Chapitre 10 : Comprendre.

La silhouette détrempée s'avança furtivement en contre jour entre les bêtes étendues sur le flanc qui stationnaient devant l'entrée de la tanière.

Harry se tassa contre Moon. Il attendait la venue de l'indien depuis deux jours déjà. Deux jours que cette espèce de pervers débauché lui avait sauté dessus sans aucune retenue.

Et il crevait littéralement de faim.

Le jeune métis s'approcha lentement du petit brun, une gibecière de peau bombée, pendue à l'épaule.

« -Stop. Tu t'arrêtes là. »

Harry pointa du doigt la délimitation qu'il avait improvisé rapidement à l'aide de petits branchages et cailloux disposés en arc de cercle autour de lui et de la panthère. Cette dernière grogna doucement vers le sauvage ruisselant de pluie en guise de bienvenue.

Le nouveau venu s'accroupit et tendit la gibecière à son vis-à-vis, sans franchir pour autant la frontière dont il ne saisissait pas encore l'utilité, mais qu'il devinait essentielle à sa bonne entente avec l'hydride aux cheveux bouclés.

Harry s'empara de la sacoche d'un geste leste, l'ouvrit en grand et soupira de bonheur à la vue de l'entassement poissonneux qui s'y trouvait.

Il releva son visage vers le chasseur frigorifié, lui adressant un sourire emplit de toute sa gratitude d'affamé.

« -Merci. »

Le jeune homme inclina la tête sur le côté. Il ne comprenait pas les paroles, mais semblait en déchiffrer le sens.

Harry haussa les épaules et mordit dans la chaire de poisson séchée qu'il préférait de loin à la viande de porc ou de chèvre, après en avoir accordé le plus beau morceau à Moon.

« -C'est quoi ton nom ? »

L'indien fronça les sourcils. Il scrutait les lèvres d'Harry avec incrédulité. Puis il murmura doucement :

« -Tow nun…

-Tu connais Tarzan ? On va faire comme dans Tarzan, d'accord ? Parce que tu comprends absolument rien de ce que je dis, et moi non plus.

-Nun pu.

-Oui. Moi non plus.

-Li, wa nun pu… »

Le sourire d'Harry s'agrandit. Il avait l'impression d'entendre les gazouillis d'un bébé qui répète avec entêtement les paroles de sa mère.

Il se désigna du doigt et prononça clairement :

« -Harry. »

Inclinant de nouveau la tête, l'hydride aux yeux bleus sourit à son tour.

« -Ali ?

-Si t'arrive pas à le dire autrement, ça fera l'affaire. »

Puis se tournant vers sa panthère, il ajouta :

« -Moon. Tu comprends ? Moon.

-Moune ! »

L'interpellé sursauta de dix bon centimètres. Le ton employé par le jeune métis était celui qu'utilisait Harry pour le réprimander. Ce dernier le rassura en soufflant doucement sur le museau de l'animal.

« -Oui, Moon. C'est son nom. C'est moi qui l'ai choisi. Et toi ?

-Twa ? Zao li Mao.

-C'est tout ça ton nom ? Zaolimao ? »

L'indien ri doucement, dévoilant une rangée de belles dents blanches.

« -Mao. Unta Mao.

-Mao ? C'est joli. Je n'aime pas beaucoup mon prénom, moi. Mais bon, c'est une des seules choses que je tiens de mes parents, alors… »

Mao écoutait le flot de paroles avec fascination. Cette bouche le captivait, les yeux aussi. Tout en fait.

Il tendit la main. Ses doigts effleurèrent les lèvres roses du petit brun, qui cessa immédiatement tout mouvement.

Le silence envahit la grotte. La pluie s'abattait violemment sur l'île, couvrant tout autre son. Seuls les cris insistants d'un oiseau nocturne ne désemplissaient plus le fond sonore, et ce depuis plusieurs minutes déjà.

Les pensées d'Harry quittèrent la présence de ces doigts bruns sur sa peau pour se concentrer plus pleinement sur les hululements persistants.

L'oiseau appartenait à une race bien peu exotique. Un rapace, qui n'avait absolument rien à faire sur une île du Pacifique…

« -Hannah ! »

Harry bondit du sol avec une telle vivacité qu'elle généra un véritable mouvement de panique, autant au sein de la meute que sur le charmant visage de Mao.

Ce dernier imita son homologue hydride, à la différence près qu'il dégaina son arc d'un souple mouvement du bras, l'air soudainement grave. Il suivit lentement le jeune sorcier jusqu'à l'entrée de la tanière, le souffle court.

Une présence inhabituelle le gênait fortement.

Harry se tourna vers le chasseur, tout aussi tendu que la corde de son arc.

« -Tu reste ici, d'accord ?

-Vaomi tua toka !

-Chuut… Tu ne bouge pas d'ici. Il n'y a aucun danger. »

Mao s'accroupit aux côtés de Moon, arc en place. Il scrutait la cime des arbres avec appréhension, puis revenait inlassablement vers la silhouette d'Harry, qui s'était lancé à travers le rideau de pluie battante.

Harry plaça sa main gauche en visière, le visage tourné vers les branchages imbibés d'eau jusqu'à la sève.

Le hululement retentit de nouveau.

« -Hannah ! Je suis là ! »

La jeune fille se matérialisa près de l'hydride d'un battement d'ailes.

« -Ouh… Je suis…Morte. »

Elle déposa son front contre l'épaule d'Harry et resta totalement immobile durant une dizaine de secondes, qui parurent dix siècles au jeune homme.

« -En fait, je te cherche depuis presque deux jours. » Finit par articuler la sorcière avec difficulté. « Depuis le début de la pluie. On savait que… »

Hannah se tu. Elle s'écarta d'Harry afin de le visualiser dans son ensemble, l'air troublé.

« -…tu aurais pas le temps de… »Elle revint se glisser contre le petit brun, bafouillant étrangement, enserrant le corps svelte de toutes ses forces.

Harry réagit au quart de tour. Il la repoussa doucement par les épaules, la maintenant à bout de bras.

« -Non…Hannah, ne…C'est mes chaleurs. Il me reste encore deux jours. »

Elle tenta de se dégager, les joues rosies et la respiration saccadée.

« -Ben…Pas grave, je peux te soulager…

-Mais, ça va pas nan ? J'aime les hommes, moi. Enfin…Théoriquement. De toute façon, t'es pas dans ton état normal, Hannah. Rentre au camp en vitesse et dit aux autres que tout va bien pour moi, que je rentre dès que le soleil revient. Ok ? »

La blonde s'agrippa fermement aux avant-bras d'Harry, les yeux à demi clos.

« -Je peux pas rentrer. Trop fatiguée…Trop froid…Réchauffe-moi, Harry. »

Elle se laissa tomber contre le torse de l'hydride, l'entraînant dans sa chute et évitant une flèche meurtrière qui fila au-dessus de sa tête in extremis.

Harry écarta le corps de la jeune fille qui s'accrochait désespérément à ses hanches, et ramassa rageusement la flèche.

Puis il revint sur ses pas et gifla brutalement Hannah, qui sembla revenir à elle le temps d'un instant.

« -Écoute-moi. »

Elle hocha vaguement la tête.

« -Je te fais sauvagement l'amour si tu retourne au camp dans les prochaines secondes qui suivent. Une fois là-bas, tu leur dis que tout va bien, je reviens avec le beau temps. Pigé ? »

Rayonnante, elle se métamorphosa instantanément et disparut entre la végétation mouillée.

Harry soupira. Il détestait mentir.

Avisant la flèche ornée de plume qu'il tenait fermement en main, il reprit promptement du poil de la bête et se dirigea vers la tanière d'un pas visiblement coléreux.

Mao l'attendait apparemment tout aussi énervé, si ce n'est plus.

« -Ne refais plus jamais ça ! »

Harry planta brusquement la flèche aux pieds du métis, le foudroyant du regard.

« -Je suis très très fâché !

-Ziema tao hiyok. »

Le ton était froid, brûlant pourtant d'une fureur contenue. Mao ne regardait pas son vis-à-vis dans les yeux, signe qu'il assumait entièrement sa faute. Il ne semblait pas calmé pour autant.

Harry soupira de nouveau. Il s'approcha doucement de l'hydride et déposa à plat ses mains contre son torse nu, l'entraînant vers le fond de la grotte, au sec.

Là, il souffla légèrement contre ses paupières, une façon pour les panthères de s'excuser platement et que le jeune chasseur interpréta avec succès.

« -Pardon.

-Paadow…Ali.

-C'est Harry, vilain.

-Vi… »

Harry stoppa l'échange d'un lapement de langue sur les lèvres brunes. Le contact inattendu surpris Mao, qui se colla instantanément contre la paroi rocheuse.

« -Fais pas ton farouche. » Murmura Harry, fébrile. « C'est toi qui as commencé. Hier... Ça compte quand même. »

Les avances tactiles d'Hannah avaient éveillé brutalement l'envie du jeune homme. Rejetant au loin ses chastes pensées, il accentua ses coups de langues contre le lobe de l'indien, percé de petits anneaux de métal auquel pendait une plume de couleur ou une minuscule pierre transparente.

Soudainement échauffé à son tour, Mao tira lentement leur deux corps vers le sol et assit Harry entre son thorax et ses cuisses relevées.

Ainsi installé, le petit brun pouvait sentir avec netteté le sexe tendu de son amant contre l'ouverture déjà humide d'entre ses jambes.

Il ondula doucement au-dessus de la verge, lui administrant des caresses torturantes au possible, tout en maintenant fermement les hanches colorés immobiles en les enserrant de ses genoux.

Mao renversa sa jolie tête en arrière, la bouche entrouverte. Il gardait contre lui la poitrine du sorcier de ses bras puissants, et ressentait chaque battement de son cœur avec une clarté qui l'ébahissait.

Jamais il ne s'était senti aussi proche de la vie d'autrui.

Vaincu par l'impatience de son propre corps, Harry se débarrassa vivement de ce qui restait de son jean délavé et guida le pénis de l'indien sous son boxer jusqu'à l'entrée du tunnel étroit qui se frayait un passage entre ses reins.

Le petit brun s'empala sur le membre durci d'un brusque mouvement du bassin, qu'il perpétua inlassablement avec une lenteur calculée, accompagnée d'une suite de gémissements qu'il tentait d'étouffer dans la chevelure lisse de Mao.

Ce dernier alangui par le va et viens affreusement doux qui s'opérait partout autour de son sexe distendu, saisit les hanches pâles afin d'écourter son supplice et les conduisirent à accélérer leurs à-coups.

Affolé par la subite montée du plaisir, Harry s'empara des mains tremblantes du métis et les plaquèrent contre la roche, réduisant l'allure effrénée au rythme infiniment plus lent qu'il avait choisi dès le début.

Il ne voulait pas précipiter les choses, retarder au maximum leur délivrance et apprendre au jeune indien à quel point il était bon de prendre son temps.

Les deux jeunes hydrides se laissèrent aller, l'un dans l'autre jusqu'à leur second orgasme, qui s'étendit partout en eux, tel un feu d'artifice.

Harry essuya d'un revers de main sa semence déversée sur le ventre de Mao, puis leva les yeux, après avoir récupéré un semblant de souffle.

« -Tu crois qu'on est des animaux ? »

Mao secoua doucement la tête. Il ne comprenait pas.

« -On ne peut pas continuer à se voir et juste faire ça, tu vois ? Le sexe…Surtout si on ne se comprend pas…

-Conplenwpa ?

-Soit j'apprends ta langue, soit t'apprend la mienne. Ce sera peut-être plus facile parce qu'on est hydride…Ou peut-être pas. »

Harry se souleva du corps de son amant pour venir s'installer à ses côtés. Il se demandait franchement comment son propre organisme pouvait le pousser à un acte aussi étrange que celui de faire l'amour avec cette créature qu'il connaissait si peu.

« -Ça doit être dans mes gênes… » Finit-il par conclure pour lui-même.

Il déposa sa tête contre l'épaule de Mao.

Les nuages avaient cessé de se déverser, le ciel redevenait bleu. Mais seulement pour un temps. Une heure, sûrement moins en fait.

La tempête n'était pas encore terminée et Harry songea qu'il mettrait à profit ce temps afin de mieux connaître cet être auquel il s'était lié en l'espace d'un instant.

OoOoOoO

Cela s'averra être bien moins compliqué qu'il ne se l'était imaginé auparavant.

Mao comprenait et enregistrait les mouvements dont Harry accompagnait ses paroles, jusqu'à ce qu'ils arrivent ensemble à une sorte de dialogue codé, empli de gestes ou d'attitude qui étaient souvent l'exacte réplique d'un comportement de panthère.

Sur ce terrain, et pour les activités les plus banales de la vie courante, ils réussissaient donc à échanger leurs connaissances en la matière avec facilité, mettant petit à petit des mots sur les actions ou objets.

Il suffisait à Harry de répéter le mot "flèche", ou "manger" pour que Mao l'enregistre et donne son équivalent en Nem'boya, la langue de sa tribu, et qu'Harry grave à son tour le nouveau mot dans sa mémoire.

Cet apprentissage s'était rapidement mué en jeu, entrecoupé de chasse excluant la compagnie d'un Moon trop peureux, et de séances coïtales effrénés, qui ne les épuisaient pas le moins du monde pour autant.

Harry se rendit alors compte, au cours de cette première semaine initiatique, que le jeune indien avait bien plus à lui apprendre que l'inverse, ce qui paraissait normal, étant donné qu'il se trouvait ici sur son propre territoire.

Aussi, consacra-t-il un temps précieux à l'amélioration des flèches chaotiques de son compagnon, de ses techniques de chasses désastreuses, de la façon dont il devait s'y prendre pour cuire, sécher ou cuisiner n'importe quelle viande, celle du poisson compris.

En une semaine, Harry avait acquis une certaine maîtrise de son arc et de sa lance de pêche.

Mao s'évertua de la même façon à lui faire connaître les endroits les plus merveilleux qu'une forêt tropicale pouvait abriter en son sein : une colonie de macaques à examiner de loin, celle d'oiseaux aux couleurs innombrables et des clairières parsemées de fleurs et d'arbres à fruits en tout genre, baignées de Soleil à profusion et d'eau claire.

Une myriade d'odeurs, de sensations totalement nouvelles.

L'Écosse était loin maintenant. Poudlard et ses tours grises, son ciel noir et son vent glacé n'étaient même plus un souvenir. Harry n'y pensait pas…Il y avait trop à voir et à découvrir.

Mao n'avait qu'une chose à apprendre du petit brun sur cette île : faire l'amour correctement.

Le jeune métis s'emportait pour si peu, une caresse ou un regard glissant, que ses assauts étaient souvent d'une brusquerie irréfléchie et désordonnée. Un vrai sauvage quoi.

Harry s'était donc fait une priorité de torturer son amant de mille petites taquineries avant de le laisser entrer en lui. Une fois atteint ce stade, le jeune sorcier prenait de nouveau les rênes en menant la cadence à ses propres envies.

Les apprentissages de chacun, l'un envers l'autre, apportaient déjà leurs fruits lorsque la tempête prit fin.

Harry se rendit alors compte qu'il avait quitté le camp depuis plus de dix jours. Deux semaines complètes en fait.

Ce simple constat l'inquiéta soudainement, d'autant plus qu'il ressentit un mauvais pressentiment dès lors qu'il tourna le dos à Mao et la tanière des fauves.

Le jeune métis avait compris sans difficulté que son homme devait rejoindre sa propre tribu. Sans lui. La nouvelle, expliqué par le biais de signes et d'allures félines, fut acceptée sans scène.

Les deux hydrides s'unirent encore une fois à l'ombre des arbres lourds de fruits, puis se quittèrent après un baiser, une notion tout à fait neuve pour l'indien qui n'avait pas cette sorte d'attouchements pour coutume, mais qu'il avait accueilli la première fois avec une joie non dissimulée.

Harry ne se retourna pas. Il accéléra l'allure de sa course et disparut entre les arbres.

OoOoOoO

Il arriva au camp à la tombée de la nuit. Un silence de mort couvrait les environs…

Il ne fallut pas plus de quelques secondes au jeune hydride pour comprendre que quelque chose n'allait pas.

Les ennuis arrivent le plus souvent lorsqu'on les attend le moins, pas vrai ?

OoOoOoO