Hello !

Désolée du retard, j'ai vraiment peu internet. =/ Et en plus les reviews ont l'air plus ou moins en maintenance donc je les reçois uniquement sur ma boite mail. Désolée par avance si cafouillage il y a !

Et merci à LAurore, leelou09, Solealuna, Karyanawel, paffi, Pasca, ShunKickShunKers, Totallyfan, janeandteresa et Sweetylove30 !

FewTime: J'ai bien eu tes reviews, mais ffnet doit être en maintenance donc ça ne s'affiche pas... je les reçois donc seulement dans ma boîte mail. Je suis ravie que le chapitre t'ait plu malgré tout, ainsi que l'écriture utilisée. Et promis, Dämon a déjà écrit l'épilogue, tu peux te cramponner au prélude restant!^^ Par contre, je suis absolument enchantée que tu aimes ma façon de présenter Rigsby. Je suis une graaande fan de Rigsby. =D Et tu peux dire "mon" en parlant de l'enquête, ça ne me dérange point. :) Pour le bémol, réponse ici. :) Et merci pour tout!

JulietS: Ne t'en fais point, je suis une pro du retard...^^' Tes impressions m'ont beaucoup plu ! =D Et ton mp3 et moi n'étions pourtant pas de mèche, je le jure ! ^^ Je suis très contente que ça t'ait plu quand même, notamment le passage avec l'équipe, j'aime bien les écrire. =) J'espère que le "retour" de Chris te plaira en tout cas, merci beaucoup pour ta review ! Oh, et moi et moi-même bataillons toujours pour cet OS Castle, mais je le posterai, un jour ! =)

Enjoy: Quelle review ! Ce fut un réel bonheur ! ^^ En plus tu m'as bien fait rire! Désolée pour le mode déprimé, hein ? Et c'est vrai que ça me fait bizarre, là il me reste deux chapitres à écrire avant la fin, et je me dis pfiou, six mois de ma vie quoi! x) [Moi qui m'étais jurée de ne plus jamais réécrire de trilogie... hem!] Et moi aussi je suis amoureuse de Rigsby ! =D Merci, mille millions de mercis! - (Ps: Je tiens à dire que j'ai commencé à lire "Affaire classée" il y a peu et wow, tu m'as scotchée, c'est du grand art!)


Chapitre 8 : Les lettres :

Teresa, ma si chère Teresa,

Me voilà sur le chemin de la rédemption, et t'avoir de nouveau dans ma vie est le plus beau cadeau qui me fut fait. Je t'écris cette lettre par crainte de prendre le téléphone, un peu comme tu l'as fait il y a des années, en me laissant la bague et le bout de papier dans la cuisine.

J'ai peur Teresa, mais la peur me semble le plus beau sentiment du monde à cet instant. Cela fait des mois que je cache dans nos conversations téléphoniques le secret que je veux t'avouer, et je ne peux plus le taire.

Je ne sais comment te l'écrire, mais je sais que quelle que soit la formulation, tu vas lever les yeux au ciel en souriant. Tu me traiteras sûrement d'idiot et j'espère que tu ne le penseras pas trop.

J'aime, Teresa.

J'aime cette fille que j'ai rencontrée il y a deux mois, je l'aime à en devenir fou, je l'aime comme je t'ai aimée, si fort que j'en oublie de respirer.

Tu ris n'est-ce pas ? Je l'espère de tout cœur, car je ris aussi. Je ne sais pas où tu en seras quand tu liras cette lettre, je ne sais pas si tu auras enfin compris comment être heureuse, si tu auras arrêté de fuir, si tu te seras avouée que ton Jane compte plus que tout. Je ne sais même pas si tu n'auras pas fait de bêtise entre temps, sacrifié ton bonheur et ton cœur pour combattre un vestige d'insécurité. Où que tu sois, quoi que tu fasses ou quoi que tu ais fait, j'espère que tu ris, que tu partages un peu de cette joie qui est la mienne, cette joie qui ne me quittera plus maintenant qu'Alice est près de moi.

Mon Dieu, je sonne si amoureux que je m'en fais peur. Je t'effraie toi aussi ? Je n'avais plus ressenti cela depuis si longtemps, ou, s'il me faut l'avouer, depuis ces quelques semaines à tes côtés il y a bientôt cinq mois. Te revoir fut accompagné de la douleur de te perdre à nouveau, cette fois encore auprès d'un homme, mais pas d'un frère.

Voilà que je deviens tragique, tu ne trouves pas ? Mais tu t'en doutais j'en suis sûr, tu te doutais que je t'aimais encore, et que malgré moi, malgré toi, j'espérais, n'est-ce pas ? Peut-être que c'est ce qui te rend si unique, cette apparente ignorance qui dissimule tout ce que tu comprends mieux que n'importe qui. Ce que je n'ai jamais saisi c'est pourquoi tu ne te comprenais jamais toi-même. Tu es la plus belle des contradictions, te l'ai-je déjà dit ?

Arrête-moi, je te fais une déclaration d'amour alors que je devrais te parler d'Alice, celle qui a fait chavirer mes sens, mais qui ne te remplacera pas, je te le promets.

Je l'aime, immensément. Je pourrais t'énoncer ses qualités, ses défauts, ses rires et ses pleurs, mais j'aurais bien trop peur de ne pas savoir m'arrêter. Je pense attendre quelques temps avant de l'épouser, mais sois-en sûre, ça sera fait. Je l'aime, elle m'aime, et nous ferons le tour du monde pour encore nous l'avouer (bien que pour l'instant nous nous contentons des Etats-Unis, l'avion pour l'Europe coûte bien cher, et même le feu de notre amour a éternué).

Je te la présenterai un jour, au détour d'un café ou d'un dîner, et après t'avoir prouvé au combien elle est celle qui vieillira avec moi, je glisserai discrètement à ton oreille un « ça aurait dû être toi ». Sans rancœur contre toi, sans mauvais sentiment envers Alice, juste pour que tu te souviennes que je t'aime autant qu'elle.

J'ai guéri de nos blessures Teresa, ma vie ne sera plus jamais triste. Et je te souhaite mille fois de pouvoir en faire autant, car j'ai guéri grâce à toi.

Je t'embrasse milady, et je t'aime.

Chris


Lisbon tourna la clef dans la porte en fermant les yeux pour retenir ses larmes. La lettre de Chris toujours dans les mains, parmi le courrier du matin, elle entra chez elle en gardant les yeux fermés. Bouh ne vint pas l'accueillir, alors elle rouvrit les yeux, étonnée.

Elle eut le vertige.

Le salon auparavant envahi par les affaires de Jane, était vide. Son sac, ses livres, ses vêtements, ses boîtes de thé, ses tasses oubliées, ses photos pêle-mêle… Tout était parti.

Et le grand mur auparavant couvert de photos semblait si nu, si froid. Elle sentit quelques larmes tenter de lui échapper et elle abandonna quelques instants ses projets initiaux, oubliant de récupérer le dossier qu'elle était venue chercher, ce même dossier qu'elle avait oublié en quittant Jane ce matin.

Elle appela Bouh d'une voix brisée et le chien ne vint pas, lui aussi était parti, lui aussi l'avait laissée avec ce vide béant. Un trou dans la poitrine.

Elle remarqua qu'il restait quelque chose sur le mur et s'en approcha, elle y vit un bout de papier scotché avec son prénom –l'écriture de Jane– et une photo, la seule qui lui restait pour combler le vide.

Le vertige de Jane était devenu le sien, songea-t-elle amèrement lorsqu'elle décrocha la photo pour l'examiner. Elle y reconnut un jour de rires où, armé de l'appareil photo instantané, il l'avait poursuivie dans toute la maison en la mitraillant, enchaînant les clichés jusqu'à ce qu'elle prenne en main la situation. Et elle se revoyait rire à n'en plus pouvoir respirer. Elle s'était lassée de courir, mais pas de rire, alors elle avait fait volte-face, marché droit sur lui, et l'avait fait reculer aisément, jusqu'à ce qu'il se prenne dans le tapis et s'écroule au sol. Alors elle avait éclaté de rire de plus belle, et l'avait aidé à se relever. Aussitôt debout, il l'avait jetée sur le canapé et l'avait rapidement immobilisée avant de reprendre l'appareil pour la mitrailler encore. Avec l'aisance que donne l'habitude, elle avait réussi à l'amadouer facilement, embrassant son cou à intervalles réguliers jusqu'à ce qu'il oublie de la faire prisonnière et la choisisse pour amante plutôt que pour martyr.

Lisbon se laissa tomber sur le canapé, la photo toujours dans la main. Celle-ci avait été la dernière de la journée, et c'était elle qui l'avait prise alors que Jane s'était endormi sur elle, dans le creux de son cou. Sur la photo mal cadrée, on voyait son regard à elle, amusé, dirigé vers l'endormi contre elle. De lui, on ne discernait que peu de traits, tous enfouis dans son cou, cachés par les cheveux bruns de celle qu'il serrait si fort.

La photo vola vers la table basse et s'y posa, rejetée. Lisbon ramena ses jambes contre elle et les enlaça un moment avant d'ouvrir le bout de papier plié qu'il avait laissé.

...

Je ne dormais pas assez bien pour ne pas entendre les mots que tu as murmurés en pensant que je ne le saurai jamais.
Je te laisse la photo comme je t'ai laissée croire que tu ne pouvais pas
m'aimer. Et j'espère qu'un jour tu comprendras que mon choix est déjà fait.

A toi de faire le tien.

...

Elle lut le mot encore et encore, sans pouvoir se décider à arrêter, comme si elle s'accrochait à cette dernière bribe de lui, comme si soudain elle prenait conscience du drame qu'elle avait laissé se jouer. Et soudain, au détour d'une pensée de trop, elle relut la lettre de Chris, tombée par terre. Les deux hommes de sa vie avaient su bien avant elle qu'elle lâcherait prise, mais leurs lettres étaient arrivées trop tard, et elle ne savait même pas s'il restait quelque chose à sauver.

Pas même si elle le voulait.


Après avoir trouvé le dossier qu'elle était venue chercher, Lisbon décida de vérifier auprès de sa voisine Madame Mawson si Bouh était bien avec elle. Elle posa ses affaires dans la voiture, puis traversa les quelques mètres qui la séparaient de sa voisine qui jardinait.

-Bonjour Teresa ! s'enthousiasma-t-elle dès qu'elle la vit.

-Bonjour, répondit Lisbon dans un sourire difficile, vous auriez vu Bouh ?

-Bouh ? s'étonna la vieille femme.

-Oui Bouh, mon chien, confirma Lisbon, désormais inquiète pour son ami poilu.

-Votre compagnon ne vous a pas prévenue qu'il l'emmenait avec lui ?

-Il a emmené Bouh ?

-Oui, ce matin, il a mis plusieurs cartons dans sa voiture, puis il a fait monter Bouh sur le siège passager, et il est parti avec… Vous avez rompu ma petite ? termina-t-elle d'une voix douce, navrée.

Lisbon ne put qu'acquiescer en se mordant la lèvre inférieure. Jane avait emmené Bouh avec lui… Il lui avait pris le seul ami qui lui restait, il lui avait volé son chien. Certes, il le lui avait offert et au fil du temps le jeune chien noir était devenu autant le chien de Jane que le sien… Mais il restait son Bouh, le petit chiot qu'elle avait dressé pour aboyer très fort si un intrus se glissait dans la maison, qu'elle avait éduqué afin qu'il soit propre, sage et intelligent, le jeune chien qui avait accompagné ses promenades, ses rires, ses pleurs, le jeune chien qui la protégeait et qu'elle aimait. Jane le lui avait pris, la laissant avec un vide complet.

-Oh ma pauvre petite, soupira Madame Mawson en voyant les larmes qui dévalaient les joues de sa jeune amie. Chut, ne pleurez pas, je suis sûre qu'ils reviendront, souffla-t-elle en tendant un mouchoir à la brune.

Lisbon marmonna un merci et s'essuya les yeux, ces mêmes yeux qui s'étaient perdus dans le vide désormais. Elle sentit la colère monter en elle et elle sortit son téléphone portable pour contacter Jane.

-Je ne l'ai pas encore trouvée, lui répondit presque aussitôt le consultant. Mais on y travaille je te jure.

-Pourquoi as-tu pris Bouh ? gronda-t-elle. Tu n'avais pas le droit !

-Ne m'agresse pas, rétorqua-t-il sur un ton exaspéré. Je te le ramène ce soir sans faute. Je l'ai emmené avec moi pour rassurer Kati, la mère de Jared et Tony. Tony est autiste, il angoisse pour tout, j'avais besoin de lui créer un repère et Bouh est parfait dans ce rôle.

-Et pourquoi tu avais besoin de créer un fichu repère à ce Tony ?

-Pour retrouver Keira. Tony connaît par cœur tous les endroits où elle et Jared se rendaient, mais aussi les endroits qu'elle seule fréquentait, alors je les vérifie un par un.

Lisbon soupira de soulagement en posant sa main sur son front. Elle eut l'impression de retrouver comment respirer, Bouh ne l'avait pas abandonnée.

-Tu pensais que je te l'avais pris pour me venger ? demanda Jane à l'autre bout du téléphone.

-C'est vrai que la vengeance, c'est pas du tout ton genre, ironisa-t-elle.

-La cruauté, c'est plus le tien, rétorqua-t-il calmement.

-Va te faire foutre.

Elle raccrocha et faillit jeter son téléphone tant elle enrageait. A cet instant précis, elle le haïssait. Pour chaque souvenir devenu douloureux, chaque rire devenu larme, chaque instant devenu regret, et le poids du vide qu'il lui avait transmis.

-Teresa, vous allez bien ? s'inquiéta madame Mawson.

Lisbon acquiesça en sortant de ses pensées en pagaille.

-Ça va aller maintenant, souffla-t-elle finalement. Passez une bonne journée.

Elle s'éloigna sans vraiment attendre la réponse et monta en voiture peu après pour retourner travailler. Elle avait perdu assez de temps comme ça.


Jane prononça le prénom de Keira pour la énième fois à l'intention de Tony assis sur le siège avant. L'enfant caressa mécaniquement la tête de Bouh, assis devant lui, puis répéta d'une voix lente et morne toutes les adresses qu'il connaissait concernant Keira. Jane attendit patiemment qu'une adresse non visitée ne sorte de la bouche de l'enfant, puis, une fois informé, il put reprendre la route.

Tony était un mur. Il ne parlait jamais de lui-même, n'initiait que rarement des gestes sans y avoir été invité, et il ne réagissait qu'à peu de choses sinon à la peur. Bouh l'avait rassuré, il avait été doux et s'était tout de suite acharné à défendre le petit garçon fragile de toute personne étrangère qui aurait voulu l'approcher. Kati avait alors cédé et laissé son petit garçon aider Jane à retrouver Keira.

Jane avait l'impression de se retrouver face à une mine d'informations brutes, sans âme. Tony était une tragédie à lui seul, on pouvait l'aimer, mais on ne savait jamais si lui aimait en retour. Il était prisonnier d'une conscience qui n'était peut-être même pas la sienne. Jane s'était même pris à se demander si l'enfant rêvait.

S'il n'avait pas été si douloureux de perdre Lisbon, il se serait sans doute amusé à découvrir l'enfant avec douceur, cherchant une réaction humaine dans cette forteresse blasée. Mais il n'avait pas le cœur à s'amuser, il ne se servait que de son esprit vif, un esprit d'ors et déjà divisé en deux. Une partie cherchait à démêler les deux meurtres, l'autre s'armait de patience pour prouver à Teresa au combien elle avait tort d'abandonner.

Il arriva à la nouvelle adresse indiquée par Tony, une vieille grange abandonnée au bord de Sacramento. En se garant sur le bas côté, il vit qu'une autre voiture était là. Il ordonna à Bouh de veiller sur Tony et informa à tout hasard le petit garçon qu'il ne devait pas bouger –bien qu'il doutât que l'enfant ne bouge de lui-même.

Il avança vers la grange prudemment et appela Keira. La jeune femme lui répondit peu après et sortit de la grange, accompagnée d'un jeune homme brun. Lorsqu'ils arrivèrent à sa hauteur, Jane constata que ledit jeune homme avait les yeux violets.

-Eh bien monsieur Jane, vous m'avez finalement retrouvée, soupira Keira.

-Tony m'a aidé, avoua Jane.

-Tony ? s'étonna aussitôt Keira. Tony est ici ?

-Dans la voiture, lui indiqua distraitement Jane.

Elle rejoignit la voiture aussitôt et ouvrit la portière de Tony. Bouh la regarda d'un œil mauvais, mais en voyant Tony lever une main vers la jeune femme, il s'apaisa. Tony laissa retomber sa main aussi sec, comme s'il avait compris que son ami poilu avait besoin du signal pour laisser Keira approcher. Elle fit sortir Tony et l'enlaça doucement. Tony tapa du pied par terre à un rythme régulier, mal à l'aise.

-C'est, euh… un drôle d'enfant, hein ? bafouilla l'inconnu à l'intention de Jane.

-Vous êtes ? s'enquit Jane en se tournant vers lui, inquisiteur.

-Curtis McDraw, je suis le voisin des parents de Keira, c'est moi qui l'ai amenée ici.

-Vous avez fait sortir une patiente de l'hôpital contre l'avis des médecins, l'informa Jane.

Le jeune parut totalement horrifié et balbutia des choses incompréhensibles.

-Laissez-le donc tranquille monsieur Jane, soupira Keira en revenant vers eux.

Elle tenait Tony par la main mais Bouh n'était pas loin, fidèle à son rôle de protecteur.

-C'est moi qui lui ai demandé de me faire sortir, continua Keira. Je n'en pouvais plus d'entendre le ramassis de bêtises de ce fichu psy. Si j'étais restée à l'écouter, je serais vraiment devenue folle.

-Un homme de confiance donc, en déduisit Jane dans un coup d'œil pour Curtis.

-On se connaît depuis des années, confirma Keira dans un pâle sourire. On jouait tout le temps ensemble quand on était petits.

Curtis acquiesça rapidement, toujours un peu mis mal à l'aise par Jane. Keira remarqua que Bouh fixait Curtis sans ciller, raide comme un bout de bois. Elle fronça les sourcils et releva la tête vers Jane.

-Pourriez-vous indiquer à ce chien de ne pas agresser mon ami ?

-Il faut que Tony fasse un geste vers lui, répondit Jane en haussant les épaules. Bouh veut seulement protéger Tony de tout étranger.

-Tony, souffla Keira, dis au chien que Curtis est un ami, tu veux ?

Tony ne bougea pas d'un pouce, le regard fixé dans le vide.

-Tony, insista Keira, je sais que tu m'entends, Curtis est un ami, dis-le au chien.

Tony bougea soudainement la tête de gauche à droite puis de droite à gauche et Bouh baissa le train arrière, comme pour bondir. Nerveux, Curtis recula de quelques pas.

-Ne bougez pas, intervint Jane. S'il vous voit comme une menace, fuir n'est pas la solution.

-Tony, Curtis n'est pas une menace, répéta Keira. Il n'est pas une menace, tu m'entends ?

Le petit garçon nia furieusement à l'aide de mouvements de tête si brusques que Jane eut l'impression qu'il allait se dévisser la tête.

-Tony ! Tony arrête !

L'enfant se boucha les oreilles en continuant ses mouvements frénétiques et en tapant du pied.

-Peut-être qu'il vaudrait mieux que Curtis s'en aille, intervint Jane en sentant qu'une crise venait, apparemment il est perturbé par sa présence.

-Il a raison Curtis, soupira Keira tout en s'agenouillant face à Tony. Je suis désolée, je t'appelle ce soir.

Curtis acquiesça et contourna précautionneusement Bouh. Le chien gronda mais ne bougea. Il ne le quitta pas non plus du regard jusqu'à ce qu'il soit entré dans sa voiture.

Keira parvint tant bien que mal à calmer Tony, aidée de quelques doux coups de museau de Bouh, à nouveau docile. Jane put enfin prendre sa première respiration normale, la tension se diluant dans l'air.

-Je ne sais pas ce qui lui a pris, soupira Keira. Je pense que les yeux de Curtis l'ont perturbé, ils ne s'étaient jamais rencontrés. Et le violet est une couleur peu commune.

-Votre voisin a l'air d'être un sacré nerveux, ça n'a pas dû arranger les choses pour Bouh.

-Curtis est toujours comme ça. Il a pendant longtemps été agoraphobe. Je pense qu'il l'est toujours un peu dans le fond, et que c'est pour ça qu'il vit encore chez ses parents.

Jane acquiesça distraitement.

-Vous n'auriez pas dû sortir de l'hôpital, lui dit-il finalement.

-Je sais, marmotta Keira. Mais rester là-bas, c'était un vrai calvaire. Chaque seconde me rappelait la vie que j'ai perdue plutôt douloureusement. Dehors, la douleur est toujours là, mais elle est moins forte. Je vois des gens que je connais, je me distrais. J'ai besoin d'action, sinon je m'écroule.

-Vous devriez au moins rentrer chez vous au lieu de rester dehors seule.

-Je serai seule chez moi aussi, souffla amèrement la jeune femme, les yeux voilés.

-Les agents du CBI avec qui je travaille ont des raisons de croire que votre mari est mort avec Vincent Blum à cause d'un article que vous écriviez sur Blum. Ils pensent que les American Bikers sont mêlés à ces deux meurtres.

Keira parut songeuse un instant, puis fronça les sourcils.

-Je n'ai pas interrogé Blum, fit-elle remarquer. Je l'ai rencontré mais je ne me suis pas servie de notre entretien, il ne pouvait pas m'être utile pour mon article. J'avais choisi de parler à Ted Davis, l'un des hommes de main de Collins. Il a rendu sa plaque de flic après une histoire de drogue, il a fini parmi les Bikers. Mon article le concernait lui, pas Blum.

-Pourtant Blum a rendu sa plaque lui aussi, dit Jane, songeur.

-Blum ? Vous êtes sûr de vous être renseigné sur lui ?

Jane la dévisagea, perplexe et Keira soupira.

-Amenez-moi chez Kati, se reprit-elle. On va lui déposer Tony, après vous m'inviterez à boire un verre, et je vous dirai ce que je sais.

Jane hésita un moment, la curiosité le tentait de refuser pour tout comprendre dès maintenant. Il parvint cependant à réfréner son ego et l'invita à monter dans la DS avec Tony et Bouh.

En s'éloignant de la grange, son esprit échafaudait toutes les théories possibles pour s'expliquer pourquoi Blum n'avait pas intéressé Keira.


Installés dans un coin du café, Jane et Keira passèrent commande sans se lâcher des yeux. Keira semblait l'analyser sous tous les angles, fascinée, et Jane souhaitait plus que tout percer le secret de cette force qu'il sentait soudain chez elle.

-Que voulez-vous savoir ? s'enquit finalement Keira lorsqu'elle eut son café.

-Tout, répondit simplement Jane en avalant une gorgée de thé.

Keira acquiesça et attrapa sa tasse à deux mains, comme si elle cherchait à les réchauffer, à les protéger du froid soudain que le sujet annonçait. Elle arrêta son regard sur le breuvage noir et sembla s'y perdre un moment.

-Je connais les American Bikers parce qu'il y a eu le procès de l'un de leurs hommes il y a un mois. L'affaire a fait pas mal de dégât dans le quartier de riches où mes parents vivent parce que ce quartier s'est trouvé être le cimetière de l'homme de main accusé des meurtres. Je suis curieuse par nature alors j'ai cherché tout ce que je pouvais sur les Bikers et c'est là que j'ai entendu parler de Ted Davis et de Vincent Blum. J'ai lu leurs histoires, c'est comme ça que j'ai su qui vous étiez.

Jane acquiesça presque sans bouger, la nuque raide, et l'invita à continuer de son regard soudain dur.

-Je me suis pointée au bar qui sert de repère aux Bikers et j'ai demandé à voir le chef, Collins m'a accueillie à bras ouverts, il me trouvait amusante je crois. Je lui ai demandé où étaient les flics pourris chez lui en donnant les noms des deux hommes pour lesquels j'avais fait des recherches. Ça l'a fait beaucoup rire, et il m'a dit d'aller voir ailleurs.

-Mais vous n'avez pas abandonné pour autant, en déduisit Jane.

-Bien sûr que non, sourit doucement Keira. J'ai exaspéré Jared parce que j'y suis retournée le lendemain et encore le lendemain et ainsi de suite. Collins m'a insultée et jetée dehors un nombre de fois incalculable, mais je revenais toujours.

Il y avait une certaine fierté au fond de la voix de la jeune femme, des accents de guerrière entêtée qui arrachèrent un léger sourire à Jane.

-Jared voulait que j'abandonne, il ne supportait pas de savoir que je fréquente de tels types. Mais j'ai tenu bon, et ça a fini par payer. Vincent Blum est venu me trouver, et il a bien voulu parler avec moi.

-Dans ce cas pourquoi ne pas avoir cherché à faire l'article sur lui ? Pourquoi Davis ?

-Ted a accepté parce que Collins en avait marre de moi. Il m'a demandé de ne faire apparaître aucun nom, c'était sa seule condition.

-Mais Blum ? insista Jane, peu intéressé par le cas Ted Davis.

-Vous travaillez avec le CBI oui ou non ? s'exaspéra Keira.

Jane lui adressa un regard tout aussi exaspéré et elle soupira en roulant des yeux.

-Blum n'a jamais quitté les forces de l'ordre, annonça-t-elle. L'affaire John LeRouge l'a secoué c'est vrai, mais il a fini par retrouver les pédales et il est entré dans un autre service.

-Quel autre service ?

-La brigade antigang, répondit Keira en buvant une gorgée de café, aussi nonchalante que si elle avait annoncé la météo du jour.

Les yeux de Jane montrèrent soudain toute sa compréhension de la situation et il sortit son téléphone pour appeler l'un de ses collègues.

-Cho, répondit son ami presque aussitôt.

-Vincent Blum était un infiltré, annonça Jane. Il travaillait pour la brigade antigang. Il n'est jamais passé de l'autre côté de la barrière, il était sous couverture.

-Ok. J'appelle le service antigang pour avoir plus de renseignements. Ils doivent encore ignorer qu'ils ont un homme en moins.

Jane raccrocha presque aussitôt puis leva les yeux vers Keira. Elle le dévisageait avec un léger sourire, le menton posé dans l'une de ses mains. Il lui adressa un regard interrogateur et le sourire disparut aussitôt, remplacé par le sérieux.

-Personne parmi les Bikers ne le soupçonnait, expliqua Keira. Je leur ai dit que Blum m'avait parlé mais que je voulais les deux témoignages. Et même s'ils avaient su, ils n'avaient aucune raison de tuer Jared sans m'avoir menacée avant. Si ça m'avait visée, ça aurait été mon corps qu'on aurait retrouvé près de l'étang.

-Ils savaient que vous étiez enceinte ? s'enquit Jane.

-Non. Mais même s'ils l'avaient su, ça n'aurait rien changé. Ces types sont des mercenaires sans cœur, à part Fauve, aucun n'éprouve de sentiments humains. Tuer une femme enceinte ne signifie rien de particulier pour eux.

-Fauve ? releva Jane.

-C'est la fiancée de Collins. Elle se donne des airs de méchante et rit bêtement, mais c'est la seule personne qui éprouve des sentiments sincères dans ce gang. Elle joue le jeu de l'idiote méchante pour garder sa place. Elle aime Collins, aussi étrange que ça puisse paraître, et elle a un semblant d'humanité. Elle l'empêche le plus possible d'avoir recours aux cadavres.

-Et Collins ? Qu'éprouve-t-il ?

-Je pense qu'il l'aime à sa manière, admit Keira. Il l'écoute toujours, et il la protège de tout. Quiconque lèverait la main sur elle se retrouverait six pieds sous terre. Mais à part elle, il n'y a personne qui ait sa sympathie.

Jane resta songeur un moment, puis revint sur terre.

-Je vous dépose quelque part ? demanda-t-il poliment.

-Chez Kati, répondit Keira. Je préfère ne pas me retrouver seule chez nous.

-Et chez vos parents ?

-Maria se montrerait compréhensive et serait sûrement à la hauteur, mais mon père ne ferait que répéter que Jared n'était pas pour moi, que c'était une erreur et que c'est sûrement mieux comme ça. Je ne suis pas encore prête à affronter ce discours.

-Je comprends, lui sourit gentiment Jane.

Il se leva et lui présenta son bras qu'elle prit dans un sourire reconnaissant. Ils sortirent du bar peu après, oubliant leur méfiance l'un envers l'autre pour s'engager vers un terrain moins houleux, celui des discussions anodines, tellement moins douloureuses.


Ils s'en passent des choses... Mais êtes-vous toujours là ? ^^'

Je vous laisse un aperçu du chapitre 9, en ligne mardi ou mercredi (dépendra de mon accès à internet):

"-Dure journée ? s'enquit Jane en fixant toujours la table en face d'eux.

Lisbon le dévisagea, la mâchoire crispée.

-A quoi tu joues Patrick ? s'exaspéra-t-elle.

-Serais-tu sur la défensive ? s'amusa-t-il en tournant finalement la tête vers elle.

Ses yeux brillaient de malice lorsqu'ils s'ancrèrent dans les siens et elle ne put s'empêcher de laisser un soupir passer la barrière de ses lèvres scellées."

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PS: Bon courage à tous ceux qui sont dans Bac - Brevet - Exams - Concours - Résultats et toutes ces joies ! ;)