Chapitre X – Call the police
Le lendemain matin, quand Dean vint dans sa chambre pour le réveiller, Sam était déjà levé, arpentant la petite pièce de long en large, l'air concentré.
- Calme-toi un peu ou tu vas faire un trou dans la moquette ! lança Dean pour tenter de dérider un peu son frère.
Cela ne fonctionna que moyennement bien mais Sam consentit tout de même à stopper de tourner en rond. Il se mordit la lèvre inférieure, comme s'il s'apprêtait à dire quelque chose de très important. Dean attendit un instant, l'air encourageant, mais rien ne vint. Sam ramassa son sac et sortit de la salle en silence. Ils déjeunèrent ensemble mais l'ambiance n'était pas au beau fixe.
- J'ai fait quelque chose qui ne t'a pas plu ? demanda Dean, brisant la glace après presque une demi-heure de silence.
Sam leva son nez de sa tasse de café et le regarda bizarrement. Son expression s'adoucit d'un seul coup l'instant d'après.
- Excuse-moi, je suis pas vraiment dans mon assiette en ce moment ! Cette affaire me stresse, vivement qu'on en soit débarrassé !
- Rien d'autre ?
- Non.
- Tu es sûr… ?
Sam hocha la tête. Apparemment il avait été assez convaincant car Dean n'insista pas plus. A partir de cet instant, il devait se montrer impassible pour ne pas que son frère se doute de quoi que ce soit. Il vida le reste de son mug d'un trait et se leva pour la déposer dans l'évier.
- On y va ? demanda-t-il sur un ton enjoué.
L'instant d'après, ils roulaient à vive allure sur une petite route départementale encore déserte. Le soleil faisait une percée timide derrière l'épais rideau de nuages cotonneux et la route était nimbée d'une douce lumière, reflétée par la rosée matinale.
- Tu m'as toujours pas dit le moyen de détruire la boite.
- Et je ne te le dirai pas ! Du moins, pas pour l'instant.
- Et pourquoi ?! s'indigna Dean dont l'ego venait de prendre un coup.
- Parce que si je te le disais maintenant, tu refuserais que je le fasse !
Dean tourna la tête vers son frère, les sourcils froncés.
- Sammy… Dis-le moi !
- Regarde la route, ça vaudra mieux.
Dean poussa un long soupir, conscient que son frère ne lui dirait rien. C'était une vraie tête de mule et rien ne pouvait le faire changer d'avis quand il s'était vissé une idée dans le crâne. Pour le principe, il décida de bouder jusqu'à ce qu'ils arrivent. Il savait que c'était une attitude puérile mais peut-être que cela permettrait à Sam de comprendre qu'il pouvait lui parlait, qu'il pouvait à nouveau lui faire confiance. Il avait perdu la confiance de son petit frère une fois, et il s'était juré que cela n'arriverait jamais plus.
Quelques heures plus tard, ils arrivèrent au manoir. Sam trouvait toujours l'endroit aussi lugubre et dut réprimer un frisson afin que son frère ne puisse pas se moquer de lui. Il sortit de la voiture, fit mine d'observer les environs et glissa sa main dans la poche intérieure de sa veste afin d'en ressortir une flasque. Il la dévissa, la porta à ses lèvres et rejeta la tête en arrière avant de déglutir.
- Une gorgée ?
- Pourquoi pas… répondit Dean.
Il attrapa la flasque au vol et but quelques lampées du liquide ambré qui s'y trouvait.
- Il a un goût bizarre ton whisky… lança Dean d'une voix traînante avant de tituber.
- Dean… Est-ce que ça va ?
Mais celui-ci ne répondit pas et s'affala au sol. Sam le souleva et le posa délicatement sur la banquette arrière de l'Impala.
- Désolé…
Il claqua la portière de la voiture et fit le tour de la propriété afin de trouver la porte de service cachée sous le rideau de lierre, comme la fois précédente. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, il avait passé les deux sortilèges de protection et se retrouvait devant la boite. Il la toucha du bout du doigt et ressentit la pulsation du cœur.
- Ouvre-toi.
Un léger trait apparut, séparant le morceau de bois sombre en deux parties plus ou moins égales. Sam souleva le couvercle.
- Encore toi ? Je croyais m'être débarrassé de toi ! dit l'esprit que l'on devinait facilement irrité.
- Et oui, encore moi.
- Laisse-moi deviner, tu as tout misérablement raté et tu viens m'implorer de te laisser réessayer ?
- Je ne viens rien demander du tout.
La voix de Sam était tranchante comme du verre. Il sortit un couteau du fourreau accroché à sa ceinture.
- Qu'est-ce que tu fais ? demanda la voix, cette fois-ci légèrement paniquée.
- Ce que j'aurais du faire il y a longtemps au lieu de faire la connerie de ma vie !
D'un geste précis et déterminé, il entailla sa main gauche. La coupure était profonde et il dut serrer les dents pour maîtriser sa douleur. Lorsque le sang se mit à jaillir abondamment de sa plaie, il plaça sa main au dessus du cœur de bois.
- Non, ne fais pas ça ! Ne fais pas ça !
La boite était complètement souillée. Sam sortit un zippo de la poche arrière de son jean.
- Je peux… Je peux…
- Tu peux crever, connard !
Il laissa tomber le briquet et la boite s'enflamma comme s'il l'avait aspergée d'essence. Une poignée de minutes plus tard, il ne restait plus qu'un petit tas de cendres grises. Sam donna un coup de pied dedans, l'air satisfait, et ressortit de la vieille baraque. Dans l'Impala, Dean était toujours dans les bras de Morphée.
- J'espère que j'ai pas trop forcé sur le dose, marmonna Sam pour lui-même.
Il s'installa au volant et prit le chemin du retour. Il devait faire attention à la paume de sa main gauche lorsqu'il tournait le volant mais cela ne lui posa pas plus de difficultés que cela. Il alluma la radio mais prit garde de ne pas mettre le son trop fort. Quand Dean se réveillerait, il aurait sûrement la migraine du siècle.
"Call the police ! Cause I've lost control and I really wanna see you bleed !" 1
En entendant ces paroles à la radio, Sam se prit à espérer vivement que ce n'était pas prémonitoire.
1 Traduction : "Appelle la police ! Parce que j'ai perdu les pédales et je veux vraiment te voir saigner !"
