17.
« Nous recherchons un homme de race blanche, âgé de 25 à 35 ans. Il est imposant physiquement. Assez pour transporter ses victimes sans avoir à les traîner sur le sol. Pourtant, il ne les maîtrise pas par la force. Il est malin. Il les assomme, les drogue pour ensuite les agresser » expliquait Hotch aux hommes du SFPD qu'ils avaient à leur disposition.
« Il ne cherche pas à tuer. Seulement à vivre ou revivre un fantasme. Il est pourtant contraint de se débarrasser de ses victimes pour ne pas laisser de témoins, ni d'indices. »
« Il est discret. Un monsieur tout le monde qui sait éviter de se faire remarquer malgré son physique », poursuivit Reid. « la victimologie, la nature des agressions et leur espacement dans le temps indiquent qu'il recherche une personne en particulier. Un homme dont il est amoureux depuis des années, et qu'il a perdu de vue. Les rapports qu'il entretient post-mortem avec les victimes nous font penser qu'il est en manque de repères. Il a probablement vécu avec des parents violents, ou même absents. »
« Son déménagement à San Francisco nous porte à croire qu'il a retrouvé la trace de l'homme qu'il recherche. Jusqu'ici, rien n'indique qu'il l'ait précisément localisé », enchaîna Prentiss.
« Il cherche peut-être un fantôme ? » suggéra l'inspecteur Tyler.
« C'est peut-être le cas, effectivement », répondit Hotch. « Ce qui veut dire que les meurtres ne s'arrêteront pas, et qu'ils vont sans doute se généraliser à une population plus large. »
« Et s'accélérer. »
« Cet homme est frustré, en colère. Sa perception du bien et du mal est affectée par son enfance chaotique », ajouta Reid. « Il est violent, et on peut s'attendre à ce qu'il soit armé, au cas où il se sente cerné. »
« Et si l'homme qu'il recherche... » intervint un des collègues de Tyler. « S'il voulait de lui, vous voyez ? »
« C'est fort peu probable. Mais nous n'écartons pas cette possibilité. »
18.
Il se réveilla avec un mal de crâne carabiné. Cette expression venait sûrement du fait que parfois, comme dans son cas, un coup de fusil en pleine tête n'aurait pas provoqué moins de dégâts.
Les lignes en bois verticales qu'il apercevait d'un oeil étaient floues. C'était quoi, cet endroit ? Il était allongé sur le ventre, enfoncé dans quelque chose de mou. Un lit. Et il ressentait un tel vertige qu'il était incapable de se redresser.
Il avait envie de vomir.
« Je crois que j'ai le mal de mer... »
Il ravala sa salive aussitôt. Parler tout haut n'arrangerait pas sa nausée.
Au lieu de ça, il préféra s'efforcer de réfléchir à ce qu'il faisait ici, dans cet endroit qu'il ne connaissait pas.
La dernière chose qui se rappelait à son souvenir, c'était la fille blonde, avec son sourire. Ensuite... Il s'était retrouvé dehors. Oh ça y est ! Il avait croisé Matthew Cisco, son frère de coeur de Sacramento, quand il vivait chez les Jones, sa dernière famille d'accueil. Ils avaient discuté, longuement discuté, dans sa voiture, et sur le bateau. Voilà où il était, sur ce bateau. Avec le mal de mer, et un très mauvais pressentiment. Une peur bleue. C'est grâce à elle qu'il trouva tout ce qu'il lui fallait de force et de volonté pour plier ses bras et s'appuyer sur ses coudes.
On le mitraillait. Sa tête avait explosé... Il ferma les yeux et laissa passer le plus gros de la tempête. Il allait gerber, putain...
« Ça va pas ? »
Il sursauta. Et avant qu'il ne le réalise, son regard fut attirée par celui de Matt. Noyé dedans. Son frère de coeur était un monstre. Nu, allongé près de lui, il ne sentit que maintenant sa main posée au creux de ses reins. Nu lui aussi.
« C'était bien. »
« Quoi ? » Bredouilla Wesley. « Qu'est-ce qui... »
Il pinça ses lèvres, referma les yeux. Pour ne pas rêver, ça c'était certain, il ne rêvait plus. Il vivait un véritable cauchemar. Plus vrai que nature.
Le lit remua sous lui.
Et puis il entendit d'un peu plus loin :
« Vient prendre l'air. Ça te fera du bien. Habille toi, je t'attends sur le pont. »
je suis pas ton chien, pensa-t-il.
Pourtant c'était pas loin d'être le cas. Ils avaient selon toute évidence fait l'amour. Ou quelque chose d'approchant. Wesley ne l'avait pas fait depuis plusieurs mois mais les sensations, il les connaissait. Pour le reste, il n'arrivait pas à se souvenir.
Une porte s'ouvrit. Il sentit l'air marin imprégner tout.
Il ouvrit les yeux.
Comment avait-il pu être si con ?
C'est sa bêtise qui lui inspira assez de volontés et de force pour se mettre debout et regarder tout autour de lui.
Il avait froid, alors il récupéra ses vêtements, pliés sur un meuble, et les enfila en vitesse tout en balayant la cabine du regard. Il se sentait fébrile, mais avant tout humilié et perdu. En colère, aussi. Contre lui-même et Matt. Il avait fait confiance à un ami mais c'est dans le lit d'un traître qu'il s'était réveillé.
Il ne retrouvera pas ses papiers, ni son téléphone portable. Tous les tiroirs et placards étaient verrouillés. Les portes aussi, sauf celle qui menait en haut, sur le pont.
Il ne trouva aucun objet non plus susceptible de le protéger, ou d'inciter Matt à le laisser partir. Tant pis. Il allait improviser... Il savait se défendre, et nager. Et puis il n'avait pas les mains liées.
Après une profonde inspiration, qui lui tourna un peu plus la tête, il prit son courage à deux mains et gagna l'air libre.
Son coeur rata un battement.
C'était un mirage, pas possible autrement.
Rien que l'océan, tout autour, et le ciel bleu au-dessus. Pas une île, pas une seule parcelle de terre, pas une pointe d'immeuble à l'horizon. Rien d'autre que du bleu, du bleu, et du bleu.
