Relecture Brynamon.

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Merci à Violettepoete, GossipMonkey et Arwinia pour leur review.

Bonne lecture.


Chapitre 10 : Des âmes tourmentées.


POV RONALD WEASLEY

J'étais vraiment content de prolonger le temps que je pouvais passer auprès d'Hermione. J'étais toujours nauséeux, j'avais encore des crampes mais cela s'estompait doucement. J'étais surtout très fatigué. Je l'attendis dans l'entrée. En la voyant revenir avec ma sœur, je réalisai à quel point elle avait pris de la place dans ma vie en si peu de temps.

Ginny était triste et le mot était faible. Je supposai que le coupable était Dean, mais pourquoi ? Qu'avait-il fait ? J'allais le découvrir. Et je lui ferai passer l'envie de blesser ma sœur. Hermione se montra si affectueuse avec elle que je restai cloué devant le spectacle de sa douceur et sa gentillesse. Je ne m'étais pas trompé. Elle était la femme la plus merveilleuse au monde. Et elle avait accepté que je sois près d'elle. Cette pensée me fit tant de bien que je trouvai la force de tenter de me lever. Elles vinrent m'aider. Nous descendîmes les marches en silence. Mes oreilles bourdonnaient.

Dehors l'air était vraiment glacé. Je frissonnai, elles se tassèrent contre moi pour me réchauffer. J'appréciai le geste. Il n'y avait pas loin jusque ma titine. Je grimpai à l'arrière, je voulais m'allonger. Ginny prit place côté passager sans broncher.

J'observai Hermione conduire sans aucune difficulté, elle jetait des coups d'œil répétés à Ginny qui restait muette. Elle était inquiète ce qui m'inquiéta. Ginny lui indiqua la route pour rentrer à la maison. J'avais hâte d'être dans mon lit. Mon esprit s'égara, imaginant Hermione avec moi dans le dit lit.

-Ça va mieux Ronald ?

-Un peu oui.

Sa présence me manquait, j'avais besoin de la toucher. Je me rassis et posai ma main sur son épaule. Je perçus son sourire alors qu'elle posa la sienne sur la mienne un bref instant. Ginny se détourna. Je posai mon autre main sur son épaule.

-Mets ta ceinture Ron ! Me cria-t-elle.

Pourquoi me rejetait-elle ? Je mis ma ceinture et fermai les yeux. Je les avais à peine fermés que l'on était arrivé. Ginny quitta la voiture sans un mot. Je descendis à mon tour et attrapai le bras qu'Hermione me tendait pour y prendre appui. Devant la porte, j'hésitai, qu'allait-elle penser de la maison ? L'aspect extérieur était basique tout comme l'intérieur.

Je n'eus pas le temps de me questionner plus, que la porte s'ouvrit à la volée sur ma mère. Elle était encore debout dans sa robe de chambre et la tête pleine de bigoudis. Il n'était pas si tard, voilà pourquoi elle trainait encore en bas. Elle nous détailla sans réserve. Hermione me lâcha, je lui attrapai la main. Ma mère le remarqua, évidemment, et esquissa un sourire ébahi qui me mit mal à l'aise.

-Bonsoir Madame, dit Hermione avec cérémonie. Je suis Hermione Granger, pardon d'arriver à l'improviste.

Elle lui tendit la main. Ma mère n'hésita pas une seconde. Je me détendis, Hermione aussi.

-Hermione m'a ramené parce que j'étais malade.

-Entrez, entrez, dit-elle en m'examinant de près. Qu'est-ce que tu as ? Tu es tout pâle mon poussin.

Hermione étouffa un rire.

-Maman, c'est bon, arrête ! Ça va mieux.

Il faisait meilleur à l'intérieur. Ma mère prit le manteau d'Hermione et l'attira ensuite dans le séjour alors que je défaisais mon manteau.

-Tu veux boire quelque chose Hermione ? Lui proposa-t-elle, familière.

C'était ma mère.

-Non, non, je ne veux pas vous déranger, j'étais juste venue…

-Mais tu ne me déranges pas voyons.

Elle l'obligea à s'asseoir et commença à lui poser plein de questions. Voilà Hermione dans de beaux draps. Elle me lança un regard à l'aide. Je me contentai de lui sourire, posé contre le chambranle de la porte. Je visionnai cette scène presque surréaliste pour moi. J'en appris pas mal sur elle. Elle avait vingt-quatre ans, elle était un peu plus vieille que moi de pas grand-chose. Elle avait perdu sa mère, mon cœur se serra de la façon dont elle en parla. Son père vivait à Londres, elle s'entendait très bien avec lui. Elle l'adorait à l'évidence. Elle avait un oncle et un cousin qu'elle voyait peu. Elle s'occupait du Droit de la famille essentiellement dans le cabinet Hartman et Grasson, à terme elle espérait devenir associée. Elle était ambitieuse et si intelligente. Cela me ramena à ma situation. Qu'avais-je à lui offrir ?

Je partis me chercher un verre d'eau, soucieux. Ma mère arriva deux minutes après, me trouvant devant l'évier.

-Elle ne va pas repartir, décréta-t-elle. Les routes sont glissantes, on n'y voit pas à deux mètres.

Elle exagérait mais cela m'arrangeait.

-Tu as raison maman.

-Nous avons une chambre d'amis, je vais aller la préparer, préviens-la.

Elle s'en allait puis se ravisa.

-Pourquoi tu rumines ?

-Je…

-Oui ?

-Non, c'est juste que…

Ginny entra me coupant dans mon élan. Ma mère se tourna vers elle, l'œil sévère.

-Tu t'es changé, c'est déjà mieux.

Elle remarqua la mine fermée de sa fille et fronça les sourcils. Cependant, elle ne lui dit rien et remonta à l'étage. Entre elle et ma mère, c'était conflictuel depuis quelques mois. Depuis qu'elle avait rencontré Dean en fait. Elle repartait déjà, un verre de lait à la main.

-Tu veux qu'on en parle ?

-Ne le prends pas mal mais je n'ai pas envie d'en parler avec toi Ron.

Elle continua sa route. Je retournai au salon. Hermione était au téléphone, cherchant à avoir un taxi. Je le lui pris des mains et raccrochai. Interloquée, elle me dévisagea.

-Tu restes dormir ici, ma mère ne veut pas que tu aies un accident.

-Mais c'est un taxi qui…

-Pas de mais.

Elle se leva, contrariée.

-Je n'aime pas que l'on décide à ma place !

Je me fichais de sa colère, je voyais juste qu'elle allait rester et cela me procura un immense bonheur.

-J'aimerais que tu restes. J'ai envie que tu restes, murmurai-je.

Elle se troubla, moi j'étais subjugué. Elle esquissa finalement un sourire qui me fit fondre.

-D'accord.

Elle se rassit. J'en fis de même. Je contemplai son profil, eut envie de l'embrasser. Cependant, je préférai ne pas tenter le diable. Je me contentai de me rapprocher, glissant mon bras derrière elle pour lui entourer la taille. Je collai mon nez sur sa joue, glissai jusque son cou, l'effleurant de mes lèvres. Elle soupira de manière presqu'imperceptible. Je serrai un peu plus ma main sur sa taille pour la serrer près de moi.

-C'est bon ! Entendis-je ma mère dans l'escalier, je me redressai aussi sec. Je vous ai mis un pyjama sur le lit, rajouta-t-elle en nous faisant face.

Je m'étais éloigné.

-Merci beaucoup Madame.

-Appelle-moi Molly.

Je devais prendre mes distances pour reprendre contenance.

-Je vais aller me coucher, je me sens encore patraque.

-Tu veux une tisane mon chou ?

-Je veux bien merci maman.

-Je te le monte, emmène Hermione à sa chambre.

Bon sang ! Je fis le chemin à ses côtés, nous montâmes doucement, sans nous regarder. Devant sa porte, elle me fit face, me sondant intensément de ses yeux brillants qui me firent un effet phénoménal. Elle avait envie de me dire quelque chose mais elle se retint.

-Bonne nuit Ronald.

-Bonne nuit.

Elle entra et referma derrière elle non sans un dernier regard qui me rendit fébrile. Je restai un moment à fixer sa porte puis me décidai à rejoindre la mienne. Je passai d'abord par la salle de bain puis m'allongeai, en pyjama, emmitouflé sous ma couverture. J'eus du mal à trouver le sommeil.

OoooO

En ouvrant les yeux, je sentis encore le besoin de me rendormir, je me tournai sur le côté et remarquai une tasse. Je m'interrogeai, puis refermai les yeux pour les rouvrir brusquement. Je fis un bond hors du lit, se pouvait-il qu'elle soit là ? Avais-je tout rêvé ? Je sortis hors de ma chambre, il n'y avait aucun bruit. La maison était endormie, il n'était que huit heures et demie. Je piétinai jusqu'à la chambre d'amis, toquai. Personne ne répondit. Je descendis au rez-de-chaussée : personne. Je me posai sur le banc de la cuisine, commençant à croire que j'avais tout rêvé quand j'entendis des pas dans l'escalier. Elle apparut avec Ginny.

-Tu vois, il croyait qu'il avait rêvé, se moqua Ginny. Il commençait déjà à déprimer.

Je ne relevai pas, soulagé de la voir sourire à nouveau, et soulagé de constater que je n'avais pas rêvé. Hermione croisa mon regard, mon cœur se réchauffa. Elle portait une robe de chambre rose pale, celle de Ginny. Elle paraissait fatiguée cela ne l'empêcha pas de me sourire à pleine dent tout en supprimant la distance entre nous. Elle s'assit à mes cotés sur le banc longeant la table, m'embrassa sur le coin de la bouche. J'étais chamboulé par cette affection qu'elle affichait à mon égard. J'aurais préféré que Ginny soit loin.

-Il serait temps de vous prendre une chambre, déclara-t-elle.

Je ne relevai toujours pas, mal à l'aise. Et je n'étais pas le seul.

-Tu as bien dormi, lui demandai-je tendrement, lui enserrant la taille avec douceur tel un objet précieux.

-J'ai passé une partie de la nuit à discuter avec Ginny, m'éclaira-t-elle. J'ai dormi dans sa chambre.

Elle fixait la table en me racontant tout cela, je distinguai sa gêne, elle avait rougi. Ginny était décidément enquiquinante. Elle nous fila des tasses, farfouilla dans le frigo pour prendre du beurre, du lait et de la confiture qu'elle déposa sur la table. Elle récupéra le sucre, des biscottes puis chercha la bouilloire pour faire chauffer de l'eau et préparer du thé. Elle nous donna son dos fixant la gazinière, cependant je la soupçonnai d'avoir des yeux bioniques capable de voir dans son dos. Du coup, je ne tentai rien pourtant je brulais d'envie d'embrasser Hermione, juste un baiser, un seul, un tout petit, histoire de confirmer…

Hermione apposa sa tête au creux de mon cou. Je profitai de cet instant mais elle se redressa d'un coup. Elle avait dû remarquer comme moi que Ginny restait trop longtemps de dos, un dos qui s'était voûté. Je me levai pour aller la voir. Elle avait les yeux fermés et pleurait en silence et cela me rendit si triste que l'envie de pleurer me saisit aussi. Je l'entrainai dans mes bras, elle m'agrippa, froissant mes habits, enfonçant ses ongles. Je subissais sans un mot, conscient de son immense chagrin. Je n'osai lui poser la question. Je savais juste que Dean allait morfler.

-Ginny…

Les pas lourds de mon père retentirent dans l'escalier mais Ginny ne l'entendit pas. Hermione se redressa, essuyant ses propres larmes. Un si beau début de journée, gâchée par la mélancolie d'un cœur en peine. Je la voyais si forte comme un roc, souvent insensible. La voir ainsi démunie me déstabilisa. J'avais tout faux, elle était aussi sensible que je pouvais l'être.

-Salut les enfants, bougonna mon père, encore ensommeillé.

Ginny s'éloigna de moi. Mon père eut un instant d'arrêt devant Hermione.

-Heu…bonjour.

Je contournai la table pour lui donner une accolade et lui présenter Hermione. Quand ce fut fait, elle lui tendit une main gracieuse qu'il attrapa sans conviction, très surpris. Il fronça les sourcils, fixant le décolleté d'Hermione, je me crispai, mortifié.

-Mais… c'est… on dirait une émeraude de Birmanie !

Je restai perplexe. Hermione, elle, se décomposa. Pourquoi ?

-J'en ai entendu parler mais je n'en avais encore jamais vue, je croyais que c'était un mythe. Où l'avez-vous trouvée ? Vous protège-t-elle réellement du mal ? Savez-vous si je peux m'en procurer une ?

Mon père croyait à des choses surnaturelles. Il était passionné de magie, possédant nombre d'objets plus étranges les uns que les autres. J'espérai qu'Hermione ne se formaliserait pas de toutes ses questions et qu'elle ne le prendrait pas pour un excentrique ou un fou. Car mon père étai loin d'être l'un ou l'autre.

-Je peux la voir de plus près ? Continua-t-il devant le mutisme d'Hermione.

Elle serra son bijou. Je compris qu'elle ne le souhaitait pas.

-Papa…

Il esquissa une moue déçue mais retrouva vite le sourire.

-Alors comme ça vous êtes la fiancée de mon fils.

Je manquai de m'étrangler.

-Mais non papa, intervint Ginny revenu d'entre les morts. Ils sortent juste ensemble, ne leur mets pas une pression inutile.

Il n'avait pas remarqué sa présence, alla vers elle et l'embrassa rapidement. Il discuta avec elle, remarquant ses yeux rougis. Hermione était ailleurs, toujours ébranlée.

-Qu'est-ce que tu as ? Mon père t'a incommodée ? Lui murmurai-je.

-Je … non… il n'y a rien… je monte à la salle de bain, décréta-t-elle.

-Mais tu n'as pas mangé.

-Je n'ai pas très faim.

Son départ intempestif me perturba. Je me posai beaucoup de questions.


POV HARRY POTTER

Hier soir

Il avait été difficile de repousser Ginny mais j'avais compris son manège et je n'aimais pas que l'on se serve de moi. Et puis maintenant, j'étais brouillé avec Dean… et Seamus qui s'en était mêlé juste après. C'est Dudley qui nous avait séparés. A regret, il avait proposé de laisser sa conquête pour me ramener mais je l'avais convaincu de rester. Je voulais être seul de toute façon.

Je digérais mal les paroles de Dean et Seamus car elles sonnaient vrais. J'étais content que Ginny ait découvert la vérité. Et oui je la voulais. Cependant… je ne voyais pas comment entamer une relation avec une fille aussi compliqué et surtout… toujours amoureuse. Je n'étais pas doué avec les filles et je manquais de patience en général.

Je dévalai les marches, sortis dehors et respirai un bon coup. Je n'avais jamais passé de pire soirée. Je marchai longuement jusqu'à percevoir une ruelle sombre, je m'y engouffrai pour transplaner. Devant la maison, j'hésitai. Papa était là, il ne dormait pas. Il attendait comme à chaque fois que je sortais, peu importait mon heure d'arrivée. Il était comme ça et je ne lui en voulais pas. Sauf que cette fois, je n'avais pas envie de le croiser. Il saurait que j'allais mal.

-Harry ?

Il avait ouvert la porte.

-Pourquoi tu n'entres pas ?

Je rentrai donc et me tournai vers lui pour qu'il me pose « la » question.

-Alors cette soirée ?

-Bien. Je suis fatigué.

C'était vrai.

-Je monte me coucher. Bonne nuit papa.

-Bonne nuit mon fils.

Sa voix trahissait de l'inquiétude et de la lassitude aussi. Cependant, je ne voulais pas creuser, pas ce soir. Il n'ajouta rien de plus et me regarda monter, je sentis la lourdeur de son regard sur mon dos. Dans ma chambre, je respirai mieux, je fis le tour de la pièce plongée dans la pénombre. Je ne pris pas la peine d'allumer la lampe, me déshabillai et plongeai sous la couverture…

Je tournai et tournai. J'avais chaud. Je rejetai la couverture, contrarié. Il fallait que je cesse de penser à Dean et de mon envie de le cogner. Je n'étais pas quelqu'un de violent ni d'agressif mais la peine réelle de Ginny méritait bien qu'il en bave un peu. Non… je ne devais pas penser à elle.

Je pensai alors à Malefoy et Hermione. Ce n'était pas mieux. Ce gars était dangereux. Il fallait que je l'arrête. Je commençai à imaginer une stratégie. Cela n'allait pas m'aider à dormir.

Je pensai ensuite à mon père. Il était si malheureux depuis si longtemps. Depuis toujours en fait. Ce qui m'amena à penser à elle.

A ma mère, l'écho de sa voix que j'avais inventée me réconforta. Je m'enfonçai dans le sommeil.

Je voyageais le jour, escaladant des obstacles, parcourant des kilomètres. Je plongeai ensuite dans une mer chaude et parfumée contemplant au loin des bateaux. Puis soudainement les bateaux disparurent, j'avais froid, j'avais peur, j'étais humide, incapable de marcher…Je volais en fait. J'entendis des cris, puis une tunique rouge protégeant le néant et le mal se tourna vers moi. Je tendis le bras, voulant attraper quelque chose mais je ne ressentis qu'un immense vide…

Je me redressai, le souffle coupé, oppressé et malheureux. J'avais comme un manque et une violente angoisse. Ce rêve revenait sans arrêt depuis quelques mois. Pourquoi ? Que représentait-il ? Je me recouchai en sachant pertinemment que le sommeil me ferait défaut.

Ce matin, j'oscillais entre brouillard et mal de crâne. Je ne voulais pas sortir de cet état malgré l'inconfort. Je voulais juste être comateux, être engourdi. Malgré tous mes efforts, la veille me revint en mémoire. J'ouvris les yeux et zieutai le réveil : dix heures cinq. Il était bien trop tôt pour sortir de mon lit un samedi. On sonna à la porte d'entrée. Qui pouvait venir de si bon matin ? Je sortis du lit et titubai jusqu'à la fenêtre qui donnait sur la rue. Je reconnus la voiture de Tante Tunie.

Je les rejoignis dans la cuisine, ils buvaient un thé. Je les embrassai tous les deux et m'assis près d'elle. Elle me servit une tasse.

-Tu veux des toasts ?

-Si c'est toi qui les prépare oui, ceux de papa sont immangeables.

Il grimaça, m'accusant de trahison.

-Je tiens à ma santé papa, c'est tout.

Elle s'affaira et me demanda de mes nouvelles :

-Tu as une petite mine.

-Hier soir, il est rentré avec une tête, je ne te dis pas Pétunia.

-Ah oui ? Moi je n'ai même pas entendu Dudley rentrer.

-C'est parce que nous ne sommes pas rentrés ensemble, grommelai-je.

-C'est étonnant.

Je ne répondis pas. Elle me servit ses supers toasts accompagnés d'œufs brouillés et j'eus l'impression de revivre.

-Je les adore tes toasts Tante Tunie.

Elle passa sa main dans mes cheveux, tentant de les discipliner avec affection comme une mère pourrait le faire du moins je le pensais. Elle était de loin ce qui s'apparentait le plus à une figure maternelle pour moi mais…

Ils continuèrent à discuter tandis que je me replongeai de nouveau dans le mal-être. Pourquoi étais-je si contrarié ? « Ginny, Ginny » me souffla une voix dans ma tête. Je n'avais pas remarqué le silence autour de moi.

-Harry, tu vas bien ? Me questionna mon père.

-Non, dis-je brusquement.

-Qu'est-ce qui t'arrive ?

Parler de Ginny ? Non.

-Je dors mal, je fais des cauchemars depuis quelques mois et je ne sais pas ce que ça signifie mais ça me fout en l'air.

-Dis-nous ? Insista-t-il.

Je tentai de rassembler les morceaux dont je me rappelais.

-C'est toujours la même chose, je ne sais pas quoi en penser.

Je leur décrivis ce dont je me rappelais.

-C'est étrange en effet, constata mon père, soucieux. Mais pas de quoi s'alarmer, conclut-il.

J'étais de son avis. Cela passerait. Je sortis de table.

-Je vais me doucher.

Dans la salle de bain, je ne trouvai aucune serviette, je redescendis à la buanderie. Dans l'escalier, j'entendis le ton monter entre mon père et ma tante, étrange. Pourquoi se disputaient-ils ? Je fis le reste du chemin sur la pointe des pieds et me postai devant la porte.

-Pourquoi persistes-tu, Pétunia ?

-Tu devrais lui dire, James.

-Non.

-Pourquoi ?

-Tu sais bien pourquoi !

-Il a le droit de savoir !

Silence.

-Il en rêve maintenant. Il se rappelle, continua-t-elle.

Je me raidis, craignant d'entendre la suite.

-Impossible, il n'avait qu'un an.

-Il se rappelle, je te dis, tu as entendu comme moi, il ne peut pas avoir inventé tout cela.

Mon cœur battait fort. J'avais peur de comprendre.

-Je n'ai jamais perdu espoir de la retrouver. Elle est là quelque part James.

-Si c'est le cas, elle ne se rappelle même pas de nous.

-Raison de plus, James. Je ne te reconnais pas. Tu n'es plus l'homme que je connaissais.

-Cet homme est mort quand Lily a été enlevée.

Enlevée, mon cerveau se brouilla. Je tentai de me ressaisir mais j'avais l'impression de me noyer.

-On a cherché pendant dix ans, dix ans ! Rajouta-t-il, virulent.

-Nous devrions reprendre les recherches...

Je poussai la porte, flageolant, réalisant leurs paroles. J'avais peur. Ils sursautèrent, l'air coupable de quelqu'un pris en faute et mon cœur se broya.

-Ma mère est toujours en vie ?

-Harry…

-Et tu me l'as caché, grondai-je fixant mon père avec colère. Tu m'as menti tout ce temps…

-Harry, intervient tante Pétunia.

Elle se figea, devint blême alors que je posai mes yeux sur elle.

-Toi aussi… tu m'as menti.


POV DRAGO MALEFOY

Ce matin

Je ne voyais pas où j'étais. Je fis un bond, me redressant en position assise. J'étais seul dans un lit inconnu. Il faisait sombre mais le jour était là caché par les doubles rideaux pourpres. J'avais mal au crâne. J'essayai de me rappeler…

Mince, j'étais nu, ce n'était pas bon signe. Qu'est-ce que j'avais bien pu fabriquer ? Et avec qui ? La porte s'ouvrit, une fille brune qui portait un plateau entra tout sourire en me voyant.

-Tu es réveillé…

Je la détaillai, un peu vaseux. Elle portait ma chemise ! En voyant ses jambes, je me rappelai brusquement tout le reste. Mal à l'aise, je détournai le regard, elle traversa la petite pièce et posa le plateau sur mes genoux. Tout était très appétissant mais là…

-Je ne déjeune pas le matin.

-Ah…

-Reprends ton plateau.

J'étais sec, rien à faire. Elle obtempéra déçue.

-Où sont mes affaires ?

-Je les ai pliés, ils sont sur la chaise.

-Où est ta salle de bain ?

-En face.

Je voulus descendre du lit, me rappelai que j'étais nu.

-J'ai besoin d'un peu d'intimité.

Je l'entendis quitter la chambre, je ne l'avais pas regardée une seule fois dans les yeux. Je me hâtai d'enrouler le drap autour de ma taille pour être décent et sortis rejoindre la salle de bain. Face au miroir, je me trouvai bien minable d'avoir profité d'elle.

J'étais déjà près de la porte de sortie, je cherchai mon manteau. « Dans la cuisine », me rappelai-je. J'y entrai et trouvai Astoria en train de déjeuner.

-Bon appétit, dis-je bêtement.

-Merci, murmura-t-elle. Je suppose que tu as besoin de ta chemise.

Je cillai sous ses yeux bruns, bien différent de la veille.

-Non ça va aller, je veux juste mon manteau.

Elle le saisit et me l'emmena. Je voulus le prendre mais elle le tenait fermement. Elle exprimait plus d'assurance qu'hier, plus de confiance et…plus de détermination.

-Quoi ? Grognai-je, déstabilisé.

-Passe une bonne journée Drago.

Surpris, je ne sus que répondre. Elle lâcha mon manteau que j'enfilai aussi vite que l'éclair et en elle en profita pour m'enlacer une demi-seconde puis elle retourna s'asseoir. Interloqué, je ne fis pas long feu cependant, heureux qu'elle me laisse partir sans chichi. La porte fermée, je respirai mieux.

J'étais à peine chez moi, dans mon appartement bien douillet, que l'on sonna. Décidément…

C'était ma belle-mère.

-Rita, vomis-je presque.

Elle me poussa pour entrer.

-Pourquoi tu ne réponds pas à ton téléphone ?

-Tu m'as appelé ?

-Oui une dizaine de fois.

Je jetai un œil à mon portable, effectivement.

-J'étais occupé.

Elle leva sa main comme pour me dire qu'elle s'en fichait.

-Ce soir nous sommes invités chez les Greengrass.

-Ah oui ?

David Greengrass était connu pour son immense fortune. Il s'est marié quatre fois. Rita a fait partie du lot avant de rencontrer mon père. Elle tirait ses fonds non négligeables de ce mariage raté et éphémère.

-Et père est d'accord avec ça ?

-Bien sur. C'est important. David peut soutenir sa candidature pour devenir Vice-Premier Ministre.

-Père veut devenir Vice-Premier Ministre ? Ricanai-je.

Cela m'étonnait de sa part. Déjà que Maire ne l'avait pas emballé. Ce qu'il aimait c'était l'argent, la fête, les voyages, la chasse…

-Il le voudra je te le garantie.

-Mais c'est un poste factice qui ne sert à rien. Il n'aurait aucun pouvoir. Premier Secrétaire d'Etat à la rigueur…

-Certainement pas ! Je connais Lucius. Il veut briller sans faire grand-chose. Ce poste lui ira parfaitement.

-Ne faut-il pas déjà faire partie du gouvernement pour être…

-Tsss ! Me coupa-t-elle.

Je soupirai. Il allait droit dans le mur avec cette bonne femme mais bon, c'était son problème. J'avais déjà assez des miens.

-Tu viens avec nous.

-Pardon ?

-Soit prêt à dix-huit heures.

-Je ne compte aller nulle part ! M'enflammai-je.

-Oh mais si tu vas venir et montrer quelle famille unie nous sommes.

-Je ne suis plus un adolescent et je ne vis même pas avec vous !

-Peu importe Drago.

-Comment peux-tu m'imposer cela !

-N'oublie pas qui t'a aidé quand tu as voulu faire ton Droit et qui t'a encore aidé quand tu as déconné avec cette fille. J'ai financé tes études, je t'ai offert cet appartement, et j'ai financé ton poste chez Hartman & Grasson.

-Tu veux dire que…

-Sans moi, tu n'aurais pas eu ce travail dans le plus prestigieux des cabinets de Londres qui plus est auprès de ta Hermione chérie.

J'avais juste envie de mourir…

-Croyais-tu que je n'avais rien compris ?

Silence.

-Alors fais un effort pour moi, veux-tu mon chou ?

Elle se détourna sans même attendre ma réponse et quitta mon appartement.


La suite de tout ça bientôt avec aussi une vue sur la famille Rogue.