur…ironisa Sakura avec une grimace.
- Comme je te l'ai déjà dit, rappela Fumei, méfie toi d'elle et de son frère. S'ils s'intéressent à toi, ce n'est jamais dénué d'intérêt, qui généralement, n'est pas à ton avantage.
- Je serai prudente, promit Sakura.
- Quelle garce ! Jelahaisjelahaisjelahaisjelahais !!!! Scanda de nouveau Sheifa en frappant du poing sous les applaudissements de Sian.
[…
Le déjeuner se passa dans le silence. Ni Yelan, ni Shaolan ne réapparurent.
- Mademoiselle Sian, votre précepteur est arrivé, avertit Wei.
- OK Wei, ça roule ma poule ! Clama t-elle en quittant la table comme un bulldozer.
Les filles la regardèrent ahuries. Sheifa éclata spontanément de rire suivie, plus discrètement, par Meilin et Sakura.
- Sian !!! La reprit Fumei, hébétée. Qu'est-ce que c'est que ce langage ?
- Quoi ! Rayan elle parle aussi comme ça des fois ! Se justifia Sian en pointant du doigt sa sœur.
- N'importe quoi ! Tu ferais mieux de te taire la naine !! Menaça Rayan de sa fourchette.
- Ou alors… c'était grande sœur, réfléchit Sian en se frottant le menton.
Sheifa s'arrêta illico de rire et regarda Fumei, l'air innocent.
- Quoi ? Je ne regarde pas toujours si Sian est dans les parages !! Pas de ma faute si elle retient que mes bêtises !
- Tu es l'aînée et tu dois montrer l'exemple. Et par-dessus tout…Tu as une petite fille Sheifa, soupira Fumei, fatiguée.
La tension redescendit d'un cran grâce à la bonne humeur de Sheifa, faisant oublier les événements du matin.
Sian rejoignit donc son précepteur qui assurait ses cours même le samedi. Et Sian montrait beaucoup d'enthousiasme à la chose.
- Tu sais Kari, l'année prochaine, j'irai enfin à l'école comme une grande! Avait-elle dit à Sakura.
L'idée d'un précepteur et le fait qu'elle n'aille pas encore à l'école étonna un peu Sakura. Elle pensa que c'était le lot de toutes les illustres familles. Ce fut Sheifa qui éclaira sa lanterne.
- En fait nous avons tous eu un précepteur, Monsieur Wang. A l'origine, il doit nous inculquer les codes de notre rang, les bonnes manières, tout ce genre de chose soi disant indispensable pour notre vie en société « mondaine »…
- Oh alors, ça ne devait pas plaire à Rayan, avait dit Sakura.
- Ce n'est qu'une perte de temps, c'est pesant, stupide, démodé et super chiant ! Avait maugréé la benjamine.
Sheifa lui avait décoché une claque derrière la tête et avait continué son explication :
- Mr Wang nous suivait jusqu'à l'âge de 12 ans, tout en nous donnant l'instruction scolaire nécessaire. Puis on intégrait l'école dans notre onzième année mais le précepteur continuait les cours de maintien. Mais il n'y a que moi, l'aînée, qui ait suivi le protocole. Mais parents ont jugé que c'était handicapant.
- On voit le résultat maintenant, avait marmonné Rayan, suggérant par les gestes qu'elle avait une case de vide.
- La ferme Rayan ! Hum…Pardon…
- Je veux bien croire que c'était handicapant, avait dit Sakura, l'intégration devait être plus difficile. L'école nous introduit dans la vie et c'est là que l'on se fait des amis.
- Oui, même si scolairement, j'étais au niveau. Alors mes parents ont limité l'intervention du précepteur et ont envoyé Shaolan et Hiro à l'école à l'âge de 6 ans, dès l'école primaire. Monsieur Wong en finit avec Sian mais il continuera à la voir pour peaufiner son éducation mondaine. Notre monde est très particulier, avait fini d'expliquer Sheifa.
- Je vois.
Sakura comprenait un peu mieux pourquoi Rayan trouvait tout ce protocole pesant. Tous ces codes à apprendre et assimiler, quelle galère ! Quelle fourchette utiliser pour le poisson parmi toutes celles proposées à gauche de l'assiette ? De quelle manière se tenir devant un ambassadeur ? Quels mots ne jamais prononcer ? …
Un véritable casse-tête !
Sian quitta donc la table pour rejoindre son précepteur afin étudier. Sheifa partit ensuite faire des courses avec Wei. Hormis deux femmes de ménage très aimables et dévouées, la puissante famille Li n'employait pas d'autre personnel de maison malgré l'immensité du domaine. Pas de cuisinier, Wei et parfois les filles s'en chargeaient ; pas de jardinier, Yelan aimait s'occuper du parc avec Fumei. En cas de grands travaux oùla force physique était requise, c'étaient Chang ou Shaolan qui s'y collaient…Et puis, Wei était « multi-fonction » ! Sakura appréciait beaucoup ce désir ne pas user de son rang.
Sheifa partit donc aux courses, déposant Rayan à la bibliothèque au passage.
Fumei et Meilin se proposèrent pour accompagner Sakura/Yukari à l'école des Arts. Elles avaient à faire pas loin du campus. Malgré le jour, un samedi, les étudiants (peu nombreux dans cette prestigieuse école) exposaient un projet d'études. Le directeur avait expliqué à Yelan qu'il jugeait le moment opportun pour Sakura de faire connaissance avec ses futurs camarades et se familiariser avec son nouvel établissement. Elle pourrait parler avec les professeurs des cours ou des projets en cours. Elle aurait aussi son emploi du temps. Elle commencerait les cours le lundi matin suivant.
Cependant, une question turlupinait notre japonaise : les cours avaient commencé à l'automne et elle débarquait au début printemps, soit un semestre de retard ! Ce qui, naturellement l'inquiétait. Elle allait devoir cravacher !!
Mais Yelan l'avait rassurée :
- Nous savons toutes les deux que tu as le niveau. Il faudra évidemment que tu rattrapes ton semestre de retard cet été, pour passer les examens de rattrapage en septembre.
- Oh d'accord, très bien ! Je n'avais pas songé à ça ! Souffla Sakura, rassurée.
- Il est vrai que la rentrée scolaire est en avril au Japon. Mais je ne me fais aucun souci pour toi.
- Merci Yelan.
- Autre chose, Yukari Fugisawa commence à être connue à Hong Kong mais j'ai exigé du directeur d'être discret à ton sujet. Je ne veux pas que le bruit court que tu es scolarisée dans cette école. Cela risque d'attirer les journalistes et nous poser problème…
- Je n'avais pas envisagé ça…
- Alors, si tu es d'accord, tu pourrais être Sakura Kinomoto, élève de l'Ecole des Beaux Arts ?
Sakura eut un hoquet de surprise.
- Vous me demandez de reprendre ma véritable identité à l'école ?
- C'est cela. Qu'est-ce que tu en dis ?
- Euh, bien sûr ! Oui, bien sûr !! S'exclama Sakura ravie de pouvoir de redevenir « Sakura Kinomoto, simple étudiante» l'espace d'un moment.
- Tant mieux. Cela reste entre toi, le directeur et moi. Lui aussi est pour la discrétion, il ne veut pas de remue-ménage autour de son établissement. Et puis c'est un ami de longue date, ajouta la femme avec un clin d'œil.
Donc, elle s'apprêta pour aller à la rencontre d'un monde fascinant et qu'elle rêvait depuis petite.
« Yelan a le bras long mais si en plus le directeur est un bon ami, je comprends mieux pourquoi je rentre aussi facilement dans cette école !! » Pensa Sakura en mettant sa veste.
- On y va Yukari ?
- Oui, Meilin, je suis prête !!
Elle se dirigea vers la porte d'entrée mais Fumei l'arrêta :
- Je ne te conseille pas de sortir par là, sauf si tu veux que les paparazzis t'assaillent !
Sakura cligna de yeux, penaude.
- Les journalistes ne sont pas 24h/24, agglutinés au portail, on est pas des stars ou des « people » ! Mais ça leur prend des fois…surtout depuis que tu es là, ils veulent voir ton visage et le publier en première page de leur journal !!
Sakura, horrifiée, secoua la tête énergiquement.
- Non merci ! Ca ne me tente pas !
Fumei lui fit un clin d'œil et lui confia :
- Meilin et moi, on préfère aller à la fac en tout anonymat. Alors on sort par derrière et on s'y rend en vélo.
- Je vois !
- On prend nos précautions ! Alors ?
- Je suis preneuse !
- Et puis le vélo est bon pour la santé ! Ajouta Meilin. On ne met pas plus de 15 minutes pour y aller.
- Ca ne me pose pas de problème, renchérit Sakura. Chez moi, je me déplaçais en roller pour aller en cours !
Fumei et Meilin tournèrent leur tête de concert vers elle, l'œil pétillant de malice.
- C'est quoi ta pointure ?
10 minutes plus tard, juchée sur les rollers et portant les coudières et genouillères de Rayan, Sakura suivait Fumei et Meilin à vélo sur la route. Elle se mit à rouler en arrière, bras écartés, sous l'œil effaré des cousines.
- C'est génial ! Ca faisait un moment que je n'en avais pas fait !!
- Et ben c'est comme le vélo, ça ne s'oublie pas !!!
- T'assures en tout cas, Yukari !
Dans la bonne humeur, elles déboulèrent sur le campus et Sakura se rendit dans un bâtiment majestueux en annexe : l'Ecole des Arts.
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Le weekend passa à folle allure. Sakura apprécia énormément son après midi à l'école. Les professeurs étaient intéressants, plusieurs étudiants l'accueillirent chaleureusement et s'entendre appeler « Sakura » sonnait doux à ses oreilles. Et les cours promettaient d'être passionnants !
Son emploi du temps lui permettait de travailler à la galerie de la Fondation Li le mercredi et le jeudi après midi. Elle passa voir le conservateur afin de lui donner ses horaires. Pleinement satisfait, il lui promit de l'initier à la restauration des œuvres.
Ravie, Sakura rentra, toujours en rollers. Elle croisa Shaolan qui sortait en voiture.
- Wouah !
Une voiture décapotable ! Elle avait vraiment de la gueule, comme aurait dit son frère Toya.
Elle lui fit signe de la main mais il passa, sans lui répondre. Cependant, il lui jeta un regard, le temps de la dépasser. Elle avait eut le temps de voir un léger rictus amusé étirer ses lèvres.
- Bah, on va pas s'en plaindre ! Marmonna Sakura en levant les yeux au ciel. Mettons ça sur le dos de sa mauvaise journée et de l'autre peste…
De forte mauvaise humeur, en parfait contraste avec le matin même, Shaolan sortit sa voiture du garage et s'engagea dans sur la route. Il aperçut une fine silhouette se déplacer en rollers dans sa direction. ELLE ?
C'est quoi encore ce délire ?
On aurait dit qu'elle avait fait ça toute sa vie tant elle se déplaçait avec grâce.
Elle avait un don extraordinaire pour le dessin, maniait le sabre avec dextérité (il en avait fait les frais !) et maintenant, les rollers !
Elle était vraiment surprenante.
Il eut un petit sourire amusé lorsqu'il la vit bouche ouverte en apercevant sa voiture. Il y lut un « wouah » d'admiration…très fidèle à elle-même, très expressive.
Elle lui fit signe, un sourire chaleureux aux lèvres.
« Je déteste quand elle fait ça… » Songea t-il en la dépassant, le cœur battant à folle allure.
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- Hé Yukari ! Qu'est-ce que tu fais ?
- Ah les filles ! Bonsoir !
Meilin, Fumei, Rayan et Sheifa vinrent à la rencontre de Sakura. Depuis un moment, dès la fin du dîner, le lundi soir, elle était étrangement plantée au milieu du parc et regardait droit devant elle, avançant d'un pas ou reculant de deux, encadrant le paysage de ses doigts.
Intriguée par son manège, les quatre filles étaient venues voir de quoi il retournait.
- Oh rien de particulier. Je m'imprègne.
Les quatre filles se jetèrent un coup d'œil perplexe.
- Tu… « t'imprègnes », répéta Sheifa, songeuse. C'est-à-dire ?
- Je vous explique : le projet d'études du second semestre a été lancé aujourd'hui par notre professeur principal. Ca vaut pour 5O de la note finale.
- C'est donc important pour ton passage en fin d'année, déduisit Fumei
- Et oui !! Autant ne pas le rater !! Sourit Sakura. Et le sujet est le suivant : « représenter ce qui vous symbolise ».
- Eh bien, c'est pas évident comme sujet, jugea Meilin en se grattant la tête.
- Et pas facile à trouver ! Renchérit Sheifa, mimant la position de Sakura pour tenter de deviner ce qu'elle observait.
- Oh non, pas du tout ! S'exclama Sakura toute excitée. J'ai tout de suite trouvé !
Shaolan, accompagné de Chang descendit les marches du hall, se préparant de nouveau à sortir. Bien que l'heure fût tardive pour aller travailler, il avait décidé de rejoindre des collaborateurs, restés au bureau et qui avaient explicité sa présence urgente. Autrefois, il lui arrivait de sortir à cette heure, pas pour travailler, mais pour profiter de la vie en bonne compagnie. Ce temps là était bien révolu !
- Shaolan ?
Le leader leva la tête vers le haut des marches. Enroulée dans un châle, sa mère venait de l'appeler.
- Qui a-t-il mère ?
- Tu retournes au siège ? Demanda t-elle, connaissant pertinemment la réponse.
Shaolan perçut nettement la déception et l'inquiétude dans sa voix.
- Oui, mais nous ne serons pas longs. Deux ou trois choses à régler.
- Accepterais-tu de m'accompagner quelques minutes pour une marche dans le parc ? J'aimerai me dégourdir les jambes et tu as besoin d'un bol d'air avant de retourner travailler.
Shaolan n'eut pas le cœur de refuser. Et puis, il n'en avait pas envie. Sa mère comptait plus que tout. Cette promenade était aussi un prétexte de Yelan pour passer du temps avec son fils. Un regard vers Chang qui comprit. Il lui sourit.
- Je sors la voiture.
Le leader le remercia d'un regard. Puis il présenta son bras à sa mère qui le saisit et se dirigèrent tous deux vers le parc.
- Du nouveau ? S'informa la doyenne.
- Rien de concret. Tao est un gros malin, il ne laisse rien filtrer. Que des miettes pour nous narguer. Mais j'envisage toutes les possibilités, assura Shaolan.
- Et toi, qu'en penses-tu ?
- Hum… je verrais bien le quartier ouest dans sa ligne de mire. Celui que sa famille cherche à acquérir depuis des années.
- La pomme de discorde…murmura Yelan en descendant les marches de la terrasse.
- Ne vous en faites pas mère, je veillerai personnellement à ce qu'il ne mette jamais la main dessus, promit Shaolan en serrant la main de sa mère, connaissant son attachement profond de ce quartier traditionnel de Hong Kong.
Une discussion animée leur vint aux oreilles. Ils aperçurent Sakura entourée des Li qui semblaient l'assaillir de questions.
- Et puis ce serait dommage de démolir le magasin de peinture où Yukari adore se ravitailler et la galerie Li où elle travaille, ajouta Yelan avec un sourire en coin.
Shaolan jeta un regard désapprobateur à sa mère. Elle le cherchait vraiment avec cette japonaise !
Il secoua la tête tentant de dissimuler son embarras.
Ils s'approchèrent de la troupe. Sakura semblait radieuse en disant :
- Oh non, pas du tout ! J'ai tout de suite trouvé !!
- Qu'as-tu donc trouvé de si réjouissant ? Demanda Yelan curieuse.
- Tiiiiiens, petit frère ! S'exclama Sheifa en voyant Shaolan au bras de sa mère. Tu fais ta B.A du jour en escortant maman ?
- Chang est reparti au bureau pour travailler une bonne partie de la nuit. Attends toi à dormir toute seule, riposta aussitôt Shaolan avec un faux sourire.
Une répartie à laquelle ne devait pas s'attendre Sheifa qui resta un moment interdite. Puis :
- Oh noooon ! T'abuses Xiao !!! Mon petit mari me manque ! Tu vas l'user si tu continues !!! Se lamenta t-elle en se cramponnant à son bras.
Shaolan eut un sourire victorieux. Sakura fit une petite grimace. Ce qu'il pouvait être sarcastique et sans scrupules !! Ses autres sœurs s'abstinrent de lui parler boulot. Ces temps ci, ils étaient rarement réunis alors il ne fallait pas tout gâcher.
- Alors, que ce passe t-il? Réitéra Yelan.
- Yukari nous parlait de son projet d'études qu'elle doit mener ce semestre. Une production qui vaut la moitié des points à l'examen final, expliqua Fumei.
- Elle doit représenter ce qui la symbolise, ajouta Meilin en serrant les dents. Difficile nan ?
- Mais Yukari allait nous dire à l'instant son choix qu'elle a visiblement trouvé rapidement, acheva Sheifa en se tournant vers la japonaise.
- Nous tombons à point alors, se félicita Yelan. N'est-ce pas Shaolan ?
- Il semblerait.
« Pourquoi me prend t-elle toujours à parti ? S'agaça le jeune homme. Elle le fait vraiment exprès et joue avec mes sentiments. Ma propre mère est une sadique ! »
- Alors Yukari, qu'as-tu choisi ?
Toute souriante, sachant que Yelan en comprendrait la signification cachée, Sakura se contenta de montrer son projet d'un geste, radieuse.
Mais contrairement à ce qu'elle avait escompté, les traits de Yelan se décomposèrent.
Sakura ne devinait pas qu'elle venait de totalement ébranler la maîtresse de la maison Li.
Yelan, regardait, interdite, l'immense cerisier japonais qui commençait à fleurir à l'est du parc, surplombant la grande mare surmontée d'un pont typiquement japonais. Quelques branches fleuries chatouillaient la surface imperturbable de l'eau, provoquant quelques faibles auréoles d'onde.
Shaolan sentit le trouble de sa mère et resserra son emprise sur son bras.
Perplexe, Sakura jeta un regard aux sœurs. Bien que, elles aussi surprises, elles se reprirent bien vite.
- Quelle bonne idée Yukari. Ce paysage est magnifique ! Déclara Fumei, sincère.
- Je n'ai vraiment pas eu de mal à trouver, avoua Sakura. Le cerisier a une place importante dans la tradition japonaise mais aussi dans…mon passé. C'était juste sous mon nez !!
- Tu devrais faire des merveilles, dit Sheifa.
- Je ne sais pas encore comment je vais m'y prendre : fusain, pastel, peinture…j'hésite. Mais je pense avoir trouvé le moment de la journée pour produire ma toile.
- Il te faut un moment particulier ? Demanda Meilin.
- Oui, la luminosité est primordiale, expliqua Sakura. Les tons ne seront pas les même selon la lumière. Et ce qui va certainement mettre cette vue en valeur, c'est…
- Ce magnifique coucher de soleil, devina Sheifa avec fougue.
- Mmmh, non. L'aurore sera davantage avantageuse pour moi. Ce sera parfait. Le temps est juste compté : sa floraison est éphémère. Je pourrais commencer le week-end prochain…vendredi matin, je pense.
- Quel professionnalisme ! Fit Fumei impressionnée. N'est-ce pas mère ?
Yelan avait repris ses esprits. Elle regarda un instant son fils, pour le rassurer, puis sourit à Sakura, le regard bienveillant.
- Je crois que tu ne pouvais pas mieux choisir que ce sakura, Yukari.
Sakura lui fit un splendide sourire. Yelan avait parfaitement saisi le pourquoi de son choix. Malgré tout, sa réaction première l'intriguait. Cette famille avait ses secrets que Sakura était bien avide de découvrir.
- Mère, vous devriez rentrer, conseilla Shaolan.
- Oui, tu as raison, concéda Yelan. Et je ne voudrais pas te mettre en retard.
Ils tournèrent les talons mais Shaolan eut le temps de glisser à Sakura, de manière à ce qu'elle seule puisse entendre :
- Bon courage. Et sois à la hauteur.
Son regard perçant qu'il posa à ce moment sur elle aurait pu la faire défaillir.
Elle n'eut le temps de répondre tant elle fut prise au dépourvu. Comment devait-elle interpréter ses paroles ? L'encourageait-il vraiment ? Etait-ce une menace ?
Son attitude était tout simplement déconcertante.
- Shoalan, lorsque tu as un mot gentil pour elle, essaie vraiment d'être gentil quand tu lui dis, chuchota Yelan maligne, provoquant une rougeur sur les joues et un grognement chez son fils unique.
« Elle a une ouie surdéveloppée, c'est pas possible ! »
Il la raccompagna jusqu'au pied des marches.
- Vous misez beaucoup trop sur elle mère. Je ne voudrais pas que vous soyez déçue et…
- Ce ne sera pas le cas. Par contre, toi, tu risques d'être surpris…Prédit Yelan en montant les marches.
Shaolan regarda son énigmatique mère disparaître dans les escaliers, pensif. Devait-il prendre ses paroles au sérieux ? Evidemment ! Un des principaux traits de sa mère était de savoir cerner les gens au premier abord. Une perspicacité étonnante. Il détestait être mener par le bout du nez et ne pas être maître de son avenir. Et pourquoi serait-il surpris ? Que cherchait-elle à faire ? Avait-elle oublié que Yukari était la fiancée de Hiro ?
Il soupira et rejoignit Chang qui devait s'impatienter dans la voiture. Si ce n'est pas cet enfoiré de Tao, ce sera sa propre famille qui le rendra un jour dingue !
- Ca va Yukari ? S'enquit Fumei en voyant Sakura les joues rouges, le regard figé.
- Ca va…Ca va…murmura t-elle.
« Où va-t-il à cette heure ci ? Sa mère ne veut pas le retarder pour un rendez-vous galant ? Il voit une de ces filles ? Il va la ramener ici? Ils vont… ».
- Shaolan ne va pas encore fermer l'œil de la nuit. Sa grasse mat' de samedi matin était exceptionnelle ! Il va finir par passer ses nuits à son bureau et se tuer à la tâche !! Se lamenta Meilin.
Sakura devint cramoisie. Elle secoua énergiquement la tête :
« Il va travailler ! TRA-VAIL-LER ! Non mais vraiment ma pauvre fille, qu'est-ce que tu imagines ? Ca tourne pas rond chez toi ma vieille! Faut arrêter la camomille ! Et en quoi ça te regarde qu'il voit des filles ? On dirait une groupie qui nous fait sa crise de jalousie ! » S'insulta t-elle, honteuse de ses pensées.
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Le début de semaine passa très vite et fut assez mouvementé.
Sakura s'employa d'abord à appeler son père pour le mettre au courant de sa nouvelle situation scolaire, sans entrer dans les détails. Puis son petit couple favori, Tomoyo et Eriol afin de leur raconter sa rentrée, son projet, la visite de Chunyan, ses répercussions, la vie au manoir, les humeurs variables de Shaolan, insistant bien sur la fait qu'il y avait une amélioration. Eriol en fut enchanté.
Et aucun signe de Keysuké. Il avait peut être abandonné ses recherches. Et cela n'était pas pour la déplaire.
Ensuite le manoir Li. Toute une histoire.
D'abord, la venue de la vénéneuse Chunyan avait provoqué pas mal de remous : au sein de la famille d'une part, mais surtout au sein de la corporation Li. Chang et Shaolan travaillaient comme des forcenés pour trouver la faille dans le projet des Tao. Leur pire ennemi avait quelque chose derrière la tête, c'est-à-dire rien de bon pour les Li. Shaolan envisageait toutes les possibilités et mettait sur pied une prévention et une possible contre-attaque.
Peu présent lors des repas, il était enfermé dans son bureau du manoir quand il n'était pas surbooké de travail dans sa prison de verre de la Li's Corporation.
Le peu de fois où Sakura le croisa, il était d'humeur maussade. Désemparée, elle songea qu'ils étaient tous deux retournés de nouveau à la case départ malgré tous les efforts de la jeune femme. Et pourtant, Sakura s'accrochait. Elle ne devait pas baisser les bras. Leur relation s'était quelque peu améliorée, il ne fallait pas tout gâcher. Et puis, c'était une période sensible avec les manigances de Tao.
Cependant, elle était elle-même assez occupée entre ses cours, son projet à mettre sur pied, les cours de dessin qu'elle donnait à Sian… Elle adorait ça.
Et surtout, car on se refait pas, elle avait repris ses vieilles habitudes de marmotte et les filles Li en avaient fait les frais. Sakura éprouvait toutes les difficultés à se lever et faisait sonner son réveil plusieurs fois avant de le jeter par terre et de replonger sous sa couette douillette.
[6h45, mardi matin :
- Yukari! Debout ! Fit Fumei à voix basse en frappant à la porte de sa chambre. Le petit déj est prêt !
10 minutes plus tard :
- YU-KA-RI ! DEBOUT !
20 minutes plus tard.
- YUKARIIIIIIII ! Tu vas être en retard ! Ca fait 4 fois que ton réveil sonne !!! S'époumona Sheifa en passant dans le couloir.
8 minutes plus tard, les filles débarquèrent en trombe dans la chambre. Le réveil gisait au pied du lit, déglingué.
- Oh lala, elle n'est visiblement pas du matin, chuchota Meilin avec une grimace.
Cette forme ronflante enfouie sous la couette... C'était trop tentant pour Sheifa.
Elle tira vivement le drap, découvrant une Sakura gazouillante et ronchonneuse qui se recroquevilla instantanément.
- Huuuuuuuun ! Fut le seul grognement intelligible qui s'échappa de sa bouche en une drôle de bulle.
- DEBOUT FAINEANTE !!!
- Naaaaaaaaaan…….
Sakura frissonna et cacha sa tête sous l'oreiller.
- Fait froid…
- C'est pas croyable ! S'exclama Fumei, hébétée. Quelle marmotte !
- YUKARIIIIIIIII ! Hurla Sheifa dans son oreille, tu vas manquer tes cours et tu vas rater ton projet !
- KÔÔÔAA?
Sakura se redressa illico dans le lit défait, les yeux explosés par le sommeil et les cheveux mêlés lui barrant le visage en tout sens. Elle distingua trois silhouettes près de son lit et crût entendre quelques gloussements.
- Oh, bon…bonjour ! Bailla t-elle, essayant péniblement de dégager les cheveux en désordre de son visage
- Et bien ! Quel réveil ! Dépêche toi, on va être en retard.
Dans le couloir, complètement dans le gaz et marchant au radar, elle croisa Shaolan qui passait par là, un café à la main. Celui-ci ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux à ce spectacle : Sakura débraillée et toute décoiffée, baillait à s'en décrocher la mâchoire en se grattant négligemment la tête.
- 'Jour, salua t-elle en le croisant, telle une somnambule.
Ou du moins « grogna t-elle ». Sa voix encore rauque par le sommeil et la difficulté à émerger d'un réveil en fanfare, fallait pas trop en demander !!
Shaolan s'arrêta de marcher et la regarda passer à coté de lui, complètement à l'ouest. D'abord médusé d'un tel spectacle matinal, il laissa échapper un petit rire:
- Il y en a avec qui la Fée du sommeil est très généreuse on dirait.
Il but une gorgée de son café et reprit son chemin, amusé.
Ce ne fut qu'une fois Shaolan disparut que Sakura s'arrêta net et eut un grand sursaut. Elle venait d'émerger brutalement. Les yeux ronds comme des billes, elle venait de réaliser le ridicule de la situation.
« Aaaah ! La honte !!! Il va encore se foutre de moi !!! Bouuuuh ! Je suis pitoyable ! Pas de ma faute si le réveil est déglingué»…
…Et oui, quand c'est comme ça, on a du mal à assumer ses fautes et on les rejette sur les autres, en l'occurrence, un pauvre réveil qui avait fait son boulot et qui avait payé cher pour ça
Et c'était quasiment tous les matins le même cirque.
Ce petit épisode se répétait quotidiennement. Il faisait rire les filles dans un premier temps, puis elles finissaient par hausser le ton et passaient à l'attaque. C'était à qui réussirait à trouver l'astuce pour la faire sortir du lit ! Et cela faisait sourire Shaolan lorsqu'il passait dans le couloir à ce moment. C'était devenu une habitude. Il souriait de ce spectacle. Un de ces seuls sourires de la journée.
Yelan, à l'instar de son fils, semblait préoccupée.
Mais celle qui inquiéta davantage Sakura, ce fut, étrangement, Rayan.
Elle était revenue des cours le mardi soir en traînant davantage les pieds que d'habitude, ne répondant que par des grognements monosyllabiques et rarement de manière aimable, la tête plongée dans son assiette ou ses bouquins. Elle était plus que jamais enfermée dans sa bulle.
Cela empira le mercredi.
Sakura la croisa d'abord dans l'un des corridors du manoir. Rayan passa sans la voir. Cette fois, la japonaise ne s'offusqua pas de son attitude mais s'inquiéta réellement : elle ne l'avait pas ignorée volontairement. Non. Elle n'avait même pas eu conscience de sa présence. Les yeux plongés dans le vague, le pas lent et incertain, son pseudo somnambulisme la fit buter contre un guéridon auquel elle marmonna un « pardon ». Sakura la regarda passer, abasourdie.
Au dîner, ce fut le summum :
- Rayan, ça va les cours ? S'informa Fumei.
- Hn.
- Et au Museum d'Histoire ancienne, des nouveautés ? Demanda Meilin.
- Hn.
- Toujours aussi loquace, ma parole, soupira Sheifa en donnant à manger à sa petite Mai.
Bizarrement, Rayan ne jeta pas sur elle un regard assassin d'ado rebelle, le « spécial kill-Sheifa ». Elle contemplait son verre d'un regard perdu. Son observation vaseuse semblait plus passionnante que les sarcasmes de sa sœur aînée. Et cela fit sévèrement sourciller Sheifa.
Sakura observa discrètement Rayan. Elle n'avait pas touché à son assiette, sans parler des petits soupirs quasi-imperceptibles et son manque total de réaction… surprenant pour une ado impulsive ! Elle avait indéniablement les symptômes.
- Elle a l'air complètement à l'ouest, remarqua Meilin.
- Tu l'as dit.
Sheifa réfléchit un moment puis annonça, en haussant le ton :
- Rayan, sais-tu que tu as un gros bouton sur le nez ? C'est le printemps, ça bourgeonne !
- …
Elle regarda ses sœurs, stupéfaite. Mais elle ne se démonta pas.
- J'ai donné toutes tes casquettes à une œuvre charitable et tes rollers à Yukari ; Sian a cassé ton skate board, Mai a bavé sur ton nouveau sweat, Shaolan a vendu les trouvailles d'Angkor à Tao et…euh…le Museum a brûlé !
- Sheifa ! Gronda Fumei à voix basse.
L'aînée lui intima le silence et lui fit signe d'attendre. Tous les regards étaient tournés vers Rayan.
…
- Hn.
- Alors là, on a un problème, observa Sheifa, déconfite.
- Qu'est-ce qu'il lui arrive ?
- Vous croyez que c'est sa crise d'ado qui empire ?
Les filles tergiversèrent tandis que Sakura vit ses soupçons confirmés. Un regard vers Yelan la conforta dans son opinion. La femme couvait sa fille d'un regard tendre. Puis elle fit à Sakura un petit sourire complice.
- Non mes filles. Je crois que Rayan nous couve une maladie beaucoup plus grave…annonça t-elle, mystérieuse.
Plus tard dans la soirée, Sakura trouva la benjamine assise sur les marches du perron, songeuse.
- Tu permets que je m'asseye ?
Rayan hocha vaguement sa tête surmontée de sa précieuse casquette.
Elle ne rejetait pas sa présence, c'était déjà un pas en avant.
Après un moment de silence, Sakura lâcha, l'ai de rien :
- Comment s'appelle t-il ?
L'effet fut immédiat. Rayan sursauta et tourna vivement la tête vers la japonaise, les yeux ronds :
- Que…que…quoi ?!?
- J'étais juste curieuse de connaître le nom de celui qui te met dans cet état, reprit calmement Sakura.
- Qui te dit que c'est un garçon ? Se braqua Rayan, les joues rouges.
La japonaise émit un petit rire amusé.
- Tu présentes tous les symptômes ! Et puis ta réaction spontanée est tellement prévisible et explicite !! Le rouge aux joues t'a aussi trahie, ajouta Sakura en lui pointant les dites joues écarlates.
Rayan ouvrit la bouche, scandalisée, pour la rembarrer illico presto mais la referma aussitôt. Inutile de lui mentir, cette japonaise était bien trop perspicace sous ses airs de grande naïve.
Elle détourna les yeux, tentant, en vain de dissimuler ses rougeurs et marmonna :
- Je suis minable…
- Non pas du tout, contredit gentiment Sakura. Etre amoureux nous rend bizarre, on se sent différent, parfois bête mais c'est si bien ! Il faut apprécier ses moments.
- Mais je veux pas être amoureuse ! S'exclama Rayan en se retournant brusquement.
- On ne commande pas ce genre de chose. C'est comme ça. Tu es chanceuse…
Le jeune Li fronça les sourcils.
- Comment ça ?
- C'est beau d'être amoureux…murmura Sakura avec un petit soupir.
- Aussi faudrait que ce soit réciproque, coupa Rayan en ramenant ses jambes contre elle.
- C'est pas faux…songea Sakura en fronçant à son tour les sourcils. Mais ça prouve à ta sœur Sheifa que tu as un cœur ! taquina t-elle.
Victorieuse, elle réussit à arracher un petit sourire résigné à la jeune fille. Sakura ramena également ses jambes contre elle et contempla le parc, se contentant parfaitement du mutisme caractéristique de la benjamine Li.
- Il s'appelle Jin, murmura Rayan au bout d'un moment.
D'abord surprise, Sakura sourit. Rayan se livrait peu à peu et brisait sa carapace à son contact. C'était un grand pas en avant. Il n'y a pas si longtemps, elle l'aurait envoyée promener.
- Et…il est mignon ?
Rayan la regarda bizarrement.
- Oui…euh, question idiote ! Bredouilla Sakura en riant nerveusement. Si tu l'as choisi, c'est que forcément tu le trouves à ton goût. Mais pourquoi j'ai l'impression que ça te rend malheureuse ?
- C'est trop compliqué !! Fit la jeune fille à la fois en colère et dépitée.
- Tu sais, tu devrais te confier à tes sœurs, elles se demandent ce qu'il t'arrive!
- NON ! enfin … je veux dire, c'est pas une bonne idée, elles vont se moquer de moi… marmonna Rayan en baissant les yeux.
- Bien sûr que non voyons ! S'exclama Sakura en lui frottant affectueusement le bras. Ce sont tes sœurs et toutes les grandes sœurs, sous leur air moqueur, n'attendent qu'une chose, c'est de pouvoir aider leur petite sœur !!
- …
- C'est mon plus grand regret, de n'avoir pas eu de grande sœur à qui me confier… Heureusement que j'avais un grand frère génial !
- Faut que je le dise à Xiao ? S'écria Rayan, paniquée.
- Non, non !! Se reprit Sakura, confuse de sa réaction. Enfin pourquoi pas ! C'est toi qui vois ! Tu sais Rayan, tu devrais en parler avec quelqu'un qui t'écoutera, quelqu'un en qui tu as toute confiance et avec qui tu te sens à l'aise. Ca pourrait être ton frère …Mais tes sœurs…oui… Elle sont toutes passées par là, elles comprendront et te donneront des conseils précieux.
Sakura lui fit un sourire chaleureux. Rayan tritura ses doigts, enfonça davantage sa casquette puis tourna brusquement son regard noisette vers elle, les joues rouges.
- Donne moi des conseils, toi.
Sakura se figea, perdant instantanément son sourire, devenant à son tour rouge pivoine. Perplexe, elle balbutia :
- Qui…m…moi ?
Rayan hocha la tête.
- Ce sont des choses que l'on partage avec ses sœurs, insista Sakura, mal à l'aise.
- Oui mais toi, tu as deviné aussitôt et tu ne t'ais pas moqué. C'est toi la personne qui me met à l'aise, répliqua Rayan, déterminée.
Abasourdie, Sakura ne sut que répondre. Rayan, la ronchon, la rebelle, l'incisive... s'en remettait à elle, Sakura, la petite provinciale qu'elle avait voulu virer du manoir, par la peau des fesses si elle avait pu ! Celle qu'elle avait prise en grippe dès son arrivée, celle qu'elle raillait ou ignorait avec insolence…celle qui finalement elle enviait et voulait préserver de son monde impitoyable.
La japonaise fut extrêmement touchée. Jamais elle n'aurait soupçonné une telle affection de Rayan à son égard. Elle savait parfaitement dissimuler ses sentiments, sous ses airs de taciturne. Elle devait certainement tenir ça de son grand frère… Hum… Ce n'était pas le meilleur trait de caractère qu'il pouvait lui transmettre celui là !!
Sakura était vraiment touchée et très flattée.
- Je suis très heureuse que tu veuilles te confier à moi, dit-elle avec douceur. Mais c'est assez embarrassant, je ne veux pas prendre la place d'une de tes sœurs…C'est vraiment délicat, ce n'est pas ma place et…
- S'il te plaît, aide-moi, Yukari.
C'était bien la première fois qu'elle se montrait vulnérable devant elle, elle était vraiment touchante ! Il ne fallait pas oublier que ce n'était qu'une ado. Et qu'elle vivait son premier chamboulement amoureux !
Sakura soupira et remit une de ses mèches derrière son oreille.
- Très bien. Mais promets-moi une chose. Ne mets pas trop tes sœurs à l'écart. Quoiqu'elles en diront, je peux t'assurer qu'elles seront vexées si tu ne leur dis rien.
Rayan émit un petit grognement désapprobateur mais finit par souffler, résignée.
- Bon… D'accord.
- Ok, alors si tu veux qu'on parle en toute discrétion, allons marcher un peu dans le parc et raconte moi tout.
Elle se leva et tendit la main à Rayan. Celle-ci la contempla, perplexe puis, après hésitation, consentit à la prendre.
Ainsi, elles parcoururent lentement le parc, Rayan se dévoilant peu à peu, toujours en essayant de maintenir son air bougon qui lui était caractéristique. Cependant les mots lui vinrent tous seuls, sans que Sakura n'eût à la forcer.
- Il s'appelle Jin et c'est mon meilleur ami. On se connaît depuis qu'on a 11 ans et…
Et Rayan raconta son histoire.
Sakura fronça les sourcils, d'après ce que lui racontait la jeune Li, ils étaient inséparables. Son meilleur ami… A vrai dire, elle ne saurait affirmer si c'était une bonne ou une mauvaise chose…Il la connaissait sûrement très bien et ne voyait en elle qu'une bonne copine… C'était encore plus délicat qu'elle ne le pensait et ne savait pas si elle allait être à la hauteur des espérances de la jeune fille.
Rayan était une jeune fille intelligente et avait pleinement conscience de la situation.
- Et le problème est justement le fait qu'il soit mon meilleur ami. Il connaît tout de moi, en particulier mes défauts…
- Oui mais pas que ça, ajouta Sakura. Il connaît tes goûts, tes qualités, ta manière de fonctionner… C'est forcément un plus !
- Oui mais si ça, ça ne lui plaît pas !?!
- Alors il ne perdrait pas son temps à te fréquenter, répondit sagement Sakura.
- Ah.
La japonaise marquait un point.
Rayan croisa les bras, songeuse.
Sakura l'interrogea alors en pesant ses mots :
- Comment as-tu su que tu étais amoureuse de lui ? Ce n'est pas une chose facile à discerner… Parfois on refuse l'évidence même…
Rayan se racla la gorge. Jamais elle n'aurait pensé parler de ce genre de chose ! C'était très personnel et gênant ! Mais si elle se trompait sur ses sentiments ? Non, elle devait faire confiance à cette fille… toujours suivre son instinct comme disait son grand frère…
- Oh et bien, depuis un moment, quand il me parle en me regardant fixement ou quand il me sourit, je rougis et je me sens complètement idiote. Quand il est avec une autre fille, j'ai mal au ventre, j'ai envie de la frapper ( !) et d'être à sa place ! Et je suis…je suis…
- Jalouse ?
- Je crois que oui, c'est de la jalousie… Je suis jalouse, affirma Rayan d'une toute petite voix, consternée par cette évidence. Ca fait bizarre de le dire. De te dire tout ça.
- Continue si tu sens que ça te fait du bien, encouragea Sakura.
Rayan enfonça les mains dans ses poches et continua :
- Tu sais, il ne voit en moi que sa meilleure amie, sa confidente… Il va même jusqu'à me parler de ses petites amies…Je suis son « pote », murmura t-elle, amère.
Sakura pressa doucement son bras, pour compatir.
- Je sais que d'être un vrai garçon manqué n'arrange pas vraiment les choses…
- Mais c'est ce qui fait partie de ton charme Rayan !
- Mon « charme » ? répéta Rayan incrédule.
- Bien sûr ! Tu es comme tu es ! Ta personnalité, ton caractère, ton style vestimentaire font ce que tu es aujourd'hui ! Et si Jin doit être amoureux de toi, c'est de la Rayan que j'ai devant moi et de personne d'autre ! S'exclama avec fougue Sakura.
Rayan s'était arrêtée de marcher et regardait la japonaise, sidérée par ses paroles.
- Tu sais Rayan, s'il ne tombe pas amoureux de toi telle que tu es, ce n'est qu'un idiot.
Ca avait le mérite d'être clair ! Elle n'y allait pas quatre chemins ! Rayan ne détachait pas ses yeux, grands ouverts, de cette jeune femme étonnante.
- Il ne te mériterait pas. Enfin si le fait que tu sois garçon manqué soit son excuse pour te repousser !
Toujours muette, Rayan semblait s'imprégner de son discours. Elle savait trouver les mots cette japonaise. Bien qu'elle eût du mal à l'admettre, elle buvait ses paroles.
Cependant une chose n'avait pas été abordée, pourtant primordiale. Sakura se tourna vers Rayan :
- Crois-tu qu'il ait un faible pour toi ?
- Je n'en sais rien, répondit sincèrement Rayan. Je suis persuadée que ma manière de me comporter comme un garçon est un obstacle.
- Dis-moi, tu ne te forcerais pas à être garçon manqué ? Sourcilla Sakura en croisant les bras.
Rayan rougit instantanément. Sakura hocha la tête, pensive.
- Je crois que j'ai compris. En endossant ce rôle de meilleur « pote », tu ne crains pas d'être rejetée.
- Ce n'est pas honnête de faire ça…
Rayan s'arrêta prêt d'un banc, s'y assit et enleva sa casquette en soupirant.
Sakura prit place à ses cotés.
- Non, c'est compréhensible, tu veux te protéger… mais en faisant ça, tu fais le choix d'être uniquement une copine à ses yeux. Si, dans ton comportement rien ne laisse entendre que tu en pinces pour lui, comment veux-tu qu'il le remarque ?
- Comment fais-tu pour discerner les gens de cette manière ? Tu as un don ? S'étonna Rayan, réellement impressionnée par sa déduction et sa démonstration.
- Disons que je suis douée pour les problèmes des autres mais en ce qui me concerne, je suis loin d'être perspicace…enfin bref, tu as compris où je voulais en venir ?
- Oui, je crois. Je ne dois pas me forcer à être ce que je ne suis pas et que j'arrête de me cacher, résuma Rayan. Mais il n'empêche que je suis pas féminine du tout, ça a toujours été comme ça…
- Oui, mais c'est toi. Il faut que tu apprennes à t'aimer telle que tu es.
- Mais je m'aime ! S'écria Rayan, piquée au vif.
Consciente de son emportement, elle tourna la tête, honteuse.
- Ravie de l'apprendre ! Rit Sakura. Mais parlons sérieusement. Vas-tu lui dire ?
- Quoi ? Non ! Non ! Je peux pas !! Je pourrais pas !!! C'est impossible ! Je…
- Ok, ok, la calma Sakura devant sa panique. Voyons… Tu prévois quand même de faire quelque chose ? Je sais pas moi, lui envoyer des signaux, un truc du genre…
- Euh, bah… vendredi soir, il y a le festival des étoiles… C'est une bonne occasion, on a prévu d'y aller ensemble et j'aimerai bien que…enfin il me remarque un peu… qu'il me voit autrement que comme sa meilleure amie… tu vois ?
- Je vois, reprit Sakura en se frottant le menton. Tu…
- Et surtout, il y a le bal du printemps la semaine prochaine au lycée et je voudrais être sa cavalière… Enchaîna précipitamment Rayan.
- Enfin, qu'il te demande d'être sa cavalière, précisa Sakura.
- T'as compris.
Rayan souffla un grand coup. Elle venait de vider son sac et cela lui faisait le plus grand bien.
- Merci de m'avoir écouté Yukari, je me sens mieux.
- C'est le principal alors! Se réjouit la japonaise. Mais toi et moi, on a pas terminé ! Ajouta t-elle avec une étrange lueur dans les yeux. Maintenant que je suis dans la confidence, je compte bien te donner un petit coup de pouce !
Rayan en eut un léger mouvement de recul.
- Toi, tu voudrais m'aider ?
- Bien sûr ! Assura Sakura avec un clin d'œil. Pour commencer, ce festival, tu ne comptes pas y aller en jean, basket et casquettes, rassure-moi ?
- Euuuuuuuh…
- Enfin Rayan, j'ai dit que tu devais être comme tu es et fière de l'être, mais rien ne t'empêche de faire un petit effort, surtout pour une fête traditionnelle !! Sermonna Sakura, les mains sur les hanches.
Et bien ! Elle prenait vraiment son rôle très à cœur !! Penaude face à ce brusque changement d'attitude, Rayan se renfrogna bien vite et marmonna :
- J'ai rien à me mettre…
- d'accooooord… Je suppose que de t'emmener faire du shopping est à proscrire…
Rayan lui jeta un regard noir. Elle sursauta lorsque la japonaise s'écria en frappant du poing:
- JE SAIS !!!!
Sans avoir le temps de réagir, Sakura bondit sur ses pieds et attrapa le bras de Rayan, l'entraînant précipitamment vers l'intérieur du manoir, cette dernière complètement ahurie et à sa merci.
Dans le salon, la famille Li observait curieusement le manège qui se déroulait dehors, le nez collé à la baie vitrée de la véranda.
- Je rêve ou Rayan a une discussion civilisée avec Yukari ? S'étonna Sheifa, la petite Mai dans ses bras.
- C'est véritablement surprenant ! Concéda Fumei, stupéfaite. Rayan ne nous parle jamais autant…
- Je serai curieuse de savoir de quoi il retourne, ajouta Sheifa en plissant les yeux, croyant ainsi pouvoir deviner ce qu'il se disait entre les deux filles.
- Yukari doit avoir un don…murmura Meilin ébahie.
- Cette jeune femme fait vraiment des miracles…murmura Yelan, un tendre sourire sur les lèvres.
Posté à la fenêtre de son bureau, Shaolan assistait à un étrange spectacle. Rayan, sa petite sœur introvertie, aimable comme une porte de prison et aussi bavarde qu'un muet, discutait tranquillement avec elle. Il ne perdait pas un instant de cet échange insolite. Rayan qui parlait, qui s'énervait, qui se confiait à elle. Elle qui l'écoutait, le visage toujours aussi expressif, de la douceur à l'incompréhension en passant par l'agacement et la gaieté. Elle qui intervenait calmement en posant une main sur son épaule ou sur son bras…et Rayan qui ne la repoussait pas !! C'était incroyable ! Serait-elle en train de dompter la farouche Rayan ?
Shaolan se concentra sur la jeune femme aux cheveux miel. Elle semblait lui parler avec douceur et il aurait donné cher pour pouvoir lire sur ses lèvres les mots plein de tendresse qu'elle lui adressait. Rayan semblait … tout aussi hypnotisée…
- Yukari, tu fais vraiment des miracles…
Il sourit en voyant la japonaise s'agiter comme un beau diable et traîner derrière elle une Rayan complètement soumise et hébétée.
Qu'allait-elle encore inventer ?
Sakura et Rayan passèrent comme des fusées dans le salon, laissant le reste de la maisonnée abasourdi, montèrent à l'étage et s'engouffrèrent dans la chambre de Sakura. Sans ménagement, elle éjecta la jeune fille sur le lit et se mit à farfouiller partout dans ses affaires, faisant des commentaires à haute voix :
- Ca va être génial ! Oui, ça devrait faire l'affaire, au niveau de la taille, aussi, c'est…ah non, où l'ai-je mis ? Est-ce que j'ai tout pris ? Rah ! Je suis vraiment trop tête en l'air !!!
Complètement ahurie, Rayan la suivait de ses yeux ronds faire des allers-retours, balancer ses affaires par-dessus son épaule, la tête plongée dans ses valises.
- Oh, tu fais quoi là ? Yukari ? YU-KA-RI !!!
- Aaaaah je sais ! S'écria Sakura en se relevant brusquement, faisant faire un bond de surprise à Rayan. Je l'ai mis dans la penderie. Suis-je bête, il ne pouvait être que là pour ne pas être froissé…
- Mais de quoi à la fin ? S'énerva Rayan, agacée de tout ce remue-ménage.
- Ca !
Sakura sortit de sa penderie, un grand sourire jusqu'aux oreilles et les cheveux en bataille. Elle brandissait un cintre où était suspendu un splendide kimono rouge en soie.
L'air impassible que tentait de maintenir Rayan se brisa définitivement devant cette merveille.
- C'est ma meilleure amie qui m'a confectionné ce yukata spécialement pour Tanabata, notre équivalent au Japon de la fête des Etoiles, expliqua Sakura. Il est magnifique n'est-ce pas ?
- …
- Vu ta tête, je prends ça pour un oui, sourit Sakura en enlevant le yukata du cintre. J'y tiens beaucoup et il était hors de question que je quitte le Japon sans ! Toi et moi on fait à peu près la même taille, avec un ou deux ajustements, tu le porteras à merveille ! Qu'en penses-tu ?
- …
Sakura perdit son sourire. Elle s'assit lourdement sur le lit et regarda Rayan avec des yeux de merle en frit.
- Tu…tu n'aimes pas c'est ça ? Tu trouves que c'est nul comme idée ? T'aimes pas le rouge ? Ou le kimono ? Tu crois que…
- Je ne peux pas le porter, coupa doucement Rayan, embarrassée. Tu viens de dire que tu y tenais beaucoup…
- Oui mais ça ne m'empêche pas que j'ai envie que tu le portes ! Sauf si tu ne veux pas…
- Si, si, bien sûr… Il est vraiment très beau. Ton amie est très douée !
- N'est-ce pas ? fit fièrement Sakura. Tomoyo est un petit génie en couture. Elle m'a fait beaucoup de tenues… tiens enfile-le. Tu verras, ce n'est pas aussi lourd qu'un kimono. Et ça correspond parfaitement à l'esprit d'une fête traditionnelle !
- Euh, d'accord.
Rayan enleva sa casquette et entreprit de se déshabiller, les joues rouges. Sakura l'aida ensuite à ajuster le yukata. Elle se recula, la scruta attentivement et parut satisfaite du résultat.
- Superbe ! Vraiment génial !! Il y aura peu de retouche à faire, juste un ou deux ourlets…tant mieux, je suis une bille en couture. Tiens regarde-toi.
Rayan s'avança vers le miroir avec appréhension. Sakura la poussa légèrement et Rayan se trouva nez à nez avec son reflet. Ses yeux s'écarquillèrent. Etait-ce vraiment elle ?
- Ca… Ca…Ca change…balbutia t-elle, ébahie.
- Ca te plait ? Tu te sens bien dedans ? Tu le trouves beau sur toi ? Tu veux que je resserre l'obi ? Mitrailla Sakura en lui tournant autour, inspectant la moindre de ses réactions.
- …
Rayan se contemplait sans un mot. Elle passait doucement les doigts sur le précieux tissu…Jamais elle n'avait porté de yukata. C'était particulier. Traditionnel sans être extravagant. C'était classe, élégant, féminin sans abuser … C'était une pure merveille ! Les broderies d'or, l'obi… Tout était minutieusement fait. Etait-elle capable et digne de porter de genre de tenue aussi splendide ?
- Il semble fait pour toi ! Déclara Sakura, ravie.
- Je suis capable de bien le porter ? S'enquit t-elle, gênée.
- Evidemment ! Il n'y a pas de protocole pour porter un kimono ! S'amusa Sakura. Reste toi-même… mais sans casquette et sans basket !!
D'habitude, Rayan l'aurait tué du regard pour ce léger sarcasme, mais elle était trop occupée à apprécier cette nouvelle image d'elle.
- Alors, tu veux bien me le prêter pour vendredi soir ?
- BIEN SUR ! S'écria Sakura en la serrant dans ses bras. Tu vas faire un malheur !!
Rayan n'aimait pas ce genre d'effusion et repoussa bien vite la japonaise en grognant. Sakura s'excusa de son emportement en rigolant bêtement. Elle lui promit de faire les ajustements le plus vite possible.
¤¤¤
- Tu m'as bien compris Saki, attention à l'ourlet des manches, c'est très fragile !! Et quant à l'obi, tu…
- Je sais Tomoyo, tu m'as répété 15 fois la même chose ! Je ne vais pas le massacrer ton kimono, j'y tiens trop !
- …
- Tu crois vraiment que je vais le massacrer ??? S'emporta Sakura vexée.
- Ma chérie, nous savons toutes deux que la couture n'était pas du tout ton fort ! Je préfère te savoir avec un pinceau dans les mains plutôt qu'une aiguille et du fil !
- …
- Tu ne veux pas me l'envoyer ce yukata que je fasse les retouches moi-même ?
- Tomoyo ! On est jeudi, et elle en a besoin demain soir !
- Oui mais en jet privé, les Li pourraient…
- Tomoyo !!
- Hum, j'ai compris…je te fais confiance Sakura ! Rit Tomoyo. Tu sais, ça me manque de ne plus te faire des tenues…
- Et tes tenues me manquent, confessa Sakura. Mais je suis fière que Rayan puisse porter ce kimono, tu verrais comme il lui va bien !
- Je suis heureuse de voir que vos relations s'améliorent ! Se félicita Tomoyo. Cela ne m'étonne pas de toi ma Sakura…
- Et avec Shaolan ?
- Tiens, Eriol, bonjour à toi aussi…marmonna Sakura en comprenant que le fiancé de son amie était à l'écoute et avait pris possession du combiné.
- Bonjour Sakura. Je voulais seulement savoir si c'était en bonne voie avec Shaolan, s'il y avait du mieux…
- Bof, tu sais on ne le voit pas des masses ces temps-ci à cause de ces Tao de malheur…
- Je vois… J'espère qu'il va s'en sortir, le clan Tao est un véritable adversaire… Je me fais du souci…
- Tu connais les Tao ? S'étonna Sakura
- J'ai déjà eu affaire avec eux par le passé…Je n'en garde pas un bon souvenir.
- Ca m'étonne pas…maugréa Sakura en repensant à Chunyan. Et en ce qui concerne…euh…enfin…
- Keysuké ? Supposa Eriol.
- Hun.
- Plus de nouvelles. Je crois qu'il est bel et bien reparti au Japon. Ce sont Yamazaki et Chiharu qui m'ont appelé pour me prévenir.
- Tant mieux, il a peut être laissé tomber et…
- Je ne crois pas, coupa Eriol. J'ai peur qu'il essaie de joindre ton père ou ton frère…
- Oh non…
Toya et son père savaient que Sakura menait une nouvelle vie à Hong Kong mais ignoraient le fin fond de l'histoire : sa nouvelle identité, le quiproquo, le fait qu'elle faisait à présent partie de la famille Li… Toute cette histoire était vraiment compliquée (NdA : je ne le vous fais pas dire !! ).
- Mais ne t'en fais pas, rassura Eriol d'un ton calme. J'ai prévenu Toya que tu avais rompu avec Keysuké et que tu ne voulais plus avoir affaire à lui.
Sakura grimaça.
- Toya a du s'énerver et a du réclamer des explications…
- Oui mais j'ai été clair et il a compris. Inutile de rentrer dans les détails et de l'inquiéter davantage.
- Merci Eriol de tout ce que tu fais pour moi.
- Je t'en prie. Et comment se passe tes cours ? Tu…
- Oui Saki ! raconte –moi tout !!! S'excita Tomoyo en reprenant le combiné.
Sakura sourit et secoua la tête. Elle devait avoir littéralement arraché le combiné en bousculant le pauvre Eriol, elle qui d'habitude était si douce. Ce dernier devait se contenter de sourire, en regardant sa chère et tendre s'égosiller gaiement dans un téléphone. Tous deux étaient vraiment adorables.
Elle lui raconta sa semaine de cours et papotèrent un certain temps.
Elle passa son jeudi après midi à la galerie de la Fondation Li, prenant à plaisir à écouter le conservateur raconter les histoires des œuvres. Yelan passa la saluer et toutes purent discuter en toute intimité.
Le vendredi vint rapidement. Le réveil sonna et afficha 5h45. Une main s'abattit sur l'objet bruyant. Et encore un de moins.
Et, ô miracle, 10 minutes plus tard, Sakura, vêtue d'une vielle salopette en jean tâchée de peinture et chargée comme une mule, sortit de sa chambre sans bruit, descendit le grand escalier et se dirigea vers la véranda. Elle ouvrit la porte vitrée et respira le grand air. L'aube pointait le bout de son nez, les premiers chants de oiseaux s'élevaient dans le parc endormi, brillant de la rosée du matin.
Son regard de jade se porta à l'est du parc où se dressait le majestueux cerisier. Les pétales roses commençaient à percer. Un grand sourire se dessina sur son visage.
C'est parfait.
Elle amena toutes ses affaires au centre du parc, trouva la bonne position et déplia son chevalet. Elle dressa sa toile et sortit tout son matériel. Elle noua ses cheveux avec un vieux pinceau et scruta son paysage.
- Au travail ma grande, tu as à peine une semaine avant qu'il ne fane !
Shaolan sortit de la cuisine, une tasse fumante à la main. Ses courtes nuits commençaient à peser sur son visage fatigué. Il avait abandonné le thé pour du café noir très serré. Une mixture qu'il n'affectionnait pas particulièrement mais qui avait porté ses fruits comme « drogue contre la fatigue ».
Il passa dans le salon quand il sentit de l'air frais. Il tourna la tête et vit la porte de la véranda grande ouverte.
Intrigué, vu l'heure matinale, il se dirigea vers la véranda dans le but de fermer cette fichue porte et de se mettre à travailler.
Il s'arrêta brusquement. Ses nuits blanches devaient lui procurer des hallucinations ! Cette fine silhouette au milieu du parc, éclairée des premiers rayons de soleil… Non, il ne rêvait pas.
Que faisait-elle debout à cette heure ci, elle qui paressait le matin avec toutes les peines du monde à sortir du lit ! Sa réputation de marmotte n'était plus à faire !!
Puis des paroles lui revinrent en mémoire :
« L'aurore sera davantage avantageuse pour moi. Ce sera parfait. Le temps est juste compté : sa floraison est éphémère. Je pourrais commencer le week-end prochain…vendredi matin, je pense »
Ainsi donc elle tenait parole. Elle était stupéfiante ! Résolue, appliquée, sa passion pour l'art n'était plus à faire. Elle prenait vraiment tout ça très à cœur…
Sans détacher ses yeux de cette agréable scène matinale, il s'assit dans un des fauteuils en osier et savoura, pour la première fois, son café. Il sourit en la voyant parler toute seule ou en se frottant le ventre avec une grimace. Elle n'avait visiblement pas manger avant et son ventre criait famine.
Peut être sa vénérable mère avait-elle raison : peut être serait-il surpris au final… Une surprise…
La voir là, ce matin, en était déjà une belle.
Une heure plus tard, Shaolan avait disparu et ce furent les filles Li qui restèrent interdites devant cette scène irréelle. Sakura venait de faire une première ébauche au crayon à papier qu'elle fut fière de leur montrer.
Vers 18 heures, les filles Li étaient rassemblées au salon, bavardant tranquillement pour certaines, gazouillant avec la petite Mai pour d'autres.
- Yukari, nous avons un service à te demander, fit Yelan.
- Bien sûr, de quoi s'agit-il ?
- Vois-tu, demain soir, nous avons un dîner avec des partenaires, un repas en grande pompe avec quelques journalistes. C'est prévu depuis longtemps et nous avons complètement oublié de te rajouter sur la liste des invités…
- Oh ! Aucun problème si je ne viens pas ! Rassura Sakura. Je resterai ici.
Il avait suffit d'un échange de regard avec Yelan pour que Sakura comprenne. Yelan l'avait oubliée « volontairement ». Elle ne voulait pas que la japonaise s'exposât encore au grand jour. Du moins, elle ne voulait pas que de nombreuses personnes découvrissent le visage de la soi-disant Yukari à la une des journaux. Elle faisait cela pour préserver Sakura et son clan. Et la japonaise s'en accommodait pleinement. Avoir affaire au gratin de Hong Kong ne l'enchantait guère. Si c'était en plus pour apprendre ce foutu protocole, non vraiment, ne pas y aller l'arrangeait pleinement. Et tant qu'elle pouvait se faire discrète…
- C'est vrai, ça ne te gêne pas ? S'enquit Sheifa. Tu n'es pas vexée ?
- Pas le moins du monde !! Je pourrais bosser un peu mes cours et puis vous avez une dvd-thèque bien garnie ! J'aurai de quoi m'occuper !
- On avait peur que tu le prennes mal, souffla Fumei, rassurée, ou que tu penses qu'on te mettait à l'écart.
- Rassurez-vous, ce n'est pas le cas. Et puis je ne suis pas encore prête à entrer dans votre univers ! Mais vous parliez d'un service Yelan, non ?
- Effectivement, pourrais-tu garder Sian et Mai ? Nous ne pouvons pas les emmener, vois-tu. Nous pouvons appeler une nurse que…
- Non ! Coupa gaiement Sakura. Je ferai du baby-sitting avec plaisir ! Je sais déjà ce que l'on va faire avec Sian, pas vrai ma puce ?
Les yeux de la petite brunette s'agrandirent et pétillèrent de joie. Elle poussa un cri du fond du cœur et fit une danse de la victoire :
- OUAIIIS !!! On va regarder Anastasia !!! OUAIIIIIS !!!
- Je lui ai promis, rappela Sakura à Meilin qui regardait sa cousine, effarée.
- Merci Yukari de bien vouloir garder Mai, fit Sheifa. Tu n'auras pas grand-chose à faire hormis la faire manger et la coucher. Ma petite fille est un petit ange…bon, qui fait ses dents…mais qui est un petit ange, hein mon cœur ? Fit-elle avec douceur en regardant sa fille.
- Aucun problème Sheifa.
- Et moi, j'peux pas rester aussi ? Grinça une voix venant du couloir. Ca saoule, ces repas de faux culs…
- Non, toi tu viens, t'as l'âge pour venir à ce genre de dîner, répliqua Sheifa à la nouvelle venue.
- Et sois plus polie, rouspéta Fumei qui retenait Sian par sa ceinture, épuisée de la voir faire sa danse de la victoire autour d'eux.
Rayan souffla d'exaspération. Elle venait de rentrer des cours et semblait particulièrement grognon.
- Au fait, Mère, vous vous rappelez que je ne mange pas avec vous ce soir ? rappela t-elle à Yelan.
- Oui, bien sûr ma chérie, j'ai prévenu Wei. Tu ne devrais d'ailleurs pas trop t'attarder, le festival ouvre bientôt ses portes.
Aussitôt, Rayan se mit à rougir. Elle enfonça sa casquette sur sa tête et tourna vivement les talons.
Sakura réagit aussitôt : Elle devait la préparer ! Elle se leva d'un bond.
- Oui ! Il ne faudrait pas que tu sois en retard !
Une fois de plus, elle entraîna Rayan à sa suite, laissant en plan le reste de la famille estomaquée.
- Qu'est-ce qu'elles ont ces deux là ? Elles mijotent un truc ou quoi ?
- C'est louche que Rayan se laisse faire comme ça…
- Je vais faire un tour dans ma serre, qui m'accompagne ? Demanda Fumei en se levant.
- …
- Ca fait toujours plaisir…
[Dans l'escalier.
- C'est d'être nerveuse qui te rend particulièrement ronchon ? Demanda Sakura en se tournant vers Rayan avec un petit sourire espiègle.
- J'ai mal au ventre ! Confessa la brunette avec une grimace, maintenant pâle comme un linge.
- Tout va bien se passer, c'est normal d'avoir le trac! Allez, dépêche toi !
[Une heure plus tard.
Shaolan et Chang rentrèrent au manoir, épuisés. Le leader avait promis à sa mère qu'ils seraient tous deux présents au dîner. Ils avaient été très pris cette semaine et n'avaient pu profiter de leur famille. Shaolan se sentait coupable vis-à-vis de Chang qui ne pouvait passer de petits moments avec sa petite Mai. Et quoiqu'il en dise, il l'était aussi envers sa sœur aînée qui voyait peu son mari.
- Bonsoir !
- Ah ! Voilà le plus beau ! S'exclama Sheifa, sincèrement heureuse de voir son époux.
Elle se leva prestement pour aller à sa rencontre. Chang la reçut dans ses bras et lui déposa un baiser sur le front. Sheifa se lova dans ses bras, savourant ses précieux moments.
- Xiaooooooooooo !!!!!!!!!!!!
Une petite furie se rua vers Shaolan qui la réceptionna en la faisant voltiger.
- Salut mon petit monstre, fit-il en lui donnant un bisou sur la tempe.
Sian entoura son cou de ses petits bras et lui fît un gros câlin. Shaolan savourait ce genre de moment avec bonheur. C'était tellement rare ! Il sentait tous ses muscles crispés se détendre d'un coup. L'affection débordante de sa petite sœur adorée était l'une des seules choses qui pouvait l'apaiser.
- Tu sais quoi grand frère ? Et ben demain soir, je vais regarder Anastasia avec Kari ! Coooool hein ??
- Très cool chipie.
Il la déposa par terre et lui frotta affectueusement la tête. Puis son attention se porta sur sa nièce, Mai, qui babillait dans les bras de Meilin. Aussitôt son regard s'attendrit. Il la prit dans ses bras en lui murmurant de douces paroles dignes d'un tonton gâteux. Son visage fatigué était à présent serein, n'ayant yeux que pour le petit bout de chou qui lui souriait.
- Nous n'attendons plus que Yukari pour passer à table, annonça Yelan en se levant.
- Où a-t-elle disparu ? S'interrogea Meilin.
- Je me demande bien ce qu'elles fabriquent avec Rayan, ça fait plus d'une heure…
- Rayan est avec elle ? Demanda subitement Shaolan, en se mêlant à la conversation.
La scène du parc qu'il avait aperçu de sa fenêtre lui revint en mémoire. Il fronça les sourcils.
- Oui, c'est nouveau. Rayan fait copine-copine avec Yukari…
- Ne sois pas médisante chérie, réprimanda Chang.
- Je ne le suis pas, je suis sincèrement ravie que Rayan s'ouvre un peu !! Mais je suis surtout curieuse de voir ce qui se trame.
La carillon de l'entrée coupa nette la discussion.
- Ce doit être Jin qui vient chercher Rayan pour la fête des Etoiles, déduisit Fumei.
- Je vais ouvrir.
Sheifa joignit les gestes à la parole et fit patienter le jeune homme en question. Puis elle se tourna vers les escaliers.
- RAYAN ! JIN EST ARRIVE !!
Dans la chambre de Sakura, une épreuve de force avait lieu.
- Allez Rayan, un peu de courage !!
- Non, je veux pas y aller ! Décréta la jeune fille en refusant de sortir de la chambre, devenue livide au son du carillon.
- Enfin Rayan, ne le fais pas attendre, même s'il faut savoir se faire désirer ! Insista Sakura en la tirant par le bras.
- Non, je veux pas ! S'obstina la brune.
- Si, tu veux y aller mais tu as peur ! lança brutalement Sakura en la lâchant.
- …
Rayan relâcha la pression et détourna les yeux. Sakura se radoucit. Elle croisa les bras et laissa échapper un petit soupir.
- On a fait du beau travail toi et moi, tu es vraiment belle comme ça, ce serait du gâchis de ne pas y aller. Jin va vraiment manquer quelque chose…
Rayan soupira à son tour. Elle avait raison. Il ne fallait pas gâcher tous ces efforts.
- Je ne suis pas une dégonflée ! Fit-elle avec fougue, tirant sur les pans de son yukata.
- Alors prouve-le moi sur le champ jeune fille et va rejoindre ton ami.
- Très bien.
Elle inspira et expira un grand coup et daigna enfin sortir de la chambre, prenant soin de marcher convenablement avec ses getas. Sakura ne pouvait s'empêcher de sourire. Elle était vraiment attachante sous ses faux airs de rebelle en pleine crise existentielle.
- Après tout, je suis une Li !!! S'encouragea t-elle à haute voix.
- Oh oui, en tout point de vue…acquiesça Sakura en hochant la tête.
- Par contre, si on pouvait éviter de passer par le salon, je ne veux pas que tout le monde me voit.
- Ah bon ? C'est dommage ! Ils…
- S'il te paît.
Sakura n'insista pas. Rayan faisait déjà beaucoup d'efforts, inutile d'en demander trop. Elle lui sourit et lui ouvrit le passage.
- Ok. Allez, presse-toi.
Rayan hocha la tête, déterminée.
- Merci Yukari.
- Tu me diras merci si tu conclus ! Taquina Sakura avec un clin d'oeil. Allez hop ! En piste !
Elle lui tapota le dos pour la faire avancer.
Le cœur battant, Rayan, descendit les marches, les mains crispées sur le tissu de son kimono. Elle aperçut la silhouette élancée de Jin, l'attendant patiemment dans l'entrée quand…
- OOOOOH LA VAAAAACHE !!!!!!!!!!!!!
Le beuglement surhumain de Sheifa faillit lui faire rater les dernières marches. Sakura, derrière Rayan, après avoir fait un bond prodigieux de surprise, tenta vainement d'intimer un minimum de discrétion à l'aînée, histoire de ne pas mettre mal à l'aise l'adolescente.
C'était sans compter sur la portée de ce cri de surprise de forte amplitude qui ameuta le reste du clan.
Shaolan fut le premier à débouler dans le hall, inquiet, toujours Mai dans ses bras. Son arrêt brutal provoqua un grand carambolage dans son dos. Il s'était immobilisé de stupeur.
- Aïeuh Xiao, tu pourrais…oh mince alors….
Fumei, se frottant son nez douloureux, suspendit son geste et ne termina pas sa phrase.
Le choc de cette vision passée, Shaolan était simplement époustouflé par ce qu'il voyait.
Comme le reste de la famille, sa mâchoire était prête à se décrocher. Seule, Yelan, un peu à l'écart, arborait un immense sourire.
Toute cette scène se passa en quelques secondes, ne laissant pas à Sakura ou Rayan le temps de réagir.
Pour une sortie discrète, c'était un vrai fiasco.
Rouge de honte, immobile au milieu des marches, les mains accrochées hargneusement à son kimono, l'adolescente incendia sa sœur aînée du regard et cracha :
- Tu pouvais pas de taire !
Sheifa secoua la tête, hébétée et, ô surprise, se mit à bégayer :
- Euh…pardon, je…c'est que…enfin…
Puis elle détailla franchement sa petite sœur et laissa échapper, médusée :
- Putain Rayan, t'es trop canon dans cette tenue !!
Double choc pour le clan qui faillit s'écrouler, désarmé par les propos directs et peu coutumiers de Sheifa, digne d'un vrai mec macho en quête de chair fraîche. Du moins, c'était ce à quoi songea Sakura en essayant de se retenir de rire. Fumei ne pensa même pas à la réprimander pour sa vulgarité et son langage de charretier. Après tout, c'était, de manière franche, la stricte vérité.
Le yukata de Sakura lui seyait à ravir. La soie rouge carmin pigmentée de broderies d'or s'harmonisait parfaitement avec son teint rosé et mettait particulièrement sa silhouette en valeur. Sakura avait eu toutes les peines du monde à peigner ses cheveux mais après moult efforts et des gémissements d'une Rayan torturée par la douleur et peu encline à ce genre de chose, elle était fière du résultat. Elle avait réussi à reproduire, à quelque chose près, la coiffure des geishas, en « pêche fendue », agrémentant ses cheveux bruns d'ornements typiquement japonais. Loin l'idée de la barbouiller, Sakura la maquilla très légèrement, dans le but unique de faire ressortir ses magnifiques yeux bruns.
Elle était tout simplement belle.
Voyant les yeux rivés sur elle, Rayan faillit faire demi tour mais elle sentit la présence rassurante de Sakura dans son dos. Cette dernière l'encouragea d'un regard. Elle ne pouvait pas reculer.
Les mains crispées sur le kimono, elle tourna son regard noir vers sa famille.
- C'est bon, vous avez fini ? C'est pas un spectacle et je suis pas une bête de foire ! Arrêtez de me regarder comme ça !!
- C'est qu'on est très surpris de te voir comme ça, Rayan, expliqua Fumei, sidérée. Ca…Ca te change radicalement !
- Et c'est très réussi ! Enchaîna Meilin en voyant la jeune fille se renfrogner.
- Je t'assure qu'on ne se moque pas ! Mais avoue qu'on a quand même le droit d'être surpris, non ? conclut Sheifa.
- Troooooooooooooop beauuuuuuuuuuuuuuuu ton costume !!!!! Brailla Sian se sautillant au bas des marches, enchanté par les broderies d'or. Ca Briiiiiiiiiiille !!!!!!
Yelan décida de mettre fin au supplice de sa fille. Elle se dirigea vers elle, le silence se faisant sur son passage, déposa un baiser sur son front et lui murmura :
- Tu es très jolie ma chérie, mais tu l'étais bien avant. Je suis fière de toi pour tes efforts. Mais ne fais pas attendre Jin !
Rayan sursauta. Jin ! Avec toute cette pagaille, elle l'avait complètement oublié !! Et il avait tout vu ! Il avait assisté à une démonstration peu glorieuse de sa famille ! La honte !
Un coup d'œil vers la porte. Jin arborait un sourire amusé, les joues légèrement rouges.
Le geste de Yelan fut un déclic. Fumei, Meilin (avec une Sian agitée dans les bras qui répétait » J'veux le même ! J'veux le même ! »), Chang et Sheifa s'éclipsèrent dans le salon, ne voulant pas mettre Rayan plus mal à l'aise qu'elle ne l'était déjà.
Elle descendit les dernières marches et croisa le regard habituellement indéchiffrable, de son frère. Il resta silencieux mais elle lisait dans ses yeux une lueur de surprise et de fierté. Il esquissa un petit sourire mais ne pipa mot.
Elle eut un rictus rassuré et s'avança vers Jin, un peu gênée. Elle plissa nerveusement le tissu sur lequel elle avait passé ses nerfs. Elle toussota avant de parler.
- Euuuh, je suis désolée pour tout ça, ma famille est grave parfois, c'est…
- Ne t'en fais pas. Et puis je peux comprendre leur réaction : c'est tellement rare de te voir comme ça ! Trop rare peut être…
La jeune fille vira au rouge incendie et bredouilla un faible « merci ».
Silence.
Sakura, enchantée, se mordit alors la lèvre et secoua la tête : un changement s'opérait sous ses yeux alors que tout se passait à merveille. Le caractère de garçon manqué de Rayan reprit un instant le dessus. Une réaction pour se protéger et reprendre de l'assurance à n'en pas douter.
- Allez, on se bouge ! On va être en retard ! Déclara t-elle en lui flanquant un petit coup de poing amical sur l'épaule.
Jin cligna des yeux, interloqué, puis sourit.
- On est parti.
Avec galanterie, il lui ouvrit la porte.
Avant de disparaître, Rayan jeta un dernier regard derrière elle. Elle chercha des yeux Sakura. Celle ci lui fit un grand sourire et leva son pouce avec un clin d'œil d'encouragement.
Shaolan ne perdit pas une miette de cet échange silencieux. Et ce fut avec stupéfaction qu'il vit un petit sourire sincère et chaleureux se dessiner sur le visage de sa petite sœur avant que la porte ne se refermât sur les deux ados.
A quoi venait-il d'assister à l'instant ?
Une métamorphose ahurissante de sa petite sœur. Une chose improbable et pourtant réalisée.
Rayan vêtue comme une belle jeune femme, souriante, aimable (enfin avec certains !) et… et c'était quoi d'ailleurs ces bafouillages et ces rougeurs ? Et ce petit sourire que Jin avait eu, là, à l'instant ! C'était quoi toute cette mascarade ?
Tout devint clair dans l'esprit du leader comme dans celui de ses sœurs, un peu plus loin.
C'était donc ça.
Rayan était amoureuse.
Elle s'était confiée à Sakura. Uniquement.
Et le résultat en était renversant.
Yelan s'amusait de la réaction de son fils. D'habitude si impassible, l'étonnement s'affichait clairement sur son visage.
Elle le vit tourner son regard perçant vers Sakura qui fixait toujours la porte, complètement dans les nuages. Ce fut l'une des rares fois où elle pût lire de la reconnaissance et de l'admiration au fond de ses prunelles chocolat.
Son sourire amusé s'atténua pour laissa place à de la tristesse. Bien malgré elle, Sakura avait une emprise incontrôlée sur Shaolan. Et cela à la fois ravissait et chagrinait Yelan. Tout était aussi limpide que de l'eau pure. Sakura était une bénédiction pour Shaolan et celui-ci le découvrait petit à petit. C'était tout ce qu'elle désirait pour son fils, une femme comme Sakura. Mais justement, c'était Sakura et toute l'histoire qui en découlait. Pourquoi tout était si compliqué ? Avait-elle fait une erreur en la gardant ici ? En ne dévoilant rien de son identité ?
Et pourtant, rien ne persuadait plus Yelan que leur attirance mutuelle inavouée.
Officiellement, rien n'était possible entre eux. Trop de choses étaient en jeu. L'honneur, la décence…
Officieusement, rien ne pouvait les en empêcher. Aucun lien et aucune obligation. L'histoire écrite autour d'eux n'était que fiction.
Tout allait se compliquer entre eux mais avait-elle seulement le droit d'intervenir ? En avait-elle seulement envie ?
Elle s'éclipsa à son tour, songeuse, et rejoignit sa famille dans le salon.
Sakura laissa échapper un grand soupir de soulagement. Ca y était. Rayan avait passé un premier cap avec succès.
Elle n'avait pas manqué la réaction de Jin. Plutôt mignon d'ailleurs ! Il avait été tout bonnement charmé, c'était évident. Mais elle crût s'étrangler lorsque Rayan lui flanqua son coup de poing ! Quel boulet ! Elle avait failli tout gâcher ! Puis, Sakura avait surprit cette lueur dans le regard noir de Jin. Une lueur qui ne la dupait pas, tout comme le petit sourire qui avait éclairé son visage. De la douceur. Uniquement de la douceur face à la réaction excessive et masculine de Rayan.
« Rayan n'aura peut être pas à produire tant d'efforts que ça finalement… »
Sakura croisa alors le regard de Shaolan posé sur elle. Un nouveau regard. Ni hautain, ni furieux, ni moqueur… disons, de la curiosité et… de la reconnaissance ? Etait-ce seulement possible ?
« Shaolan Li reste un être humain, Sakura… »
Elle descendit les dernières marches et arriva à sa hauteur. Elle caressa la joue rose de Mai et leva ses yeux vers le leader qui ne l'avait pas lâché de son étrange regard.
- Comment as-tu fait ? Demanda t-il soudain.
Sans brusquerie. Avec calme. Presque un murmure où perçait un soupçon d'admiration.
Sakura leva les yeux vers lui et lui sourit. Elle répondit avec douceur.
- Je l'ai écouté, tout simplement.
C'était tout. Alors c'était vraiment tout ? Une simple oreille attentive pouvait transformer Rayan de cette manière ?
Alors c'était Rayan qui était allée vers elle et qui s'était confiée ? Pourquoi était –elle allée se confesser à une étrangère ? Quel étrange pouvoir avait cette japonaise ? Elle envoûtait les gens ou quoi ? C'était quoi ce fichu don à apaiser les gens et à les comprendre ?
Shaolan, au fond de lui, comprenait l'attitude de sa sœur. On allait naturellement vers elle … elle qui avait un pouvoir d'attraction… comme ses yeux verts, ce jour là dans le train…un pouvoir d'attraction naturel auquel il se voyait succomber peu à peu…
Il songea alors que Rayan avait sûrement fait le bon choix. Cette femme faisait véritablement des miracles avec sa famille. L'ombre d'un sourire sincère et chaleureux sur le visage de sa soeur était tout ce qui lui importait. Et qu'elle fût heureuse. Et c'était visiblement le cas. Alors…
- Merci.
La jeune femme, qui jouait avec Mai s'immobilisa. Cette fois, Sakura perdit son sourire et écarquilla grand les yeux. Shaolan venait de la remercier. Woouaouh ! Un bref « merci » faiblement prononcé mais débordant de sincérité. Elle cligna des yeux, sidérée, le temps d'enregistrer cette information. Et cette voix grave, ce mot à peine soufflé… A vous donner la chaire de poule !
Sakura se reprit. Elle détourna les yeux, remettant machinalement une mèche de cheveux derrière son oreille.
- Je l'ai fait avec plaisir. Mais n'importe laquelle de tes sœurs aurait fait la même chose.
- Pas avec autant de facilité et de réussite. Tu as réalisé l'impossible.
A ces paroles, Sakura ne trouva strictement rien à répondre. C'était tout simplement inattendu. C'était un compliment qu'il lui faisait, détourné, certes, mais un compliment quand même ! Et le regard sans faille qu'il posait sur elle la déstabilisa. Toujours ce même regard, profond, qui ne l'avait pas quittée un seul instant.
Mon dieu que cet homme était troublant !!
Les gazouillements de Mai interrompirent leur échange visuel. Shaolan reporta son attention sur sa nièce qui mordillait le col de son polo. Tout était bon pour se faire les dents ! Avec douceur, il l'empêcha d'y laisser l'emprunte de ses premières quenottes et lui sortit son hochet de la poche que la petite Mai s'empressa de mâchouiller.
Sakura, elle, ne cessait de regarder cet homme, debout devant elle, le visage serein et attendri. C'était un trait de sa personnalité qu'elle appréciait énormément…tellement rare à son goût et donc d'autant plus appréciable ! Toujours doux et protecteur… Ce coté séduisait Sakura. Elle avait eu du mal à se l'avouer, mais ce Shaolan là l'avait conquise…ce ténébreux au cœur tendre… Si bien qu'elle ne put s'empêcher de le dire à haute voix, tout en caressant le visage de Mai:
- T'es un grand frère plutôt cool sous tes airs de bourru. Après un regard comme celui de Jin, mon grand frère m'aurait interdit de sortir…ou aurait menacé mon malheureux prétendant…conclut-elle avec une grimace, en repensant à Toya et ses crises de grand frère ultra protecteur.
Elle posa une main sur le bras de Shaolan et ajouta en souriant, désignant le tableau qu'il formait avec Mai.
- Et puis, tu es presque mignon et craquant comme ça !
Gros blanc.
Shaolan leva brusquement les yeux, surpris.
Consciente de sa gaffe, Sakura devint aussi rouge qu'une pivoine. Oups. Voilà qu'elle le complimentait à son tour ! Où va le monde si Shaolan Li et Sakura Kinomoto (alias Yukari Fugisawa) ne se prennent plus la tête et se caresser dans le sens du poil ???
Elle retira vivement sa main de son bras, comme s'eût été un geste déplacé. Elle lui fit un sourire gêné et tourna rapidement les talons. Elle se souvint alors d'une chose. Lui tournant toujours le dos, elle ajouta d'une voix détachée :
- Au fait Li, j'ai laissé de la camomille sur le plan de travail de la cuisine, juste au cas où…
Puis elle disparut dans le salon.
Planté au milieu du hall, Shaolan l'avait suivi des yeux, un sourcil levé. Puis un sourire amusé se dessina sur son visage fatigué.
Tous deux entretenaient une étrange relation. Après avoir eu des paroles aimables qui l'avaient agréablement surpris, elle l'avait de nouveau appelé « Li »…histoire de remettre de la distance entre eux. La confusion donnait des couleurs à son fin visage et cela lui allait bien.
- Grmbmmlllareuhaammm !
- Excuse moi mon ange, tu dois avoir faim ! Fit-il en regardant sa nièce s'agiter dans ses bras.
Il soupira et regarda une fois encore son bras sur lequel Sakura avait posé sa main.
- A ton avis Mai, t'en penses quoi de cet échange ? Crois –tu que j'ai le droit d'aller plus loin, d'apprendre à la connaître ? Crois-tu qu'on soit fait pour s'entendre ? L'accepter comme la fiancée d'Hiro ou comme la fille du train ? Mon cœur ou ma conscience ?
- Gââââââââh !!
- Mouais, c'est ce que je pense aussi…
Il prit la petite main de sa petite puce et la lui posa sur son torse, au niveau de son cœur qui battait à folle allure. Il eut un petit sourire triste.
- Tu vois Mai, jamais il n'a battu aussi vite…
Mai ouvrit grand les yeux, posés sur sa petite main dodue et éclata de rire.
A son de ce rire enfantin, il secoua la tête en souriant.
« Va où le vent te mène, disait mon père, alors faisons comme ça… »
Au cours du dîner, Sakura s'excusa mille fois pour s'être occupée de Rayan et d'avoir usurpé le rôle de grande sœur, les filles Li répétant mille fois qu'elles ne lui en voulaient pas le moins du monde et qu'elles étaient ravies de cette nouvelle relation entre Rayan et elle.
Ce fut donc joyeuse et rassurée que Sakura attendit impatiemment le retour de sa protégée. Celle-ci ce fit attendre. Mais cette longue attente ne fut pas vaine pour Sakura. Bien au contraire !
- Tu te rends compte Yukari ! Il m'a invité au bal de l'école ! Le bal ! LE BAL !!!
Toute excitée, Rayan faisait des allers et venues dans la chambre de Sakura, faisant des grands gestes. Jamais la japonaise ne l'avait vu aussi gamine et libérée. Quel spectacle plaisant !
Sakura la regardait faire son manège, allongée à plat ventre sur son lit et appuyée sur ses coudes, battant l'air avec ses jambes.
- C'est génial Rayan. Ta soirée a été un véritable succès !
Rayan s'arrêta soudain de tourner virer et vint s'asseoir auprès de Sakura.
- Je peux te remercier maintenant.
- J'ai dit que tu me remercierais si tu conclus. C'est pas encore le cas que je sache ? Taquina Sakura.
- Mais…
- Et la pomme d'amour au festival et le bisou sur la joue au moment de te raccompagner, j'appelle pas ça « conclure » ma grande! Enchaîna Sakura en voyant Rayan près à répliquer.
Cette dernière devint rouge et lui envoya un oreiller à la figure. Décoiffée, Sakura ne put s'empêcher de rajouter, moqueuse :
- Aaaah, t'es frustrée on dirait !!!
Et v'lan, un autre oreiller.
- Je te taquine ! Je suis très contente pour toi. Il y a eu un grand pas de fait ce soir. Je suis très fière de toi !
- Merci.
- Et si je comprends bien, c'est très significatif ce bal.
- Carrément ! On s'arrange généralement pour inviter celui ou celle dont on est amoureux et…
- Mais, ce genre de chose, on peut y aller en bon ami…
- Sur le coup, c'est ce que je pensais mais…
- Mais le fait que Jin ait refusé la proposition de cette Xi An pour te proposer à toi, c'est très révélateur ! Déclara Sakura comme une experte.
- C'est surtout le fait qu'il ait rembarré cette pouf de Chow, et devant moi en plus ! C'est comme ça qu'il a fait sa demande, de manière indirecte !!! « Désolé Chow, mais ce sera Rayan ma cavalière pour le bal et à l'avenir, cesse de m'importuner », imita d'une voix grave la jeune Li, debout sur le lit, faisant de grands gestes théâtraux. En fait, en y repensant, j'avais pas vraiment le choix et il me demandait pas mon avis…mais on s'en fiche !
Sakura partit dans un fou rire à s'en tordre en deux. Rayan avait des aspects de comique insoupçonnés !!!
- Quel romantique ce Jin, réussit –elle à articuler au bout d'un moment. Quand a lieu ce bal ?
- Samedi.
- Samedi…prochain ?
- Bah oui.
- Dans une semaine ?
- Bah ouiiii !! S'impatienta Rayan.
- Et t'avais pas encore de cavalier ? S'écria Sakura les yeux ronds.
Rayan dégringola du lit sous le choc.
- Ah la ferme !!!! S'énerva t-elle, gênée. En fait j'ai eu des demandes mais je les ai tous envoyés bouler…
- De manière peu féminine et distinguée je suppose…murmura Sakura les bras croisés, un rictus moqueur au coin des lèvres.
Rayan se renfrogna. Puis elle reprit place près de Sakura et lui demanda, assez abruptement.
- Tu m'aideras à me préparer ?
- Si tu en as envie.
- Evidemment !! Enfin je veux dire…Ca serait cool…t'as l'air de me porter chance et t'es plutôt douée…
- Bon, avec tous ces compliments, je me vois dans l'obligation d'accepter…fit Sakura en lui tendant la main.
Elle se firent une poigne de main symbolique et se mirent à rire.
- Et bien mon fils, je ne te connaissais pas cette nature de curieux.
Shaolan sursauta, prit sur le fait. Sans avoir le nez collé à la porte de la chambre de Sakura, il écoutait discrètement par la porte entrebâillée, adossé au mur, les yeux fermés.
Yelan jeta un œil à la chambre de Sakura et sourit en entendant sa fille rire.
- Sa soirée semble s'être déroulée à merveille, chuchota t-elle
- Il semblerait, oui.
- C'est agréable de l'entendre rire. Et de la voir aussi heureuse.
Shaolan ferma de nouveau les yeux et se délecta du son cristallin des rires.
- C'est…étrange…mais vraiment… plaisant. Peut être aviez-vous raison mère, peut être Yukari me surprend t-elle de jour en jour…
Sa mère s'abstint de répondre et se contenta de lui sourire.
- Alors quoi de neuf ?
- Ils ont conclu ? Rayan s'est pris un râteau ?
Fumei, Meilin et Sheifa venaient de débarquer elles aussi dans le corridor, en voulant se faire les plus discrètes possible… mission délicate quand on s'avance comme un troupeau et qu'on caquette comme des poules de basse cours…
- Ca se fait pas d'écouter aux portes, reprocha Fumei, le nez pourtant collé à la porte.
- T'as autant envie de savoir que nous Fumei ! Et puis Rayan avait l'air joyeuse quand elle est rentrée…
- Mais comme elle est allée directement voir Yukari…
- On a pas envie d'attendre jusqu'à demain pour savoir !!
Shaolan soupira. Fallait se rendre à l'évidence. Il ne vivait qu'avec des femmes, il devrait y être habitué !
- Ah chut ! Taisez-vous ! C'est crucial là ! Ordonna Sheifa.
Tous dressèrent l'oreille.
Dans la chambre, Sakura et Rayan avaient retrouvé leur calme, assises en tailleur sur le lit.
- La véritable conclusion aura lieu au bal, si je comprends bien ? demanda sérieusement Sakura.
- Oui, je vais prendre mon courage à deux mains et lui avouer mes sentiments, décida Rayan. Je ne reculerai pas.
- En voilà une courageuse et sage décision, admit Sakura. Tu as tout mon soutien.
- Et tout le mien aussi ! Ne put s'empêcher de d'approuver une voix derrière la porte.
- Sheifa !!! Réprimanda en cœur Fumei, Meilin et Shaolan, désespérés,
- SHEIFA ! Dégage de derrière cette porte ! Et vous aussi !!!! Cria Rayan, excédée, en balançant un coussin vers la porte de la chambre.
La nuit et le calme étaient tombés sur la manoir Li. Cette sérénité, bien sûr, Shaolan ne la partageait pas. Incapable de trouver le sommeil, il se décida à se rendre à la cuisine. Peut être n'était-ce pas des paroles en l'air.
Shaolan déambula dans les corridors. En passant devant le chambre de Sakura, il vit la porte entrabaîllée. Poussée par la curiosité ( de la faute à ses sœurs qui déteignaient sur lui…du moins c'était ce qu'il disait), il s'approcha et passa discrètement sa tête par la porte. Dans la pénombre, il devina deux silhouettes emmitouflées dans les draps. Il sourit et avança de quelques pas. Sakura entourait de ses bras la petite Sian qui dormait blottie contre elle, le pouce à la bouche.
Toutes deux étaient paisibles et ce tableau détendit Shaolan. S'il pouvait lui aussi dormir comme un bébé !
Il soupira et sortit sans bruit.
Dans la cuisine, il trouva une tasse d'infusion de camomille prête à être réchauffée. Un mot griffonné à la va vite étai posé à coté. Une écriture fine et longiligne où ressortait une main agile et artistique dans la forme harmonieuse des lettres.
« La Fée du Sommeil m'a demandé de ta faire passer un message : Son pouvoir n'agit pas sur la caféine. En plus c'est infect ! Elle te conseille plutôt de carburer avec un grand verre de jus d'orange et d'un kiwi au petit déj' ! Il n'y a rien de plus vitaminé ! Et le soir elle viendra te voir après avoir dégusté un peu de camomille préparée avec bonté par moi ! Tu as pu te rendre compte que cette Fée faisait des miracles, non ? Et peut être que ton visage fatigué disparaîtra (sinon, je fais appel à la Magicienne du lifting pour tes traits tirés et tes valises sous les yeux…mais c'est moins agréable).
Bonne nuit Shaolan.
Yukari. »
Belle manière de dire qu'il avait une sale tête et que la caféine aurait sa peau !!!
Shaolan ne put s'empêcher de rire devant ce mot, qui malgré sa légèreté et son trait d'humour un peu moqueur, l'avait profondément touché. Et puis le « Shaolan » (et non « Li »), écrit avec grâce avait provoqué un drôle de boum dans sa poitrine… Comment un mot pouvait lui faire autant d'effet ?
Il remarqua une rature juste avant la signature de son nom, où apparaissait la lettre S. Mais Shaolan n'y prêta guère attention.
- A nous deux, petite Fée du Sommeil ! Chuchota t-il en buvant l'infusion.
¤¤¤
Le samedi passa à folle allure. Sakura s'était une fois de plus levée à l'aube pour peindre son tableau, prenant garde de ne pas réveiller la petite marmotte qui partageait son lit.
Se rappelant qu'elle avait cru mourir de faim hier matin, elle passa par la cuisine prendre une pomme et trouva un mot sur la comptoir. Amusée, elle le lit à haute voix :
« J'ai fait un pacte avec la Fée du Sommeil, elle accepte de venir à moi tous les soirs si j'abandonne la caféine…il semble qu'elle ait une émissaire très convaincante. Et puis, elle m'a fait savoir que sa collègue la Magicienne du lifting n'était pas quelqu'un de doux. Très peu pou moi, les masques d'argile et les concombres sur les yeux, c'est pas mon truc. Echange de bon procédé, elle m'a demandé de transmettre à l'Ensorceleuse une barre chocolatée…parce que peindre un tableau à l'aube l'estomac vide peut nuire à la création de l'œuvre.
Shaolan ».
La dite barre chocolatée était posée juste du mot. Alors comme ça, il l'avait observée ? Elle ne s'était rendue compte de rien ! Plus le temps passait, plus Sakura était fasciné par cet homme. Il se prêtait à son jeu et il n'était pas dénué d'humour… il se révélait petit à petit et c'était à chaque fois de plus en plus intéressant. Et, à sa manière, il prenait soin d'elle. Mais le coup de l'Ensorceleuse, elle en l'occurrence, elle comprit vraiment la référence…
- Toi et moi, on est plus à l'aise à se parler par mots interposés que face à face…fit-elle en prenant la barre de chocolat.
Une heure plus tard, Sakura était plongée dans la création de son tableau, Shaoloan la regardait, assis dans le fauteuil en osier, un verre de jus d'orange pressé dans la main.
La journée s'annonçait belle, l'aurore intimait un sentiment de bien être et de complicité sous la bienveillance du majestueux cerisier japonais, gardien de ce précieux moment.
La jeune femme posa son pinceau et déchira l'emballage de la barre vitaminée. Elle tourna la tête vers la véranda. Elle leva son encas et fit un sourire radieux. Shaolan fit de même avec son verre, à son attention.
Rien ne valait mieux qu'un simple, sourire, qu'un simple regard… Rien ne valait mieux qu'un silence éloquent plutôt que des mots parfois trompeurs.
Allez, hop, je m'arrête là ! J'aurai pu encore continuer loooooooooongtemps mais dans le prochain chapitre, on enchaînera avec un nouveau coup du sort. Au programme : le retour en force de Shinxiang Tao, le fameux bal qui ne va pas provoquer des remous que chez notre pauvre Rayan !!! Hihihi !
Bon, et puis, important, un rapprochement entre Shaolan et Sakura ! Bon c'est pas l'osmose mais faut pas être exigent. Leur relation va évoluer bien assez vite !!!
Dernière chose, j'ai pris beaucoup de plaisir à faire ce portrait de Rayan, de l'ado rebelle à la fille amoureuse. Elle reste bougon et garçon manqué mais ses différentes facettes m'ont assez plues. Sheifa est toujours aussi barge mais son heure de gloire (et de maturité !) va venir en temps et en heure.
J'espère que la lecture n'était pas trop barbante, sincères excuses si c'est le cas !!!
On termine par un petit sondage: quel est votre perso préféré en général? Et votre perso préféré chez les filles Li?
