Chase cru qu'il allait à son tour avoir une attaque lorsque des coups répétés contre le mur dans son dos résonnèrent dans tout leur espace confiné.
House restait imperturbable. Concentré sur sa tâche, il n'entendit même pas le bruit. Ses oreilles bourdonnaient trop ; il devait se concentrer sur la douleur de sa jambe agitée de spasmes afin de ne pas ressentir l'engourdissement qui lui venait dans les bras à force de répéter indéfiniment les mêmes gestes, ni les tremblements qui se propageaient à tout son corps, ni son mal de tête qui lui obscurcissait les pensées. La moindre faiblesse dans ses gestes précis et Wilson mourrait. Wilson ne devait pas mourir. Pas comme ça. Pas ici… Pas devant ses yeux. Pas à ses côtés. Jamais.
Il ne tourna même pas la tête lorsque le mur derrière lui éclata en morceaux. Mais lorsque des voix retentirent, il cru qu'il allait s'évanouir de soulagement :
-Monsieur ! Vous allez bien ?
-Ils sont trois !
-Hey, on a un arrêt cardiaque !
-Amenez tout de suite une équipe médicale !
-Dépêchez vous de les sortir avant que le plafond ne cède !
On saisit House par les aisselles et on le souleva de Wilson. A travers sa vision floutée il vit que l'on posait l'oncologue sur un brancard, quelqu'un d'autre prit la relève pour le massage cardiaque tandis qu'on le tirait en arrière. House permit enfin à son corps de prendre la relève sur son esprit et tomba inconscient dans les bras des deux secouristes.
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Lorsqu'il ouvrit les yeux, il eut un mal fou à identifier quoi que ce soit. Son univers avait tourné blanc, complètement blanc, et légèrement flou. Il se sentait étrangement léger. Léger. Blanc… Confort. Paradis ? Pourquoi serait-il au paradis ? Il ne se rappelait pas être mort… Il ne se rappelait pas grand-chose en fait.
Il plissa les yeux, secoua doucement la tête, et s'aperçu finalement qu'il fixait un plafond blanc. Il ne savait pas que le paradis avait des plafonds.
-Oh, salut. Bien dormi ?
Huh… Il ne savait pas que les plafonds pouvaient parler non plus. Dans le doute, il tourna la tête vers sa droite, faisant lentement pivoter ses yeux, et rencontra un visage émacié, fatigué, qui lui disait quelque chose.
-Ca va ? Tu sais où tu es ? lui demanda-t-il.
Ses yeux continuèrent leur chemin vers la droite, et se posèrent sur une cane accrochée aux barrières de son lit.
House.
-Wouhou, Terre appelle Wilson !
Wilson tourna les yeux dans l'autre sens pour se poser sur son ami. Si House était là, il n'était définitivement pas au paradis.
-Tu peux me dire ton nom ? continuait House en attrapant un penlight dans sa poche.
Wilson ne répondit pas et continuait simplement à le fixer tandis qu'il testait ses pupilles. House sembla un peu désarçonné de se faire détailler comme ça.
-Okay… Et moi, tu sais encore qui je suis ?
-Pas un plafond… bredouilla Wilson, son esprit un peu embrouillé sentant qu'il se devait de fournir cette information.
-Wahou, t'es vraiment dans la choucroute mon vieux… Non, aux dernières nouvelles je n'étais pas un plafond, à moins que ma mère ne m'ai caché quelque chose à ma naissance. Ton nom, tu peux me le dire ou je dois ramener L'Ogre Foreman pour te faire subir tout un tas de tests neurologiques longs et douloureux ?
-James Wilson…
-Y'a du progrès. Bouge pas la tête, suis mon doigt avec tes yeux… Mon nom ?
-Greg House…
-Trop fatigué pour dire mon prénom en entier, hein ? Tu as repéré où tu étais depuis le temps ?
Wilson réfléchi un instant.
-En enfer ?
-Pas loin.
Il souri.
-Tu as l'air fatigué, remarqua Wilson.
-Possible… éluda House, remuant inconfortablement sur sa chaise.
-On est sorti de là ? continua Wilson.
-Si par « là » tu veux dire le sol de l'ex-cafétéria de l'ex-hôpital de l'ex… Non, de Cuddy, alors oui. Sauvés par une équipe de chercheurs qui ont cassé la baraque –littéralement.
-… Cuddy… ?
-Cuddy est en pleine forme, dit aussitôt House. Elle a perdu un morceau de son bel hôpital, mais vu la façon dont elle nous a sauté au cou dès qu'elle nous a vu, je pense qu'elle se consolera. Et Chase est en train d'errer dans les couloirs avec un air déprimé parce que Cameron était prête à te marier quand elle a vu dans quel état tu étais. Elle va déchanter quand elle va savoir que tu es réveillé, tu n'es plus en danger de mort, ergo moins attirant.
-… C'était quoi, mon état ? hésita Wilson.
-Voyons… (House attrapa sa fiche à la fin de son lit et lu à haute voix : ) Je te fais la version courte : côtes cassées, humérus gauche aussi, en deux endroits… Au moins il te reste la main droite.
-Je suis gaucher, House.
-Oh, j'avais oublié… Tant pis pour toi, alors. Fémur gauche bousillé lui aussi, et… Wow, j'ose même pas te dire combien de points de suture en tout. Ils t'ont tout réparé… Sans compter les trois tonnes d'antibiotiques dont ils t'ont bourré pendant les 3 semaines où tu as dormi comme un bébé, et la morphine qui est en train de couler par intraveineuse, ce qui explique pourquoi tu as l'impression de planer –tu planes vraiment. Tu as tellement de médicaments dans ton organisme que tu as été élevé au rang de pharmacie humaine. La commotion s'est résorbée d'elle-même. Ah, et j'ai failli oublié le quart d'heure d'arrêt cardiaque.
Cela pris un moment à l'esprit embué de morphine de Wilson pour comprendre cette phrase.
-Arrêt cardiaque ?
-C'est le risque quand on s'amuse à frotter une plaie ouverte dans la poussière. Sepsis.
-Je suis… Mort ?
-Non, tu étais mort, pendant moins de quelques secondes puisqu'on t'a fait un massage cardiaque illico presto.
Wilson fronça les sourcils.
-On ? Qui, on ?
-Chase, répondit aussitôt House, trop vite pour que Wilson n'y croit.
L'oncologue se retint de sourire.
-Et toi, ça va ?
-Moi ? fit House. Je me porte comme un charme. J'ai retrouvé ma vicodin, Cuddy m'a couru après pendant des jours pour que j'arrête de dévaliser la pharmacie, Foreman m'a pris la tête une cinquantaine de fois, Thirteen et Kutner me boudent depuis 3 jours parce que je leur ai dit quelque chose de soit disant « méchant », et Taub m'évite soigneusement… Bref, il ne manquait plus que Jimmy pour que ma vie retourne à la normale.
-Quelle déclaration. Je t'ai manqué ?
A la grande surprise de Wilson, House ne répondit pas à l'aide d'une de ces belles phrases dégoulinantes de sarcasme, mais lui jeta un regard bizarre. L'étudiant pendant un court moment avant de se lever et de tourner des talons :
-Je vais chercher Cuddy pour lui dire que tu es réveillé.
Et il sorti sans se retourner, laissant Wilson surpris. Il avait posé cette question pour s'amuser, rien de plus. Il ne s'était pas attendu à ce que ça le trouble.
Cependant, il n'eu pas le loisir de réfléchir plus profondément à la question car les médicaments commençaient à reprendre leurs droits : deux minutes plus tard il était plongé dans un sommeil sans rêves.
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Oh ben, c'est bientôt fini, les gens...
