Bonjour à toutes et à tous!
Me voici de retour avec un nouveau chapitre, j'espère qu'il vous plaira. J'ai mis tellement de temps à écrire les détails de ce qu'il se passait, que le chapitre de base s'est découpé en trois, aussi le titre n'était pas celui de départ, mais ça me plait bien... Je suis sincèrement désolée d'être aussi longue dans mes descriptions, l'histoire n'avance pas, mais bon, vous m'aimez quand même... ou pas? ^^"
Merci à Sevy: merci pour ta review, oui Hermione ne va pas s'en remettre de si tôt. Quant à Luna, ce n'aurait pas été drôle qu'elle découvre tout... Mais qui sait, peut-être qu'elle s'en apercevra... l'avenir seul le dira.
Merci pour vos reviews et vos encouragements, merci de me lire et de faire vivre cette fiction qui s'annonce bien plus longue que prévue, si son auteur s'obstine à prendre autant son temps...
Il paraît qu'il faut que je fasse un disclaimer, alors je m'empresse de le faire: tous les personnages appartiennent à la vénérable JKR (à part Kathleen, peut-être?) L'histoire aussi, puisque je ne fais qu'une réécriture. Et puis euh... voilà.
Bonne lecture, mes amis!
Chapitre 10: Défense contre les Forces du Charme
En sortant de la Grande Salle, Hermione vit au loin Hagrid qui accostait Harry et une pointe de jalousie lui picota le cœur : Merlin qu'elle avait envie de saluer le garde-chasse et de s'enquérir de la santé d'Harry qui avait retrouvé un nez normal, heureusement. Mais ça lui était tout simplement impossible, à présent. A regret, elle les vit monter lentement les escaliers qui menaient à la Salle Commune des Gryffondor et eut un goût amer dans la bouche en se disant qu'elle ne pourrait plus y remonter avant un certain temps. Elle chercha du regard une certaine brunette, mais ne la trouva pas. En revanche, elle reconnut des têtes familières de son ancienne maison qui lançaient des regards plutôt dégoûtés dans sa direction.
- Tu viens, Drago ? s'enquit une voix de fille à ses côtés.
Elle tourna les yeux et vit Pansy qui le détaillait, un air étonné sur le visage. A regret, Hermione suivit la jeune fille aux cheveux courts dans les cachots de Poudlard. La Salle Commune des Serpentard se trouvait au niveau des cachots et Hermione frémit en pensant à l'humidité qui devait régner dans les dortoirs. Suivant la foule vert et argent, ils arrivèrent devant un mur de pierre grise et Hermione fronça les sourcils devant cette impasse.
- Basilic ! ordonna Blaise Zabini d'un ton hautain.
Aussitôt, une porte de pierre dissimulée dans le mur s'ouvrit et les Serpentard s'engouffrèrent dans l'ouverture. Hermione fut outrée de ce mot de passe : était-ce une mauvaise plaisanterie ? Les Serpentard avaient-ils un humour aussi douteux qu'ils se permissent de prendre un mot de passe en référence à l'horrible monstre qui tuait quiconque croisait son regard et qui pourrissait dans la Chambre des Secrets depuis leur deuxième année ? Mais elle se retint de justesse.
La salle commune était comme Harry et Ron la lui avaient décrite : une longue pièce souterraine aux murs et au plafond de pierre brute, dans laquelle des lampes rondes d'un vert d'eau étaient suspendues à des chaînes. Un feu brûlait dans une cheminée gravée de figures complexes. De nombreux fauteuils ouvragés en cuir étaient dispersés dans la pièce. Elle était à l'évidence beaucoup moins chaleureuse que les couleurs vivifiantes des Gryffondor. Au fond de la pièce s'encastraient deux escaliers qui descendaient encore plus bas. Hermione imagina sans problème l'emplacement des dortoirs, et imprima machinalement que la descente à gauche était pour les garçons et celle à droite pour les filles.
Faisant un tour circulaire dans la pièce, elle nota que la plupart des élèves partait se coucher. Se laissant tomber sur un canapé en cuir façon Chesterfield, en compagnie de Pansy, Crabbe et Goyle, elle vérifia à nouveau l'heure, s'aperçut avec effroi qu'il était déjà tard, et se prépara à ressortir de la salle.
- Tu vas quelque part, Drago ? s'enquit la brune, une lueur d'inquiétude dans les prunelles.
- Je reviens vite. Ne m'attendez pas pour aller vous coucher, intima Hermione d'un ton autoritaire.
Sans leur laisser le temps de répondre ou de protester, elle poussa la porte de pierre et disparut dans les cachots de Poudlard. Il lui fallut un moment pour se rappeler comment rejoindre le hall d'entrée et elle dut se cacher promptement pour éviter le Baron Sanglant qui faisait une ronde, l'air plus meurtrier que jamais.
Arrivant près de la salle de classe qui était le point de leur rendez-vous, Hermione jeta des coups d'œil furtifs autour d'elle, priant pour ne pas croiser Rusard ou Miss Teigne. Merlin était avec elle, car elle se trouvait seule. La porte émit un horrible grincement quand elle l'ouvrit et elle courba les épaules, espérant que personne n'entendrait ce vacarme.
- Tu es en retard, lâcha une voix de fille, alors qu'elle fermait la porte.
Hermione se tourna vivement et se trouva face à une jeune fille brune dont les boucles descendaient en cascade sur ses épaules. A voir sa mine, elle était en colère.
- Je me suis perdu, dit simplement le grand blond en détournant le regard.
Drago la toisa d'un air mauvais, mais ne dit rien, préférant enchaîner sur autre chose rapidement : les couloirs avaient des oreilles, et ils n'étaient pas supposés se faire voir ensemble.
- Alors, c'est bon ? Elle est ensorcelée ? demanda-t-il d'une voix un peu fébrile.
Hermione hocha la tête, déglutissant difficilement.
- Et elle a pris le gallion ?
- Oui, souffla-t-elle.
Un léger silence se fit, durant lequel Drago détailla son propre corps, peu certain de la compétence de son occupante.
- Tu es sûre d'avoir réussi ton sort ?
- Tu veux y goûter ? aboya Hermione en le menaçant avec sa baguette magique.
Ils se défièrent de longs instants, puis Drago soupira : la jaugeant convaincante, il semblait se décrisper.
- Ta mère m'a même offert une cape de voyage, pour l'occasion, rajouta Hermione avec une pointe de fierté.
- Ma mère… quoi ? s'étrangla la brunette, en se figeant sur place.
Narcissa Malefoy aurait fait un présent à une née-moldue ? Elle se serait abaissée à un tel acte ? D'une part, elle avait complètement perdu la tête, cela allait sans dire, mais d'autre part, elle ne l'aurait pas fait sans que la personne en face d'elle ait fait quelque chose de remarquable. Donc, Drago pouvait avoir confiance dans Granger, elle maîtrisait le sort. Ahuri, il se racla la gorge pour reprendre contenance.
- Et tu veux faire passer quoi par Rosmerta ? demanda-t-il d'un ton dégagé.
- Des nouvelles, principalement, marmonna Hermione, en tripotant sa baguette d'un air anxieux. Et puis, je me dis qu'elle peut être utile pour servir d'intermédiaire.
- Oui, approuva Drago, d'un ton monotone en croisant les bras. D'autant que maintenant que Rusard fait des siennes avec ce qui entre et ce qui sort du château…
Hermione releva vivement la tête et ouvrit de grands yeux.
- Ah bon ? dit-elle d'un ton surpris.
- Comment ça, tu n'es pas au courant ? questionna Drago en fronçant les sourcils. Ah, tu es arrivée en retard, Rusard a dû t'oublier. Il fouille les élèves avec un capteur de Dissimulation.
- Et ça marche ? demanda Hermione, sceptique.
Drago haussa les épaules d'une moue peu convaincue.
- Goyle s'est fait prendre. Et je ne veux pas tenter le diable, dit-il cependant. Pour se faire envoyer des choses, on fera la demande par Rosmerta. Et ensuite, tu iras chercher les paquets chez elle.
- Mais enfin, c'est trop risqué ! s'exclama le jeune homme blond. Personne n'a l'autorisation de sortir de Poudlard à sa guise.
- Granger, voyons ! s'insurgea Drago, atterré. C'est toi qui oses me dire ça ? Toi qui es tout le temps fourrée à l'extérieur avec les deux abrutis ?
Hermione ouvrit la bouche pour répliquer quelque chose, mais elle ne trouva rien et la referma bêtement, soufflée. C'est vrai que ce n'était pas la plus à même de faire la morale. Surtout maintenant. Elle eut un geste courroucé pour signifier qu'elle avait compris le message.
- D'accord, d'accord, dit-elle d'un ton agacé.
Elle voulait changer de sujet. Elle ne supportait pas de voir l'air jubilatoire de Malefoy sur son propre visage. Elle détourna ses yeux gris pour contempler la pièce dans laquelle ils étaient.
- Au fait…, commença-t-elle, d'un ton qui se voulait détaché. Ta mère m'a dit que Rosmerta était une espèce de… Cracmole ? Elle semblait vraiment dédaigneuse – encore plus qu'en temps normal, je veux dire, finit-elle précipitamment.
La brunette en face d'elle lui lança un regard surpris, puis sembla mal à l'aise.
- Ah, ça…, répondit-elle d'un ton incertain. Mère et Rosmerta étaient à Poudlard ensemble. je ne sais pas ce qu'il s'est réellement passé, mais elles ne se portaient pas vraiment dans leur cœur mutuellement. Après, de ce qu'elle m'a raconté, Rosmerta n'était pas une grande sorcière, elle traînait souvent à Pré-au-Lard, et a fini par être embauchée aux Trois-Balais. A l'époque, le pub était tenu par un vieux sorcier bourru, qui est mort quelques années plus tard. D'ailleurs, les circonstances ont été troubles et la seule à bénéficier du testament était Rosmerta, vu qu'il lui avait légué le commerce. Elle a donc été soupçonnée, mais au final, rien n'a pu être établi et elle a été graciée. Et cette fille est devenue la nouvelle propriétaire à même pas vingt-cinq ans.
Hermione dévisagea Drago et constata qu'un relent de mépris flottait dans ses yeux noisette. Ça la mit hors d'elle.
- Et toi, lança-t-elle, c'est quoi ton projet futur, à part devenir mangemort comme ton père ?
Drago la foudroya du regard et prit tout son temps pour lui répondre. A voir sa retenue, elle pouvait nettement remarquer qu'il faisait tout pour se contenir. Hermione se mordit la lèvre intérieure : elle n'avait pas voulu l'attaquer, mais elle n'aimait pas ce côté supérieur qu'il affichait devant des sorciers ou des sorcières moins talentueux.
- Tu me provoques Granger, articula-t-il lentement d'une voix blanche de colère, ou c'est une plaisanterie de mauvais goût dont seuls les Gryffondor ont le secret ?
La suite ne s'annonçait pas bon du tout. Rapidement, Hermione chercha une excuse plausible pour rattraper son dérapage.
- Il faut juste que je sache un peu ce que je devrais choisir comme options demain, expliqua-t-elle d'un ton qui se voulait désinvolte.
Drago cligna des yeux, se demandant si elle se jouait de lui ou si elle était sérieuse.
- Ah, dit-il simplement, perplexe.
Un petit silence se fit, les deux adolescents se toisant du regard.
- J'imagine que toi, lâcha Drago d'un ton condescendant, presqu'à regret, tu vas vouloir tout continuer…
Il eut un petit rire dénué d'humour, se remémorant la liste complète des matières que la Gryffondor suivait et qu'il devrait suivre si jamais le maléfice ne s'annulait pas pour les prochaines années à venir. Une trainée de sueur froide glissa lentement le long de son dos quand la tête d'Hagrid comme professeur de Poudlard lui apparut. Vision d'horreur. Il tourna vivement la tête vers le grand blond qui rêvassait en pensant à ce qu'il allait choisir.
- Tout sauf les soins aux créatures magiques ! s'écria Drago.
Hermione sursauta légèrement, papillonna des yeux et eut une ombre de sourire. L'envie de lui faire imaginer qu'elle allait continuer cette matière la tentait terriblement, mais elle eut pitié de son accablement.
- Non, sourit-elle, ce ne serait pas sérieux.
Drago fut instamment soulagé, mais il le cacha bien, reprenant son éternel sourire en coin en toisant son interlocutrice.
- Oh, la Grande Granger serait-elle devenue un peu moins adepte de connaissances ?
- Je pensais devenir auror, déclara Hermione, en ignorant la pique. Je devrais suivre les matières en conséquence. Les soins aux créatures magiques, l'astronomie et la divination ne me serviraient pas dans ce cas… Mais j'avoue que j'aime beaucoup l'arithmancie et les runes anciennes, ces petits bonus peuvent me servir par la suite, j'en suis sûre. Je veux vraiment les continuer, insista-t-elle devant l'expression d'incrédulité de Drago.
- Tu oublies que nous avons une mission ? lui rappela-t-il, en fronçant les sourcils. Comment pourrais-je… t'aider, avec tout ce travail ?
- Je serais là, si jamais tu sèches. Et puis, ce maléfice ne durera qu'un temps ! Je ne veux pas compromettre mon avenir ! se défendit-elle.
Mais Drago ne semblait pas convaincu et il affichait une mine particulièrement hostile au fait de devoir se coltiner des matières supplémentaires pour faire plaisir à cette fille qu'il détestait.
- Prends ça comme une couverture, Malefoy, argumenta-t-elle, en dernier espoir.
Quelques minutes d'hésitation.
- Très bien, lâcha-t-il avec résignation en levant les yeux au ciel. Après tout, ça paraîtrait suspect si la seule bonne élève de Gryffondor limitait ses matières, convint-il à regret.
Elle eut un petit rire et lui offrit un sourire vainqueur. Il marmonna quelques phrases inaudibles et poussa un soupir d'énervement.
- Et toi ? Tu veux passer quels ASPIC ? demanda Hermione d'un ton engageant.
- Je pense les mêmes matières que les tiennes… Une charge de travail en moins, sourit-il d'un air calculateur.
- Je te rajoute la divination.
- Pardon ? s'exclama Drago, consterné. Et en quel honneur ? Cette vieille bique de Trelawney est complètement jetée et…
- Cette vieille bique de Trelawney comme tu dis est peut-être au courant de quelque chose concernant les prophéties à changement de corps.
Drago ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Il savait pertinemment ce qu'elle pensait de ces cours de divination et ne comprenait pas qu'elle voulût renouer avec, surtout sous son identité. Il grommela encore quelques instants.
Le silence s'installa une nouvelle fois dans la pièce. Hermione semblait réfléchir à autre chose, son front se plissant d'inquiétude.
- Dis-moi… Tu es sûr que c'est une bonne idée, cette Armoire ? Je veux dire, continua-t-elle d'un ton embarrassé, est-on vraiment sûr qu'elle peut permettre de déplacer des gens d'un endroit à un autre ? Tu sais, les Armoires à Disparaître moldues…
- Evidemment. Et si tu n'es pas convaincue, va donc en parler avec Montague ! répliqua Drago d'un ton cinglant, vexé de ce scepticisme.
Il n'était pas non plus convaincu à cent pourcent de ce qu'il avançait, mais l'expression d'incrédulité de Granger l'exaspéra. Si elle n'était pas contente, qu'elle trouve une autre solution par elle-même ! Il faillit lui balancer ce qu'il pensait véritablement dans la figure, mais se contint : ça ne servait à rien de s'énerver, surtout dans une situation comme celle-ci. « Faire contre mauvaise fortune bon cœur, faire contre mauvaise fortune bon cœur… » Il récitait mentalement le credo de Kathleen comme un mantra tibétain. C'eut un impact positif, puisqu'il reprit son sang froid.
- Ah, au fait… Il s'est passé quoi avec Potter ? s'enquit-il d'un air tranquille, presque innocent, pour changer de sujet, certain que cette discussion mettrait Granger mal à l'aise. Il était en sang.
En effet, Hermione détourna les yeux et déglutit un peu difficilement, trop honteuse de fournir une explication à son ennemi juré.
- Je… J'ai cassé le nez d'Harry, dit-elle d'une voix timide.
- Tu… quoi ? s'étouffa de rire Drago.
Cette réponse était inattendue et au-delà de ses espérances. Il ricana si fort et si longtemps que son ventre se contracta et il dut se plier en deux pour reprendre son souffle. Il essuya ses yeux d'un revers de manche, pleurant de rire devant l'air pincé et honteux d'Hermione.
- Je ne t'en aurais jamais crû capable, dit-il d'un ton saccadé. Mais c'est merveilleux, j'aurais bien aimé assister à la scène, voire y participer ! Tu viens de réaliser mon rêve le plus fou, Granger !
- Oh, ça va, coupa-t-elle d'un ton hargneux, je n'en suis pas fière.
- Au contraire, tu n'as pas été discrète, contra-t-il avec un grand sourire. Je t'ai vue mimer tes exploits lors du banquet.
- Ça, c'est à cause de tes affreux gorilles qui voulaient des détails. Et tu es malheureusement le genre de personnes à se vanter de ça. Ose me dire le contraire, cracha-t-elle d'un air dégoûté.
- Certes, acquiesça-t-il en dodelinant la tête, trop heureux d'avoir gagné sa soirée. Bon, je peux demander pourquoi ? reprit-il d'un ton un peu plus sérieux.
Hermione soupira et s'assit sur une table de cours, se recroquevillant sur elle-même, ses jambes repliées sous ses coudes.
- Il a écouté notre conversation dans le train, murmura-t-elle d'un air éteint.
- Hein ? s'écria Drago, affolé. Raconte.
La brunette ne pensait qu'à la scène où ils avaient été surpris par les deux élèves dans le compartiment vide : comment Potter avait-il écouté à ce moment-là ? Mais ce qu'Hermione lui révéla fut pire que tout ce qu'il aurait pu imaginer. Sa bonne humeur disparut aussitôt et il se mit à faire les cent pas dans la salle.
- Sérieusement, tu leur as raconté tout ça ? l'incendia-t-il, hors de lui. Mais dis-leur carrément l'objet de la mission pendant qu'on y est ! Et avec Potter qui était planqué sous la cape ! Et tu le savais ! Et tu l'as délibérément fait!
- Oui, avoua Hermione, mais je ne l'ai pas laissé partir. Je lui ai jeté un sort.
Drago s'arrêta, la fixant de ses yeux noisette dans lesquels la colère et le mépris dansaient.
- Ah oui ? cracha-t-il d'un ton furieux. Lequel ? Tu vas aussi me dire que tu t'es battue avec lui ? Tu vas me faire croire ça aussi ? Qui me dit que tu n'es pas plutôt allée tout raconter au petit pote Potter et que tu me fais gober cette histoire ?
- Tu penses sérieusement que si j'avais tout raconté à Harry, je serais là en train de t'expliquer la scène ? s'époumona à son tour Hermione en se relevant.
La taille du grand blond était bien plus imposante que celle de la brunette, et Drago se calma instantanément. Il refit les cent pas en lui jetant des regards noirs. Hermione, un peu piteuse, continua sa narration.
- Pétrificus Totalus ? répéta-t-il d'un ton empli de mépris. Sérieusement ?
Hermione ne répondit rien et baissa la tête. Elle savait parfaitement qu'elle avait été stupide d'agir ainsi. Mais peut-être qu'Harry n'y verrait que du feu.
- Dois-je te rappeler que je ne suis pas censé être adepte de magie blanche ? renchérit Drago en la fusillant une nouvelle fois du regard. Et que ce sort stupide ne fait pas partie de ma liste de sortilèges ?
- C'est le premier sort qui m'est venu à l'esprit, je suis désolée, s'excusa Hermione, les yeux baissés.
Ils ne dirent plus rien pendant quelques minutes, Drago essayant de se calmer, se raisonnant tant bien que mal sur le fait que tuer Granger là-maintenant-tout-de-suite n'était absolument pas une bonne idée, puisqu'il mourrait également avec elle.
- Mais vois le bon côté des choses, reprit courageusement Hermione en levant ses yeux gris plein d'espoir. Harry est sûr, comme ça, qu'il a bien eu Drago Malefoy en face et que tu es bien Hermione Granger.
Une armée de fantômes passa. Drago finit par capituler, espérant secrètement que Granger avait raison.
- … Si tu le dis, lâcha-t-il d'un ton dépité.
Il soupira. Le regard d'Hermione dériva sur les bureaux en bois qui meublaient la pièce.
- Bien, conclut Drago d'un ton amer, j'imagine que je vais entendre la version de Potter demain au petit déjeuner.
Hermione s'apprêta à répondre, mais il ne lui en laissa pas le temps.
- Admettons que ça passe pour cette fois, continua-t-il d'un ton vif, mais ça ne doit pas se reproduire. C'est compris, Granger ? Ne cherche plus à attirer l'attention sur toi auprès de Pansy ou des autres. Je ne m'étale pas de la sorte en ce qui concerne ma vie privée.
- Ah bon ? s'étouffa le jeune homme blond. J'aurais crû le contraire. Qui se vante sans arrêt de son père ? Qui essaie d'attirer tous les regards sur lui ?
Ils se toisèrent et Drago eut un rictus méprisant.
- Justement, Granger. Tu n'as jamais imaginé que ça n'était qu'une vulgaire barrière ? Personne ne connaît Drago Malefoy, et ce n'est pas demain la veille qu'on y arrivera. En conséquence, il va falloir que tu joues le jeu, Granger, tu n'as pas le choix. Pansy, Crabbe et Goyle savent comment je me comporte depuis bien longtemps, deviens-moi à part entière ou tu te feras bien vite démasquée.
- D'accord, consentit Hermione d'un air blasé. Je ferais plus attention. Mais si tu y mettais du tien et que tu m'aidais à devenir toi le plus possible, alors j'aurais fait beaucoup moins de faux pas ! Ton explication est complètement paradoxale : comment je peux être toi si tu veux que personne ne te connaisse et si tu refuses de m'y aider ?
Drago sembla considérer sa remarque et hocha la tête, pensivement. Apprendre à Granger comment être lui-même ? Alors qu'il avait patiemment et minutieusement bâti d'innombrables barrières autour de lui depuis des années ? Mais apprendre à devenir un Serpentard et surtout, le fils Malefoy, avait quelques bons côtés. Il eut un sourire en coin.
- Très bien, Granger. C'est ton choix.
- Qu'est-ce que…, commença Hermione, instinctivement méfiante.
- Ta décision aura malheureusement pour toi des impacts auxquels tu ne pourras plus te soustraire. Tu en es consciente ? s'enquit-il d'un ton mielleux.
- C'est-à-dire ? demanda-t-elle, toujours sur ses gardes.
Drago sourit largement, d'un air qui ne lui plut pas du tout. Elle serra inconsciemment plus fort la baguette magique qu'elle avait dans les mains.
- Je veux bien te donner des cours de maintien et de répartie, bien que tu n'en manques pas. Je veux bien t'expliquer quelles relations j'entretiens avec telle et telle personne, mais en contrepartie, il y a une chose qui est fondamentale, Granger, conclut-il d'un air rayonnant. Si tu veux devenir moi : il faut te former au Quidditch et battre Gryffondor au prochain match. Parce que je te le rappelle, Granger, que je suis attrapeur dans l'équipe. Et je ne renoncerai certainement pas à mon titre parce qu'une handicapée du balai a pris possession de mon corps.
Hermione blêmit et son teint pâle se trouva encore plus cadavérique. Elle, sur un balai ? Dans l'équipe de Quidditch des Serpentard ? Jouer contre Harry ? Elle déglutit difficilement, soupira de résignation et releva les yeux vers la brunette qui la toisait d'un regard vainqueur.
- Très bien, capitula-t-elle en baissant les yeux pour ne pas voir l'air réjoui de Malefoy.
Un silence se fit, durant lequel la brunette exultait. Elle allait enfin pouvoir se venger de Kathleen sur Granger elle-même.
- Alors…, commença Hermione en s'éclaircissant la gorge, dis-moi, c'est normal que Goyle brode ?
Drago tressaillit un instant, puis il ricana d'un air niais.
- Ah oui… Les fameux tricots de Goyle… C'est amusant, hein ? Mais ça l'occupe. Au moins, il ne parle pas pendant ce temps.
- Tu n'as pas l'air de porter dans ton corps tes deux « gardes du corps », fit remarquer le jeune blond.
- Goyle est un abruti, ça n'empêche pas de lui trouver certaines qualités, défendit-il d'un air pincé. Par exemple, sais-tu qu'il se montre détestable et méchant parce que c'est un timide fini ?
L'adolescent regarda la brunette d'un air incrédule, puis éclata de rire.
- Et oui, Granger, qui l'eut cru ? soupira Drago d'un ton désabusé. Ce maladif est tellement complexé que Crabbe doit toujours être derrière lui pour le pousser à faire les choses. C'est bien pour ça qu'ils me posent autant de problèmes. Mon père a voulu les mettre à mon service, mais au final, ils me gênent plus qu'autre chose.
- Ah bon, laissa échapper bêtement Hermione d'un air niais.
Si on lui avait un jour dit que Goyle était timide, elle aurait envoyé la personne à Sainte-Mangouste directement.
- Et tu vas me faire croire que l'autre est la reine des petits rats d'opéra en danse classique ! ironisa-t-elle.
- Crabbe, continua Malefoy un peu hésitant, n'est pas si mauvais bougre qu'on le dit. Il a une voix merveilleuse.
- Hein ? s'étouffa de rire Hermione. N'en jette plus, c'est trop !
- Oui, reprit Drago sans se démonter, l'air légèrement courroucé devant cette moquerie. Il chante divinement bien.
Il laissa Hermione glousser quelques instants, perplexe de la voir de si bonne humeur : cette situation était cocasse et il fut amusé un instant. Puis reprenant conscience de la réalité, il s'aperçut que c'était son propre rire qu'il entendait et ça ne lui plut pas du tout. Un Malefoy, rire de la sorte ? Inconcevable.
- C'est bon, tais-toi, intima-t-il d'un ton froid. Et pour ta gouverne, que je ne te reprenne plus jamais à te vautrer sur Pansy ! J'ai dit « proches », mais pas dans ce sens-là.
Hermione étouffa son fou rire du mieux qu'elle put et essuya ses yeux gris d'un revers de manche. Elle acquiesça en se mordant les lèvres pour ne pas rire à nouveau devant l'expression furieuse de son interlocuteur.
- Sois sans crainte, Malefoy, rassura-t-elle. Donc, si j'ai bien compris, Zabini n'est pas dans tes petits papiers et réciproquement. Pourquoi ?
Drago mit un certain temps à répondre, semblant réfléchir à quelle réponse lui donner.
- Une vieille rivalité, j'imagine, grimaça-t-il en détournant les yeux.
Hermione ne chercha pas plus loin. Elle découvrirait bien, en temps et en heure voulus, pourquoi Blaise Zabini éprouvait une franche antipathie pour le fils Malefoy. Elle préféra changer de sujet.
- Bon, et Théodore Nott, c'est ton copain ou c'est aussi une histoire de vieille rivalité ? le provoqua-t-elle d'un air goguenard.
Drago jeta sur elle un regard de profonde aversion, mais il consentit tout de même à répondre.
- Nott est un solitaire, lâcha-t-il, comme si cet aveu lui brûlait les lèvres. On se fréquente peu, car il aime rester dans son coin, mais il est d'un bon secours quand il le faut. C'est vraiment dommage qu'il soit si arrogant et si fier, il serait un bon compagnon. Fais attention à lui, Granger, prévint-il dans un sourire doucereux, il a un humour à couper au couteau.
Ce fut au tour d'Hermione d'expliquer ses relations avec les Gryffondor, relations quasi-inexistantes, d'ailleurs, à part pour l'aide précieuse qu'elle apportait en période de rendus de parchemins, puisqu'elle passait la plupart de son temps avec Harry et Ron. Ginny entretenait de bonnes relations avec elle, mais elle n'était certainement pas l'amie rêvée à laquelle Hermione Granger se confiait. Drago l'avait bien deviné : elle se sentait différente des autres et préférait la compagnie des livres, la bibliothèque étant de loin son refuge favori.
Quand Drago regagna la tour des Gryffondor, il se sentit tellement harassé qu'il faillit injurier de tous les noms d'oiseaux qu'il connaissait la grosse dame du tableau qui était en train de dormir et qui n'avait pas l'intention de le laisser rentrer avant de l'avoir sermonné pour être rester aussi tard hors du dortoir. Mais il se contint de justesse, laissant passer l'orage.
La salle commune était déserte, et Drago soupira avant de passer la porte du dortoir des filles de sixième année où Granger dormait habituellement. Il trouva le seul lit vide de la pièce, fouilla dans sa malle à la recherche d'un pyjama, se déshabilla prestement et s'allongea dans le baldaquin. Les yeux grands ouverts, il repensait à sa soirée, et à ce que deviendra sa vie si jamais il restait dans ce corps haï. Il sentait les respirations des autres occupantes de l'espace et reprit conscience du lieu dans lequel il se trouvait. La proximité d'autant de personnes du sexe opposé n'aurait pas été pour lui déplaire, si ce n'avait pas été des Gryffondor qu'il détestait pour la majorité et qui l'indifféraient pour le reste. Tournant la tête pour distinguer dans l'obscurité les personnes qui partageaient sa chambre, il discerna la silhouette longiligne de Parvati Patil, celle plus plantureuse de Lavande Brown, ainsi que deux autres filles qu'il ne put identifier. D'après ce que lui avait raconté Granger, elle ne les portait pas en grande estime et l'aversion était réciproque, quoique trempée d'une explicite hypocrisie. Tant mieux, à part la sœur Patil, il éprouvait à peu près les mêmes sentiments. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, la brunette s'envola vers le pays des songes, rêvant qu'elle poursuivait avec acharnement et jubilation une Granger affolée sur un balai à dents de tigre en lui faisant promettre de gagner le prochain match de Quidditch.
Drago sentit quelque chose lui lacérer les mains et il repoussa d'un air endormi l'énergumène qui le brutalisait de la sorte. Il se rendormit quelques instants, mais quand l'agresseur l'attaqua au visage, il bondit de son lit en poussant un cri de douleur. Hébété, cherchant des yeux son assaillant, il se figea quand il comprit qui avait été le responsable de ce réveil pour le moins brutal : un fauve de couleur orange s'était réfugié sous son lit et pestait bruyamment en montrant les dents. A l'évidence, Pattenrond savait que la brunette en face de lui n'était pas sa maîtresse habituelle.
Il soupira, puis, s'apercevant que la plupart des filles était encore au lit, il s'empressa de prendre ses affaires et de filer à la salle de bain commune. Le plus vite il serait sorti de cette fosse à serpents (sans jeu de mot aléatoire), le mieux il se porterait.
Les douches étaient quasi-vides à cette heure de la matinée, et il se félicita de pouvoir se laver en toute tranquillité. Les Gryffondor ne semblaient pas matinaux, tant mieux pour lui. Il dévala l'escalier des dortoirs et s'assit au bord d'une fenêtre : Granger lui ayant stipulé qu'elle devait attendre les deux boulets avant de descendre prendre le petit déjeuner, il ouvrit un livre en pestant contre l'attitude collante qu'ils avaient à rester ensemble comme un troupeau de centaures.
Drago les vit approcher de nombreuses minutes plus tard, et ne fut pas surpris de voir Harry, bille-en-tête, lui déblatérer tous les événements de la veille. Il avait pu potasser avec discernement la meilleure façon de lui répondre et il allait maintenant lui jouer sa petite comédie.
- Il essayait de faire le malin pour impressionner Parkinson, tu ne crois pas ? intervint aussitôt Ron, avant qu'il ait eu le temps de dire quoi que ce soit.
- Bah, répondit-il, l'air incertain, ses grands yeux noisette se perdant dans le vide, je ne sais pas… Ça ressemble bien à Malefoy de se prétendre plus important qu'il ne l'est… mais ce serait quand même un gros mensonge…
- Exactement, approuva Harry, mais il ne put développer ses arguments car la salle commune se remplissait à vue d'œil et trop de monde s'efforçait de les écouter, sans compter ceux qui le dévisageaient en chuchotant.
- C'est très mal élevé, lança sèchement Ron à l'adresse d'un élève de première année particulièrement minuscule, alors qu'ils prenaient la file pour sortir par le trou du portrait.
Drago réprima un sourire : à sa place, il aurait fait pire. Chassant ses pensées, il jeta un coup d'œil à Harry qui ressassait les événements de la veille.
- Ça me plaît beaucoup d'être en sixième année, ricana Ron face à l'attitude terrorisée du garçon. En plus, on va avoir du temps libre. Des heures entières pendant lesquelles on pourra rester là à se détendre.
- On aura besoin de ce temps-là pour étudier, Ron ! rappela Drago, non sans une moue moqueuse, tandis qu'ils avançaient dans le couloir.
- Oui, mais pas aujourd'hui, répliqua-t-il. Aujourd'hui, on va vraiment se la couler douce.
Drago faillit répliquer quelque chose de cinglant, mais il n'en eut pas l'occasion, se retrouvant violemment bousculé par un élève de quatrième année, un disque vert vif à la main. D'un mouvement rapide et brutal, il coinça le bras du garçon et le fusilla du regard.
- Attends un peu, toi ! s'écria-t-il.
Puis, s'apercevant de ce que le jeune avait dans les mains, il eut un rictus mauvais : parfait, il allait s'amuser un peu.
- Les Frisbee à dents de serpent sont interdits, donne-moi ça, ordonna-t-il d'un ton sévère.
L'air mécontent, le garçon lui tendit le Frisbee qu'on entendait gronder, se pencha pour passer sous le bras de la brunette et courut rattraper ses amis. Ron attendit qu'il soit hors de vue pour arracher le Frisbee des mains de Drago.
- Parfait, j'ai toujours eu envie d'en avoir un.
- Non, mais ça va pas ? C'est hors de question ! protesta Drago. Je ne l'ai pas confisqué pour toi !
Outré que sa nouvelle acquisition avec laquelle il comptait s'amuser un moment lui fut retirée par ce stupide rouquin, il foudroya du regard l'intruse qui venait de pousser un gloussement sonore. Lavande Brown avait apparemment trouvé désopilante la remarque de Ron. Elle les dépassa en riant et jeta par-dessus son épaule un coup d'œil à Ron qui eut l'air très content de lui. Drago les fixa un instant d'un profond mépris et s'en alla, l'air hautain. Qu'une fille trouvât Weasley à son goût était tout simplement aberrant. Que ce fût Lavande Brown qui tint le rôle ne l'étonna pas. Mais si jamais ces deux-là décidaient de sortir ensemble, et qu'il devait tenir la chandelle, alors il ne se retiendrait pas. Depuis quand Drago Malefoy jouait les seconds rôles ?
Le plafond de la Grande Salle était d'un bleu serein, parsemé de légers nuages effilés, à l'image des carrés de ciel que l'on apercevait à travers les fenêtres à meneaux. Pendant qu'ils avalaient leur porridge et leurs œufs au lard, Harry et Ron racontèrent à Drago leur conversation quelque peu embarrassante avec Hagrid la veille au soir. La brunette eut un frisson dans le dos : heureusement que Granger ne continuait pas les cours de soins aux créatures magiques.
- Il ne peut quand même pas penser que nous allons continuer les cours de soins aux créatures magiques ! s'exclama-telle, l'air affolé.
D'autant que les cours avec Hagrid n'avaient jamais été des plus bénéfiques sur sa personne. Drago se souvenait malheureusement de chaque expérience déplorable à ces cours-là, et éprouvait un dégoût profond pour ce demi-géant que Dumbledore avait eu l'audace et la folie de nommer professeur.
- On n'a jamais manifesté… comment dire… d'enthousiasme…
- Et puis, ça suffit comme ça, non ? ajouta Ron en avalant un œuf entier. Nous étions les seuls dans la classe à faire vraiment des efforts par simple amitié pour Hagrid. Et lui, il a pensé que nous aimions cette stupide matière. Tu crois que quelqu'un va la prendre en option pour ses ASPIC ?
Drago jeta un regard à Harry et eut le soulagement de voir qu'ils pensaient comme lui. Aucun élève de leur année ne continuerait les cours de soins aux créatures magiques. Lorsque Hagrid quitta la table des professeurs dix minutes plus tard, ils évitèrent son regard et répondirent sans conviction au signe de main enjoué qu'il leur adressa.
Quand Hermione se leva ce matin, elle mit quelques temps avant de prendre conscience du lieu dans lequel elle se trouvait. Le réveil était douloureux : elle avait jonglé en essayant de s'endormir malgré les ronflements des deux gorilles, et se demandait comment Malefoy supportait ça sans broncher, lui qui était d'habitude si délicat. En voyant le plafond, elle crut un moment, folie passagère, que le maléfice s'était inversé. Mais l'évidence était bien sous ses yeux : les tentures vertes et argentées qui couvraient les lits et qui décoraient les dortoirs étaient bien réelles. Elle n'était pas chez les Gryffondor. Elle n'était plus Hermione Granger. Et à côté d'elle ne dormaient ni Lavande, ni Parvati.
Un oreiller atterrit sur son visage et elle se redressa vivement, jetant un regard ébahi à l'auteur de ce méfait. Un garçon efflanqué, à la silhouette filiforme et dont le visage avait quelque chose de léporidé, s'esclaffait bruyamment.
- Sérieux, Drago, tu devrais voir ta tête ! dit l'adolescent en lui tendant une main compatissante.
- Nott, salua machinalement Hermione.
Elle lui prit la main et il l'aida à se relever. C'était la première fois qu'elle voyait d'aussi près le fils de l'homme qu'elle avait stupéfixé cet été. Tout en se dirigeant vers la salle de bain commune, il lui faisait un exposé complet de ces dernières vacances – évitant cependant soigneusement l'arrestation de son père, alors qu'elle fixait l'horizon, un peu gênée de cette proximité. Les paroles de Drago lui revinrent en mémoire alors qu'elle poussait la porte des douches. Nott était un solitaire, mais c'était un amoureux de la vie. Se pouvait-il qu'un fils de mangemort et potentiel futur mangemort fût aussi rieur, alors que son père était en prison et que son identité était dévoilée ?
Sur le seuil, elle chassa ses pensées et scrutant d'un œil méfiant les portes déjà fermées, elle s'engouffra dans l'une d'entre elles précipitamment.
- Ouh la, réveil difficile, ce matin, chambra Théodore.
Hermione ne répondit pas. Elle ne s'éternisa pas sous la douche, réfléchissant à grande vitesse comment elle allait faire pour être le plus naturel possible avec tous ces Serpentard qu'elle ne connaissait ni de Merlin, ni de Morgane.
En revenant un peu avant Nott des douches, Hermione crut qu'elle pourrait s'habiller en toute intimité. C'était peine perdue : Crabbe et Goyle étaient en caleçon quand elle entra dans le dortoir et elle faillit se cacher machinalement les yeux. Elle se retint cependant à la dernière minute, traversa à grands pas la pièce ronde pour prendre ses affaires sans regarder un seul instant les deux garçons qui la saluaient respectueusement. Enfilant son uniforme tant bien que mal en cachant sa gêne apparente, elle remonta seule un peu plus tard les escaliers, non sans avoir un teint rouge pivoine aux joues, ce qui la décrédibilisait totalement dans son personnage froid et hautain.
Essayant de se calmer comme elle le pouvait, Hermione se fit rejoindre par ses deux acolytes aux portes de la Grande Salle. Au bout de la table des Gryffondor étaient assises trois têtes familières.
- Euh… tu vas où, Drago ? s'enquit une voix de fille.
Pansy Parkinson venait d'apparaître à ses côtés. Hermione sembla redescendre sur terre : elle allait se diriger vers eux !
- Non, rien, bredouilla-t-elle en emboîtant le pas à Crabbe et Goyle, Pansy haussant un sourcil d'incompréhension.
En s'installant à la table des Serpentard, elle sentit son ventre se tordre. Les yeux fixés vers le trio infernal, elle vit la brunette s'insurger contre le rouquin et échanger un regard loquace au garçon aux cheveux de jais. Une pointe de jalousie se fit sentir dans son cœur. Merlin qu'elle avait envie d'être avec eux.
- Tu ne manges pas, Drago ?
Hermione se tourna vers Pansy qui la fixait avec franche inquiétude. A contrecœur, marmonnant un « si » peu convaincant, elle planta sa fourchette dans une assiette d'œufs brouillés et mâcha sans grand enthousiasme. Son esprit vagabonda et elle sentit ses entrailles se nouer encore un peu plus : où se trouvait l'Armoire ? Comment allaient-ils la trouver ? Elle doutait qu'un simple sortilège d'attraction ne les aidât. Et puis, était-ce vraiment sûr qu'ils puissent faire apparaître et disparaître véritablement des gens grâce à une Armoire ?
- Rogue ne va plus tarder, maintenant, déclara Théodore Nott d'une voix posée.
Hermione jeta un coup d'œil vers la table des professeurs et s'aperçut que l'ancien maître des potions s'était levé. Il paraissait en grande conversation avec Horace Slughorn, mais semblait pressé d'y mettre un terme.
Comme l'avait prédit Nott, il se rapprocha d'un pas nonchalant vers la table des Serpentard et salua d'un bref signe de tête les sixième-année. Severus Rogue regarda les notes de chacun des étudiants de sa maison pour s'assurer qu'elles étaient suffisantes pour continuer les matières choisies au niveau des ASPIC.
Quand vint le tour d'Hermione, Rogue mit un peu plus de temps. Il semblait prendre tout son temps, comme s'il souhaitait apprendre par cœur son relevé de notes.
- Professeur ? demanda timidement Hermione.
- La divination, Drago ? demanda Rogue d'une voix douce, légèrement étonnée, plongeant son regard noir dans celui gris cendre de son élève.
Le grand blond hocha la tête, essayant de rester maître de son attitude. Il s'attendait à devoir s'expliquer et commençait à préparer ses arguments, mais Rogue ne fit aucun autre commentaire. Il tapota un emploi du temps vierge avec sa baguette magique et le lui tendit, rempli à présent des horaires détaillés de ses nouveaux cours. C'était… surprenant de voir Rogue s'adresser à elle sans once de malveillance.
Alors qu'il prenait le bulletin de notes de Pansy Parkinson qui tremblait de peur face au jugement irrévocable du directeur de maison, Hermione cligna plusieurs fois des yeux en apprenant par cœur son emploi du temps. Elle nota mentalement les endroits où elle aurait du temps libre pour chercher cette fichue armoire et les autres où elle devrait travailler fortement pour rattraper son retard si sa quête s'avérait infructueuse. En soupirant, elle se dit que cette année, elle dormirait encore peu.
- Arrête, Montague ! On t'a déjà dit que ta blague était bonne, mais que maintenant, c'est du passé !
- Alors comment expliques-tu ça ? Hein ?
- Ta déraison est bien pire que ce que je craignais. Dumbledore a bien fait de nommer Urquhart au poste de capitaine cette année, tiens !
Hermione se retourna vivement et son regard se porta vite sur les deux garçons qui se donnaient librement en spectacle. Un garçon massif à l'expression peu avenante et aux avant-bras semblables à des jambons poilus devenait de plus en plus rouge de colère à mesure que son interlocuteur, un garçon aux cheveux courts et drus qui était de dos, lui disait ses quatre vérités en face.
- Ne fais pas attention, Drago, souffla Pansy avec mépris. Encore Harper et Montague qui se disputent.
Mais Hermione ne l'entendait pas de cette oreille. Montague était la victime des jumeaux Weasley et qui avait fait un voyage dans cette Armoire à Disparaître cassée. Forcément, il aurait des informations intéressantes à lui transmettre. Elle se leva d'un pas nonchalant vers lui et le salua d'un hochement de tête.
- Qu'est-ce que tu veux, Malefoy ? demanda l'ancien capitaine de Quidditch des Serpentard en lui lançant une œillade mauvaise.
- J'ai entendu ton incartade. Il s'est passé quoi, exactement, là-dedans ? s'enquit Hermione d'un ton leste.
Il la jaugea du regard, fronçant les sourcils.
- J'ai failli mourir et tout le monde s'en moque, lâcha-t-il, aigri.
- Bien sûr que non, répliqua Hermione d'un ton autoritaire.
Montague le toisa un instant, se demandant si elle était sincère. Puis, il poussa un grognement de mépris.
- Et… tu t'en es sorti comment ? hésita Hermione.
- J'ai transplané, répondit-il d'un ton amer en haussant les épaules. Ça semble fou à tout le monde, parce que je n'ai pas mon permis, mais j'ai transplané et j'ai pu sortir de cette fichue armoire, en me retrouvant dans les toilettes du quatrième étage.
- Non, c'est tout à fait possible, affirma Hermione d'un ton sérieux.
Montague plissa les yeux en sa direction, comme pour déceler une quelconque trace de mensonge.
- Personne ne me croit, reprit-il d'un ton de confidence, comme s'il prenait confiance dans la sincérité d'Hermione. Mais je sais ce que j'ai entendu. Quand j'étais dans cette Armoire, c'était comme si j'étais prisonnier d'un vide étouffant. La plupart du temps, je n'entendais rien, et personne ne m'écoutait. Mais des fois, des bruits de Poudlard me parvenaient aux oreilles, d'autres fois, c'était les bruits de la boutique de Barjow et Beurk.
- Barjow et Beurk ? s'étonna Hermione, d'une voix plus forte qu'elle n'aurait voulue.
- Oui, cette boutique sur l'Allée des Embrumes. C'est bizarre, hein ?
Hermione acquiesça silencieusement. Pas si bizarre que ça. Ça confirmait juste leurs hypothèses. Il fallait vraiment trouver cette armoire.
- Tu te souviens d'où elle est ? tenta-t-elle, flegmatique.
Montague eut un grognement de mépris en lui jetant un regard assassin.
- Je ne veux plus jamais rien avoir à faire avec cette Armoire, cracha-t-il, comprenant ses intentions. Ne compte pas sur moi pour t'aider à la retrouver.
Hermione le toisa de ses yeux glaciaux. D'un mouvement péremptoire, elle prit congé de Montague et partit à la bibliothèque, sans se soucier des autres Serpentard. Il lui restait trois quart d'heure avant le début du prochain cours.
Hermione revenait de la bibliothèque, son sac négligemment posé sur l'épaule, comme Drago le lui avait clairement stipulé. En jetant un coup d'œil à la montre à gousset, elle s'aperçut qu'elle allait arriver dix minutes en avance pour son premier cours. N'ayant pas pu trouver de résultat concluant à la bibliothèque sur les Armoires à Disparaître, elle avait abandonné la première manche, espérant trouver quelque chose en attendant que Barjow donne des nouvelles. Si jamais il en donnait.
Ce fut par un certain hasard qu'elle tomba, au détour d'un couloir, sur Drago qui bougonnait en portant une dizaine d'ouvrages reliés. Tressaillant de stupeur, ce dernier jeta un coup d'œil aux environs et lui intima de le suivre. Il la poussa dans une antichambre et se retourna vers elle en lui jetant un regard désabusé.
- Comment peux-tu suivre autant de cours, Granger, sérieusement ? Tu ne veux vraiment pas en abandonner un ou deux ? questionna-t-il d'une voix plus découragée que méprisante. Regarde tout ce que j'ai à faire : une dissertation de quarante centimètres de long, deux versions et il faut encore que je lise tout ça d'ici mercredi !
Hermione ne répondit rien, trop surprise par ce qu'elle voyait : Drago Malefoy suivait vraiment les cours qu'elle avait souhaité continuer.
- Surtout que les runes anciennes, qui s'y intéresse ? Vraiment ! grommelait-il toujours en jetant des œillades noires aux livres qu'il tenait dans ses bras. C'est d'une platitude et d'une inutilité navrantes. Comment peux-tu trouver ça ne serait-ce qu'un poil intéressant ?
Hermione réprima un sourire amusé et recouvrit un air sérieux.
- C'est comme ça, point barre, dit-elle d'un ton cassant. Ecoute ce que j'ai à te dire, au lieu de me fustiger.
Et elle lui raconta les paroles de Montague. Drago arrêta de suite ses jérémiades et écouta attentivement, l'air très concentré. Il semblait très content.
- Parfait, il ne reste plus qu'à savoir où elle se trouve ! Occupes-t-en !
- Hé ! C'est injuste ! protesta Hermione en fronçant les sourcils.
- Je protège ton avenir, Granger, tu ne voudrais pas rater tes ASPIC pour une vulgaire armoire ? dit-il d'un ton sarcastique en caressant doucement la couverture du Traité supérieur de traduction des runes.
Elle ne répondit rien, trop outrée de comprendre qu'elle allait devoir se débrouiller seule.
- Bon, sur ce, j'y vais, je ne voudrais pas faire attendre ces cher Gryffondor, ironisa Drago en sortant de la pièce.
Hermione arriva un peu après Drago devant la salle de classe fermée. Elle vit Ron et Harry l'aborder avec chaleur, alors qu'il les fixait d'un air anxieux en se plaignant. Si la situation n'était pas aussi catastrophique, Hermione en aurait presque ri.
- Où étais-tu passé, Drago ? Je t'ai cherché longuement, dit une voix féminine qui ne lui était pas familière.
Hermione se retourna vivement et tomba nez à nez avec une jeune fille brune au port altier qui le fixait de ses yeux perçants. Elle avait les traits fins et son sourire froid avait quelque chose d'envoûtant. Le jeune blond cligna plusieurs fois des yeux pour se remémorer le nom de cette fille qu'il avait déjà croisée et à quel moment. Finalement, Hermione se souvint : il s'agissait de Daphné Greengrass et elle avait passé ses BUSE avec elle. Elle ouvrit la bouche mais avant d'avoir pu émettre le moindre son, la porte s'ouvrit et Rogue sortit dans le couloir, son visage cireux toujours encadré par deux rideaux de cheveux noirs et graisseux. Le silence tomba aussitôt sur la file d'élèves qui attendaient.
- Allez-y, dit-il.
En entrant dans la salle, Hermione frissonna en constatant que Rogue avait déjà imposé sa personnalité à la pièce. Il avait fermé les fenêtres par des rideaux sombres, préférant l'éclat des chandelles à la lumière du jour. De nouvelles images étaient accrochées aux murs, montrant des scènes de tortures, dans lesquelles les gens souffraient, agonisaient, exhibant d'horribles blessures ou des parties du corps étrangement déformées. Le silence était morbide. Drago s'installa à une table et à son plus grand regret, Neville vint lui demander la permission de s'asseoir à ses côtés. Avec un sourire crispé, il hocha la tête.
Hermione suivit la scène depuis le fond de la classe, et Daphné prit place à sa gauche sans lui demander son avis.
- Je ne vous ai pas demandé de sortir vos livres, fit remarquer Rogue qui referma la porte et vint se placer derrière son bureau, face à la classe.
Hermione et Drago laissèrent aussitôt retomber leur exemplaire de Affronter L'ennemi sans visage dans leur sac et le rangèrent sous leur chaise. La parfaite synchronisation des deux élèves aurait pu mettre la puce à l'oreille de nombreuses commères, mais tout le monde était trop attentif et anxieux devant ce nouveau professeur de Défense contre les Forces du Mal pour détacher leur regard de lui.
- J'ai certaines choses à vous dire qui exigent une pleine et entière attention.
Alors que Rogue promenait ses yeux noirs sur les élèves tournés vers lui, Hermione se trouva franchement mal à l'aise. Elle sentait Daphné qui posait sur elle un regard outrancier et elle ne savait plus où se mettre.
- Je crois que, jusqu'à présent, vous avez eu cinq professeurs différents pour assurer ce cours.
Cette fille d'habitude si froide et si hautaine qui l'avait considérée comme une Véracrasse géante lors de leurs épreuves de BUSE levait à présent vers elle des prunelles enflammées. Bon, d'accord, elle était devenue Drago Malefoy, mais c'était tout de même déstabilisant de se faire séduire par une fille.
- Bien entendu, ces professeurs ont tous eu leurs propres méthodes et leurs sujets de prédilection. Étant donné la confusion qui en a résulté, je suis surpris que beaucoup d'entre vous aient réussi à décrocher une BUSE dans cette matière. Je serais encore plus surpris si vous parveniez tous à travailler suffisamment pour suivre le programme de l'ASPIC, qui sera beaucoup plus avancé.
Rogue quitta son bureau et entreprit de faire le tour de la salle, parlant maintenant d'une voix plus basse. Les élèves durent tendre le cou pour ne pas le perdre de vue. Hermione essaya de se concentrer comme elle pouvait sur Rogue, alors que Daphné s'enhardissait à lui caresser le dessus de la main. Instinctivement, elle ramena son poignet vers elle, fronça les sourcils, essayant de comprendre ce que racontait Rogue. Daphné esquissa un sourire et continua ses caresses, se montrant de plus en plus entreprenante.
- Les forces du Mal, poursuivait-il, sont nombreuses, diverses, toujours changeantes et éternelles. Les combattre, c'est comme combattre un monstre aux multiples têtes. Chaque fois qu'on en tranche une, une autre repousse, plus cruelle encore et plus rusée qu'avant. Vous devez affronter ce qui est instable, mouvant, indestructible.
Drago écoutait, fasciné, l'ancien maître des potions. Il était totalement époustouflé de la façon avec laquelle Rogue parlait de ces forces du Mal. Il buvait chacune de ses paroles avec adoration.
Hermione semblait moins emballée et découvrait maintenant un autre problème : elle sentit une douleur forte dans son pantalon, quelque chose qui devenait dur. Son pantalon devenait soudain plus étroit qu'elle n'aurait voulu et elle ouvrit grands les yeux, accablée de ce qu'elle venait de comprendre et de ce qu'elle était en train de vivre. Bien sûr, elle était au courant de ces choses-là, elle avait lu un minimum en la matière, elle connaissait la théorie pour avoir entendu passablement les commérages de Ginny ou de Lavande et Parvati, mais la Miss Je-sais-Tout qu'elle était n'aurait jamais pu imaginer une seule seconde qu'elle devrait un jour en subir la pratique sur elle-même. Essayant de rester impassible, complètement désemparée, elle continuait d'écouter le monologue de Rogue.
- Vos défenses, continua Rogue, d'une voix un peu plus sonore, doivent par conséquent être aussi flexibles et inventives que les forces qu'il vous faut vaincre. Ces images (il en montra quelques-unes en passant devant) donnent une assez bonne idée de ce qui arrive lorsqu'on subit un sortilège Doloris, par exemple (il désigna d'un geste une sorcière qui hurlait de douleur), ou le baiser d'un Détraqueur (un sorcier recroquevillé, le regard vide, effondré contre un mur) ou l'agression d'un Inferius (une masse sanglante gisant sur le sol).
Le visage de Rogue se leva en direction d'Hermione et Daphné, et son regard les traversa de façon si perçante qu'elles pensèrent un moment qu'il savait pertinemment ce qu'il se déroulait dans le fond de sa classe. Ce fut le moment de libération pour Hermione. Tout retomba, et elle poussa un soupir de soulagement.
- Est-ce qu'on a vu un Inferius, récemment ? demanda Parvati Patil d'une petite voix aiguë. On est sûr qu'il s'en sert ?
- Le Seigneur des Ténèbres a eu recours à des Inferi dans le passé, répondit Rogue, vous seriez donc bien inspirés de supposer qu'il peut à nouveau en faire usage. À présent…
Il passa de l'autre côté de la salle pour revenir à son bureau et les élèves le suivirent des yeux, sa robe sombre virevoltant derrière lui. Hermione repoussa alors d'une main plus sûre les avances de Daphné en fronçant les sourcils, l'œil mauvais, pour lui montrer qu'elle n'appréciait pas du tout. Cette dernière sembla comprendre l'intention et la foudroya du regard, avant d'abandonner toute poursuite. Hermione se sentit soulagée et reporta son entière attention sur le cours.
— … j'imagine que vous êtes de complets novices en matière de sortilèges informulés. Quel est l'avantage d'un sortilège informulé ?
Hermione se fit violence pour ne pas lever la main. Elle jeta un regard vers Drago : à sa grande surprise, sa main jaillit aussitôt. Alors, il avait vraiment lu les livres de son programme ? Ce n'était pas du pipeau ? Elle eut un sourire songeur. Rogue prit son temps, regardant tous les autres pour être sûr qu'il n'avait pas le choix. D'un ton sec, il dit alors :
- Très bien… Miss Granger ?
- Votre adversaire ne sait pas quel genre de magie vous allez utiliser, répondit la brunette, ce qui vous donne une fraction de seconde d'avance sur lui.
- Une réponse copiée presque mot pour mot dans Le Livre des sorts et enchantements, niveau 6, remarqua Rogue d'un air dédaigneux
Hermione eut une interjection outrée : Drago avait donné une réponse juste, c'était simplement scandaleux !
- … Mais correcte sur le fond, continua-t-il. Oui, ceux qui parviennent à user de magie sans formuler d'incantations bénéficient d'un effet de surprise lorsqu'ils jettent un sort. Tous les sorciers n'en sont pas capables, bien sûr. C'est une question de concentration et de force mentale dont certains manquent singulièrement.
Un petit silence pesa dans la pièce. Hermione n'osait plus regarder Daphné qui avait reporté d'un air vexé son attention sur Rogue. Drago faisait une grimace qui en disait long sur la façon dont le sorcier aux cheveux longs et gras venait de le remballer.
- Vous allez maintenant vous répartir en équipes de deux. L'un des deux partenaires essayera d'ensorceler l'autre sans parler et l'autre tentera de repousser le maléfice en restant tout aussi muet. Allez-y.
Hermione eut un petit air satisfait : le charme du Bouclier n'était pas un maléfice si difficile à reproduire. Cependant, jeter ce sort sans prononcer la formule s'avérait plus complexe. Elle dut faire équipe avec Daphné, qui lui jetait à présent un regard froid et méprisant, et Hermione resta sur ses gardes, s'imaginant sans peine que Daphné pourrait réellement lui jeter un sort pour se venger de sa tentative de séduction lamentablement échouée.
A peine dix minutes plus tard, Drago réussit à repousser le maléfice de Jambencoton de Neville sans prononcer un mot : il savait depuis longtemps comment fonctionnait les sortilèges informulés et son père l'y avait souvent exercé. C'est donc avec un peu moins de problèmes que les autres qu'il réussit l'exercice. Il regarda Hermione et fronça les sourcils quand il vit avec qui elle était en équipe. Il l'avait oubliée, celle-là…
Alors qu'Hermione commençait à comprendre le mécanisme d'un sortilège informulé sans pour autant le réussir, elle entendit un craquement lourd : le temps de détourner son regard de Daphné pour voir atterrir Rogue sur une table, propulsé par Harry, elle s'était retrouvée prisonnière du maléfice de pot de colle sous l'œil goguenard de son agresseur. Scandalisée, elle était trop occupée à se débarrasser de ce sortilège pour entendre avec quelle arrogance Harry répondit à Rogue, ce qui lui valut une retenue dès le premier jour.
En revanche, Drago qui était à côté du balafré se tourna vivement vers lui en sursautant face à tant d'insolence, et le foudroya du regard.
Alors que la fin du cours sonnait l'heure de la libération, Hermione s'échappa presqu'en courant de cette classe maudite. L'échange qu'elle avait eu avec Daphné Greengrass l'avait profondément refroidie dans sa motivation à ressembler à Drago Malefoy. Bien qu'être entouré de quelques personnes ne fût pas désagréable, si c'était pour se retrouver avec des Serpentard en chaleur, elle préférait sans aucun doute rester seule pour le reste de sa scolarité.
Complètement scandalisée, Hermione franchit rapidement les couloirs et arriva sans s'en rendre compte vers le parc de Poudlard. Se calmant à peu près, à grands coups d'inspiration profonde qui lui donnèrent mal au crâne, elle essaya de chasser les visions obscènes de Daphné Greengrass qui venaient obstruer sa lucidité et tourna les talons pour se diriger vers la bibliothèque. Ouvrant un livre, elle fit semblant d'être captivée par sa lecture, prenant des notes. Mais en réalité, elle réfléchissait intensément, fixant les lignes de son manuel sans les voir.
Le temps pressait, elle devait trouver une façon de tuer Dumbledore sans le faire par elle-même. Comment pourrait-elle jamais approcher le directeur ? Que pourrait-elle lui donner pour le tuer ? Un philtre de mort ? Un poison ? Quelle façon de le tuer était la plus efficace ? Il était évident que les techniques d'assassinat rapprochées étaient à proscrire. Quoique. Pourquoi ne pas engager un tueur professionnel ? Oui, mais comment le faire rentrer à Poudlard ? Par l'Armoire ! Sans qu'elle le voulût, ses pensées dérivaient encore une fois sur cette fichue armoire. Elle devait vraiment savoir où la trouver.
- Réfléchis, Hermione, réfléchis, chuchota-t-elle pour elle-même, alors qu'elle grattait sa plume sur un papier de parchemin. Qui pourrait savoir ? Personne ne semble se soucier de cette vieille Armoire. Comment faire pour ne pas attirer l'attention…
Hermione eut un éclair de lucidité : trouver un plan de Poudlard. Il faudrait bien en venir à ce stade, un jour ou l'autre. Elle se devait de faire toutes les pièces du château, passer au peigne fin tous les recoins de l'école pour la trouver. Voilà à quoi servirait son temps libre. Avec un goût amer dans la bouche, elle soupira. Trouver un plan.
Le nez dans les nombreuses étagères de la bibliothèque, elle chercha toute la matinée où trouver un plan suffisamment détaillé de toutes les pièces du château. Malgré les archives conséquentes de Madame Pince, elle ne trouva rien. A chaque fois, il s'agissait d'un plan simplifié, d'une seule partie du château ou d'indications vaseuses.
Découragée, Hermione s'affala à sa table, la tête couchée sur le livre qu'elle venait de finir d'éplucher. Elle vit Rusard et Madame Pince en grande conversation, alors qu'il tenait une longue et fine ficelle couleur chaire qu'elle reconnut sans peine être une Oreille à Rallonge, produit fétiche des jumeaux Weasley. Un sourire traversa rapidement son visage déconfit. Fred et George avaient dû développer beaucoup de produits de ce type, depuis le temps. Elle n'avait toujours pas pu aller faire un tour dans leur magasin. Si seulement, ils avaient eu l'idée de vendre des cartes de Poudlard, dans leur constante bataille contre le règlement… Hermione se redressa, comme frappée par la foudre. Evidemment ! Pourquoi n'y avait-elle pas pensé plus tôt ? Les jumeaux avaient eu une carte magique de Poudlard en leur possession. Ces mêmes jumeaux l'avaient offerte à Harry en troisième année. Et maintenant, c'était Harry qui la détenait.
Son visage s'éclaira soudainement : quoi d'autre que la Carte du Maraudeur lui permettrait de chercher cette Armoire ?
Glissant ses doigts dans les plis de sa robe de sorcier, elle sortit le gallion magique et le porta à ses lèvres. Prenant soin que personne ne la vît, elle murmura devant la pièce :
- Malefoy, rejoins-moi le plus vite possible, j'ai besoin de ton aide.
Merci de votre temps et de votre patience,
N'hésitez pas à me donner votre avis, les commentaires sont toujours les bienvenus et je vous en remercie chaleureusement!
Le prochain chapitre est dans les starting-blocks!
Au plaisir,
Kumi
