Salut à tous!

Comme promis, je vous poste ce chapitre 9 du Regard de l'aveugle aujourd'hui et pas la semaine prochaine! Et normalement, je devrais pouvoir revenir au rythme d'un chapitre par semaine.

-T'avais dit SAMEDI banane.

Bah quoi? J'poste à l'heure, moi, Môôôôssieur.

-On est DIMANCHE abrutie finie.

Oups. *sifflote innocemment*
Héhé, ouais je sais, j'suis à la bourre... Pardon.

Aujourd'hui, chapitre encore en deux parties, l'une au présent qui correspond à un flash back (Benitsuki Tora, reine de la logique) (BWAHAHAHA) et qui a un style de narration un peu particulier et une seconde, plus courte, qui retourne du côté de notre cher 69 (uhuh).

Bon, je sais qu'on rentre en période pré-bac et qu'il y a les révisions, toussa, toussa (haha, j'ai vécu ça l'année dernière... *grogne comme un T-Rex à ce souvenir*) ("tu fais peur") (Lucifer, ta gueule) donc pas de souci, je comprends que vous n'ayez pas le temps pour lire des fics et les reviewer, vous inquiétez pas ^^! Et merci Lussynlight (dis donc, ça a l'air cool la pleine lune chez toi XD) et pour Shuuhei et sa chèèèèère Kazeshini... ahlàlà, disons juste que j'aime vraiment en foutre plein la tronche à ce pauvre Shuuhei.

AVERTISSEMENT: ce chapitre parle de mauvais traitements sur un enfant, c'est assez sombre alors... Ça aurait pu être plus glauque mais j'ai vraiment du mal à me rendre compte d'à quel point c'est dérangeant donc je préfère vous prévenir. Enfin voilà, vous êtes au courant (pourrez po m'taper après, héhé!) (Black, on reste calme si possible...)

Il y aura un autre chapitre sur Shinko et sa mère, et il seras encore plus détaillé... Y'a des moments, je me fait un peu peur quand même.

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Disclaimer: Shuuhei appartient à Bleach dont l'auteur est Tite Kubo, pas à Victor Hugo, jusque là on est d'accord. Shinko et sa mère, haha, sortent tout droit de mon cerveau nécrosé (je suis un MONSTRE, cette femme est absolument... brr! *frissonne*)

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Chapitre 9. Souffrance de l'immaculé et désolation de la femme-enfant.


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L'enfant pleure.

C'est plus fort que lui, il ne peut pas s'empêcher de pleurer. Il a tellement peur. Les larmes claires et cristallines roulent sur ses joues beaucoup trop creuses, en silence. Il ne faut pas qu'il fasse de bruit. Il ne faut pas qu'il bouge. Il ne faut pas. Sinon, il va avoir mal. Terrorisé et immobile, le garçon a plaqué ses deux mains osseuses contre sa petite bouche pour être sûr de ne laisser échapper aucun sanglot, ça ne ferait que l'énerver davantage et également lui rappeler qu'elle a un fils sur lequel elle peut relâcher la rage et la colère qui la hantent et voilent ses yeux clairs. D'ailleurs, c'est ce fils qui fixe sur elle ce regard blanc écarquillé. Il est né dans l'obscurité alors il n'a pas l'habitude d'avoir une source de lumière pas loin de lui et cette petite bougie dont sa mère se sert pour écrire lui fait mal aux yeux. Ça pique, ça brûle. Mais il est hors de question qu'il les ferme. Il ne faut pas qu'il la quitte des yeux, en aucun cas. Il a bien trop peur pour ça.

La flamme chancelante de la bougie est faible mais reste suffisante pour sa mère qui épluche divers documents, verre d'alcool à l'odeur si agressive juste à côté. Elle se concentre, il peut le voir aux muscles tendus de ses épaules. Et au couteau de chasse avec lequel elle joue nerveusement de sa main gauche tandis que son autre main note quelque chose de temps en temps. La petite lueur jaune de la bougie danse doucement, éclairant à peine cette feuille sur laquelle elle écrit. Mais elle n'a pas besoin de plus. Ses sourcils sont froncés au dessus de ses yeux clairs, sa mâchoire serrée par la colère et la frustration. Ses mouvements se font de plus en plus saccadés. L'enfant, lui, fait tout ce qu'il peut pour que surtout, surtout, elle ne l'entende pas. Qu'elle l'oublie. Qu'il n'existe pas pour elle, qu'elle reste loin de lui.

Comme sa mère, il a les yeux clairs mais alors que la femme les a d'un bleu atrocement pâle, lui les a blancs, totalement blancs et il ne peut absolument pas les détacher de ce couteau à la lueur spectrale qui bouge dans la pénombre. Il connaît ce couteau, il connaît cette lame. Par cœur. Il connaît sa taille, son poids... son tranchant. Sa lame. Et son acier froid. Mais il ne sait pas de quoi il a le plus peur. Le couteau ou la ceinture? L'arme bouge entre les doigts abîmés de cette femme et capte par à-coups la lueur tremblotante de la petite bougie.

Quand elle est entrée dans la pièce comme une furie, c'est à peine si elle a noté sa présence, caché qu'il était dans ce coin obscur. Oh, ce n'est pas l'ombre qui règne ici qui l'empêcherait de le trouver, elle dispose elle aussi d'une vision dans l'obscurité très efficace, même si non-nyctalope. Malheureusement pour lui.

Mais en fait, elle s'en moque de ce gamin tremblotant. Vraiment. Quoi, c'est son enfant? Non, c'est juste un être vivant qui est sortit de son ventre. Et absolument rien de plus. Bien sûr qu'elle sait que ce n'est pas normal à ce qu'on dit, qu'elle devrait au moins ressentir quelque chose pour ce gamin. Mais non. Rien, il n'y a rien si ce n'est qu'il l'agace prodigieusement. Il est là et c'est tout. Il n'est qu'un bout de chair avec un truc qui palpite au milieu. Ba-boum, ba-boum, ba-boum fait son petit cœur. Pourquoi cette chose sortie de son ventre devrait-elle être importante à ses yeux? Parce que c'est un être vivant? La bonne blague. Un être humain, voilà ce qu'il est. Et franchement, ça change quoi? Chaque homme naît, dégénère, désespère et meurt. Cette vie n'a aucun intérêt. Alors un être humain de plus ou de moins, qu'est-ce que ça change? Et ces gens... Ah, ces gens sont si stupides, si ignorants, si lents. Ils ne comprennent rien à rien. Ils ne voient rien. Ils ne comprennent rien alors qu'elle, elle comprend tout. Ce monde est si simple et ils sont incapables de saisir cette simplicité si enfantine. Tout est si compliqué pour eux.

Ils vivent et ne se posent pas de questions, attendant simplement que les choses arrivent. Et elle, elle les hait. À côté d'elle, ils ne sont que de vulgaires fourmis. Simples et stupides. Ils ne comprennent rien à rien! Ils en sont incapables. Pas elle. Elle... Elle est au dessus. Au dessus d'eux. Et tout ça pour quoi? Ha! Ce n'est même plus qu'elle les méprise tant ils lui sont inférieurs, c'est qu'elle les hait de tout son être. À chaque fois qu'elle leur vend ses renseignements -il faut bien vivre- elle voit cette lueur dans leurs yeux. Admiration. Étonnement. Puis crainte. Et haine. Elle leur fait peur. Haha. Et ils ont raison d'avoir peur, ces misérables insectes si ternes.

Si vains. Si inutiles.

Aucun d'eux n'a compris à quel point cette existence est vide, à quel point elle n'a aucun sens. Ils sont si simples qu'ils n'ont rien compris. Mais elle... elle, elle a tout compris. Elle sait qu'il n'y a rien à attendre de ce monde. Alors elle n'en attends rien, c'est simple. Ils sont si stupides. La joie? Le bonheur? Ha! Des émotions... Bien sûr qu'elle comprend ce que c'est, elle n'est pas stupide, elle. Elles ne sont qu'un code inutile, ces émotions. La peine non plus, elle ne connaît pas. La seule émotion qu'elle soit capable de personnellement ressentir, c'est la colère. C'est rare. Mais elle n'a jamais rien ressentit d'autre. Maintenant, elle a compris. Elle a compris, un vague instant, ce qu'était une émotion. Vain. Inutile. Comme les fourmis.

Comme ils sont pathétiques... Par moments, juste pour pouvoir saisir cette humanité méprisable, si basse, par rapport à elle, elle si haute, elle provoque en elle cette colère. Elle la fait naître. La colère vibre en elle et alors... alors, elle ressent. Tch, c'est si pathétique, une émotion. La colère vibre, gronde, monte en elle et elle se sent vivante. C'est donc ça, ce que sentent les fourmis? Elle est tellement au dessus d'eux, ils ne pourront jamais l'égaler... Jamais. Pas elle. Ha, les émotions, les émotions... si simples. Si vulgaires. Et l'alcool, oh l'alcool, l'aide.

Elle ne ressent rien pour ce gosse. Ne le nourrit pas. Le laisse grappiller les miettes de ses repas pour se nourrir. Ne s'occupe pas de lui. Elle ne ressent rien pour ce gosse. Alors pourquoi l'a t-elle gardé à la naissance? Pourquoi lui a t-elle parlé, l'a t-elle serré dans ses bras lorsqu'il est né, tout, tout petit être vivant? Les émotions, c'est simple. C'est pour les fourmis.

Pas pour elle.

Elle n'est pas une fourmi. Elle vaux mieux que ça. Elle est au dessus d'eux, elle ne peut pas être comme eux.

Elle ne veux! pas!

Alors, d'un geste brusque, elle abat son poing refermé le long du manche de son couteau sur sa table fine. Elle n'est pas une fourmi. Oh non, non, non, non, non... Pas une fourmi. Elle vaux tellement mieux que ça. La preuve, elle ne ressent rien pour ce gamin. Rien du tout. Laissant l'arme plantée à la verticale, une grimace haineuse déformant ses traits, elle attrape d'un geste un peu tremblotant sa bouteille, délaissant le verre qu'elle avait pourtant sortit. La femme retire le bouchon avec les dents puis avale de longues gorgées de liquide ambré, à même le goulot. L'alcool se met à lui brûler la trachée et toute la bouche mais elle s'en fiche. C'est bon. Un instant, ça l'aide à oublier cette intelligence qui la dévore. Elle oublie. La colère la happe.

Elle aime l'alcool, elle aime ce liquide frais qui attaque la moindre de ses papilles gustatives et ralentit un instant ses fabuleuses capacités intellectuelles. Elle n'est pas une fourmi. Elle est mieux. C'est juste de la curiosité. Juste pour voir de quelle manière il va encore se tortiller en pleurant. Rien de plus. Une nouvelle goulée descend dans son œsophage, sa gorge, se répandant dans son organisme. Elle adore l'alcool.

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L'enfant terrorisé voit cette femme, cet unique être humain qu'il connaît hors des livres, boire encore et encore, vidant assez rapidement sa bouteille. Les larmes coulent toujours, de plus en plus abondantes. Elle vient à peine de fracasser son couteau contre la table. C'est signe qu'elle commence à s'énerver, qu'elle laisse la colère monter en elle. Et ça, ce n'est jamais bon signe pour lui. Il aurait bien voulu pouvoir grimper en haut des bibliothèques, grimper sur les poutres là où elle ne pourra pas l'attraper. Quand elle est entrée, avec ce petit pli entre les sourcils, il a compris dans quel état sa mère était. Malgré son jeune âge, il est loin d'être stupide, réellement loin. Il ne connaît peut-être personnellement rien du monde extérieur mais il sait lire et est très intelligent pour son âge.

Il a assimilé tout ce qu'il a put, comme un réflexe de survie. Dans cette maison, il ne peut pas bouger ni parler alors à la place, il a développé son intellect et son sens de l'observation. Et c'est pour ça qu'il a aussi peur. Il est parfaitement conscient qu'à l'instant présent, seul un miracle pourrait l'empêcher d'avoir à nouveau mal à en hurler. Il a tout le temps mal, à cause des plaies de son dos qui ne veulent pas se refermer. Mais il a peur, peur du couteau, peur de la ceinture, peur de sa mère parce que quand elle s'énerve et l'attrape, la douleur quintuple dans son petit crâne d'enfant, et parfois, il a l'impression d'oublier qui il est et de devenir fou quand le couteau meurtrit ses chairs.

Mais il sait que les miracles n'existent pas.

Alors il a peur.

Soudain, sa mère attrape la bouteille sous ses yeux blancs craintifs et se met à boire, de plus en plus goulûment, comme si elle cherchait désespérément quelque chose dans ce liquide ambré. Et lui, il a beau être aussi intelligent, il n'arrive pas à la comprendre. Elle se met à ricaner, agitant son corps abîmé par l'âge et l'alcool de petits soubresauts saccadés et désordonnés. Le son est aigu, aigre. Un peu fou. L'enfant se renfonce un peu plus dans l'ombre, caché dans son coin. Brusquement, son poing d'adulte s'abat violemment sur la table avant que ses longs doigts n'aillent s'enrouler lentement sur le manche du couteau. Sa tête fine se retourne, ses petits yeux clairs cherchant son fils du regard et légèrement plissés par son grand sourire sinistre. De là où il est, il perçoit parfaitement leur éclat voilé par l'alcool fort qui exhale cette odeur entêtante.

- Munashii... appelle t-elle doucement en ricanant avant de se lever maladroitement, couteau en main.

Aussitôt, l'enfant se pétrifie. Au début, il aimait bien son nom. C'était joli, ces trois sons qui s'entrechoquent. Il aimait bien le fait d'avoir un nom. C'est un nom, certes il n'est pas probablement pas le seul à le porter mais c'est le nom qu'on a choisit pour lui, rien que pour lui, pas pour quelqu'un d'autre. Quelque part, ça veux bien dire qu'il existe, non? Mais ça, c'était avant qu'il n'apprenne à bien lire. Et les livres lui ont appris que Munashii, son nom, eh bien, signifie tout simplement... néant.

Il s'appelle Néant.

Sa Maman l'a appelé Néant.

- Munashii... Allez, viens là, sale gosse... Munashii...

Elle recommence à l'appeler doucement, son sourire malsain empli de rage sur son visage fatigué. Sa peur continue à l'envahir sans épargner la moindre parcelle de son être. Il le sait parfaitement, dans quelques instants, la colère va la dévorer et là... Non, il ne veut même pas y penser. Debout, pâle et titubante, elle s'avance pâteusement dans l'obscurité, tout son organisme attaqué par l'alcool.

- Allez morveux... Sors de ta cachette. Viens voir ta mère!

Elle crache littéralement ce dernier mot, comme si elle était à deux doigts de se mettre à rire ou de se mettre à pleurer. Et cette fois-ci, choqué par la haine qui transparaît brusquement dans sa voix, il ne peut empêcher son corps pourtant si faible de reculer sous la peur panique par pur réflexe. Son petit dos à la chair meurtrie sans cesse et sans cesse heurte d'un seul coup l'angle aigu de la bibliothèque contre laquelle il se tapit et percute en plein une de ses plaies récentes. La douleur explose aussitôt dans sa petite tête -cette plaie n'a pas commencé à se refermer, elle ne commence même pas à coaguler pour de bon- et sa gorge abîmée ne peut retenir un cri, un tout, tout petit cri. Le son est très faible, un peu rauque à cause de ses cordes vocales qu'il n'utilise pour ainsi dire presque jamais mais dans le silence qui règne, cela est parfaitement suffisant.

Et sa mère le trouve enfin. Devant lui, elle le regarde maintenant de ses yeux torves, affadis par l'alcool qui coule à flot dans ses veines et dans lequel elle se réfugie comme elle peut. Il a peur, il est terrorisé. Et surtout, il ne comprend pas. Pourquoi? Pourquoi sa Maman lui fait-elle ça? Mais il ne peut pas comprendre.

- Alors t'étais là... susurre t-elle d'un air sinistre.

Elle parle tout doucement maintenant, observant ce petit corps tremblotant qui fixe sur elle ce regard plein de larmes. Elle chuchote presque de sa voix rauque.

- Dis moi Munashii... T'es une fourmi?

Et avant que l'enfant ne puisse ne serait-ce que comprendre le délire de l'adulte, elle abat son poing refermé sur lui. Sa tête fragile percute violemment le meuble et rebondit contre la paroi dure, le sonnant presque.

- Bah quoi, t'essayes même pas de fuir cette fois...? Alors t'es aussi con que les fourmis, hein Munashii... lui chuchote t-elle avec un regard haineux.

Oh, il aimerait bien. Fuir. Le plus loin possible, à l'abri. Mais ça, ce n'est pas possible. Son esprit hurle à la place de ses cordes vocales. Il pleure. C'est tout ce qu'il a pour exprimer ce qu'il ressent. Il y a la peur bien sûr. L'incompréhension. Et si c'était sa faute? Mais pourquoi? Comment? Il n'y comprend rien. L'enfant voudrait fuir. Mais il ne peut pas. Son cors a échoué à le porter là-haut tout à l'heure. Si seulement il avait pu aller plus vite... Il est trop faible pour ça. C'est sa faute. Il est faible. Faible. Et tout petit.

- Moi... continue t-elle alors que l'enfant tente de reprendre ses esprits, je ne suis pas une fourmi. La preuve...

Elle attrape brusquement de sa poigne de fer la chevelure de son gosse et le tire violemment à elle, l'extirpant de force de sa cachette misérable tandis qu'un vague couinement sort enfin de sa gorge meurtrie. D'un coup sec, elle le soulève, sa main crispée sur ses cheveux noirs de jais. L'enfant ne touche même plus le sol. Il est tellement léger. Il essaye de bouger ses bras pour qu'elle le lâche, pour qu'elle arrête de lui faire mal, mais il n'y arrive absolument pas, ses petites mains n'ont aucune force.

- Je ne suis pas! une! fourmi! assène t-elle avec haine.

Et à chaque mot, elle écrase violemment la tête de son fils contre les étagères. Puis elle relâche sa prise et il s'écroule au sol comme une marionnette dont on aurait coupé les fils, de petits couinements d'animal blessé sortant de ses fines lèvres gercées. L'os de sa pommette a cédé, les chocs violents ont également ouvert son arcade sourcilière et le sang coule paresseusement sur son visage enfantin. Maman je t'en supplie, arrête. Mais il n'arrive pas à parler. La douleur envahit son esprit. Il panique. Pourquoi est-ce qu'elle le frappe ainsi, pourquoi...? Arrête...

Sa mère attrape une autre bouteille qui traîne à portée de main, déjà bien entamée, et la vide d'une seule traite, cul sec. De plaisir et de contentement, elle fait claquer sa langue sur son palais. Évidemment qu'elle n'est pas une fourmi. Puisqu'elle ne ressent rien pour cet enfant. Elle ne peut pas être une fourmi. La pitié, l'amour, la compassion, c'est pour eux. Pas pour elle, oh non, oh non... C'est pas pour elle ces conneries. C'est pour les fourmis. Pas elle.

Alors, avec un rire sinistre, elle attrape la main de son fils qui ne peut pas se défendre et continue à piailler de sa voix brisée comme il peut, tout à fait incapable de parler. Tout en se délectant à l'avance de ce qu'elle va lui infliger, elle s'empare de cette main si maigre et la maintient contre le bois de la bibliothèque. L'enfant plaque sur elle son regard paniqué empli d'appréhension.

- T'es un insecte Munashii. T'vaux... tu vaux rien sale morveux.

Elle balbutie presque à cause de tout cet alcool qui ralentit enfin son intellect. Elle adore l'alcool.

- J'suis ta mère y paraît...

Son rire aigre monte de sa gorge fine en un son étrange, vrillant les oreilles du gamin. On ne saurait dire si elle rit, si elle ricane... ou si elle pleure.

- Mais je... je n'suis pas comme toi Munashii. Parce... parce... passque toi... bah t'es un insecte.

Et, avec une atroce lenteur, maintenant toujours son fils le torse malingre contre le meuble et sa main maigre et maladive dans sa poigne, elle enfonce la lame de son couteau dans les chairs tendres de cette main d'enfant. Tout doucement, ricanant et prenant son temps avec une délectation morbide, elle transperce la peau pâles, les muscles, racle les tendons, gratte contre les os fins et transperce totalement la main de l'enfant qui tente toujours de se débattre. Puis soudain, comme agacée, elle appuie de tout son poids sur le manche de la lame et cloue son fils au bois, le couteau en travers de la main.

C'est comme si on lui avait enfoncé une barre de métal porté à chaud au cœur de sa paume. Il n'arrive plus à sentir ses doigts ou même son bras. La douleur est telle qu'il ne peut pas se concentrer sur autre chose, quoi que soit d'autre. Elle le dévore brusquement tout entier. Il a tellement mal. L'enfant est trop jeune, trop petit, trop faible. Alors il hurle. Ça y est, il hurle. Malgré ses cordes vocales abîmées, l'air se met à siffler dans sa gorge et les fait vibrer, ce qui provoque ce son désarticulé. Cette chair si abîmée se met à saigner, saigner, saigner et le sang engloutit cette gorge. La femme se met à rire.

- Tu n'es qu'une fourmi! Regarde! exulte t-elle en attrapant sa bouteille d'alcool avant de la briser contre le mur, arrosant cette pauvre créature perdue dans une douleur trop forte pour lui, et de se servir de ses tessons coupants pour trancher dans la chair de l'enfant qui hurle avec ce son immonde et pleure. Tu es une fourmi! Et pas moi...! Oh... Oh non, pas moi. Regarde comme tu as mal! Et c'est moi qui te fait mal. Je suis ta mère pourtant! Ha... ha! ha! je ne suis... pas!... une fou... une fourmi!

Alors pourquoi peut-elle sentir une larme couler sur sa joue?

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Il s'appelle Tenjikubotan. Ça veut dire «dahlia». Recroquevillé dans le monde intérieur de son petit maître, il hurle. Comme un fou. De toute la force de ses poumons. Il hurle sans s'arrêter, déchirant l'air. Il n'est pas comme son petit maître qui souffre, parler ne lui fait pas physiquement mal. Lui, il est grand, lui, il est fort. Mais là,... Il hurle tellement fort que sa gorge commence effectivement à lui être douloureuse. Ce n'est pas grave. Oh non. Il ne s'en rend même pas compte et continue à hurler comme un dément. Son petit maître ne l'entend pas. Pas encore. Il n'en est pas encore capable. Mais le dahlia lui, perçoit tout. Le dahlia sait tout, entend tout. Son petit maître n'a pas de secret pour lui. Il ne peut absolument pas ignorer ce qui déchire ainsi son âme fragile d'enfant. Peur. Incompréhension. Panique. Douleur, douleur, douleur, la douleur partout, la douleur à chaque instant. Son petit maître est trop petit pour ça. Il ne peut pas comprendre. Il sait, il a lu. Mais comprendre, réellement comprendre et admettre l'horreur humaine, ça, c'est tout à fait autre chose.

Alors le dahlia hurle, parce qu'il ne peut même pas l'aider.

Il ne peut pas lui parler, rien du tout. Tout ce dont il est capable pour lui, c'est de guérir, tout doucement, tellement lentement ses plaies. Les plaies que cette salope, les plaies que sa mère lui inflige. Mais là... Pour sa main, il ne pourra rien du tout. Une fois de plus, il est impuissant. Alors il hurle. Hurle de douleur.

Il est le dahlia. Une belle fleur. Il est beau, il est élégant. Les gens peuvent regarder une fleur, s'émerveiller devant sa beauté. Mais une fleur ne se bat pas. On l'écrase. Elle se fane. Le dahlia est impuissant. Alors le dahlia hurle. Le dahlia veut tuer cette femme.

Tenjikubotan veut sa mort avant qu'elle ne tue son petit maître qui pleure.

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Il devait bien être quelque chose comme 3h du matin et la température de l'air ambiant continuait à chuter, et ce, de plus en plus vite. Sans nuages épais pour former une barrière entre le ciel nocturne et la surface rayonnante de la croûte terrestre, toute la chaleur emmagasinée par le sol sous l'action du soleil durant la journée ne faisait que s'éparpiller dans l'atmosphère. Ainsi, il faisait de plus en plus froid sur cette colline de moyenne campagne, légèrement à l'écart du Seireitei, de ses bruits et de ses lumières. En outre, un léger vent frais se faisait ressentir et glissait lentement entre les herbes hautes et les feuilles de la végétation alentour. Les branches légères des petits buissons et arbustes qui recouvraient cette hauteur dansaient doucement sous cette brise.

La silhouette obscure ne bougeait pas. Au milieu de ce spectacle nocturne calme et presque enchanteur, Shuuhei ne bougeait pas d'un pouce. Et lui, il ne se laissait absolument plus toucher par cette beauté que lui offrait la nuit et dont, d'habitude, il aimait profiter. De là où il était, il pouvait voir sa maison, celle qu'il avait passé tant de temps à retaper, lentement et péniblement. Son mur de chaux pâle était juste devant lui, à quelques pas à peine. Le shinigami connaissait parfaitement cette bâtisse, si bien qu'il pouvait deviner la moindre de ses contours, même dans la pénombre la plus marquée. Il l'avait presque bâtie de ses mains.

Et cette odeur de sang le prenait à la gorge sans qu'il ne puisse voir d'où elle venait. Sa main se crispa le long de la garde de Kazeshini. Complètement aux aguets, le jeune homme tentait d'identifier quoi que ce soit qui pourrait l'aider. Un son surtout. Mais il n'entendait rien d'autre que le vent jouant dans les herbes hautes.

- Va falloir que tu bouges de là...

- Le vent m'empêche d'entendre quoi que ce soit. Mais si je bouge...

- Tu crois que c'est un piège? Genre, un guet apens?

- J'en sais rien du tout! J'suis perdu, c'est quoi ce délire...?

- J'en sais pas plus que toi petit shinigami...

- Sans blague. J'avance.

- Dégaine d'abord.

Le plus lentement possible, Shuuhei tira son sabre hors de son fourreau sombre en tentant de faire le moins de bruit possible. Malgré son application, l'arme émit tout de même un léger sifflement métallique en râpant contre la gueule du fourreau. Si il y avait des ennemis qui l'attendaient là, derrière l'angle épais de cette maison, il n'avait plus qu'à espérer que ceux-ci ne l'aient pas entendu. Shuuhei était un shinigami. Un soldat. On l'avait formé à ça. Se battre, c'était son métier. C'était ça, sa vie. Il fit un pas en avant, toujours aussi lentement, les yeux grands ouverts et chacun de ses sens parfaitement aiguisés aux aguets. Bougeant ainsi, le vent qui l'empêchait quelques secondes plus tôt d'entendre quoi que ce soit d'autre que son lent sifflement ne le gêna plus.

Le jeune homme était juste derrière l'angle qui lui cachait son porche. C'était de là que venait cette odeur de sang. Pour que la fragrance soit aussi forte et prégnante, alors c'était qu'il devait y en avoir une certaine quantité, beaucoup trop pour que ce soit rassurant. Un piège? Mais dans quel but? On était loin de tout ici. Cela n'avait aucun sens. Il ne comprenait rien à cette situation. Mais il était un soldat alors il réfléchirait après.

Sabre en main, il avança, yeux grands ouverts, et contourna l'obstacle. Aussitôt, l'odeur lourde le frappa de plein fouet, encore plus écœurante. Son estomac retint de justesse un violent haut-le-cœur mais Shuuhei ne cilla pas. Ses yeux perçant fouillant l'obscurité se posèrent immédiatement sur cette silhouette avachie juste devant sa porte, allongé à même le sol et immobile. Une silhouette humaine. Le jeune homme fronça ses sourcils délicats. Il y avait un blessé sur le pas de sa porte. Dans cette ombre nocturne, il ne pouvait pas distinguer grand chose. Lui et la silhouette par terre étaient seuls, maintenant il en était quasi certain.

Secrètement rassuré -il s'affligea lui même d'être ainsi soulagé, ce n'était pas lui qui était en danger- il se précipita auprès de la silhouette, de cette personne en priant pour qu'elle soit encore vivante. Au vu de sa taille et de sa corpulence, cela devait être un homme. Étant donné la prégnance de l'odeur de son sang et si ce sang était bien le sien, alors ses blessures devaient être assez impressionnantes et surtout très graves. Tout en tentant de se remémorer le plus possible de sorts de kido pour soigner qu'il avait appris il y a une éternité et pas vraiment pratiqués depuis, il s'accroupit à côté du blessé, emmitouflé dans de vagues vêtements imbibés de... de sang et cachant ses traits. Il était donc absolument incapable de le reconnaître. Il les écarta fébrilement, faisant bien attention à ne pas lui faire de mal, et tenta de trouver son cou ou même son bras pour vérifier son pouls dans cette obscurité. Finalement, il parvint à découvrir sa gorge.

Et il se figea.

La lueur de la lune n'était pas bien forte par cette nuit mais elle était parfaitement suffisante à l'instant présent. Ses longs doigts fins se crispèrent dans le tissu, son regard sombre braqué sur cette gorge fine à découvert. Un peu au dessus de la naissance de sa clavicule, une plaie fine béait et tâchait la peau d'une teinte plus sombre, celle de son sang poisseux. Son cœur se mit à accélérer violemment. Sous la pulpe de ses doigts posés contre cette gorge chaude, un vague pouls pulsa lentement, tout doux sous sa peau fragile. L'homme blessé était vivant. En très mauvais état mais encore vivant. La vie se battait encore contre ces blessures qui arrachaient lentement ses forces, le tuant à petit feu. Son cœur faible ne s'était pas encore arrêté et continuait à vaillamment lutter malgré le sang qui n'arrêtait pas de s'écouler par flots épais, de sa gorge, de ses mains, de son torse, de son abdomen... Il était mourant mais pas encore mort. Par encore, pas encore, pas encore...

Pétrifié, Shuuhei ne bougea pas. Il n'arrivait pas à réagir. En un instant, il avait eut l'impression que son cœur chutait violemment dans son corps d'un seul coup. Il aurait reconnu cette peau absolument partout, à côté de la teinte si pâle de ses doigts. Cette peau était si belle, ce bois d'ébène...

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Ou l'alcool, ce fléau... Le pire, c'est que je n'exagère absolument pas.

...

Bref!

Ce chapitre... Alors? Alors? *trépigne, toute curieuse*

Dites moi tout! Surtout à propos de la première partie, sur Shinko (alias Munsahii donc) et sa mère, la narration est un peu éloignée de ce que j'ai tendance à écrire alors dites moi ce que vous en pensez, est-ce que ça vous a touché...

Vous avez deviné qui est le blessé devant la maison de Shuuhei, cet homme à la peau d'ébène? (le premier qui me sort Zommarie Leroux, je le frappe, je vous jure) Et pour la suite, vous vous attendez à quoi, dites moi?

Bon, je vous laisse, il faut que j'aille dépouiller les votes!

J'attends vos revieeeeeeeeeeews!

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Prochain chapitre: Chapitre 10. Bataille lointaine et brûlure cuisante.

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